Le résistible leadership d’Houphouët-Boigny

Cinquante-six années durant, de 1937 à 1993, Félix Houphouët-Boigny (1905-1993) excerça un leadership multiple : traditionnel, syndical, politique, parlementaire et gouvernemental. Je continue ici mon exploration de la longue et complexe carrière du “père-fondateur” de la république de Côte d’Ivoire. Dans une première partie je  réfute et clarifie quelques assertions du “Vieux” sur la Guinée. Dans la deuxième partie, je passe en revue  son  leadership, qui, en tant que philosophie et pratique, résista plus d’un demi-siècle. Et qui, bien que balloté, survit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Dans un état plus que jamais résistible.

Sources

Tour à tour description, commentaire et analyse, cet article s’inspire et exploite les sources suivantes :

Note. Je n’ai pas encore eu les ouvrages de Grah Mel sous la main. Je compte toutefois les présenter ici ou sur webAfriqa.

Première Partie
Réfutations et Clarifications

Sans perdre de vue, le rôle et la place d’Houphouët dans la Françafrique, je me concentre sur la dimension africaine du personnage et son influence déterminante sur l’évolution et l’implosion politiques de la Guinée. D’où la nécessité et l’utilité de réfuter et de clarifier un aspect des rapports initiaux entre  Sékou Touré et Félix Houphouët-Boigny.

Souvenir inexact

Houphouët-Boigny déclare :

« … un beau jour, on m’a appris qu’il y avait là-bas un jeune syndicaliste qui voulait rallumer le flambeau de la lutte du RDA. C’était Sékou Touré. Je me suis déplacé, je l’ai rencontré chez sa grand-tante qui me l’a recommandé…»

Date de rencontre erronée

Cette rencontre remonte vraisemblablement à 1951. Mais la remémoration est absolument inexacte. Car Houphouët-Boigny avait déjà fait la connaissance de Sékou Touré. Au Congrès constitutif du RDA en octobre 1946 à Bamako ! Sékou fit partie de la délégation guinéenne. Pierre Kipé, en témoigne dans le livre sus-mentionné.

Emergence de Sékou Touré

Ibrahima Baba Kaké écrit :

“Dès le départ Sékou Touré devient l’homme fort du RDA en Guinée.”

Erreur. L’arrivée de Sékou au devant de la scène publique fut différée de quatre ans : de 1947 à 1951. Des hommes plus âgés et de statut social plus élevé tinrent la barre du de la section guinéenne du RDA. Celle-ci fut créée en mai 1947 sous l’égide de Madeira Keita. Les principaux collaborateurs de celui-ci étaient:

Le jeune Sékou Touré venait au 5ème rang de la hiérarchie. Il était alors le secrétaire général adjoint du syndicat USCG. Au sein du comité directeur il partageait les responsabilités du poste des affaires économiques et sociales avec Nfa Mohamed Touré (commis des finances) et Fatoumata Ciré Bah (secrétaire du greffe et des parquets).
Houphouët-Boigny connaissait Sékou Touré depuis 1946 donc. D’où la fausseté du souvenir rappelé plus haut.

Houphouët-Boigny et les cousins Touré

Houphouët continue :

« Je l’ai (Sékou Touré) fait venir à Abidjan avec son cousin, Petit Touré, époux de ma propre nièce. Celui-là aussi n’est plus. »

Avant la montée au pouvoir de deux leaders du Rassemblement démocratique africain : l'Ivoirien Houphouët-Boigny (le parrain) et le Guinéen Sékou Touré (le poulain) modestement habillés et attablés, circa 1954.
Avant la montée au pouvoir de deux leaders du Rassemblement démocratique africain : l’Ivoirien Houphouët-Boigny (le parrain) et le Guinéen Sékou Touré (le poulain) modestement habillés et attablés, circa 1954.

Bailleur de fonds

Houphouët-Boigny ne se contenta pas seulement d’inviter Sékou Touré à Abidjan. Bien au contraire, il fut son bailleur de fonds. Il le soutint financièrement, lui prodiguant  conseils et lui apportant la solidarité du Rassemblement démocratique africain. Mieux, à partir de 1954, Bernard Cornut-Gentille, Gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française,  se joignit à l’Ivoirien dans le parrainage de Sékou Touré. La bienveillante protection des deux hommes éperonna la montée en flèche de Sékou au pouvoir  Nous verrons plus loin que le poulain se retournera contre ses parrains.

Cynisme ou sénilité

Houphouët-Boigny parle laconiquement de Petit Touré et de sa mort. Mais il ne dit pas comment, où et quand ? A lire ce passage on pourrait conclure que Petit Touré fut emporté par la maladie ou un accident de circulation. Hélas, macabre et tragique, la réalité est toute autre. Car Sékou Touré fut la cause de la disparition de Petit Touré. C’est sur son ordre que ce dernier périt de faim et de soif (diète noire) au Camp Boiro en 1965. Et quel fut son “crime” ? Il avait déposé la demande d’agrément et les statuts d’un parti d’opposition au PDG : le Parti de l’Unité Nationale de Guinée. Aux yeux de Sékou Touré c’était là un forfait punissable de mort. Le Vieux aurait dû saisir l’occasion du Colloque d’Abidjan pour réhabiliter la mémoire de Petit Touré. Mais non, par cynisme et/ou sénilité, il  se borna à verser des larmes de crocodile et à propager une image retouchée et trompeuse du dictateur guinéen.

Installés au pouvoir et présidents à vie de la Côte d'Ivoire et de la Guinée, Houphouët-Boigny et Sékou Touré sont conduits en Cadillac décapotable à Conakry en 1962 (Photo: Information Côte d'Ivoire)
Installés au pouvoir et présidents à vie de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, respectivement, Houphouët-Boigny et Sékou Touré sont conduits en Cadillac décapotable à Conakry en 1962 (Photo: Information Côte d’Ivoire)

Notice biographique

Le nom de baptême du futur leader est Oufoué Djaa. Plus tard, converti au catholicisme, diplômé de l’Ecole William Ponty et jouissant du statut d’“évolué”, il francisa son nom en Félix Houphouët-Boigny. Boigny désigne le bélier en langue baulé. Le site Archive suggère que l’âge est tronqué. Il aurait vu le jour huit ans avant 1905, qui est la date consignée sur son acte de naissance ou jugement supplétif. Il appartiendrait donc à la génération de 1897, l’année précédente de l’arrestation de l’empereur Samori Touré à Guélémou, dans le territoire de la future Côte d’Ivoire.
Houphouët-Boigny se maria deux fois. Comme indiqué dans Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny, il épousa Khadija Racine Sow (1913-2006) en 1930 à Abengourou. Le couple divorça en 1952. Et Houphouët resta “célibataire” pendant 10 ans ans. En 1962 il se remaria avec Marie-Thérèse Brou, sa cadette de 25 ans. Ces secondes noces connurent des scandales. Car les époux menaient chacun une vie extra-maritale. Félix engendra une fillette hors-mariage. Pour sa part, volage et portée aux escapades, Thérèse s’absenta au moins une fois du foyer en 1957 pour une randonnée avec un Italien à Milan. Et elle compta Sékou Touré parmi ses amants. André Lewin signale que les deux amoureux eurent une intense et brève liaison.

A noter que le premier président guinéen récidiva dans les années 1970 en ajoutant Mme. William Tolbert à la liste de ses trophées féminins (Voir l’énumération —très partielle— des quelque 13 épouses et maîtresses). Sékou Touré mourut comme il avait vécu, emporté par une libido débridée et le tabagisme. Sur la table d’opération de la Clinique de Cleveland, les chirurgiens tentèrent en vain de le sauver de la syphilis cardiaque et de la sclérose des artères coronaire et pulmonaire. Lire Sékou Touré : la mort américaine.

Deuxième partie.
Un leadership résistible (1937-1993)

Ruth Morgenthau dessine autant que possible le cadre —social, économique, politique et culturel — qui engendra les partis politiques africains et leurs leaders à partir de 1946. La lecture de son livre montre que quatre forces se conjuguèrent pour produire Félix Houphouët-Boigny :

  • L’hégémonie française, coloniale et post-coloniale
  • La politique des partis et les contradictions des leaders
  • Les populations africaines
  • Le contexte mondial

Le livre Political Parties in French-Speaking West Africa est la  version améliorée de la thèse de doctorat (Ph.D.) de Ruth Morgenthau. De format compact l’ouvrage compte 439 pages. Mais une fabrication moins dense pourrait aisément attendre mille pages. Le corps du texte est enrichi de centaines de notes en bas de page, que j’ai regroupées en fin de chapitre. Publié en 1964, le travail fut généralement fut bien reçu à la fois pour contenu spécialisé en politologie, et pour sa dimension parfois inter-disciplinaire (histoire, anthropologie, ethnologie, économie). L’auteure effectua trois voyages de recherche sur le terrain, en 1951, 1960 et 1961. Sa préface contient une liste impressionnante d’informateurs : Ouezzin Coulibaly, Mamby Sidibé, Hampâté Bâ, Madany Mountaga Tall, Baidy Guèye, Sékou Touré, Seydou Diallo ,  N’Famara Keita, Telli Diallo, Karim Fofana, Idrissa Diarra Mahamane Alassane Haidara, Mamadou Aw, Seydou Badian Kouyaté, Abdoulaye Sangaré, Bernard Dadié, Urbain Nicoue, Issoufou Seydou Djermakoye, Senou Adande, Emile Derlin Zinsou, Doudou Guèye, Lamine Guèye, Mamadou Dia, Doudou Thiam, Assane et Ursula Seck, Abdoulaye Guèye, Abdoulaye Ly, etc.
Le livre examine la situation de quatre pays : Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée. Il s’ouvre par une solide introduction et trois chapitres généraux :

Un passage de l’introduction s’interroge avec pertinence : Comment doit-on comprendre l’usage de la référence Fama (roi en langue Maninka) pour désigner Sékou Touré en Guinée ? Ecouter, par exemple, le Bembeya Jazz national dans Regard sur le passé.

Après les quatre dossiers d’enquête, le livre propose une analyse d’ensemble et formule des opinions — parfois prémonitoires — dans les chapitres suivants :

Lacunes, erreurs, points faibles du livre

  • On relève des fautes de transcription des noms français. La confusion découle surtout des nuances du genre grammatical (masculin/féminin) du nom français.
  • L’auteur fait de Sékou Touré un descendant paternel de Samori Touré. En réalité, la parenté dérive de la mère de Sékou, une Camara. Bien qu’ayant le patronyme Touré, Alpha (le père de Sékou) n’était pas lié  à Samori.
  • L’eurocentrisme occidental apparaît çà et là à travers l’ouvrage ; ainsi al-Hajj Umar Tall et Samori sont traités de simples chefs guerriers. Aucun mot sur la production littéraire, l’impact théologique et le rayonnement spirituel du premier, ou  l’énergie organisationnelle et les aspirations unitaires du second.
  • La narration s’arrête à l’année 1961 alors que le livre fut publié en 1964. Une mise à jour avant la mise sous presse eût considérablement amélioré le contenu.
  • L’étiquette French-speaking est une généralisation excessive. Elle ne s’applique qu’à la minorité parlant la langue du colonisateur, qui reste,  pour l’écrasante majorité des Africains, un idiome étranger. Qui maintient des barrières linguistiques artificielles entre dirigeants europhones et administrés non-europhones.
  • Le livre est superficiel sur le rôle et la place de la religion en Côte d’Ivoire. Dommage, car le Christianisme était très actif. L’Eglise catholique, les syncrétismes religieux et les mouvements messianiques, par exemple, étaient impliqués dans le climat social de l’époque. Lire le Harrisme, Afrique: le harrisme et le déhima en Côte d’Ivoire coloniale, etc.
  • Ruth Morgenthau mentionne le Hamallisme ((1920-1950) en passant. Mais elle ne nomme pas le fondateur de ce courant Tijaniyya. Il s’agit bien sûr de Cheikh Hamahoullah ou Hamallah. Les travaux d’Alioune Traoré dégagent le portrait de ce sufi et saint anti-colonial. Tierno Bokar Salif Tall se plaça sous son allégeance spirituelle. Et mon grand-père, Tierno Aliou Buuɓa-Ndiyan, appuya l’enseignement et la voie du Cheikh. Que grâce  soit  rendue à tous les trois. Sous la ténébreuse Troisième République, son Empire Colonial et son régime de l’Indigénat, ces trois figures furent d’éminents porte-étendards de la tradition africaine et de l’orthodoxie sunni malékite.
  • Le livre rapporte un témoignage du sénateur Ouezzin Coulibaly au sujet de l’assassinat du sénateur Biaka Boda en janvier 1950. Mais la version donnée est, à mon avis, superficielle et inadmissible. Dans son roman satirique En attendant le vote des bêtes sauvages Ahmadou Kourouma campe mieux la vague de répression du RDA par les autorités coloniales entre 1949 et 1950. Elle liquida Biaka et faillit emporter Houphouët.

Les racines d’Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny n’inventa pas la politique des partis en Afrique Française. Avant l’arrivée à maturité de la génération d’Houphouët, entre 1905 et 1918, diverses associations et personnalités (africaines et afro-américaines) avaient allumé le flambeau de la lutte. Du côté français, Maurice Delafosse — un maître à penser d’Houphouët — présageait dès 1915 l’éveil et le combat des colonisés pour leur émancipation.  Cela dit, Houphouët reste un doyen et une figure de proue de la politique et de la gouvernance en dans l’Afrique moderne.

Les quatre communes de plein exercie du Sénégal (Saint-Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) jouèrent également un rôle précurseur. Et Houphouët fit l’expérience de cette organisation et discriminatoire, et fut fortement lié au Sénégal. C’est, en effet, le pays de son alma mater (Ecole normale William Ponty) et de son beau-père, Racine Sow. Malheureusement, Houphouët se départit de ces liens et adopta une attitude paradoxale axée sur deux points : (a) son rejet de ce qu’il percevait comme “l’élitisme” saintlouisien et dakarois, (b) son opposition irréductible aux thèses fédéralistes des dirigeants sénégalais. La concurrence trouva son expression la plus aigüe en 1957-58 dans le débat entre fédéralistes (Lamine Guèye, Senghor, Sékou Touré, etc.) et territorialistes (Houphouët). La question posée était de savoir s’il fallait accéder à l’indépendance en tant que bloc ouest-africain fédéré ou bien en tant que territoires distincts. Voulant  éviter l’éclatement, Senghor créa le néologisme balkanisation et mit ses pairs en garde contre les conséquences d’une marche en ordre dispersé vers la souveraineté…
Lire également (a) The Emergence of Black politics in Senegal. The Struggle for Power in the Four Communes, 1900-1920
(b) Assimilés ou patriotes africains ? Naissance du nationalisme culturel en Afrique française (1853-1931) (c) Sékou Touré : Le Héros et le Tyran, chapitre 4, “Le Triomphe (1958-1959)”

De gauche à droite, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), et l'abbé-président Fulbert Youlou (Congo-Brazzaville), avatar comique et accident tragique de la FrancAfrique. Le trio affiche une allure détendue. Pourtant, derrière le sourire persistaient des divergences profondes, une rivalité tenace, et, au bout du compte, l'affabilissement mutuel. Photo: Table-ronde d'Abidjan. 24 octobre 1960
De gauche à droite, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), et l’abbé-président Fulbert Youlou (Congo-Brazzaville), accident historique et avatar aberrant de la Françafrique. Le trio affiche une allure détendue. Pourtant, derrière le sourire persistaient des divergences profondes, une rivalité tenace, et, au bout du compte, l’affabilissement mutuel. Photo: Table-ronde d’Abidjan. 24 octobre 1960

Axe triangulaire

Morgenthau place les débuts d’Houphouët dans un axe triangulaire incluant :

  • La politique coloniale d’intéressement de planteurs Français
  • L’incorporation de la main-d’oeuvre forcée extra-territoriale
  • L’adoption  de la nouvelle économie de plantation par les Ivoriens et les immigrés

Politique d’intéressement

Ruth écrit (je traduis) : « A partir de 1930 les autorités coloniales de Côte d’Ivoire décidèrent d’intéresser des Français à venir s’installer comme planteurs des cultures d’exportation (cacao, café). Les premières actions se développèrent dans la ceinture forestière, à peu près au sud du 8° parallèle. Les plantations des Européens se situaient :

  1. A l’ouest de la rivère Bandama, près de Gagnoa, Daloa, et Man
  2. Le long de la côte méridionale, près de Grand Bassam, Abidjan, Grand Lahou, et Sassandra
  3. Le long de l’axe ferroviaire Agboville-Dimbokro-Bouaké, en forêt
  4. A Katiola et Korhogo dans la savanne septentrionnale.

une main-d’oeuvre forcée importée

Imposant le travail forcé, le régime de l’Indigénat importa une main-d’oeuvre abondante et bon marché. Ces recrutements obligatoires permirent la mise en valeur les plantations des Européens. Ainsi, le décret du 25 octobre 1925 organisa le mouvement des contingents des régions pauvres du nord vers le sud fertile. Le texte règlementa aussi la répartition du personnel importé  entre l’administration et les planteurs Européens. Devant la faible densité démographique  (9 habitants au km2) du sud, les colonisateurs contraignirent des travailleurs du nord de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, et, surtout, de la Haute-Volta (Burkina Faso). Les statistiques officielles établissent qu’entre 1920 et 1930, plus de 190.000 Voltaïques furent incorporés dans les brigades de travail en Côte d’Ivoire.

Adoption  de la nouvelle économie de plantation par les Ivoriens

L’auteur souligne l’intérêt et la participation effective des Africains à l’économie de plantation. « Peu après l’installation des coloniaux, les Africains créèrent eux aussi des plantations. Plus petits que les domaines des Européens, leurs lots étaient éparpillés à travers la forêt. Dans l’entre-deux guerres (1918-1939), leurs plantations s’étendirent à l’est de la Bandama parmi les peuples Baulé et Agni. (Baule and Agni sont apparentés ; eux et les Ashanti du Ghana appartiennent à l’aire ethnique Akan).
La particularité de la colonie de Côte d’Ivoire découle du fait que des citadins et des “évolués” (diplômés de l’école française) s’intéressèrent et s’investirent dans l’économie de plantation. Ce faisant, ils se dégageaient de la dépendance salariale de la bureaucratie coloniale. Contrairement à la plupart des autres territoires — où les fonctionnaires dépendaient de l’administration — les colonisés pouvaient s’installer et vivre à leur compte. Mas la fièvre de plantation ne s’arrêta pas aux fonctionnaires. Elle gagna aussi les villageois illétrés, y compris les femmes. Chacun trouva dans la plantation un moyen d’améliorer son status économique et social. Les chefs traditionnels bénéficièrent de l’émergence de cette couche de planteurs de plus en plus prospères. Et la rivalité entre élites traditionelles et modernes s’atténua. L’économie de plantation et l’accès à l’argent rapprocha les chefs traditionnels — précoloniaux —et les chefs modernes. En conséquence, les chefs traditionnel acceptèrent un “évolué” et chef de statut secondaire, en l’occurrence,  Felix Houphouët-Boigny, comme leur porte-parole.
Toutefois, ces développements engendrèrent des clivages et des frictions. Ce fut notamment avec la distinction entre autochtones et “étrangers” ou “dioula”, c’est-à-dire les travailleurs immigrés — forcés et volontaires —  du Nord de la Côte d’Ivoire et de territoires voisins. Les graines de l’“ivoirité” venaient d’être semées. Avec elles, la dualité fondamentale, déconcertante et débilitante de la Côte d’Ivoire : terre d’inclusion et  d’exclusion, hospitalière et xénophobe. Cette contradiction débouchera en 2002 sur la crise politico-militaire, la guerre civile et la partition du pays entre le Nord et le Sud.

Carte ethnique de la Côte d'Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Carte ethnique de la Côte d’Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Carte politique de la Côte d'Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964

Dans une prochaine livraion j’examine la carrière politique d’Houphouët-Boigny en quatre phases et périodes :

  • La phase organisationnelle et fondatrice
  • Dans l’opposition (RDA) et face à la répression coloniale
  • Récupération, collaboration et cooptation
  • “L’indépendance” et la présidence à vie

(A suivre)

Tierno S. Bah

In Memoriam D. W. Arnott (1915-2004)

D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula
D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula

This article creates the webAfriqa homage and tribute to the memory of Professor David W. Arnott (1915-2004), foremost linguist, researcher, teacher and publisher on Pular/Fulfulde, the language of the Fulbe/Halpular of West and Central Africa. It is reproduces the obituary written in 2004 par Philip J. Jaggar. David Arnott belonged in the category of colonial administrators who managed to balance their official duties with in-depth social and cultural investigation of the societies their countries ruled. I publish quite a log of them throughout the webAfriqa Portal: Vieillard, Dieterlen, Delafosse, Person, Francis-Lacroix, Germain, etc.
The plan is to contributed to disseminate as much as possible the intellectual legacy of Arnott’s. Therefore, the links below are just part of the initial batch :

Tierno S. Bah


D. W. Arnott was a distinguished scholar and teacher of West African languages, principally Fulani (also known as Fula, Fulfulde and Pulaar) and Tiv, David Whitehorn Arnott, Africanist: born London 23 June 1915; Lecturer, then Reader, Africa Department, School of Oriental and African Studies 1951-66, Professor of West African Languages 1966-77 (Emeritus); married 1942 Kathleen Coulson (two daughters); died Bedale, North Yorkshire 10 March 2004.

He was one of the last members of a generation of internationally renowned British Africanists/linguists whose early and formative experience of Africa, with its immense and complex variety of peoples and languages, derived from the late colonial era.

Born in London in 1915, the elder son of a Scottish father, Robert, and mother, Nora, David Whitehorn Arnott was educated at Sheringham House School and St Paul’s School in London, before going on to Pembroke College, Cambridge, where he read Classics and won a “half-blue” for water polo. He received his PhD from London University in 1961, writing his dissertation on “The Tense System in Gombe Fula”.

Following graduation in 1939 Arnott joined the Colonial Administrative Service as a district officer in northern Nigeria, where he was posted to Bauchi, Benue and Zaria Provinces, often touring rural areas on a horse or by push bike. His (classical) language background helped him to learn some of the major languages in the area — Fulani, Tiv, and Hausa — and the first two in particular were to become his languages of published scientific investigation.

It was on board ship in a wartime convoy to Cape Town that Arnott met his wife-to-be, Kathleen Coulson, who was at the time a Methodist missionary in Ibadan, Nigeria. They married in Ibadan in 1942, and Kathleen became his constant companion on most of his subsequent postings in Benue and Zaria provinces, together with their two small daughters, Margaret and Rosemary.

From 1951 to 1977, David Arnott was a member of the Africa Department at the School of Oriental and African Studies (Soas), London University, as Lecturer, then Reader, and was appointed Professor of West African Languages in 1966. He spent 1955-56 on research leave in West Africa, conducting a detailed linguistic survey of the many diverse dialects of Fulani, travelling from Nigeria across the southern Saharan edges of Niger, Dahomey (now Benin), Upper Volta, French Sudan (Burkina Faso and Mali), and eventually to Senegal, Gambia, and Guinea. Many of his research notes from this period are deposited in the Soas library (along with other notes, documents and teaching materials relating mainly to Tiv and Hausa poetry and songs).

He was Visiting Professor at University College, Ibadan (1961) and the University of California, Los Angeles (1963), and attended various African language and Unesco congresses in Africa, Europe, and the United States. Between 1970 and 1972 he made a number of visits to Kano, Nigeria, to teach at Abdullahi Bayero College (now Bayero University, Kano), where he also supervised (as Acting Director) the setting up of the Centre for the Study of Nigerian Languages, and I remember a mutual colleague once expressing genuine astonishment that “David never seemed to have made any real enemies”. This was a measure of his integrity, patience and even-handed professionalism, and the high regard in which he was held.

Arnott established his international reputation with his research on Fula(ni), a widely used language of the massive Niger-Congo family which is spoken (as a first language) by an estimated eight million people scattered throughout much of West and Central Africa, from Mauritania and Senegal to Niger, Nigeria, Cameroon, Central African Republic and Chad (as well as the Sudan), many of them nomadic cattle herders.

Between 1956 and 1998 he produced almost 30 (mainly linguistic) publications on Fulani and in 1970 published his magnum opus, The Nominal and Verbal Systems of Fula (an expansion of his PhD dissertation), supplementing earlier works by his predecessors, the leading British and German scholars F.W. Taylor and August Klingenheben. In this major study of the Gombe (north-east Nigeria) dialect, he described, in clear and succinct terms, the complex system of 20 or more so-called “noun classes” (a classificatory system widespread throughout the Niger-Congo family which marks singular/plural pairs, often distinguishing humans, animals, plants, mass nouns and liquids). The book also advanced our understanding of the (verbal) tense- aspect and conjugational system of Fulani. His published research encompassed, too, Fulani literature and music.

In addition to Fulani, Arnott also worked on Tiv, another Niger-Congo language mainly spoken in east/central Nigeria, and from the late 1950s onwards he wrote more than 10 articles, including several innovative treatments of Tiv tone and verbal conjugations, in addition to a paper comparing the noun-class systems of Fulani and Tiv (“Some Reflections on the Content of Individual Classes in Fula and Tiv”, La Classification Nominale dans les Langues Négro-Africaines, 1967). Some of his carefully transcribed Tiv data and insightful analyses were subsequently used by theoretical linguists following the generative (“autosegmental”) approach to sound systems. (His colleague at Soas the renowned Africanist R.C. Abraham had already published grammars and a dictionary of Tiv in the 1930s and 1940s.)

In addition to Fulani and Tiv, Arnott taught undergraduate Hausa-language classes at Soas for many years, together with F.W. (“Freddie”) Parsons, the pre-eminent Hausa scholar of his era, and Jack Carnochan and Courtenay Gidley. He also pioneered the academic study of Hausa poetry at Soas, publishing several articles on the subject, and encouraged the establishment of an academic pathway in African oral literature.

The early 1960s were a time when the available language-teaching materials were relatively sparse (we had basically to make do with cyclostyled handouts), but he overcame these resource problems by organising class lessons with great care and attention, displaying a welcome ability to synthesise and explain language facts and patterns in a simple and coherent manner. He supervised a number of PhD dissertations on West African languages (and literature), including the first linguistic study of the Hausa language written by a native Hausa speaker, M.K.M. Galadanci (1969). He was genuinely liked and admired by his students.

David Arnott was a quiet man of deep faith who was devoted to his family. Following his retirement he and Kathleen moved to Moffat in Dumfriesshire (his father had been born in the county). In 1992 they moved again, to Bedale in North Yorkshire (where he joined the local church and golf club), in order to be nearer to their two daughters, and grandchildren.

Philip J. Jaggar
The Independent

Are Fulɓe Disappearing? And Is Adlam Their Savior?

The answer to the questions in this blog’s title is flatly and emphatically No! First, Fulɓe are not about to disappear, because they are one Africa’s most distributed and populous nations. Second and consequently, the “new” Adlam alphabet cannot be their rescuer. Yet, entitled “The Alphabet That Will Save a People From Disappearing,” a paper published in The Atlantic Magazine presents Adlam as the would-be-savior of the Fulbe/Halpular Civilization. I could not disagree more and object stronger.

Kaveh Waddell, The Atlantic Magazine
Kaveh Waddell, The Atlantic Magazine

But I congratulate the Barry brothers for getting a write-up on Adlam in The Atlantic, a major US publication. Unfortunately, the author of the article, Kaveh Waddell, focuses on the digital technology aspects of Adlam (Unicode, Social media, computers, operating systems, mobile devices, etc.) And he does so at the expense of the history and culture of the Fulɓe (See also Fulɓe and Africa). Such a glaring omission defeats the very —and curious—idea of Adlam coming to save Fulɓe/Halpular populations from disappearing!

Before outlining some of the many points of contention, and for the sake of clarity, I should sum up my experience, which spans +40 years of teaching, research, and publishing on the Fulɓe and their  language. I majored in linguistics and African languages, and graduated from the Polytechnic Institute G. A. Nasser of Conakry, Social Sciences Department, Class of 1972 (Kwame Nkrumah). I then taught linguistics and Pular there for 10 years (1972-1982). And I concurrently chaired (from 1973 to 1978) the Pular Commission at Guinea’s Académie des Langues nationales. With my deputy —and esteemed elder—, the late Elhadj Mamadou Gangue, I did field research in the Fuuta-Jalon, inventorying dialects, meeting literati and artists, collecting data.… In 1978, President Sékou Touré sent an original visitor, Adam Bâ, to the Academy. A Pullo from Benin, Mr. Bâ wanted to offer his new Pular alphabet. In addition to the letters, he also had invented a new vocabulary for greetings, leave-takings, titles, ranking, trade, etc. In a nutshell, he was—seriously—asking us to learn a new version of our mother tongue! After listening to his pitch and debating the worthiness of his proposal, we filed back an inadmissibility (fin de non-recevoir) report to the authority.
In 1982 I won a competitive Fulbright-Hayes fellowship and came to the University of Texas at Austin as a Visiting Scholar. My selection rested mainly on my sociolinguistics essay in which I laid out a blueprint for the study of esthetic discourse and verbal art performance in Fuuta-Jalon. I focused on three communities of speech-makers: the Nyamakala (popular troubadours), the caste of Awluɓe (or griots, i.e. court historians and royal counselors) and the Cernooɓe (Muslim scholars, masters of the ajami literature).

That said, here are some of my disagreements and objections from the article.

Students learn to read and write Adlam in a classroom in Sierra Leone (Courtesy of Ibrahima and Abdoulaye Barry)
Students learn to read and write Adlam in a classroom in Sierra Leone (Courtesy of Ibrahima and Abdoulaye Barry)
  1. The title of the paper vastly misrepresents the situation of the Fulbe/Halpular peoples. Indeed, those populations —who number in tens of millions— are in no danger of vanishing at all. Therefore, there is no ground for the journalist to claim that Adlam alphabet will rescue the Fulɓe from a hypothetical oblivion. After all, they are one of Africa’s most ancient and dynamic people. Again, to the best of my knowledge the Fulɓe/Halpular do not face an existential threat or the probability of extinction!
  2. The article refers to the Arabic alphabet 11 times. But it doesn’t say anything about the Pular/Fulfulde Ajamiyya traditional alphabet. Yet, the founders of that writing system achieved significant successes in spreading literacy and educating the faithful, from Mauritania and Fuuta-Tooro, on the Atlantic Coast, to Cameroon, in Central Africa, with Fuuta-Bundu, Fuuta-Jalon, Maasina, Sokoto, etc. in between. They developed an important literary corpus and left an impressive intellectual legacy. Some of the brilliant ajamiyya authors include Tierno Muhammadu Samba Mombeya (Fuuta-Jalon), Usmaan ɓii Fooduye (aka Uthman dan Fodio) founder of the Sokoto Empire, Sheyku Ahmadu Bari, founder of the Diina of Maasina, Amadou Hampâté Bâ, etc.

For a partial anthology see  La Femme. La Vache. La Foi. Ecrivains et Poètes du Fuuta-Jalon

3. Ajamyiyya had the backing of the ruling aristocracy in theocentric Fuuta-Jalon (1725-1897). Moreover, it conveys the dogmas, teachings and writings of Classical Arabic in a deeply religious society. That’s why individuals were motivated to write in their language. They acknowledged what Tierno Samba Mombeya famously summarized in the Hunorde (Introduction) of his landmark poem “Oogirde Malal” (circa 1785):

Sabu neddo ko haala mu'un newotoo Nde o fahminiree ko wi'aa to yial.

Miɗo jantora himmude haala pularI compose in the Pular language
Ka no newnane fahmu nanir jaɓugol.To let you understand and accept the Truth.
Sabu neɗɗo ko haala mu’un newotooBecause  the mother tongue helps one best
Nde o fahminiree ko wi’aa to ƴial.As they try to understand what is said in the Essence.

How has History rewarded Tierno Samba and the pantheon of ajamiyya scholars? Alfâ Ibrâhîm Sow has best captured their invaluable contribution. He wrote:

« If, one hundred-fifty years following its composition, the Lode of Eternal Bliss (Oogirde Malal) continues to move readers of our country, it’s chiefly because of the literacy vocation it bestows on Pular-Fulfulde, because of its balanced, sure and elegant versification, its healthy, erudite and subtle language, and the national will of cultural assertion that it embodies as well as the desire for linguistic autonomy and dignity that it expresses. »

4. “Why do Fulani people not have their own writing system?” M. Barry wondered. Actually, they do have it with Ajamiyya. By applying their curiosity and creativity they first reverse-engineered the Arabic alphabet by filling the gaps found the original Arabic graphic system. Then they took care of giving the letters descriptive and easy-to-remember Pular names. That didactic and mnemonic strategy facilitated the schooling of children.

5. Again, it is amazing that age 14 and 10 respectively, in 1990, Ibrahima and Abdoulaye Barry began to devise an alphabet. But it was a bit late for many reasons. I’ll mention only two:
Primo. Back in 1966  UNESCO organized a conference of Experts (linguists, teachers, researchers) for Africa’s major languages in Bamako (Mali). Pular/Fulfulde ranks in the top ten group of African idioms. The proceedings from the deliberations yielded, among similar results for other languages, the Standard Alphabet of Pular/Fulfulde. Ever since, that system has gained currency and is used the world around. It covers all aspects of the language’s phonology, including the following consonants, —which are typical and frequent, but not exclusive to Pular/Fulfulde:

  • ɓ,  example ɓiɓɓe (children), ɓiɗɗo (child)
  • ɗ, example ɗiɗo (two, for people), ɗiɗi (two for animals or objects)
  • ƴ, example ƴiiƴan (blood)
  • ŋ, example ŋeeŋeeru (violin)

The respective decimal Unicode equivalents for the above letters are:

  • ɓ
  • ɗ
  • ƴ
  • ŋ

All modern text editors and browsers are programmed to automatically convert those four codes into the aforementioned Pular/Fulfulde letters.

As a Drupal site builder and content architect, it happened that I filed last night an issue ticket on the Platform’s main website. In it I requested  that —just like in Drupal v. 7— Fulah (Pular/Fulfulde) be reinstated among the  options on the Language Regionalization menu. So far the latest version of Drupal (v. 8) does not include it.

Secundo. Launched as an experiment in 1969, the Internet was 21 years old when Adlam got started in 1990. Ever since, the Digital Revolution has moved to integrate Unicode, which today provides covers all the world’s languages.

6. In 1977, as linguistics faculty at the Social sciences department of the Polytechnic Institute of Conakry, I attended the event. The speaker was none but the late Souleymane Kanté, the inventor of N’Ko. But today —forty-years later— and despite all efforts, the Nko  is still struggling. It is far from delivering its initial promises of  renaissance of the Mande culture area.
President Alpha Condé’s electoral campaign promises to support the N’Ko have been apparently forgotten. And President Ibrahim Boubacar Keita of Mali doesn’t seem to even pay attention to the N’Ko. Is it because he prides himself of being a French literature expert?

Conclusion?

No! There is no end to any debate on language, literature, culture. An alphabet is not a gauge of cultural and linguistic development. Let’s not forget that both literacy (letters) and numeracy (numbers) are required for scientific research, administration, shopping, etc. Consequently,  the emphasis on creating new alphabets is, in my view, outmoded. It is sometimes more economical to just borrow from either near or far. Western Europe did just that with the Arabic numbering system. And in this 21st century, Unicode meets all —or most— written communication needs. Luckily, Pular/Fulfulde has been endowed with a Standard Alphabet since 1966. Let’s use it and let’s not try to reinvent the wheel.

Tierno S. Bah

France – Guinée : Bolloré et Condé

Vincent Bolloré mène la visite guidée du président Alpha Condé à la Blue Zone de Kaloum (Conakry-centre) en août 2014. Le président du Bénin, Patrice Talon, a raillé ces réalisations de saupoudrage et de publicité du groupe Bolloré en ces termes : « Ce n'est pas avec une aire de jeux et quelques panneaux solaires qu'il va me convaincre »
Vincent Bolloré mène la visite guidée du président Alpha Condé à la Blue Zone de Kaloum (Conakry-centre) en août 2014. Le président du Bénin, Patrice Talon, a raillé ces réalisations de saupoudrage et de publicité du groupe Bolloré en ces termes : « Ce n’est pas avec une aire de jeux et quelques panneaux solaires qu’il va me convaincre »

Le journal Le Monde a publié hier 16 septembre un rapport d’enquête intitulé “Bolloré : la saga du port maudit de Conakry.” Le texte traite essentiellement des rapports personnels entre le président Alpha Condé et le riche homme d’affaires français, Vincent Bolloré. L’article est long et pourtant il me semble qu’il passe à côté du sujet. Ses auteurs l’ont voulu détaillé, cependant, lecture faite on reste sur sa faim, quant au contenu d’information et à la précision du compte-rendu.
Les choses s’amorcent mal dès le titre. Trois  sur cinq mots-clefs (saga, port, maudit) du nom du document prêtent à contestation.

Un titre inadéquat

Voici les raisons pour lesquelles le titre du rapport est inadéquat.

  1. Le dictionnaire Larousse définit saga ainsi : “Épopée familiale quasi légendaire se déroulant sur plusieurs générations.” Le choix de saga pour parler de tractations et de machinations politico-financières franco-guinéenes répond à la définition de saga.
  2. Quant au mot port, l’enquête aurait dû préciser qu’elle se concentre sur le port de conteneurs, qu’Alpha Condé concéda brutalement au groupe Bolloré en mars 2011. Mais le Port Autonome de Conakry comprend deux entités, que l’article présente comme suit :
    « D’abord, le terminal à conteneurs, géré par le groupe Bolloré. Un espace propre, aseptisé et informatisé.…
    (Ensuite) le reste du port, où se croisent dockers et vendeurs à la sauvette. Les voitures et les camions qui circulent sans précautions dans ce capharnaüm portuaire ne s’aventurent pas dans l’enclave Bolloré.
    Ces deux mondes cohabitent mais ne se mélangent pas. » Cette dernière formule caractérise les rapports entre l’Europe et l’Afrique depuis quatre siècles. Elle résume l’apartheid portuaire et la ségrégation économique instaurés par le régime guinéen. Honte à ceux/celles qui causent ces injustices ! Honnis soient ceux/celles qui imposent de telles inégalités ! De façon générale, une telle stratégie perpétue et renforce l’hégémonie de l’Occident sur l’Afrique. Au lieu de financer et de partager la technologie et le savoir-faire, l’Europe y crée des enclaves isolées et des poches artificielles de croissance. Pour toute leur modernité, ces excroissances sont détachées et disjointes de l’environnement général des pays hôtes. Elles fonctionnent comme des infrastructures sangsues et parasitaires, qui vident le continent de ses ressources naturelles et l’inondent de marchandises coûteuses, médiocres, périmées, etc. En définitive, l’Afrique  est laissée pour compte, végétant dans le sous-développement et la décadence.
  3. Enfin, pourquoi qualifier le lieu de “maudit” ? Quelle est la malédiction qui le frappe ? S’agit-il des circonstances de la concession du port de conteneurs à Bolloré ? Il ne faut pas y voir une damnation quelconque. C’est simplement un scandale. Même si, il est vrai, “des questions qui fâchent, celles de soupçons de corruption et de favoritisme” continuent de l’entourer. Le mot “maudit” est subjectif. De plus, il est matériellement faux dans la mesure où, bon an, mal an, la firme Bolloré  tire profit de l’exploitation de ses installations portuaires Sinon, elle se serait déjà retirée de la Guinée. Si pour Le Monde l’affaire du port de conteneurs est maudite, il n’en est pas de même pour Bolloré, à qui elle rapporte gros. Raison pour laquelle il força le retrait de la concession à Getma (Necotrans) et se la fit attribuer. Ce qui semble confirmer que Vincent Bolloré ne s’embarasse pas de scrupules. Il le dit lui-même : « Notre méthode, c’est plutôt du commando que de l’armée régulière ! » M. Bolloré est donc motivé par la recherche du gain, la minimisation des pertes et l’accroissement des profits. Et non pas par la crainte du péché. Du reste, l’article cite Jacques Dupuydauby, un ex-associé de Vincent Bolloré, qui pense que le conglomérat de son ancien partenaire est un “système mafieux” dirigé par un “gangster corrupteur”.

Guinée, SARL

Les journalistes se sont contentés d’aborder les personnalités au premier rang du scandale, les officiers de la police judiciaire française, et un ancien collaborateur de Bolloré… Le rapport ne cite aucune source de second rang, surtout du côté guinéen : ni le Premier ministre, ni aucun membre du gouvernement.  Répondant aux envoyés du Monde à Paris, le président Alpha Condé parle de façon cavalière et légère. Il donne l’impression de traiter la Guinée comme une propriété privée, qu’il gère comme une société à responsabilité limitée. Et qui seraient ses partenaires ? Peut-être ses “amis” : MM. Vincent Bolloré, Bernard Kouchner, Walter Hennig, Tony Blair, George Soros, etc. !
Lire (a) Soros Enmeshed in Bribery Scandal in Guinea
(b) Mining and corruption. Crying foul in Guinea
(c) Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure (d) L’insondable Walter Hennig
Inapproprié pour sa fonction, son langage reflète l’autocratie totale et la désinvolture extrême. M. Condé ne se réfère jamais à son gouvernement, à son Premier ministre, ou au ministre des transports. Il ignore, bien sûr, l’existence de l’Assemblée nationale (Législatif) et la Cour suprême (Judiciaire), pourtant censées être paritaires, avec l’Exécutif, dans l’exercice du pouvoir d’Etat. Alpha Condé ne s’exprime qu’à la première personne du singulier : Je, Moi, Moi-même. Les pronoms pluriels, la recherche du consensus gouvernemental, la collégialité administrative lui sont inconnus.
Exemples :

  1.   « Vincent Bolloré, je le connais depuis quarante ans … Là, il est en Indonésie sinon je l’aurais appelé et on aurait dîné tous ensemble chez Laurent (restaurant gastronomique étoilé parisien) ».
    Quelle vantardise ! Qelle vanité ! Président Condé oublie qu’il coiffe l’Etat d’un des pays les plus pauvres de la planète ! Il est dès lors absurde de se flatter d’avoir un accès familier à un milliardaire de France. Il feint d’oublier que ce pays  conquit, domina, exploita et ruina la partie du continent africain qui lui échut au partage de l’Afrique à la conférence de Berlin en 1884-1885.  Cette même France règne de façon hégémonique sur son pré carré : la France-Afrique, dont  la Guinée fait partie. Depuis Sékou Touré ! Il précipita le divorce avec le général Charles de Gaulle en 1958. Il chercha et obtint la réconciliation avec Valéry Giscard d’Estaing et la France en 1975. Dans les deux cas ce fut au détriment de la Guinée et du sien propre.
    Lire (a) Sékou Touré. Le discours du 25 août 1958 (b) Phineas Malinga. Ahmed Sékou Touré: An African Tragedy (c) André Lewin. Ahmed Sékou Touré (1922-1984), Président de la Guinée de 1958 à 1984
    Situé aux Champs Elysées de Paris,  le restaurant Laurent offre ses repas à raison de  €130  et €230 par personne. Au taux de change courant, cela donne entre un million trois cent mille et deux millions trois cent mille Francs guinéens. Cela correspond à peu près au revenu mensuel de millions de Guinéens. Et à la moitié environ du revenu annuel par tête d’habitant (PIB), selon les statistiques 2015 de la Banque Mondiale et du PNUD. En un mot, les propos d’Alpha Condé confirment les prétentions, la sottise, et la stupidité de la  petite-bourgeoisie africaine, vigoureusement dénoncée par Frantz Fanon dans Les Damnés de la terre.
  2. « Depuis que je suis élu, le fils [de Patrick] Balkany m’a demandé un permis minier, d’autres Français m’ont demandé des faveurs, mais pas Bolloré dont le groupe travaille et développe le port de Conakry. »
    L’attribution de contrats miniers est au coeur de la corruption qui gangrère la gestion des affaires publiques du pays. Au lieu de prendre personnellement en charge les dossiers d’extraction minière, M. Condé devait céder cette responsabilité au département ministériel de tutelle travailler. A charge pour ce cabinet de travailler en concert avec la commission idoine de l’Assemblée nationale afin d’appliquer les normes requises de transparence et d’intégrité.
  3. … le groupe Bolloré est resté maître du port de Conakry. Alpha Condé se lève, tape dans le dos avec ses mains ornées de bagues et lâche : « Et puis écrivez ce que vous voulez, je n’en ai rien à faire ».
    Là, Alpha Condé prouve qu’il ne parvient pas à se glisser dans la peau d’un chef d’Etat et d’en endosser les responsabilités et la hauteur de vues. Il se prend toujours pour le micro-entrepreneur des années 1980, qui avait monté une modeste entreprise de distribution de produits alimentaires. Il ne se rend pas compte que ses actes et propos engagent tout un pays. Au lieu de se soucier de sa réputation et de la promotion de l’image de la Guinée, il s’exprime dans un langage terre- à-terre qui frise la vulgarité.
Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères et président Alpha Condé à l'inauguration du Centre Medico-communal de Conakry, 2014. — BlogGuinée
Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères et président Alpha Condé à l’inauguration du Centre Medico-communal de Conakry, 2014. — BlogGuinée
Bernard Kouchner accueille la première dame Djènè Saran Kaba à l'inaguration de son Centre médico-communal, Conakry 2014. — BlogGuinée
Bernard Kouchner accueille la première dame Djènè Saran Kaba à l’inaguration de son Centre médico-communal, Conakry 2014. — BlogGuinée

Autocratie, dictature, affairisme : legs de Sékou Touré

Dans “Conakry, plaque tournante de l’Escroquerie internationale” j’ai évoqué la valse … de la corruption… et les rapports dialectiques liant corrupteur et corrompu.

Celle-ci ne se limite pas à l’échange — illicite, illégale et illégitime — d’argent par des bailleurs à des quémandeurs dans le bradage des ressources naturelles de la Guinée.

La corruption s’attaque de façon [incidieuse et] sournoise, et sape de manière souterraine les normes  d’intégrité et de moralité et les institutions gardiennes du fonctionnement et du salut de la république. C’est ainsi qu’en Guinée, depuis la proclamation de la république, la corruption étouffe et empêche la  gestation et la construction de la justice et de la démocratie. Dès 1961, Sékou Touré (1958-1984) construisit le Camp Boiro. Il y réprima, dans le sang, les aspirations des citoyens au pluralisme, à l’alternance, à la collégialité, au consensus, et a la transparence dans la gestion du bien commun. Sékou Touré savait bien que la justice et la démocratie sont des nécessités indispensables, des condition sine qua non du développement collectif et de l’épanouissement individuel. Délibérément et cyniquement, hélas, il leur substitua la dictature, c’est-à-dire, entre autres, le népotisme, la médiocrité, la corruption et l’impunité.

Lire (a) Andrée Touré : impénitente et non-repentante (b) Ismael Touré, André Lewin et Paul Berthaud

Lansana Conté (1984-2008), résista d’abord à la pression sociale pour l’instauration du pluralisme politique. Mais il finit par céder et concocta malheureusement un système délavé et dénaturé.

Consulter (a) Lansana Conté : l’enracinement de l’impunité et l’édification d’un Etat criminel  (b) Cona’cris. La Révolution Orpheline  (c) Lansana Conté par Alain Fokka

Issus de l’écurie Conté capitaine Moussa Dadis Cama (2008-2009) et colonel Sékouba Konaté (2010) exhibèrent la même tendance à l’affairisme et à la cupidité.

Pour sa part, durant la campagne présidentielle de 2010, Alpha Condé se présenta comme un continuateur de Sékou Touré. L’annonce parut paradoxale de la part d’un opposant condamné à mort par contumace  en janvier 1971 par le Tribunal révolutionnaire. En réalité, il disait vrai. Et depuis lors  sa confession s’est confirmée à travers la répression cyclique, la gabégie, l’incompétence, la corruption, l’impunité, la promotion filiale et le rêve dynastique du “Professeur”-président Condé ?

Tierno S. Bah

Sékou Touré : Mystification et mensonge en dedans…

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
• La légende et la vérité
• La loi-cadre de juin 1956. La Guinée et le référendum de septembre 1958
• Le non de la Guinée en 1958 et le dilemme de Sékou Touré
• Les espérances de l’indépendance de la Guinée et la trahison de Sékou Touré

Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie
Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade, à l’ombre des trusts, dans un pays à la dérive

Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960

Voici le 8ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Mystification et mensonge en dedans…

« Ce qui nous paraît plus inquiétant pour la Guinée et pour l’Afrique c’est que Sékou Touré, dont l’imagination est fertile, invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut. »
Laurent Dona Fologo, Ministre Ivoirien de l’Information
Fraternité Matin, 29 septembre 1973

  Monsieur le Président, que Sékou Touré gouverne également par le mensonge n’a jamais fait de doute pour personne. Les exemples ne manquent point de l’assurance avec laquelle il a menti au peuple de Guinée. Il n’est que de voir son immense roman feuilleton plein de dollars, de S.S. Nazis, de “Cinquièmes colonistes” et de crimes. Des
hommes à sa dévotion, devenus ses bêtes noires ; il n’est que d’entendre les présentateurs hystériques de sa radio dérouler les bandes magnétiques extorquées à des malheureux pour savoir qu’il s’agit de documents préfabriqués pour les besoins de leurs procès. Ses amis d’hier, parias d’aujourd’hui, il les a tous faits par le mensonge. Il leur fait porter par le mensonge, le lourd fardeau de sa propre faillite.

Tous ces officiers supérieurs, tous ces ministres, tous ces gouverneurs, tous ces cadres inconditionnels de son parti auraient donc été au courant de tous les “complots, y auraient participé’ ; manipulés les uns et les autres par des puissances avec lesquelles il entretient parfois les meilleures relations ; qui le nourrissaient et polissaient son image à l’extérieur. Allons donc ! si tous ces gens étaient au courant de tous ces prétendus complots, c’est tout simplement que lui-même avait pensé, organisé et fait exécuter ces “complots”. S’il est vrai qu’ils ont reçu un seul sou, ce serait celui de la corruption ; l’argent du peuple qu’il a seul dilapidé et qu’il continue de gaspiller pour que ses machinations apparaissent plus vraisemblables. S’ils ne furent que ses complices d’un jour, ils furent ses victimes de toujours car il en avait fait, dès le début, les agents serviles de sa personne.

Cependant, Monsieur le Président, ses mensonges ne passent qu’à travers le rideau de frayeur et de terreur qu’il nous a imposé. Mais ce pouvoir charismatique qu’il veut incarner est maintenant trop ruisselant du sang de nos frères. Il est démasqué par les mensonges mêmes dont il veut en faire le support. Je ne peux résister à l’envie d’en évoquer quelques-uns.

Je laisse de côté les très nombreuses histoires mensongères et grotesques qu’il raconte en de longs discours et dont il a gavé notre peuple pour enraciner l’idée qu’il détient un pouvoir surnaturel et que sa prétendue révolution est l’incarnation de ce pouvoir.

L’Afrique elle-même, trop souvent réceptive à ses thèses a toujours été trompée par la forme qu’à voulu donner aux faits l’imagination diabolique de Sékou Touré. Ainsi a-t-elle souvent choisi de voler au secours de son pouvoir contre nos intérêts, même lorsque son mensonge, répété avec persévérance et entêtement n’apparaissait jamais que comme un mensonge. Ainsi en fut-il de la solidarité qu’il obtient en novembre 1970 et de bien d’autres complots qu’il a montés contre notre peuple.
Mais la technique éprouvée du mensonge et des affirmations gratuites de Sékou Touré, ses mises en scènes théâtrales, son maniement vicieux de l’affabulation, de la dissimulation, de la substitution et de l’amalgame ne trompe plus que ceux qui veulent bien se voiler la face.
Le 26 septembre 1973, les Présidents Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor recevaient un télégramme de Sékou Touré dans lequel celui-affirmait une fois de plus avoir constitué un “dossier concernant de nouvelles agressions contre la République de Guinée avec la complicité des colonialismes portugais, français, israélien, de l’Afrique du Sud et de la République Fédérale Allemande, ainsi qu’avec la participation irréfutable des Présidents  Senghor et  Houphouet-Boigny — Stop. Dénonciations Présidents Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny absolument fondées. Stop”.

L’accusation était très claire et Sékou Touré avait pris soin d’envoyer pour information le même télégramme aux présidents du Niger, du Togo, du Gabon, du Dahomey [Bénin], de la Haute-Volta, de la Mauritanie et du Mali.

Ainsi fut déclenché un autre épisode des relations dramatiques créées entre notre peuple et ses voisins par Sékou Touré. En fait, tout cela n’était que mensonge.

Pour tout comprendre, vous me permettrez de citer longuement le Ministre de l’Information de la Côte-d’Ivoire le 29 septembre 1973, dans le quotidien  Fraternité-Matin.

« La nouvelle crise de rage de M. Sékou Touré serait provoquée, selon lui, par la préparation d’un autre “complot” visant à renverser son régime et à éliminer sa personne. Ce nouveau “complot” qu’il aurait découvert à la suite de la saisie du procès-verbal d’une fameuse réunion tenue le 12 mai 1973 à Genève par les responsables de l’opposition guinéenne à l’étranger, serait encouragé et financé par les Présidents Senghor (150.000 dollars) et Houphouët-Boigny (80.000 dollars). M. Sékou Touré aurait saisi nos deux Présidents de ce fameux procès-verbal de réunion dont personne n’aura jamais vu ni l’original ni même la photocopie. Et c’est le silence observé par Dakar et Abidjan devant sa démarche qui aurait provoqué sa nouvelle folie dans laquelle il associe Allemands, Portugais, Français, Israéliens et Sud-Africains rassemblés pour le renverser. Avouons que le tyran de Conakry doit être bien fort pour que sa chute mérite un tel déploiement de force !
Quoiqu’il en soit, l’accusation de M. Sékou Touré ne résiste à aucune analyse sérieuse. Ce qui nous paraît plus inquiétant, pour la Guinée et pour l’Afrique, c’est que, ou bien M. Sékou Touré, dont l’imagination est fertile invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut ; ou bien, connaissant ses faiblesses, ses informateurs le mènent en bateau, prenant plaisir à assister à ses crises de delirium où le ridicule se mêle à la bassesse la plus crasseuse.
C’est qu’en réalité, les vraies causes de l’affolement de Sékou Touré se trouvent ailleurs. Le potentat de Conakry ne pouvait donc attendre la fin de notre enquête, puisque son calcul était fait, son plan diabolique arrêté, le fameux procès-verbal de la soi-disant réunion de Genève n’étant qu’une pure machination, une création de son imagination criminelle pour semer, une nouvelle fois, la confusion et la discorde dans notre Afrique qui cherche, au contraire, à s’organiser sur des bases solides pour hâter son développement.
Comme on le voit, ces personnes si dispersées, à la date indiquée, ne pouvaient tenir ensemble aucune réunion à Genève. Et c’est à partir du faux document de cette rencontre imaginaire que le dictateur de Conakry a déclenché son opération satanique, rassemblant, dans le même élan de folie furieuse, accusations et calomnies des plus ridicules et des plus inimaginables.
Ainsi que l’ont noté tous les observateurs au “Sommet” d’Alger, il fallait au despote de Conakry, incapable de quitter un seul jour son trône où le tiennent ses crimes et le sang des martyrs guinéens, justifier aux yeux de ses amis “révolutionnaires” et du monde entier, son absence du seul forum international où il aurait pu se fendre le gosier à loisir … Même l’insistance de son ami Castro, dépêché à Conakry, n’y fit rien.… Alors, il fallait des cibles : les honorables présidents du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui ont aggravé leur cas en renforçant depuis un an les relations entre Dakar et Abidjan, étaient tout trouvés d’où cette curieuse affaire de nouveau “complot” et de soutien aux Guinéens en exil.
Sékou Touré n’échappera pas au verdict de l’Histoire, ni à celui de Dieu.
Le flot de sang innocent qu’il ne cesse de répandre sur le sol guinéen au nom de je ne sais quelle “révolution” ne cessera de le troubler. Qu’il songe à la fin terrible de Néron ! »

Ces quelques passages sont significatifs. Ils caractérisent Sékou Touré comme en témoigne la mise en scène grotesque qu’il a faite contre vous Monsieur le Président à l’occasion de la publication d’un document sur les camps de concentration guinéens et votre parti qu’il a traité de “Parti de la Souillure Française” et de “Parti de la Pourriture Française”.

Chapitre précédent :   Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

A suivre