Aboubacar Somparé. Cacique sékou-touréen

Président Sékou Touré reçoit à l'ambassade de Guiné à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l'ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Cissé née Sow (Tountouroun, Labé), membre du Comité central et de l'organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Camara et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — T.S. Bah
Président Sékou Touré reçoit à l’ambassade de Guiné à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l’ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Cissé née Sow (Tountouroun, Labé), membre du Comité central et de l’organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Camara et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — T.S. Bah
Le 22 décembre 1978, le président français Valéry Giscard d'Estaing quitte Conakry à l'issue de trois jours d'une intense visite officielle à travers la Guinée. On le voit ici devant le salon d'honneur de l'aéroport de la capitale guinéenne, en compagnie du président Ahmed Sékou Touré et de l'ambassadeur de France en Guinée André Lewin. Au deuxième plan, Madame Andrée Touré, l'épouse du président guinéen.
Le 22 décembre 1978, le président français Valéry Giscard d’Estaing quitte Conakry à l’issue de trois jours d’une intense visite officielle à travers la Guinée. On le voit ici devant le salon d’honneur de l’aéroport de la capitale guinéenne, en compagnie du président Ahmed Sékou Touré et de l’ambassadeur de France en Guinée André Lewin. Au deuxième plan, Madame Andrée Touré, l’épouse du président guinéen.

Le mot cacique est d’ origine caraïbéenne. Il désigne, entre autres, une personne occupant une place importante dans un régime. Ses synonymes incluent : dirigeant, chef, gouvernant, hiérarque, etc.

Aboubacar Somparé s’est éteint le 2 novembre à l’hôpital sino-guinéen de Conakry. Il avait 73 ans. Sa disparition réduit le nombre des anciens caciques du régime dictatorial de Sékou Touré. Parmi ces derniers Somparé faisait partie des apologues irréductibles du premier président de la république de Guinée. Ces orphelins politiques de Sékou Touré se divisent en trois tendances rivales :

  • Les membres de la famille biologique et leurs alliés claniques et matrimoniaux qui ont survécu au procès secret et aux exécutions extra-judiciaires ordonnées par Général Lansana Conté à la tête du Comité militaire de redressement national (CMRN) en juillet 1985
  • Le carré des compagnons, sans affiliation parentale, mais se réclamant du parcours politique du “Responsable suprême de la révolution”
  • Les individus animés principalement par leur attachement à la personne du tyran.

Aboubacar Somparé appartenait à cette dernière catégorie. Il affichait un  grand dévouement à son mentor. Aujourd’hui défunts, les deux hommes jouissaient des qualités communes évidentes : intelligence, énergie, ambition, combativité, extraversion, bagout, sens de la famille (nucléaire et élargie), etc. Toutefois l’envers de la médaille est négatif et sombre. On y retrouve des traits tels que égocentrisme, intellectualisme, cynisme, populisme, mégalomanie, mythomanie,  etc.

La  carrière de Somparé couvrit quatre volets entrelacés et interdépendants : l’enseignement, l’administration, la politique et et la diplomatie. Elle  évolua de façon contrastée : d’abord météorique, ensuite contrariée. Elle connut trois phases successives, également imbriquées :

  1. Aboubacar Somparé et Sékou Touré
  2. Aboubacar Somparé et Lansana Conté
  3. Aboubacar Somparé seul

Et cette carrière se déroula dans trois villes : Labé, Conakry, Paris.

Lire également :

Première partie
Aboubacar Somparé et Sékou Touré

La génération d’Aboubacar Somparé eut une prise de conscience politique précoce à cause de la dictature naissante.

Lycéen révolté

La collaboration du duo Sékou Touré-Aboubacar Somparé débute officiellement en 1969. Auparavant, au commencement des années 1960, le lycéen Somparé, âgé de 17 ans, avait participé au soulèvement des élèves et étudiants contre le prétendu Complot des enseignants. Il fut cité dans les  manifestations. Il joua apparemment un rôle secondaire, et évita de paraître comme un des meneur de la révolte. Dans l’annexe 3, chapitre 49, volume 4 de la biographie intitulée Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, André Lewin rapporte en ces termes le témoignage d’Amadou Tidiane Traoré, un promotionnaire de Somparé qui s’exila à Dakar après le cachot au Camp Camayenne (actuel Camp Boiro) :

Ce témoignage est confirmé par Aboubacar Somparé, alors condisciple de Traoré, et qui l’a accompagné pour “mobiliser les jeunes filles” ; mais, plus en retrait, il ne fut pas dénoncé par celles-ci comme meneur lorsqu’elles furent interrogées après leur arrestation (entretien d’Aboubacar Somparé avec l’auteur, Paris, 25 novembre 2002).
Natif de Boké comme Somparé, Sydia Touré (futur premier ministre, actuel opposant politique et rallié personnel au président Alpha Condé) était de la même  promotion. Ses parents choisirent la route de l’exil après la répression du faux complot des enseignants. Ils s’établirent en Côte d’Ivoire. La tempête finit par se calmer, après fortes bastonnades et dures représailles par la milice, et l’interruption de l’année scolaire.

En mai-juin 1960, le premier faux complot du nouvel état-policier avait coûté la vie à l’avocat Ibrahima Diallo et à ses deux co-accusés : Fodé ‘Legros’ Touré, pharmacien, et Elhadj Mohammed Lamine Kaba, imam de Coronthie, quartier nord de Conakry. On relève ici le dosage ethnique cynique de l’inculpation : un Pullo de Mamou, un Soso du Moriya (Forécariah) et un Maninka-Mori de Kankan. Pour avoir déposé les statuts d’un parti d’opposition au PDG, les trois hommes furent accusés d’atteinte à la sûreté de l’état. Ils furent torturés à mort et fusillés. Le silence de la classe politique resta assourdissant. Enhardi, Sékou Touré monta, en 1961, son complot contre les enseignants. Ainsi démarrèrent les premiers rouages de la répression, qui vida la Guinée de ses meilleurs hommes et femmes et brisa net l’élan du pays.

Le bilan et l’impact de la réaction gouvernementale continuent marquèrent négativement la Guinée. Une dizaine de lycéens “meneurs” furent fusillés par un peloton d’exécution aux ordres de Fodéba Keita et Sékou Touré. Et le système d’enseignement commença sa plongée irréversible, suite aux lourdes peines de prison infligées aux éducateurs et au départ massif des intellectuels et technocrates de nombreux pays d’Afrique, d’Europe et des Antilles, qui avaient volé au secours de la jeune république en 1959. …

La jeune Maryse Condé vivait à Conakry à l’époque avec sa famille. Elle y connut quatre années intenses, qui inspireront son génie littéraire. D’où, entre autres, ses deux premiers romans (Heremakhonon, Une saison à Rihata) et son autobiographie (La vie sans fards).

Pourquoi Somparé ne fut-il pas inquiété ? Etait-il un vrai manifestant spontané, ou bien, au contraire, un infiltré par les autorités dans les rangs des élèves en colère ? Aboubacar emporte la réponse à ces questions dans sa tombe. Mais l’examen de son chemin après l’université indique la participation de cet homme d’appareil aux réseaux sécuritaires et coercifs de Sékou Touré et du PDG. En effet il fut membre de la terrible Commission d’enquête du Camp Boiro. Pis, une tentative de kidnapping d’un intellectuel guinéen eut lieu sous son mandat d’ambassadeur  à Paris. Voir plus loin.

Labé : poste-clé et rampe de lancement

Primo, frais émoulu de l’Institut Polytechnique G.A. Nasser de Conakry, Somparé fut affecté comme directeur régional de l’éducation à Labé. Cette nomination n’était pas fortuite. Au contraire, Sékou Touré exigait  des fonctionnaires, en général, et ceux travaillant à Labé, en particulier, la surveillance et l’envoi régulier de rapports secrets.

Secundo, pour plusieurs mobiles et motifs, Sékou Touré nourissait rancune et hostilité à l’encontre de Labé. Pourquoi ? C’est, par exemple, la région natale d’un précurseur prestigieux, Yacine Diallo (1897-1954), d’un rival de fait, Saifoulaye Diallo (1923-1981), d’un dénonciateur infatigable, Siradiou Diallo, en tant que journaliste puis édacteur-en-chef de Jeune Afrique, et d’un adversaire irréductible, commandant Thierno Ibrahima Diallo, cheville ouvrière de l’attaque du 22 novembre 1970.
Sékou Touré jalousait les deux premières personnalités pour leur naissance, leur éducation, et leur prestige. Ainsi, la rumeur l’accusa d’avoir fait empoisonner Yacine à mort en mars 1954. Aussi grave, il humilia et envisagea de tuer Saifoulaye au Camp Boiro. Il n’y renonça que sur l’injonction de ses féticheurs, qui lui dirent que son étoile astrologique (son destin) était liée à celle de Saifoulaye.… Et que la mort de son ex-alter ego entraînerait immédiatement la sienne.
Quant au commandant Thierno Diallo, après avoir décidé de démissioner de l’armée française pour se mettre à la disposition de la jeune république de Guinée en 1958, il fut rejetté — avec d’autres soldats, sous-officiers et officiers — par le nouveau régime guinéen. Il fut ainsi contraint à l’exil, d’abord à Dakar, ensuite en France.…

Au plan politique, Sékou Touré reprochait à Labé la proportion élevée de bulletins Oui de la région au réferendum du 28 septembre. Dans son allocution de clôture de la 2è Conférence nationale des cadres du PDG, le 27 novembre 1958, il déclarait :

« A chacune des consultations populaires, Labé a toujours été le seul lieu de déception. Il faut en rechercher la cause au niveau de la direction et non au niveau des masses. Quand je dis au niveau de la direction, ce n’est pas un problème d’homme mais un problème de méthode de travail. Il faut reprendre les méthodes de travail et les adapter aux conditions de la ville de Labé, afin que cette localité cesse d’être la gangrène du Parti. »

Sékou Touré faisait semblant d’ignorer que les 56.000 votes positifs de Labé reflétaient ceux des 12 autres territoires qui formaient l’Afrique occidentale et l’Afrique équatoriale francaises d’Afrique. Il ne savait pas non plus qu’il retounerait dans le giron de la FrançAfrique au crépuscule de son règne ténébreux et douloureux. Du reste, depuis 1954 il était sorti du peuple et était devenu “un envahisseur intérieur”, selon la formule adéquate d’Alioum Fantouré. Sékou Touré, en somme, s’était transformé en un virus carcinogène agressif à l’assaut du pays. Par la suite, l’infection se propagea, se métastasant dans l’Etat et dans la société de Guinée. Et il n’y a malheureusement toujours pas de cure.

Lire Bernard Charles (a) Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée (b) Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58)

Toujours est-il qu’au fil des ans, de 1959 à 1984, Labé paya, en termes relatifs et absolus, le tribut le plus lourd de la dictature. Qu’ils fussent natifs ou simplement ayant travaillé à Labé, toutes ethnies (Fulbe, Mande, Soninke, Jakanke, Jalonka, etc.) et tous rangs confondus (aristocrates, technocrates, politiciens, secrétaires féderaux et de section, gouverneurs, ministres-délégués, fonctionnaires, ménagères, anciens serfs, érudits, Jeli, etc.) payèrent par leur liberté et/ou leur vie d’avoir été associés à Labé.

L’hécatombe fut dévastatrice. Elle fut basée sur les renseignements (faux ou exagérés) d’agents de Sékou Touré à tous les niveaux. Le plus néfaste d’entre fut, sans doute, Emile Cissé. Il commença à sévir au collège de Thindel, au sud-est de la ville de Labé. Puis il étendit son reseau à toute la région. Il se tailla même un petit fief dans les locaux de l’ancienne école normale de Popodara, baptisée Kaledu. Il y était entouré d’adolescentes qui lui servaient de garde personnelle et de harem…

Après Labé, Emile Cissé ravagea et endeuilla successivement Kankan et Kindia. A Kankan il eut le se vengea cruellement de Samba Safé Barry, ancien secrétaire fédéral de Labé. Bien que né dans une famille de runnde (haaɓe, maccuɓe, c’est-à-dire les serfs de l’état théocratique du Fuuta-Jalon et de la colonisation française), cet instituteur doté d’une forte personnalité s’opposa ouvertement à la corruption des moeurs des élèves par Emile Cissé. Il força le départ de celui-ci, qui fut affecté à Kankan. Comme l’indique lieutenant-colonel Kaba 41 Camara, c’est Emile Cissé qui mit dans l’oreille de Sékou Touré la rumeur infondée d’un coup d’Etat par les parachutistes de la garnison de Labé. Ce fut le faux Complot militaire Kaman-Fodéba, qui, en 1969, emporta les civils Diawadou Barry, Karim Fofana, Baydi Guèye, Dr. Maréga Bocar, Dr. Bah Thierno, etc. et décapita l’armée créée par Fodéba.

Comme par hasard (?!) Samba Safé rejoint Emile Cissé à Kankan en 1969 en qualité de gouverneur de la région. En 1972, il fut arrêté et conduit au Camp Soundiata Keita, où Emile Cissé présidait aux tortures des prisonniers politiques. Avec cruauté et sadisme, il tortura Samba Safé à mort, en le mutilant sexuellement et en le découpant à l’arme blanche. Après Kankan, Emile fut nommé gouverneur de Kindia. Et c’est dans cette ville qu’Emile fut finalement arrêté. Il fut enchaîné, battu et transféré au Camp Boiro, où il mourut de la diète noire.… Emile Cissé agit avec l’accord tacite et l’approbation de Sékou Touré, qu’il appellait son Papa adoptif…

Tel est donc le contexte — lointain et rapproché — dans lequel Aboubacar Somparé prit la charge de la direction régionale d’éducation de Labé. Il cumula vite ses fonctions techniques avec des responsabilités politiques, en  devenant membre du bureau fédéral du Parti démocratique de Guinée à Labé. Marié, fils et père de famille, il n’avait rien de commun avec l’extravagance et les mises en scène grotesques d’Emile Cissé. Somparé avait le sourire aisé et l’entregent accueillant. Apparemment à l’aise dans sa peau, il dut évoluer sans effort dans la société courtoise et discrète de la capitale du Fuuta-Jalon.

Malheureusement, ces atouts personnels ne changeaient en rien la donne, c’est-à-dire la terreur ambiante, les traumatismes profonds, et la douleur engourdissante de familles pansant leurs plaies et pleurant leurs morts. Les dispositions sociales de Somparé n’empêchaient surtout pas sa dévotion   au Reponsable suprême de la révolution. Elles n’entravaient pas sa disponibilité à exécuter fidèlement les ordres, missions, tâches et besognes du dictateur.

Quel fut le bilan souterrain et secret de Somparé à Labé ? Cela reste à établir dans un pays sans archives, ni mémoire du passé, lointain ou récent.

Au bout de quatre ans, en 1973, Somparé quittait Labé pour Conakry. Aux yeux de Sékou Touré, la première manche du plan de carrière de son protégé s’était bouclée de façon satisfaisante. Pour Somparé, Labé avait servi de rampe solide de lancement. Il y avait bâti un bouclier pouvant  le protéger contre les pièges d’une révolution cannibale de ses dirigeants. Et sur cette base, Aboubacar Somparé continuera son irrésistable ascension de cacique du régime, sous l’oeil bienveillant de Sékou Touré.

A suivre.

Tierno S. Bah

Attaque de novembre 1970 : quarante-sept ans après

Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau et Président Sékou Touré. 1970
Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau, et Président Sékou Touré. 1970

La date d’aujourd’hui marque le quarante-septième anniversaire de l’attaque du 22 novembte 1970 par un commando militaire portugais et des opposants guinéens armés contre Conakry. L’opération visait deux objectifs :

  • La libération des dix-huit prisonniers de guerre Portugais — dont le fils du maire de Lisbonne — qui avaient été capturés par la guerilla du PAIGC dirigée par Amilcar Cabral
  • L’élimination du Président Sékou Touré et l’abolition de son régime
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.

J’ai constitué le présent dossier pour rappeller à la mémoire ce bref épisode aux conséquences profondes et prolongées, draconniennes et inhumaines. Et qui continue de hanter la Guinée. Pour introduire cette sélection, j’ai choisi un extrait de l’analyse lucide de Sako Kondé, l’auteur de Guinée, le temps des fripouilles. Directeur général de la Douane jusqu’en 1965, cet intellectuel et critique implacable de la dictature guinéenne dresse, dans le chapitre IX du livre  “Pour l’honneur de la Guinée et de l’Afrique”, le réquisitoire du régime et celui des dirigeants de  l’opposition en exil. Il les met dans le même sac, et il rend  hommage aux Guinéens qui prirent les armes contre le régime. Sako Kondé écrit :

  « A l’aube du 22 novembre 1970, des Guinéens ont débarqué sur le sol natal, l’arme à la main, décidés à abattre la tyrannie ou à mourir. Si l’opération a tourné à la tragédie, ce ne fut pas, en tout cas, parce que le régime leur a opposé une quelconque résistance aux premières heures : il était virtuellement vaincu, le prétendu « attachement indéfectible » du peuple n’ayant à aucun moment joué. Ce fut à cause de la trahison des chefs politiques de l’affaire. Mais avant de mourir, les combattants ont fait revivre intensément une chose qu’on aurait cru désormais oubliée des Guinéens : le courage, l’audace. En accomplissant leur devoir comme ils l’ont fait, ils ont administré une terrible leçon à l’actuel personnel politique. Ils l’ont aussi donnée aux quelques Guinéens qui ont conduit l’affaire au niveau politique en la ramenant à la dimension d’une ténébreuse aventure, et prouvé qu’ils appartiennent au même type socio-politique que les dirigeants en place. Leur mort héroïque constitue le seul moment rassurant et encourageant de cette lamentable entreprise menée par de soi-disant opposants sous le signe de la médiocrité, de l’inconscience criminelle … Il nous fallait, avant de poursuivre, faire cette distinction essentielle et rendre hommage au courage de ces gars bien de chez nous. »

… La suite est accessible à la bibliothèque du Camp Boiro Mémorial.

La collection inclut aussi les documents suivants :

L’hebdomadaire annonça l’évènement avec en exclusivité le récit d’un des Guinéens de l’expédition. Mais l’informateur anonyme présente une version  erronée des faits. relevait de l’intoxation et de la propagande. Il prétend notamment que le coup avait été conçu, financé et exécuté entièrement par des Guinéens, sans l’appui ou la participation du Portugal. Ce qui était faux.…

Jeune Afrique corrige ici l’information erronée contenue dans le numéro 518 à propos d’une opération strictement organisée par l’opposition en exil.

Tierno S. Bah

Allah Tantou : projection-débat à Conakry

A droite, Marof Achkar (1930-1971), représentant permanent de la Guinée à l'ONU, premier président de la commission des Nations unies sur l'Apartheid.
A droite, Marof Achkar (1930-1971), représentant permanent de la Guinée à l’ONU, premier président de la commission des Nations unies sur l’Apartheid.

David Achkar, cinéaste (1960-1998)
David Achkar, cinéaste (1960-1998)

Conformément à mon accord avec l’association “Guinée Solidarité Bordeaux“, la première d’une série de projections-débats du film documentaire “Allah Tantou” s’est déroulée le 17 courant à l’université Kofi Annan de Conakry. Membre de Guinée Solidarité Bordeaux, Mme. Jeanne Cousintreguery a bien voulu partager le compte-rendu suivant :

La première projection-débat d'”Allah Tantou”, à l’Université Kofi Annan, a rempli l’objectif de sensibiliser les jeunes à l’histoire de la Première République.
Objectif : projeter et débattre autour de ce film s’avère une nécessité auprès des jeunes Guinéens.
Une deuxième séance aura lieu le 24 novembre à l’UCAO. Le cinéaste Moussa Kémoko Diakité y prendra part et parlera du réalisateur du film, David Achkar, qu’il a connu.

Merci M. Tierno S. Bah de nous avoir autorisé à projeter ce film nécessaire pour la jeune génération.

Allah Tantou

La projection a commencé à 16h dans la salle culturelle Malik Condé. Elle a permis d’aborder sans tabou une période de l’histoire de la Guinée sous la première république. Ce programme éducatif de projections-débats autour d’Allah Tantou est organisé par “Guinée Solidarité Bordeaux”.

« Mais il n’y a rien qui peut être caché de l’esprit.
Rien que la mémoire ne peut pas atteindre ou de toucher ou de rappeler. » Don Mattera, 1987 (Afrique du Sud)

Le réalisateur et l’acteur principal

Allah Tantou est un film documentaire long-métrage de 52 minutes réalisé en 1990 par David Achkar (1960-1998) sur le Camp Boiro. L’acteur Michel Montanary joue le rôle principal et interprète le personnage de Marof Achkar, le père de David.

La séance a débuté par une minute de silence à la mémoire de David Achkar, qui a résumé éloquemment son oeuvre en ces termes :

« Je suis un cinéaste préoccupé par la tragédie que vit l’Afrique, a-t-il dit dans une interview. J’ai commencé par Allah Tantou sur ma tragédie personnelle,(…) avec un petit budget … C’est l’émotion qui fait la différence à la sortie de la salle, quelque soit le budget du film ! (…) » (interview avec Olivier Barlet, 1997)

Allah Tantou, le film

Allah Tantou a été le premier film africain à faire face aux immenses coûts personnels et politiques des violations répandues des droits humains du continent. Le réalisateur David Achkar a décrit les origines de son film dans un livre « Allah Tantou God’s Will » (Par la volonté d’Allah).
Le film documentaire-fiction retrace à partir des lettres de son père, Marof Achkar. Celui-ci fut chorégraphe et manager des Ballets Africains dans les années 1950. Après l’indépendance il devint diplomate, conseiller culturel de l’ambassade de Guinée à Washington, DC avec l’ambassadeur Telli Diallo, avant d’être le représentant permanent de la Guinée à l’ONU. Il fut rappelé à Conakry en 1969, détenu au Camp Boiro, et fusillé en 1971. Exploitant des photos de son père et de rares images du Camp Boiro, ce film a été qualifié d’« épreuve mémorielle ».
« Allah Tantou se fait l’écho anonyme de la mémoire des autres détenus, dont on perçoit les tourments derrière les cloisons des cellules, quelque part dans une autre salle d’interrogatoire, accueillant en silence les portraits d’autres prisonniers exécutés, auxquels ce film est dédié. »

Cette projection s’inscrit dans le cadre de Conakry Capitale Mondiale du Livre, le film étant directement inspiré des écrits d’Achkar Marof à Boiro. Les livres des Editions L’Harmattan sur l’Histoire de la Première République étaient en vente avant et après le film.

Participants

Animé par l’équipe “Ciné Nimba”, le débat a enregistré la participation de :

  • MM. Lamine Camara dit “Capi” et Abbas Bah, rescapés du Camp Boiro
  • Une centaine d’étudiants
  • Des invités de Guinée solidarité Bordeaux
  • Deux représentants de l’Association des Victimes du Camp Boiro
  • Un ancien fonctionnaire du Comité des Nations Unies contre la torture
  • L’association « traidunion »
  • Un professeur du lycée français
  • Bob Barry, journaliste de Deutsche Welle
  • Mohamed Kaba, directeur de l’Institut Kofi Annan et président de “Guinée Solidarité Conakry”
  • Alseny Tounkara, scénariste et cinéaste
  • M. le Recteur de l’Université Kofi Annan

Après la projection, les deux témoins ont pris la parole. Ils ont salué le film comme « un témoignage poignant pour sortir la vérité ». Ils ont ensuite restitué leur propre histoire. Tous deux ont été emprisonnés après l’agression du 22 novembre 1970, Abbas à l’âge de 24 ans, « Capi » à 31 ans, dans des conditions encore « plus déshumanisantes » « plus animales » que celles subies par Marof Achkar .

Lamine Camara et Abbas Bah ont rebondi sur les questions pertinentes des étudiants.
M. Abbas Bah « si nous sommes encore vivants, c’est le destin ; entre ceux qui sont morts et ceux encore en vie ce n’est pas une question de culpabilité ou d’innocence, seulement un niveau de résistance différent aux tortures, aux diètes, à l’enfermement dans une quasi-obscurité.»

M. Lamine Camara regrette que les jeunes étudiants n’aient pas été plus nombreux dans la salle. Il note qu’en Europe, les traces du passé sont conservées et valorisées, ce qui n’est pas le cas en Guinée. Il lance un appel aux jeunes :
« Il faut que notre pays évolue, et rapidement (…) notamment dans le domaine de l’éducation : mettre en place des programmes objectifs d’histoire, situer Boiro dans l’histoire de notre pays», développer l’esprit d’analyse et critique dès l’école.
« Nous avons un devoir collectif de mémoire ; vous aussi les jeunes vous êtes issus de la torture ! Dès que je suis sorti du Camp Boiro, j’ai pardonné ».
Ces propos de réconciliation et de pardon ont profondément touché l’assistance.

Le débat s’est terminé à 19h 45.

Jeanne Cousintreguery

Remarques

  • M. Abbass Bah emploie une formule ambigüe qui pose la “question de culpabilité ou d’innocence” au niveau des prisonniers. En réalité, elle se situe entre bourreaux et victimes. Dans ce sens, tous les détenus furent des victimes de la dictature. Qu’ils en aient été les instruments ou non. Antérieurement ou postérieurement à la mort de Sékou Touré et à l’effondrement de son régime.
  • C’est réellement dommage et absolument regrettable que M. Lamine Camara persiste dans le discours de la “réconciliation et du pardon” sans insister sur la priorité transcendante de la JUSTICE et la nécessité vitale de la lutte contre l’IMPUNITÉ endémique. C’est là une déréliction historique qui engendre  un climat délétère, négatif et débilitant. D’où  l’apathie de la jeunesse et la faiblesse de l’audience estudiantine, que ‘Capi’ déplore. Il ne devrait pourtant pas s’en étonner. Car les jeunes  sont pris dans les mailles des  contradictions  de  “l’élite” guinéenne, connue pour son égocentrisme, son flou, et sa fourberie. Dans ce cas M. Camara encourage les étudiants à “développer l’esprit d’analyse et de critique”, d’une part. De l’autre, il prône le pardon général  et gratuit, c’est-à-dire l’amnésie, la résignation et le fatalisme.… L’attitude et les propos de ‘Capi’ Camara suscitent des interrogations majeures : Qui et quoi pardonne-t-il ? Et pourquoi ? En attendant une réponse, il est évident que sa mansuétude ne peut pas effacer les crimes de sang, de guerre et contre l’humanité commis au Camp Boiro ! Alors pourquoi ne pas considérer les perpétrateurs vivants comme justiciables devant la loi ?  M. Camara est  libre de pardonner les bourreaux de la Guinée. Mais c’est là une position personnelle qu’il devrait garder pour lui-même, sans en prêcher le message défaitiste. Surtout devant une jeunesse qui  doit, au contraire, redresser l’échine, relever la tête, et systématiquement mettre le passé (Sékou Touré, Lansana Conté et consorts) et le présent (Alpha Condé) en question, afin de combattre  l’impunité et de hâter le triomphe du règne de la loi.
  • Messieurs Bah et Camara symbolisent deux types diffférents de survivants du Camp Boiro.
    • Le premier fut une victime au sens strict du mot, sans participation subséquente aux dérives et abus des régimes successeurs du PDG.
    • Dans ses fonctions successives de ministre et d’ambassadeur, le second prit part à l’exercice de l’autorité arbitraire et de l’autocratie répressive de Lansana Conté.

Tierno S. Bah

Alpha Condé aux abois pour un 3è mandat

Bruno Lemaire, ministre français de l’économie, et Président Alpha Condé à Paris, 16 novembre 2017

Une pluie de promesses

Chaque fois qu’il séjourne en Chine, le président Alpha Condé joue au démagogue et dénonce l’impérialisme occidental.… Mais voilà que depuis hier il se tourne vers Paris pour miroiter un Plan condamné à n’être qu’une chimère, du fait même de la gestion chaotique des biens publics par son régime. RFI claironne :

« Plus de 300 investisseurs publics et privés sont réunis à Paris jeudi et vendredi pour aider la Guinée à financer son plan de développement national. La Guinée a besoin de 13 milliards de dollars ces trois prochaines années pour financer ses grands travaux et rendre le pays plus attractif. D’ores et déjà, les bailleurs de fonds internationaux ont mis sur la table près de 5,5 milliards de dollars, et la France va contribuer à hauteur de 600 millions de dollars. »

Jeune Afrique renchérit :

« 12,6 milliards de dollars d’engagements fermes ont été pris durant les deux jours de discussions entre le gouvernement guinéen et ses partenaires à Paris. Avec les appuis du FMI et de l’IFC, ainsi que les 6 milliards promis par la Chine dans un autre cadre, les financements dépasseront les 20 milliards de dollars, quand la Guinée en espérait 14,6. »

C’est presque une pluie de promesses. Mais de quel plan s’agit-il ? Triennal, quinquennal, décennal ? Qui l’a conçu, préparé et rédigé ? Où en Guinée a-t-il été examiné, amendé et ratifié ? Par quelles institutions ?

Proverbe et réalité

S’exprimant hier à Paris durant le marathon de levée de fonds pour son Plan national de développement économique et social, M. Condé aurait déclaré : « Pour attirer des mouches, il faut du miel. » La métaphore est plaisante à lire ou entendre. Mais c’est une phrase en l’air, vide. Elle me rappelle l’anecdote selon laquelle durant l’effort de guerre 1939-45, un commandant de cercle du Tchad ou de l’Oubangui-Chari (actuelle République Centrafricaine) fut sommé constamment de livrer des quantités de miel à la Métropole. Or la région où il exerçait n’avait même pas de ruches d’abeilles. Excédé, il répondit finalement à ses supérieurs : « D’accord pour miel. Stop. Envoyez abeilles. Stop. » Il fut puni et relevé de ses fonctions.

Le proverbe repris par Alpha Condé évoque, dans une certaine mesure, le dilemme du commandant colonial mentionné ci-dessus. Et il est plus sérieusement contredit par les réalité guinéennes. Au point que les investisseurs potentiels feraient bien de dire au président :
— “D’accord, monsieur le président, nous aimerions bien être vos mouches. Mais où trouverions-nous le miel dans votre pays ?”
Alpha n’a pas de réponse à cette simple question. En effet, après sept ans de sa présidence la Guinée n’a rien de mielleux et de sucré. Au contraire, elle est aigre et acidulée, pimentée et extra-salée. Pour s’en convaincre, il suffit de demander l’opinion des populations, qui tirent le diable par la queue. Et qui luttent pitoyablement pour la pitance du jour, dans un calvaire quotidien.
Le pays ne fournit simplement pas des bases élémentaires et des structures fonctionnelles capables d’exploiter en toute transparence et de faire fructifier les US$20 milliards PROMIS pour financer le plan présidentiel.

Drôle de Plan

Le gouvernement parle d’un Plan quinquennal couvrant  la période 2016-2020. Arithmétiquement l’addition  (ou la soustraction) donne quatre au lieu de cinq ans. Avec deux ans environ déjà écoulés. En d’autres termes, le gouvernement s’est endormi sur ce dossier pendant 24 mois ! Il se réveille soudain. Et le voilà qui invite 300 personnes à Paris, aux frais du contribuable, pour une méga-quête financière incertaine. Car on ne réalise rien avec des promesses. Il faut  des projets bancables exécutés par des gestionnaires compétents. Or Alpha Condé est le premier à décrier le manque de  cadres expérimentés. Curieusement,  lui, le “professeur”, ne lève pas son petit doigt pour tenter de résoudre ce problème fondamental. Pas étonnant de la part d’un président qui n’a pas tenu sa promesse électorale d’octroyer une tablette à chaque étudiant. Cela dit, une  bonne planification commence par l’identification  des sources et méthodes de financement  avant  le lancement. Le contraire revient à mettre la charrue devant les boeufs. C’est exactement ce qu’a fait M. Alpha Condé. Car c’est en fin 2017, au seuil de 2018, qu’il cherche à financer un plan démarré en 2016 ! C’est pas drôle ! Il est évident qu’il se moque éperdument de son son propre Plan. Il s’en sert simplement pour faire du tapage, monter un tape-à-l’oeil et jeter de la poudre aux yeux du public guinéen. Son but réel est d’orchester éventuellement une campagne pour un troisième mandat inconstitutionnel. Ce qu’il n’obtiendra pas. Il lui faudra alors passer outre la volonté du Peuple en modifiant, arbitrairement et à des fins égoïstes, la Loi fondamentale du pays.

Mama Kanny Diallo. Paris, novembre 2017
Mama Kanny Diallo

Lire l’interview de Mama Kanny Diallo, ministre du Plan et de la coopération, ex-épouse d’Alpha. Elle révèle que les projets d’investissements  agricoles mettent l’accent sur “la relance des cultures d’exportation telles que celles de la production d’ananas, de café et d’anacarde.” L’approche est erronée.  Au nom de la sécurité alimentaire on doit plutôt accorder la priorité à la production vivrière :  agriculture (riz, fonio, maïs, manioc, mil, igname, etc.), élevage (viande, lait, beurre, fromage, etc.), cueillette (karité, palmistes, fruits, feuilles, etc.), pêche (poisson, fruits de mer, acquaculture, etc.). Les cultures d’exportation créent une dépendance économique et financière similaire à celle engendrée par l’exploitation — sans transformation locale — des produits miniers bruts.

Environnement inadéquat

En septembre dernier Alpha Condé annonça avoir obtenu un autre prêt de US$20 milliards par la Chine à la Guinée. En octobre, il exposa devant la presse son plan-directeur d’une nouvelle ville de Conakry ! Il confond apparemment architecture et urbanisme. Et il croit que les habitants de la capitale sont de la volaille. Et qu’il suffit de bâtir des cages de poulaillers de type HLM pour moderniser la cité !… En fait une ville est un ensemble complexe de réseaux de transports (routes, chemins de fer, aéroports), de communication (Internet, Web), de santé (égoûts, de parcs, espaces verts), de quartiers résidentiels et commerciaux, de bibliothèques, de marchés, édifices, monuments, cimetières, etc.

En dehors de l’entourage d’Alpha et de lui-même, les Guinéens ne sont dupes de ces publicités fracassantes. Elles rappellent la mascarade en cours, qui fait de Conakry la capitale mondiale du livre. Alors que le pays est en majorité analphabète après 60 ans bientôt de souveraineté.

Répétons-le, la Guinée n’est pas équippée pour absorber et rentabiliser les quelque US$40 milliards qui viendraient de Beijing et de Paris. Le pays ne remplit pas les conditions nécessaires et indispensables pour employer rationnellement de tels montants de capitaux. Même si l’on étale l’exécution dans un futur plus ou moins distant. L’environnement est faible et inadéquat. Il érige de sérieux obstacles pour les investisseurs les plus “généreux”. Comme exemples de pièges on peut citer les suivants :

  • Faible qualité d’éducation
  • Faiblesse de la production et de la distribution d’eau, d’énergie et de nourriture
  • Système de santé précaire
  • Mise à l’écart du paysannat
  • Chômage endémique d’adultes et de jeunes
  • Analphabétisme prédominant
  • Main-d’oeuvre qualifiée rare
  • Monnaie non-convertible
  • Secteur bancaire anémique
  • Absence d’épargne domestique
  • Dépendance totale vis-à-vis des bailleurs étrangers bi ou multilatéraux
  • Réseau de communication numérique embryonnaire
  • Transports archaiques
  • Inféodation de la justice et du parlement au pouvoir exécutif
  • Pauvreté galopante
  • Criminalité et impunité

Alpha Condé aux abois pour un 3è mandat

Depuis sa première investiture, M. Condé a, comme il l’avait promis, ramené la Guinée là où président Sékou Touré l’avait laissée. C’est-à-dire dans la pauvreté, la démagogie l’incompétence, l’autocratie et le culte de la personnalité. Ainsi, Alpha a gaspillé sept ans précieux à se promener hors du pays, pour son intérêt personnel et au détriment de la Guinée.
Le temps a vite passé. Il ne lui reste plus que deux ans environ pour céder la présidence à un successeur élu. Mais M. Condé aimerait soit rattraper ce temps, soit l’allonger en une présidence à vie, camouflée et dissimulée derrière des projets utopiques. Il oublie que le temps perdu ne se rattrape pas. Et que la Constitution est inviolable. Elle ne sera pas tripotée pour satisfaire sa boulimie du pouvoir.

Tierno S. Bah

Pas de Réconciliation sans Justice 2017 !

De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.
De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.

L’auteur de l’article « Ouagadougou : Papa Koly Kourouma chez Dadis Camara » affirme que “que les deux hommes étaient très proches”. Malheureusement il ne fournit aucune explication ou donnée à l’appui de ce “rappel”.
Cet entrefilet est typique du site Africaguinée, et de la presse électronique guinéenne, en général. On se contente de présenter le fait quotidien brut, détaché de ses antécédents chronologiques, historiques et/ou logiques.

Amnésie sélective, déni de justice et impunité

Au plan de la déontologie journalistique, il est à la fois condamnable et impardonnable de parler de Moussa Dadis Camara et d’omettre toute mention du massacre du 28 septembre 2009 au stade sportif de Conakry. C’est une manière de banaliser l’assassinat politique endémique en Guinée de 1954 (mort subite et suspecte de Yacine Diallo, premier député de la Guinée française) à nos jours (morts de manifestant civils sous les balles de policiers à Boké et à Conakry le mois dernier). C’est également une démonstration d’amnésie sélective, un déni de justice et la  perpétuation de l’impunité pour les crimes des officiels et agents de l’Etat guinéen, perpétrés sans relâche depuis 1958.

Si Ahmed Tounkara s’était donné la peine de fouiller il aurait enrichi son billet par des détails sur la gouvernance de Moussa Dadis Camara et de son Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd).
Il aurait aussi relevé la composition du gouvernement de Dadis au sein duquel les postes stratégiques revenaient en priorité aux fonctionnaires de l’ethnie guerzé (Kpèllè). A l’exception du ministère des Mines et de la Géologie, où Mahmoud Thiam trôna en corrupteur corrompu, et qui purge depuis août dernier une peine de 7 ans dans une prison fédérale américaine pour corruption et blanchiment d’argent.

Je me souviens d’un incident public entre janvier et février 2009 entre Dadis et Papa Koly Kourouma, qui sont liés par une parenté avunculaire, c’est-à-dire de neveu à oncle.
De retour d’une mission à Nzérékoré, Papa Koly voulut résumer sa mission en langue nationale kpèlèwö. Dadis le rabroua net et lui ordonna de s’exprimer en français. C’était un réflexe démagogique et un patriotisme de façade. Car son régime prit graduellement une complexion ethnocentrique. Et il finit par sombrer dans le crime de sang, de guerre, et contre l’humanité avec le massacre de centaines de manifestants pacifiques et le viol de dizaines de femmes et de jeunes filles, commis par la soldatesque menée par lieutenant Toumba Diakité et par des hordes de miliciens forestiers drogués.

Réconciliation avant la justice : la charrue devant les boeufs

Quant à Papa Koly Kourouma, il a récemment exprimé son regret d’avoir appuyé la candidature d’Alpha Condé en 2010 et en 2015. Trop tard ! « La mort et le remords se taillent le chemin à reculons. » (Nimse e mayde ko ɓaawo waɗirta ɗatal) enseigne Tierno Muhammadu Samba Mombeya dans son Filon du Bonheur Eternel (Oogirde Malal, composé vers 1830). Le manque de clairvoyance et la pauvreté de jugement nullifient le “repentir” tardif de M. Kourouma. Pire, ses déclarations politiciennes ne ressusciteront pas les quelques 90 personnes tuées sous la présidence d’Alpha Condé, son ex-allié politique.

Pour s’excuser réellement et faire honnête amende honorable, cependant, il devrait rebaptiser son parti. Au lieu de Générations pour la RÉCONCILIATION, l’Union et la Prospérité, il devrait l’appeler Générations pour la JUSTICE, l’Union et la Prospérité !
Ce serait un bon début sur la route de la sincérité et de la solidarité !

PAS de Réconciliation, d’Union et de Prospérité SANS JUSTICE !

Tierno S. Bah