Colonisation, littérature et livre

Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L'Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération Littérature guinéenne N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages
Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L’Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération
Littérature guinéenne
N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages

En préparation de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, le rouleau publicitaire s’est mis en marche depuis le début du mois. Jeune Afrique, par exemple, a fait son publireportage usuel. A Conakry, menés tambour battant par L’Harmattan-Guinée, des éditeurs de la place ont associé des auteurs. La plupart de ceux/celles-ci écrivent des romans — dont certains à prétention littéraire —, des ouvrages d’histoire et des biographies. Qu’en est-il des dizaines d’autres genres : science (nature, vie, société), métiers, technologie, arts, etc. ?
La désignation de Conakry comme matrice planétaire du Livre pour 2017 est incompréhensible parce qu’elle manque de considérations adéquates et de justifications logiques. Les critères de ce choix relèvent de la cécité de la bureaucratie UNESCO et dela fuite en avant perpétuelle des régimes guinées, toujours prêts à paraître sans être. Ajoutons à cela l’entregent commercial et le marketing local tous azimuts de la succursale de L’Harmattan, la maison d’édition parisienne.
En vérité, il manque à la Guinée l’essentiel de l’infrastructure et des ressources qui auraient pu faire de l’évènement un succès relatif. Il s’agit notamment de:

  • La production et la distribution suffisantes d’énergie électrique, d’eau, de nourriture et de soins
  • Un taux national d’alphabétisation supérieur à 75 %
  • Une industrie de fabrication et de circulation de la chose imprimée :  livres, journaux,  revues. En français et dans les langues du pays !
  • Des écoles et universités équipées de bibliothèques à jour
  • Des associations actives d’auteurs dans des domaines divers
  • Un réseau public de bibliothèques, d’archives et de musées couvrant tout le territoire
  • La participation à la Révolution numérique, qui concurrence le livre imprimé et impose les publications électroniques

    Fardeaux historiques

Dans le domaine névralgique de la création et de la distribution du savoir, des fardeaux historiques lourds pèsent sur l’Afrique, en général, et la Guinée, en particulier. Je veux parler de:

  • La colonisation européenne marquée par la domination politique, l’exploitation économique, et l’aliénation culturelle.
  • La post-colonisation, qui, comme l’a correctement prédit Frantz Fanon, a consisté à la substitution d’une bourgeoisie exploiteuse étrangère par son ersatz domestique.

En l’occurrence, le président guinéen, Alpha Condé, est plus soucieux d’effectuer de fréquents voyages. Il ne lui vient pas l’idée de se sédentariser à Conakry, de séjourner dans le pays profond au contact des paysans, ou de rebrousser les manches pour chercher comment combler le retard de plus en plus accusé de la Guinée.

Président Condé tient à noyer le poisson dans l’eau. Soutenu par un Parlement chambre-à-écho de ses diktats et desiderata, il viole et violente la Constituton. Et impose une loi scélérate. Rédigée par des plumes serviles aux ordres du “professeur” autocrate, elle vise à étouffer la justice. Et elle entérine l’impunité. Des personnalités civiles, des religieux (l’Imam et l’Archevêque de Conaky) se prêtent à la mascarade. Ce faisant, ils amplifient la confusion et participent, délibérément et obséquieusement, à une autre trahison de la Guinée par ses fils et filles. Qu’ils soient hommes de la soutane ou du turban, du chapelet ou de la croix, les prêtres savent pourtant que la Bible et le Qur’an proclament les Dix Commandements du Créateur. Le premier de ces ordres divins dit : “Tu ne tueras point !” Il se trouve malheureusement que depuis 1958 l’Etat guinéen transgresse impunément ce commandement. Le meurtre de citoyens est devenu chez lui un réflexe naturel et un recours permanent. Rien qu’en mars dernier une dizaine de personnes ont péri par la violence d’Etat.
Il revient au système judiciaire seul d’enquêter et de juger ces crimes, qui remontent à plus d’un demi-siècle, y inclus le massacre du 28 septembre 2009.

Colonisation : savoir d’où l’on vient

On ne peut pas savoir où l’on va si l’on ne sait d’où on vient, rappelle le dicton. Pour tenter de cerner les dilemmes et les défis qui se posent aux organisateurs de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, je soumets à l’attention des lecteurs et lectrices les publications et compilations suivantes :

Monologue élitiste et analphabétisme des masses

L’élite francophone se démène comme un beau diable pour la réussite de “Conakry, capitale mondiale du Livre”. Jouissant d’une maîtrise variable de la langue française, elle s’enferme dans un monologue narcissique, se parlant et s’écoutant parler seule. A l’exclusion et en totale disjonction d’avec la majorité “afriphone” de la population.  Son comportement ne leurre qu’elle seule. Car après un demi-siècle d’indépendance et de souveraineté, les masses populaires ont peut-être perdu tout espoir d’émancipation, clouées qu’elles sont dans l’analphabétisme culturel et fonctionnel. Et les langues nationales en pâtissent, bien sût. Non par le choix des administrés, mais du fait de la dictature pérenne et de la faillite coupable des dirigeants.

Tierno S. Bah

Tierno Siradiou Bah

Author: Tierno Siradiou Bah

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