Notes sur la Civilisation Fulɓe : racines et ramifications

Henri Lhote. Fouilles archéologiques. Station Ouan-Derbaouen. Figures europoides portant des coiffures en cimier similaires à celles des femmes du Fuuta-Jalon (Guinée)
Henri Lhote. Fouilles archéologiques. Station Ouan-Derbaouen du Tassili n’Ajjer (sud de l’Algérie). Peintures rupestres de “figures europoides” de 5000 ans av.-J.C. portant des coiffures en cimier similaires à celles (jubaade) des femmes du Fuuta-Jalon (Guinée). In Le peuplement du Sahara néolithique, d’après l’interprétation des gravures et des peintures rupestres. Journal de la Société des Africanistes. 1970 40 (40-2): 91-102. Lire sur webPulaaku. — Tierno S. Bah

Un correspondant a publié sur mon Facebook Wall l’information suivante datant du 17 avril 2009 et intitulée “Un village fulani en Algérie” :

« A Fulani village in Algeria
Anyone acquainted with West African history will be aware of the remarkable extent of the Fulani diaspora, stretching from their original homeland in Senegal all the way to Sudan. However, I was surprised to read the following note in a history of the Tidikelt region of southern Algeria (around In-Salah):
“Le village actuel de Sahel a été créé en 1779 par Sidi Abd el Malek des Foullanes, venu à Akabli dans l’intention de se joindre à une pèlerinage, dont le départ n’eut pas lieu… Les Foullanes sont des Arabes originaires du Macena (Soudan); il y a encore des Foullanes au Sokoto; Si Hamza, le cadi d’Akabli appartient à cette tribu.” (L. Voinot, Le Tidikelt, Oran, Fouque 1909, p. 63)
The current village of Sahel was created in 1779 by Sidi Abd el Malek of the Fulani, who had come to Akabli with the intention of joining a pilgrimage whose departure never occurred… The Fulani are Arabs originating from Macina (Sudan, modern-day Mali); there are still Fulani at Sokoto; Si Hamza, the qaid of Akabli, belongs to this tribe.)
I very much doubt there would be any traces of the language left (in Algeria) — even assuming that Sidi Abd el Malek came with a large enough entourage to make a difference — but wouldn’t it be interesting to check? »
Lameen Souag

Traduction des passages anglais ci-dessus:

Toute personne connaissant l’histoire de l’Afrique de l’Ouest est consciente de l’étendue remarquable de la diaspora Fulani, s’étendant de leur foyer originel au Sénégal jusqu’au Soudan (Khartoum). Cependant, j’étais surpris de lire la note suivante au sujet de l’histoire de la région de Tidikelt, au sud de l’Algérie (aux environs d’In-Salah).……
Le village actuel de Sahel fut fondé en 1779 par Sidi Abd el Malek, des Fulani, qui était venu à Akabli avec l’intention de se joindre au pèlerinage et dont le départ n’eut jamais lieu …
Les Fulani sont des Arabes originaires du Macina (Sudan, actuel Mali); il y a des Fulani au Sokoto; Si Hamza, le chef d’Akabli, appartient à cette tribu.
Je doute fort qu’il reste des traces de la langue (en Algerie) — même si l’on suppose que Sidi Abd el Malek vint avec un entourage large assez pour faire la différence — mais ne serait-il pas intéressant de vérifier ?

J’ai répondu sur Facebook en quelques points, que je reprends ici avec un peu plus de détails.

  1. Les fondateurs du village étaient en transit pour le pèlerinage à La Mecque. Pourquoi sont-ils restés sur place sans poursuivre leur randonnée ? Combien étaient-ils ?
  2. Rappel : le nom propre pluriel est Fulɓe ; au singulier Pullo.
    Leur nom varie cependant selon leurs contacts : Français et Maghrébins les appellent Foulanes, chez les Hausa ils deviennent des Fulani, pour les Wolof/Serères ces sont des Peuls, les Mande les désignent par Fula, les Sose en font des Fulè, etc.
  3. L’évolution historique, culturelle et politique des Fulɓe, couvre toute la gamme des formes d’organisation sociale: Tribu, Ethnie, Supra-ethnie, Nation et Civilisation.
    Mais, comme tous les peuples africains, ils n’ont pas fait — de façon autonome — l’expérience (positive et négative) de la révolution industrielle, à partir du 18è siècle. Avec ses prolongements dans la révolution numérique. Les conséquences de cette lacune historique sont connus : colonisation, domination, dépendance, sous-développement.
  4. La question de l’origine d’un peuple nomade aussi les Fulɓe est aussi vieille qu’on puisse remonter les sources écrites sur l’Afrique. Par les Arabes, d’abord, et ensuite par les Européens.
    Aujourd’hui, toutefois, il faut retenir que les racines et les ramifications des Fulɓe sont aussi africaines que celles de tout autre population autochtone du continent. Ils ne sont venus ni d’Orient (Proche, Moyen ou Extrême) ni même de l’Egypte proche de leur foyer probable de diffusion, c’est-à-dire l’antique Sahara.
  5. Rejettant les théories et les spéculations parfois absurdes, l’archéologie repère la présence des Fulɓe dans la région de Tassili n’Ajer (sud de l’Algérie) depuis au moins 5000 ans av-J.C.
    Consulter, par exemple, les travaux de Henri Lhote, par exemple, son article “L’extraordinaire aventure des Peuls”. Lhote fut l’un des premiers archéologues à explorer en détail les peintures rupestres des caves du Tassili. Entre autres impressions, il releva la forte ressemblance entre les figures dépeintes et la physionomie des Fulɓe contemporains. En 1962, Germaine Dieterlen (sa co-auteure de la version française de Kumen) invita son collègue Amadou Hampâté Bâ —qui était alors ambassadeur du Mali à l’UNESCO — à visiter l’exposition de Henri Lhote au musée de l’Homme à Paris. A la vue des images présentés, Hampâté s’exclama : “Mes ancêtres sont passés par là !” Et d’ajouter : “Mon peuple est extrêmement ancien.”
  6. L’Afrique est le berceau de l’humanité. C’est d’elle, et précisément dans l’actuel Sahara, que les précurseurs des Fulɓe se constituèrent dans la nuit des temps. Le Sahara était alors une région arrosée, fertile et abondante en vertes prairies, favorables à l’élevage et au nomadisme.…
  7. Au plan des sciences biologiques la recherche conjointe — génétique et génomique — du 21e siècle a établi le tour de force qu’est le séquençage de la vache. Les scientifiques concluent que ce mammifère subit une mutation génétique majeure. En vertu de cette évolution, elle devint capable de consommer de la nourriture de faible qualité (herbe, feuilles, écorces) et de les transformer en produits riches en protéines (lait, viande), indispensables à la vie. Il fallut six ans d’efforts et une équipe de 25 chercheurs pour réaliser le séquençage. Boubacar Diallo, ingénieur d’élevage en Guinée, fut associé aux travaux. Non pas parce que son pays soit doté d’une infrastructure moderne de recherche, mais surtout pour son appartenance à une ethnie associée avec, et spécialiste traditionnelle du bovidé.
    Lire “The Genome Sequence of Taurine Cattle: A Window to Ruminant Biology and Evolution.”
    De son côté, la base de données du laboratoire Domestic Animal Genetic Resources Information System  (Dagris) contient la liste de quelque 120 groupes, sous-groupes et hybrides de l’espèce bovine en Afrique. Le cinquième de ce catalogue se réfère, directement ou indirectement, au domaine Fulɓe, avec des noms de bétail tels que N’Dama, Fulani, Gambian Longhorn, Red Fulani, White Fulani, Fellata, Sokoto, Yola, Gudali, M’Bororo, Adamawa, Red Bororo, Fulani Sudanese, etc.
  8. Il y a environ 10.000 ans des communautés humaines domestiquèrent le bovin (vache, taureau) et en fait un partenaire inséparable. Les Proto-Fulbe prirent part à cette invention, qui propulsa l’entrée de l’humanité dans la civilisation.
  9. Il a été également prouvé que l’espèce bovine d’Afrique et celle d’Asie se sont génétiquement différenciées il y a de 22,000 ans. Chaque d’elle acquit depuis des traits spécifiques.
    La leçon à tirer est claire : Tout comme les premiers Fulbe, le bovidé du continent est entièrement africain. Il n’est venu de l’Asie ni de l’Europe. Lire “Cattle Before Crops: The Beginnings of Food Production in Africa” sur Semantic Africa.
  10. Le même document souligne que contrairement à l’évolution constatée sur d’autres continents, l’Afrique inventa l’élevage avant l’agriculture. D’où le titre “Bétail avant Cultures” (Cattle Before Crops) du rapport technique.
  11. J’ai tenté de dégager (en anglais sur Semantic Africa) la convergence entre la cosmogonie millénaire des Fulɓe et la science de pointe du 21è siècle. Wikipédia me vient en renfort en indiquant que la complexion génétique de l’être humain et celle de la vache sont à 80 pour cent identiques. Est-il surprenant, dès lors, que ce mammifère occupe, depuis plus de 10 siècles, une place centrale dans l’expérience humaine. Les Egyptiens, les Juifs, les Hindous, etc. ont, hier et/ou aujourd’hui, rejoignent les Fulbe dans la perpétuation d’une compagnie que certains considèrent symbiotique.
  12. Voir également le diagramme conceptuel qui donne une visualisation condensée de l’exploration complexe des Fulɓe, qui incluent plusieurs autres populations.

Se référer au diagramme comparatif des patronymes Fulɓe, Takruri (Toucouleur) et Wasolon sur Semantic Africa. (format PDF, téléchargeable)

Tierno S. Bah

Breaking Down Democracy

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Arch Puddington
Breaking Down Democracy:
The Strategies, Goals, and Methods of Modern Authoritarians
Freedom House, Democracy Studies. June 2017

Contents

Executive Summary
Introduction: Modern Authoritarians: Origins, Anatomy, Outlook
Chapter 1. Validating Autocracy through the Ballot
Chapter 2. Propaganda at Home and Abroad
Chapter 3. The Enemy Within: Civil Society at Bay
Chapter 4. The Ministry of Truth in Peace and War
Chapter 5. The Rise of ‘Illiberal Democracy’
Chapter 6. Flacks and Friends
Chapter 7. Bullying the Neighbors: Frozen Conflicts, the Near Abroad, and Other Innovations
Chapter 8. Back to the Future
Conclusion: Authoritarianism Comes Calling

Executive Summary

The 21st century has been marked by a resurgence of authoritarian rule that has proved resilient despite economic fragility and occasional popular resistance. Modern authoritarianism has succeeded, where previous totalitarian systems failed, due to refined and nuanced strategies of repression, the exploitation of open societies, and the spread of illiberal policies in democratic countries themselves. The leaders of today’s authoritarian systems devote fulltime attention to the challenge of crippling the opposition without annihilating it, and flouting the rule of law while maintaining a plausible veneer of order, legitimacy, and prosperity.

Central to the modern authoritarian strategy is the capture of institutions that undergird political pluralism. The goal is to dominate not only the executive and legislative branches, but also the media, the judiciary, civil society, the commanding heights of the economy, and the security forces. With these institutions under the effective if not absolute control of an incumbent leader, changes in government through fair and honest elections become all but impossible. Unlike Soviet-style communism, modern authoritarianism is not animated by an overarching ideology or the messianic notion of an ideal future society. Nor do today’s autocrats seek totalitarian control over people’s everyday lives, movements, or thoughts. The media are more diverse and entertaining under modern authoritarianism, civil society can enjoy an independent existence (as long as it does not pursue political change), citizens can travel around the country or abroad with only occasional interference, and private enterprise can flourish (albeit with rampant corruption and cronyism).

This study explains how modern authoritarianism defends and propagates itself, as regimes from different regions and with diverse socioeconomic foundations copy and borrow techniques of political control. Among its major findings:

  • Russia, under President Vladimir Putin, has played an outsized role in the development of modern authoritarian systems. This is particularly true in the areas of media control, propaganda, the smothering of civil society, and the weakening of political pluralism. Russia has also moved aggressively against neighboring states where democratic institutions have emerged or where democratic movements have succeeded in ousting corrupt authoritarian leaders.
  • The rewriting of history for political purposes is common among modern authoritarians. Again, Russia has taken the lead, with the state’s assertion of authority over history textbooks and the process, encouraged by Putin, of reassessing the historical role of Joseph Stalin.
  • The hiring of political consultants and lobbyists from democratic countries to represent the interests of autocracies is a growing phenomenon. China is clearly in the vanguard, with multiple representatives working for the state and for large economic entities closely tied to the state. But there are also K Street representatives for Russia, Kazakhstan, Azerbaijan, Turkey, Ethiopia, and practically all of the authoritarian states in the Middle East.
  • The toxic combination of unfair elections and crude majoritarianism is spreading from modern authoritarian regimes to illiberal leaders in what are still partly democratic countries. Increasingly, populist politicians—once in office—claim the right to suppress the media, civil society, and other democratic institutions by citing support from a majority of voters. The resulting changes make it more difficult for the opposition to compete in future elections and can pave the way for a new authoritarian regime.
  • An expanding cadre of politicians in democracies are eager to emulate or cooperate with authoritarian rulers. European parties of the nationalistic right and anticapitalist left have expressed admiration for Putin and aligned their policy goals with his. Others have praised illiberal governments in countries like Hungary for their rejection of international democratic standards in favor of perceived national interests. Even when there is no direct collaboration, such behavior benefits authoritarian powers by breaking down the unity and solidarity of the democratic world.
  • There has been a rise in authoritarian internationalism. Authoritarian powers form loose but effective alliances to block criticism at the United Nations and regional organizations like the Organization for Security and Co-operation in Europe and the Organization of American States, and to defend embattled allies like Syria’s Bashar al-Assad. There is also growing replication of what might be called authoritarian best practices, vividly on display in the new Chinese law on nongovernmental organizations (NGOs) and efforts by Russia and others to learn from China’s experience in internet censorship.
  • Modern authoritarians are working to revalidate the concept of the leader-for-life. One of the seeming gains of the postcommunist era was the understanding that some form of term limits should be imposed to prevent incumbents from consolidating power into a dictatorship. In recent years, however, a number of countries have adjusted their constitutions to ease, eliminate, or circumvent executive term limits. The result has been a resurgence of potential leaders-forlife from Latin America to Eurasia.
  • While more subtle and calibrated methods of repression are the defining feature of modern authoritarianism, the past few years have featured a reemergence of older tactics that undermine the illusions of pluralism and openness as well as integration with the global economy. Thus Moscow has pursued its military intervention in Ukraine despite economic sanctions and overseen the assassination of opposition figures; Beijing has revived the practice of coerced public “confessions” and escalated its surveillance of the Tibetan and Uighur minorities to totalitarian levels; and Azerbaijan has made the Aliyev family’s monopoly on political power painfully obvious with the appointment of the president’s wife as “first vice president.”
  • Modern authoritarian systems are employing these blunter methods in a context of increased economic fragility. Venezuela is already in the process of political and economic disintegration. Other states that rely on energy exports have also experienced setbacks due to low oil and gas prices, and China faces rising debt and slower growth after years of misallocated investment and other structural problems. But these regimes also face less international pressure to observe democratic norms, raising their chances of either surviving the current crises or—if they break down—giving way to something even worse.

In subsequent sections, this report will examine the methods employed by authoritarian powers to neutralize precisely those institutions that were thought to be the most potent weapons against a revitalized authoritarianism. The success of the Russian and Chinese regimes in bringing to heel and even harnessing the forces produced by globalization—digital media, civil society, free markets—may be their most impressive and troubling achievement.

Modern authoritarianism is particularly insidious in its exploitation of open societies. Russia and China have both taken advantage of democracies’ commitment to freedom of expression and delivered infusions of propaganda and disinformation. Moscow has effectively prevented foreign broadcasting stations from reaching Russian audiences even as it steadily expands the reach of its own mouthpieces, the television channel RT and the news service Sputnik. China blocks the websites of mainstream foreign media while encouraging its corporations to purchase influence in popular culture abroad through control of Hollywood studios. Similar combinations of obstruction at home and interference abroad can be seen in sectors including civil society, academia, and party politics.

The report draws on examples from a broad group of authoritarian states and illiberal democracies, but the focus remains on the two leading authoritarian powers, China and Russia. Much of the report, in fact, deals with Russia, since that country, more than any other, has incubated and refined the ideas and institutions at the foundation of 21st-century authoritarianism.

Finally, a basic assumption behind the report is that modern authoritarianism will be a lasting feature of geopolitics. Since 2012, both Vladimir Putin and Xi Jinping have doubled down on existing efforts to stamp out internal dissent, and both have grown more aggressive on the world stage. All despotic regimes have inherent weaknesses that leave them vulnerable to sudden shocks and individually prone to collapse. However, the past quarter-century has shown that dictatorship in general will not disappear on its own. Authoritarian systems will seek not just to survive, but to weaken and defeat democracy around the world.

Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah

Dr. I. Sow, psychiatre Pullo, analyse Kumen

Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d'hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l'au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l'Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d'une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l''archange des troupeaux. Photo <a href="http://www.webguinee.net/bbliotheque/histoire/arcin/1911/tdm.html">Arcin</a>, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.
Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton pastoral de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d’hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l’au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l’Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d’une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l”archange des troupeaux. Photo Arcin, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.

Dr. Ibrahima Sow épelle Koumen (en réalité Kumen) dans un article détaillé doublé d’une exégèse élaborée et originale, qu’il intitule “Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste”. Le document parut dans Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. Numéro 19, juillet 1979. La contribution de Dr. Sow est basée sur Koumen, Texte initiatique des Pasteurs Peuls, le chef-d’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ, rédigé en français en collaboration avec l’éminente ethnologue française, Germaine Dieterlen. Gardée secrète par ses détenteurs Fulɓe, la version originale Pular/Fulfulde a peut-être disparue à jamais avec la mort de Hampâté.

Il ne faut pas confondre ce spécialiste avec Prof. Alfâ Ibrâhîm Sow.

Pour un glossaire sur le Pulaaku cosmogonique et culturel on peut se référer à ma liste en appendice à Koumen.

Dr. Sow est l’auteur de deux autres textes dans la même revue:

  • “Le Listixaar est-il une pratique divinatoire ?”
  • “La littérature, la philosophie, l’art et le local”

Ma réédition complète de l’analyse de Kumen par Dr. Sow est accessible sur Semantic Africa. J’ai (a) composé la table des matières, (b) créé les hyperliens internes et externes (c) ajouté des illustrations, pertinentes comme les liens Web.
La réflexion de l’auteur porte sur la cosmogonie, la centralité du Bovin, la religion, le divin, le couple Kumen/Foroforondu, le pastoralisme, les corrélations avec les sociétés voisines (Wolof, Jola, etc.). Le document met en exergue la croyance monothéiste en  Geno, l’Etre Suprême, que les Fulɓe adoraient des millénaires avant l’arrivée de l’Islam. D’où l’interchangeabilité des noms sacrés Geno et Allah dans la littérature ajamiyya islamique, sous la plume des saints et érudits musulmans, sur toute l’aire culturelle du Pulaaku, de la Mauritanie au Cameroun. Par exemple, la treizième strophe (vers 16 et 17) de la sublime Introduction de Oogirde Malal, déclare :

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa
Nafataa han nimse e wullitagol! »

L’Eternel dira : « Plus jamais ! Cela ne sera point !
A présent inutiles les regrets et les plaintes !

Le nom de Geno est fréquent sous la plume de Tierno Muhammadu Samba Mombeya, Usman ɓii Foduyee, Sheku Amadu Bari, Moodi Adama, Cerno Bokar Salif Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan, Amadou Hampâté Bâ, etc.

Table des matières

  • Introduction
  • Symbolisme et vision du monde peul
  • L’Autre féminin de Koumen
  • Le paradoxe, dimension du symbole
  • Le grand jeu de la réalité
  • Aux origines premières du monde
  • Le lion est un voyant
  • Foroforondou
  • Koumen le Pasteur divin
  • Une façon originale d’habiter le monde

Ardue mais bonne lecture à la découverte du Pulaaku antique et ésotérique, ni banal ou vulgaire !

Tierno S. Bah

Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah