Les Hubbu du Fuuta-Jalon : lecture critique

Introduction

Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz
Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz

Je propose ici une lecture critique de l’article “Révolte, pouvoir, religion : les Hubbu du Fuuta-Jalon” par l’anthropologue et historien Roger Botte. Relativement fouillé et long, le document est le fruit de recherches d’un membre du Groupe d’Études comparatives des sociétés peules (GREFUL). Créé et animé depuis les années 1990, ce cercle groupe d’éminents chercheurs français. Roger Botte, Jean Boutrais et Jean Schmitz pilotent le GREFUL. Ensemble, ils  supervisèrent la publication de Figures peules (1999). Cet ouvrage de 534 pages est remarquable par la diversité des contributions qui le composent.
On peut visiter webPulaaku pour la bio-bibliographie des auteurs sus-nommés.

Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau iconique du berger pullo et prêtant son serment sur le Qur'an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.
Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau icotnique du pâtre  pullo et prêtant son serment sur le Qur’an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.

A l’instar d’initiatives similaires, le GREFUL fait un apport considérable aux études et à la connaissance du monde Fulɓe. Je  leur tire ici mon chapeau cônique de bouvier-vacher Pullo en signe de reconnaissance et d’hommage !

Pour plus de détails lire Fulɓe and Africa

En matière recherche le consensus — basé sur l’évidence des faits et l’adéquation de l’argumentation — est plus fréquent, voire plus important, que  l’unanimité. Et les sciences sociales sont soumises aux mêmes lois et règles de logique que leurs jumelles formelles et expérimentales. Victor Hugo formule éloquemment les astreintes et contraintes de la recherche scientifique lorsqu’il écrit : « La science est l’asymptote de la vérité. Elle approche sans cesse, et ne touche jamais. »
La republication sur webPulaaku des travaux collectifs et individuels de l’équipe du GREFUL  et de milliers d’autres sources (livres, périodiques, photos) épouse cette dynamique. Elle vise à enrichir la recherche, les connaissances culturelles, et l’éducation. Souscrivant à l’aphorisme de Hugo ci-dessus, l’objectif est de reconstruire sur le Web, autant que possible, la profonde et vaste expérience du monde fulɓe, alias “archipel peul”. Le contenu du site réflète différentes hypothèses, methodologies, théories, travaux de terrain, et opinions. Ces tensions sont inévitables.  On les retrouve présentes dans l’article de Roger Botte. J’en esquisse ici une lecture critique et constructive, certes. Mais là où c’est requis, ma démarche va aussi droit au but ; elle appelle les choses par leur nom en signalant les failles et les erreurs du document. Ce faisant, mon propos est de contribuer à la réflexion mûrie et à la communication positive. En définitive, surmontant les divergences inhérentes à la profession, espérons que la coopération permettra d’impulser les études fulɓe dans la voie de la recherche et de la publication
Mes remarques se rangent dans trois catégories :

  • Le contexte de préparation de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur
  • Le fond
  • La forme

Lecture critique : contexte, méthodologie, sources citées

Le contexte de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur

Racines lointaines et contexte récent

Aucune indication n’est fournie sur les recherches et les ressources mises en oeuvre dans la préparation de l’article, notamment l’étendue du travail sur le terrain en Guinée. Il faut cependant de relever la date de publication, 1988, qui se situe dans la période postérieure à la mort du président Sékou et au renversement de son régime par l’armée le 3 avril 1984.

La dictature “révolutionaire” étrangla la recherche scientifique. Elle déclara son chef omniscient, et proclama l’idéologie —versatile et à géométrie variable— du PDG comme le summum de la connaissance. La présence des chercheurs africains et étrangers fut découragée. Une autarcie intellectuelle débilitante s’installa. Elle plongea l’université et la recherche professionnelle et civile dans la sclérose et la médiocrité. Et Roger Botte n’aurait pas été autorisé à travailler sur le terrain. J’en sais un peu en tant que professeur et co-rédacteur en chef — avec mon collègue et ami Bailo Teliwel Diallo — de Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l’Université guinéenne, de 1975 à 1982, année de mon départ pour l’Université du Texas à Austin en tant que Fulbright-Hayes Senior Scholar. Malgré les obstacles matériels et financiers, l’édition universitaire réapparut péniblement en Guinée à travers cet organe. En effet Miriya était médiocrement appuyé par les autorités, et sa parution dépendait d’un équippement vétuste, cadeau de l’Allemagne de l’Est. Auparavant, de 1959-1965, la revue Recherches Africaines reprit le flambeau de la publication scientifique. Elle fut, elle-même, le prolongement d’Etudes Guinéennes (1947-1955), lancée par Georges Balandier dans le cadre du programme du Centre-IFAN de Guinée.

Balandier commença donc sa carrière en Guinée, où il connut et appuya intellectuellement la percée de Sékou Touré. Afrique ambiguë, son livre-référence, inclut la Guinée, en général, et le Fuuta-Jalon, en particulier. Après 1958, il poursuivit ses recherches ailleurs sur  le continent, avant de rentrer à Paris, où il émergea comme l’une figure de proue de l’Université française. Face à la politique répressive du leader, il devint, jusqu’à sa mort, un critique irréductible du régime guinéen.

Recherches Africaines bénéficia de l’apport d’éminents administrateurs, chercheurs et auteurs : Tierno Chaikou Baldé, Laye Camara, Ousmane Poreko Diallo, Mamadou Traoré Ray Autra, Jean Suret-Canale, Djibril Tamsir Niane, Nenekhaly Condetto Camara, etc. Ce succès suscita la jalousie de Sékou Touré, qui condamna la revue à l’asphyxie et à une mort silencieuse en 1965. Cinquante-deux plus tard, en cette année 2017, et Camp Boiro oblige, la recherche scientifique ne s’est pas remise de cette politique obscurantiste et destructrice.
En 1984 le régime militaire du CMRN ouvrit les portes de Boiro et de la Guinée aux contacts et aux visites des voisins et des étrangers. La chute du PDG intervint huit ans après le « complot peul »,  du nom de la conspiration montée contre les Fulɓe par Sékou Touré en 1976-77.

Lire La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls.

L’affaire souffla un vent hostile et meurtrier sur le Fuuta-Jalon. Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé (Sarakolé haalpular), et des dizaines de co-accusés périrent dans le Goulag guinéen. Pour asseoir le mensonge, Sékou Touré prononça trois discours incendiaires sur l’histoire du Fuuta, l’implantation difficile du PDG, la malhonnêteté, le manque d’intégrité, bref la moralité douteuse des habitants de la région, etc. Il fit des allégations, parfois rocambolesques, destinées à minimiser le rôle historique des Fulɓe sur leur propre sol ancestral. A contre-coeur, il concéda toutefois : « C’est l’intelligence, c’est la culture. Et les Peulhs avaient de leur côté, un stock culturel plus avancé. »
Trop tard, car il avait répandu le venin de la suspiscion,  et semé les graines de la division. Le pays frôla la haine inter-communautaire et les affrontements inter-ethniques armés. Exactement comme le PDG enflamma les relations entre Fulɓe et Sose dans sa marche forcée et ensanglantée vers le pouvoir.

Lire à ce sujet Bernard Charles. Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58).

Ancien officier et l’un des hommes des sales besognes de Sékou Touré, Général Lansana Conté utilisa la même stratégie de la violence afin de diviser pour régner. Deux de ces incitations sont consignées dans les annales douloureuses de l’histoire guinéenne : en 1985 avec son fameux “Wo fatara” (vous avez bien fait) lancé aux gones et aux loubards qui pillaient les propriétés maninka à Conakry, et en 1991 lorsque Conté poussa les Forestiers à massacrer des centaines de Maninka à Nzérékoré et ailleurs.

A partir de 1978 donc, on note le début de la révision de l’histoire de l’Etat théocratique du Fuuta-Jalon aux fins de réduire l’importance de l’hégémonie fulɓe. Ce révisonnisme fantaisiste se manifesta durant l’élection présidentielle de 2010. Il prit d’abord la forme de pogroms anti-fulɓe en Haute-Guinée ainsi que de campagnes d’intimidation par des donso (confrérie de chasseurs maninka).  Ces renégats violaient ouvertement l’antique code d’honneur de l’association. Ils n’étaient que des mercenaires aux ordres d’Alpha Condé et d’extrémistes de son parti, le RPG. Ensuite, au seuil de la présidentielle de 2015, le politicien et député Mansour Kaba — aujourd’hui relégué aux oubliettes — se démena comme un beau diable au nom d’un Manden-Jalon hypothétique et illusoire. Fruit de l’ignorance, figment d’une imagination sevrée  de l’Histoire, ces divagations parlaient  de noyauter et d’occulter la tradition de tolérance et la riche expérience de la nation pré-coloniale Fuutanke ; une communauté bâtie par l’Etat  théocentrique islamique supra-ethnique ; une société  pluri-éthnique  “structurée et disciplinée” (Telli Diallo 1957), incluant Fulɓe, Toroɓɓe, Jalonke, Sarakole, Jakanke, Sose, Maninka, Tyapi, Landuma, Nalu, Koniagui, Bassari, Badiaranke, Serer, Wolof, Bamana, etc.

Sory Kandia Kouyaté
Sory Kandia Kouyaté

C’est le lieu d’honorer la mémoire de Sori Kandia Kouyaté, l’un des plus illustres Jeli du 20è siècle, fils de Ditinn (Dalaba), et porteur émérite des cultures fulɓe et mande.

Hellaya. Sori Kandia Kouyaté chante en pular, son autre langue maternelle. Il est accompagné par l’orchestre Kélétigui Traoré et ses Tambourini.

Enfin, l’article de Roger Botte se fait un peu l’écho d’agitations idéologiques et politiciennes récentes et lointaines, ainsi que de la manipulation de l’histoire contre le Fuuta-Jalon. Le papier inclut ainsi des passages qui ne résistent pas à l’étude approfondie et à l’analyse professionnelle du passé. Roger Botte reprend, par exemple, la notion d’une certaine parité numérique Fulɓe-Mande parmi les fondateurs de la théocratie. Mais la liste qu’il en donne est plutôt vague et peu convaincante.

A suivre.

Tierno S. Bah

Le résistible leadership d’Houphouët-Boigny

Cinquante-six années durant, de 1937 à 1993, Félix Houphouët-Boigny (1905-1993) excerça un leadership multiple : traditionnel, syndical, politique, parlementaire et gouvernemental. Je continue ici mon exploration de la longue et complexe carrière du “père-fondateur” de la république de Côte d’Ivoire. Dans une première partie je  réfute et clarifie quelques assertions du “Vieux” sur la Guinée. Dans la deuxième partie, je passe en revue  son  leadership, qui, en tant que philosophie et pratique, résista plus d’un demi-siècle. Et qui, bien que balloté, survit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. Dans un état plus que jamais résistible.

Sources

Tour à tour description, commentaire et analyse, cet article s’inspire et exploite les sources suivantes :

Note. Je n’ai pas encore eu les ouvrages de Grah Mel sous la main. Je compte toutefois les présenter ici ou sur webAfriqa.

Première Partie
Réfutations et Clarifications

Sans perdre de vue, le rôle et la place d’Houphouët dans la Françafrique, je me concentre sur la dimension africaine du personnage et son influence déterminante sur l’évolution et l’implosion politiques de la Guinée. D’où la nécessité et l’utilité de réfuter et de clarifier un aspect des rapports initiaux entre  Sékou Touré et Félix Houphouët-Boigny.

Souvenir inexact

Houphouët-Boigny déclare :

« … un beau jour, on m’a appris qu’il y avait là-bas un jeune syndicaliste qui voulait rallumer le flambeau de la lutte du RDA. C’était Sékou Touré. Je me suis déplacé, je l’ai rencontré chez sa grand-tante qui me l’a recommandé…»

Date de rencontre erronée

Cette rencontre remonte vraisemblablement à 1951. Mais la remémoration est absolument inexacte. Car Houphouët-Boigny avait déjà fait la connaissance de Sékou Touré. Au Congrès constitutif du RDA en octobre 1946 à Bamako ! Sékou fit partie de la délégation guinéenne. Pierre Kipé, en témoigne dans le livre sus-mentionné.

Emergence de Sékou Touré

Ibrahima Baba Kaké écrit :

“Dès le départ Sékou Touré devient l’homme fort du RDA en Guinée.”

Erreur. L’arrivée de Sékou au devant de la scène publique fut différée de quatre ans : de 1947 à 1951. Des hommes plus âgés et de statut social plus élevé tinrent la barre du de la section guinéenne du RDA. Celle-ci fut créée en mai 1947 sous l’égide de Madeira Keita. Les principaux collaborateurs de celui-ci étaient:

Le jeune Sékou Touré venait au 5ème rang de la hiérarchie. Il était alors le secrétaire général adjoint du syndicat USCG. Au sein du comité directeur il partageait les responsabilités du poste des affaires économiques et sociales avec Nfa Mohamed Touré (commis des finances) et Fatoumata Ciré Bah (secrétaire du greffe et des parquets).
Houphouët-Boigny connaissait Sékou Touré depuis 1946 donc. D’où la fausseté du souvenir rappelé plus haut.

Houphouët-Boigny et les cousins Touré

Houphouët continue :

« Je l’ai (Sékou Touré) fait venir à Abidjan avec son cousin, Petit Touré, époux de ma propre nièce. Celui-là aussi n’est plus. »

Avant la montée au pouvoir de deux leaders du Rassemblement démocratique africain : l'Ivoirien Houphouët-Boigny (le parrain) et le Guinéen Sékou Touré (le poulain) modestement habillés et attablés, circa 1954.
Avant la montée au pouvoir de deux leaders du Rassemblement démocratique africain : l’Ivoirien Houphouët-Boigny (le parrain) et le Guinéen Sékou Touré (le poulain) modestement habillés et attablés, circa 1954.

Bailleur de fonds

Houphouët-Boigny ne se contenta pas seulement d’inviter Sékou Touré à Abidjan. Bien au contraire, il fut son bailleur de fonds. Il le soutint financièrement, lui prodiguant  conseils et lui apportant la solidarité du Rassemblement démocratique africain. Mieux, à partir de 1954, Bernard Cornut-Gentille, Gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française,  se joignit à l’Ivoirien dans le parrainage de Sékou Touré. La bienveillante protection des deux hommes éperonna la montée en flèche de Sékou au pouvoir  Nous verrons plus loin que le poulain se retournera contre ses parrains.

Cynisme ou sénilité

Houphouët-Boigny parle laconiquement de Petit Touré et de sa mort. Mais il ne dit pas comment, où et quand ? A lire ce passage on pourrait conclure que Petit Touré fut emporté par la maladie ou un accident de circulation. Hélas, macabre et tragique, la réalité est toute autre. Car Sékou Touré fut la cause de la disparition de Petit Touré. C’est sur son ordre que ce dernier périt de faim et de soif (diète noire) au Camp Boiro en 1965. Et quel fut son “crime” ? Il avait déposé la demande d’agrément et les statuts d’un parti d’opposition au PDG : le Parti de l’Unité Nationale de Guinée. Aux yeux de Sékou Touré c’était là un forfait punissable de mort. Le Vieux aurait dû saisir l’occasion du Colloque d’Abidjan pour réhabiliter la mémoire de Petit Touré. Mais non, par cynisme et/ou sénilité, il  se borna à verser des larmes de crocodile et à propager une image retouchée et trompeuse du dictateur guinéen.

Installés au pouvoir et présidents à vie de la Côte d'Ivoire et de la Guinée, Houphouët-Boigny et Sékou Touré sont conduits en Cadillac décapotable à Conakry en 1962 (Photo: Information Côte d'Ivoire)
Installés au pouvoir et présidents à vie de la Côte d’Ivoire et de la Guinée, respectivement, Houphouët-Boigny et Sékou Touré sont conduits en Cadillac décapotable à Conakry en 1962 (Photo: Information Côte d’Ivoire)

Notice biographique

Le nom de baptême du futur leader est Oufoué Djaa. Plus tard, converti au catholicisme, diplômé de l’Ecole William Ponty et jouissant du statut d’“évolué”, il francisa son nom en Félix Houphouët-Boigny. Boigny désigne le bélier en langue baulé. Le site Archive suggère que l’âge est tronqué. Il aurait vu le jour huit ans avant 1905, qui est la date consignée sur son acte de naissance ou jugement supplétif. Il appartiendrait donc à la génération de 1897, l’année précédente de l’arrestation de l’empereur Samori Touré à Guélémou, dans le territoire de la future Côte d’Ivoire.
Houphouët-Boigny se maria deux fois. Comme indiqué dans Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny, il épousa Khadija Racine Sow (1913-2006) en 1930 à Abengourou. Le couple divorça en 1952. Et Houphouët resta “célibataire” pendant 10 ans ans. En 1962 il se remaria avec Marie-Thérèse Brou, sa cadette de 25 ans. Ces secondes noces connurent des scandales. Car les époux menaient chacun une vie extra-maritale. Félix engendra une fillette hors-mariage. Pour sa part, volage et portée aux escapades, Thérèse s’absenta au moins une fois du foyer en 1957 pour une randonnée avec un Italien à Milan. Et elle compta Sékou Touré parmi ses amants. André Lewin signale que les deux amoureux eurent une intense et brève liaison.

A noter que le premier président guinéen récidiva dans les années 1970 en ajoutant Mme. William Tolbert à la liste de ses trophées féminins (Voir l’énumération —très partielle— des quelque 13 épouses et maîtresses). Sékou Touré mourut comme il avait vécu, emporté par une libido débridée et le tabagisme. Sur la table d’opération de la Clinique de Cleveland, les chirurgiens tentèrent en vain de le sauver de la syphilis cardiaque et de la sclérose des artères coronaire et pulmonaire. Lire Sékou Touré : la mort américaine.

Deuxième partie.
Un leadership résistible (1937-1993)

Ruth Morgenthau dessine autant que possible le cadre —social, économique, politique et culturel — qui engendra les partis politiques africains et leurs leaders à partir de 1946. La lecture de son livre montre que quatre forces se conjuguèrent pour produire Félix Houphouët-Boigny :

  • L’hégémonie française, coloniale et post-coloniale
  • La politique des partis et les contradictions des leaders
  • Les populations africaines
  • Le contexte mondial

Le livre Political Parties in French-Speaking West Africa est la  version améliorée de la thèse de doctorat (Ph.D.) de Ruth Morgenthau. De format compact l’ouvrage compte 439 pages. Mais une fabrication moins dense pourrait aisément attendre mille pages. Le corps du texte est enrichi de centaines de notes en bas de page, que j’ai regroupées en fin de chapitre. Publié en 1964, le travail fut généralement fut bien reçu à la fois pour contenu spécialisé en politologie, et pour sa dimension parfois inter-disciplinaire (histoire, anthropologie, ethnologie, économie). L’auteure effectua trois voyages de recherche sur le terrain, en 1951, 1960 et 1961. Sa préface contient une liste impressionnante d’informateurs : Ouezzin Coulibaly, Mamby Sidibé, Hampâté Bâ, Madany Mountaga Tall, Baidy Guèye, Sékou Touré, Seydou Diallo ,  N’Famara Keita, Telli Diallo, Karim Fofana, Idrissa Diarra Mahamane Alassane Haidara, Mamadou Aw, Seydou Badian Kouyaté, Abdoulaye Sangaré, Bernard Dadié, Urbain Nicoue, Issoufou Seydou Djermakoye, Senou Adande, Emile Derlin Zinsou, Doudou Guèye, Lamine Guèye, Mamadou Dia, Doudou Thiam, Assane et Ursula Seck, Abdoulaye Guèye, Abdoulaye Ly, etc.
Le livre examine la situation de quatre pays : Sénégal, Côte d’Ivoire, Mali, Guinée. Il s’ouvre par une solide introduction et trois chapitres généraux :

Un passage de l’introduction s’interroge avec pertinence : Comment doit-on comprendre l’usage de la référence Fama (roi en langue Maninka) pour désigner Sékou Touré en Guinée ? Ecouter, par exemple, le Bembeya Jazz national dans Regard sur le passé.

Après les quatre dossiers d’enquête, le livre propose une analyse d’ensemble et formule des opinions — parfois prémonitoires — dans les chapitres suivants :

Lacunes, erreurs, points faibles du livre

  • On relève des fautes de transcription des noms français. La confusion découle surtout des nuances du genre grammatical (masculin/féminin) du nom français.
  • L’auteur fait de Sékou Touré un descendant paternel de Samori Touré. En réalité, la parenté dérive de la mère de Sékou, une Camara. Bien qu’ayant le patronyme Touré, Alpha (le père de Sékou) n’était pas lié  à Samori.
  • L’eurocentrisme occidental apparaît çà et là à travers l’ouvrage ; ainsi al-Hajj Umar Tall et Samori sont traités de simples chefs guerriers. Aucun mot sur la production littéraire, l’impact théologique et le rayonnement spirituel du premier, ou  l’énergie organisationnelle et les aspirations unitaires du second.
  • La narration s’arrête à l’année 1961 alors que le livre fut publié en 1964. Une mise à jour avant la mise sous presse eût considérablement amélioré le contenu.
  • L’étiquette French-speaking est une généralisation excessive. Elle ne s’applique qu’à la minorité parlant la langue du colonisateur, qui reste,  pour l’écrasante majorité des Africains, un idiome étranger. Qui maintient des barrières linguistiques artificielles entre dirigeants europhones et administrés non-europhones.
  • Le livre est superficiel sur le rôle et la place de la religion en Côte d’Ivoire. Dommage, car le Christianisme était très actif. L’Eglise catholique, les syncrétismes religieux et les mouvements messianiques, par exemple, étaient impliqués dans le climat social de l’époque. Lire le Harrisme, Afrique: le harrisme et le déhima en Côte d’Ivoire coloniale, etc.
  • Ruth Morgenthau mentionne le Hamallisme ((1920-1950) en passant. Mais elle ne nomme pas le fondateur de ce courant Tijaniyya. Il s’agit bien sûr de Cheikh Hamahoullah ou Hamallah. Les travaux d’Alioune Traoré dégagent le portrait de ce sufi et saint anti-colonial. Tierno Bokar Salif Tall se plaça sous son allégeance spirituelle. Et mon grand-père, Tierno Aliou Buuɓa-Ndiyan, appuya l’enseignement et la voie du Cheikh. Que grâce  soit  rendue à tous les trois. Sous la ténébreuse Troisième République, son Empire Colonial et son régime de l’Indigénat, ces trois figures furent d’éminents porte-étendards de la tradition africaine et de l’orthodoxie sunni malékite.
  • Le livre rapporte un témoignage du sénateur Ouezzin Coulibaly au sujet de l’assassinat du sénateur Biaka Boda en janvier 1950. Mais la version donnée est, à mon avis, superficielle et inadmissible. Dans son roman satirique En attendant le vote des bêtes sauvages Ahmadou Kourouma campe mieux la vague de répression du RDA par les autorités coloniales entre 1949 et 1950. Elle liquida Biaka et faillit emporter Houphouët.

Les racines d’Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny n’inventa pas la politique des partis en Afrique Française. Avant l’arrivée à maturité de la génération d’Houphouët, entre 1905 et 1918, diverses associations et personnalités (africaines et afro-américaines) avaient allumé le flambeau de la lutte. Du côté français, Maurice Delafosse — un maître à penser d’Houphouët — présageait dès 1915 l’éveil et le combat des colonisés pour leur émancipation.  Cela dit, Houphouët reste un doyen et une figure de proue de la politique et de la gouvernance en dans l’Afrique moderne.

Les quatre communes de plein exercie du Sénégal (Saint-Louis, Gorée, Dakar, Rufisque) jouèrent également un rôle précurseur. Et Houphouët fit l’expérience de cette organisation et discriminatoire, et fut fortement lié au Sénégal. C’est, en effet, le pays de son alma mater (Ecole normale William Ponty) et de son beau-père, Racine Sow. Malheureusement, Houphouët se départit de ces liens et adopta une attitude paradoxale axée sur deux points : (a) son rejet de ce qu’il percevait comme “l’élitisme” saintlouisien et dakarois, (b) son opposition irréductible aux thèses fédéralistes des dirigeants sénégalais. La concurrence trouva son expression la plus aigüe en 1957-58 dans le débat entre fédéralistes (Lamine Guèye, Senghor, Sékou Touré, etc.) et territorialistes (Houphouët). La question posée était de savoir s’il fallait accéder à l’indépendance en tant que bloc ouest-africain fédéré ou bien en tant que territoires distincts. Voulant  éviter l’éclatement, Senghor créa le néologisme balkanisation et mit ses pairs en garde contre les conséquences d’une marche en ordre dispersé vers la souveraineté…
Lire également (a) The Emergence of Black politics in Senegal. The Struggle for Power in the Four Communes, 1900-1920
(b) Assimilés ou patriotes africains ? Naissance du nationalisme culturel en Afrique française (1853-1931) (c) Sékou Touré : Le Héros et le Tyran, chapitre 4, “Le Triomphe (1958-1959)”

De gauche à droite, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire), et l'abbé-président Fulbert Youlou (Congo-Brazzaville), avatar comique et accident tragique de la FrancAfrique. Le trio affiche une allure détendue. Pourtant, derrière le sourire persistaient des divergences profondes, une rivalité tenace, et, au bout du compte, l'affabilissement mutuel. Photo: Table-ronde d'Abidjan. 24 octobre 1960
De gauche à droite, Léopold Sédar Senghor (Sénégal), Félix Houphouët-Boigny (Côte d’Ivoire), et l’abbé-président Fulbert Youlou (Congo-Brazzaville), accident historique et avatar aberrant de la Françafrique. Le trio affiche une allure détendue. Pourtant, derrière le sourire persistaient des divergences profondes, une rivalité tenace, et, au bout du compte, l’affabilissement mutuel. Photo: Table-ronde d’Abidjan. 24 octobre 1960

Axe triangulaire

Morgenthau place les débuts d’Houphouët dans un axe triangulaire incluant :

  • La politique coloniale d’intéressement de planteurs Français
  • L’incorporation de la main-d’oeuvre forcée extra-territoriale
  • L’adoption  de la nouvelle économie de plantation par les Ivoriens et les immigrés

Politique d’intéressement

Ruth écrit (je traduis) : « A partir de 1930 les autorités coloniales de Côte d’Ivoire décidèrent d’intéresser des Français à venir s’installer comme planteurs des cultures d’exportation (cacao, café). Les premières actions se développèrent dans la ceinture forestière, à peu près au sud du 8° parallèle. Les plantations des Européens se situaient :

  1. A l’ouest de la rivère Bandama, près de Gagnoa, Daloa, et Man
  2. Le long de la côte méridionale, près de Grand Bassam, Abidjan, Grand Lahou, et Sassandra
  3. Le long de l’axe ferroviaire Agboville-Dimbokro-Bouaké, en forêt
  4. A Katiola et Korhogo dans la savanne septentrionnale.

une main-d’oeuvre forcée importée

Imposant le travail forcé, le régime de l’Indigénat importa une main-d’oeuvre abondante et bon marché. Ces recrutements obligatoires permirent la mise en valeur les plantations des Européens. Ainsi, le décret du 25 octobre 1925 organisa le mouvement des contingents des régions pauvres du nord vers le sud fertile. Le texte règlementa aussi la répartition du personnel importé  entre l’administration et les planteurs Européens. Devant la faible densité démographique  (9 habitants au km2) du sud, les colonisateurs contraignirent des travailleurs du nord de la Côte d’Ivoire, de la Guinée, et, surtout, de la Haute-Volta (Burkina Faso). Les statistiques officielles établissent qu’entre 1920 et 1930, plus de 190.000 Voltaïques furent incorporés dans les brigades de travail en Côte d’Ivoire.

Adoption  de la nouvelle économie de plantation par les Ivoriens

L’auteur souligne l’intérêt et la participation effective des Africains à l’économie de plantation. « Peu après l’installation des coloniaux, les Africains créèrent eux aussi des plantations. Plus petits que les domaines des Européens, leurs lots étaient éparpillés à travers la forêt. Dans l’entre-deux guerres (1918-1939), leurs plantations s’étendirent à l’est de la Bandama parmi les peuples Baulé et Agni. (Baule and Agni sont apparentés ; eux et les Ashanti du Ghana appartiennent à l’aire ethnique Akan).
La particularité de la colonie de Côte d’Ivoire découle du fait que des citadins et des “évolués” (diplômés de l’école française) s’intéressèrent et s’investirent dans l’économie de plantation. Ce faisant, ils se dégageaient de la dépendance salariale de la bureaucratie coloniale. Contrairement à la plupart des autres territoires — où les fonctionnaires dépendaient de l’administration — les colonisés pouvaient s’installer et vivre à leur compte. Mas la fièvre de plantation ne s’arrêta pas aux fonctionnaires. Elle gagna aussi les villageois illétrés, y compris les femmes. Chacun trouva dans la plantation un moyen d’améliorer son status économique et social. Les chefs traditionnels bénéficièrent de l’émergence de cette couche de planteurs de plus en plus prospères. Et la rivalité entre élites traditionelles et modernes s’atténua. L’économie de plantation et l’accès à l’argent rapprocha les chefs traditionnels — précoloniaux —et les chefs modernes. En conséquence, les chefs traditionnel acceptèrent un “évolué” et chef de statut secondaire, en l’occurrence,  Felix Houphouët-Boigny, comme leur porte-parole.
Toutefois, ces développements engendrèrent des clivages et des frictions. Ce fut notamment avec la distinction entre autochtones et “étrangers” ou “dioula”, c’est-à-dire les travailleurs immigrés — forcés et volontaires —  du Nord de la Côte d’Ivoire et de territoires voisins. Les graines de l’“ivoirité” venaient d’être semées. Avec elles, la dualité fondamentale, déconcertante et débilitante de la Côte d’Ivoire : terre d’inclusion et  d’exclusion, hospitalière et xénophobe. Cette contradiction débouchera en 2002 sur la crise politico-militaire, la guerre civile et la partition du pays entre le Nord et le Sud.

Carte ethnique de la Côte d'Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Carte ethnique de la Côte d’Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Carte politique de la Côte d'Ivoire. Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964
Source : Ruth S. Morgenthau. Political Parties in French-Speaking West Africa. 1964

Dans une prochaine livraion j’examine la carrière politique d’Houphouët-Boigny en quatre phases et périodes :

  • La phase organisationnelle et fondatrice
  • Dans l’opposition (RDA) et face à la répression coloniale
  • Récupération, collaboration et cooptation
  • “L’indépendance” et la présidence à vie

(A suivre)

Tierno S. Bah

Claude Rivière : un article hautement contestable

 

Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.
Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.

Investissements éducatifs en Guinée

PProfesseur de sociologie, Claude Rivière fut, dans les années 1960, doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Polytechnique, devenu Université de Conakry. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la Guinée. Mentionnons quelques titres :

En 1965, Claude Rivière était à mi-chemin de sa carrière sur le terrain en Guinée. C’est l’année de  publication de son papier intitulé “Les investissements éducatifs en République de Guinée” dans Cahiers d’études africaines. 1965(5): 20  pp. 618-634. Le texte complet est accessible sur Semantic Africa.

Lecture et réflexion faites, je trouve ce document hautement contestable. En conséquence, je prends ici le contrepied de certains passages. Et je réfute l’adéquation et la validité de l’article de Claude Rivière. Ma démarche s’articule sur deux plans : les considérations et objections générales, d’une part,  et les remarques sur des points spécifiques, d’autre part.

Considérations et objections générales

Rivière introduit l’article en ces termes :

Pour le Guinéen, la date la plus mémorable reste celle de son indépendance effective. Le 28 septembre 1958 marque en effet le tournant le plus décisif dans les destinées de sa nation qui a comme le sentiment de se relever d’un opprobre de soixante ans, puisque le 28 septembre 1898 s’effondrait l’empire Wassoulou soutenu par la résistance de l’Almamy Samory Touré, ancêtre du leader bien connu du pays : Sékou Touré.

Je reste perplexe devant le passage ci-dessus pour la raison suivante : l’auteur projette sur la Guinée de 1964-65 l’image et les sentiments que les citoyens nourissaient au lendemain du référendum du 28 septembre 1958. Mais cinq à six ans se sont écoulés entre la proclamation de la souveraineté guinéenne le 2 octobre 1958 et l’année de rédaction de cet article. Entretemps, comme on dit, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Et Rivière aurait réffléter une telle évolution. Hélas, au lieu de faire état de l’évolution compliquée du jeune, il se limite à évoquer l’euphorie des premières années de la république de Guinée.
Dans cette première partie, je me contenterai de rappeler le tournant crucial que l’année 1965 imprima à l’histoire politique de la Guinée. On lira donc ci-dessous quelques repères extraits de “Chronologie de la Guinée”, la section finale du Volume 8 de la biographie de Sékou Touré par André Lewin.

  • Du 7 au 13 janvier : Visite simultanée en Guinée du président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, et de Che Guevara, Guerillero Heroico et ministre cubain de l’économie et du commerce et d’une délégation de l’Union soviétique. Après Conakry, président Sékou Touré leur fait visiter successivement Labé, Pita et Dalaba.
  • 19 janvier : président Sékou Touré à Bamako pour présenter ses condoléances au président Modibo Keita, qui venait de perdre son père
  • 15 janvier : Doudou Thiam, ministre sénégalais des affaires étrangères, obtient à Conakry l’expulsion de Guinée des militants du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.)
  • 21 janvier : une rencontre Senghor-Houphouët-Sékou Touré prévue ce jour-là est annulée, essentiellement en raison des attaques de la Guinée contre le projet de création de l’Organisation de la Communauté Africaine et Malgache (OCAM)
  • 30 janvier : Sékou Touré, Houphouët et Modibo Keita se rencontrent à Nzérékoré
  • 14-15 mars : Sékou Touré, Nkrumah, Ben Bella et Modibo Keita se retrouvent en réunion secrète à Bamako, pour parler des suites à donner à la création de l’OCAM
  • 14-22 mai : réunion de la commission mixte franco-guinéenne (créée par les accords de mai 1963). Signature d’un arrangement sur le contentieux financier franco-guinéen, dont Nabi Youla est l’un des principaux artisans.
  • 24-30 mai : Le ministre d’Etat Saïfoulaye Diallo conduit une délégation ministérielle à Brazzaville
  • 3 juin : remaniement du gouvernement
  • 5 juin : Sékou Touré fait un discours à Labé fustigeant l’OCAM, qu’il qualifie d’Organisation Commune Africaine des Menteurs, mais il loue le général de Gaulle.
  • 19 juin : à Alger, Ben Bella est renversé par le colonel Houari Boumedienne, qui forme un nouveau gouvernement le 5 juillet
  • 20 juin : le Bureau politique national exprime sa profonde consternation.
  • 21 juin : Sékou Touré envoie Keita Fodéba à Alger (via Paris)
  • 4 juillet : nomination du premier général guinéen, Noumandian Keita, chef d’état major; son adjoint Kaman Diaby est nommé colonel
  • 10 août : Sékou Touré séjourne au Caire comme invité personnel de Gamal Abdel Nasser pour assister le 10 août au mariage de sa fille.
  • 30 juillet : Keita Fodéba préside une réunion sur les menées anti-guinéennes au Sénégal. Carvalho, l’ambassadeur du Sénégal, y assiste.
  • 11-13 août : le ministre algérien des affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, en visite à Conakry
  • 3 septembre : Conakry fait connaître son accord sur le rapatriement des militaires guinéens restés dans l’armée française.
  • 2 octobre : le général de Gaulle envoie un message à l’occasion de la fête de l’indépendance. Plusieurs personnalités françaises assistent à la réception donnée par l’ambassadeur de Guinée à Paris.
  • 6-8 octobre : Mennen Williams, secrétaire d’État américain adjoint pour l’Afrique, en Guinée. Le 7, il se rend avec Sékou Touré à Labé. A Conakry, il inaugure cinq génératrices thermiques fournies par l’aide américaine à la centrale électrique de la capitale.
  • 9 octobre : Mamadou Touré dit “Petit Touré”, directeur du Centre Guinéen du Commerce Intérieur, dépose les statuts d’un nouveau parti politique, le PUNG (Parti de l’Unité Nationale de Guinée), ainsi que Sékou Touré en avait encouragé le principe.
  • 11-12 octobre : arrestation de “Petit Touré”. Il sera accusé de complot en même temps que Bengaly Camara et Tounkara Jean Faraguet. Il décèdera le 31 octobre 1965 au Camp Camayenne (futur Camp Boiro). Sa veuve, Alamdia Keita, expulsée en 1970 vers son Niger natal, est décédée à Paris en 2009.
  • 29 octobre : à Paris, enlèvement de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. Il ne sera jamais retrouvé.
  • 1-5 novembre : le président égyptien Nasser en visite en Guinée. Il se rend à Kissidougou, Nzérékoré, Kankan et Labé.
  • 9 novembre : Radio Conakry annonce la découverte d’un complot autour de “Petit Touré”. La France, le Niger, la Haute-Volta et la Côte-d’Ivoire sont impliqués. A Paris, la France dément toute implication.
  • 12-13 novembre : Sékou Touré en Mauritanie pour le Sommet de Nouakchott des États riverains du fleuve Sénégal  — OERS : Sénégal, Mauritanie, Mali, Guinée.
  • 15 novembre: à Conakry, session du Conseil National de la Révolution. Léon Maka accuse de complot deux ministres français et l’ambassadeur de France, et met en cause Houphouët-Boigny.
  • 16 novembre: arrestation de l’ivoirien François Kamano; la Guinée dépose plainte contre la Côte d’Ivoire à l’OUA
  • 17 novembre : la Guinée demande à l’OUA d’enquêter sur les activités subversives financées par Houphouët. Le Conseil national de la Révolution établit un comité révolutionnaire permanent.
    Paris rappelle l’ambassadeur Koenig, qui a refusé sur instructions d’assister à une réunion du corps diplomatique au ministère des affaires étrangères, et notifie à l’ambassadeur de Guinée l’obligation de quitter la France. Le rappel coïncide avec la décision des autorités guinéennes d’expulser l’ambassadeur. Koenig quitte Conakry par avion dans l’après-midi.
    Le président  Maurice Yaméogo, depuis Paris, estime que les accusations guinéennes mettent en cause l’OUA et affirme que Sékou Touré veut démolir le Conseil de l’Entente. Le même jour, à Abidjan, Houphouët-Boigny dit qu’il y a une collusion entre Sékou Touré et Nkrumah pour masquer leur faillite politique, économique et humaine.
    Sur instructions personnelles du général de Gaulle à Jacques Foccart, les transferts de francs servant à rembourser le Trésor guinéen des pensions versées en monnaie nationale aux anciens combattants et pensionnés guinéens sont suspendues.
  • 18 novembre : Radio Conakry mentionne trois récentes tentatives d’assassinat contre Sékou Touré.
  • 19 novembre : remaniement ministériel. Keita Fodéba quitte le ministère de la Défense nationale et de l’Intérieur et devient ministre de l’Économie rurale et de l’Artisanat, Lansana Diané le remplace aux armées, Magassouba Moriba à l’intérieur et à la sécurité. Nabi Youla, secrétaire d’état à l’information, est nommé ambassadeur à Bonn pour la deuxième fois. Nenekhali Condetto devient secrétaire général de la Présidence. Commandant Zoumanigui, chef du cabinet militaire de Sékou Touré, devient commandant de la Gendarmerie.
  • 20 novembre : Conakry exige le départ de tous les membres de l’ambassade de France, qui quittent Conakry entre le 24 et le 26, à l’exception du chargé d’affaires Rey-Coquais.
  • 21 novembre : Senghor donne son accord pour que le Sénégal représente à Conakry les intérêts de la France. II préfère renoncer à cette mission le 25 novembre.
  • 26 novembre : le ministre de l’éducation reçoit Jean Cellier, président de l’Amicale des enseignants français en Guinée. Nombre de ces derniers veulent rester en Guinée. Sékou Touré s’adresse à eux le 29 novembre à l’Institut polytechnique.
  • 29 novembre : l’Italie donne son accord pour représenter les intérêts français en Guinée.
  • 6 décembre : Sékou Touré envoie à François Mitterrand un message de soutien pour l’élection à la présidence de la République.
  • 7 décembre : à New York, le représentant permanent de la Guinée, Achkar Marof, déclare devant le comité politique de l’Assemblée générale que la Guinée a été victime d’un complot permanent depuis 1958. Le délégué français réfute ces “calomnies incroyables”. A Conakry, Sékou Touré met en cause Jacques Foccart.
  • 8 décembre : à Rome, pendant le Concile Vatican II, Mgr Tchidimbo est reçu en audience privée par le Pape Paul VI, à qui il fait part de son souhait de quitter son poste en 1975 après le Centenaire de l’église catholique en Guinée, pour laisser son poste à un “Guinéen authentique”.
  • 19 décembre : au 2ème tour, le général de Gaulle est réélu président de la République française contre François Mitterrand (que Sékou Touré avait soutenu).
  • 31 décembre: par décret, la Guinée étend à 200 milles marins la limite de ses eaux territoriales

A suivre.

Tierno S. Bah

Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah

Dr. I. Sow, psychiatre Pullo, analyse Kumen

Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d'hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l'au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l'Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d'une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l''archange des troupeaux. Photo <a href="http://www.webguinee.net/bbliotheque/histoire/arcin/1911/tdm.html">Arcin</a>, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.
Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton pastoral de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d’hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l’au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l’Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d’une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l”archange des troupeaux. Photo Arcin, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.

Dr. Ibrahima Sow épelle Koumen (en réalité Kumen) dans un article détaillé doublé d’une exégèse élaborée et originale, qu’il intitule “Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste”. Le document parut dans Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. Numéro 19, juillet 1979. La contribution de Dr. Sow est basée sur Koumen, Texte initiatique des Pasteurs Peuls, le chef-d’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ, rédigé en français en collaboration avec l’éminente ethnologue française, Germaine Dieterlen. Gardée secrète par ses détenteurs Fulɓe, la version originale Pular/Fulfulde a peut-être disparue à jamais avec la mort de Hampâté.

Il ne faut pas confondre ce spécialiste avec Prof. Alfâ Ibrâhîm Sow.

Pour un glossaire sur le Pulaaku cosmogonique et culturel on peut se référer à ma liste en appendice à Koumen.

Dr. Sow est l’auteur de deux autres textes dans la même revue:

  • “Le Listixaar est-il une pratique divinatoire ?”
  • “La littérature, la philosophie, l’art et le local”

Ma réédition complète de l’analyse de Kumen par Dr. Sow est accessible sur Semantic Africa. J’ai (a) composé la table des matières, (b) créé les hyperliens internes et externes (c) ajouté des illustrations, pertinentes comme les liens Web.
La réflexion de l’auteur porte sur la cosmogonie, la centralité du Bovin, la religion, le divin, le couple Kumen/Foroforondu, le pastoralisme, les corrélations avec les sociétés voisines (Wolof, Jola, etc.). Le document met en exergue la croyance monothéiste en  Geno, l’Etre Suprême, que les Fulɓe adoraient des millénaires avant l’arrivée de l’Islam. D’où l’interchangeabilité des noms sacrés Geno et Allah dans la littérature ajamiyya islamique, sous la plume des saints et érudits musulmans, sur toute l’aire culturelle du Pulaaku, de la Mauritanie au Cameroun. Par exemple, la treizième strophe (vers 16 et 17) de la sublime Introduction de Oogirde Malal, déclare :

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa
Nafataa han nimse e wullitagol! »

L’Eternel dira : « Plus jamais ! Cela ne sera point !
A présent inutiles les regrets et les plaintes !

Le nom de Geno est fréquent sous la plume de Tierno Muhammadu Samba Mombeya, Usman ɓii Foduyee, Sheku Amadu Bari, Moodi Adama, Cerno Bokar Salif Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan, Amadou Hampâté Bâ, etc.

Table des matières

  • Introduction
  • Symbolisme et vision du monde peul
  • L’Autre féminin de Koumen
  • Le paradoxe, dimension du symbole
  • Le grand jeu de la réalité
  • Aux origines premières du monde
  • Le lion est un voyant
  • Foroforondou
  • Koumen le Pasteur divin
  • Une façon originale d’habiter le monde

Ardue mais bonne lecture à la découverte du Pulaaku antique et ésotérique, ni banal ou vulgaire !

Tierno S. Bah