Président brouillon et pion

Président de la Guinée et président en exercice de l’Union Africaine (2017-2018), Alpha Condé suggère, d’une réunion à l’autre, de couper le cordon ombilical entre l’Afrique et l’Europe. Il ne faut surtout pas le prendre à ses mots. Car il dit le contraire de ce qu’il pense, et pense le contraire de ce qu’il dit. M. Condé ne formule pas là un souhait sincère, ni même un voeu pieux. Il se lance plutôt dans une rengaine  cynique, une manoeuvre fourbe et une tactique trompeuse.

Président bavard et brouillon

Alpha Condé voudrait faire accroire l’Afrique est désormais majeure. Malheureusement il ne fournit pas de données pour étayer son bavardage et sa démagogie. Pis, il feint d’ignorer la dépendance systématique de son régime vis-à-vis de pilleurs tels que le Groupe Bolloré. Par dessus-tout le “professeur” refuse de tenir compte de la faiblesse systémique du continent par rapport aux économies étrangères. En effet tous les voyants clignotent au rouge vif en Afrique :

  • Analphabétisme
  • Déclin des systèmes d’éducation et de recherche
  • Marginalisation du paysannat
  • Affaiblissement du réseau de santé
  • Non-industrialisation, avec pour causes et conséquences : la faiblesse de la production énergétique (domestique et industrielle), le manque d’eau potable, etc.
  • Exclusive et excessive présence des industries extractives (mines, pétrole, bois)
  • Importation déséquilibrée des produits (principaux et secondaires) de consommation
  • Mise à l’écart de l’ordre financier mondial et des marchés de capitaux

M. Condé a donc beau jeu de se démener et voyager. Il parle et se déplace dans le vide. Déboussolé et déphasé, il brandit le spectre maudit de Sékou Touré, qu’il voudrait imiter —comme le tueur Moussa Dadis Camara —, de manière sélective, oppressive et versatile.

Président pion

Le discours pseudo-nationaliste de M. Conté expose son manque de stratégie. Brouillon à souhait, il enfonce la Guinée dans la paupérisation, et ce, au nom de ses médiocres intérêts personnels et familiaux.
Mais sa rhétorique est contredite et annulée par l’appauvrissement croissant de l’Afrique et de la Guinée. Mais son idéologie tronquée jure avec le quotidien des Guinéens. Les citoyens ploient sous les calamités : mauvaise gouvernement, violations des droits de l’homme, corruption, impunité, etc.
En dernière analyse, Président Alpha Condé n’est qu’un pion. Consentant dans ce rôle, il accepte allégrément la manipulation par ses tuteurs et bailleurs globaux et/ou régionaux.

Il suffit de lire l’article ci-dessous, publié hier par Jeune Afrique, pour mesurer l’ampleur des machinations du chef de l’Etat et de son entourage, ainsi que l’étendue de la débâcle et de la désespérance de ses populations guinéennes.

Le journaliste Mathieu Olivier est le signataire du document. Il n’a pas honte d’employer la désignation “palais Sékoutouréya” : illégitime et imméritée, illicite et illégale. Il devrait plutôt écrire Palais de la présidence de la république. Comme l’Elysée à Paris, l’immeuble est le siège d’une institution : la branche exécutive de l’Etat. Propriété publique et impersonnelle, aucun nom individuel ne doit lui être attaché. Surtout pas celui de Sékou Touré !

Tierno S. Bah


Bras de fer de titans entre Soros et Steinmetz autour d’une mine géante en Guinée

En plaçant ses apôtres de la transparence au plus près du cabinet présidentiel de la Guinée, George Soros a écarté un de ses ennemis jurés. Une stratégie bien rodée dont Jeune Afrique dévoile les coulisses.

« J’essaie de t’appeler mais tu ne réponds à aucun de tes numéros, y compris ton portable. » Ce 27 avril 2013, Alpha Mohamed Condé est inquiet. Le fils du chef de l’État guinéen tente de joindre Scott Horton, avocat américain de DLA Piper, pour l’entretenir d’une histoire que l’agence Bloomberg s’apprête à écrire, et qui semble embarrasser la présidence. La ligne ne passe pas. « Alpha Mohamed » se rabat sur sa messagerie électronique, en espérant être plus chanceux. Un reporter de Bloomberg à Conakry travaille en effet sur un article concernant un accord passé entre la Guinée et le Liberia pour l’évacuation, via Monrovia, d’une partie du minerai issu du mont Nimba.

Or, Conakry veut éviter que cette information ne revienne aux oreilles des grandes sociétés minières présentes en Guinée, qui sont elles aussi tentées d’utiliser la voie libérienne plutôt que de financer un « corridor central » menant à Conakry – ce que souhaiteraient les autorités guinéennes. « Il est extrêmement important que cette histoire ne sorte pas », explique Scott Horton dans un e-mail au fils du président et au ministre des Mines, Mohamed Lamine Fofana, ce même 27 avril. Son objectif : corriger le tir en ajustant les déclarations du ministre, et ne pas donner l’impression d’un « feu vert » pour la potentielle exportation du fer de la mine de Simandou par le Liberia.

Dans les secrets du cabinet DLA

DLA Piper n’est pas n’importe quel cabinet. Il a parmi ses clients George Soros, le célèbre milliardaire américain, qui en a fait son relais en Guinée. Quant à Scott Horton, il n’est pas non plus n’importe quel avocat. Collaborateur de Soros, ce natif de Greenville, en Caroline du Sud, a connu le milliardaire il y a trente ans, à l’époque où ce dernier avait le regard porté sur l’Europe de l’Est.

C’est d’ailleurs George Soros qui, en avril 2011, a fait en sorte que la route de Scott Horton croise celle d’Alpha Condé, le nouveau président guinéen, élu en décembre 2010. Ce dernier et George Soros se connaissent déjà. Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire de Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères.

Le milliardaire n’hésite donc pas à demander à son ami Horton, 55 ans à l’époque, d’aller rencontrer « Alpha », fraîchement installé au palais de Sékoutoureya. Le président, explique Soros, veut lancer des réformes, notamment dans les mines, secteur qu’il soupçonne d’avoir alimenté les caisses noires de son prédécesseur Lansana Conté, et il faut l’y aider. Le rôle de DLA Piper en Guinée est officiellement, et avec l’appui des ONG « sorosiennes », d’accompagner le gouvernement dans ses réformes. Il lance pour cela des enquêtes, dont une partie est menée par un certain Steven Fox, ancien du département d’État américain qui a travaillé pour la CIA, dirigeant de la société d’évaluation des risques Veracity Worldwide.

Les investigations mettent au jour des faits de corruption dans le passage des contrats miniers, qui sont donc réétudiés. DLA Piper, qui a rédigé le rapport, pointe en particulier le groupe minier BSGR, du Franco-Israélien Beny Steinmetz, accusé d’avoir obtenu les droits sur le gisement de Simandou par « corruption apparente ». Or Steinmetz n’est, lui non plus, pas n’importe qui : il est l’ennemi juré de George Soros.

La rivalité entre les deux hommes remonte à près de vingt ans, en Russie, en 1998. Depuis, les épisodes se succèdent, avec d’un côté le groupe Steinmetz, qui utilise jusqu’en 2012 l’agence de communication FTI, et de l’autre les hommes de Soros. DLA Piper a-t-il été l’instrument du milliardaire américain dans une guerre personnelle ? Toujours est-il que, dès le début de la présidence d’Alpha Condé, l’affrontement gagne la Guinée, où, chez DLA Piper, on s’emploie à contrer la menace BSGR, n’hésitant pas à « inspirer » la stratégie de la présidence guinéenne.

Une cellule est mise en place. En font partie Alpha Mohamed Condé, Mohamed Lamine Fofana, ministre des Mines, et Ibrahima Kalil Kaba, le directeur de cabinet du président, proposé comme coordinateur. Leur « coach » : Scott Horton. Le 1er juin 2013, c’est lui qui fait le point, par e-mail, à cette petite équipe sur la stratégie à adopter dans le secteur minier. Ce diplômé de l’université du Texas, qui échange de façon régulière avec George Soros, va droit au but.

« La Guinée passe constamment à côté d’opportunités en étant trop lente à réagir et en étant instrumentalisée par des personnes comme M. Steinmetz », estime-t-il. Et de leur conseiller une offensive fondée sur le fait que « la Guinée est une victime de Steinmetz ». Il va plus loin : « Nous sommes très proches maintenant d’obtenir des informations selon lesquelles Steinmetz finance et radicalise l’opposition, les poussant à envisager un changement de régime sans élections. […] Je pense que ce serait un coup majeur de la part de la présidence. »

Info ou intox ? À l’époque, cela fait en tout cas plusieurs mois que DLA Piper réfléchit à une stratégie, notamment via les médias, visant à contrer « les attaques de BSGR ». Alors que le gouvernement est empêtré dans l’affaire du prêt guinéen contracté auprès de la société Palladino, c’est par exemple une nouvelle fois Scott Horton qui intervient. Le 21 mars 2013, il met en relation deux communicants engagés par la présidence guinéenne, Célia Grémy, du cabinet Momentum Consulting, et Chris McShane, de Hillingdon Cresswell, avec les conseillers presse de Palladino, Lawrence Dore et Locksley Ryan.

Contre-Attaque

Objectif : déminer le possible scandale Palladino et présenter le prêt entre le gouvernement guinéen et Palladino plus transparent, notamment en le publiant sur internet. Moins d’un mois plus tard, les équipes touchent au but. Lawrence Dore propose d’écrire un communiqué dans lequel il serait clair que quelqu’un, « comme BSGR, a cherché à dénaturer le prêt Palladino pour discréditer le gouvernement ».

À la même période, BSGR est peu à peu écarté de Simandou. Sous le régime du président Lansana Conté, le groupe avait en effet réussi à obtenir la moitié des concessions de la mine. Elle les avait revendues en 2009 au groupe brésilien Vale, pour 2,5 milliards de dollars. Mais, en avril 2013, après les accusations de corruption contre BSGR, Vale rompt l’accord, moyennant l’abandon de son avance de 500 millions de dollars.

Le 16 juin 2013, une rencontre réunit à Londres Sam Walsh, président-directeur général de Rio Tinto, Jin-Yong Cai, son homologue de la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale), et Alpha Condé, présent au Royaume-Uni à l’occasion du G8. L’hôte de cette réunion extraordinaire n’est autre que George Soros, un habitué des rendez-vous en marge des sommets internationaux.

Cette rencontre n’est pas anodine : elle confirme les dispositions prises par l’État guinéen pour abroger les permis détenus par BSGR, alors que Rio Tinto, associé au chinois Chinalco, obtient le droit d’exploitation totale de Simandou. Depuis, la guerre par réseaux interposés n’a pas faibli. Le Franco-Israélien, assigné à résidence en Israël, est aujourd’hui accusé de corruption par la Guinée, le FBI et le canton de Genève. Un de ses anciens collaborateurs, Frédéric Cilins, a été condamné à deux ans de prison aux États-Unis. Au cœur de plusieurs enquêtes, Beny Steinmetz ne se prive toutefois pas de contre-attaquer : le 14 avril, il a déposé plainte à New York contre Soros et sa fondation Open Society Foundations, qu’il accuse d’avoir fait échouer ses projets à Simandou.

Mathieu Olivier
Jeune Afrique

L’impunité version Sidya Touré

Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

Sous la plume de Boubacar 1 Diallo Africaguinée rapporte  des extraits d’une interview de Sidya Touré sur les ondes d’une radio de Conakry. L’article est intitulé  “Un soutien de taille pour Dadis Camara”.  Comme d’ordinaire le journaliste se comporte comme une simple caisse de résonnance de la personne interviewée. On enregistre passivement. Il n’y ni contradiction ni suggestion d’alternative à l’opinion de l’invité(e). Pas la moindre réflexion même sur des évènements aussi tragiques que ceux du 28 septembre 2009.

M. Sidya Touré rejoint ici d’autres dirigeants de l’opposition qui ont des attitudes ambiguës sur l’inculpation, l’enquête et le procès des accusés du massacre au stade de Conakry. Ainsi Cellou Dalen Diallo, Faya Millimouno et Mouctar Diallo ont soit rendu  visite à Moussa Dadis Camara, soit cherché à lénifier le rôle d’un Toumba Diakité durant les violences sur le terrain. Autant d’actes qui, objectivement, renforcent l’esprit d’impunité qui prévaut en Guinée. Et qui contribuent à noyer les crimes de l’Etat guinéen dans l’eau.

Mais en l’occurrence Sidya Touré émerge par un  comportement singulier. Il est comme une girouette qui tourne au gré du vent de la scène publique. Ainsi hier, il était membre de l’opposition et il dénonçait vigoureusement le mépris et le viol de la Constitution par le président Alpha Condé. Aujourd’hui, il est le Haut Représentant du chef de l’Etat. Dans quel domaine et à quelle fin représente-t-il le président ? Il ne saurait lui-même le dire !

Responsabilité indirecte

Sidya Touré est l’un des leaders qui convoquèrent le meeting au stade de Donka le 28 septembre 2009. Les milliers de participants furent invités et encouragés à se mobiliser pour marquer l’opposition du pays à la candiature du chef de la junte militaire à l’élection présidentielle de 2010. A son arrivée au pouvoir en décembre 2008, par un coup d’Etat programmé par feu Lansana Conté, Dadis avait juré sur la Bible et le Coran qu’il n’exercerait le pouvoir que temporairement.  Mais au cours de l’année suivante, il changea d’avis, parla de démissionner de l’armée pour convoiter, en tant que civil, le fauteuil présidentiel, conformément à son droit de citoyen !… Le problème fut que le pays ne l’entendait pas ainsi et rejettait absolument son parjure et son ambition. Ce qui devait arriver arriva. Et, en ce jour fatidique du 28 septembre, en quelques heures, une assemblée pacifique et joyeuse, devint un carnage : des centaines de militants furent abattus par balles ou à l’arme blanche. Des dizaines de femmes et de jeunes filles furent violées. La barbarie et l’horreur suscitèrent la condamnation universelle. La rage et la violence n’épargnèrent pas non plus M. Touré et ses collègues politiciens. Ils reçurent des soins pour les coups et blessures subis aux mains de la soldatesque et des miliciens du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci est exilé depuis 2010 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Mais la conscience des dirigeants politiques devrait les amener à admettre leur responsabilité indirecte dans la tragédie. Par exemple, avaient-il élaboré un plan de sécurité en cas d’actes de répression par la junte ? Disposaient-ils de services ou d’agents de renseignements postés autour des casernes militaires, notamment le Camp Alfa Yaya Diallo, siège du Comité militaire our la démocratie et le développement (CNDD). Si la réponse à ces questions est négative, alors les politiciens devraient se le reprocher aujourd’hui. lls devraient accepter leur imprévoyance et admettre leur responsabilité indirecte dans l’affaire. Car s’ils avaient infiltré le CNDD et/ou posté des informateurs autour du Camp Alfa Yaya, ceux-ci auraient pu les alerter par cellphone du départ du convoi des tueurs vers le stade. Ainsi avertis, les organisateurs auraient eu le temps d’évacuer le stade avant l’arrivée dess hordes de tueurs dirigées par Moussa Tiégboro et Tomba Diakité. Et une telle mesure aurait permis d’éviter le bain de sang et les cruautés.

Des années se sont écoulées depuis la perpétuation du massacre. Le gouvernement tient des promesses vagues, mais n’offre rien de concret sur l’éventualité d’un procès des personnes impliquées dans la tuerie. De son côté, au lieu de lutter sans relâche pour que justice soit faite, la classe politique cherche plutôt à créer la diversion ou à disculper les accusés, au détriment et au grand dam des survivants et des familles des disparus !

Diabolisation de la CPI

Au lieu d’agir en démocrates convaincus de la nécessité absolue de la séparation des trois branches de l’Etat : le Législatif, le Judiciaire, l’Exécutif. Alpha Condé et ses opposants (naguère ses alliés) s’immiscent en permanence dans le processus de la justice. Et refusent d’admettre le principe de l’indépendance de celle-ci.
C’est une approche qui vise à détacher la Guinée et l’Afrique du principe de l’universalité de la justice. Il faut au contraire se souvenir et souscrire à l’avertisssement immortel du Révérend Martin Luther King, Jr, qui, du fond de sa cellule de prison à Birmingham, Alabama, lança : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere! » (Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout.)
De son côté l’Archevêque Desmond Tutu a formellement dénoncé les manoeuvres d’hommes d’Etat africains qui diabolisent la Cour Pénale Internationale (CPI) afin de se soustraire aux poursuites judiciaires. Il s’agit, par exemple, des présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Pierre Nkurunziza (Burundi), de l’ex-président Yahya Jammeh (Gambie), etc. C’est là une stratégie évidente visant à perpétuer l’impunité des crimes politiques en Guinée et en Afrique.

Lire In Africa, Seeking A Licence To Kill

Une girouette nommée Sidya Touré

Bien qu’étant en perte de temps et de vitesse pour la course à la présidence, Sidya Touré vient de s’inscrire dans le club des détracteurs de la CPI. Dans son interview d’hier sur Espace FM il déclare :

« Je crois qu’on devrait laisser le capitaine (Dadis Camara) rentrer à Conakry. L’histoire de la CPI n’est pas une solution. Ce sont des procès qui peuvent durer dix ans. On devrait faire en sorte qu’il vienne ici et qu’il défende son honneur, c’est vraiment mon souhait. »

Primo, la CPI n’est pas “une histoire”. Malgré ses ressources modestes, elle a une mission mondiale et elle exerce des fonctions réelles. Si Sidya en doute, il n’a qu’à se rappeler le sort de Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, et consorts. Sans omettre, bien sûr, l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, ses compatriotes Ivoiriens. La CPI est ainsi effectivement  une solution.
Secundo, la justice peut et doit prendre tout le temps requis pour aboutir. Non astreinte aux contraintes temporelles, elle range un dossier seulement en cas de disparition  physique établie d’une personne accusée de crimes. Une telle règle est particulièrement valable pour les accusations de crimes de sang, de crimes de guerre et contre l’humanité. Cela explique que des Nazis soient toujours visés par des inculpations pour leur rôle dans les crimes commis sous la dictature d’Hitler, notamment l’Holocauste.

Lire également (a) Sidya : Sékouba frauda pour Alpha
(b) Sidya. “Si le droit est dit, je serai au second tour”

La “famille” : apologie du crime et promotion de l’impunité

Sidya Touré poursuit :

« Je crois que chacun de nous a quelque chose à dire par rapport à ça. Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire. ».

La première phrase se termine par l’expression “par rapport à ça”. Sidya effectue là un changement de code linguistique et s’exprime dans le vague parler franco-africain (Côte d’Ivoire, Guinée, etc.). Cette tactique lui permet de parler sans rien dire de substantiel. Il  confirme son choix par l’affirmation suivante : “Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire.” Un propos désolément vague et vide.

Sidya enchaîne :

« C’est nous qui savons comment est-ce que nous allons laver notre linge sale en famille. Mais aussi c’est là aussi qu’on pourrait avoir des débats sereins. »

L’invocation de la Guinée comme étant une famille ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux premières années de l’après Sékou Touré. La question brûlante à l’époque était de savoir comment sortir du vide politique instauré par le CMRN et le CTRN sous la férule de Lansana Conté.  Comment instaurer le pluralisme politique après la chute du PDG et l’autocratie militaire ? Quelqu’un  avança la phrase : “La Guinée est une famille.” Mais il se trouve qu’il s’agit d’un cliché artificiel et d’un mythe creux.
Mamadou Bâ y a objecté de façon convaincante dans “La Guinée est une république, pas une famille”.
Hélas, Sidya Touré nous ramène en arrière avec son histoire de “laver notre linge sale en famille”. En lieu et place d’une cour de justice et d’un tribunal, il voudrait balayer le massacre du 28 septembre sous une natte. Comment ? Cela serait à travers “des débats sereins.” C’est incroyable ! Des assassinats et des viols ont été commis. Et aujourd’hui, Sidya propose des “débats” groupant les auteurs, les survivants et les parents des victimes du massacre. Cela est inadmissible de la part d’un politicien qui se veut d’envergure nationale !

Noirs et Blancs : une fausse dichotomie

Sidya Touré s’enfonce davantage par ces mots :

« Il faut faire les assises en Guinée mais sur l’ensemble du problème, comme ça on appréhendera ce que les uns et les autres ont pu faire. »

Tout d’abord Sidya Touré doit garder en mémoire, et pour de bon, qu’au cas où — et cela n’est pas sûr — “des assises” de tiendraient en Guinée au sujet du massacre du 28 septembre 2009, seule la magistrature du pays devra siéger. Et le contexte sera un cour de justice, un tribunal réunissant des juges, des accusés et des avocats. Il n’y aura pas de place pour “des débats sereins”. Si les accusés peuvent prouver leur innocence à l’appui de faits et de témoins valables, la justice les disculpera. Si, au contraire, le procureur convainc la cour de la culpabilité des prévenus, la loi s’appliquera à eux. Quoiqu’en pensent ou disent les politiciens du gabarit de Sidya Touré. Les palabres africaines, les discours sur la “réconciliation nationale” viendront après. Ils prendront la forme et le temps  que l’on voudra. Mais seulement après que le verdict de la justice, prioritaire et suprême, et sur la base des lois en vigueur.

« Seuls les guinéens peuvent sortir de cet embrouillamini. »

Cela est archi-faux. La justice est un impératif national et international. Si elle s’applique au sein des Etats, elle aussi  tracés frontaliers et requiert le concours de tous et de toutes. La justice est  un régime indispensable à l’exercice de la vraie démocratie. Cela étant, les Guinéens ne peuvent pas s’enfermer dans un vase clos et vivre en autarcie. Au contraire, pour vaincre sa pauvreté — matérielle, morale, industrielle, scientifique, technologique —, la Guinée a cruellement besoin de l’apport d’autres pays et des institutions multilatérales. Surtout dans le domaine de la justice, où le régime d’Alpha Condé traîne la patte, fait des promesses, et tient la dragée haute à ses partenaires dans l’organisation du procès de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité et leurs co-accusés (Tiegboro Camara, Pivi Togba, Sékouba Konaté, etc.)

« Mais si on commence à expliquer ça à la Haye, les blancs ne comprendraient même pas comment des gens peuvent se comporter de la sorte. »

Prenant la couleur de la peau comme critère, ce passage révèle une conception superficielle et vulgaire de la gestion des affaires publiques. Une vision aussi épidermique ravale l’Africain encore plus bas que le fameux slogn de la Négritude : “Si la Raison est Hellène (grecque), l’Emotion est Nègre.” En effet elle est pire dans la mesure où, d’une part, elle suggère que l’énormité du masscre guinéen dépasse l’entendement des Blancs, et, d’autre part, prétend que les Noirs sont habitués et donc immunisés contre ces atrocités. Sidya Touré oublié qu’en matière de droit international et selon les normes de l”ONU, l’affaire du 28 septembre est classée comme un crime contre l’Humanité. Or la Guinée fait partie de cette humanité-là. Il ne saurait donc y avoir deux poids, deux mesures.
Mais Sidya Touré ne fait qu’appliquer la vieille tactique du “diviser pour régner”. En l’occurrence, Nous les Noirs contre Eux les Blancs. Que Sidya Touré veuille bien se remémore la boutade célèbre de Frantz Fanon : Peau noire, masque blanc ! On peut être noir de peau mais être aliéné et déraciné. Au point de s’assimiler à l’Europe coloniale et post-coloniale. Mes objections spécifiques contre le propos ci-dessus sont au nombre de deux :
Primo, le Camp Boiro, les répressions sanglantes cycliques opérées par Lansana Conté, le massacre du 28 septembre ne se réduisent pas à une fausse dichotomie entre Noirs (Guinéens, Africains) et Blancs (Européens). La vraie justice est impartiale et aveugle quant à l’origine, la “race”, le sexe, la religion d’un prévenu.
Secundo, Fatou Bensouda, la procureure en chef de la CPI, est une magistrate gambienne. Elle est Noire ou, de préférence, sud-Saharienne. Sidya Touré se tromperait lourdement s’il croit être plus Africain que Ms Bensouda ! Ou bien qu’elle est devenue Blanche du fait de son mandat à la tête de la CPI !

Auparavant Sidya fait la caricature des procédures de la CPI en ces termes :

« La CPI est très loin, on envoi des témoins qu’on cache derrière les rideaux qui racontent des choses qu’on ne peut pas vérifier. »

Cela est également archi-faux. Les séances de la CPI sont présidées par trois juges triés sur le volet et nommés pour une durée limitée. La fonction de la procureure consiste à convaincre la cour de la culpabilité des accusés, qui sont flanqués de leurs avocats. En cas de négligence ou violation des procédures, la procureure peut perdre un procès. La sentence de tout prisonnier (Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, etc.) reposent sur des preuves matérielles, irréfutables pour les faits reprochés. La protection des témoins est une mesure préventive pour la sécurité physique des intervenants. La mascarade dont fait état Sidya Touré n’existe que dans son imagination.
Sidya Touré conclut :

« Mais nous, on connait qui nous sommes. Donc, nous pouvons trouver des solutions ici. »

Cela fait huit ans que les militants de l’UFR (et ceux des autres partis politiques) victimes du massacre attendent que l’Etat guinéen organise un procès. Le souhait — ou la proposition — de Sidya Touré rappelle la métaphore du chien malade, qui ne peut pas manger son plat, et qui ne veut pas laisser un autre chien manger le consommer à sa place. Les dirigants guinéens se comportent de la même manière. Au lieu de remplir leur devoir primordial et sacré de justice, ils ont recours à toutes sortes de prétextes et de méthodes dilatoires pour retarder et, en réalité, empêcher la tenue du jugement des prévenus. A l’heure actuelle on parle vaguement de la fin de l’année, sans fixer une date. Nous verrons bien. En attendant de quelle solution Sidya Touré parle-t-il ?

La moralité à tirer de l’interview de M. Sidya Touré tient dans la comparaison entre les domaines de la santé et de la justice. En dépit de différences apparentes, ils ont un dénominateur commun  communs.
Le premier terme recouvre le domaine de la santé personnelle et collective. Là, les soins des malades physiques et mentaux relève de la compétence de la profession médicale. Ainsi durant la crise de l’épidémie Ebola, la Guinée bénéficia de la coopération avec des dizaines pays, de l’OMS, de Médecins Sans Frontières, de volontaires individuels, etc. Il y a avait péril en la demeure. Pour stopper les ravages du virus, on n’a pas cherché à faire des “débats” entre Guinéens. Il y eut certes des campagnes d’éducation sanitaire. Mais elles furent guidées par des experts et des agents formés et encadrés.
Le second terme concerne la justice. Son virus s’appelle l’impunité. Infaillible, son pronostic s’appelle le déni de justice. L’Etat guinéen en est l’originateur et le vecteur principal. Ce virus s’est propagé.  Il affecte désormais toute la société. On note ainsi la fréquence de scènes de “vindicte populaire” et d’actes de vengeance (torture, immolation par le feut, etc) au niveau des populations. L’impunité est endémique et épidémique dans le pays. Et ses consequences sont plus dévastatrices que celles des maladies corporelles et des troubles mentaux. Car, si l’on remonte à 1958, on constatera que le bilan de l’impunité est plus négatif que celui de toutes les épidemies qui frappé la Guinée, y compris celle du virus Ebola. Comment doit-on s’y prendre pour remédier à cette situation catastrophique. Très simple : la Guinée doit pratique la même politique que celle qui permit de vaicre Ebola entre 2014 et 2015. Cela signifie trois choses : (a) l’obligation de laisser le champ libre aux spécialistes de la profession judicaire, (b) la formation et la surformation du personnel (c) la renonciation aux commissions dites de “réconciliation” (d) le retrait de la classe politique — en quête d’électeurs — du domaine de la justice.
La branche judiciaire est théoriquement assez bien charpentée en Guinée. Ainsi la loi fondamentale, les codes et les règlements existent. Une hiérachie pyramidale est en place. Malheureusement presque tout est pourri au plan pratique. Notamment à cause de l’étranglement de la magistrature par le pouvoir exécutif depuis 1959. Et en raison de la corruption — grande, moyenne et petite — alimentée par la pauvreté et la médiocrité des salaires. Enfin, pour éradiquer le virus de l’impunité, l’Etat doit s’ouvrir à la coopération franche avec (a) la Cour Pénale Internationale (b) les pays dotés de solides traditions judiciaires (c) les ONG de défense et de promotion des droits de l’homme.

Tierno S. Bah

Corruption minière : Afrique – USA

Robert Capers, Procureur fédéral, Eastern District de New York
Robert Capers, Procureur fédéral, Eastern District de New York

L‘enquête des autorités judiciaires américaines sur l’affaire de corruption minière en Afrique se poursuit. Elle réflète la détermination de l’administration Obama à appliquer la loi Foreign Corrupt Practices Act (FCPA), promulgée en 1977. Cette législation interdit aux sociétés et aux dirigeants d’affaires américains de verser des paiments aux représentants de gouvernements étrangers afin d’obtenir — ou de conserver — des contrats de business. Il s’agit ici des transactions soupçonnées illicites de la société-écran, Africa Management Limited (AML), financée depuis 2007 par Och-Ziff Capital Management Group, une firme géante de Wall Street au capital de US$39 milliards.

Lire Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale

Un intermédiaire de AML, le Gabonais Samuel Mebiame, a été arrêté et inculpé le 16 août dernier. Son dossier (No. 16-mj-752) relève de la compétence de Robert L. Capers, procureur fédéral, Eastern District de New York, et membre de l’unité d’intégrité publique.

Tokyo Sexwale, PDG de la société Mvelaphanda
Tokyo Sexwale, PDG de la société Mvelaphanda

Walter Hennig, président de la firme Palladino
Walter Hennig, président de la firme Palladino

Dans ce sens, le journal sud-africain Business Day a révélé hier que la justice américaine ne se contenterait plus d’infliger des amendes sévères aux contravenants de la loi FCPA. Elle viserait désormais à punir les cerveaux de l’affaire en les forçant à comparaître devant le juge et en réclamant des peines de prison. Selon Business Day, les personnalités  suivantes sont suspectes aux yeux des enquêteurs américains :

  • Tokyo Sexwale : ancien bagnard de Robben Island avec Nelson Mandela, politicien, membre de la direction de l’ANC et businessman, président de la firme Mvelaphanda (Afrique du Sud)
  • Walter Hennig, président de Palladino Holdings (Afrique du Sud)
  • Daniel Och, président directeur-général de Och-Ziff Capital Management (USA)
  • Alpha Condé, président de la République de Guinée
  • Des officiels du Niger et du Tchad

Lire (a) US seeks individual scalps in probe of Och-Ziff bribery in Africa (b) Cape Town tycoon linked to mining bribery (c) L’insondable Walter Hennig (d) High noon at the Guinea corral (e) Le coup de trop du groupe Steinmetz

Tierno S. Bah

La Cour suprême rejette l’appel d’El-Béchir

Contrairement aux démarches de Uhuru Kenyatta, président du Kenya, appuyé par certains de ses pairs de l’Union africaine, la Cour suprême d’Afrique du Sud vient de confirmer la validité des plaintes déposées et, surtout, la légalité des procédures engagées contre Omar El-Béchir, président du Soudan.
Tierno S. Bah

La Cour suprême d’Afrique du Sud rejette la demande d’appel du gouvernement sud-africain en faveur d’Omar El-Béchir, président du Soudan.

Le président du Soudan Omar Hassan El Béchir prend part aux travaux du 20è sommet la Ligue Arabe réuni à Damas ( Syrie), en Mars 2008. (Photo by Ammar Abd Rabbo)
Le président du Soudan Omar Hassan El Béchir prend part aux travaux du 20è sommet la Ligue Arabe réuni à Damas ( Syrie), en Mars 2008. (Photo by Ammar Abd Rabbo)

La Cour suprême d’appel considère illégale la décision du gouvernement sud-africain de ne pas avoir arrêté le président soudanais en juin dernier, dans un jugement rendu ce mardi, confortant les décisions antérieures de la justice sud-africaine dans cette polémique.

« La décision du gouvernement sud-africain de ne pas arrêter Omar Al-Bashir n’était pas compatible avec la loi sud-africaine. Pour cette raison, la demande a été rejetée », a déclaré la juge Carole Lewis, citée par le Mail and Guardian, le 15 mars 2015.

« L’immunité, quelle qu’elle soit, y compris l’immunité de chef d’État, ne s’oppose pas à la poursuite de crimes internationaux », explique la Cour suprême dans ses conclusions.

Les juges ne mâchent pas leurs mots, considérant comme « risible » l’explication apportée par le ministère de l’Intérieur, pour justifier le départ du président soudanais depuis une base militaire aérienne.

Inculpé de crimes contre l’humanité, crime de guerre et génocide dans le conflit au Darfour par la Cour pénale internationale (CPI), et sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis 2009, le président soudanais était venu participer au 25e sommet de l’Union Africaine (UA) à Johannesburg au mois de juin dernier.

La Haute Cour de Pretoria avait alors interdit au président soudanais, de quitter le territoire sud-africain, dans l’attente d’un jugement définitif concernant l’étude de la demande d’arrestation émise par la CPI.

Le gouvernement sud-africain n’en avait pas tenu compte, faisant appel du jugement. La demande du gouvernement sud-africain avait été rejetée par la Haute Cour de Pretoria car celle-ci n’avait « pas de chance d’aboutir » avait indiqué le tribunal, conduisant le gouvernement sud-africain à saisir la Cour suprême d’appel.

De nouvelles poursuites ne sont pas exclues

Par voie de communiqué, la Democratic Alliance (DA), principal parti d’opposition, s’est dit « satisfaite » de cette décision. « Au lieu de défendre l’État de droit, [Jacob Zuma] a décidé de le traiter avec le maximum de mépris et de dédain », ajoute le texte, qui évoque d’éventuelles poursuites contre le président sud-africain.

Selon la presse sud-africaine, le gouvernement sud-africain n’a pas non plus écarté la possibilité d’entreprendre une action devant la Cour constitutionnelle, de son côté l’African national congress (ANC, parti au pouvoir) n’a pas souhaité réagir dans l’immédiat.

Natacha Gorwitz
Jeune Afrique

En septembre 2015,  la Cour pénale internationale avait demandé à l’Afrique du Sud d’expliquer pourquoi elle n’avait pas fait arrêter Omar el-Béchir, poursuivi pour génocide et crimes de guerre, à l’occasion du sommet de l’Union africaine, à la mi-juin.

L’Afrique du Sud devait remettre aux juges de la CPI, au plus tard le 5 octobre, « ses vues sur les événements entourant la présence d’Omar el-Béchir au sommet de l’Union africaine à Johannesburg les 13, 14 et 15 juin 2015 » , ont indiqué les juges dans un document, lundi 7 septembre, qui ajoute que le gouvernement de Jacob Zuma doit en particulier expliquer « sa défaillance à arrêter Omar el-Béchir et à le remettre à la Cour ».

Poursuivi par la CPI pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre au Darfour, Omar el-Béchir s’était rendu mi-juin au sommet de l’Union Africaine à Johannesburg. Malgré une interdiction de quitter le territoire prononcée par un juge sud-africain, il avait décollé quelques jours plus tard depuis une base militaire, sans être inquiété.

Sous mandat d’arrêt depuis 2009

Selon les juges de la CPI, en tant qu’Etat partie, l’Afrique du Sud était dans l’obligation d’arrêter le président Béchir, sous le coup d’un mandat d’arrêt depuis 2009. « Quand un pays ne coopère pas avec la Cour, celle-ci peut en référer au Conseil de sécurité de l’ONU », ont-ils rappelé.

Au pouvoir depuis 1989, Omar el-Béchir, malgré des déplacements réduits, continue à se rendre à l’étranger sans être inquiété, parfois dans des pays membres de la CPI, qui ne dispose pas de sa propre force de police et doit s’en remettre à la coopération des Etats.

Jeune Afrique

Afrique : ni Paradis, ni Purgatoire

Le numéro bimensuel courant (octobre-novembre 2015) du Monde diplomatique affiche à la Une : “Afrique, Enfer et Eldorado”. La formule est à la fois familière, exaggérée, provocatrice ! Et le contenu est tout aussi substantiel mais inégal, parfois répétitif et dans certains cas dépassé.
En guise de résumé du numéro, la Rédaction du journal  écrit :
« Qui l’eût cru ? L’Afrique est à la mode. Derrière l’enthousiasme de Jacques Attali ou d’Anthony Blair se cache, on l’aura deviné, la promotion d’intérêts purement économiques. Dans le même temps, les Etats africains se désendettent, retrouvent des marges de manoeuvre. Si les classes dirigeantes n’ont d’autre boussole que les exigences de la mondialisation libérale, les mouvements sociaux se développent, les revendications démocratiques prospèrent. Ces remous dessineraient-ils les premiers traits d’une Afrique proprement africaine
Qurante-huit heures après réception et lecture cursive de mon examplaire, mes remarques sont les suivantes :

  • Bien que le collectif des auteurs soit international, l’approche éditoriale n’échappe pas  à l’eurocentrisme.
  • Séparer l’Afrique du Nord du reste du continent est artificiel. Le destin des pays africains est indissociable :  historiquement et synchroniquement.
  • Parler du continent noir est suranné. l’Afrique est habitée un arc-en-ciel génétique de populations : Khoïkhoï, Sankoï, “Noirs”, Sémites, Blancs, etc.
  • Le contraire de l’expression “Afrique proprement africaine” est “Afrique improprement africaine”. Les deux étiquettes me paraissent inadéquates.
  • L’Afrique n’est ni un paradis (Eldorado), ni un purgatoire (Enfer). Toutefois, des facteurs externes (mondialisation) et internes (analphabétisme, pauvreté) accentuent sa dépendance. Des forces étrangères imposent leur hégémonie sur les ressources naturelles et bâtissent des enclaves de croissance, disjointes du reste de la population. Financés par l’industrie extrative, ces îlots artificiels sont présentés comme des eldorados. Campagnes de marketing et pure illusion ! Lire The Anatomy of the Resource Curse: Predatory Investment in Africa’s Extractive Industries

Cela dit, on trouvera ici le texte intégral de l’article d’Anne-Cécile Robert : “Quand voter ne suffit pas…”  Le titre et la substance du document sont d’actualité en Guinée, en Côte d’Ivoire, et partout ailleurs sur le continent.
Tierno S. Bah

D’indéniables progrès ont été accomplis dans la marche vers la démocratie en Afrique. Cependant, entre manipulations, fraudes et tensions sociales, rares sont les scrutins majeurs qui se déroulent jusqu’au bout dnns le calme. Dans ce théâtre d’ombres, les populations tentent de faire entendre leur voix.

Après une période d’euphorie démocratique au début des années 1990, qui a vu la disparition de régimes à parti unique et l’adoption de Constitution entérinant la démocratie libérale, les années 2000 se caractérisent par de nombreuses incertitudes politiques en Afrique.

Le spectre de la guerre civile, qui hante de nombreux pays depuis la colonisation, n’a pa disparu. Il a même pris corps en 2002 dans un pays réputé pour sa stabilité, la Côte d’Ivoire. Incapable de déterminer un corps électoral accepté par toutes les parties en raison du flou de l’état civil le pays n’a pu organiser une élection présidentielle qu’en 2010, après plusieurs reports acceptés par la « communauté internationale » 1. Immédiatement contesté, le crutin aboutira à l’intervention militaire de la France, sous bannière de l’ONU, pour installer M. Alassane Ouattara dans le fauteuil de chef de l’Etat 2.

A ces turpitudes s’ajoute une nouvelle façon de contourner la démocratie : la manipulation ou la modification autoritaire de la Constitution par le chef de l’Etat afin de se faire réélire. Ce fut le cas en Guinée en 2001 et au Cameroun en 2008 où fut mis fin à la limitation du nombre de mandats présidentiels, au Togo en 2002 avec l’adoption d’un scrutin à un tour, très favorable au pouvoir en place. Au Burundi, le président Pierre kKurunziza tente d’imposer un tel scénario au printemps 2015 tandis qu’on prête les même intentions à ses homologues Joseph Kabila en République démocratique du Congo (RDC) et Paul Kagamé au Rwanda. Ces manipulations sont de plus en plus contestées, comme le montre le mouvement d’octobre 2014 qui a chassé M. Blaise Compaoré du pouvoir au Burkina Faso ).

Cependant, si l’actualité se montre souvent violente sur le continent noir, les progrès réalisés depuis vingt-cinq ans sont réels et plus personne n’oserait, comme le président Jacques Chirac en 1990, prétendre que « l’Afrique n’est pas mûre pour la démocratie » 3. En revanche, les libertés conquises s’exercent dans un faisceau de contraintes qui fragilisent en permanence les acquis.

Organiser les élections est considéré dans toute l’Afrique comme un droit normal des citoyens et un élément indispensable à toute société « moderne ». Seule l’Erythrée, régime à parti unique, ne s’encombre ni de présidentielle ni de législatives, tandis que la Somalie, Etat théorique, n’est pas en mesure d’en organiser — le Swaziland, quant à lui, connaît des élections, mais les partis y sont interdits. Même malmenés, les scrutins se tiennent partout. La RDC a ainsi organisé en juillet 2006 les premières élection générales libres de son histoire.

« Coups d’Etat démocratiques » pour abattre les dictateurs

L’Union Africaine fait du respect de la démocratie et de droits de l’homme un objectif cardinal de son action. Elle condamne les coups d’Etat et contrairement à l’institution qui l’a précédée, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), prévoit des sanctions en cas de manquement. Ainsi, après le coup d’Etat de mars 2012, le Mali a vu ses droits au sein de l’Union suspendus. Les bailleurs de fond conditionnent, eux aussi leur « aide  » à des règles politiques. Même la pratique du coup d’Etat s’est « modernisée » : en 2003 les militaires bissau-guinéens ont protocolairement prévenu par téléphone le président en exercice de la Communauté économique des Etat de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) qu’ils étaient en train de réaliser un putsch, mais qu’ils organiseraient bientôt des élections (ce qui fut fait en 2004 et 2005). On assiste aussi à de coups d’Etat «démocratiques » destinés à abattre une dictature pour transmettre le pouvoir aux civils (au Mali en 1991, en Mauritanie en 2005).

La population, qui a pris conscience de son nouveau pouvoir, n’hésite pas à mettre le candidat sur le gril de revendications . Les débat électoraux sont animé et les électeurs mobilisés. « Dans les villages, raconte le politiste français Richard Banégas, les populations ont mis sur pied de comité de réception et d’animation. Lorsqu’un candidat à la députation ou chef de parti politique annonce son arrivée, on affiche ses photos et ses bulletins (…). Juste quelques heures après son départ, un autre groupe spécialisé dans le nettoyage du décor [intervient] et voilà ce même lieu prêt à accueillir un autre candidat 4. »
La liberté de la presse s’est généralisée, et les blogueurs y vont bon train de leurs commentaires militants, dubitatifs ou acerbes.

Contrairement à l’époque des partis uniques, l’opposition est devenue une figure acceptée du jeu social, tout comme les « forces vives de la nation » c’est-à-dire les syndicats et surtout les associations. Celles-ci, développées avec l’aide internationale, ont permis de contourner l’absence de pluralisme politique dans les années 1970. La démocratisation a commencé grâce à ces militants et à ces cadres lors des « conférences nationales » au début de années 1990.

Leur irruption avait surpris, et le dictateur béninois Mathieu Kérékou, poussé vers la sortie par son propre peuple en 1990, avait dénoncé, avec un humour involontaire, « un coup d’Etat civil ». Lorsque la vie politique se bloque, la population n’hésite pas à manifester. Ce qui conduit parfois à des situations confuses quand tous les camps en présence mobilisent de cette manière. A Madagascar, l’opposant Andry Rajoelina et le président Marc Ravalomanana ont rivalisé de grands meetings sur fond de scrutin contesté fin décembre 2008 5.

Malgré ce progrès de principe, l’éthique de la compétition électorale n’est pas garantie, et les dirigeants s’emploient à respecter les apparences tout en orientant les scrutins. La fraude reste courante (ah ! le flou des listes électorales, et ces bulletins qui dorment dans des hangars avant qu’on les dépouille !) et la « communauté internationale » n’est pas toujours très regardante. Si elle se montre sévère — à juste titre — avec M. Robert Mugabe au Zimbabwe, elle paraît très indulgente avec MM. Ali Bongo (Gabon) ou Paul Biya (Cameroun), grands amis de la France. A propos de l’élection présidentielle gabonaise de 2009 le blogueur ivoirien Théophile Kouamouo dénonce ainsi « les litotes approbatrices de Paris » et « les silences de Washington ou de Londres qui ne voient la démocratie qu’aux portes de l’Iran » 6.

La tentation autoritaire demeure perceptible, y compris dans des pays jadis exemplaire , comme le Sénégal, où le journaliste Mamadou Coulibaly — auteur d’un livre critique sur le président Abdoulaye Wade — a fait l’objet d’intimidations. Plus simplement, les pouvoirs en place n’hésitent pas à utiliser les ressources de l’Etat pour gagner la partie au moyen de campagnes dispendieuses, souvent avec l’aide de « communicants » ou de conseillers juridiques européens. Face à eux les partis d’opposition n’ont pas toujours des électeurs suffisamment prospères pour les financer.

Pour se maintenir au pouvoir, le dirigeants suscitent aussi la création des petits partis d’opposition afin de disperser les voix à leur avantage (Gabon, Cameroun, Burkina, Guinée, etc.). Dans certains pays, il existe plus de cent formations susceptibles de solliciter le suffrage des électeurs. Par ailleurs, la démocratisation n’a pas mis fin à la « politique du  ventre » décrite par le politiste français Jean-François Bayart 7.

Quand le clientélisme est roi, le candidats ne se déplacent jamais sans cadeaux : distribution de billets ou avantage matériels. Confronté à la pauvreté et à une répartition des riche e aussi inégale qu’insolente, les électeurs assimilent ce jeu à une compensation légitime :
— On récupère ce qu’ils nous ont volé, entend-on souvent. Ils nous ont poussés à la misère et il pillent l’Etat pour nous faire saliver. Nous sommes obligés de leur monnayer nos suffrages.

Note. — Lire cet échange entre François Soudan (Jeune Afrique) et le président sortant Alpha Condé
— Tout de même : au cours de ces tournées, vous distribuez de l’argent. 50 millions de francs guinéens [environ 6 000 euros] pour les femmes, 50 pour les jeunes, 50 autres pour les paysans, etc. Ce n’est pas de l’achat de voix, ça ?
— Donc, si je vous suis bien, je devrais, ainsi que mon gouvernement, cesser toute aide aux populations démunies en période préélectorale ? Cela n’a pas de sens. Cet argent, c’est pour l’autonomisation des jeunes, des femmes, etc. Ce n’est pas pour acheter leurs voix, qu’ils donneront à qui bon leur semble. …
Lire le texte complet de l’interview sur Jeune Afrique

Si on ne moleste plus les opposants autant qu’avant — le visage tuméfié de M. Morgan Tsvangirai, adversaire de M. Mugabe, après un interrogatoire des forces de l’ordre en 2008, montre à quel point la tendance est fragile — , il existe de multiples manières de faire taire le contradicteur.
— S’il est fonctionnaire, raconte le journaliste camerounais Etienne de Tayo, tout est mis en oeuvre pour le pousser à la démission. S’il travaille pour une structure privée, des pressions sont mises sur son employeur pour qu’il le licencie. S’il exerce pour son compte, le pouvoir s’arrange pour fermer les débouchés à ses produits ou empêcher qu’on lui accorde le moindre marché. Des pression sont aussi exercées sur son entourage afin qu’il ne le fréquente plus. Parfois, sur son épouse pour qu’elle le quitte 8.  Clochardiser et isoler l’opposant : la pratique a pour nom « chantage à la marmite ».

Certains dirigeants détournent aussi la « lutte contre la corruption » — en progrès depuis quelques années pour répondre à la demande des populations et des bailleurs de fond — pour éliminer des adversaires politiques. Lesquels se retrouvent alors devant le tribunaux sous le coup de charges peu claires. Ce fut le cas au Nigeria pour M. Atiku Abubakar en 2007 et au Sénégal pour M. Idrissa Seck en 2005. In fine, les dés étant pipés, une partie de l’opposition préfère l’exil à cette vie de tranchée dans l’indifférence générale. A noter que le soutien de la « communauté internationale » n’offre pas toujours un avantage. Il peut même se révéler un « piège », selon Tayo, quand des opposants, à l’image de M. Tsvangirai, apparaissent comme les défenseurs des intérêts occidentaux et se coupent progressivement de leur peuple.

En Afrique, la démocratisation s’effectue dans le cadre d’Etats décrédibilisés par l’échec de stratégies de développement mises en oeuvre après les indépendances. L’avènement du pluralisme coïncide avec le resserrement de l’étau financier international après l’explosion de la dette dan les années 1980 9. Tout en conditionnant leur « aide » à l’instauration du multipartisme et au respect des droit de l’homme, les bailleurs de fond — institutions financières internationales (IFI), Union européenne, etc. — ont imposé des contraintes économiques. Il en résulte un jeu politique affadi où les multiples partis disposent d’une unique option macroéconomique, celle de plan d’ajustement structurel (PAS) et autres « documents
stratégiques de réduction de la pauvreté». Aucun candidat ne peut paraître crédible s’il ne bénéficie pas de l’aval des IFI, et la classe politique semble parfois davantage inquiète de l’opinion des bailleurs que de celle des peuples. Manquant de moyens, infantilisé et subissant les contraintes de l’Etat minimum imposé de l’étranger, l’Etat africain est-il en mesure de servir de cadre à la démocratie ?

Aux élites souvent désintéressées des années 1960 — on pense au rôle joué par la Fédération des étudiants d’Afrique noire en France (FEANF) — se sont substituées des castes corrompues. Multinationales prédatrices, gouvernements étrangers (France, Royaume-Uni, Chine, etc.) et élites vénales se distribuent les rôles dans une sinistre pièce où le citoyen n’est que spectateur.
— Dans mon pays, raconte un militant altermondialiste du Congo-Brazzaville, où Elf a longtemp joué un rôle dominant, n’hésitant pas à soutenir un coup d’Etat, il y a la légitimité démocratique et la légitimité pétrolière.

Si des personnalités progressistes ont été physiquement éliminées avec le soutien de puissances internationales (Patrice Lumumba au Congo ou Thomas Sankara au Burkina Faso 10, de nombreux observateurs africains mettent en cause les responsabilités locales. L’économiste ghanéen George Ayittey pointe ainsi du doigt les « hippopotames fainéants qui ont ruiné l’Afrique postcoloniale » et qui trahissent leur peuple (Joseph Mobutu, par exemple, a été le bras armé des services secrets belges dan l’élimination de Lumumba). Il s’insurge contre les « gouvernements vampires » qui pillent les ressources locales mais blâment la colonisation pour le malheur de populations 11.

Facteur aggravant, les politiques prescrites par les IFI ont administré aux pays africains les « médicaments qui tuent » : le libre-échange et la concurrence « libre et non faussée ». Paradoxe fatal, les libertés conquises coïncident avec la paupérisation. Comme le souligne Francis Akindès, professeur de sociologie à Bouaké (Côte d’Ivoire), « la liberté d’expression cohabite avec l’impunité économique ». Et il ajoute :
— C’est toute la question de la contradiction inextricable entre la logique d’efficacité des politiques d’ajustement structurel, avec leur lot de privations, et l’équité consubstantielle à la démocratie qui se trouve posée 12.
Les populations perdent confiance dans les partis et, face aux injustices qui décrédibilisent la démocratie, les militaires se positionnent en justiciers, tandis que la rébellion armée devient une solution logique dan le cas de régimes bloqués, comme au Tchad. En outre, la violence des inégalités sociales crée un terreau favorable à des conflits toujours près de dégénérer, comme en RDC.

Dressant le bilan de la démocratisation, l’ancien ministre togolais Atsusté Kokouvi Agbobli s’interrogeait avec justesse : « Peut-on démocratiser des pays dominés de l’extérieur 13 ? » Pour qu’il y ait démocratie, il faut que la ouveraineté de l’Etat et du peuple ait un sens. Or, à la mise sous tutelle économique s’ajoute aujourd’hui l’omniprésence de la « communauté internationale ».

Les Nations Unies (et leurs agences), l’Union européenne ou la justice internationale interviennent en effet dans la vie interne de nombreux pays africains. Si cette action se révèle la plupart du temps indispensable pour sauver des vies (action humanitaire ou interposition dans des conflits, par exemple) les populations notent que, malgré la gravité des crimes commis par certains Etats au Proche-Orient, il échut à des prévenus africains d’inaugurer la Cour pénale internationale (CPI) 14. Le continent paraît de plus en plus administré de l’extérieur sans que l’on s’en prenne jamais à l’une des sources principales de son instabilité : la violence et l’iniquité de rapport mondiaux 15.

Des classses moyennes animées par un esprit de jouissance

Phagocyté, marchandé, extraverti, c’est tout l’espace politique africain qui se trouve à reconstruire. Il n’existe pas de notion postcoloniale de l’intérêt général. C’est aussi l’un des nombreux effets pervers du concept de « bonne gouvernance » : dans la vision comptable des bailleurs de fonds rien ne se révèle plus éloigné du « bon gouvernement » (au service de peuple ) que la « bonne gestion ». Le débat et les rapports publics sont pervertis par l’utilitarisme, et les classes moyennes, qui se reconstituent depuis quelques années après avoir été laminées par le PAS, semblent animées avant tout par un esprit de jouissance — ce qui inquiète l’historien Achille Mbembe, de l’université de Johannesburg à propos du géant sud-africain 16.

A cela s’ajoute l’épineuse question communautaire. Même si le sentiment national semble très vif dans des pays comme la RDC, le multipartisme e révèle souvent, en Afrique, à la foi régionaliste et ethnique, ce qui crée des solidarités hors de toutes catégories politiques. Pour le juriste congolais Mwayila Tshiyembé il est possible de penser des mécanimes de représentation qui tiennent compte de ce phénomène tout en respectant le jeu des élections 17. Cela permettrait, en outre, de contrecarrer les manipulations des « identités ethniques » auxquelles se livrent parfois, comme au Kenya, les adversaires politiques.

La question se pose d’un modèle africain de démocratie qui redessinerait les frontières de l’individualisme occidental 18. Par exemple, les institutions ont souvent été inspirées par l’Europe, et la Constitution de la Ve République française a servi de modèle à de nombreux pays francophones. Sont-elles adaptées? Pour la Camerounaise Marie-Louise Eteki Otabela, qui raconte comment elle fut empêchée de se présenter à la présidentielle dans son pays pour des « raisons administratives », il faut convoquer une Assemblée constituante afin d’adopter une nouvelle Loi fondamentale plus conforme à leurs aspiration. L’écrivain camerounais Celestin Monga souligne, quant à lui, la profondeur du mal : « Les civilisations africaines ont perdu beaucoup de terrain depuis des siècles. » Dans Le Messager.
Douala, 14 mai 2006, il écrit : « le continent « souffre de quatre déficits profonds qui se renforcent mutuellement :

  • le déficit d’amour-propre et de confiance en soi
  • le déficit de savoir et de connaissance
  • le déficit de leadership
  • le déficit de communication

Il invite donc à envisager des réformes radicales, notamment celle des systèmes éducatifs :  dont la « principale fonction est de fabriquer des fonctionnaires semi-illettrés (…) pour en faire des auxiliaires de la postcolonie ».
C’est dans cet esprit que travaille l’écrivain kényan Firoze Manji, qui a créé l’asociation Fahamu (savoir, en kiswahili). Il s’agit de former à distance, grâce aux nouvelles technologies, des militants sur tout le
continent, sur des sujet aussi variés que la défense des droits de l’homme, la prévention des conflits ou le rôle des médias. Tous parient sur ceux qu’Ayittey nomme le cheetah, les jeunes génération qui n’ont pas connu la colonisation, qui n’ont pas les complexes qu’elle peut engendrer et qui ne s’en laissent pas conter. Un travail militant de longue haleine.

Anne-Cécile Robert
Le Monde diplomatique