Ramatullahi, la noble poétesse du Fuuta-Jalon

Ramatullaahi Telikoo
Majaaɗo Allah Gaynaali! Qui ignore Allah est perdu !
Poème en Pular du Fuuta-Jalon.
Exégèse de Christiane Seydou

Cahiers d’Études africaines. 1966, no.24, pp. 643-681

Christiane Seydou. Majaado-Allah Gaynaali. Cahiers d'etudes africaines. 1966
Christiane Seydou. Majaado-Allah Gaynaali. Cahiers d’etudes africaines. 1966

Christiane Seydou ne cache pas son admiration et son enthousiasme pour le poème de Ramatullahi. Elle s’en saisit et en fait une belle et savante exégèse. Dans l’introduction elle écrit :

« … ce poème, d’inspiration religieuse et mystique, est un de ces waajooji traditionnels qui traitent généralement de sujets élevés, et, le plus souvent, métaphysiques 3. Celui-ci n’est autre qu’un extraordinaire « sermon sur la mort » versifié avec une virtuosité que jamais n’entache aucune acrobatie verbale déplacée, et une puissance d’évocation et d’invocation à laquelle, comme envoûtée, l’imagination ne peut se dérober. »

Pour Christiane,

« La richesse de ce texte est telle, à tous points de vue, qu’il a semblé profitable d’en étudier très attentivement toutes les ressources et les dimensions, par une sorte d’exégèse scrupuleuse du fond lui-même tout autant que par l’analyse serrée des procédés poétiques qui en font une réussite artistique incontestable et une oeuvre littéraire d’une grande portée. »

En conclusion, Christiane Seydou avoue :

« Il est impossible, face à ce poème, de ne pas évoquer ce passage, extrait de Les Tragiques d’Agrippa d’Aubigné —  écrivain, poète, politicien, et militaire protestant du 16è siècle —, dont l’inspiration, les images, la technique poétique même se trouvent si étonnamment proches de celles de Ramatullaahi Telikoo… »

C’est là un grand hommage, car l’oeuvre d’Agrippa occupe une place importante dans la littérature française. Par exemple, d’Aubigné compte le titan littéraire Victor Hugo parmi ses distants admirateurs.…

Je propose ici ma lecture du poème en six enregistrements sonores. Chacun d’eux comporte huit strophes de trois vers ou tercets, pour un total de 192 vers. Des versions du texte complet sont accessibles, l’une dans La Femme. La Vache. La Foi (A.I.Sow, éd., non commentée), l’autre (avec la présentation et les commentaires détaillés de Christiane Seydou) sur Persée et sur SemanticAfrica.

Gimol Aranol – A. Strophes 1 à 8

Gimol Dimmol – B. Strophes 9 à 19

Gimol Tammol – C. Strophes 20 à 30

Gimol Nayaɓol – D. Strophes 31 à 41

Gimol Jowaɓol – E. Strophes 42 à 52

Gimol Jeegaɓol – F. Strophes 53 à 64
Yimoore : Ramatullahi Diallo, Telikoo (1870?-1930?)
Yimoowo: Tierno Siradiou Bah, Kompanya

Sunni, érudite et suufi, Ramatullahi s’affirme comme l’une des grandes plumes et voix du Pular littéraire. Maîtrisant l’arabe classique, elle emploie cette langue pour présenter   Majaaɗo Allah Gaynaali. Elle y décline son identité futanienne, ainsi que ses créances et affiliations islamiques.
Elle commence naturellement  par la formule tasmiyya, qui ouvre toutes les surates ou chapîtres du Qur’an :

Bismiil’Aahi ‘rrahmaani ‘rrahiimi

Cette formule initiale est aussi fréquente que la Shahada, le premier des cinq piliers de l’Islam. La norme UNICODE parvient à condenser toute la formule —  représentée ci-dessous en ligature arabe — à l’aide des huit caractères suivants : ﷽

La version Pular/Fulfulde est :

En barkinorii Innde Allaahu, Jom Moƴƴere Huuɓunde, Jom Moƴƴere Heerinnde

Ensuite Ramatullahi prononce les bénédictions conventionnelles pour le Prophète Muhammad, sa Famille et ses Compagnons :

wa sallal ‘Allahu ‘alaa sayyidinaa Muhammadin
wa ‘alaa ‘aalihi wa sahabihi wa sallama.

En Pular/Fulfulde :

Yo Allaahu juulu e Kohoo meeɗen Muhammadu
e Aalii’en makko e Sahaabaaɓe makko O hisna ɓe hisnude.

En quatrième position vient le tahmid :al hamdu lil’Aahi” (Allah soit Loué) — en Pular/Fulfulde Allahu jaarama,  qui continue l’ouverture.

En cinquième position, on lit trois dernières phrases qui sont une variante de louanges à Allah et de prières à l’intention du Prophète de l’Islam :

wa assalaatu wa assallaamu ‘alaa rasuuli Allahi
wa ‘alaa aalihi wa jamii’i hizbu Allahi.
wa ba’du, fa yaquulu ahwaju, waju ‘ibaadi Allahi

Noble et pieuse Ramatullahi

Les sept lignes finales de la préface en arabe révèlent la noble extraction et la pieuse personnalité de Ramatullahi. Elle y indique sa généalogie partielle, son village, son pays, et ses affiliations religieuses :

ilaa ramatul Allahi bun Muhammadu bun Ahmadu al-mahdiyyu
al-telikiyyu

al-fuuta-jaliyyu
al-magribiyyu
al-maalikiyyu
as-sh’a’riyya
al-qaadiriyyu

Traduction :

De la part de Ramatullahi, fille de Muhammadu, fils d’Ahmadu Mahdiyyu
De Telikoo
Du Fuuta-Jalon
De l’Occident
De Voie Malékite
De Loi Ash’ari
De Rite Qadri

En d’autres termes, Ramatullahi descend de Muhammadu, fils d’Ahmadu Mahdiyyu. Elle est de Telikoo, une misiide (paroisse) — du Diiwal (province) de Buriya —, dans le Fuuta-Jalon théocratique, pays situé  à l’ouest de La Mecque.
Elle est adepte de la Voie de l’Imam Malik et de la Loi Ash’ari. Enfin, elle appartient au rite Qadiriyya.

A suivre : Misiide Telikoo, Diiwal Buriyaa, Gilbert Viellard

Tierno S. Bah

Les Hubbu du Fuuta-Jalon : lecture critique

Introduction

Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz
Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz

Je propose ici une lecture critique de l’article “Révolte, pouvoir, religion : les Hubbu du Fuuta-Jalon” par l’anthropologue et historien Roger Botte. Relativement fouillé et long, le document est le fruit de recherches d’un membre du Groupe d’Études comparatives des sociétés peules (GREFUL). Créé et animé depuis les années 1990, ce cercle groupe d’éminents chercheurs français. Roger Botte, Jean Boutrais et Jean Schmitz pilotent le GREFUL. Ensemble, ils  supervisèrent la publication de Figures peules (1999). Cet ouvrage de 534 pages est remarquable par la diversité des contributions qui le composent.
On peut visiter webPulaaku pour la bio-bibliographie des auteurs sus-nommés.

Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau iconique du berger pullo et prêtant son serment sur le Qur'an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.
Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau icotnique du pâtre  pullo et prêtant son serment sur le Qur’an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.

A l’instar d’initiatives similaires, le GREFUL fait un apport considérable aux études et à la connaissance du monde Fulɓe. Je  leur tire ici mon chapeau cônique de bouvier-vacher Pullo en signe de reconnaissance et d’hommage !

Pour plus de détails lire Fulɓe and Africa

En matière recherche le consensus — basé sur l’évidence des faits et l’adéquation de l’argumentation — est plus fréquent, voire plus important, que  l’unanimité. Et les sciences sociales sont soumises aux mêmes lois et règles de logique que leurs jumelles formelles et expérimentales. Victor Hugo formule éloquemment les astreintes et contraintes de la recherche scientifique lorsqu’il écrit : « La science est l’asymptote de la vérité. Elle approche sans cesse, et ne touche jamais. »
La republication sur webPulaaku des travaux collectifs et individuels de l’équipe du GREFUL  et de milliers d’autres sources (livres, périodiques, photos) épouse cette dynamique. Elle vise à enrichir la recherche, les connaissances culturelles, et l’éducation. Souscrivant à l’aphorisme de Hugo ci-dessus, l’objectif est de reconstruire sur le Web, autant que possible, la profonde et vaste expérience du monde fulɓe, alias “archipel peul”. Le contenu du site réflète différentes hypothèses, methodologies, théories, travaux de terrain, et opinions. Ces tensions sont inévitables.  On les retrouve présentes dans l’article de Roger Botte. J’en esquisse ici une lecture critique et constructive, certes. Mais là où c’est requis, ma démarche va aussi droit au but ; elle appelle les choses par leur nom en signalant les failles et les erreurs du document. Ce faisant, mon propos est de contribuer à la réflexion mûrie et à la communication positive. En définitive, surmontant les divergences inhérentes à la profession, espérons que la coopération permettra d’impulser les études fulɓe dans la voie de la recherche et de la publication
Mes remarques se rangent dans trois catégories :

  • Le contexte de préparation de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur
  • Le fond
  • La forme

Lecture critique : contexte, méthodologie, sources citées

Le contexte de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur

Racines lointaines et contexte récent

Aucune indication n’est fournie sur les recherches et les ressources mises en oeuvre dans la préparation de l’article, notamment l’étendue du travail sur le terrain en Guinée. Il faut cependant de relever la date de publication, 1988, qui se situe dans la période postérieure à la mort du président Sékou et au renversement de son régime par l’armée le 3 avril 1984.

La dictature “révolutionaire” étrangla la recherche scientifique. Elle déclara son chef omniscient, et proclama l’idéologie —versatile et à géométrie variable— du PDG comme le summum de la connaissance. La présence des chercheurs africains et étrangers fut découragée. Une autarcie intellectuelle débilitante s’installa. Elle plongea l’université et la recherche professionnelle et civile dans la sclérose et la médiocrité. Et Roger Botte n’aurait pas été autorisé à travailler sur le terrain. J’en sais un peu en tant que professeur et co-rédacteur en chef — avec mon collègue et ami Bailo Teliwel Diallo — de Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l’Université guinéenne, de 1975 à 1982, année de mon départ pour l’Université du Texas à Austin en tant que Fulbright-Hayes Senior Scholar. Malgré les obstacles matériels et financiers, l’édition universitaire réapparut péniblement en Guinée à travers cet organe. En effet Miriya était médiocrement appuyé par les autorités, et sa parution dépendait d’un équippement vétuste, cadeau de l’Allemagne de l’Est. Auparavant, de 1959-1965, la revue Recherches Africaines reprit le flambeau de la publication scientifique. Elle fut, elle-même, le prolongement d’Etudes Guinéennes (1947-1955), lancée par Georges Balandier dans le cadre du programme du Centre-IFAN de Guinée.

Balandier commença donc sa carrière en Guinée, où il connut et appuya intellectuellement la percée de Sékou Touré. Afrique ambiguë, son livre-référence, inclut la Guinée, en général, et le Fuuta-Jalon, en particulier. Après 1958, il poursuivit ses recherches ailleurs sur  le continent, avant de rentrer à Paris, où il émergea comme l’une figure de proue de l’Université française. Face à la politique répressive du leader, il devint, jusqu’à sa mort, un critique irréductible du régime guinéen.

Recherches Africaines bénéficia de l’apport d’éminents administrateurs, chercheurs et auteurs : Tierno Chaikou Baldé, Laye Camara, Ousmane Poreko Diallo, Mamadou Traoré Ray Autra, Jean Suret-Canale, Djibril Tamsir Niane, Nenekhaly Condetto Camara, etc. Ce succès suscita la jalousie de Sékou Touré, qui condamna la revue à l’asphyxie et à une mort silencieuse en 1965. Cinquante-deux plus tard, en cette année 2017, et Camp Boiro oblige, la recherche scientifique ne s’est pas remise de cette politique obscurantiste et destructrice.
En 1984 le régime militaire du CMRN ouvrit les portes de Boiro et de la Guinée aux contacts et aux visites des voisins et des étrangers. La chute du PDG intervint huit ans après le « complot peul »,  du nom de la conspiration montée contre les Fulɓe par Sékou Touré en 1976-77.

Lire La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls.

L’affaire souffla un vent hostile et meurtrier sur le Fuuta-Jalon. Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé (Sarakolé haalpular), et des dizaines de co-accusés périrent dans le Goulag guinéen. Pour asseoir le mensonge, Sékou Touré prononça trois discours incendiaires sur l’histoire du Fuuta, l’implantation difficile du PDG, la malhonnêteté, le manque d’intégrité, bref la moralité douteuse des habitants de la région, etc. Il fit des allégations, parfois rocambolesques, destinées à minimiser le rôle historique des Fulɓe sur leur propre sol ancestral. A contre-coeur, il concéda toutefois : « C’est l’intelligence, c’est la culture. Et les Peulhs avaient de leur côté, un stock culturel plus avancé. »
Trop tard, car il avait répandu le venin de la suspiscion,  et semé les graines de la division. Le pays frôla la haine inter-communautaire et les affrontements inter-ethniques armés. Exactement comme le PDG enflamma les relations entre Fulɓe et Sose dans sa marche forcée et ensanglantée vers le pouvoir.

Lire à ce sujet Bernard Charles. Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58).

Ancien officier et l’un des hommes des sales besognes de Sékou Touré, Général Lansana Conté utilisa la même stratégie de la violence afin de diviser pour régner. Deux de ces incitations sont consignées dans les annales douloureuses de l’histoire guinéenne : en 1985 avec son fameux “Wo fatara” (vous avez bien fait) lancé aux gones et aux loubards qui pillaient les propriétés maninka à Conakry, et en 1991 lorsque Conté poussa les Forestiers à massacrer des centaines de Maninka à Nzérékoré et ailleurs.

A partir de 1978 donc, on note le début de la révision de l’histoire de l’Etat théocratique du Fuuta-Jalon aux fins de réduire l’importance de l’hégémonie fulɓe. Ce révisonnisme fantaisiste se manifesta durant l’élection présidentielle de 2010. Il prit d’abord la forme de pogroms anti-fulɓe en Haute-Guinée ainsi que de campagnes d’intimidation par des donso (confrérie de chasseurs maninka).  Ces renégats violaient ouvertement l’antique code d’honneur de l’association. Ils n’étaient que des mercenaires aux ordres d’Alpha Condé et d’extrémistes de son parti, le RPG. Ensuite, au seuil de la présidentielle de 2015, le politicien et député Mansour Kaba — aujourd’hui relégué aux oubliettes — se démena comme un beau diable au nom d’un Manden-Jalon hypothétique et illusoire. Fruit de l’ignorance, figment d’une imagination sevrée  de l’Histoire, ces divagations parlaient  de noyauter et d’occulter la tradition de tolérance et la riche expérience de la nation pré-coloniale Fuutanke ; une communauté bâtie par l’Etat  théocentrique islamique supra-ethnique ; une société  pluri-éthnique  “structurée et disciplinée” (Telli Diallo 1957), incluant Fulɓe, Toroɓɓe, Jalonke, Sarakole, Jakanke, Sose, Maninka, Tyapi, Landuma, Nalu, Koniagui, Bassari, Badiaranke, Serer, Wolof, Bamana, etc.

Sory Kandia Kouyaté
Sory Kandia Kouyaté

C’est le lieu d’honorer la mémoire de Sori Kandia Kouyaté, l’un des plus illustres Jeli du 20è siècle, fils de Ditinn (Dalaba), et porteur émérite des cultures fulɓe et mande.

Hellaya. Sori Kandia Kouyaté chante en pular, son autre langue maternelle. Il est accompagné par l’orchestre Kélétigui Traoré et ses Tambourini.

Enfin, l’article de Roger Botte se fait un peu l’écho d’agitations idéologiques et politiciennes récentes et lointaines, ainsi que de la manipulation de l’histoire contre le Fuuta-Jalon. Le papier inclut ainsi des passages qui ne résistent pas à l’étude approfondie et à l’analyse professionnelle du passé. Roger Botte reprend, par exemple, la notion d’une certaine parité numérique Fulɓe-Mande parmi les fondateurs de la théocratie. Mais la liste qu’il en donne est plutôt vague et peu convaincante.

A suivre.

Tierno S. Bah

Attaque de novembre 1970 : quarante-sept ans après

La date d’aujourd’hui marque le quarante-septième anniversaire de l’attaque du 22 novembte 1970 par un commando militaire portugais et des opposants guinéens armés contre Conakry. L’opération visait deux objectifs :

  • La libération des dix-huit prisonniers de guerre Portugais — dont le fils du maire de Lisbonne — qui avaient été capturés par la guerilla du PAIGC dirigée par Amilcar Cabral
  • L’élimination du Président Sékou Touré et l’abolition de son régime
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.

J’ai constitué le présent dossier pour rappeller à la mémoire ce bref épisode aux conséquences profondes et prolongées, draconniennes et inhumaines. Et qui continue de hanter la Guinée. Pour introduire cette sélection, j’ai choisi un extrait de l’analyse lucide de Sako Kondé, l’auteur de Guinée, le temps des fripouilles. Directeur général de la Douane jusqu’en 1965, cet intellectuel et critique implacable de la dictature guinéenne dresse, dans le chapitre IX du livre  “Pour l’honneur de la Guinée et de l’Afrique”, le réquisitoire du régime et celui des dirigeants de  l’opposition en exil. Il les met dans le même sac, et il rend  hommage aux Guinéens qui prirent les armes contre le régime. Sako Kondé écrit :

  « A l’aube du 22 novembre 1970, des Guinéens ont débarqué sur le sol natal, l’arme à la main, décidés à abattre la tyrannie ou à mourir. Si l’opération a tourné à la tragédie, ce ne fut pas, en tout cas, parce que le régime leur a opposé une quelconque résistance aux premières heures : il était virtuellement vaincu, le prétendu « attachement indéfectible » du peuple n’ayant à aucun moment joué. Ce fut à cause de la trahison des chefs politiques de l’affaire. Mais avant de mourir, les combattants ont fait revivre intensément une chose qu’on aurait cru désormais oubliée des Guinéens : le courage, l’audace. En accomplissant leur devoir comme ils l’ont fait, ils ont administré une terrible leçon à l’actuel personnel politique. Ils l’ont aussi donnée aux quelques Guinéens qui ont conduit l’affaire au niveau politique en la ramenant à la dimension d’une ténébreuse aventure, et prouvé qu’ils appartiennent au même type socio-politique que les dirigeants en place. Leur mort héroïque constitue le seul moment rassurant et encourageant de cette lamentable entreprise menée par de soi-disant opposants sous le signe de la médiocrité, de l’inconscience criminelle … Il nous fallait, avant de poursuivre, faire cette distinction essentielle et rendre hommage au courage de ces gars bien de chez nous. »

… La suite est accessible à la bibliothèque du Camp Boiro Mémorial.

La collection inclut aussi les documents suivants :

L’hebdomadaire annonça l’évènement avec en exclusivité le récit d’un des Guinéens de l’expédition. Mais l’informateur anonyme présente une version  erronée des faits. relevait de l’intoxation et de la propagande. Il prétend notamment que le coup avait été conçu, financé et exécuté entièrement par des Guinéens, sans l’appui ou la participation du Portugal. Ce qui était faux.…

Jeune Afrique corrige ici l’information erronée contenue dans le numéro 518 à propos d’une opération strictement organisée par l’opposition en exil.

Tierno S. Bah

Notes sur la Civilisation Fulɓe : racines et ramifications

Henri Lhote. Fouilles archéologiques. Station Ouan-Derbaouen. Figures europoides portant des coiffures en cimier similaires à celles des femmes du Fuuta-Jalon (Guinée)
Henri Lhote. Fouilles archéologiques. Station Ouan-Derbaouen du Tassili n’Ajjer (sud de l’Algérie). Peintures rupestres de “figures europoides” de 5000 ans av.-J.C. portant des coiffures en cimier similaires à celles (jubaade) des femmes du Fuuta-Jalon (Guinée). In Le peuplement du Sahara néolithique, d’après l’interprétation des gravures et des peintures rupestres. Journal de la Société des Africanistes. 1970 40 (40-2): 91-102. Lire sur webPulaaku. — Tierno S. Bah

Un correspondant a publié sur mon Facebook Wall l’information suivante datant du 17 avril 2009 et intitulée “Un village fulani en Algérie” :

« A Fulani village in Algeria
Anyone acquainted with West African history will be aware of the remarkable extent of the Fulani diaspora, stretching from their original homeland in Senegal all the way to Sudan. However, I was surprised to read the following note in a history of the Tidikelt region of southern Algeria (around In-Salah):
“Le village actuel de Sahel a été créé en 1779 par Sidi Abd el Malek des Foullanes, venu à Akabli dans l’intention de se joindre à une pèlerinage, dont le départ n’eut pas lieu… Les Foullanes sont des Arabes originaires du Macena (Soudan); il y a encore des Foullanes au Sokoto; Si Hamza, le cadi d’Akabli appartient à cette tribu.” (L. Voinot, Le Tidikelt, Oran, Fouque 1909, p. 63)
The current village of Sahel was created in 1779 by Sidi Abd el Malek of the Fulani, who had come to Akabli with the intention of joining a pilgrimage whose departure never occurred… The Fulani are Arabs originating from Macina (Sudan, modern-day Mali); there are still Fulani at Sokoto; Si Hamza, the qaid of Akabli, belongs to this tribe.)
I very much doubt there would be any traces of the language left (in Algeria) — even assuming that Sidi Abd el Malek came with a large enough entourage to make a difference — but wouldn’t it be interesting to check? »
Lameen Souag

Traduction des passages anglais ci-dessus:

Toute personne connaissant l’histoire de l’Afrique de l’Ouest est consciente de l’étendue remarquable de la diaspora Fulani, s’étendant de leur foyer originel au Sénégal jusqu’au Soudan (Khartoum). Cependant, j’étais surpris de lire la note suivante au sujet de l’histoire de la région de Tidikelt, au sud de l’Algérie (aux environs d’In-Salah).……
Le village actuel de Sahel fut fondé en 1779 par Sidi Abd el Malek, des Fulani, qui était venu à Akabli avec l’intention de se joindre au pèlerinage et dont le départ n’eut jamais lieu …
Les Fulani sont des Arabes originaires du Macina (Sudan, actuel Mali); il y a des Fulani au Sokoto; Si Hamza, le chef d’Akabli, appartient à cette tribu.
Je doute fort qu’il reste des traces de la langue (en Algerie) — même si l’on suppose que Sidi Abd el Malek vint avec un entourage large assez pour faire la différence — mais ne serait-il pas intéressant de vérifier ?

J’ai répondu sur Facebook en quelques points, que je reprends ici avec un peu plus de détails.

  1. Les fondateurs du village étaient en transit pour le pèlerinage à La Mecque. Pourquoi sont-ils restés sur place sans poursuivre leur randonnée ? Combien étaient-ils ?
  2. Rappel : le nom propre pluriel est Fulɓe ; au singulier Pullo.
    Leur nom varie cependant selon leurs contacts : Français et Maghrébins les appellent Foulanes, chez les Hausa ils deviennent des Fulani, pour les Wolof/Serères ces sont des Peuls, les Mande les désignent par Fula, les Sose en font des Fulè, etc.
  3. L’évolution historique, culturelle et politique des Fulɓe, couvre toute la gamme des formes d’organisation sociale: Tribu, Ethnie, Supra-ethnie, Nation et Civilisation.
    Mais, comme tous les peuples africains, ils n’ont pas fait — de façon autonome — l’expérience (positive et négative) de la révolution industrielle, à partir du 18è siècle. Avec ses prolongements dans la révolution numérique. Les conséquences de cette lacune historique sont connus : colonisation, domination, dépendance, sous-développement.
  4. La question de l’origine d’un peuple nomade aussi les Fulɓe est aussi vieille qu’on puisse remonter les sources écrites sur l’Afrique. Par les Arabes, d’abord, et ensuite par les Européens.
    Aujourd’hui, toutefois, il faut retenir que les racines et les ramifications des Fulɓe sont aussi africaines que celles de tout autre population autochtone du continent. Ils ne sont venus ni d’Orient (Proche, Moyen ou Extrême) ni même de l’Egypte proche de leur foyer probable de diffusion, c’est-à-dire l’antique Sahara.
  5. Rejettant les théories et les spéculations parfois absurdes, l’archéologie repère la présence des Fulɓe dans la région de Tassili n’Ajer (sud de l’Algérie) depuis au moins 5000 ans av-J.C.
    Consulter, par exemple, les travaux de Henri Lhote, par exemple, son article “L’extraordinaire aventure des Peuls”. Lhote fut l’un des premiers archéologues à explorer en détail les peintures rupestres des caves du Tassili. Entre autres impressions, il releva la forte ressemblance entre les figures dépeintes et la physionomie des Fulɓe contemporains. En 1962, Germaine Dieterlen (sa co-auteure de la version française de Kumen) invita son collègue Amadou Hampâté Bâ —qui était alors ambassadeur du Mali à l’UNESCO — à visiter l’exposition de Henri Lhote au musée de l’Homme à Paris. A la vue des images présentés, Hampâté s’exclama : “Mes ancêtres sont passés par là !” Et d’ajouter : “Mon peuple est extrêmement ancien.”
  6. L’Afrique est le berceau de l’humanité. C’est d’elle, et précisément dans l’actuel Sahara, que les précurseurs des Fulɓe se constituèrent dans la nuit des temps. Le Sahara était alors une région arrosée, fertile et abondante en vertes prairies, favorables à l’élevage et au nomadisme.…
  7. Au plan des sciences biologiques la recherche conjointe — génétique et génomique — du 21e siècle a établi le tour de force qu’est le séquençage de la vache. Les scientifiques concluent que ce mammifère subit une mutation génétique majeure. En vertu de cette évolution, elle devint capable de consommer de la nourriture de faible qualité (herbe, feuilles, écorces) et de les transformer en produits riches en protéines (lait, viande), indispensables à la vie. Il fallut six ans d’efforts et une équipe de 25 chercheurs pour réaliser le séquençage. Boubacar Diallo, ingénieur d’élevage en Guinée, fut associé aux travaux. Non pas parce que son pays soit doté d’une infrastructure moderne de recherche, mais surtout pour son appartenance à une ethnie associée avec, et spécialiste traditionnelle du bovidé.
    Lire “The Genome Sequence of Taurine Cattle: A Window to Ruminant Biology and Evolution.”
    De son côté, la base de données du laboratoire Domestic Animal Genetic Resources Information System  (Dagris) contient la liste de quelque 120 groupes, sous-groupes et hybrides de l’espèce bovine en Afrique. Le cinquième de ce catalogue se réfère, directement ou indirectement, au domaine Fulɓe, avec des noms de bétail tels que N’Dama, Fulani, Gambian Longhorn, Red Fulani, White Fulani, Fellata, Sokoto, Yola, Gudali, M’Bororo, Adamawa, Red Bororo, Fulani Sudanese, etc.
  8. Il y a environ 10.000 ans des communautés humaines domestiquèrent le bovin (vache, taureau) et en fait un partenaire inséparable. Les Proto-Fulbe prirent part à cette invention, qui propulsa l’entrée de l’humanité dans la civilisation.
  9. Il a été également prouvé que l’espèce bovine d’Afrique et celle d’Asie se sont génétiquement différenciées il y a de 22,000 ans. Chaque d’elle acquit depuis des traits spécifiques.
    La leçon à tirer est claire : Tout comme les premiers Fulbe, le bovidé du continent est entièrement africain. Il n’est venu de l’Asie ni de l’Europe. Lire “Cattle Before Crops: The Beginnings of Food Production in Africa” sur Semantic Africa.
  10. Le même document souligne que contrairement à l’évolution constatée sur d’autres continents, l’Afrique inventa l’élevage avant l’agriculture. D’où le titre “Bétail avant Cultures” (Cattle Before Crops) du rapport technique.
  11. J’ai tenté de dégager (en anglais sur Semantic Africa) la convergence entre la cosmogonie millénaire des Fulɓe et la science de pointe du 21è siècle. Wikipédia me vient en renfort en indiquant que la complexion génétique de l’être humain et celle de la vache sont à 80 pour cent identiques. Est-il surprenant, dès lors, que ce mammifère occupe, depuis plus de 10 siècles, une place centrale dans l’expérience humaine. Les Egyptiens, les Juifs, les Hindous, etc. ont, hier et/ou aujourd’hui, rejoignent les Fulbe dans la perpétuation d’une compagnie que certains considèrent symbiotique.
  12. Voir également le diagramme conceptuel qui donne une visualisation condensée de l’exploration complexe des Fulɓe, qui incluent plusieurs autres populations.

Se référer au diagramme comparatif des patronymes Fulɓe, Takruri (Toucouleur) et Wasolon sur Semantic Africa. (format PDF, téléchargeable)

Tierno S. Bah

Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah