Yacine Diallo. Impréparation et Interview

Interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé. Radio-Télévision de Guinée, Conakry, janvier 2017.
Interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé. Radio-Télévision de Guinée, Conakry, janvier 2017.

On trouve sur YouTube l’interview de Issa ben Yacine Diallo par Yamoussa Sidibé de la Radio-Télévision Guinéenne. Le lieu, l’heure et la durée (1h 54 min. 04 sec.) sont indiqués. Mais la date de l’émission ne s’affiche pas .
L’entretien porte sur Yacine Diallo. L’interviewé étant le fils cadet du Premier député, on s’attendait à une conversation informative et riche. Mais  la double ‘impréparation de l’interview — par l’hôte et par l’invité — se révèle tôt.  Et au bout du compte, l’objectif d’informer l’audience ne sera pas atteint. Loin s’en faut !
Le blâme revient aux deux protagonistes. Du côté du journaliste, le problème réside dans l’inadéquation du questionnaire. Les interrogations ne imprécises, non-spécifiques. Yamoussa se campe dans les généralités.  Du côte de Issa Ben Yacine, même si elle involontaire, je déplore l’occultation du passé. Au lieu de parler directement et humblement de son expérience individuelle, ses premières phrases sont conjuguées à la première personne du pluriel. Employant le fameux — et souvent agaçant, grandiloquent ou moche — “nous” royal, il déclare en effet :

« Nous avons eu le privilège d’avoir eu comme père un éminent pédagogue, très rigoureux. Il nous a appris à vivre selon des valeurs, et à ne pas transiger là-dessus. Et au fur et à mesure que nous avancions dans la vie, nous comprenions mieux ce qu’il entendait par là. Et nous voyions à quel point il avait raison. La rigueur, la discipline, et les valeurs. Voilà ce qu’il nous a légué. »

Il parle certes de ses frères et soeurs et de lui-même. Mais le ton n’en est pas moins solennel et l’accent distant. Il est vrai qu’il revient par la suite  au simple Je. L’échange démarre ainsi par une question fourre-tout, peu susceptible de provoquer une réponse concise et intéressante :

« Qui était Yacine Diallo, pas d’abord l’homme politique, mais le père, qui il était ? »

Yamousssa aurait dû préparer et bombarder Issa de questions ponctuelles, pointues et acérées comme des flèches. Par exemple :

  • Comment s’appelaient votre mère, vos frères et soeurs ?
  • Votre père était-il polygame ? Si oui, comment s’appelaient les co-épouses de votre mère ?
  • Qui étaient vos grand-parents maternels et paternels ?
  • Décrivez le village natal de votre père ? Celui de votre mère ?
  • Pouvez-vous décrire la vie quotidienne au village ?
  • Quels sont les villages voisins de Tulel-Nuuma ?
  • Qui fut votre maître d’école coranique ?
  • Quel était le plat favori de votre père ?
  • Qui étaient ses auteurs préférés ?
  • Quelles langues parlait-on à la maison ?
  • ………………

Hélas, le journaliste est pris à son propre piège. Insatisfait de la réponse initiale vague de Issa, il revient à la charge, insiste et prie son hôte en ces termes :

« Mais vous qui êtes son fils, quelle autre image vous pouvez… Est-ce que vous n’avez pas d’autre anecdote de cet homme ? Est-ce que c’était un homme comme les autres ? Voilà, à la maison, en famille … Quelque chose qui nous permettrait de mieux accéder à ce grand homme politique. »

Non, en bon Diallo, l’invité fait la sourde oreille, ignore la requête et persiste dans le même style verbal. Résultat : les spectateurs n’obtiennent aucun détail biographique. Par exemple Issa ne mentionne pas le nom de sa mère (elle s’appelait Dienabou), celui des co-épouses de celle-ci, le nom de tous ses frères (il ne cite que celui de son aîné, Alfa Bakar ‘De Gaulle’), etc. Autant de données familiales qui auraient pu accrocher l’attention et retenir l’intérêt du spectateur. De sorte que l’entretien laisse les gens sur leur désir de mieux connaître Yacine Diallo.…

A noter cependant que Issa Ben Yacine devient plus actif dans la deuxième partie de l’interview. Celle où on ne parle plus de Yacine, mais plutôt de la Loi-cadre de 1956, du référendum du 28 septembre, des rapports franco-guinéens, du baptême diplomatique de la république de Guinée, etc.
Je publie ma transcription partielle de la conversation dans la section Documents.
Et ici, je me concentre sur la période allant de la naissance à la mort de Yacine Diallo ; sur le chronomètre de la vidéo, cela va de la 1ère à la 54ème minute.

Le présent article comporte le présent volet : la famille et l’école. Un second volet —la politique — sera traité dans la prochaine livraison. Enfin, le quatrième et dernier article (Premier de Guinée) de cette série traitera de la carrière parlementaire de Yacine.

Spéculation

Question : Comment ça s’est-fait ? Comment l’enseignant est devenu politique ?
Réponse : Je pense que c’est à travers les relations de grand-père avec le grand érudit du Fuuta, Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Et je crois que ce lien nous amenés, nous a tous entraînés, mon père et nous-mêmes dans l’érudition.

Là, Issa Ben Yacine ne pense pas du tout. Il spécule plutôt. Et à tort, car deux faits le réfutent incontestablement et définitivement. En effet :

  • Yacine Diallo est entré en politique électorale en 1945.
  • Son maître d’école coranique, Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, est mort en 1927.

Dix-huit ans séparent donc les deux évènements :  la disparition du maître et l’ascension de l’ancien élève. Et Tierno Aliyyu — mon grand-père maternel — n’interrompit certainement pas son repos éternel pour se mêler de la candidature de son ex-pupille. Les vivants se mêlent du sort des morts. C’est naturel. Et c’est évident. Mais l’inverse ne s’applique pas. Cela n’empêche pas M. Diallo d’invoquer par trois fois le nom de Tierno Aliyyu et de lui attribuer un rôle clef dans le lancement de la carrière politique de Yacine. C’est de la spéculation pure, qui ne repose pas sur la réalité historique.

Ensuite, Issa Ben Yacine évoque le maître du Pulaaku, Amadou Hampâté Bâ, comme source de son information. C’est dommage. Car Issa ben Yacine aurait dû consulter, non pas le vénérable Maasinanke, mais des Fuutanke qui avaient vécu avec son père. Ce fut le cas de mes oncles maternels, par exemple. Notamment Tierno Chaikou Baldé, le précurseur de la recherche en science sociale en Guinée. Ce brillant instituteur forma des générations d’élèves, qui réussirent dans la vie. Je me contenterai de mentionner son neveu Saifoulaye Diallo et Ibrahima Khalil Fofana, auteur de la substantielle et lucide synthèse sur Samori Touré. Hampâté et Tierno Chaikou étaient des amis. Ils participèrent activement, pour le compte du Pular/Fulfulde, à la réunion d’experts que l’UNESCO convoqua pour la création d’alphabets standardisés des principales langues africaines à Bamako en 1966.

Issa ben Yacine : « … C’est le vieux Amadou Hampâté Bâ, notre fameux historien et anthropologue, Malien, qui m’a parlé un peu de cette période… Et il m’a dit que c’est le vieux Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan qui a poussé mon père, au niveau de l’école, la medersa, l’école coranique. D’abord une école qu’on a qualifié d’école des otages. Parce que c’est une école qui a été ouverte et dans laquelle les Français ont commencé à mettre les enfants privilégiés. On a appelé ça finalement l’école des otages, c’est-à-dire que les Français voulaient tenir les Africains en tenant leurs enfants. »

Il est fort douteux, je rejette la suggestion  qu’un homme de culture du haut calibre de Hampâté Bâ ait pu faire une telle confusion. Hampâté a largement traité de ces questions, par exemple dans  Amkoullel. L’enfant peul. Mémoires I, Oui, mon commandant ! Mémoires II et L’étrange destin de Wangrin ou Les roueries d’un interprète africain.  Il en connaissait les tenants et les aboutissants. C’est plutôt Issa Ben Yacine qui confond des institutions distinctes quoique liées :

  • l’école coranique traditionnelle
  • l’Ecole des Otages et Fils de chefs
  • l’école coloniale française
  • la medersa islamique ou franco-arabe.

Quatre Types d’Ecoles

Ecole coranique au fuuta-jalon

L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon de Paul Marty parut en 1921. Il est le fruit de recherches de terrain et de la compilation des notes copieuses d’Ernest Noirot. Surnommé Tierno Baleejo (= noir, donc une association sémantique taquine au nom de famille d’Ernest), cet ancien artiste des cabarets de Pigalle, à Paris, accompagna la mission de Dr Jean-Marie Bayol au Fuuta en 1881. Seize ans plus tard, après la bataille de Porédaka, il devint résident de la France à Timbo et vice-roi de l’ancien état théocratique. Intitulé “L’enseignement musulman”, le chapitre 8 de l’ouvrage de Marty contient une description détaillée de l’école coranique du Fuuta-Jalon. Celle-là même que le jeune Yacine Diallo suivit. Elle était obligatoire pour les hommes libres. Et elle précède d’un siècle l’école française et la medersa dans le pays.
Marty rapporte que le système pédagogique comportait (et comporte toujours) quatre niveaux :

  • Lecture (Jangugol)
  • Ecriture (Windugol)
  • Explication du Coran en Pular, ou exégèse pratique (Firugol)
  • Etudes supérieures (Fennyu)

« Le premier cycle de l’enseignement a pour but d’apprendre aux enfants à lire l’arabe. Il comprend trois parties:

  • Ba (dit à Dinguiraye limto) ou connaissance de l’alphabet
  • Sigi (dit à Dinguiraye hijjo) ou prononciation et épellation
  • Findituru ou rendingol (dit à Dinguiraye taro assemblage des lettres, des sons, et des mots; et lecture. »

ecole des Otages et des Fils de chefs

L’Ecole des Otages et des Fils de chefs fut créée par le gouverneur Louis Faidherbe.

Ecole des otages et des fils de chefs à Kayes, vers 1889
Ecole des otages et des fils de chefs à Kayes, vers 1889

Wikipédia la décrit ainsi :

« Les écoles des otages sont des établissements scolaires créés par le colonisateur français au Sénégal et au Soudan français où sont recrutés de force les fils de chef et de notable afin de les surveiller et les former pour devenir des auxiliaires au pouvoir colonial. La première école des otages a été créée à Saint-Louis du Sénégal par le gouverneur Faidherbe en 1855.
Jusqu’à l’arrivée de Faidherbe en 1854, l’enseignement occidental était entièrement aux mains du clergé catholique. Cette école est destinée aux fils des chefs de villages et de notables que le gouverneur a ramenés de ses campagnes militaires. Faidherbe souhaite inculquer à ces enfants la culture et les valeurs françaises. Ce sont aussi des otages au sens propre, puisque leur présence dissuade leurs familles de toute tentative de rébellion. Elle traduit le besoin de disposer d’une élite africaine éduquée à l’européenne et capable de servir d’interface avec la population2. Par la suite, l’école est rebaptisée de façon explicite “école des fils de chefs et des interprètes”.»

D’autre part, le chapitre “Les fils de Koli” du roman Les écailles du ciel de Tierno Monenembo offre un tableau captivant de l’implantation d’une école coloniale à Kolisoko par le capitaine Rigaux et Yala-Poore, son homme de main. Le rejet initial céda à l’acceptation et à la normalisation de l’école. Mais celle-ci eut une influence fatidique et des conséquences tragiques pour les deux héros du roman : Grand-père Siɓɓe et son  son petit-fils, Cousin Samba. Voici un extrait :

« Le pays fit appel à ce qui lui restait de ruse, ressortit les maigres ressources de sa résistance, le tout enrobé d’apparente soumission et de fausse passivité. Quand les soldats de Yala le sillonnèrent de nouveau, les enfants avaient disparu comme par enchantement. Certains étaient déclarés morts, d’autres partis pour un mystérieux voyage. La perspicacité en dénichait-elle un dans les greniers, au faîte des arbres ou dans les entrailles de la brousse que les parents s’interposaient, argumentaient laborieusement et orchestraient avec l’évidente complicité de leur progéniture toutes sortes de situations tragi-comiques. On eût dit que l’enfance de Kolisoko se composait uniquement de fous, d’épileptiques, d’aveugles, de sourds-muets, de paralytiques, de bossus, de bègues, de crétins, cachant sous leur impotence de foudroyantes maladies contagieuses allant allègrement de la tuberculose à la maladie du sommeil.
A un argument ruiné succédait un autre. On falsifia souvent l’âge réel des enfants, opération providentiellement facilitée par l’absence bien connue d’état civil officiel. Pour les filles, quand étaient dévoilées les fausses grossesses, on invoquait des mariages aussi fantaisistes les uns que les autres. On feignit même d’en célébrer un à la barbe des soldats.
Rien de tout cela ne fléchissant la détermination du capitaine Rigaux et de ses sbires, on recourut aux inextricables sentiments et liens de parenté qui unissaient tout le monde à Kolisoko :
— Soldat, dis-tu ? Mais, tu n’es pas soldat. Tu es Bentè, le fils de Labbo, celui-là même qui est mon cousin du côté de son arrière-grand-mère maternelle. Tu n’enverras pas mon fils, je veux dire ton frère à cette galère dite lekkol. Prends donc cette poule, ce mouton, cette vache et n’oublie pas que j’ai des filles en âge de se marier… »

En sciences sociales, Denise Bouche demeure une autorité sur la question de l’école coloniale. Et ses recherches fouillées confirment largement la peinture littéraire de l’imposition de cette institution par Tierno Monenembo. Les livres de Denise incluent :

  • Les écoles françaises au Soudan à l’époque de la conquête. 1884-1900 (à paraître sur Semantic Africa)
  • L’enseignement dans les territoires français de l’Afrique occidentale de 1817 à 1920: Mission civilisatrice ou formation d’une élite?
  • Histoire de la colonisation française. 1815-1962
  • Les villages de liberté en Afrique noire française, 1887-1910

Ecole coloniale française

Paul Marty conclut :

« On préconisera au contraire — et très instamment — l’installation d’une école française dans le centre diakanké de Touba, et l’extension de celle de Labé qui a produit, en peu d’années, par la valeur de ses maîtres, comme par le choix de la clientèle scolaire, les plus brillants résultats. »

Paul Marty fit ses recherches auprès de Tierno Aliyyu BN à Labé en 1919. Yacine Diallo avait bouclé sa formation à la vénérable école de Kouroula à Labé cinq ans plus tôt. Son biographe, Boubacar Yacine Diallo, note qu’en 1914 le futur député fut admis à l’Ecole normale William Ponty de l’Ile Gorée, au large de Dakar. Il y vécut les années déterminantes de sa vie. Et contrairement aux esclaves embarqués pour les Amériques, Gorée ne fut pas un point de non-retour. Ce fut un point de départ, et le tremplin de sa brillante mais brève carrière d’enseignant-politicien-parlementaire.

Kouroula fut mon école aussi, et celle de milliers d’autres enfants de la région le long des décennies.

La medersa

Paul Marty évoque le projet — vite abandonné — de construction d’une Medersa au Fuuta-Jalon. Il écrit :

« Il a été question à plusieurs reprises, tant au Gouvernement de la Guinée que dans les sphères du Gouvernement général, de créer une Medersa dans le Fouta-Diallon. »

Deux lieux étaient en lice : Touba et Labé.  Selon Marty, les arguments en faveur de Touba cité étaient les suivants :

« D’un caractère placide, disaient-ils, les Diakanké de Touba ne nous ont jamais donné le moindre sujet de plainte. Leur mosquée, une des plus belles de l’Afrique Occidentale, est entourée des tombeaux des saints protecteurs qui attirent les pèlerinages. Les grandes bibliothèques, possédées par les notables, sont renommées en Guinée. Les relevés des catalogues témoignent d’un large éclectisme. Les talibés étrangers en quête d’une instruction supérieure, accourent nombreux entendre la parole des maîtres ; ceux-ci d’ailleurs, pendant la saison chaude, se déplacent pour la plupart et vont chez les grands chefs des pays voisins surveiller l’éducation des enfants. Au cours de ces déplacements, il est naturel qu’ils accroissent leur importance religieuse. L’affluence des étudiants donne à Touba une physionomie spéciale et, dans l’ardeur de leur conviction, les promoteurs de cette création comparaient Touba “à quelque montagne Sainte-Geneviève du Moyen Age avec sa rue du Beurre et ses carrefours”.… »

Marty continue :

« Les partisans de la création d’une Medersa guinéenne, que le choix de Touba ne satisfaisait pas, ont préconisé Labé. Le choix de Labé ne présente indéniablement aucune des objections précitées.
Labé, capitale du diiwal foula du même nom, a toujours joui d’une réputation intellectuelle et maraboutique considérable parmi les Fulɓe du Fouta-Diallon. Al-Hadj Omar, à la bannière tidiane de qui l’immense majorité des Foula est ralliée, a sanctifié Labé par un séjour de quelque durée et par son enseignement. Les plus illustres Karamoko du Fouta y sont nés, y ont étudié et y ont professé, y ont consacré des disciples, qui se sont répandus dans les autres diiwe, y sont morts en odeur de sainteté. On citera parmi ceux de la génération précédente : Alfa Oumar Rafiou Daara-Labe, Tierno Doura, Sombili, le groupement de Koula. Parmi ceux de la génération présente, le plus illustre entre eux : Tierno Aliou Bouba Ndiyan, son disciple éminent: Tierno Ibrahima Karamoko Dalen.
Dans le Labé, à Zawiya, subsiste le dernier groupement de l’antique voie sadialïa à laquelle, il y a un siècle, le Fouta fut fier d’appartenir. Et le siège de la confrérie est l’objet des visites et des pèlerinages des fidèles, dispersés un peu partout dans les misiide foula.… »

En guise de conclusion, la déclaration de Issa Ben Yacine confond des périodes et des institutions distinctes. Retenons en dernière analyse que l’école coranique du Fuuta-Jalon précéda de loin l’école des otages. Celle-ci, à son tour, ouvrit la voie à l’école coloniale. Et cette dernière coexista et/ou supplanta la médersa islamique et/ou franco-arabe.

Les titres de Denise Bouche sont mentionnés à titre indicatifs. En réalité, la bibliographie sur le thème de l’école coloniale est si vaste qu’elle prend une dimension encyclopédique. J’y reviendrai.

A suivre.

Tierno S. Bah

 

Mohamed Touré. Like father, like son?

Denise Cros-Touré and Mohamed Touré. April 24, 2018. Photo: Tarrant County Sheriff's Department
Denise Cros-Touré and Mohamed Touré. April 24, 2018. Photo: Tarrant County Sheriff’s Department

In a press release today  here in Washington, DC the Department of Justice announced that:

“Mohamed Toure, 57, and Denise Cros-Toure, 57, of Ft. Worth, Texas, appeared today in federal court in the Northern District of Texas on a criminal complaint charging them with forced labor.”

Historical and political overview

Mohamed is the only legitimate son of Ahmed Sékou Touré, Guinea’s first president.  Ms. Denise Cros-Touré is the daughter of the late Marcel Cros, who held high-level appointments in the administration and the government of Guinea’s first republic (1958-1984). Upon Sékou Touré’s death in Cleveland, Ohio, his all-powerful ruling Parti démocratique de Guinée (PDG) collapsed and split into  the family and companions factions. The first camp reflected family ties and kinship. The other branch adopted companionship to the late president as its cornerstone. Abandoned and reduced to hollow shells, both groups claimed the mantle of heirs to the defunct dictator. Marcel Cros —Denise’s father — headed the family-oriented bloc. Mr. Momo Bangoura still leads the cohort of “companions” of the PDG.

Artificial and divisive distinction

The above splinter of the PDG is reminiscent of the dissensions within Guinea-Bissau’s PAIGC in the early 1970. They resulted in the assassination of Amilcar Cabral. In both cases, light-skinned individuals or mulattoes were —  artificially — pit against dark skinned black leaders and members. …
In Guinea-Conakry, Marcel Cros belonged in the mulatto minority. When he died, Mohamed Touré became secretary general of the Parti démocratique de Guinea. That formation is, today, nothing but a pale, shadowy and shrunken version of the erstwhile formidable ruling machine. Mohamed won only 0.2% of the vote in the 2010 presidential election. And he did not qualify for running in the 2015 vote because he failed to meet the eligibility criteria.

Unintended consequences

Fast forward to today with the serious grievances leveled by the unnamed baby-sitter against Mohamed Touré and his wife Denise Cros. Although at a much personal level, and on a domestic scale, the scandal reads as a cruel repetition of history. It hearkens back to a sixty-year old political incident. Then, on August 25, 1958, in his capacity as president of the territorial government of French Guinea as well as secretary-general of the majority party (PDG), Sékou Touré told the visiting General Charles de Gaulle that:

« Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’oppulence dans l’esclavage. » (We prefer liberty in poverty to wealth in slavery”

It was a rhetorical and eloquent cliché ; it became a consequential bluster. And its  unintended and unforeseen consequences emerged soon after. Precisely, it triggered the — still unfolding and worsening — Guinean tragedy. That calamity is the mainstay of a strong and brilliant tradition of  intellectual denunciation and literary representation. An online sample of those articulate, meaningful and expressive works is accessible on webGuinée under the title Dictature et littérature. The great writer Maryse Condé is among the authors who endeavored to expose Sékou Touré’s tyranny.

Condé’s autobiography is titled La vie sans fards.

Sékou Touré’s catchy statement made him famous around the world. Especially following French Guinea’s overwhelmingly No vote whereby the territory rejected de Gaulle’s Constitution of the Fifth republic and its complementary Communauté Franco-Africaine. As a result, Guinea became a sovereign country on October 2, 1958.

L’éclatement de la Fédération du Mali (1960) : d’une Fédération rêvée au choc des réalités, mai 1960

Un combat pour l’unité de l’Afrique de l’Ouest. La Fédération du Mali (1959-1960)

However, the law of unintended consequences soon began to bear on the people of Guinea. And, faced with mounting popular dissatisfaction and growing illegitimacy, President Sékou Touré engaged in a conspiracy strategy to justify the repressive methods of his police-state.

Guinea: Estrangement Between the Leaders and the People

Sékou Touré’s rule of terror built on the so Permanent Plot… against his regime. He invented the conspiracies in order to instill fear and to mount cyclical purges.

As a result, freedom and prosperity vanished from Guinea. Poverty and oppression settled in.

The livelihood and well-being of the population plummeted. The economy tanked. And millions of peasants emigrated to near and distant countries
Human rights wise, the country’s best minds (teachers, lawyers, economists, engineers, doctors), talented entrepreneurs, trained military officers, etc. disappeared in successive plots denounced out of nowhere by the regime. Families were destroyed. Tens of thousands of political prisoners —Guineans and foreign nationals —were arrested, tortured, tried and sentenced in their absence. And executions at Camp Boiro continued unabated.

Documentary movie Allah Tantou

Total impunity

Sékou Touré’s successors, including the corrupt regime of the sitting president, Alpha Condé, have worsened the distress and the plight of the people of Guinea. The country’s leaders have behave worse than the French colonial rulers. Their patriotic discourse is vocal, loud. However, their policies and actions belie their speeches. For they behave not as humble servants, but as the masters of the populations. For example, since Mr. Condé’s second inauguration in 2015, the security forces have killed more than 94 peaceful marchers in Conakry alone.
In total impunity!
In 2012, corruption-buster and then national director of the Treasury, Ms. Aissatou Boiro, was shot at point blank. Criminality is rampant and the level of gang violence has increased.  In 2015, journalist Cherif Diallo was kidnapped. He disappeared and has not to be seen again. The same year car thieves robbed and killed Thierno Alioune Diaouné, National Coordinator for the UN Peacebuilding Fund and former Minister of Youth and Sports. Another journalist, Mohamed Koula Diallo, was murdered in 2016. In almost all these and many other cases, investigations lead to dead-ends and remain cold…
Meanwhile, using delaying tactics, the authorities keep dragging their feet for the trial of the indicted perpetrators of the September 28, 2009 massacre, carried out by the military and para-military forces of the junta led by Captain Moussa Dadis Camara.

Report of the United Nations International Commission of Inquiry mandated to establish the facts and circumstances of the events of 28 September 2009 in Guinea

Criminal mindset and behavior

Apparently, Mohamed Touré and his wife espouse the deviant, merciless, nasty and — allegedly criminal —mindset and behavior that sixty years of dictatorship has instilled in Guineans. Did the couple adopt and apply Sékou Touré’s oppressive, repressive and exploitative system to a member of their family? If so, then it’s like father (Sékou), like son (Mohamed).

Had they had shown a little compassion toward their illiterate, helpless, poor and young servant from rural Guinea, they would have spared themselves and their grown-up children the scandal and shame created by this federal judicial case.

Justice will prevail

If convicted, the couple faces a maximum of 20 years in federal prison. Meanwhile, they remain innocent until proven guilty by a jury of their peers.

Having caught up with Ms. and Mr. Touré, Justice will proceed in a impartial and professional way, and at a fair and steady pace. The same Justice continues to elude Guineans at home. But it will most likely prevail in court in the Northern District of Texas. Just as it did in the Southern District of New York, in the Mahmoud Thiam corruption and bribery case.

Tierno S. Bah

Guinée. Documents sur la dictature et la répression

“Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d'études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19
Philippe Decraene. “Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Les archives de la Revue française d’études politiques africaines contiennent de nombreux documents sur la répression du “Complot permanent” au Camp Boiro sous la dictature de Sékou Touré. Voici une sélection de trois articles :

  1. Claude Rivière
    1. Purges et complots au sein du Parti Démocratique de Guinée”. Revue française d’études politiques africaines. No. 95. 8è année, novembre 1973, pp. 31-45
    2. “Les partis politiques guinéens avant l’indépendance”.
      Revue française d’études politiques africaines. No. 107. 9è année, novembre 1974, pp. 61-82
  2. Philippe Decraene. “Guinée. La révolution en miettes”. Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Pour le moment j’ai choisi de publier deux de ces trois papiers. Dans le troisième, “Les partis politiques guinéens avant l’indépendance”, l’auteur rate partiellement son sujet, en mettant l’accent sur l’activité syndicale autant que sur celle politique. Par ailleurs, Claude Rivière fait plusieurs fois référence — et sans effort critique — à Guinée : Albanie d’Afrique ou néo-colonie américaine ?, le livre d’Alpha Condé paru en 1972. Or cet ouvrage est pamphlétaire, dogmatique, peu empirique et désorganisé. Par exemple, le titre du livre n’est pas mentionné une seule fois dans le corps du texte ! Autrement dit, Alpha Condé semble poser un postulat qu’il ne lui vient pas à l’idée de développer un tant soit peu par la suite ! Etrange et illogique.

Quant à l’article d’opinion de  Philippe Decraene, en voici le texte intégral.

Tierno S. Bah

“Guinée. La révolution en miettes”
Revue française d’études politiques africaines. No. 94. 9è année, octobre 1973, pp. 17-19

Si, en octobre 1958, la proclamation de l’indépendance de la Guinée fut célébrée dans l’enthousiasme par tous les éléments progressistes du continent africain, la commémoration du quinzième anniversaire de cet événement, considéré comme capital à l’époque, vient de passer pratiquement inaperçue. Il est vrai qu’après le cinglant et spectaculaire “non” du turbulent leader révolutionnaire guinéen, ancien commis des postes, promu chef d’Etat après une éclatante carrière syndicale, ce que l’on appelait alors avec quelque romantisme “l’expérience guinéenne” paraissait avoir valeur exemplaire pour l’ensemble tiers-monde africain.

Depuis quinze ans, la voie suivie par M. Sékou Touré l’a mené à l’échec et il est clair que « la révolution guinéenne » reste surtout marquée par des manifestations de verbalisme dénuées de toute portée pratique. Ni économiquement, ni politiquement, la République de Guinée n’a tenu aucune des riches promesses qu’elle portait en elle en 1958.

Autrefois exportatrice de denrées agricoles tropicales, la Guinée a pratiquement cessé d’occuper une place importante dans ce domaine. Les plantations de bananes notamment sont en grande partie retournées à la brousse après le départ des exploitants européens.

Présentée au moment de son accession à l’indépendance comme le territoire de l’ancienne fédération de l’Afrique occidentale française dont les ressources potentielles étaient les plus importantes, la Guinée n’a pas été en mesure de mettre en valeur son capital agricole et minier. La plupart des capitaux étrangers, inquiets de l’évolution d’un regime qui n’a cessé de multiplier des menaces à leur égard, se sont investis soit au Sénégal, soit en Côte d’Ivoire, zones réputées plus “sûres”. Seule la présence d’immenses gisements de bauxite dans le pays a permis à celui-ci, grâce à l’implantation à Fria d’un important secteur “capitaliste” de connaître une certaine expansion et de ne pas manquer de devises étrangères. Cet apport en dollars et en francs français est d’autant plus précieux pour M. Sékou Touré que le franc guinéen est non seulement inconvertible, mais encore à peu près dépourvu de tout pouvoir d’achat réel.

Politiquement, en dépit ·d’une répression impitoyable qui a d’abord frappé le Fouta-Djalon, fief du “oui” au référendum de 1958 et, en tant que tel, considéré comme rebelle au pouvoir central, puis n’a épargné aucune couche de la population, l’opposition refuse de courber la tête. Plus d’un million de ressortissants guinéens vivent en exil en Europe, en Amérique et dans les pays limitrophes du leur. Certains d’entre eux mènent, à partir de l’étranger, une action hostile à M. Sékou Touré, mais, divisés, dépourvus de moyens financiers importants, ils restent inefficaces.

Philippe Decraene simplifie l’histoire en présentant le Fuuta-Jalon comme le “fief du Oui”. La liste des résultats du scrutin montre 56 959 bulletins “oui” contre 1 130 292 “non”. Les circonscriptions fuutaniennes enregistrèrent le plus grand nombre de votes positifs, certes. Et Labé vint de loin en tête avec 27 440 “oui” contre 40 143 “non”. Sékou Touré s’appuya sur ces chiffres pour déclarer que Labé était la “gangrène” de son parti. Mais l’anti-colonialisme et le rejet de la constitution proposée par de Gaulle n’étaient pas des fins en soi. C’étaient des moyens, des voies vers d’autres objectifs, d’autres fins, notamment la liberté, l’union et la prospérité. La Guinée sous Sékou Touré échoua sur ces trois fronts. Et l’absurde le plus cruel — eu égard aux milliers de victimes du Camp Boiro — est que le leader guinéen constata sa défaite et ravala son orgueil en invitant Jacques Foccart, son ennemi juré, à Conakry. La reddition de Sékou Touré est formulée dans cette demande qu’il adressa le 25 juin 1983 à Jacques Foccart, qui la rapporte : “Vous savez, m’a-t-il dit, que je vais sans doute devenir président de l’OUA. J’ai besoin d’un conseiller qui connaisse bien les hommes et les choses de notre continent. Personne ne répond autant que vous à ce profil. Vous êtes disponible maintenant. Accepteriez-vous, je ne dis pas de vous installer à Conakry, mais de venir me voir périodiquement pour m’aider ?”— T.S. Bah

Dans le pays où le gouvernement annonça dès 1959 la découverte de conspirations, les purges sont permanentes et frappent fonctionnaires, officiers, cadres supérieurs, simples paysans, sans épargner les plus hauts dignitaires du régime, fussent-ils les plus proches collaborateurs du chef de l’Etat. Depuis plus de dix ans celui-ci vit dans une atmosphère de complot permanent, refusant de quitter son pays et dirigeant lui-même les opérations destinées à frapper la population et à décourager, notamment par des procès publics spectaculaires, ceux qui ne sont pas entièrement d’accord avec le chef de la « révolution guinéenne ». Au demeurant, l’homme qui dénonce toujours avec la même violence « le capitalisme international » et le « néocolonialisme » fait non seulement bon ménage avec les grandes compagnies minières étrangères, pourtant peu suspectes de « socialisme », mais également avec les Etats-Unis, dont l’action discrète et efficace, apporte au budget guinéen un relatif équilibre.

La nature des rapports entre Washington et Conakry s’explique en partie par les conditions de la rupture franco-guinéenne de 1958 et par les difficultés qui ont caractérisé les relations entre Conakry et Moscou en 1962.

Mise au ban des nations africaines par la France après septembre 1958, la Guinée a été privée brutalement de toute assistance technique par l’ancienne métropole et a dû recourir à ses seules ressources nationales en experts, techniciens et capitaux.

Erratum. Après sa création, la jeune république bénéficia de l’assistance solidaire de cadres accourus d’Afrique, de France et des Caraibes pour combler le vide créé par le départ brusque des techniciens et enseignants français. — T.S. Bah

En dépit de plusieurs tentatives de réconciliation, jamais le dialogue franco-guinéen n’a pu être réellement renoué. De leur côté, les Soviétiques, d’abord accueillis avec chaleur ont été écartés, après avoir été accusés d’ingérence dans les affaires internes guinéennes.

Enfin, aucun des pays limitrophes de la Guinée, exceptée la Sierra Leone, dont M. Sékou Touré a sauvé le régime en intervenant militairement en sa faveur il y a deux ans, ne parvient à maintenir des rapports réellement cordiaux avec les dirigeants guinéens. Contraint à un réel isolement diplomatique, en partie brisé par le petit cercle des amis « progressistes » de Mauritanie et de la République populaire du Congo, d’Algérie ou du Dahomey, le président de la République guinéenne ne cesse de vitupérer contre ses voisins que pour les attaquer avec plus de véhémence après de courtes trèves.

L’image de marque de la « révolution guinéenne » est définitivement altérée, mais ceci n’exclut pourtant pas une détente éventuelle dans les rapports avec la Guinée et les autres Etats d’Afrique occidentale. Cependant cette détente passe nécessairement par une normalisation des relations franco-guinéennes — normalisation dont on ne perçoit aucun signe sérieux dans l’immédiat.

Philippe Decraene

Une interview d’Amadou Hampâté Bâ

Le numéro 518 du 8 décembre 1970 de Jeune Afrique contient, aux pages 49-53, une interview d’Amadou Hampâté Bâ. A sa parution même le document a dû être accueilli avec intérêt. Quarante-huit ans plus tard, sa valeur s’est accrue. Au premier abord, l’entretien dégage des points centraux des  deux futurs volumes autobiographiques du  Maître du Pulaaku. Il s’agit d’Amkoullel. L’enfant peul. Mémoires (1991) et de Oui, mon commandant ! Mémoires (II) (1994). En effet, certains passages annoncent des chapitres entiers de ces livres. Il en est ainsi de sa double appartenance pullo maasinanke (fils de Hampâté Baa, petit-fils de Paate Pullo Jallo) et takruri (fils adoptif d’un Taal).…
Il y a ensuite son observation sur le legs de la colonisation, qu’il analyse comme “une chose blâmable, mais elle n’a pas été que cela.”
Il continue en déplorant le fossé qui sépare la masse africaine des dirigeants, qu’il qualifie, généreusement ou automatiquement, d’“intellectuels.” Il résume ses rappots avec Modibo Keita, Félix Houphouët-Boigny et Sékou Touré. Au sujet des deux premiers, Hampâté fournit  des anecdotes amusantes — mais, hélas, négativement prémonitoires (car il mourut en exil à Abidjan, loin de son Maasina natal). Ainsi, il déclare publiquement à un Modibo Keita en plein “révolution socialiste” : « Je ne suis pas votre camarade, je suis votre père. » Ensuite il cherche à colorer bienveillamment la politique répressive d’Houphouët, notamment contre les étudiants contestataires. Toutefois, l’incident cité fut en réalité un signe annonciateur de la fin agitée du régime du “Vieux”. Enfin, son opinion du président de la Guinée est lapidaire. “Sékou,” dit-il, “est très fougueux.”
D’autres sujets sérieux (parti unique, droits de l’homme, socialisme, capitalisme) font l’objet de réflexions concises, percutantes et toujours valables.…
Hampâté Bâ est pour moi un triple parent et père : d’abord patronymique (nous avons le même nom “clanique”), ensuite générationnel (il naquit trois ans seulement après Tierno Saidou Kompanya, mon propre père), enfin spirituel (il inspire et guide mes recherches sur la Civilisation Fulɓe-halpular). Il termine l’entretien en réaffirmant sa mission de promotion de la culture africaine. Sa contribution gigantesque poussa un admirateur, l’Ivoirien Were-were Liking, à lui décerner le titre de “pape de la tradition orale africaine.”

A jaarama Mawɗo Laawol Pulaaku! Yo Geno lollin Jaahu!
Repose en paix !

Tierno S. Bah

Jeune Afrique fait parler Amadou Hampâté Bâ

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Introduction
Interview

Introduction

Co-fondateur de la Société africaine de culture, ancien agent de l’IFAN (Institut français d’Afrique noire), ancien ambassadeur, ex-directeur de l’Institut des sciences humaines de Bamako, ancien conférencier de la Fraternité musulmane de Dakar, membre de l’Association des africanistes, chercheur infatigable, le Malien Hampâté Bâ a aussi été, pendant huit ans, membre du Conseil exécutif de l’Unesco, au sein duquel il a battu tous les records de durée. Et s’ il n’a pas été réélu par la XVIe conférence générale ( J.A. No 517), c’est que les statuts de l’Unesco ne le permettaient pas. Paul Bernetel a interviewé ce grand Africain qui, à soixante-dix ans, a décidé de se consacrer à la transcription des traditions orales recueillies et sauvées au cours de sa longue carrière.

Amadou Hampâté Bâ est un sage dans l’acception philosophique et antique du terme, c’est-à-dire l’homme ouvert à toutes les activités de l’esprit humain, maîtrisant le savoir relatif à l’histoire, la philosophie, la religion, la linguistique, l’ethnologie, la géomancie, la magie… bref, la connaissance de l’homme, de la nature et de leur interaction.

Témoin par filiation de la civilisation, de la culture africaines traditionnelles où toutes les connaissances s’interpénétraient pour constituer un fait total et global, Hampâté Bâ est, en tant que fils spirituel du maître Tierno Bokar, l’un des rares savants traditionalistes à pouvoir interpréter et évaluer tous les textes recueillis « sous la dictée d’autres auteurs traditionnels avant de les livrer, sous forme de publications, à l’attention et à l’appréciation de tous ceux qui — dans le monde — s’intéressent à la pensée, à l’histoire et à la civilisation des peuples nigéro-soudanais »*. Mieux qu’un témoin, il est aujourd’hui l’un des rares hommes qui détiennent les clés du sanctuaire de la société traditionnelle dans sa logique, son mécanisme et les multiples et complexes fonctions qu’elle attribue aux faits socio-religieux ou mythiques.
Imprégné de la tradition telle qu’elle est conservée dans les régions les p:us repliées, en marge de la colonisation, et à l’abri de l’acculturation, Hampaté Ba est une mémoire, un monument vivant du passé. Il est de ces traditionalistes dont la « connaissance consignée dans la mémoire » est indispensable pour l’interprétation des documents manuscrits. Parlant les langues des anciens empires, telles que l’arabe, le bambara, le peul, le moré (langue des Mossis), le sonraï (Mali-Niger), il a pu s’entretenir avec tous les auteurs traditionnels du continent. Ce qui lui a valu de constituer des archives dont la valeur est inestimable et que lui envieraient des musées… et même des Etats. La maîtrise d’une langue internationale, en l’occurrence le français, 1ui donne un rôle privilégié pour la transmission de ce patrimoine.

Hampâté Bâ est, avec Boubou Hama, Mamby Sidibé, Oumar Bâ, le véritable symbole de l’ancestralité africain. Il connaît dans leurs infimes détails les grandes oeuvres traditionnelles dans leur substance la plus drue, telle « l’initiation de la grande étoile rayonnante » de la société peule, les classiques de l’Afrique précoloniale, les épopées, les textes initiatiques, les légendes les plus fermées, les contes de cour préparant au pouvoir, les chroniques historiques, les institutions politiques, économiques et sociales …

A la fois monument par les périodes historiques dont il porte témoignage et document par la dimension de son érudition, Hampâté Bâ a su, en redonnant vie à l’oralité, réhabiliter aux yeux de la science moderne les civilisations à tradition orale.

Homme de culture dans le sens classique du terme, le principal souci de sa vie est non pas la sauvegarde, mais — comme il le dit lui-même — le « sauvetage » des traditions orales. Ce but, il le poursuivra avec une fidélité étonnante. Appuyé sur une canne, de boubou blanc vêtu, corps frêle protégé et conservé par les « dieux-terre » de la tradition, il va parcourir toutes les grandes cités du monde, exhortant les humanistes illustres et hommes de culture contemporains à apporter leur sollicitude aux valeurs en voie de disparition de l’ancien monde qui a enfanté le nouveau.

Tous ses auditoires internationaux, ceux de l’Unesco par exemple, seront fascinés par cette mince silhouette, qui semble être le passé lui-même resurgi dans le tumulte et la discordance du monde actuel. Dans la voix et le visage d’enfant de ce vieillard, que le temps ne paraît pas devoir toucher, perce l’ultime cri d’un monde qui s’effondre, condamné. Hampâté Bâ est une des dernières étincelles d’un monde qui s’anéantit ; ainsi qu’il le dit lui-même, « tout vieillard qui meurt est une bibliothèque qui se consume ».

Doit-on rester sur le sentiment d’angoisse de ce naufrage, sur ce cri d’alarme des vestiges de la tradition ? Le lien puissant qui cimentera et revivifiera une Afrique nouvelle se fera avec des hommes nouveaux pour qui le combat ne sera pas seulement culturel, mais politique et économique. C’est ici qu’il y a rupture entre le courant de pensée qu’il représente et la nouvelle génération africaine qui, tout en lui vouant tout le respect et l’admiration qu’elle lui doit pour ses travaux et ses connaissances, se dissocie de la primauté exclusive qu’il donne à la conservation de la culture.

Jean-Pierre N’Diaye

Interview

Jeune Afrique. Quel a été votre itinéraire philosophique et intellectuel ?
Hampâté Bâ. Je suis né en 1899 à Bandiagara (Mali), dans une famille musulmane. J’ai eu neuf frères et soeurs. Mon père, Hampâté, était l’intendant de l’empire des Toucouleurs du Maasina, dont Bandiagara était la capitale. Il a laissé une certaine fortune à sa mort, dont ma mère a hérité. Mon père biologique, Hampaté, est décédé quand je n’avais que trois ans. Ma mère, Kadija, s’est remariée. C’était une famille très traditionaliste. Mes parents ont joué un rôle de chef de province dans le pays. Cela m’a mis très tôt en contact avec des conteurs …

Jeune Afrique. Quel est votre premier souvenir des Européens?
Hampâté Bâ. Un jour, le commandant de cercle devait venir procéder à un recensement général. Baba avait dit : « Le chef blanc va compter les hommes et les bêtes. Il ne faudra pas que les enfants sortent. » On nous avait relégués dans l’arrière-cour. Mais moi, j’avais une servante (une « captive-mère », comme nous disons, car il est de tradition, lorsqu’un garçon naît, qu’on le confie à une servante. Elle l’élève et, quand l’enfant atteint sa majorité, il la libère). Ma mère servante s’appelait Nieylé. Elle était très bonne pour moi, elle me permettait tout. Ce jour-là, elle me dit pourtant : « Tu ne verras pas le Blanc. Baba a dit non. » Mais je lui ai dit : « Tu feras un grand paravent avec ton boubou. Je me ferai tout petit et je soulèverai un peu l’étoffe pour le voir. »
On nous avait dit que le Blanc était du feu, une braise, et je voulais vraiment voir comment un homme peut être une braise. Quand il est entré, ce qui m’a frappé, c’est son casque colonial et son crayon qu’il trempait dans sa bouche. Je me dis que ce devait être son encrier. J’étais sûr qu’il avait son encrier dàns sa bouche. Puis je me suis approché tout doucement et je l’ai touché, mais il ne m’a pas brûlé, et cela m’a beaucoup surpris. C’était en 1905-1906. A cette époque, je ne parlais pas le français. J’avais l’impression que les Blancs parlaient comme des oiseaux. Puis, vers 1912, on réquisitionnait les animaux pour alimenter l’armée et les fonctionnaires. On recrutait des travailleurs, des soldats et des écoliers.
L’école où nous étions contraints de nous rendre s’appelait l’ « école des otages ». On y mettait les enfants pour que les parents se tiennent tranquilles. Mais ce n’était pas un honneur d’aller dans cette école. C’était être renégat, cesser d’être africain ; alors, on s’arrangeait pour y envoyer les enfants de ses ennemis. C’est comme cela que j’y allai. C’est dans cette école que j’ai appris le français.

Jeune Afrique. Comment cette langue française, cette culture se sont-elles mêlées à la culture africaine, traditionnelle, familiale, tribale, qui était la vôtre?
Hampâté Bâ. Je ne peux pas en expliquer le mécanisme, mais les choses se sont superposées. J’ai appris le français comme j’ai appris le Coran, comme j’ai appris tous les rituels de l’Islam.

Jeune Afrique. Et maintenant, que représente le français pour vous ?
Hampâté Bâ. La langue française me permet de regarder à l’extérieur. C’est une langue de communication internationale, c’est tout. Je ne suis jamais arrivé à penser en français : je pense en peul et je traduis.

Jeune Afrique. Un événement vous a beaucoup rapproché de la culture française : votre rencontre avec le professeur Monod.
Hampâté Bâ. Quand je l’ai rencontré, j’avais déjà quarante-neuf ans, vers 1950. La même année, j’ai pu obtenir une bourse de l’Unesco.

Jeune Afrique. Quel a été votre premier voyage en dehors de votre pays ?
Hampâté Bâ. Paris. A cause de la bourse. J’étais l’ami de Théodore Monod et je lui dois beaucoup. J’étais considéré à cette époque comme anti-français. Fonctionnaire modèle, mais politiquement anti-français parce que je défendais toujours nos traditions. Monod a eu le courage de prendre ma défense à un moment où même les miens avaient peur. Il était à l’époque directeur de l’Institut français d’Afrique noire, et j’étais secrétaire d’administration. Pour obtenir cette bourse extraordinaire, attribuée à un homme de plus de quarante ans, il fallait avoir été élevé dans la tradition africaine, mais posséder parfaitement la langue française. Nous étions trois ou quatre à remplir ces conditions et Monod m’a choisi. L’administration, elle, n’était pas d’avis de me laisser partir. Tout ce qu’on a trouvé, c’est de dire que j’avais une dépression nerveuse. On a télégraphié à Monod pour lui dire que je ne pouvais pas venir. Fort heureusement, j’ai eu affaire à un psychiatre qui a certifié que, si tous les aliénés avaient ma constitution, les psychiatres seraient chômeurs. Et je suis parti. On m’a coupé ma solde coloniale en disant que j’avais déserté mon poste, et j’ai payé de ma poche le voyage Bamako-Dakar.
A Dakar. j’ai pris un avion pour Paris. Quand on nous a dit : « Vous êtes au-dessus de la France ». j’ai été étonné de voir ces îlots de feu un peu partout, mais, au-dessus de Paris, il m’a semblé que l’avion était renversé et que le ciel était en bas. Je n’avais jamais vu tant de lumières à la fois. Quand on a ouvert la porte de l’avion, j’ai reçu un coup de froid, comme un coup de lance. J’ai pensé qu’on m’avait jeté un mauvais sort. Puis je me suis demandé comment j’allais bien faire pour trouver l’Unesco, avenue Kléber. Je suis entré dans le hall et j’ai entendu : « Hampâté Bâ est prié de se présenter au troisième guichet. » C’était extraordinaire. Je me disais : comment, mais comment me connaissent-ils ? Je vais au troisième guichet, je trouve un chauffeur de taxi envoyé par le directeur de l’Unesco. On m’avait retenu une chambre à l’hôtel du Bois, rue Lauriston. Nous traversons tout Paris et j’arrive. Tout est prêt. Un garçon me met dans une chambre et il la ferme. Dès qu’il est parti, j’ouvre. Il revient et la referme. Je me dis : « Qu’est-ce qu’il a à me boucler ? » Il me dit qu’il ne faut pas que je laisse ma porte ouverte, qu’un malfaiteur peut venir … Je ne comprends pas, parce que, chez moi, un Européen est au-dessus de tout soupçon. Les coloniaux ne volent pas, ne mentent pas, ne sont même pas malades ! Mais je ne peux pas supporter la porte fermée. Chez nous, on ne ferme jamais les portes.

Jeune Afrique. Etes-vous resté longtemps à l’occasion de ce premier séjour?
Hampâté Bâ. Un an. Quand je suis allé à l’Unesco, j’ai pensé qu’on allait me donner un programme. Je me suis présenté au directeur qui m’a dit : « Vous êtes à Paris, faites ce que vous voulez. » On m’a laissé dans la nature, mais on me faisait suivre pour voir où j’entrais, où j’allais, ce que je faisais, ce qui m’intéressait. Cela a duré au moins six mois. Je suis allé à l’Ecole des langues orientales, à la Sorbonne, au musée de l’Homme, dans des bibliothèques. Je me suis occupé de questions culturelles.

Jeune Afrique. Parmi les chefs d’Etat africains actuellement au pouvoir, quels sont ceux que vous avez connus plus particulièrement?
Hampâté Bâ. A part ceux de l’Afrique équatoriale et de l’Afrique orientale, je les connais tous.

Jeune Afrique. Est-ce qu’il vous arrive de servir de « monsieur-bons-offices » dans des cas délicats ?
Hampâté Bâ. Chaque fois que je peux le faire. Mais je n’entreprends une mission que si je suis sûr d’aboutir. Ma dernière intervention a consisté à demander à tous les chefs d’Etat d’Afrique occidentale d’harmoniser la transcription phonétique des langues principales d’Afrique

Jeune Afrique. Quand il y a des différends entre pays — de grandes affaires comme le Nigeria —, estimez-vous pouvoir intervenir?
Hampâté Bâ. Je n’ai pas les relations nécessaires.

Jeune Afrique. Entre la Côte-d’Ivoire et la Guinée, par exemple …
Hampâté Bâ. Oui, oui. Mais Sékou est très fougueux

Jeune Afrique. Vous sentez-vous plutôt Malien ou plutôt africain ?
Hampâté Bâ. D’abord Malien. Intérieurement, vraiment, je ne me sens d’aucun pays.

Jeune Afrique. Que représente pour vous l’idée d’unité africaine ?
Hampâté Bâ. C’est une idée qui m’enchante, mais est-ce qu’il est possible d’envisager une unité pour ce continent aussi grand et aussi divers ? Je me demande si la nature elle-même n’a pas horreur de l’unité. Il faut qu’il y ait une unité dans la diversité. Il y a une foule de choses que nous avons en commun. Il y a même beaucoup d’unité entre l’Afrique du Nord et l’autre. On y retrouve le même sentiment de la famille, le même respect pour les personnes âgées …

Jeune Afrique. Vous avez beaucoup d’amis. Avez-vous des ennemis?
Hampâté Bâ. Je ne m’en connais pas. Je connais des gens qui me critiquent, mais ce ne sont pas des ennemis.

Jeune Afrique. Avez-vous trouvé quelque chose de valable dans la colonisation?
Hampâté Bâ. Formidable. J’ai vu des administrateurs extraordinaires, qui, d’ailleurs, ont compromis leur carrière à cause de cela. C’est pourquoi je dis aux jeunes gens : la colonisation a été une chose blâmable, mais elle n’a pas été que cela. Elle a eu un côté positif. Or, si vous réclamez la justice, il faut que vous soyez justes vous-mêmes, il ne faut pas confondre un ingénieur ou un médecin qui a lutté contre la lèpre, par exemple, avec un commandant qui a administré des punitions à tort et à travers.

Jeune Afrique. Que pensez-vous des tâtonnements de la période postcoloniale?
Hampâté Bâ. Je les attribue au fait que l’Afrique indépendante a eu, comme législateurs et dirigeants, des hommes formés par l’école européenne. Administrativement parlant, on ne peut pas rendre ce qu’on n’a pas ingurgité. Le pays a absorbé sans assimiler. Le fossé est toujours le même entre la masse africaine et la poignée d’intellectuels qui la dirige. Mais la masse est confiante. Ce qu’il faudrait, c’est que les hommes de ma génération acceptent les jeunes, qu’ils se souviennent qu’ils ont été jeunes, qu’ils sachent rester jeunes. Ce n’est pas facile.

Jeune Afrique. Ne pensez-vous pas que l’influence de la psychologie moderne, des nouvelles formes d’éducation ne peut manquer de remettre en cause certaines traditions?
Hampâté Bâ. Toutes les traditions ne sont pas à conserver. Il y a des choses qui doivent être dépassées, qui sont dépas· sées. Le droit, par exemple, pour un chef de famille. de disposer de ses femmes et de ses enfants comme il veut. Beaucoup de vieux ne comprennent pas cela, il ne faut pas les heurter, il faut avoir de la patience. Une chose qui est dans la tête d’un vieux est une chose appelée à mourir.

Jeune Afrique. Ne pensez-vous pas que la jeunesse secoue un peu trop le cocotier ?
Hampâté Bâ. Oui, un peu trop. Et même inconsciemment Les jeunes arrivent à se dépersonnaliser sans même s’en rendre compte. II faudrait conserver ce que les pays ont de spécifique, savoir ce que l’Afrique peut donner à l’Europe, puisqu’elle ne s’est pas trop détachée de l’homme. et ce que l’Europe peut donner à l’Afrique, puisqu’elle s’en est trop détachée.

Jeune Afrique. On constate qu’entre les jeunes, les étudiants et les chefs d’Etat africains un désaccord va en s’accentuant. Chacun va dans une voie : les uns sont réprimés, les autres répriment. On ne voit pas comment on peut, avec les chefs actuels et la jeunesse actuelle, faire une harmonie.
Hampâté Bâ. C’est très difficile parce que, d’un côté, le chef, quel qu’il soit, dès qu’il est assis sur le siège du commandement, n’a qu’une idée, c’est d’y rester le plus longtemps possible. Pour cela, tous les moyens lui semblent légaux. La jeunesse, etle, n’a pas toutes les données du problème. Je vais vous citer le cas d’un jeune Peul qui était un grand dirigeant syndicaliste, très virulent, qui a défendu ses idées avec route l’énergie et toute l’abnégation possibles. Le jour de l’indépendance, on en fait un ministre de la Fonction publique. Je dis : « On a eu tort. On aurait dû le nommer ministre du Travail. » Quelques mois plus tard, remaniement du cabinet. Le jeune homme est nommé ministre du Travail. Six mois après, je vais chez un mara·
bout. Le jeune homme aimait beaucoup écouter les marabouts Il avait un peu maigri. Je lui dis :
— Qu’est-ce qui ne va pas ?
Il me répond :
— Les ouvriers exagèrent. Ils demandent l’impossible. Je ne dors plus.
— Tu vois, lui dis-je, quand on est à côté du chauffeur, on a tendance à croire qu’on connaît mieux la route.
C’était un honnête homme, il est parti.

Jeune Afrique. Pensez-vous que le système du parti unique soit un bon système ?
Hampâté Bâ. Oui et non. C’est un bon système tant qu’il empêche les partis de se neutraliser dans l’action. S’il y avait deux partis au Mali, l’un d’eux trouverait toujours l’autre incompétent. Mais quand le parti unique devient un instrument entre les mains d’une poignée d’hommes, il peut être terrible.

Jeune Afrique. C’est presque toujours comme cela.
Hampâté Bâ. Oui. Pourtant, si le chef était assez raisonnable … Mais il est difficile de demander à un chef d’être raisonnable parce que, s’il était raisonnable, il serait ailleurs. C’est un problème.

Jeune Afrique. Pensez-vous que la peine de mort soit une bonne chose pour punir certains délits ?
Hampâté Bâ. Oui et non. Non, si un homme n’a tué qu’une fois. On peut tenter de le soigner. Mais s’il tue deux, trois, quatre fois, si Cêla devient une habitude … Nous avons eu le cas en Côte-d’Ivoire : un bonhomme a tué huit personnes … La prison, oui, c’est une bonne chose. Elle donne au type le temps de réfléchir. Mais pas une prison comme celle dans laquelle mon père a été jeté : il ne pouvait se tenir qu’assis, couché ou accroupi. A la fin, il était ankylosé.

Jeune Afrique. En Afrique, il y a beaucoup de gens en prison.
Hampâté Bâ. Hélas ! On dit que les hommes sont libres, ils s’expriment et on les met en prison …

Jeune Afrique. Pensez-vous que les mots socialisme, capitalisme, néo-capitalisme signifient quelque chose?
Hampâté Bâ. En eux-mêmes rien du tout. Pour moi, tout cela, c’est un vocabulaire appris à l’école. Je me demande même ce qu’on met dans ces mots. Lorsque j’étais ambassadeur au Mali, on avait réuni un jour tous les dirigeants. Moi, j’étais le doyen des ambassadeurs, et presque le doyen de l’assemblée. N’importe qui montait à la tribune : le camarade Modibo a dit cela, le camarade Untel a fait cela … Modibo s’est levé :
— Camarades…
Il a parlé, parlé. Quand il eut fini, on m’a dit de parler. J’ai dit :
— Vous faites une bêtise. A vingt-cinq ans de différence d’âge, on n’utilise pas les mêmes expressions. Moi, j’essaie de comprendre les vôtres, mais si vous me demandez de parler, vous permettrez que je parle mon langage.
J’ai dit à Modibo :
– Tu dis à tout le monde : camarade … Modibo, tu n’es le camarade de personne ici. Comme on dit chez nous : on peut être le frère du roi, le fils de sa mère, on n’est pas son camarade. En tout cas, moi, je ne suis pas votre camarade, je suis votre père.

Jeune Afrique. Dans ces conditions, le système qui consiste à donner à chaque pays un chef d’Etat, une assemblée, des ministres, vous paraît-il une bonne formule pour l’Afrique?
Hampâté Bâ. C’est une formule copiée. Je ne sais pas si elle est bonne ou mauvaise. On verra cela à l’usage.

Jeune Afrique. Et le projet de francophonie ?
Hampâté Bâ. C’est une grande idée. Si l’on n’y met pas un contexte politique. Il ne faut pas mettre les anglophones d’un côté et les francophones de l’autre. Il y a un côté positif dans la langue française. Aucune langue africaine n’aurait pu la remplacer. Ainsi, Houphouët et moi, qui sommes amis depuis trente ans, nous exprimons en français … Houphouët est vraiment un paysan. II est dans les champs à partir de neuf heures du matin, marchant d’arbre en arbre, et il connaît sa brousse comme son bistouri. Un jour, dans sa plantation, nous arrivons devant un caféier en fleur. Je regarde le caféier et je dis :
— Celui qui secouerait ce caféier maintenant…
Houphouët achève :
— … n’aurait pas de récolte.
Je n’ai plus pensé à ces mots. Et puis, un jour, Houphouët a eu maille à partir avec ses étudiants. Il en a mis quelques-uns en prison. Les juges voulaient absolument les envoyer devant les tribunaux pour les condamner. Houphouët a dit :
— Laissez-les en prison.
II a interdit qu’on leur rase les cheveux. De temps à autre, il les faisait venir dans son bureau, les menait devant une glace :
— Regardez comme vous êtes jolis.
Les juges étaient excédés. Ils voulaient hâter les choses. Houphouët m’a dit :
— Il faudrait que le Seigneur me vienne en aide pour me défendre contre ces juges. Ils veulent que je condamne ces jeunes gens et, moi, je les ai mis là pour qu’ils puissent réfléchir. Tu te rappelles ce que tu m’as dit un jour devant le caféier : qui secoue les fleurs de son caféier n’aura pas de récolte. Ces jeunes gens, ce sont les fleurs de la récolte.
Houphouët a un côté sympathique. Je dis toujours : je regrette beaucoup que l’homme ne soit pas mieux connu.

Jeune Afrique. Quelle est votre activité actuelle au sein de l’Unesco ?
Hampâté Bâ. Membre du conseil exécutif. Nous nous réunissons tous les six mois pour discuter des projets. Nous rejetons les uns, nous retenons les autres. Entre parenthèses, nous les retenons tous.

Jeune Afrique. Etes-vous essentiellement parisien ?
Hampâté Bâ. Pas du tout. Je viens en France deux fois par an, deux mois chaque fois.

Jeune Afrique. En dehors de cette activité ?
Hampâté Bâ. Je suis en train d’écrire mes mémoires.

Jeune Afrique. Et votre travail de recueil de traditions ?
Hampâté Bâ. Cela, c’est ma vie. Je continue. J’ai déjà écrit beaucoup de contes, d’anecdotes…

Interview réalisée par Paul Bernetel

La genèse du complot de Sékou Touré contre les Peuls

Président Ahmed Sékou Touré. Conakry, 1971.
Président Ahmed Sékou Touré. Conakry, 1971.

Je continue la re-publication des dossiers de Jeune Afrique. No. 813, 8 août 1976, sur le « complot peul ». De fait, la présente livraison remonte le fil du temps en nous renvoyant à la genèse de la conspiration ourdie par Sékou Touré pour assassiner Telli Diallo et peindre le Fuuta-Jalon de son haineux et hideux pinceau. A noter que certains faits évoqués dans le document sont erronés. Je les relève et les commente de façon contextuelle. De même, j’apporte les corrections requises à quelques maladroites erreurs de noms propres. Ce dossier comporte deux volets. Il y a d’abord les informations cruciales obtenues par Jeune Afrique, qui établissent que Sékou Touré, lui-même, inventa toute la machination, qu’il fit exécuter ensuite par ses tortionnaires. Et, selon la version probable présentée ici, les membres du Bureau politique, par la voix de  NFamara Keita, le mirent en garde contre le lancement d’une nouvelle purge, qui serait exploitée par les adversaires du régime. Le Responsable suprême passa outre leur avis et déclencha son complot contre les Peuls, qu’il ruminait, selon ses propres déclarations, depuis 1959. C’est un adolescent de 14 ans, Lamarana Diallo, qui fut utilisé comme agneau sacrificatoire pour obtenir la tête de Telli Diallo. Il fut accusé de tentative d’attentat sur la personne du président. Le revolver qu’il détenait lui aurait été remis par l’ancien secrétaire général de l’OUA, qui détenait alors le portefeuille de ministre de la Justice, Garde des Sceaux ! Selon certaines sources, Lamarana fut d’abord “choyé” au Camp Boiro, avant d’y être fouetté à mort par la suite.
Le second volet consiste en une revue critique de Prison d’Afrique, le premier livre-témoignage sur le Camp Boiro, rédigé par Jean-Paul Alata après sa libération en 1976. Comme la plupart des observateurs à l’époque, Jeune Afrique s’étonne de la décision du gouvernement du président Giscard d’Estaing d’interdire la sortie du livre et de saisir le lot déjà en circulation. Hervé Hamon et Patrick Rotman décortiquent  cette politique hypocrite du deux poids, deux mesures dans L’affaire Alata.
Tierno S. Bah

Une conspiration venue à point nommé
Les aveux vus par un rescapé du Camp Boiro

Une conspiration venue à point nommé

Conakry, 5 juin 1976, M. Ahmed Sékou Touré, chef de l’Etat, préside un conseil des ministres. Les membres du gouvernement, convoqués inopinément, n’ont préparé aucun dossier. La séance-marathon durera plusieurs heures. Seul le président Sékou Touré y prendra la parole. Puis, rendez-vous est pris pour le lendemain.

Lamarana Diallo, 14 ans, prisonnier politique. Il disparut au Camp Boiro.
Lamarana Diallo, 14 ans, prisonnier politique. Il disparut au Camp Boiro.

Le chef de l’Etat reprend son exposé là où il l’avait interrompu la veille. Orateur intarissable, il garde encore le parole pendant plus de deux heures. Les ministres, qui suivent d’une oreille distraite ce long monologue sur les méfaits de l’impérialisme en Afrique et dans le monde, sont brusquement tirés de leur torpeur : « L’impérialisme a tenté une nouvelle fois de frapper la révolution guinéenne, déclare Sékou Touré. Le 13 mai, j’ai échappé à une tentative d’assassinat. » Il devait ce jour-là visiter l’Institut Polytechnique de Conakry, lorsqu’un garçon de quatorze, membre de la milice a essayé de le tuer. L’impérialisme, conclut Sékou Touré, n’a pas abandonné la partie. Il entretient des agents dans le pays.

Un silence géné accueille ces derniers mots du chef de l’Etat. Mais, pour la première fois depuis des années, les ministres se gardent de suggérer que l’on pourchasse cette « cinquième colonne » qui, tel Phénix, renaît sans cesse de ses cendres. Keita N’Yamar N’Famara ministre du domaine des échanges, va rompre le silence. Ce vieux compagnon de route de Sékou Touré, qui a fait partie de tous les gouvernements depuis 1956, membre influent du Bureau politique, est considéré comme le fidèle des fidèles. S’adressant au chef de l’Etat, il lui demande de réfléchir avant de l’adjurer de ne pas déclencher une nouvelle vague d’arrestations qui, dit-il, sera exploitée par les ennemis de la Guinée.

Keita N’Yamar N’Famara se souvient de la répression qui a suivi les évènements du 22 novembre 1970, quand une colonne d’exilés tenta de s’emparer du pouvoir par la force. Les autres membres du gouvernement approuvent leur collègue. Sékou Touré, impassible, écoute sans mot dire. Dans la soirée, Conakry se remplit de rumeurs. On dit que le Premier ministre Béavogui et son ministre du domaine des échanges ont été arrêtés. Il n’en est rien. Mais dès le lendemain, Sékou Touré, au cours d’un meeting populaire rend publiques les révélations qu’il a faites devant ses ministres.
Le milicien qui voulait l’assassiner, déclare-t-il, n’était qu’un instrument d’une vaste conspiration contre la Guinée montée en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Les présidents Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor sont personnellement mis en cause.

Depuis, Radio-Conakry a déclenché une violente guerre des ondes contre Dakar et Abidjan, apportant chaque jour des nouvelles sensationnelles sur cette invasion préparée par une véritable armée de mercenaires rassemblés dans le parc national sénégalais de Niokolo Koba, et dans la ville ivoirienne de Daloa. Elle annonce qu’un aérodrome militaire pouvant recevoir des bombardiers a été construit au coeur du parc et que les mercenaires comptent dans leurs rangs des officiers israéliens et allemands.
Pour prouver leur bonne foi, le Sénégal et la Côte d’Ivoire, indignés, invitent les diplomates accrédités à Dakar et à Abidjan et des représentants de l’OUA et de l’ONU à venir juger sur place. Rien n’y fait. La Voix de la révolution poursuit sa campagne. Elle diffuse les « aveux » enregistrés de « traîtres démasqués ». De nombreux hauts fonctionnaires, des officiers, des dirigeants de la milice et même le ministre de la Justice, M. Diallo Telli, ancien secrétaire général de l’OUA, sont arrêtés. Du fait de l’évolution de la politique extérieure guinéenne (JA No. 809), cette répression étonne. La réconciliation avec l’ennemi implacable d’hier — la France — et la disparition des troupes coloniales portugaises aux frontières n’ont donc pas dissipé à Conakry la peur d’une invastion étrangère.

Faut-il voir dans ces « révélations » un simple moyen de détourner le mécontentement populaire ? Il convient de constater en tout cas que les arrestatiions interviennent en un moment où le gouvernement connaît de graves difficultés économiques. La suppression du commerce privé et, surtout, la récente collectivisation du bétail ont fini par compromettre une situation économique déjà précaire. Et la Guinée doit faire appel à l’assistance des Etats-Unis pour son approvisionnement en produits de première nécessité.

Les aveux vus par un rescapé du Camp Boiro

Ils sont nombreux, à travers tout le continent africain, ceux qui ont passé plusieurs années en prison, sans jugement, pour des raisons politiques. Que l’un d’entre eux, de temps en temps, publie ses souvenirs, ce n’est, hélas ! pas un évènement. Dans ces conditions, que le gouvernement français saisisse illégalement un livre intitulé Prison d’Afrique qui ne met nullement en péril la paix civile, c’est surprenant.
Certes, il était gênant pour Paris de voir publier des faits mettant gravement en cause des hommes politiques d’un pays avec lequel la France cherche à renouer de fructueuses relations, certes, c’était d’autant plus embarassant qu’une des personnes impliquées represente son pays à Paris. Mais rien de tout cela n’est sans précédent ni ne suffit à expliquer la décision française. Pour la comprendre, il faut avoir lui le livre : ce n’est pas un simple recueil de souvenirs, ce n’est pas non plus une oeuvre de haine, ce n’est pas a vengeance d’un opposant ; c’est, à travers le récit pudique de scènes atroces, la froide analyse d’un système monstrueux d’élimination méthodique et par vagues successives des adversaires potentiels, d’un système stalinien perfectionné par une sorte de planification des « purges ». C’est un livre important.
Mais le titre, Prison d’Afrique, est mauvais. Disons tendancieux. Car cela ne se passe pas n’importe où en Afrique, cela se passe en Guinée. Jean Lacouture, dans sa préface, cite un grand nombre de pays africains où l’on emprisonne sans jugement, où l’on torture, où ont eu lieu des exécutions sommaires, parfois massives. Et il conclut, en présentant le récit : « Aussi bien qu’à Conakry, il pourrait avoir été vécu à N’Djaména ou à Kampala, ou ailleurs. » Ce n’est pas vrai. La plupart des faits relatés ont peut-être pris, un à un, leur pendant ailleurs sur le continent. L’ensemble, non. Et c’est cet ensemble qui est le sujet du livre ; c’est l’enchaînement des faits, la méthode implacable qui lui confèrent sa gravité. Et cela est spécifique.
Nulle part en Afrique ailleurs qu’en Guinée il n’existe un système aussi élaboré, un système contre lequel toute révolte individuelle est vaine, impossible, un système qui contraint les victimes non seulement à s’accuser elles-mêmes, mais à devenir les collaborateurs objectifs de leurs bourreaux. Et l’on verra, dans ce livre, Jean-Paul Alata, torturé, avili, recevoir de Sékou Touré un coup de téléphone et une lettre faisant appel à ses sentiments révolutionnaires et à son amitié pour l’inciter à cette collaboration avec ses tortionnaires !

La personnalité de l’auteur n’est pas indifférente. Ce n’était pas un personnage aimé à Conakry, ce Jean-Paul Alata. Français, né à Brazzaville, en 1924, en révolte contre son milieu d’origine, il était fonctionnaire de l’administration coloniale, mais militant syndicaliste. En 1957, il adhéra au Rassemblement démocratique africain, (RDA) section de Guinée, et devint un disciple de Sékou Touré après avoir été son adversaire politique au sein de la Démocratie socialiste de Guinée (DSG) de Barry Ibrahima dit Barry III. Tout naturellement, après l’indépendance en 1958, il se mit au service de la Guinée. Directeur général des Affaires économiques et financières auprès du président de la Reepublique, il devint un homme puissant et redouté, détesté même dans certains milieux. Considéré comme un renégat par les Blancs, comme un arriviste malintentionné par les Noirs, comme un concurrent déloyal par certains membres de l’entourage de Sékou Touré, il devint, selon son expression, un métis culturel. Il prit la nationalité guinénne, se fit musulman, épousa une Guinéenne, renonça avec ostentation au costume européen et ne porta plus que le boubou. Il donna à certains l’impression qu’il jouait de la confiance que lui portait le chef de l’Etat pour se faire craindre, faute de se faire aimer. Et quand il fut jeté, en janvier 1971, dans une cellule du Camp Boiro, il n’y eut pas grand monde, à Conakry, pour le plaindre.

C’est cet homme qui, en cinquante-quatre mois de détention et de tortures morales et physiques, va réfléchir sur lui-même, et sur le système dont il est devenu une victime après avoir été un serviteur. Au début, comme tous ceux qui sont passées par là, il ne comprend rien. Il s’était bien étonné, quelques fois lors de l’arrestation de tel ou tel sans que celui-là ait trahi le régime, mais il ne s’était pas arrêté longtemps à l’idée qu’il pût être innocent. Mais lui, Alata, il sait qu’il l’est ; alors pourquoi ? Pourquoi l’a-t-on arrêté ? Pourquoi le torture-t-on ? Pourquoi lui fait-on signer des aveux aussi invraisemblables qu’humiliants ?

Ce n’est que lorsque au terme d’une séance de tortures particulièrement insoutenable on lui fait mettre en cause des pesonnalités politiques… accuser des amis qu’il comprend soudains. Tout ce qui avait précédé, pendant plusieurs mois, était destiné à le mettre en condition, à le préparer pour cela. Et ceux qu’on l’oblige à désigner comme ses complices étaient ceux qui, dans un mois ou dans un an, seraient les victimes de la prochaine purge. Implacable, la machine tourne.

Et les victimes de la machine, du moins celles qui étaient assez importantes pour être utiles, en devenaient les auxiliaires. Alata était utilisé par « la commission » présidée par le ministre Ismael Touré, demi-frère du président, assisté de l’ambassadeur à Paris Seydou Keita, pour accélérer les aveux des « nouveaux » en leur expliquant ce qui les attendait et comment personne ne pouvait résister efficacement. Et le bourreau se confiait à la victime, démontant le mécanisme comme on le voit dans l’exemple que voici.

On avait arrêté un pur entre les purs, Diallo Alpha Taran. Dans un souci de logique, Jean-Paul Alata essayait de convaincre Ismael Touré que personne ne croirait que celui-là aussi était un agent secret de l’impérialisme. Et il suggérait, pour la vraisemblance, qu’il avait pu comploter par idéal gauchiste. « Je crois que vous avez très mal compris certains aspects de nos problèmes, expliqua le ministre. Il n’y a aucune impossibilité liée à des aspects matériels ou moraux de votre vie… Il ne peut y avoir de déviationnisme de gauche. C’est le parti qui mène la politique la plus progressiste, adaptée aux réalités du pays. Le comité révolutionnaire ne laissera pas s’accréditer la légende que certaines éliminations ont eu lieu parce que les coupables reprochaient aux dirigeants de trahir la Révolution. Tous les détenus ont trahi. Tous, vous avez trahi pour de l’argent, pas par idéal. »