La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique
Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique

Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno S. Bah

 Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35

Président Sékou Touré, 22 août 1976
Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976

Table des matières

Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits

Le marxisme-tribalisme

Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).

Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d'Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite - T.S. Bah)
Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)

Note. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes, “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
De 1947 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move. »…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à persécuter et à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry. Déjà en 1971, Sékou avait décapité et décimé les rangs de la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye.  D’abord formé par son père, Tierno Mamadou, Tierno Aliyyu eut ensuite pour maîtres Shayku Umaru Rafiyu et Tierno Abdourahmane Sombili Diallo. Ils lui transmirent tour à tour le wird tijaniyya.
En 1976 la haine de Sékou Touré décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Kadidiatou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.… Saifoulaye avait conclu à la faillite irrémédiable du régime qu’il avait tant contribué à ériger.
Le 28 août 1977, au lendemain de la marche des femmes révoltées, il fit ce constat en privé dans son bureau. C’était devant des parents visiteurs, deux professeurs à la Faculté des sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry, en l’occurrence Bailo Teliwel Diallo (économiste) et moi-même (linguiste). Amer et impuissant, il admit : « Le pouvoir avait été culbuté par la rue hier. Il était devenu vacant.… Ce n’est pas ce que le PDG avait promis au peuple ! »

Lire André Lewin “La marche des femmes du marché rappelle à Sékou Touré les dures réalités de la vie quotidienne des Guinéens.” – T.S. Bah

“Toute l’ethnie est coupable”

Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :

  • des étrangers
  • des suppôts du colonialisme
  • ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.

Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.

Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), devenue l'Union Africaine, au siège de l'organisation. Addis-Abeba, 1966
Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine, au siège de l’organisation. Addis-Abeba, 1966

De violents brassages de populations

L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.

L'aveu de Telli Diallo sous la torture
L’aveu de Telli Diallo sous la torture

Peuls, victimes et non agents du colonialisme

Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.

L’exil des Peuls

Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.

Extraits des discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré en août 1976

« Nous parlons de Révolution et nous faisons la Révolution. Mais il faut admettre et comprendre que tous les hommes et toutes les femmes habitant un pays ne constituent pas forcément le peuple de ce pays (…).
A la naissance du Parti démocratique de Guinée (PDG), le Fouta était menacé tragiquement, menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait réellement la population du Fouta, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu, alors, le critère de l’évolution.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié.
C’est également le Parti démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué la débauche dans le Fouta.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol, devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant un tribunal, l’on comptait au moins huit ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol. (…) »

Le navétanat

« Le navétanat, cette forme d’exode rural, a toujours été combattu par le Parti démocratique de Guinée ; mais sur ce point, il faut l’avouer, le Parti démocratique de Guinée a échoué. En effet, la première tentative de mettre définitivement fin au navétanat avait consisté, dès les premières heures de l’indépendance, à débloquer une somme de 100 millions de francs pour installer alors, dans la zone de Youkounkoun, Saréboïdo et Koundara, 10 000 travailleurs peuls. Nous avions alors mis à leur disposition des vêtements, des outils de travail, des denrées alimentaires et les semences pour toute la période agricole en leur disant : “Au lieu d’aller au Sénégal humilier la nation, voilà ce que le peuple de Guinée met gratuitement à votre disposition pour valoriser votre sol.”
Malgré cela, le navétanat n’a pas cessé pour autant et d’aucuns, bien au contraire, disaient : “Laissez ces gens, ce sont des maudits !” Nous avions alors répondu : “ Non ! On ne naît pas maudit. Aucun homme n’est maudit à sa naissance. Il faut continuer la lutte, connaître les causes déterminantes d’une telle attitude illogique et amener l’homme à un réflexe correspondant à sa dignité, à son progrès et au bonheur de son peuple. Cette lutte, le Parti démocratique de Guinée entend la mener jusqu’à la victoire totale. Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane peuls, c’est un devoir qui sera assumé ! »

Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux

« La situation particulière du Fouta pose donc des devoirs à la Révolution. Et ces devoirs, nous devons en être conscients. Mais qu’est-ce qui a desservi la prise de conscience générale des populations de la Moyenne-Guinée ? C’est l’attitude opportuniste de la plupart de ses cadres intellectuels ! (…)
Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peuls, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du Parti démocratique de Guinée. Et, très souvent, ceux qui venaient au parti étaient bannis de leur famille, isolés de leurs collègues originaires du Fouta, parce que considérés comme étant à la remorque des “étrangers”. L’étranger, c’était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée, tandis que l’on faisait très bon ménage avec le colonisateur. L’on s’acoquinait avec le colon blanc et l’on se prostituait avec lui.
L’on a inculqué au Peul l’idée qu’il n’est pas noir et certains vont jusqu’à la recherche de leur origine en Somalie, en Ethiopie ou ailleurs et refusent de vivre leur temps, leur espace et de comprendre leur peuple. Cet esprit raciste a eu une influence néfaste sur beaucoup d’intellectuels. Mais quelle en était la réalité ? C’est que, intellectuels qu’ils étaient, ils n’étaient pas avec les masses populaires, lesquelles étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils cherchaient plutôt, de manière opportuniste, à vivre en bons termes avec les chefs de village et de canton, avec le régime colonial et certains d’entre eux n’ont obtenu de grands diplômes qu’au prix de leur obséquiosité.
Pour nous, le nom ne fait pas l’homme. Et nous affirmons qu’est bien petit d’esprit celui qui veut que les valeurs de son père, de son grand-père lui soient reconnues. L’homme intelligent est celui qui sait qu’il n’y a de valeur, de réelle valeur, que celle engendrée par le mérite de l’homme. (…)
Quand un homme, comme le faisait le raciste intellectuel peul, se vante d’être intelligent, c’est qu’il est tout simplement bête. Quand un homme se vante d’être un cadre, c’est qu’il n’a jamais été un véritable cadre. Quand un homme se vante du grand nombre de sa famille ou de son ethnie, c’est qu’il manque alors la vraie qualité à ce groupe-là. Car, en effet, le nombre, pour avoir quelque valeur, doit être à la dimension de la valeur sociale. (…)
Nous disons donc que toutes les régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, ta force brutale ! »

“Un esprit raciste très néfaste”

Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour le déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux qui croient que les responsables du PDG ont peur n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais. Nous voulons, partout. croiser le fer avec eux ! (…)
Aujourd’hui, au lieu de les prévenir que demain leur donnera tort, nous leur indiquons qu’aujourd’hui même ils ont tort ! (…)
Le peuple suit l’attitude raciste de certains cadres qui, une fois à la tête d’une société, d’une entreprise, d’un service, ne recrutent que les seuls Peuls.
S’agit-il d’avancement ou de mutation, c’est la même couleur raciste qui détermine les attitudes. Quand il s’agit de mettre à la retraite, il suffit d’observer ; on trie sérieusement pour que ceux considérés comme parents puissent encore rester en service ; alors, on alignera le nom des autres qui doivent être mis à la retraite.
Et quand les cadres peuls sont nombreux dans un service, c’est tout de suite la paralysie totale. Nous le disons en vous donnant un exemple que vous connaissez bien parce que vous le vivez.
Si nous nous vantons d’avoir formé beaucoup d’ingénieurs des travaux publics, prenez la liste et vous verrez que ce sont nos frères Peuls qui sont les plus nombreux. Mais regardez, à Conakry même, quel est l’état des routes. Les choses sont claires !
Une tactique était adoptée par la plupart d’entre eux : sur le plan verbal, il faut être révolutionnaire au maximum, il faut faire les plus longs rapports, faire usage des propos les plus flatteurs, mais, dans l’action concrète, l’on reste assis et l’on sabote tout (…)
Certains professeurs Peuls, à l’heure de la Révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l’élève avant de donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peuls honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons, nous en avons les preuves. Et si vous les voulez, nous vous les fournirons à tout moment. Nous ne nous livrerons jamais à la démagogie, au mensonge, car si l’homme ne peut pas payer, Dieu, lui, paiera si nous ne disons pas la vérité ! Certains notent en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés. Pendant ce temps, l’on dit à ses parents peuls : “Venez à la maison !” Et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs vont jusqu’à refuser à des étudiants non-peuls le prêt de livres précieux pour les réserver aux seuls étudiants de leur race.
Ces pratiques sont connues et ont cours même à l’Institut polytechnique ; des étudiants sont venus nous en donner des preuves irréfutables. (…) »

“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”

« Comme nous l’avons dit, de longues années durant, la Guinée a subi la dictature raciste peule dans l’attribution de bourses d’enseignement supérieur à l’extérieur. Nous trouvions cela normal, pensant que c’étaient, malgré tout, des jeunes du pays qui, fussent-ils de la même famille, à l’heure de la Révolution auraient servi Je peuple avec dévouement. Mais nous constatons aujourd’hui le contraire. Notre regret est d’avoir tant laissé faire.
Et nous savons aussi que 360 anciens étudiants guinéens devenus médecins, pharmaciens, professeurs, comptables, électroniciens, administrateurs, ingénieurs, économistes, pilotes, etc., ont refusé de rejoindre la patrie. Ils sont en France, aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale, en Suisse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre et ne ces-sent de baver à longueur de journée sur le peuple de Guinée qui a financé leurs études. Ils entourent le régime de haine et méprisent le peuple de Guinée. Ils le calomnient à longueur de journée.
Et quand bien même le Français, l’Américain, l’Allemand, l’Ivoirien, le Zaïrois, le Sénégalais ou des citoyens d’autres pays essaient de dire la vérité sur la Guinée, ils les traitent de propagandistes de M. Sékou Touré, alléguant qu’eux seuls disent la vérité et ceux-là sont dans l’erreur. Lisez dans le journal Jeune Afrique les articles sous leur plume et vous verrez que, tous les jours, des mensonges ignominieux sont diffusés.
Aussi, nous vous posons la question : puisque, dans plusieurs familles peules, le pays a attribué des bourses à un, deux, trois, voire quatre de leurs enfants qui, au terme de leurs études, ont trahi la nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen, devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?

Réponse unanime de l’assistance : non !

Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peuls aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.

(Applaudissements enthousiastes et prolongés de rassistance.)

Alors, nous proclamons sans détour : racisme = racisme. Et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : “Lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps piétinez-le pour qu’il sache qu’il n’est pas seul !”
Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et jusqu’à la fin de l’Université, tous les camarades sont à égalité : peuls, soussous, malinkés, guerzés, kissiens, tomas, bassaris, koniaguis, etc. (…)

“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”

Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres peuples, les peuples d’Afrique, les peuples européens, les peuples américains, quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le colonialisme, parce que, se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. (…)
Or, intellectuels Peuls, relisez la conférence d’octobre 1975 à Labé ! D’entrée de jeu, nous avons déclaré que la trahison ne paie pas et avons ajouté : “Prenons en témoignage les vieilles générations de Labé et du Fouta. Tous ceux qui connaissent véritablement l’histoire de notre ville de Labé se rappelleront aussitôt la fin tragique qui a été celle d’Alpha Gassimou Diallo, cet homme honnête, instruit, d’attitude noble, honteusement trahi.”
Nous avons ·encore pris Labé en témoignage pour inviter ses habitants à faire l’inventaire des familles, de toutes les vieilles familles de Labé qui avaient trempé dans cette trahison. Ils constateront qu’elles sont toutes en train de s’éteindre, car Dieu paie toujours les traîtres avec ce qu’ils méritent. (…)
Et maintenant, nous posons la question : qui était le grand résistant dont on n’a jamais assez parlé, qui appartenait à la famille la plus représentative du patriotisme guinéen et peul, l’incarnation de la farouche volonté de liberté, de dignité et de progrès ?· Eb bien, c’était l’almamy Bokar Biro Barry de Timbo (Mamou) qui fut roi du Fouta. Les famille Sorya et Alphaya alternaient tous les deux ans au trône du Fouta. Le roi Bokar Biro Barry appartenait au clan Sorya et résidait à Timbo, capitale de la fédération du Fouta.
Ce fut lors de la grande bataille, désormais historique, de Porédaka (village natal de Diallo Telli) que l’almamy Bokar Biro fut victime de la défection traîtresse de la province de Labé, d’une part, et de l’action désorganisatrice d’une cinquième colonne intérieure constituée par des rivaux d’autre part. Ce fut cette cinquième colonne intérieure qui organisa la destruction de la poudrière de Porédaka. C’était un frère ennemi du clan Sorya, du nom de Sory Yillili, qui fut l’âme de cette trahison. Ainsi, l’almamy Bokar Biro Barry avait été trahi, ignoblement trahi. Et trahi encore au Fouta, par les Peuls, alors que ses alliances avec les Soussous, les Malinkés, les Djallonkés avaient été respectées par ces ethnies. Les familles peules avaient trahi l’almamy du Fouta et l’avaient livré ·à l’ennemi commun de l’Afrique, le colonialisme français.

“Les fils aussi félons que leurs pères”

La trahison, encore une fois, ne paie pas. Et ceux qui avaient trahi Alpha Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité si ceux-ci ne se confient pas au PDG, l’organisation révolutionnaire capable d’extirper de leur être, jusqu’à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d’une tare et d’un sceau indélébilos la personne et la. vie des individus. (…) Ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ont aussi trahi Alpha Yaya, et par trois fois ; vous le savez vous-mêmes. Le roi du Wassoulou, le roi de Boké, le roi de Macenta, eux, n’ont pas été trahis par les leurs. Pour les vaincre, eux, il y a eu seulement la supériorité des armes ile destruction utilisées par les colons. Mais, au Fouta, toutes les défaites de l’empire du Fouta relevèrent de la. trahison des Peuls à l’endroit de leur propre Etat. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous aurions été à l’aise si nous nous appelions Amadou Sékou Barry ou Amadou Sékou Diallo pour dire toute la vérité et nous faire comprendre par nos frères peuls. Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peul. (…)
Si, aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peuls ! Mais soyez sûrs que lorsque le peuple ivoirien, le peuple sénégalais accéderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peuls qui habitent Abidjan ou Dakar.

“Peuls, racistes forcenés sans patrie”

Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous ces gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères, débitées à longueur de journée à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du peuple guinéen.
Ils sont sans patrie, ces racistes Peuls forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des noirs. Ils sont encore et toujours à la recherche de leur patrie. Ils ne peuvent plus avoir de patrie parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. (…)
Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes.
Aussi faut·il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin non pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le oui pour signifier honteusement : “Nous voulons rester soumis au colonialisme !” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de oui. Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendence. Cela ne se fera plus jamais. Et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en main pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités. C’est la déclaration de guerre. Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien ! nous, nous sommes prêts ; quant à nous, nous sommes d’accord et nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale.

Nous allons donc passer à l’offensive et utiliser l’anne de la fermeté révolutionnaire et nous sommes convaincus que les cadres Peuls révolutionnaires, les cadres Peuls militants sincères, assumeront, au sein. du parti, leurs responsabilités pour détruire tous les peuls racistes afin que la Guinée vive enfin dans la paix. C’est pourquoi chaque cadre doit se définir, non pas par rapport à tous les militants, mais par rapport à la collectivité peule qui a été induite en erreur, ou alors se démettre et démissionner du parti-Etat. Chaque cadre du parti-Etat doit s’engager à détruire le racisme ou alors qu’il se dévoile comme un parfait raciste, ennemi du progrès guinéen. (…)

Nous répétons que si le Fouta n’a pas été libéré le 28 septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avions pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais pour que notre peuple vive en paix et poursuive sa Révolution.

“Pour que continue la Révolution”

Camarades, il faut donc être vjgilants : au niveau des pouvoirs révolutionnaires locaux (PRL), surveillez tous les comportements. Dons les services, sociétés, entreprises, restez attentifs. Tout le pouvoir est au peuple.
Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, vous avez le pouvoir, camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée.
Dans les PRL, c’est souvent à l’occasion des baptêmes, des mariages, des cérémonies coutumières qu’ils se regroupent pour se passer les mots d’ordre de destruction de la Révolution. Désormais, aucune manifestation de ce genre ne doit se faire, dans un PRL, que sous la présidence du maire ou d’un membre du bureau du PRL.
Un autre fait que vous avez dû observer et qui est à l’honneur de la femme Peule, c’est qu’elle épousera volontiers le Soussou, le Malinké, le Forestier, mais par contre rarement l’homme Peul épousera une Soussou, une Malinké, une Forestière ! Est-ce vrai ou faux ?

(Réponse unanime de l’assistance : c’est vrai !)

Cette attitude constitue-t-elle du racisme oui ou non ?

(Réponse unanime : oui, c’est du racisme !)

— Alors, camarades, faites confiance à la Révolution qui écrasera tous les racistes ! (…)
Nous ajoutons que vendredi prochain (27 août), dans Jes mosquées de chaque PRL, la Fatiha sera récitée collectivement pour maudire les racistes et les conduire à l’échec retentissant, pour maudire ceux qui les soutiennent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et dans le monde afin qu’ils aient toujours honte et que la Révolution guinéenne, au sein de la communauté progressiste, ne connaisse que le triomphe et la victoire.

Dr. I. Sow, psychiatre Pullo, analyse Kumen

Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d'hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l'au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l'Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d'une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l''archange des troupeaux. Photo <a href="http://www.webguinee.net/bbliotheque/histoire/arcin/1911/tdm.html">Arcin</a>, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.
Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton pastoral de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d’hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l’au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l’Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d’une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l”archange des troupeaux. Photo Arcin, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.

Dr. Ibrahima Sow épelle Koumen (en réalité Kumen) dans un article détaillé doublé d’une exégèse élaborée et originale, qu’il intitule “Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste”. Le document parut dans Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. Numéro 19, juillet 1979. La contribution de Dr. Sow est basée sur Koumen, Texte initiatique des Pasteurs Peuls, le chef-d’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ, rédigé en français en collaboration avec l’éminente ethnologue française, Germaine Dieterlen. Gardée secrète par ses détenteurs Fulɓe, la version originale Pular/Fulfulde a peut-être disparue à jamais avec la mort de Hampâté.

Il ne faut pas confondre ce spécialiste avec Prof. Alfâ Ibrâhîm Sow.

Pour un glossaire sur le Pulaaku cosmogonique et culturel on peut se référer à ma liste en appendice à Koumen.

Dr. Sow est l’auteur de deux autres textes dans la même revue:

  • “Le Listixaar est-il une pratique divinatoire ?”
  • “La littérature, la philosophie, l’art et le local”

Ma réédition complète de l’analyse de Kumen par Dr. Sow est accessible sur Semantic Africa. J’ai (a) composé la table des matières, (b) créé les hyperliens internes et externes (c) ajouté des illustrations, pertinentes comme les liens Web.
La réflexion de l’auteur porte sur la cosmogonie, la centralité du Bovin, la religion, le divin, le couple Kumen/Foroforondu, le pastoralisme, les corrélations avec les sociétés voisines (Wolof, Jola, etc.). Le document met en exergue la croyance monothéiste en  Geno, l’Etre Suprême, que les Fulɓe adoraient des millénaires avant l’arrivée de l’Islam. D’où l’interchangeabilité des noms sacrés Geno et Allah dans la littérature ajamiyya islamique, sous la plume des saints et érudits musulmans, sur toute l’aire culturelle du Pulaaku, de la Mauritanie au Cameroun. Par exemple, la treizième strophe (vers 16 et 17) de la sublime Introduction de Oogirde Malal, déclare :

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa
Nafataa han nimse e wullitagol! »

L’Eternel dira : « Plus jamais ! Cela ne sera point !
A présent inutiles les regrets et les plaintes !

Le nom de Geno est fréquent sous la plume de Tierno Muhammadu Samba Mombeya, Usman ɓii Foduyee, Sheku Amadu Bari, Moodi Adama, Cerno Bokar Salif Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan, Amadou Hampâté Bâ, etc.

Table des matières

  • Introduction
  • Symbolisme et vision du monde peul
  • L’Autre féminin de Koumen
  • Le paradoxe, dimension du symbole
  • Le grand jeu de la réalité
  • Aux origines premières du monde
  • Le lion est un voyant
  • Foroforondou
  • Koumen le Pasteur divin
  • Une façon originale d’habiter le monde

Ardue mais bonne lecture à la découverte du Pulaaku antique et ésotérique, ni banal ou vulgaire !

Tierno S. Bah

Are Fulɓe Disappearing? And Is Adlam Their Savior?

The answer to the questions in this blog’s title is flatly and emphatically No! First, Fulɓe are not about to disappear, because they are one Africa’s most distributed and populous nations. Second and consequently, the “new” Adlam alphabet cannot be their rescuer. Yet, entitled “The Alphabet That Will Save a People From Disappearing,” a paper published in The Atlantic Magazine presents Adlam as the would-be-savior of the Fulbe/Halpular Civilization. I could not disagree more and object stronger.

Kaveh Waddell, The Atlantic Magazine
Kaveh Waddell, The Atlantic Magazine

But I congratulate the Barry brothers for getting a write-up on Adlam in The Atlantic, a major US publication. Unfortunately, the author of the article, Kaveh Waddell, focuses on the digital technology aspects of Adlam (Unicode, Social media, computers, operating systems, mobile devices, etc.) And he does so at the expense of the history and culture of the Fulɓe (See also Fulɓe and Africa). Such a glaring omission defeats the very —and curious—idea of Adlam coming to save Fulɓe/Halpular populations from disappearing!

Before outlining some of the many points of contention, and for the sake of clarity, I should sum up my experience, which spans +40 years of teaching, research, and publishing on the Fulɓe and their  language. I majored in linguistics and African languages, and graduated from the Polytechnic Institute G. A. Nasser of Conakry, Social Sciences Department, Class of 1972 (Kwame Nkrumah). I then taught linguistics and Pular there for 10 years (1972-1982). And I concurrently chaired (from 1973 to 1978) the Pular Commission at Guinea’s Académie des Langues nationales. With my deputy —and esteemed elder—, the late Elhadj Mamadou Gangue, I did field research in the Fuuta-Jalon, inventorying dialects, meeting literati and artists, collecting data.… In 1978, President Sékou Touré sent an original visitor, Adam Bâ, to the Academy. A Pullo from Benin, Mr. Bâ wanted to offer his new Pular alphabet. In addition to the letters, he also had invented a new vocabulary for greetings, leave-takings, titles, ranking, trade, etc. In a nutshell, he was—seriously—asking us to learn a new version of our mother tongue! After listening to his pitch and debating the worthiness of his proposal, we filed back an inadmissibility (fin de non-recevoir) report to the authority.
In 1982 I won a competitive Fulbright-Hayes fellowship and came to the University of Texas at Austin as a Visiting Scholar. My selection rested mainly on my sociolinguistics essay in which I laid out a blueprint for the study of esthetic discourse and verbal art performance in Fuuta-Jalon. I focused on three communities of speech-makers: the Nyamakala (popular troubadours), the caste of Awluɓe (or griots, i.e. court historians and royal counselors) and the Cernooɓe (Muslim scholars, masters of the ajami literature).

That said, here are some of my disagreements and objections from the article.

Students learn to read and write Adlam in a classroom in Sierra Leone (Courtesy of Ibrahima and Abdoulaye Barry)
Students learn to read and write Adlam in a classroom in Sierra Leone (Courtesy of Ibrahima and Abdoulaye Barry)
  1. The title of the paper vastly misrepresents the situation of the Fulbe/Halpular peoples. Indeed, those populations —who number in tens of millions— are in no danger of vanishing at all. Therefore, there is no ground for the journalist to claim that Adlam alphabet will rescue the Fulɓe from a hypothetical oblivion. After all, they are one of Africa’s most ancient and dynamic people. Again, to the best of my knowledge the Fulɓe/Halpular do not face an existential threat or the probability of extinction!
  2. The article refers to the Arabic alphabet 11 times. But it doesn’t say anything about the Pular/Fulfulde Ajamiyya traditional alphabet. Yet, the founders of that writing system achieved significant successes in spreading literacy and educating the faithful, from Mauritania and Fuuta-Tooro, on the Atlantic Coast, to Cameroon, in Central Africa, with Fuuta-Bundu, Fuuta-Jalon, Maasina, Sokoto, etc. in between. They developed an important literary corpus and left an impressive intellectual legacy. Some of the brilliant ajamiyya authors include Tierno Muhammadu Samba Mombeya (Fuuta-Jalon), Usmaan ɓii Fooduye (aka Uthman dan Fodio) founder of the Sokoto Empire, Sheyku Ahmadu Bari, founder of the Diina of Maasina, Amadou Hampâté Bâ, etc.

For a partial anthology see  La Femme. La Vache. La Foi. Ecrivains et Poètes du Fuuta-Jalon

3. Ajamyiyya had the backing of the ruling aristocracy in theocentric Fuuta-Jalon (1725-1897). Moreover, it conveys the dogmas, teachings and writings of Classical Arabic in a deeply religious society. That’s why individuals were motivated to write in their language. They acknowledged what Tierno Samba Mombeya famously summarized in the Hunorde (Introduction) of his landmark poem “Oogirde Malal” (circa 1785):

Sabu neddo ko haala mu'un newotoo Nde o fahminiree ko wi'aa to yial.

Miɗo jantora himmude haala pular I compose in the Pular language
Ka no newnane fahmu nanir jaɓugol. To let you understand and accept the Truth.
Sabu neɗɗo ko haala mu’un newotoo Because  the mother tongue helps one best
Nde o fahminiree ko wi’aa to ƴial. As they try to understand what is said in the Essence.

How has History rewarded Tierno Samba and the pantheon of ajamiyya scholars? Alfâ Ibrâhîm Sow has best captured their invaluable contribution. He wrote:

« If, one hundred-fifty years following its composition, the Lode of Eternal Bliss (Oogirde Malal) continues to move readers of our country, it’s chiefly because of the literacy vocation it bestows on Pular-Fulfulde, because of its balanced, sure and elegant versification, its healthy, erudite and subtle language, and the national will of cultural assertion that it embodies as well as the desire for linguistic autonomy and dignity that it expresses. »

4. “Why do Fulani people not have their own writing system?” M. Barry wondered. Actually, they do have it with Ajamiyya. By applying their curiosity and creativity they first reverse-engineered the Arabic alphabet by filling the gaps found the original Arabic graphic system. Then they took care of giving the letters descriptive and easy-to-remember Pular names. That didactic and mnemonic strategy facilitated the schooling of children.

5. Again, it is amazing that age 14 and 10 respectively, in 1990, Ibrahima and Abdoulaye Barry began to devise an alphabet. But it was a bit late for many reasons. I’ll mention only two:
Primo. Back in 1966  UNESCO organized a conference of Experts (linguists, teachers, researchers) for Africa’s major languages in Bamako (Mali). Pular/Fulfulde ranks in the top ten group of African idioms. The proceedings from the deliberations yielded, among similar results for other languages, the Standard Alphabet of Pular/Fulfulde. Ever since, that system has gained currency and is used the world around. It covers all aspects of the language’s phonology, including the following consonants, —which are typical and frequent, but not exclusive to Pular/Fulfulde:

  • ɓ,  example ɓiɓɓe (children), ɓiɗɗo (child)
  • ɗ, example ɗiɗo (two, for people), ɗiɗi (two for animals or objects)
  • ƴ, example ƴiiƴan (blood)
  • ŋ, example ŋeeŋeeru (violin)

The respective decimal Unicode equivalents for the above letters are:

  • &#595;
  • &#599;
  • &#436;
  • &#331;

All modern text editors and browsers are programmed to automatically convert those four codes into the aforementioned Pular/Fulfulde letters.

As a Drupal site builder and content architect, it happened that I filed last night an issue ticket on the Platform’s main website. In it I requested  that —just like in Drupal v. 7— Fulah (Pular/Fulfulde) be reinstated among the  options on the Language Regionalization menu. So far the latest version of Drupal (v. 8) does not include it.

Secundo. Launched as an experiment in 1969, the Internet was 21 years old when Adlam got started in 1990. Ever since, the Digital Revolution has moved to integrate Unicode, which today provides covers all the world’s languages.

6. In 1977, as linguistics faculty at the Social sciences department of the Polytechnic Institute of Conakry, I attended the event. The speaker was none but the late Souleymane Kanté, the inventor of N’Ko. But today —forty-years later— and despite all efforts, the Nko  is still struggling. It is far from delivering its initial promises of  renaissance of the Mande culture area.
President Alpha Condé’s electoral campaign promises to support the N’Ko have been apparently forgotten. And President Ibrahim Boubacar Keita of Mali doesn’t seem to even pay attention to the N’Ko. Is it because he prides himself of being a French literature expert?

Conclusion?

No! There is no end to any debate on language, literature, culture. An alphabet is not a gauge of cultural and linguistic development. Let’s not forget that both literacy (letters) and numeracy (numbers) are required for scientific research, administration, shopping, etc. Consequently,  the emphasis on creating new alphabets is, in my view, outmoded. It is sometimes more economical to just borrow from either near or far. Western Europe did just that with the Arabic numbering system. And in this 21st century, Unicode meets all —or most— written communication needs. Luckily, Pular/Fulfulde has been endowed with a Standard Alphabet since 1966. Let’s use it and let’s not try to reinvent the wheel.

Tierno S. Bah

Sékou Touré et Fodéba Kéita : un pacte imaginé

Fodeba Keita, Leopold Senghor, Sekou Toure et Lamine Gueye, recevant un diplomate, Conakry, 1961
Fodeba Keita, Leopold Senghor, Sekou Toure et Lamine Gueye, recevant un diplomate, Conakry, 1961

Ceci est le premier d’une série de quatre articles. Il découle d’un échange récent entre deux de mes correspondants sur Twitter. Voici la teneur de leur tweets :

— Question : @Axl7o “Avez-vous @tiernosbah entendu parler d’un “pacte de sang” entre Samory Touré & son griot Keita? (merci pour vos articles forts documentés).”
— Réponse : Autant pour moi @tiernosbah! Visiblement oui:  … (- “Fama! Je préfère mourir à la place de votre fils.”) @AlainBial.

« Samori Touré et son griot Keita ? »

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je relève l’expression erronée “Samory Touré et son griot Keita”. Samori eut de nombreux de griots. Mais il est probable qu’aucun deux ne porta le patronyme Keita, alias Mansaren.  L’organisation sociale traditionnelle du Mande comportait trois strates :

  • les nobles (horon) : les Keita (mansa du Mali), Bérété, Touré, Cissé, Diané, etc.
  • les personnes de castes (nyamakala) : Diabaté, Kouyaté, Condé, etc.
  • les serviteurs, esclaves (jon) :

Sur les castes mande lire, entre autres, (a) Samori. Une révolution dyula (b) L’Almami Samori Touré. Empereur. Récit historique

Les griots relevaient de la caste des nyamakala. Ibrahima Khalil Fofana indique qu’en leur sein les griots distinguaient entre les Jeli ou Jali (maîtres-griots) et les Fina (sous-griots). Cependant, au fil du temps, la classification tripartite ci-dessus s’est pliée et s’est adaptée aux besoins et aux circonstances. Ainsi, par exemple, Samori nomma des Jeli à la tête de certains gouvernements provinciaux de son empire. Toutefois, aucun d’eux ne s’appelait Keita… J’y reviendrai.

Fermant la parenthèse sur le nom des griots Mande, je tiens à signaler que la documentation de cet article repose sur les contributions de quatre auteurs indispensables pour étudier le l’expérience samorienne. Ce sont :

  1. Etienne-Marie Péroz
    • L’Empire de l’Almamy-Emir Samory, ou Empire du Ouassoulou, aperçu géographique et historique. Besançon, Dodivers, 1888
    • Au Soudan français, souvenirs de guerre et de mission. Paris : Calman-Lévy, 1889
    • Au Niger; récits de campagnes 1891-1892. Paris : Calman-Lévy, 1895
  2. Eugène Gouraud. Souvenir d’un Africain au Soudan. Editions Pierre Tisné. Paris. 1939.
  3. Yves Person
  4. Ibrahima Khalil Fofana. L’Almami Samori Touré. Empereur. Récit historique. Présence Africaine. Paris, Dakar :  1998
Marie-Étienne Péroz (1857-1910)
Marie-Étienne Péroz (1857-1910)

Après avoir combattu Samori Capitaine Péroz  fut envoyé pour négocier et signer avec lui le traité de Bissandougou en 1887. Cet officier-diplomate était un baroudeur-négociateur. Avec une candeur toute militaire, il fait des observations qui gardent leur actualité.

Lire les chapitre 1, chapitre 3, chapitre 8 et chapitre 9 de l’ouvrage de Péroz sur Samori dans la section Documents de BlogGuinée. Le livre complet sera publié sur webMande.

Capitaine Henri Gouraud (1867-1946)
Capitaine Henri Gouraud (1867-1946)

Capitaine Gouraud commanda la colonne volante qui captura l’Empereur Samori par surprise en 1898 à Guélémou (Côte d’Ivoire). Gouraud avait sous son commandement le lieutenant Henri Gaden, futur gouverneur de la Mauritanie et  l’un des successeurs de Faidherbe dans la recherche sur la civilisation fulɓe/haalpular.

Yves Person (1925-1982)
Yves Person (1925-1982)

Ancien commandant colonial du cercle de Beyla (jusqu’en 1958), et par la suite professeur d’histoire de l’Afrique à La Sorbonne, Yves Person a consacré des recherches minutieuses,  détaillées (3 tomes, 2377 pages), fructueuses et encyclopédiques sur Samori Touré et la civilisation mande.

Dernière source, et non la moindre, Ibrahima Khalil Fofana — ancien instituteur à Kérouané, disciple de Tierno Chaikou Baldé, recteur de l’Université G.A. Nasser de Conakry — s’appuya sur le témoignage des derniers sofas et officiers de Samori pour la rédaction de son livre, succint mais de grande valeur.

En 1998, une des filles de Ibrahima Khalil Fofana répondit à ma requête en m’envoyant gracieusement une photo de son père. J’ai malheureusement égaré le cliché. Je demande donc à nouveau que la famille Konaté veuille bien réexpédier une copie du portrait du défunt auteur et doyen.

Feu Lt-colonel Kaba 41 Camara invoque donc un “pacte de sang entre Samori Touré et son griot”dans son livre intitulé Dans la Guinée de Sekou Touré cela a bien eu lieu. Mon propos ici est de récuser et de réfuter l’entente suggérée par l’auteur. Mieux, poursuivant la recherche et la réflexion, j’explore les implications de son allégation dans trois articles prochains, intitulés respectivement :

  • “Samori Touré et Morifidian Diabaté : destin partagé”
  • “Camp Boiro. Traumatisme carcéral, mémoire et écriture”
  • “Fanon et Fodéba : géants de la pensée et de l’art africains”

Comme indiqué plus haut, le passage visé dans cet article ainsi que le texte entier du livre de Kaba 41 Camara sont accessibles à la bibliothèque du Camp Boiro Memorial.

Voici donc mes réfutations du fameux “pacte”.

Réfutations

Première réfutation

Kaba 41 Camara écrit :

“Ce pacte même est né d’une trahison, celle des Français par Samory.

Cette assertion renverse le déroulement de l’histoire coloniale. Elle accuse l’Africain vaincu. Elle disculpe l’Européen vainqueur. Elle passe sous silence la Traite des Noirs, et elle omet l’agression, la conquête militaire et le découpage artificiel du continent africain par les puissances coloniales à la fin du 19è siècle. Indéniablement, Samori fut aussi cruel que les autres despotes de son rang. Toutefois, s’il s’agit trahison, on ne devrait pas le blâmer et innocenter ses ennemis de guerre. Après tout, c’était lui l’envahi, destabilisé par des envahisseurs étrangers, des conquérants plus puissants, déterminés à imposer l’hégémonie impérialiste européenne sur l’Afrique, l’Amérique, les Caraïbes, et l’Asie.

Deuxième réfutation

C’était à Bissandougou. Un groupe de soldats français était venu traiter avec Samory. Le groupe pénétra dans Bissandougou ayant comme seule arme le drapeau blanc. Il était composé de soldats blancs et de tirailleurs sénégalais. L’empereur le reçut apparemment bien puis traita.

Kaba 41 ne mentione que le lieu (Bissandougou) et ne nomme que l’une des parties (Samory) au traité envisagé. Certes il indique “un groupe de soldats français”, mais la désignation est plutôt anodine, vague, pour ne pas dire banale. Enfin, il omet la date de l’évènement.
De fait, nous sommes en 1887. Et le “groupe” en question était, en réalité, la “Mission du Ouassoulou”, composée d’une centaine d’hommes armés. Elle avait été conçue et ordonnée par Paris, au plus haut niveau, par le ministre des Colonies. Sur le terrain, Colonel Gallieni, commandant supérieur du Soudan avec résidence à Saint-Louis du Sénégal, avait veillé aux derniers préparatifs de départ pour Bissandougou via Kayes et Kankan. Gallieni était un vieux routier de la conquête territoriale et des pourparlers avec les souverains ouest-africains. En chef averti, il savait allier la carotte au bâton, alterner entre la guerre et la diplomatie. Après plus de cinq ans d’affrontements sanglants et meurtriers, les autorités françaises décidèrent d’utiliser la dialogue pour amadouer l’Empereur Samori et le soumettre à leur suzeraineté. Ainsi, en 1886, Diaoulen-Karamoko, le 3e fils de l’almamy avait été l’invité officiel de la France.

Note. Au chapitre 1 de son livre Ibrahima Khalil Fofana  dresse la liste suivante des fils aînés de Samori:
– Managbè-Mamadi
– Massé-Mamadi
– Djaoulèn-Karamo
– Sarankén-Mori
– Massé-Mouctar
– Tiranké-Mori
– Ramata Touré
– Filassô-Mori

A Paris on l’avait choyé et exposé aux progrès de la technologie  française : industrie,  agriculture, transports, élevage, arts (martiaux et civils), etc. Les impressions que séjour créa sur le jeune prince furent  profondes. Au point qu’elles lui coûteront la vie. Capitaine Péroz fut l’un des hôtes et encadreurs de Diaoulen-Karamoko en France. Le chapitre 3 de Au Soudan. Souvenirs… fournit des détails abondants sur la composition de la mission et son périple en direction de Bissandougou. Je rapporte ici quelques aspects saillants.

Buts de la mission fixés par le ministre des Colonies
  • L’abandon à notre profit par l’almamy-émir Samory de la rive gauche du Niger jusqu’à Siguiri, et, à partir de ce point, de celle de son affluent le Bafing-Tankisso, jusqu’aux montagnes du Fouta-Djallon
  • La mise sous le protectorat de la France de tous les États de l’almamy émir Samory
  • Détourner les vues conquérantes de l’almamy du sultanat de Ségou de Ahmadou-Chaikou
  • Étendre nos relations commerciales dans son empire
  • L’amener à consentir à ce que nos cercles de l’Est puissent se ravitailler sur ses territoires en bestiaux et céréales
  • Enfin cette mission, qui prenait le nom de « Mission du Ouassoulou », devait s’appliquer à rapporter la plus grande quantité possible de renseignements scientifiques, géographiques et topographiques des régions entièrement inconnues qu’elle allait parcourir. »
Instructions supplémentaires du Colonel Gallieni au Capitaine Péroz

Au chapitre 3 Péroz écrit : « Le commandant supérieur, avant de me donner l’exeat (sic!) définitif, m’avait remis des instructions supplémentaires complétant les indications de la dépêche ministérielle relative à la mission du Ouassoulou. Ces instructions se terminent ainsi :

« En résumé, mon cher capitaine, vous ne perdrez pas de vue que du succès de votre mission dépend la sécurité de nos possessions dans le Haut-Niger et dans la vallée du Bakhoy.
Vous avez une influence personnelle considérable sur l’almamy émir Samory, sur son fils Karamoko et sur son entourage.
D’autre part, l’administration des colonies a mis à votre disposition des cadeaux et des moyens d’action importants. Je ne doute pas que vous ne répondiez à la confiance mise en vous et que vous ne rendiez à notre pays le nouveau service d’assurer d’une manière définitive et avantageuse nos relations avec l’almamy-émir. Je ne vous ai pas caché mes appréhensions au sujet de sa sincérité et des dangers, qu’à un moment donné, pourraient nous faire courir ses progrès vers le nord et l’ouest. C’est à vous à prévoir cette éventualité. Vous avez certainement une tâche délicate à remplir, surtout après les paroles imprudentes prononcées dans l’entrevue dernière devant le souverain du Ouassoulou. Mais, en agissant finement, sans brusquerie, j’estime que vous pourrez arriver progressivement à faire admettre à l’almamy Samory le nouvel ordre de choses.
En terminant, je vous répète, mon cher capitaine, que nous comptons absolument sur vous pour tout ce qui concerne nos relations avec l’almamy-émir. Je vous adresse mes vœux les plus sincères, ne doutant pas qu’avec la parfaite connaissance que vous avez des chefs indigènes, vous ne parveniez à vaincre les scrupules de Samory. Je vous ai, d’ailleurs, autorisé à emmener avec vous deux de nos meilleurs officiers du Soudan français. Vous aurez à utiliser leurs aptitudes. Enfin, vous aurez rendu un réel service à votre pays si vous remplissez la tâche multiple qui vous est confiée. »

Péroz précise :

“En raison même des relations amicales que j’avais entretenues avec Samory, après avoir été son ennemi acharné, j’avais appris à mesurer toute l’étendue de sa ténacité dans les questions touchant à son prestige et à son autorité. Déplus, je connaissais par expérience sa profonde habileté à éterniser, par des réponses dilatoires, les négociations ouvertes sur les bases les plus fermes, et la finesse de vues avec laquelle il savait envisager les conséquences des actes en apparence les moins importants.”

Péroz assigna aux deux Français de la mission (docteur Fras et lieutenant Plat) et à lui-même les fonctions et tâches suivantes :

Lieutenant Plat

« Le lieutenant Plat  était chargé de la topographie, delà direction de l’escorte et du convoi. Sa tâche était, à mon sens, la plus pénible. On se figure difficilement la lassitude effrayante qu’amène, sous ce climat de feu, ce travail de levés, chaque jour inéluctablement renouvelé, qui commence au départ et ne finit qu’au retour, sans qu’il soit possible de l’interrompre un seul iquenstant. Pendant la marche, au lieu de se laisser aller à l’admiration de la nature vierge qu’il traverse, sans pouvoir envoyer au passage une volée de plomb au gibier qui foisonne sous ses pas, ou être distrait par “quelque incident de la route, le topographiste doit chevaucher d’une allure absolument régulière, contrôler le pas de l’homme qui le précède, tenir constamment à la main son carnet dont la blancheur des pages l’aveugle sous la crudité du soleil, manier incessamment alidade, montre et boussole, et ne pas négliger une observation, sous peine de laisser dans son levé des lacunes regrettables.»

Dr. Fras

« La tâche réservée au docteur Fras, médecin de deuxième classe de la marine, était plus multiple. Il devait, chemin faisant, étudier la faune, la flore, la minéralogie, l’anthropologie, la pathologie et la thérapeutique indigènes particulières à chaque région. Pour l’aider dans ces études complexes, je l’avais doublé d’un forgeron mandingue, botaniste et minéralogiste expert à la mode du pays, de plus médecin à ses heures. Dans le bassin du Niger aucune plante, aucun caillou ne lui était inconnu : il en connaissait toutes les propriétés; de même,il distinguait à première vue les diverses races soudaniennes, et contait volontiers mille particularités intéressantes de la vie et des mœurs des hommes et des animaux. Les vues photographiques étaient également du ressort du docteur, qui emportait à cet effet un outillage complet ; le mauvais état de conservation des plaques fut cause du petit nombre d’épreuves qu’il put rapporter.»

Capitaine Péroz

« Personnellement, je m’étais réservé toutes les questions touchant à la politique, le service d’espionnage, la correspondance, la coordination des travaux et documents, les levés topographiques dans le cas, qui se présenta plusieurs fois, où la mission se scinderait en deux fractions, les études géologiques et ethnographiques sur des données personnelles et celles que le docteur me fournirait en minéralogie et en anthropologie, et enfin la recherche de renseignements géographiques sur lesquels nous voulions établir une carte approximative du bassin du Haut-Niger et de l’empire de Samory. Je devais en outre faire de cet empire une étude qui permît d’en connaître les ressources, l’organisation et la force.
Pour mener à bien des études aussi complexes et aussi diverses, il nous fallait, depuis les débuts de la mission jusqu’à sa fin, fournir une somme de travail considérable. Notre installation au campement devait donc, de toute nécessité, offrir un confort relatif, indispensable pour nous permettre de nous adonner à nos travaux sans avoir à nous livrer aux préoccupations de la vie matérielle.
A cet effet nous avions chacun notre tente et un mobilier relativement perfectionné comprenant tables, chaises-pliants et lits de camp ; nos cantines étaient fort complètes comme service de table et matériel de cuisine, nos conserves abondantes, notre personnel domestique nombreux. Nous espérions ainsi ne pas trop souffrir de la longueur et des fatigues de la route; mais, en ces régions inconnues, il faut faire une large part à l’imprévu, et nous l’apprîmes souvent à nos dépens. »

Un griot-espion nommé Nassikha-Mahmadi

Pour mener à bien la collecte des renseignements et venir à bout de Samori dans les négociations, Péroz recruta un griot aux fins d’espionnage. Il écrit :

 « Pendant mon séjour à Khayes et à Diamou, j’avais retrouvé quelques-uns de mes Malinkés fidèles de Niagassola ; je les avais envoyés en avant de moi sous divers prétextes, dans le Ouassoulou, pour m’organiser un système d’espionnage grâce auquel je connaîtrais les diverses impressions que produiraient sur son esprit les récits de son fils, et l’énoncé des demandes que la mission allait lui adresser.
En outre, j’avais introduit, dans l’escorte même de Karamoko, un finanké (griot) de Niagassola, tout à ma dévotion, à la condition de le payer grassement, qui avait eu vite fait, avec son esprit insinuant et sa langue douce, de se mettre dans les bonnes grâces du jeune prince Diaoule-Karamoko. Celui-ci ne pouvait plus quitter Nassikha-Mahmadi, passé maître dans l’art de tirer même des plus habiles, les secrets les plus intimes. Un réseau très serré d’espionnage entourait donc Samory, et, par son fils même, je serais informé de ses conversations les plus secrètes. »

En somme, il ne s’agissait pas d’un simple “groupe de soldats français” mais plutôt d’une délégation importante et d’une mission cruciale au service de la France coloniale et au détriment d’un résistant armé africain.

Troisième réfutation

 Les envoyés français prirent congé de l’Almamy et c’est à cent mètres à peine de la case de Samory que les attendaient son fils et quelques sofas armés. Les Français tombèrent dans l’embuscade armés du seul petit drapeau blanc.

Ce passage contient une erreur capitale. Kaba 41 répète ici l’allégation selon laquelle les Français étaient “armés du  seul drapeau blanc”. Non ! Le convoi de la mission était bel et bien armé. Et il comprenait des sous-officiers Noirs aguerris, ainsi que plusieurs tirailleurs sénégalais d’élite dotés d’une bonne connaissance du terrain et d’une longue expérience de combat. Après tout, les pourparlers ne se déroulaient-ils pas entre deux camps naguère ennemis acharnés qui s’affrontaient à mort une ou deux années plus tôt ! La méfiance réciproque était donc de règle. Ainsi, durant leur séjour d’un mois à la cour de l’Empereu les Français dormaient d’un oeil certaines nuits.  Là-dessus Péroz est formel :

« Aucun des déboires qui attendent habituellement les négociateurs européens en pays soudanien ne nous fut épargné, et, pendant quelques jours, les négociations furent rompues. Je dus alors, à tout hasard, transformer notre campement en un véritable fort, où nous aurions au besoin chèrement vendu nos vies. »

Quatrième réfutation

Ils furent sauvagement massacrés jusqu’au dernier. Leurs tombes se trouvent encore intactes au bord de la route de Kankan-Kérouané, à gauche, à cent mètres de la case de Samory.

A commencer par Péroz, tous les membres de la Mission du Ouassoulou repartirent Bissandougou sains et saufs, munis du Traité de Bissandougou conjointement signé par l’Empereur Samori et Péroz, représentant du gouvernement français. Aucun d’eux ne subit la moindre attaque.

Des Missions distantes d’une décennie : 1887-1897

Kaba 41 confond des évènements que dix ans séparent. La mission du capitaine Péroz eut lieu en 1887. Elle se déroula sans incidents. Par contre, la mission du capitaine Braulot se déroula en 1897. Elle fut partiellement et traitreusement décimée par les membres du peloton chargé de l’escorter selon le protocole de l’époque.
Le livre parle à tort de la case de Samori. En fait, ce dernier menait un train de vie impérial au milieu de la grouillante agglomération de Bissandougou. La ville et la cour du souverain étaient protégées par des murs (tatas) épais.  La sécurité  était assurée par une garde prétorienne triée sur le volet. Elle pouvait compter, en cas de besoin, su le renfort de garnisons proches et lointaines bien étoffées.
Lire le chapitre 9 pour de plus amples informations sur  la capitale impériale de Samori.

Le massacre de la mission Braulot

Péroz ne fut évidemment pas tué à sa sortie de Bissandougou. Il remplit sa mission, rentra en France, et mourut en 1910. Le temps de rédiger ses mémoires et sa vie d’officier de la conquête. coloniale. Braulot, un autre envoyé auprès de Samori, n’eut pas cette chance. Fofana et Person relatent, séparément, la tragédite de la mission Braulot, survenue, une fois de plus, en 1897, soit dix ans après le passage de Péroz.

Ibrahima Khalil Fofana écrit :

« Au mois de mai 1897, une mission en provenance de la boucle du Niger et conduite par le capitaine Braulot tenta d’entrer en contact avec l’Almami pour de nouvelles négociations dans le but de l’empêcher de tomber sous l’influence britannique, alors que les sofas occupaient Bouna depuis décembre 1896.
Braulot fut le premier à entrer en contact avec l’Almami. Celui-ci, en homme d’Etat averti, ne perdait aucune occasion de profiter des contradictions entre ses adversaires. Il accepta de céder Bouna aux Français.

La tragédie de la mission Braulot
Ordre fut donné à Sarankén-Mori de faire évacuer la place par les sofas de Souleymane. Ce kèlètigui ne s’étant pas exécuté, Braulot s’en plaignit à Sanrankén-Mori qui s’offrit, aussitôt à l’accompagner. C’était en août 1897, la colonne française marchait donc en compagnie des sofas de Sarankén-Mori.
Chemin faisant, soumis à une forte pression de la part de son mentor, l’influent Niamakamé Amara Diabaté, le fils de l’Almami prit une décision aux conséquences extrêmement graves.
Partisan de la lutte à outrance, Amara Diabaté ne pouvait se résigner à céder volontairement aux Français une place conquise par les armes. Avec le concours de Keysséri Konè, le « Gbèlèta-Konè », Amara Diabaté avait finalement réussi à obtenir du prince la décision de faire assassiner tous les officiers de la colonne Braulot.
Le convoi avançait donc sous le crachin du mois d’août; puis il s’arrêta aux abords de l’agglomération de Bouna, dans un champ de fonio, précise Makoni Kaba Kamara.
Au cours de la halte, un son de trompette retentit soudain, les sofas se jetèrent sur les Français, les tuèrent, tandis que les tirailleurs hébétés étaient désarmés. Certains d’entre eux réussirent cependant à s’enfuir. C’était le 20 août 1897.
Sarankén-Mori n’osa point se présenter à son père pour le compte rendu. Il délégua Amara Diabaté pour remettre les têtes des victimes.
Celui-ci déploya tout son art de griot-flatteur afin d’atténuer le courroux de l’Almami qui entra, en effet, dans un accès de colère, particulièrement violent. Cet acte insensé ruinait en tout cas sa stratégie de l’heure, à savoir gagner du temps en opposant Français et Anglais.
La démarche menée par Braulot lui avait donné quelque espoir de répit. Tout le calcul s’est trouvé faussé avec leur assassinat.
Sarankén-Mori fut déchu de son rang de prince héritier (pour un certain temps du moins) en faveur de Mouctar son cadet. L’empereur envisagea avec lucidité les conséquences de la situation créée ; il ne se faisait plus d’illusion sur une quelconque possibilité de compromis. Il décida de construire la forteresse de Bori-bana (la course est finie) à l’image de celle de Sikasso. »

Yves Person rapporte les détails suivants :

« … Malheureusement, avec la pacifique mission Braulot, c’est la perte de l’almami qui s’amorce.
Tout commence dans un climat de paix. Pour les Français, la marche jusqu’à Bouna tient de la promenade. Les samoriens, bien que surveillant le parcours, ne bougent pas. La bonne foi des propositions faites par l’almami est évidente.
Le 15 août 1897 au matin, Braulot, à la tête de 97 tirailleurs, parvient aux portes de la ville. Une déception : le chef de la garnison responsables des biens et des familles des sofas n’a reçu aucun ordre. Il ravitaille les Français aussi bien qu’il peut mais, discipline oblige, ne les accueille pas. Braulot s’inquiète, mais très peu. Il envoie un message à Samori. Il s’éloigne, attendant la réponse, il fait chercher des vivres qu’il réquisitionne chez les paysans.
Le 18 août, le malentendu paraît tout près de se résoudre: Sarankényi-Mori, le fils bien-aimé et successeur de l’almami, se porte à la rencontre des Français. La réception est chaleureuse. Sarankényi insiste pour que les armées se mêlent, que sofas et tirailleurs marchent côte à côte jusqu’à Bouna. Les deux troupes bivouaquent, fraternelles. Le lendemain, elles partent ensemble vers la ville.
Sarankényi-Mori chevauche à côté de Braulot. Derrière les chefs, avancent, dans un certain désordre, les tirailleurs mêlés à 8 000 sofas. On s’arrête le soir à moins de 20 kilomètres du but fixé. On fraternise encore. Les militaires français admirent sans contrainte la beauté des épouses de leurs compagnons. Puis vient le petit jour. Sarankényi propose à Braulot de pousser avec lui une reconnaissance. Qu’il emmène seulement son interprète et son clairon : celui-ci annoncera l’arrivée des Français. Braulot accepte. Trois tirailleurs forment l’escorte.
Il est environ dix heures du matin, ce 20 août. Les deux armées, après leurs ablutions, se sont mises en marche de façon paresseuse. Ne s’agit-il pas de quitter un bivouac pour un autre ? Aucune urgence ne les attend. Soudain, assez loin devant la troupe, des coups de feu éclatent. Des trompes de guerre leur succèdent. sofas et tirailleurs s’arrêtent, se dévisagent. Les mains se crispent sur les fusils… Que s’est-il passé ?
D’après les témoignages des Français, Braulot aurait été abattu par traîtrise… Au signe convenu, les sofas se seraient jetés sur les tirailleurs sans défense dont 53 devaient survivre. Il est vrai que 53 regagnèrent leur poste après six jours de marche pendant lesquels ils n’avaient pas mangé. »

Cinquième réfutation

C’est après ce crime odieux qu’Archinard prit la décision ferme d’en finir avec le tyran. Harcelé, trahi à son tour, épuisé après le long siège de Sikasso qui dura seize mois, Samory, capturé en Côte d’Ivoire à Guélémou, fut promené partout où il avait fait carnage.

Général Louis Archinard quitta définitivement le Soudan pour retourner en France en 1893. Le massacre de la mission Braulot eut lieu en 1897. Mis à la retraite, Général Archinard  il était devenu impossible de s’occuper de cette affaire.La responsabilité revint à son succession, Général Louis Edgar de Trentinian, lieutenant-gouverneur du Soudan. Lire le récit du capitaine Gouraud.

Sixième réfutation

C’est à Beyla que son jugement eut lieu.

Erreur ! Le dossier de Samori fut examiné à Kayes (république du Mali). Et la sentence d’exil de Samori (ou cour martiale) y fut prononcée. Lire respectivement Gouraud et Fofana.

Septième réfutation

On demanda à Samory d’expliquer les raisons et les conditions dans lesquelles furent massacrés, à Bissandougou, les envoyés de paix de la France. Il nia en disant que ce n’était pas lui. On trouva vite le coupable. C’était un fils de Samory sur lequel l’Almamy comptait et qui lui a donné la descendance qu’on lui connaît aujourd’hui. Le fils en question fut condamné à être fusillé sur place.

Les témoignages de Gouraud, Fofana et Person annulent le contenu de ce passage. Se référer aux liens fournis plus haut.

huitième réfutation

Samory ne savait que faire. Ainsi il n’aurait même pas de descendance ? Il était effondré. C’est alors qu’un homme, l’un des rares fidèles à le suivre dans son pèlerinage de honte, se leva :
—  Fama (le roi) ! Je préfère mourir à la place de votre fils.
—  Tu feras cela pour moi, Condé ? demanda Samory.
—  Je le ferai pour vous, dit son griot et chef guerrier originaire de Siguiri. Samory n’en croyait pas ses oreilles. Il était ému jusqu’au bord des larmes. Sans tarder, il réunit ses enfants et ses plus proches et leur dit :
—  A partir de ce jour, mon sang et celui de cet homme sont mêlés à jamais. Il vient d’offrir le sien pour que survive le mien. Ne l’oubliez jamais. Vous et les siens êtes désormais du même sang. Ne le versez jamais, ce sang.
Le fils de Samory placé au poteau, le peloton d’exécution prêt, Condé intervint auprès de l’officier français :
—  Vous n’allez pas exécuter cet enfant, capitaine, mais moi.
—  Comment cela, vous ? demanda l’officier français.
—  Parce que c’est moi qui lui ai donné l’ordre et non son père.
Je suis capitaine aussi et c’est moi qui l’ai instruit. Chez vous comme chez nous, c’est le supérieur qui donne l’ordre qui en est responsable, non ?
—  En effet !
—  Alors je suis prêt.
—  Feu ! commanda l’officier français, touché par le courage sublime de ce Noir.

Gouraud, Fofana et Person identifient Niamakamé  Amara Diabaté comme le griot qui incita Sarankenyi-Mori à commettre l’assassinat des officiers de la mission Braulot et et de dizaines de tirailleurs sénégalais sous leurs ordres.
Kaba 41 Camara parle d’un certain Condé (prétendument le le père de la mère de Keita Fodéba !). Mais il ne donne même pas le prénom de cet homme. Il s’agit là, à mon avis, et jusqu’à preuve irréfutable du conraire, d’un acte d’imagination et de fiction historiques. A écarter !

Neuvième réfutation

L’Almamy, même au fond de son exil au Gabon, n’oublia jamais ce sacrifice énorme, inattendu, surprenant. Il ne cessa de recommander à ses enfants et à ses plus proches, la sauvegarde de ce pacte de sang qui ne fut jamais violé jusqu’à Sékou. L’homme qui se sacrifia n’était autre que le père de la mère de Keita Fodéba. Fodéba connaissait ce pacte.

Le chapitre 10, volume 1 de la biographie de Sékou Touré par André Lewin, s’intitule “26 novembre 1949. Le concert de Keita Fodéba”. En plus de cette section, Lewin donne de nombreux détails sur la vie de Fodéba. On y apprend, par exemple, que Sékou Touré logeait “très souvent à Paris dans l’appartement que possède Fodéba rue de la Verrerie près de l’Hôtel-de-Ville” à partir de 1956. Lewin ajoute que c’est “grâce à l’intervention du père de l’artiste, le “Vieux Mory”, il (Sékou Touré) réussit à le persuader de revenir en Guinée et de s’engager politiquement à ses côtés.”… Soit ! Mais Lewin ne s’arrête pas à ces détails intéressants. Il atténue la portée de son travail en rapportant des éléments faux sur l’évolution de Sékou Touré et de Fodéba Keita. Exemples : (a) il parle de la présence de Sékou Touré parmi les spectateurs d’une représentation des Ballets africains à Paris en 1949 ! Cette affirmation est fantaisiste ; la première visite de Sékou Touré en France se situe au milieu des années 1950. (b)S ans se donner la peine citer ses sources et de les vérifier, il écrit : « Il (Fodéba) reste ainsi fidèle à la tradition familiale : il appartient à la caste des griots ; son grand-père était le griot assermenté de l’almamy Samory Touré, auquel il était donc lié par serment et qu’il suivit par conséquent en exil. » Lewin laisse les lecteurs dans le noir quant au nom du grand-père de Fodéba ou bien quant au lieu et à la date de la prestation de ce fameux serment.

Dixième réfutation

 Tous ceux qui ont été victimes de Sékou, l’ont été par la force on ne peut plus dynamique de la trahison de cet homme, qui est trahison comme il est mensonge. Si Fodéba s’est laissé prendre, s’il n’a pas fait un coup d’Etat alors qu’il était ministre de l’Intérieur et de la Sécurité et ministre des Forces armées en même temps que président de la Commission nationale d’organisation, c’est qu’il y avait un pacte de sang entre lui et Sékou, pacte que Fodéba a respecté et que Sékou a violé.

Kaba 41 Camara se fait ici l’apologiste et le défenseur de Fodéba. L’exercice me paraît futile, car nonobstant le prestige personnel et la stature historique de Saifoulaye Diallo, Fodéba Keita fut, de 1957 à 1965, le numéro deux de facto du régime du PDG. Même si, en Guinée même, le gouvernement de la Loi-cadre porte la responsabilité  collective de la décision d’abolir la chefferie traditionnelle. (Une mesure qui, du reste, saluée à l’étranger, entre autres intellectuels par Jacques Jacques Rabemananjara dans l’avant-propos de Guinée. Prélude à l’indépendance. Conférence des Commandants de Cercle (Conakry. 25-27 juillet 1957).) Mais c’est Fodéba, ministre de l’Intérieur, qui signa l’arrêté abolissant. En rétrospective, je me pose la question de savoir pourquoi Sékou Touré, vice-président du Conseil de gouvernement, ne prit pas sur lui de promulger cet acte. D’autant plus que la Guinée  prit ainsi le premier pas  vers l’institutionalistation du populisme, c’est-à-dire la pagaille et la débâcle ?
Lire également le compte-rendu des sessions du 25 juillet 1957 , du 26 juillet 1957 et du 27 juillet 1957, et la déclaration de Fodéba Keita sur la suppresion de la chefferie, rapportée par André Lewin.

Onzième réfutation

Pour servir Sékou, il s’est fait assassin, lui l’apôtre de l’art africain, de la musique africaine. Fodéba, homme fort du régime en son temps, obéissait à Sékou sans protester. Il l’appelait « grand frère ».

Primo, Fodéba Keita et Sékou Touré étaient à un ou deux après des camarades d’âge (nés au début des années 1920) et de vieux compagnons de route. L’un ne pouvait ni ni devait appeller l’autre “grand-frère”. Nabi Youla ne révèle-t-il pas que parmi leur génération seul Fodéba Keita et lui-même battaient Sékou Touré  en sape et en élégance occidentale ?
Secundo, Kaba 41 dénonce les crimes de Fodéba Keita alors qu’il était le tout-puissant et super-ministre de Sékou Touré. ll admet ainsi le rôle indéniable de Fodéba dans l’imposition de l’état-policier. Ce faisant, il rejoint d’autres auteurs :  Kindo Touré, Almamy Fodé Sylla, Ibrahima Baba Kaké, etc. André Lewin a davantage documenté les débuts, la puissance et la chute de Fodéba Keita. Lire :

En guise de conclusion

Par endroits, Kaba 41 Camara s’éloigne des son témoignage de survivant du Camp Boiro pour digresser et divaguer sur l’histoire, la psychologie, la politique, etc. Le passage sur le “pacte” illustre ces déviations. La longueur de cet article procède de mon souci de rectifier le tir. Mes remarques et critiques n’ôtent rien à la portée générale de Dans la Guinée de Sekou Touré cela a bien eu lieu. Personnellement, je comprends la volonté de Kaba 41 de chercher à régler son compte avec Sékou Touré. Bénéficiant du recul et de la rétrospective du temps, il est plus facile de corriger les erreurs des devanciers. Après dix années passées dans les geôles de la révolution, lieutenant-colonel n’a pas dû avoir accès aux ressources indispensables en la matière (bibliothèques, archives, musées). Il donc  exploité sa mémoire. D’où le manichéisme et les simplifications de ses affirmations. Mais nous savons que l’histoire ne se dépeint pas aisément et qu’elle ne se plie pas aux contrastes et schémas réducteurs.
La lutte des souverains et chefs qui résistèrent à la ruée de l’Europe sur l’Afrique en fin du 19e était beaucoup plus complexe et compliquée. Elle aurait pu réussir… s’ils s’étaient unis au lieu de s’entre-déchirer et de s’affaiblir réciproquement face aux envahisseurs. Mais, comme le rappelle la boutade, “avec si on peut mettre Paris dans une bouteille.” Ou restaurer la souveraineté perdue, la personnalité atténuée, la prospérité compromise.
C’est cette amère et implacable vérité que capitaine Etienne Péroz souligne dans le premier chapitre de Au Soudan français… :

« Au point de vue politique, écrit-il, trois chefs redoutables (l’almamy Samory, Ahmadou-Cheïkou, l’almamy du Fouta-Djallon) par l’étendue de leurs territoires aussi bien que par le nombre de leurs guerriers, englobaient le Soudan français au nord, à l’est, au sud et au sud-ouest ; seuls ils pouvaient, par leur hostilité, battre longtemps en brèche et peut-être arrêter notre établissement naissant, et, en tout cas, lui interdire tout commerce extérieur ; réunis ils l’eussent fait sombrer dans un désastre tel que jamais peut-être nous n’eussions plus tenté de porter l’influence et le commerce français dans ces parages.
Un de ces rois puissants, l’almamy Samory, émir du Ouassoulou, après nous avoir tenus cinq ans en échec sur les bords du Niger, s’est lié à nous par un traité de protectorat qui étend notre action suzeraine, à travers ses Etats, jusqu’à 500 kilomètres à l’est du Niger, jusqu’à la République de Libéria-Monrovia, jusqu’à Sierra-Leone et Benty.
Ahmadou-Cheïkou, sultan de Ségou, dont l’hostilité contre nous était à peine masquée, a imité son puissant voisin et se reconnaît notre vassal.
Enfin, l’almamy du Fouta-Djallon vient de consentir à la révision du traité boiteux que lui avait fait signer autrefois le docteur Bayol, pour accepter purement et simplement notre suprématie sur ses Etats. »

Hélas ! Le temps perdu ne se rattrape pas. Et l’histoire se réarrange point.

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Tierno S. Bah

 

Maryse Condé. “Nous préférons la pauvreté dans la liberté, à l’opulence dans l’esclavage”

Maryse Condé. La vie sans fards.
Première Partie
Chapitre 5. — « Nous préférons la pauvreté dans la liberté, à l’opulence dans l’esclavage »
Sékou Touré

Maryse Condé
Maryse Condé

Tout se passa très vite. Grâce à Sékou Kaba, que mon état et le tour que prenait ma vie comblaient de joie, je fus nommée professeur de français au Collège de Filles de Bellevue. Le collège était sis dans un joli bâtiment colonial niché dans un fouillis de verdure à la périphérie de Conakry. Il était dirigé par une charmante Martiniquaise, Mme Batchily, car en Guinée comme en Côte d’Ivoire, les Antillais se retrouvaient à tous les niveaux de l’enseignement.
Cependant, ceux qui se pressaient en Guinée n’avaient rien de commun avec ceux qui travaillaient en Côte d’Ivoire. Ils ne formaient pas une communauté bon enfant, surtout soucieuse de fabriquer du boudin et des aceras. Hautement politisés, marxistes  bien évidemment, ils avaient traversé l’océan pour aider de leur compétence le jeune Etat qui en avait grand besoin. Quand ils se réunissaient chez l’un ou chez l’autre, autour d’une tasse de quinquéliba (décidément ce thé possédait toutes les vertus !) ils discutaient de la pensée de Gramsci ou de celle de Marx et Hegel. Je ne sais pourquoi je me rendis à une de ces assemblées. Elle se tenait dans la villa d’un Guadeloupéen nommé Mac Farlane, professeur de philosophie, marié à une fort jolie Française.
— Il paraît que vous êtes une Boucolon ! me glissa-t-il courtoisement à ma vive surprise. J’ai grandi à deux pas de chez vous, rue Dugommier. J’ai bien connu Auguste.
Auguste était mon frère, mon aîné de vingt-cinq ans, avec lequel je n’avais jamais eu grand contact. Il était l’orgueil de la famille, car il était le premier agrégé ès lettres de la Guadeloupe. Malheureusement, il ne professa jamais aucune ambition politique et vécut toute sa vie à Asnières dans le total anonymat d’un pavillon de banlieue. On comprend si le rapprochement avec lui me terrifia ! Il me semblait que quoi que je fasse, j’étais percée à jour. Si je n’y prenais garde, les « grands nègres » risquaient de me rattraper.
— Votre mari est à Paris ? poursuivit-il.
Je bredouillai qu’il y terminait ses études.
— De quoi?
— Il veut être comédien et suit les cours du Conservatoire de la rue Blanche.
A l’expression de son visage, je sus le peu de cas qu’il faisait de ce genre de vocation. D’ailleurs, il s’éloigna et nous infligea pendant une heure sa lecture de je ne sais plus quel essai politique de je ne sais plus qui.

Désormais, j’évitai soigneusement ces cercles de cuistres de gauche et décidai de vivre sans lien avec ma communauté d’origine. Je ne tins pas entièrement parole et fis une exception. Des deux soeurs de Mme Batchily qui lui avaient emboîté le pas en Guinée, l’une d’entre elles, Yolande Joseph-Noëlle, belle et distinguée, était agrégée d’histoire et enseignait au lycée de Donka. Elle étaie aussi la présidence de l’association des professeurs d’Histoire de Guinée. Malgré tous ses titres, nous devînmes crès proches. Comme plusieurs autres compatriotes, nous étions logées à la résidence Boulbinet, deux tours de dix étages, anachroniquement modernes, qui s’élevaient, inattendues, face à la mer, dans un modeste quartier de pêcheurs. L’ascenseur ne fonctionnant pas, Yolande s’arrêtait chez moi au premier étage avant de commencer l’escalade jusqu’au dixième où elle habitait.

Louis Sénainon Béhanzin
Louis Sénainon Béhanzin

Elle vivait avec Louis, authentique prince Béninois, descendant direct du roi Gbéhanzin, grand résistant à la colonisation francaise. Il fut exilé à Fort-de-France en Martinique avant de mourir à Blida en Algérie. Louis possédait un véritable musée d’objets ayant appartenu à son ailleul : pipe, tabatière, ciseaux à ongles. Il possédait surtout d’innombrables photos du vieux souverain. Ce visage à la fois intelligent et déterminé me faisait rêver. A rna surprise il s’imposa à moi des années plus tard et me conduisit à écrire mon roman Les derniers rois mages. J’imaginai son exil à la Martinique, les railleries des gens : « Un roi africain ? Ka sa yé sa ? »
J’imaginai surtout sa terreur devant la violence de nos orages et le déchaînement de nos cyclones auxquels il n’était pas habitué. Je lui donnai une descendance antillaise en la personne de Spero et je me plus à lui prêter un journal.
Louis Gbéhanzin était un homme extrêmement intelligent, professeur [d’histoire] de mathématiques lui aussi, au lycée de Donka. Il avait l’oreille de Sékou Touré et était le grand artisan de la réforme de l’enseignement, oeuvre colossale qui, en fin de compte, ne fut jamais menée à terme. Bien que l’idée ne m’effleura jamais de m’ouvrir à Yolande, j’éprouvais pour elle une profonde admiration et une réelle amitié. Son franc-parler me faisait du bien. Car elle me tançait souvent vertement :
— Comment pouvez-vous mener une vie pareillement
végétative alors que vous êtes si intelligente ?
Etais-je encore intelligente ?

Personne ne pouvait deviner combien j’étais malheureuse, au point souvent de souhaiter la mort. Yolande et Louis, par exemple, attribuaient ma morosité et ma passivité à l’absence de mon mari. En effet, Condé était retourné à Paris pour sa dernière année au conservatoire de la rue Blanche. Il avait accueilli avec fatalisme l’annonce de ma grossesse.
— Cette fois, ce sera un garçon ! avait-il assuré comme si cela rendait la pilule moins amère. Et nous l’appellerons Alexandre.
— Alexandre ! m’étonnais-je en me rappelant les foudres qu’avait causées mon choix du prénom occidental de Sylvie-Anne ! Mais, ce n’est pas Malenké.
— Qu’importe ! rétorqua-t-il. C’est un prénom de conquérant et mon fils sera un conquérant.
Nous ne devions pas avoir de fils ensemble alors qu’il en eut deux ou trois d’une seconde épouse.

Quand Eddy m’écrivit que Condé avait pour maîtresse une comédienne martiniquaise, je dois avouer que cela me laissa totalement indifférente, car je ne pensais qu’à Jacques, me désespérant encore et encore de l’absurdité de ma conduite. Pourquoi l’avais-je quitté ? Je ne me comprenais plus.

La veille de la rentrée au collège de Bellevue, Mme Batchily réunit les enseignants dans la salle des professeurs. C’était tous des « expatriés ». On comptait un fort contingent de Français communistes, des réfugiés politiques de l’Afrique subsaharienne ou du Maghreb et deux Malgaches. Devant un gobelet d’ersatz de café, tout en grignotant des gâteaux ultra-secs, elle nous expliqua que nos élèves appartenaient à des familles où les filles n’avaient jamais reçu d’instruction secondaire. Parfois, leurs mères avaient suivi une ou deux années d’école primaire et savaient tout au plus signer leur nom. Elles se sentaient par conséquent mal à l’aise sur les bancs d’un collège et auraient préféré se trouver à la cuisine ou sur le marché à vendre de la pacotille. Il fallait donc redoubler de soin, d’attention pour les intéresser à notre enseignement.

Vu l’état d’esprit dans lequel je me trouvais, ces propos n’eurent aucun effet sur moi. Alors que je devais, dans les années qui suivirent, porter tant d’attention aux jeunes, je ne m’intéressai pas du tout à mes élèves que je jugeais amorphes et sottes. Mes cours devinrent vite une ennuyeuse corvée. Mon enseignement se réduisait à des exercices d’élocution, d’orthographe et de grammaire. Au mieux, j’expliquais quelques extraits d’ouvrages choisis par de mystérieux « Comités de l’Éducation et de la Culture » qui dans le cadre de la réforme décidaient de tout. En français, leur sélection était basée non sur la valeur littéraire des textes, mais sur leur contenu sociologique. C’est ainsi qu’à ma surprise, La prière d’un petit enfant nègre du poète guadeloupéen Guy Tirolien figurait dans tous les manuels « révisés ». Quand je n’étais pas au collège, je ne lisais pas, les signes dansant sur la page devant mes yeux. Je n’écoutais pas la radio, ne supportant plus les sempiternelles vociférations des griots. Tout doucement, je prenais le pays en grippe. J’attendais les rêves de la nuit qui me ramèneraient vers Jacques.

Seuls Denis et Sylvie me tenaient en vie. C’était des enfants adorables. Ils couvraient de baisers mon visage, toujours triste, tellement fermé (c’est de cette époque que j’ai désappris le sourire) et que leurs caresses assombrissaient encore.

De la terrasse de mon appartement de Boulbinet, j’assistais chaque jour à un spectacle étonnant. A 17h30, le président Sékou Touré, tête nue, beau comme un astre dans ses grands boubous blancs, passait sur le front de mer, conduisant lui-même sa Mercedes 280 SL décapotée. Il était acclamé par les pêcheurs, abandonnant leurs filets sur le sable pour se bousculer au bord de la route.

Apparemment, j’étais la seule à trouver navrant le
contraste entre cet homme tout-puissant et les pauvres hères faméliques et haillonneux, ses sujets, qui l’applaudissaient.

— Quel bel exemple de démocratie ! me répétaient
à l’envi Yolande et Louis.
— Il n’a pas de gardes du corps ! surenchérissait
Sékou Kaba.

On le sait, la Guinée était le seul pays d’Afrique francophone à se vanter de sa révolution socialiste. Les nantis ne roulaient plus en voitures françaises, mais en Skoda tchèques ou en Volga russes. Les chanceux qui partaient en vacances à l’étranger s’envolaient dans
des Ilyouchine 18 ou des Tupolev.

Dans chaque quartier s’élevait un magasin d’État où l’on devait obligatoirement faire ses achats, puisque le commerce privé avait été aboli. Ces magasins d’État étaient toujours insuffisamment ravitaillés. Aussi, le troc était-il la seule arme dont nous disposions pour lutter contre les rationnements et les incessantes pénuries. Les précieuses denrées alimentaires s’échangeaient sous le manteau parce que la pratique du troc était interdite soi-disant pour décourager le marché noir. Il y avait partout des inspecteurs, des contrôleurs que tout le monde redoutait.

J’appris à éviter le lait concentré tchèque, qui donnait des diarrhées mortelles aux enfants (l’une d’entre elles avait failli emporter Sylvie) ; à me méfier du sucre russe qui ne fondait pas, même dans des liquides bouillants. Le fromage, la farine et les matières grasses étaient pratiquement introuvables.

J’ai souvent raconté comment m’est venu le titre de mon premier roman, largement inspiré par ma vie en Guinée. Heremakhonon, expression malenké qui signifie « Attends le bonheur ». C’était le nom du magasin d’état situé dans le quartier de Boulbinet. Il était toujours vide. Toutes les réponses des vendeuses commençaient par « demain », comme un espoir jamais réalisé.

« Demain, il y aura l’huile ! »
« Demain, il y aura la tomate ! »
« Demain, il y aura la sardine ! »
« Demain, il y aura le riz ! »

Le souvenir de deux évènements se dispute ma mémoire en ce début de l’année 1961, évènements dissemblables qui prouvent que le coeur ne sait pas hiérarchiser. Il place au même niveau l’universel et le particulier. Le 4 janvier, Jiman que, grâce à Sékou Kaba, j’avais fait venir de la Côte Ivoire, repartit chez lui après quelques mois en Guinée. Il ne supportait pas les pénuries qui affectaient son travail de cuisinier.
— Un pays qui n’a pas l’huile ! répétait-il, outré.
Sans doute n’avait-il pas suffisamment médité la belle et célèbre phrase de Sékou Touré :

« Nous préférons la pauvreté dans la liberté à l’opulence dans les fers. »

En tous cas, peu m’importe qu’il soit sans nul doute un vil « contre-révolutionnaire » selon l’expression consacrée ! Sur les quais, au pied du paquebot qui le ramenait vers la sujétion dorée de son pays, je versai un flot de larmes en me retenant de le supplier de ne pas m’abandonner lui aussi.

Le 17 du même mois, Patrice Lumumba fut assassiné au Congo. A cette occasion, la Guinée décréta un deuil national de quatre jours. J’aimerais écrire que je fus bouleversée par cet évènement. Hélas non ! J’ai déjà dit le peu d’intérêt que j’avais porté aux premières convulsions du Congo ex-belge. Le nom de Lumumba ne signifiait pas grand-chose pour moi.

Président Sékou Touré accueille le Premier ministre du Congo-Léopoldville, Patrice Lumumba, à Conakry en août 1960
Président Sékou Touré accueille le Premier ministre du Congo-Léopoldville, Patrice Lumumba, à Conakry en août 1960

Je me rendis néanmoins à la Place des Martyrs où avait lieu une cérémonie d’hommage au disparu. Je me glissai dans la foule compacte maintenue par des barrières et des hommes en armes à bonne distance de l’estrade où prenaient place les officiels. On aurait cru assister à un concours d’élégance. Les ministres, sous-ministres et dignitaires du régime étaient accompagnés de leurs épouses drapées dans des pagnes de prix. Certaines étaient coiffées de volumineux mouchoirs de tête. D’autres exhibaient des coiffures compliquées : tresses en rosace ou en triangle. Cette impression d’assister à un spectacle était renforcée par les applaudissements et les acclamations de la foule à chaque fois qu’un couple de notables descendait de sa voiture et se dirigeait vers l’estrade. Sous un dais d’apparat, Sékou Touré, vêtu de ses boubous blancs si seyants, fit un discours qui dura des heures. Il tira les leçons de la tragédie congolaise, répétant avec emphase les mots de Capitalisme et d’Oppression.

Cependant je ne sais pourquoi, ces paroles sonnaient le creux. Je me demandais où était cette révolution guinéenne dont il parlait.

Lire l’article de Victor Du Bois “Guinea: Estrangement Between the Leaders and the People”. — T.S. Bah

Je dus attendre la médiation de la littérature, la parution d’Une Saison au Congo d’Aimé Césaire en 1965 pour m’émouvoir vraiment de ce drame et en comprendre la portée.
Je n’étais pas encore suffisamment « politisée» sans doute.

Les privations qui assombrissaient notre existence, je les aurais supportées si elles avaient affecté l’ensemble de la société dans un effort collectif de construire une nation libre. Cela aurait même pu être exaltant. Or ce n’était visiblement pas le cas. Chaque jour davantage, la société se divisait en deux groupes, séparés par une mer infranchissable de préjugés. Alors que nous bringuebalions dans des autobus bondés et prêts à rendre l’âme, de rutilantes Mercedes à fanions nous dépassaient transportant des femmes harnachées, couvertes de bijoux, des hommes fumant avec ostentation des havanes bagués à leurs initiales. Alors que nous faisions la queue dans nos magasins d’Etat pour nous procurer quelques kilos de riz, dans des boutiques où tout se payait en devises, des privilégiés s’offraient du caviar, du foie gras, et des vins fins.

Un jour, Sékou Kaba parvint fièrement à obtenir une invitation à un concert privé à la Présidence. C’était la première fois que j’allais me mêler au monde des privilégiés. J’empruntai à Gnalengbè un boubou afin de cacher mon ventre et suspendis autour de mon cou mon collier grenn dô. Ainsi fagotée, j’allai écouter « l’Ensemble de Musique Traditionnelle de la République ». En vedette, se produisait Kouyate Sory Kandia. Kouyate Sory Kandia était surnommé « L’Étoile du Mandé» et méritait pleinement cette hyperbole.

Sory Kandia Kouyaté
Sory Kandia Kouyaté

Aucune voix ne pouvait se comparer à la sienne. Il était entouré d’autres griots et de plus d’une trentaine de musiciens qui jouaient de la kora, du balafon, de la guitare africaine, du tambour d’aisselle. Je n’avais jamais assisté à pareil spectacle. C’était éblouissant, inoubliable, incomparable. A l’entracte, les spectateurs refluèrent vers le bar. Je fus profondément choquée de voir ces musulmans en grands boubous se gorger de champagne rosé et fumer avec ostentation des havanes.

“Massane Cissé” Album La Voix de La Révolution par Sory Kandia Kouyaté.

Timidement, Sékou Kaba me conduisit vers un groupe et me présenta au Président, à son frère Ismaël, éminence grise du régime qu’entouraient quelques ministres. Ces derniers ne m’accordèrent aucune attention. Seul, le président feignit de s’intéresser à moi. Sékou Touré était encore plus beau de près que de loin avec ses yeux obliques et ce sourire charmeur des hommes à femmes. Quand Sékou Kaba eut fait les présentations, il murmura :
— Ainsi, vous venez de la Guadeloupe ! Vous êtes donc une petite soeur que l’Afrique avait perdue et qu’elle retrouve.
]’ai rapporté cette conversation dans Heremakhonon quand le dictateur Malimwana entre dans la classe de Veronica et s’entretient avec elle. Mais je ne possédais pas l’aplomb de cette dernière qui osa remplacer le mot « perdue » par le mot « vendue » et je me bornai à grimacer un sourire complaisant.

Sékou Touré s’écarta de nous et continua sa route vers d’autres invités. L’adulation dont on l’ entourait était palpable. On lui baisait les mains. Certains ployaient le genou devant lui et il les aidait à se relever avec affabilité. On entendait en arrière-plan les récitations des griots qui s’enflaient par instant comme un choeur d’opéra. Une sonnerie annonça la fin de l’entracte et nous reprîmes place dans la salle de concert.

A suivre. Chapître 6 : « Tu enfanteras dans la douleur » »

Du même auteur :

Aux Éditions Robert Laffont

  • Un saison à Rihata, 1981
  • Ségou, vol. 1, Les Murailles de terre, 1984
  • Ségou, vol. 2, La terre en miettes, 1985
  • La vie scélérate, 1987, Prix de l’Académie française
  • En attendant le bonheur : Heremakhonon, 1988
  • La colonie du Nouveau Monde, 1993
  • La migration des coeurs, 1995
  • Pays mêlé, 1997
  • Désirada, 1997. Prix Carbet de la Caraïbe
  • En attendant le bonheur : Heremakhonon, 1997
  • Le coeur à rire et à pleurer : contes vrais, 1999. Réédition. Prix Marguerite Yourcenar
  • Célanire cou-coupé, 2000

Aux Éditions du Mercure de France

  • Moi, Tituba, sorcière noire de Salem, 1986. Grand Prix
    Littéraire de la femme
  • Pension Les Alizés, 1988
  • Traversée de la mangrove, 1989
  • Les derniers rois mages, 1992
  • La belle créole, 2001
  • Histoire de la femme cannibale, 2003
  • Victoire, les saveurs et les mots : récit, 2006. Prix Tropiques
  • Les belles ténébreuses, 2008

Aux Éditions Jean-Claude Lattès

  • En attendant la montée des eaux, 2010. Grand Prix du Roman Métis