Attaque de novembre 1970 : quarante-sept ans après

Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau et Président Sékou Touré. 1970
Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau, et Président Sékou Touré. 1970

La date d’aujourd’hui marque le quarante-septième anniversaire de l’attaque du 22 novembte 1970 par un commando militaire portugais et des opposants guinéens armés contre Conakry. L’opération visait deux objectifs :

  • La libération des dix-huit prisonniers de guerre Portugais — dont le fils du maire de Lisbonne — qui avaient été capturés par la guerilla du PAIGC dirigée par Amilcar Cabral
  • L’élimination du Président Sékou Touré et l’abolition de son régime

J’ai constitué le présent dossier pour rappeller à la mémoire ce bref épisode aux conséquences profondes et prolongées, draconniennes et inhumaines. Et qui continue de hanter la Guinée. Pour introduire cette sélection, j’ai choisi un extrait de l’analyse lucide de Sako Kondé, l’auteur de Guinée, le temps des fripouilles. Directeur général de la Douane jusqu’en 1965, cet intellectuel et critique implacable de la dictature guinéenne dresse, dans le chapitre IX du livre  “Pour l’honneur de la Guinée et de l’Afrique”, le réquisitoire du régime et celui des dirigeants de  l’opposition en exil. Il les met dans le même sac, et il rend  hommage aux Guinéens qui prirent les armes contre le régime. Sako Kondé écrit :

  « A l’aube du 22 novembre 1970, des Guinéens ont débarqué sur le sol natal, l’arme à la main, décidés à abattre la tyrannie ou à mourir. Si l’opération a tourné à la tragédie, ce ne fut pas, en tout cas, parce que le régime leur a opposé une quelconque résistance aux premières heures : il était virtuellement vaincu, le prétendu « attachement indéfectible » du peuple n’ayant à aucun moment joué. Ce fut à cause de la trahison des chefs politiques de l’affaire. Mais avant de mourir, les combattants ont fait revivre intensément une chose qu’on aurait cru désormais oubliée des Guinéens : le courage, l’audace. En accomplissant leur devoir comme ils l’ont fait, ils ont administré une terrible leçon à l’actuel personnel politique. Ils l’ont aussi donnée aux quelques Guinéens qui ont conduit l’affaire au niveau politique en la ramenant à la dimension d’une ténébreuse aventure, et prouvé qu’ils appartiennent au même type socio-politique que les dirigeants en place. Leur mort héroïque constitue le seul moment rassurant et encourageant de cette lamentable entreprise menée par de soi-disant opposants sous le signe de la médiocrité, de l’inconscience criminelle … Il nous fallait, avant de poursuivre, faire cette distinction essentielle et rendre hommage au courage de ces gars bien de chez nous. »

… La suite est accessible à la bibliothèque du Camp Boiro Mémorial.

La collection inclut aussi les documents suivants :

L’hebdomadaire annonça l’évènement avec en exclusivité le récit d’un des Guinéens de l’expédition. Mais l’informateur anonyme présente une version  erronée des faits. relevait de l’intoxation et de la propagande. Il prétend notamment que le coup avait été conçu, financé et exécuté entièrement par des Guinéens, sans l’appui ou la participation du Portugal. Ce qui était faux.…

Jeune Afrique corrige ici l’information erronée contenue dans le numéro 518 à propos d’une opération strictement organisée par l’opposition en exil.

Tierno S. Bah

“J’ai participé au débarquement de Conakry”

Les ennemis de Sékou Touré
Un “agresseur”parle

Dès le 21  Jeune Afrique  a tout mis en oeuvre pour informer complètement ses lecteurs sur les événements de Guinée. Les rédacteurs de notre servicepolitique ont passé des jours (et des nuits) à contrôler, recouper, analyser les nouvelles en provenance de Conakry. Nos correspondants à New York, Alger, Monrovia, Addis-Abeba, Dakar, Bamako, Abidjan ont été alertés.
Exclusif !
Nos envoyés spéciaux ont tenté de pénétrer en Guinée. Ces efforts exceptionnels ont été couronnés de succès puisque, seuls de toute la presse mondiale, nous sommes aujourd’hui en mesure de présenter le récit exclusif d’un Guinéen qui, le 22 novembre à 2 heures du matin, a débarqué à Conakry. A la demande de l’intéressé, nous taisons le cheminement par lequel nous sommes parvenus à entrer en contact avec lui de même que le lieu où nous l’avons rencontré.
Voici « in extremis » le récit, recueilli quelques heures avant que nous mettions sous presse, de sa participation à l’ « invasion » de la Guinée.

« L’opération était prévue de longue date : depuis six mois, nous nous y préparions. On nous avait répartis en deux ou trois camps d’entraînement, situés dans des pays différents, de telle sorte que nous ne soyons pas complètement démantelés en cas d’intervention des autorités d’un de ces pays. Comme ce fut d’ailleurs le cas en Gambie, où se trouvait l’une de nos bases. Heureusement, seule une partie de nos camarades ont été arrêtés, les autres ont pu rejoindre le camp de ralliement : un petit port de pêche de Sierra Leone, situé en bordure de la Guinée. C’est de là que toutes les opérations sont parties. En fait, ce débarquement ne devait pas avoir lieu avant deux semaines, voire un mois. La date en a été subitement avancée. C’est vrai. Pas du tout, comme on l’a dit, parce que nous redoutions que le rapprochement entre Sékou et Houphouët devienne gênant pour nous (nous n’avons pas de camp d’entraînement en Côte-d’Ivoire), mais pour une banale histoire de bateaux.

Voici, en effet, comment les choses se sont passées :

« Le 18 novembre, dans sa résidence de Toulouse, en France, le responsable de l’opération — sur le plan militaire du moins — est appelé d’urgence à Monaco. Celui qui commandera nos troupes de débarquement est un Guinéen d’une cinquantaine d’années. Il a longtemps servi dans l’armée française. qu’il a quittée avec le grade de commandant. Appelons-le le commandant X. Il se rend donc à Monaco, où l’attend la personne qui avait été chargée de trouver les quatre navires nécessaires à notre opération. C’est un Libano-Syrien, qui a vécu en Guinée avant l’indépendance. Il est arrivé la veille de Freetown où il s’occupe — entre autres choses — de courtage maritime. Il annonce d’emblée au commandant X qu’il a loué quatre bateaux à un armateur monégasque et que ces bateaux sont déjà en Sierra Leone depuis deux jours. Des batteries anti-aériennes ont été montées sur deux d’entre eux. “Il faut partir tout de suite“, dit-il.

Il s’agit de Commandant Thierno Ibrahima Diallo
(1922-1990). Une de ses filles est l’auteure de Guinée, 22 novembre 1970 : opération Mar verde. — T.S. Bah

Le commandant X gagne alors Genève, où il prend un avion pour Monrovia. Il est accompagné du négociateur libano-syrien qui, en homme prévoyant, a fait établir les (faux) passeports nécessaires pour passer la frontière entre le Liberia et la Sierra Leone. Les deux hommes roulent toute la journée et, le 20 novembre, arrivent enfin au petit port sierra-léonais qui est notre point de ralliement.

Commandant Thierno Diallo, 2è à gauche, avec des officiers portugais durant les préparatifs d'Operation Mar verde
Commandant Thierno Ibrahima Diallo (1922-1990), 2è à gauche, avec des officiers portugais durant les préparatifs d’Operation Mar verde

Deux cents hommes, tous d’origine guinéenne, y sont rassemblés. Ils sont tous bien armés de fusils mitrailleurs et de pistolets de marque soviétique. Ils sont vêtus de treillis kaki, un brassard vert au bras. Toute la nuit du 20 novembre et la journée du 21 novembre seront consacrées à l’examen de cartes et de plans de Conakry, à l’étude des objectifs à prendre ainsi qu’à la simulation du débarquement. Le 21, en début de soirée, les hommes sont répartis en huit équipes correspondant aux objectifs que nous nous proposons de prendre à Conakry et qui sont les suivants : la villa de “Bellevue”, où l’on croyait pouvoir localiser Sékou Touré ; la présidence de la République et la gendarmerie voisine ; le camp Samory; la centrale électrique; la radio; le pont de Tumbo; le camp Alpha Yaya et l’aéroport de Gbessia; enfin, le camp de la Garde républicaine de Camayenne.

Les différentes équipes sont réparties dans les quatre bateaux qui lèvent l’ancre. Direction : Conakry, qui sera atteint sans encombre vers 2 heures du matin. Les seuls Blancs qui aient participé à l’opération restent à bord : il s’agit des équipages – quatre à cinq hommes par bateau – “loués” avec leur bâtiment. Ce sont, si je me fie à leur accent, des Français de Marseille ou de Corse. Les deux groupes affectés à la prise de la présidence et de la radio furent les ·premiers à débarquer. Mal guidés, ils perdirent beaucoup de temps à longer les plages de Boutbinet. Et, au moment où ils allaient retrouver leur chemin, le groupe qui devait prendre la centrale électrique, parvenu entre temps à destination. coupait l’électricité plongeant la ville dans l’obscurité totale !

Débarquement : déroulement des opérations

Le groupe chargé d’investir la radio, composé d’une quinzaine de membres pourtant bien armés et bien entraînés, échouera lamentablement, entraînant l’échec de l’ensemble de l’opération. De son côté, le groupe ayant pour objectif le camp Alpha Yaya se rendait maître, sans difficulté, de l’aéroport Gbessia. Il passait alors deux heures à la recherche des fameux « Mig » de l’armée de l’air guinéenne, dont nous avions tous peur au départ. Sans résultat.

Le camp Samory, situé en plein centre de la ville, siège de l’état-major et du ministère de la Défense nationale, constituait aussi un objettif de tout premier plan. Vers 5 heures du matin, le camp sera totalement encerclé et les sentinelles désarmées, non sans mal puisque nous perdons deux hommes devant la porte principale du camp donnant sur la route du Niger, tandis que quelques officiers de l’armée régulière sont tués. Dans ce camp, nous faisons une cinquantaine de prisonniers, mais nous ne trouvons ni le ministre de la Défense nationale ni le chef d’état-major.

A ce moment commence une certaine période de flottement, due au fait que les “talkie-walkie” qui devaient permettre aux différents groupes de communiquer entre eux ne fonctionnent pas. Nous commençons à nous sentir un peu perd us dans la ville.

L’équipe du Camp Samory décide alors de partir à la recherche
des autres groupes qui opèrent dans divers quartiers de la ville. Au passage, elle prend le Palais du peuple où se sont retranchés quelques miliciens et quelques militaires qui n’opposent aucune résistance. Continuant sa progression, l’équipe du camp Samory opérera sa jonction avec le groupe ayant .pris la centrale électrique. Les deux groupes, n’ayant plus le contact avec les autres, perdront un temps précieux à attendre. Finalement, ils décideront de regagner les bateaux pour s’informer du résultat des autres opérations. Il est 9 heures du matin.

Quant au groupe chargé de prendre la présidence et la gendarmerie voisine, il s’acquittera bien de sa tâche et sans coup férir. Malheureusement, le président est introuvable. Sa femme est là, mais nul ne songe à la prendre en otage.

C’est le groupe qui visait Je camp de la Garde républicaine de Camayenne qui a le mieux réalisé ses objectifs. Fort de vingt hommes, il s’est rendu maître du camp le plus impopulaire de toute la Guinée : celui des prisonniers politiques . et des salles de torture. En l’espace d’un quart d’heure, la résistance des gardes (qui ont perdu dix hommes) était brisée. Une fois les portes électriques de la prison ouvertes, un spectacle hallucinant s’offrait aux yeux : 450 prisonniers, nus comme des vers et tous en plus mauvais état physique les uns que les autres. Certains prisonniers qui étaient restés enfermés pendant une longue période dans des cages de 60 cm de hauteur étaient recroqueviUés et avaient perdu la vue ainsi que l’usage de ·leurs jambes. On devait abandonner ceux-là dans la cour. Les plus valides prenaient les armes à nos côtés.

Deux faits ont marqué la prise du camp : venu s’informer de ce qui se passait, l’ancien ministre de la Défense nationale, le général Diane Lansana, reconnu par des prisonniers, a été passé par les armes. Le commandant du camp de Mafanco, venu ·Jui aussi aux nouvelles, a subi le même sort. Un Européen circulant en voiture devait également être tué devant le camp pour avoir refusé de répondre aux sommations.

Général Lansana Diané

Faux. Général Diané sortit indemne du Camp Boiro. Il ne fut fusillé que quinze ans plus tard en juillet 1985. Il figure parmi les victimes des réprésailles menées par le Comité militaire de redressement national (Cmrn) en réaction contre la tentative de coup d’Etat du colonel Diarra Traoré, ex-premier ministre, chef du gouvernement, d’avril à décembre 1984, sous la présidence du colonel Lansana Conté, chef de l’Etat. — T.S. Bah

Sékou Touré n’était pas là

Les prisonniers ont raconté qu’ils n’avaient droit qu’à une petite assiette de riz tous les trois jours. Ils ont dénoncé ceux qui dirigeaient les interrogatoires pénibles auxquels ils étaient soumis : le général Diané Lansana, le lieutenant Touré Siaka, neveu de Sékou Touré, un certain Chérif Nabaniou et Bama Mathos. Le préposé aux tortures était le lieutenant Oularé. Un prisonnier libéré n’a pas été reconnu par son frère, tant les souffrances l’avaient transformé. Ce camp était le symbole de la répression. C’est pourquoi sa prise a créé un choc psychologique très important en Guinée …

Le groupe chargé de prendre Sékou dans sa villa “Bellevue” se heurtera, quant à lui, à la seule opposition sérieuse rencontrée au cours de l’opération : des militants du PAIGC installés près de là, croyant que c’est à eux que nous en voulons, nous harcèlent. Nous sommes obligés de contreattaquer. L’affrontement sera meurtrier. Pour pas grandchose, puisque Sékou n’était pas là non plus. A 10 heures, en tout cas, tout est terminé.

Nous avons été vraiment frappés par l’apathie — pour ne pas dire l’absence — de l’armée, le manque de conviction de la milice et l’indifférence de la population. Les uns regardaient sans aucune réaction le va-et-vient des vedettes entre la côte et nos navires qui mouillaient au large. Nous avons pu dynamiter des vedettes dans le port aprè avoir fait reculer la foule qui assistait au spectacle. Les douaniers n’ont pas bougé.

Si le débarquement avait été mieux préparé, mieux coordonné et si l’équipe qui devait prendre la radio était parvenue à ses fins (elle n’a échoué que parce que son guide était terrorisé au point de ne plus pouvoir marcher), nous aurions renversé le régime de Sékou Touré. Nous sommes cependant revenus plus optimistes que jamais. Nous repartirons à l’assaut du régime. Cinquante combattants ont rembarqué dès 10 heures le dimanche 22 novembre, ramenant en Sierra Leone divers “trophées”. Les cent autres sont restés sur le territoire guinéen, se dirigeant vers la région de Kindia.

Depuis des années

Le commandant X. qui fut légèrement blessé à l’épaule au cours des combats de Conakry, est à la tête de ce groupe, dont les rangs ont été grossis par quelques prisonniers encore valides du camp de Camayenne.
Nous nous préparions à cette opération depuis de longs mois. Nous y songions depuis des années. Depuis 1966, exactement. Cette année-là, mes camarades et moi-même venions de terminer notre temps de service dans l’armée française, dans laquelle nous étions enrôlés du temps de la colonisation. Au moment de l’indépendance, certains d’entre nous avaient déjà voulu rentrer en Guinée. Les autorités nous en avaient dissuadés, nous conseillant de finir notre temps et de rentrer plus tard. Ce que nous fîmes. Le bateau, hélas, qui nous ramenait au pays ne put accoster : Sékou Touré ne voulait pas de nous. Nous dûmes nous réfugier au Sénégal, en France, en Côte-d’Ivoire. Nous sommes venus grossir les rangs des 500 000 réfugiés guinéens qui attendent de pouvoir rentrer chez eux. Notre opposition à Sékou Touré date de cette époque. Puisqu’il ne voulait pas nous accueillir de gré, il Je fera de force. Rien ne nous fera renoncer.

Sékou Touré croit pouvoir ruiner notre cause auprès de l’opinion en nous accusant d’avoir demandé le soutien des colonialistes portugais. Le procédé est grossier. Le Portugal nous a proposé — par Sénégalais interposés — de nous aider, c’est exact. Il y a de cela deux ans. Et, bien que chez certains d’entre nous l’exaspération fût telle qu’une alliance avec le “diable” ne les effrayait point, une majorité hostile à ce genre de compromis s’est dégagée d’emblée.

Nous avons agi seuls. Entre militaires. Nous n’avons même pas voulu associer à notre opération du 21 novembre les politiciens du FLNG, exilés à Dakar, Abidjan ou Paris. Si nous avions réussi, nous aurions peut-être fait appel à eux. Mais, dans un premier temps, la Guinée aurait été gouvernée par un directoire militaire peu enclin au jeu politique. Les Guinéens sont, depuis douze ans, victimes des mots. Nous ne voulons pas renverser Sékou Touré pour continuer à abreuver le peuple de discours.

Jeune Afrique No. 518 — 8 Decembre 1970

In Memoriam D. W. Arnott (1915-2004)

D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula
D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula

This article creates the webAfriqa homage and tribute to the memory of Professor David W. Arnott (1915-2004), foremost linguist, researcher, teacher and publisher on Pular/Fulfulde, the language of the Fulbe/Halpular of West and Central Africa. It is reproduces the obituary written in 2004 par Philip J. Jaggar. David Arnott belonged in the category of colonial administrators who managed to balance their official duties with in-depth social and cultural investigation of the societies their countries ruled. I publish quite a log of them throughout the webAfriqa Portal: Vieillard, Dieterlen, Delafosse, Person, Francis-Lacroix, Germain, etc.
The plan is to contributed to disseminate as much as possible the intellectual legacy of Arnott’s. Therefore, the links below are just part of the initial batch :

Tierno S. Bah


D. W. Arnott was a distinguished scholar and teacher of West African languages, principally Fulani (also known as Fula, Fulfulde and Pulaar) and Tiv, David Whitehorn Arnott, Africanist: born London 23 June 1915; Lecturer, then Reader, Africa Department, School of Oriental and African Studies 1951-66, Professor of West African Languages 1966-77 (Emeritus); married 1942 Kathleen Coulson (two daughters); died Bedale, North Yorkshire 10 March 2004.

He was one of the last members of a generation of internationally renowned British Africanists/linguists whose early and formative experience of Africa, with its immense and complex variety of peoples and languages, derived from the late colonial era.

Born in London in 1915, the elder son of a Scottish father, Robert, and mother, Nora, David Whitehorn Arnott was educated at Sheringham House School and St Paul’s School in London, before going on to Pembroke College, Cambridge, where he read Classics and won a “half-blue” for water polo. He received his PhD from London University in 1961, writing his dissertation on “The Tense System in Gombe Fula”.

Following graduation in 1939 Arnott joined the Colonial Administrative Service as a district officer in northern Nigeria, where he was posted to Bauchi, Benue and Zaria Provinces, often touring rural areas on a horse or by push bike. His (classical) language background helped him to learn some of the major languages in the area — Fulani, Tiv, and Hausa — and the first two in particular were to become his languages of published scientific investigation.

It was on board ship in a wartime convoy to Cape Town that Arnott met his wife-to-be, Kathleen Coulson, who was at the time a Methodist missionary in Ibadan, Nigeria. They married in Ibadan in 1942, and Kathleen became his constant companion on most of his subsequent postings in Benue and Zaria provinces, together with their two small daughters, Margaret and Rosemary.

From 1951 to 1977, David Arnott was a member of the Africa Department at the School of Oriental and African Studies (Soas), London University, as Lecturer, then Reader, and was appointed Professor of West African Languages in 1966. He spent 1955-56 on research leave in West Africa, conducting a detailed linguistic survey of the many diverse dialects of Fulani, travelling from Nigeria across the southern Saharan edges of Niger, Dahomey (now Benin), Upper Volta, French Sudan (Burkina Faso and Mali), and eventually to Senegal, Gambia, and Guinea. Many of his research notes from this period are deposited in the Soas library (along with other notes, documents and teaching materials relating mainly to Tiv and Hausa poetry and songs).

He was Visiting Professor at University College, Ibadan (1961) and the University of California, Los Angeles (1963), and attended various African language and Unesco congresses in Africa, Europe, and the United States. Between 1970 and 1972 he made a number of visits to Kano, Nigeria, to teach at Abdullahi Bayero College (now Bayero University, Kano), where he also supervised (as Acting Director) the setting up of the Centre for the Study of Nigerian Languages, and I remember a mutual colleague once expressing genuine astonishment that “David never seemed to have made any real enemies”. This was a measure of his integrity, patience and even-handed professionalism, and the high regard in which he was held.

Arnott established his international reputation with his research on Fula(ni), a widely used language of the massive Niger-Congo family which is spoken (as a first language) by an estimated eight million people scattered throughout much of West and Central Africa, from Mauritania and Senegal to Niger, Nigeria, Cameroon, Central African Republic and Chad (as well as the Sudan), many of them nomadic cattle herders.

Between 1956 and 1998 he produced almost 30 (mainly linguistic) publications on Fulani and in 1970 published his magnum opus, The Nominal and Verbal Systems of Fula (an expansion of his PhD dissertation), supplementing earlier works by his predecessors, the leading British and German scholars F.W. Taylor and August Klingenheben. In this major study of the Gombe (north-east Nigeria) dialect, he described, in clear and succinct terms, the complex system of 20 or more so-called “noun classes” (a classificatory system widespread throughout the Niger-Congo family which marks singular/plural pairs, often distinguishing humans, animals, plants, mass nouns and liquids). The book also advanced our understanding of the (verbal) tense- aspect and conjugational system of Fulani. His published research encompassed, too, Fulani literature and music.

In addition to Fulani, Arnott also worked on Tiv, another Niger-Congo language mainly spoken in east/central Nigeria, and from the late 1950s onwards he wrote more than 10 articles, including several innovative treatments of Tiv tone and verbal conjugations, in addition to a paper comparing the noun-class systems of Fulani and Tiv (“Some Reflections on the Content of Individual Classes in Fula and Tiv”, La Classification Nominale dans les Langues Négro-Africaines, 1967). Some of his carefully transcribed Tiv data and insightful analyses were subsequently used by theoretical linguists following the generative (“autosegmental”) approach to sound systems. (His colleague at Soas the renowned Africanist R.C. Abraham had already published grammars and a dictionary of Tiv in the 1930s and 1940s.)

In addition to Fulani and Tiv, Arnott taught undergraduate Hausa-language classes at Soas for many years, together with F.W. (“Freddie”) Parsons, the pre-eminent Hausa scholar of his era, and Jack Carnochan and Courtenay Gidley. He also pioneered the academic study of Hausa poetry at Soas, publishing several articles on the subject, and encouraged the establishment of an academic pathway in African oral literature.

The early 1960s were a time when the available language-teaching materials were relatively sparse (we had basically to make do with cyclostyled handouts), but he overcame these resource problems by organising class lessons with great care and attention, displaying a welcome ability to synthesise and explain language facts and patterns in a simple and coherent manner. He supervised a number of PhD dissertations on West African languages (and literature), including the first linguistic study of the Hausa language written by a native Hausa speaker, M.K.M. Galadanci (1969). He was genuinely liked and admired by his students.

David Arnott was a quiet man of deep faith who was devoted to his family. Following his retirement he and Kathleen moved to Moffat in Dumfriesshire (his father had been born in the county). In 1992 they moved again, to Bedale in North Yorkshire (where he joined the local church and golf club), in order to be nearer to their two daughters, and grandchildren.

Philip J. Jaggar
The Independent

Habré coupable ! Dadis à la barre !

Tchad. La Plaine des Morts
Tchad. La Plaine des Morts

Le glaive de la justice a doublement frappé l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré aujourd’hui à Dakar. Dirigeant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), le magistrat burkinaɓe Gberdao Gustave Kam, assisté des juges sénégalais Amady Diouf et Moustapha Bâ, a en effet reconnu l’accusé coupable de crimes contre l’humanité. Sujette à appel, la sentence de la cour est exemplaire et méritée : la prison à vie.
Ce jour est à marquer d’une pierre blanche, car il représente une victoire —maintes fois différée— des victimes sur les bourreaux dans l’Afrique post-coloniale.
Ce verdict constitue un jalon important dans la lutte contre l’impunité sur le continent. Mais il s’agit seulement d’une étape dans une course de fond et relai, d’une bataille dans une guerre permanente contre la tyrannie. D’autres despotes sont déjà tombés dans les filets de la justice. Exemples : l’ex-président du Libéria, Charles Taylor. Reconnu coupable de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’autres violations sérieuses de lois humanitaires internationales, il purge une peine de 50 ans de prison en Grande-Bretagne.

Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara

Le procès de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, s’est ouvert le 26 janvier dernier. Il répond à quatre chefs d’accusation relevant de crimes contre l’humanité — meurtre, viol et autres formes violence sexuelle, persécution et autres acts inhumains.
Comme on le voit les cas Habré et Ggagbo sont similaires aux crimes perpétrés en Guinée, de 1958 à nos jours.
Prenons le document intitulé “Report of the United Nations International Commission of Inquiry mandated to establish the facts and circumstances of the events of 28 September 2009 in Guinea”.

Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009
Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009

Le rapport accuse le chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, alors capitaine, et ses collaborateurs d’être responsables de :

  • Crimes contre l’humanité
  • Crimes spécifiques : meurtre, emprisonnement et autres atteintes sérieuses contre la liberté physique
  • Tortures et de traitements cruels, dégradants et inhumains
  • Viols, esclavage sexuel, et violences sexuelles
  • Disparitions forcées
  • Actes inhumains
  • Persécution sexuelle, politique et ethnique
  • Violations des droits fondamentaux
Hissène Habré, ex-président du Tchad
Hissène Habré, ex-président du Tchad

M. Alpha Condé est soi-disant le président démocratiquement élu de la Guinée depuis 2010. Utilisant différentes méthodes et tactiques dilatoires, il retarde et/ou bloque l’enquête sur les massacres de 2009. Paradoxalement, des opposants politiques de M. Condé (UFDG, Bloc Libéral) ont voulu associer Dadis —exilé à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso— à la campagne électorale de 2015, lui offrant ainsi une exonération éventuelle —extra-judiciaire et politicienne— face aux suspicions qui pèsent contre lui.
Mais les crimes énumérés ci-dessus restent punissables, quelque soit le délai mis pour déférer les accusés devant la justice. Il fallut 16 ans pour arrêter et juger Hissène Habré. Sept années se sont écoulées depuis la boucherie au stade du 28 septembre de Conakry. Il est temps que Moussa Dadis Camara passe à la barre.

Tierno S. Bah

Lire également :
A la barre. Hissène Habré condamné à la perpétuité : un procès pour l’histoire, mais des parts d’ombre
In landmark trial, former Chad dictator found guilty of crimes against humanity
La Plaine des Morts. Le Tchad de Hissène Habré

Vidéo : Reed Brody: The Dictator Hunter

Sable Mining. Corrupteurs et corrompus !

Le rapport de Global Witness (“The Deceivers”) a fait le tour du Web. Bravo pour l’investigation journalistique et bénévole. Elle contribue à démasquer la collusion entre les hégémonies extérieures (Europe, Amérique, Asie) et les “élites” intérieures (Afrique).
Le document ne fait cependant pas l’unanimité. Voici par exemple la réaction d’un Guinéen, qu’un correspondant a affichée sur ma page Facebook :

« Enquête ??? » s’interroge Touré Mohamed Hawa
Et de répondre, avec un naiveté et chauvinisme, et non sans se tromper dans l’orthographie du nom du chef du gouvernement britannique :
« Cette ONG Britannique ferait mieux de s’occuper de David Cameroon , leur Premier Ministre dans l’affaire Panama Papers avant tout…
Balayez devant votre propre maison d’abord!!!
N’importe quoi. »

Sable Mining. Schéma des rouages de la collusion entre corrupteurs extérieurs et corrompus intérieurs
Sable Mining. Schéma des rouages de la collusion entre corrupteurs extérieurs et corrompus intérieurs

Ma réponse à la réaction improvisée et non-fondée de M. Touré est la suivante :

Au 21è siècle les magouilles, manigances et malversations de la corruption endémique en Guinée et en Afrique seront exposées sur le Web. Qu’on le veuille ou non !

Pour commencer, le rapport de Global Witness s’attaque d’abord longuement aux activités suspectes de Phil Edmonds et Andrew Grovess : les hommes d’affaires et corrupteurs britanniques. Il expose clairment et dénonce sans ambiguité leurs manoeuvres et practiques corruptrices.

Ensuite, le document démontre leur influence nocive au Liberia.…

Au total Global Witness met à nu les “bénéficiaires” de l’argent de Sable Mining, les corrompus, dans cinq pays africains :

  • Liberia
  • Guinée
  • Mozambique
  • Zimbabwe
  • Afrique du Sud

On y retrouve des membres du gouvernement, des conseillers présidentiels, des haut-fonctionnaires, des officiers des forces de sécurité, etc.

Lire Sable Mining. The Deceivers: Guinea and Liberia

Il en découle que la cupidité et la veulerie des Africains et des Guinéens vont de pair avec l’aventurisme et le mépris que les escrocs étrangers ont pour les dirigeants du continent. Et comme toujours, l’Afrique et la Guinée sont perdantes.

Lire “Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure” in The Anatomy of the Resource Curse: Predatory Investment in Africa’s Extractive Industries

La Guinée et Alpha Condé ne sont donc pas les seules cibles de Global Witness.

Mieux, le rapport de l’ONG souligne que rien ne prouve la participation du président guinéen aux transactions fraduleuses, financières et monétaires, de Sable Mining. Global Witness s’abstient donc de le mettre directement en cause. Cela ne minimise en rien le climat d’affairisme maintenu, depuis 2010, par M. Alpha Condé, avec ses élections truquées et deux mandats présidentiels remportés au prix de la vie de dizaines de Guinéens et à coups de corruption.

C’est Alpha Mohammed Condé, le fils du président, et son copain, Aboubacar Sampil, qui sont personnellement et directement incriminés par leurs propres actes : emails authentiques et irréfutables, transferts  de millions de dollars à des comptes bancaires étrangers, etc.

Lancée par Sékou Touré, la malédiction des mines hante et ruine l’Etat guinéen depuis 1958. Elle a plongé le pays dans la débâcle. Elle l’y maintient aujourd’hui avec le népotisme et sous le despotisme déficitaire, défaillant et dérélictieux d’Alpha Condé.

Voir le film La danse avec l’aveugle (1978)

Tierno S. Bah