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Building on the rich content of the websites and on four decades of research, teaching, writing and pondering, it explores and seeks answers to why Africa is a perennial economic and technological laggard, compared to the other continents. And based on accurate facts and authoritative sources, it strives to demonstrate that Africa is —and has been for six centuries— between the Hammer of foreign hegemonies and the Anvil of indigenous elites and rulers.

The first three sessions of the webAfriqa Podcast are online for patrons to access. Dozens more will be recorded and posted.

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Tierno S. Bah


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Me basant sur des faits incontestables, des preuves matérielles et sur des ressources faisant autorité, je m’efforce de démontrer que l’Afrique est placée, depuis plus de six siècles, entre le Marteau d’hégémonies extérieures et l’Enclume d’élites et de dirigeants autochtones.

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Merci d’avance.

Tierno S. Bah

Why Is Africa Lagging?

The central question

There is a widespread awareness of Africa’s ranking as the least developed continent. Therein persists a nagging, perplexing, often frustrating and vexing question. People ask and would like to know Why? How? When? Who? Where? It is highly relevant to earnestly seek answers to Africa’s status as a perennial economic, technical and technological laggard.
These are not merely academic or rhetorical interrogations. They are real-life and, more often than not, life-threatening issues. Thus, every year thousands of young African undertake risky journeys in quest for better living conditions in Europe, Asia, and America.
The recent and steady exodus of inexperienced and unskilled youths  compounds an older, long-standing brain-drain. Both phenomena deprive Africa of its main resource: people. Trained technicians and experienced professionals, teenagers and young adults —the seeds of the future— flee abroad to “greener pastures.”

1999. Death of Yaguine Koita and Fodé Tounkara

One of the root causes of Africa’s stalling consists in what ​Leopold S. Senghor decried as the “ deterioration of the terms of exchange.” Actually, that euphemism harkens back to the Colonial Pact of 1898. Still alive—and worsening—, it dealt Africa a crippling hand. For it sealed the role of the continent as (a) a coerced supplier of raw material and (b) an induced consumer of imported goods.

Approach

The central question will be broken down into dozens of sub-topics that range from the tool-making gap, to slavery, colonization, “independence”, globalization, the Cultural Heritage (language, religion, arts, crafts, literature, ethnicity, nationhood, civilization, tradition, modernity, politics…), racism, alienation, affirmation, collaboration and resistance to foreign hegemony, war, peace, the past and the present.

The webAfriqa channel creator

Elaborating on the Africa, Between the Anvil and the Hammer byline as a linguist, an anthropologist, a technologist, a semanticist, and a web publisher, Tierno S. Bah shares four decades of research, teaching, debating, writing and pondering on the main issue and its many corollaries.
Again, the question Why is Africa Lagging is neither fortuitous nor frivolous. To the contrary, it is a permanent, controversial, highly charged, all-around (history, economy, culture, politics, social), major, legitimate, and utterly challenging theme. A mega-quandary, it has no binary choices, clear-cut answers, or simple solutions!
The webAfriqa channel is backed by the webAfriqa Portal, published since 1997. Espousing the Open Web philosophy, the Portal offers tens of thousands of text, images, audio and video documents, carefully selected from authoritative sources, reliable data, relevant information and genuine knowledge bases. The Portal includes webFuutawebPulaakuwebMandewebGuinéeCamp Boiro MemorialBlogGuinéeSemantic AfricaSemanticVocabAfricawebAmeriqa, etc.
Last, steeped in history and blending social sciences with digital tools and technologies, the channel will focus on the prerequisites that Africa must meet in order to break the chains that keep it down and out.

Tierno S. Bah

Yacine Diallo (1897-1954). Premier de Guinée

Cet article termine la série consacrée au profil biographique et politique de Yacine Diallo. Délibéré, le titre n’est pas seulement figuré et littéraire. Il est plutôt  approprié, littéral et adéquat. Yacine occupa en effet le premier rang public ; il domina de fait la vie politique en Guinée française durant la première décennie de l’après-guerre mondiale 1939-45. Et il s’y maintint du début à la fin — inopinée et précipitée — de sa vie. Pour s’en convaincre, considérons les résultats statistiques de ses campagnes électorales successives.

Chiffres, tableaux et graphiques électoraux

Yacine Diallo entra en lice pour la députation à l’Assemblée Nationale française dans quatre scrutins :

  • L’élection de la Première Assemblée Nationale Constituante : 21 octobre 1945
  • L’élection de la Deuxième Assemblée Nationale Constituante : 2 juin 1946
  • L’élection de la Première Assemblée Nationale : 10 novembre 1946
  • L’élection de la Deuxième Assemblée Nationale : 17 juin 1951

Je me concentre ici sur le Deuxième Collège, qui  était attribué aux Noirs en tant qu’indigène et non-citoyens. Le Premier Collège, lui, était réservé aux Blancs et aux Noirs dotés de la citoyenneté française. Celle-ci offrait un statut d’autant plus privilégié qu’il était difficile voire impossible de l’obtenir.

Joseph-Roger de Benoist souligne que : « Bien que des facilités aient été accordées aux “indigènes” pour devenir citoyens français, en 1937, environ 2 500 seulement en avaient bénéficié, qui venaient s’ajouter aux 70 000 citoyens des quatre communes de plein exercice du Sénégal  : Gorée, Saint-Louis, Dakar, Rufisque. »
Cette ségrégation explique l’élection de Lamine Guèye — natif de Saint-Louis — au Premier Collège en 1946. Par contre, né hors de ces communes et n’étant pas citoyen français à l’époque, Léopold Sédar Senghor devint député du Deuxième Collège. Il en fut de même pour Yacine. N’étant pas éligible au Premier collège, il dut présenter sa candidature au Deuxième Collège.
Au sujet des quatre communes, lire l’article de François Manchuelle “Assimilés ou patriotes africains ? Naissance du nationalisme culturel en Afrique française. (1853-1931)” sur Semantic Africa.

Campagnes, concurrents et scores électoraux de Yacine

Les tableaux et graphiques ci-dessous sont basés sur les données fournies par J.R. de Benoist dans L’Afrique occidentale française de la Conférence de Brazzaville (1944) à l’indépendance (1960), aux pages 519-529

Première Assemblée Nationale Constituante – 21 octobre 1945
Deuxième Collège – Premier Tour
Inscrits16 233
Votants12 829 (79 %)
Suffrages exprimés12 740
CandidatProfessionParti
Yacine DialloinstituteurSection Française Internationale Ouvrière (SFIO)
Mamba SanoinstituteurIndépendants d’Outre-mer
Lamine KabainstituteurParti républicain révolutionnaire
Diafodé Caba
Fodé Mamoudou Tourélicencié en droit
Amara Soumahcomptable
Mamadou Sowlieutenant en retraite
Hervé SyllaConseil Admin. Guinée
Momo Tourémédecin
N’Fa Mamadou Tourérédacteur “A.O.F.“ Dakar
Momo Sakhosecrétaire, greffes & parquets
Première Assemblée Nationale Constituante – 21 octobre 1945
Deuxième Collège – Deuxième tour
Inscrits16 233
Votants12 646 (77,9 %)
Suffrages exprimés12 550
CandidatVoix obtenuesRésultat
Yacine Diallo12 550élu
Mamba Sano5 774
Lamine Kaba5 065
Première Assemblée Nationale Constituante - 21 octobre 1945. Deuxième Collège - Deuxième tour. (Tableau et graphique : T.S. Bah)
Première Assemblée Nationale Constituante – 21 octobre 1945. Deuxième Collège – Deuxième tour. (Tableau et graphique : T.S. Bah)
Deuxième Assemblée Nationale Constituante – 2 juin 1946
Deuxième Collège – Premier tour
Inscrits22 551
Votants18 492 (82 %)
Suffrages exprimés18 428
CandidatVoix obtenuesRésultat
Yacine Diallo10 100élu
Mamba Sano5 170
Lamine Caba3 071
Amara Sissoko39
Deuxième Assemblée Nationale Constituante - 2 juin 1946. Deuxième Collège - Premier tour
Deuxième Assemblée Nationale Constituante – 2 juin 1946. Deuxième Collège – Premier tour
Première Assemblée Nationale – 10 novembre 1946
Inscrits131 309
Votants96 102 (73,18 %)
Suffrages exprimés95 521
CandidatPartiVoixRésultat
Yacine DialloParti socialiste & progressiste60 516élu
Mamba SanoParti socialiste de Guinée30 993élu
Lamine CabaParti Républicain socialiste de Guinée3 421
Fara MillimounoParti républicain de gauche591
Première Assemblée Nationale : 10 novembre 1946
Première Assemblée Nationale : 10 novembre 1946
Deuxième Assemblée Nationale – 17 juin 1951
Inscrits393 628
Votants224 182 (56,95 %)
Suffrages exprimés222 277
ListesCandidatsVoix obtenuesRésultat
Socialiste d’Union guinéenneYacine Diallo, député sortant67 640élu
Albert Liurette67 640 élu
Komby Diallo
IndépendantsMamba Sano, député sortant48 246élu
Maurice Montrat
Jean-Pierre Farah Touré
Union Démocratique
des Travailleurs & A.C.
Sékou Touré
Capitaine Mamadou Diouldé Barry
Niankoye Samoé
Union guinéenneFodé Mamoudou Touré
Oumar Barry
Lamine Ndiaye
Union Frse d’Action Démocratique et SocialeDiawadou Barry
Joseph Marchi
Marcous Kanté
Rassemblement du Peuple FrançaisDiafodé Kaba
Jean-Paul Lambert
Louis Fernandez
Action Économique et SocialeKarim Bangoura
Léonce Magnant
J. B. Peter
Indépendants d’Outre-merMomo Touré
Jean-Maurice Cadoré
Nabi Yansane
Deuxième Assemblée Nationale - 17 juin 1951
Deuxième Assemblée Nationale – 17 juin 1951

Niankoye Samoé, de Nzérékoré, fonda aux côtés de Sékou Touré le syndicat des postiers. Il mourut dans un accident d’automobile survenu la veille de l’élection de la Deuxième Assemblée Nationale, le 17 juin 1951. André Lewin écrit par erreur que Niankoye était un co-listier du BAG de Diawadou Barry. La liste ci-dessus montre qu’en fait il battit campagne avec Sékou Touré et Capitaine Diouldé Barry.

Section territoriale du Rassemblement Démocratique Africain (présidé par Félix Houphouët-Boigny), le Parti Démocratique de Guinée était toujours embryonnaire quatre ans après sa création en 1947. Pis, il faisait l’expérience de la traversée du désert. D’où l’absence d’une candidature du RDA en 1951 en Guinée. Sékou Touré fit campagne sous la bannière de l’Union Démocratique des Travailleurs & A.C. (?) cette année-là. C’est en 1952 qu’il fut désigné —et non pas élu— secrétaire général du PDG. Il le resta jusqu’à sa mort en 1984.

Que peut-on retenir ?

La récapitulation de mon exploration de la biographie politique de Yacine donne les titres suivants :

  1. Yacine Diallo, un connu méconnu
  2. Yacine Diallo, revue critique d’une biographie (en trois parties)
  3. Yacine Diallo. Impréparation et Interview (en trois parties)
  4. Yacine Diallo. Premier de Guinée (en deux parties)

Certains de mes articles sur Yacine et celui sur Hammadoun Dicko ont été effacés après une mise à jour d’outils WordPress sur BlogGuinée. Ils seront reconstitués à partir des originaux.

Laissant aux visiteurs le temps de revoir les chiffres et graphiques ci-dessus, je prépare pour la prochaine livraison — finale — quelques réflexions. Elles porteront notamment sur :

  • L’impact de l’hégémonie coloniale sur la génération de Yacine et les réactions locales
  • La concurrence et la coopération entre la chefferie de canton et la couche francophone : les deux béquilles autochtones de la colonisation française
  • L’équilibre ethnique et le partage du pouvoir politique en Guinée française
  • La mort —“salvatrice” et “annihilante” — de Yacine Diallo.

Tierno S. Bah

Yacine Diallo. Impréparation et Interview (fin)

Issa Ben Yacine Diallo est décédé le 28 mai dernier à Genève après une longue maladie. Luttant contre la mort, il n’a probablement pas eu vent de mes articles en cours de publication sur son interview télévisée par Yamoussa Sidibé. Surprenante  et pénible, la disparition du deuxième des fils de Yacine Diallo nous prive d’une éventuelle réévaluation des souvenirs sur le père.
Repose en paix !

A moins qu’il n’ait laissé des écrits, sa perte nous prive à jamais de la contribution d’un témoin-participant. Mais pour autant les initiatives et les efforts de reconstruction de la mémoire historique doivent continuer. Et c’est cet objectif que je pourchasse dans cette série intitulée Cinq Fuutanke et l’Histoire. La présente livraison conclut ma revue de l’interview de Issa Ben Yacine.  Ici, je me penche sur deux déclarations : l’une portant sur les débuts politiques, et l’autre concernant les compagnons du député. Dans le prochain et dernier article, je passerai en revue la carrière parlementaire de Yacine Diallo.

Répondant donc à la question sur les débuts politique de son père, Issa Ben Yacine déclare :

«… ils ont organisé la candidature de mon père. Euh ! On a envoyé d’abord en France en 1944-45, on a envoyé des délégués par territoire. Et c’est dans ce sens que mon père a été délégué, d’abord… pour representer la Guinée en France concernant les débats sur l’avenir, euh, euh, du territoire. Et ensuite, on a organisé des élections. »

La réponse est vague : elle passe à côté du passé, et elle ne reflète surtout pas la complexité du paysage politique et des rapports de forces entre leaders et militants de l’époque.
Sur la base des faits et documents exposés ci-dessous, on peut d’emblée affirmer  que les délégations en question n’existèrent pas. De même,  la première visite officielle de Yacine Diallo en France se situe après sa victoire électorale  en octobre 1945. C’est alors qu’il prit part aux délibération de la Première Assemblée Constituante en février 1946. Yacine fut l’un des neuf Africains élus au Deuxième Collège. En voici la liste :

  • Sénégal-Mauritanie
    • Lamine Guèye, 1er Collège
    • Léopold Sédar Senghor, 2e Collège
  • Guinée :  Yacine Diallo, 2e Collège
  • Côte d’Ivoire : Félix Houphouët-Boigny, 2e Collège
  • Soudan-Niger : Fily Dabo Sissoko, 2e Collège
  • Dahomey-Togo : Marcellin Sourou Migan Apithy, 2e Collège
  • Cameroun : Douala Manga Bell, 2e collège
  • Moyen-Congo-Gabon
    • Gabriel d’Arboussier, 1er Collège
    • Félix Tchicaya, 2e Collège

Joseph-Roger de Benoist écrit que pour l’élection au Deuxième Collège en Guinée  :

« … les jeunes intellectuels de l’Amicale Gilbert Vieillard auraient voulu présenter le fils du chef de canton de Dabola, Barry Diawadou.
Mais celui-ci était trop « progressiste » aux yeux des chefs peul, qui lui préférèrent Yacine Diallo, « un Peul originaire du Fouta-Djalon [tout comme Diawadou] qui dut son élection à son prestige de directeur d’école ayant formé des générations en Guinée d’une part, et d’autre part, à l’importance démographique des Peul qui, à eux seuls, représentaient 50 % de la population »

Joseph-Roger de Benoist fait ici une double confusion.
Premièrement, il laisse croire que seul Yacine était “un Peul originaire” du Fuuta. En réalité, Diawadou l’était au même titre que son aîné. Et en plus, c’était un Seediyanke, descendant direct de la lignée d’Almami Ibrahima Sori Mawɗo, le fondateur de la branche soriya, alternante de celle alfaya issue, elle, de Karamoko Alfa mo Timbo, le premier souverain de l’Etat théocratique islamique.
Deuxièmement, ce n’est pas l’Amicale Gilbert Vieillard (1941-45), mais plutôt l’Association Gilbert Vieillard (créée sur les cendres de l’Amicale) qui fit opposition à la candidature de Yacine Diallo. La différence entre l’Amicale et l’Association tient au fait que la première poursuivait des objectifs culturels, alors que la seconde  avait des visées ouvertement politiques

Rupture et continuité :
pouvoir colonial, chefferie et diplômés 

Durant la première décennie de son autorité coloniale, la France chercha à écarter les familles régnantes de la théocratie. Elle nomma d’anciens conseillers et courtisans au commandement local.
Dans La Guinée : Bilan d’une Indépendance, trois chapitres traitent de la chefferie. L’auteur, Ameillon, suggère correctement que la chefferie dépendait, tout comme l’élite politique occidentalisée, du système colonial. C’est ce dernier, remarque-t-il, qui créa les deux groupes à ses propres fins, à savoir l’exécution des sa politique et le renforcement de son pouvoir sous prétexte d’assimilation culturelle. Ameillon écrit :

«…  l’administration s’affranchissait des prétentions des familles traditionnelles autres que celles du Fouta-Djalon. Elle caporalisait systématiquement la chefferie à laquelle accédèrent surtout d’anciens militaires, particulièrement dociles aux diktats administratifs et ce, en application de l’article 12 de l’arrêté du 15 novembre 1934…»

Il appuie son argumentation par cet extrait du rapport du conseiller Mamady Kourouma, à la session budgétaire du 25 octobre 1948 du Conseil Général de Conakry :

« Il n’y a pas que les chefs de canton coutumiers, il y a aussi des anciens boys, des cuisiniers qui nous ont été imposés et qui sont actuellement chefs de canton… Or, nul ne peut être chef de canton, s’il n’est de famille régnante… Il ne faut pas que les enfants de ces anciens boys ou cuisiniers prennent la place des enfants de la famille régnante. »

Et il dit que Mamady Kourouma proposa que “les chefs ne puissent être élus que parmi les grandes familles.”

Spécificité du Fuuta-Jalon

Ameillon  insiste également que « … par effet de démonstration tous les chefs de Guinée, de quelque région qu’ils soient, avaient calqué leur attitude sur celle des “Almamys” du Fouta-Djalon, qui bénéficiaient d’un passé historique glorieux et du maintien de leur région hors des circuits commerciaux. »

Cette continuité conférait à la chefferie au Fuuta-Jalon une légitimité. Prenons les cas d’Almami Aguibou (soriya) et Almami Ibrahima Sori Daara (alfaya). Ils collaborèrent avec les autorités coloniales, certes. Mais, en même temps, ces chefs de file surent manoeuvrer adroitement. En conséquence, ils s’assurèrent, et pas seulement symboliquement, une présence réelle au triple plan local, territorial et même inter-territorial (fédéral). Graduellement cependant, ils durent compter avec la contestation des produits de l’école coloniale.…

Almami Ibrahima Sori Daara

Almami Aguibou (soriya) remplit une vie historique et active, qui alla de la fin du régime théocratique du Fuuta au début de la phase la plus intense de la dictature de Sékou Touré. Comme on le sait, il la subit personnellement. Et sa famille en souffrit tragiquement.

A l'extrême-droite, Almami Ibrahima Sori Daara II, en bournous gris et ceint du turban blanc. A sa gauche son fils aîné, Elhadj Boubakar (qui devint gouverneur de région dans les années 1970-80), et leur entourage à Mamou, vers 1950. (Source : Kesso Barry, princesse peule) - BlogGuinée.
A l’extrême-droite, Almami Ibrahima Sori Daara II, en bournous gris et ceint du turban blanc. A sa gauche son fils aîné, Elhadj Boubakar (qui devint gouverneur de région dans les années 1970-80), et leur entourage à Mamou, vers 1950. (Source : Kesso Barry, princesse peule) – BlogGuinée.

Quant à Almami Ibrahima Sori Daara, il échappa physiquement — mais pas moralement — à la rancune et à la vengeance du premier président de la République de Guinée. Ce sont ses enfants et neveux qui en firent les frais dans leur chair. Ainsi, Mody Oury, son fils puiné, fut extrait d’une cellule de la prison civile de Kindia, ligoté et emmené pour être fusillé au Mont Gangan de Kindia en 1971. Sans preuve de culpabilité, sans procès ! Tout comme ce fut le case pour des milliers d’autres victimes de la “Révolution” !

Lire Kindo Touré. “Les difficultés de Mody Oury

L’une des premières mentions du nom de Moodi Sori Daara date de 1912. En effet, dans la monographie intitulée “Une ville-champignon au Fouta-Djallon : Mamou” P. Humbold donne du jeune prince le portrait suivant :

« Chef du canton de Téliko, représente la jeune génération. Agé de vingt-cinq ans, il a reçu l’enseignement de l’école primaire de Conakry. La connaissance de notre langue lui a ouvert l’esprit à toutes les nouveautés modernes ; il lit toutes les publications françaises qu’il peut trouver, et il n’ignore rien des dernières inventions européennes. Son grand désir est de venir en France, pour voir toutes les merveilles dont il a eu un aperçu, mais il a la soif de commander et l’ambition le retient, comme elle retient l’activité de presque tous ses congénères. »

Teliko est, comme on le sait, la terre natale de Ramatullaahi, la noble poétesse du Fuuta-Jalon.

Ffils aîné de l’Almami, feu Elhadj Boubacar était le mari de feue Yaaye Aissatou ‘Mamou’, la fille benjamine de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan et soeur cadette de ma mère, Yaaye Kadidiatou Manda (ou Koubia).

Ecrivant presque un demi-siècle plus tard, en 1956, le grand chercheur-professeur George Balandierdont la carrière débuta au Centre IFAN de Conakry — rendit visite à Almami Sori Daara. Un sous-chapitre passage de son livre célèbre Afrique ambigüe. Le livre parut en 1957, donc trois ans après la mort subite de Yacine Diallo. Balandier y résume  son arrêt chez le chef en ces termes :

« Avant de quitter la région du Fouta-Djallon que contrôlent les Peul, j’avais vivement souhaité voir leur chef suprême, l’Almamy de Mamou, représentant ancien d’un Islam rigoureux. Le quartier où se dressent ses habitations est déjeté par rapport à la ville, caché par un écran de boutiques libanaises, de bâtiments officiels et de villas toutes semblables. Je m’attendais à un strict cérémonial, à un décorum exaltant encore un pouvoir politique et religieux autrefois étendu. Mais quelques serviteurs, somnolant dans une cour, s’animent avec lenteur et m’introduisent sans formalisme comme si leur maître était le plus ordinaire des chefs de canton.
L’Almamy reste assis sur le bord d’un lit de fer à boules et ornements de cuivre, tel qu’il s’en trouvait dans les foyers français modestes aux environs de 1925. Cinq jeunes hommes sont accroupis à ses pieds. Il perd de sa noblesse d’attitude dans ce mauvais décor d’importation. Et je m’aperçois vite que le personnage lui-même a été banalisé, ramené à l’échelle d’un tel cadre, par les sécessions de suzerains que l’administration a encouragées, par le contrôle insidieux et « énervant » que cette dernière a imposé. Je me reporte plus de cinquante ans en arrière. Le pays peul est certes affecté par les rivalités existant entre les deux familles qui règnent alternativement et entre les féodaux, mais le dynamisme reste entier, presque disponible… »

Jeune et anthropologue débutant, Balandier n’applique pas ici quelques règles cardinales de la recherche de terrain.
Primo, il ne nomme même pas son “informateur”, en l’occurrence, l’Almami. Il le maintient dans l’anonyme pour le lecteur d’Afrique ambigüe.
Secundo, Balandier se contente de mentionner le nom Mamou. En réalité, pour l’Almami cette localité n’était pas chez lui. Car Timbo, le terroir natal de l’Almami — à quelque cinquante kilomètres de là — avait cessé d’être la capitale de l’Etat du Fuuta-Jalon depuis l’occupation française, en 1896. Pire, la suppression du statut fut accompagnée du déracinement et de l’exil des familles naguère régnantes. Les Alfaya furent assignés en résidence à Mamou, tandis que les Soriya furent déplacés à Dabola.

Quoiqu’il en soit, le passé actif de l’Almami Ibrahima Sori Daara échappe complètement à Balandier. Considérons, par exemple, les faits suivants :

  1. L’Almami fut le parrain de Yacine Diallo. Son protégé remporta quatre  campagnes électorales
    1. la Première Assemblée Nationale Constituante (21 octobre 1945)
    2. la Deuxième Assemblée Nationale Constituante (2 juin 1946)
    3. la Première Assemblée Nationale (10 novembre 1946)
    4. la Deuxième Assemblée Nationale (17 juin 1951)
  2. Mais l’Almami ne s’en arrêta pas là. Bien au contraire,  il épaula son poulain Yacine en se lançant à son tour dans l’arène politique. C’est ainsi qu’il   brigua le mandat  électif de membre du Grand Conseil de l’Afrique Occidentale Française. Et il fut élu, de 1947 à 1952. Sa première victoire connut un vrai moment d’apothéose.
    En effet, le 5 décembre 1947, le Haut-Commissaire René Barthes prononça le discours d’ouverture de la session inaugurale de l’Assemblée fédérale. Le  lendemain, souligne Joseph-Roger de Benoist, l’élection du bureau du Grand Conseil se déroula sous la présidence de l’Almami Ibrahima Sori Daara, doyen d’âge. Ainsi un descendant de Karamoko Alfa mo Timbo siégea pendat cinq ans aux côtés d’autres grands leaders de l’Afrique occidentale. Parmi eux :Lamine Guèye, Léopold Senghor, Houphouët-Boigny, Mamady Kourouma, Migan Apithy, Hubert Maga, Ahomadegbe, Horma oul Babana, Oumar Bâ (Niger), Boubou Hama, etc.  L’Almami conserva sa fonction parlementaire jusqu’en 1952. Trois ans ans plus tard, un autre Fuutake de Mamou occupait un poste-clé au Grand Conseil de l’AOF, qui, entre autres attributions, délibérerait et votait le budget de la Fédération de huit colonies. C’était Boubacar Telli Diallo. Il devint le premier secrétaire général du parlement fédéral. Il prit les rênes  et en dirigea le fonctionnement administratif jusqu’en 1958.

Yacine ne vécut pas pour voir la folie meurtrière de Sékou Touré frapper la famille de l’Almami, dont une douzaine de membres (Modi Oury, Ibrahima Kandia, Hadiatou, Abdoulaye Djibril, le mari de Nadine Bari, etc.) connurent les affres,l’ignominie et/ou mort au Camp Boiro.

La base politique de Yacine

En Guinée même, pendant 9 ans, Yacine Diallo bénéficia de l’appui des deux Almami et des chefs de canton. Son  dynamisme, son charisme et son autorité firent le reste. Comme indiqué plus haut, il parvient ainsi à triompha  des défis et rivalités de ses cadets de William Ponty, avec à leur tête Diawadou Barry. L’Association Gilbert Vieillard fut elle-même connut la division entre partisans et adversaires de Yacine. Mais, dans l’ensemble,  elle maintint sa domination du paysage électoral jusqu’en 1952. C’est ce que montrent les données recueillies par Ruth Morgenthau dans le chapitre “Trade Unionists and Chiefs in Guinea” de son livre tant cité Political Parties in French-Speaking West Africa.

Affiliation politique des membres de l’Assemblée territoriale
(liste incomplète montrant 16 des 24 élus du Deuxième Collège (1947-52)

Association Gilbert Vieillard4 a
Union Basse-Guinée3 b
Entente Guinéenne4 c
Union Mandingue2
Socialiste-Renovation1 d
Union Forestière2
P.D.G.-R.D.A1
Total16
  1. Association Gilbert Vieillard (AGV) du Fuuta-Jalon, formation socialiste opposée à Yacine Diallo, qui était pourtant  Socialist au Palais Bourbon. L’AGV fut créée pour honorer la mémoire de l’ethno-anthropologue Gilbert Vieillard. Il acquit une solide réputation pour la qualité de  ses recherches sur les Fulbe. Et il était apprécié au Fuuta-Jalon les érudits et la population. Finement rédigée par le Rév. Père Patrick O’Reilly, un de ses amis de lycée, sa biographie est accessible sur webFuuta.  Avant son départ pour le front en 1930, sur conseil de son ami Théodore Monod, directeur-fondateur de l’IFAN, Gilbert Vieillard prit  contact avec Amadou Hampâté Bâ et lui passa le bâton de la recherche sur le Pulaaku. Il fut abattu en 1940 par un tireur allemand embusqué.
  2. Parti Socialiste Fulɓe pro-Yacine Diallo, opposé à l’AGV.
  3. Parti de la Basse-Guinée, anti-Yacine Diallo
  4. Parti de la Basse-Guinée, pro-Yacine Diallo

Voici la représentation graphique de la liste originale et du tableau ci-dessus :

Affiliation politique des membres de l'Assemblée Territoriale - Deuxième Collège. Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Affiliation politique des membres de l’Assemblée Territoriale – Deuxième Collège. Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

L’alignement politique des uns et des autres n’était donc pas soumis à des considérations strictement ethniques. Dans le dernier de cette série d’articles sur Yacine Diallo, on verra que le député  continua d’étendre son électorat jusqu’à sa mort subite en 1954.

Assemblée territoriale  (1947-52)
Composition ethnique

EthnieNombre
Peul7
Soussou4
Malinke3
Toma1
Baga1
Kuranko 1
Total16
Appartenance ethnique des élus au Deuxième Collège de l'Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Appartenance ethnique des élus au Deuxième Collège de l’Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

Assemblée territoriale  (1947-52)
Fonction/profession des membres

Profession
Enseignant5
Chef de canton4
Agent d’entreprise3
Commis d’admiinistration2
Agent agricole1
Avocat1
Statut professionnel des élus au Deuxième Collège de l'Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D'après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa">Political Parties en French speaking West Africa</a>. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, <a href="https://www.semanticafrica.net/political-parties-french-speaking-west-africa-guinea-territorial-assemby">page 411</a> — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)
Statut professionnel des élus au Deuxième Collège de l’Assemblée Territoriale de la Guinée Française. 1947-52. (D’après la liste établie par Ruth S. Morgenthau in Political Parties en French speaking West Africa. Clarendon Press, Oxford University Press, 1964, page 411 — Tableau et graphique par Tierno S. Bah)

Le rôle des chefs de canton

Les Almami alfaya et soriya créèrent une solide coalition avec la couche des chefs de canton du Fuuta-Jalon, dont ils faisaient eux-même partie. Deux-personnalités assurèrent le leadership du groupe : Alfa Bakar Diallo (canton de Diari) et Tierno Oumar Diogo Bah (canton de Dalaba).

Alfa Bakar Diari

Il fut l’aîné des trois garçons de sa mère, Kadidiatou, soeur cadette de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, et épouse de Moodi Aliyyu Teli Lariya. Il s’agit aussi du père de Saifoulaye Diallo, dont le profil est préparation dans L’énigmatique Sphinx. Patriarche du lignage  des Ngeriyaaɓe du Diiwal de Labé, Alfa Bakar était également le doyen d’âge des chefs de canton du Fuuta. Tout comme ses pairs, il servit et sut naviguer les vents turbulents et les tempêtes de la colonisation. Ainsi la fin des années 1940, il fut invité à un voyage d’information en France. Accompagné de son chroniqueur, Farba Seck, il partit pour la capitale française. Notons au passage la différence de degré entre le griot ordinaire (gawlo) et le maître-griot (farba). Au retour des visiteurs, le Farba composa à l’intention de son Pullo un récit de la randonnée. La performance de ce maître de la parole fut à ce point remarquable qu’on l’appela dès lors Farba-Paris. …

Tierno Oumar Diogo Dalaba

Décédé en 1948, le chef de Dalaba est, selon Professeur Djibril Tamsir Niane, un descendant de l’illustre lignée de Koli Teŋella Pullo Baa, le fondateur de la dynastie des Deeniyaaɓe. Cette succession dura du 12e au 17e siècle. Elle prit la relève de l’antique Etat du Tekrur. Son principal accomplissement fut de maintenir et d’étendre la présence économique, politique et militaire des Fulɓe après la défaite du Tekrur par l’Empereur Soundiata Keita au 12e siècle.

Baaba Maal, Mansour Seck et l’orchestre Daande Lenyol font  une prestation superbe de l’hymne à Koli Teŋella. Se référer à Fulɓe and Africa.

Tierno Oumar Diogo Dalaba
Tierno Oumar Diogo Dalaba. (Source: Guinée, les cailloux de la mémoire)

Figure de proue du clan des Ludaaɓe, de la tribu des Uururɓe, au patronyme Bah ou Baldé, Tierno Oumar fut le président de l’association des chefs de canton du Fuuta. En leur nom, et à l’apogée de son rayonnement, il adressa une invitation au Gouverneur général de l’Afrique Occidentale Française, qui y répondit favorablement. Il se rendit à Dalaba pour une visite grandiose, hélas effacée et oubliée aujourd’hui ! L’on vint de tous les coins du Fuuta-Jalon pour assister à l’évènement.…
Feue Hadja Hadiatou, soeur cadette de Tierno Oumar, est la mère de Siradiou Diallo. Le fils puiné, Tierno Ibrahima, épousa feue Hadja Hadiatou Barry, fille cadette d’Almami Ibrahima Sori Daara.

Le duo Alfa Bakar/Tierno Oumar Diogo joua un rôle important dans la lancement et la consolidation de la carrière politique de Yacine Diallo. Cependant,  leurs fils diplômés de l’école française devinrent paradoxalement des contestataires de la chefferie de canton.  Estimant que celle-ci, “en réalité, n’était plus qu’en survie juridique” ils s’acharnèrent contre elles . Et “contre l’arme de la chefferie et la coutume”, ils “se servirent d’une arme moderne, le parti politique”.

Hélas, Yacine Diallo n’assista pas, et ne participa pas à l’évolution tragique de la politique partisane en Guinée. Les politiciens de ce pays ont fait plus de dégâts matériels et de ravages économiques, et ils ont commis —et continuent de perpétrer — plus de crimes que le régime colonial. C’est ainsi que Emile Cissé osa profaner la tombe de Tierno Oumar Diogo à la recherche d’armes et de munitions portugaises, suite au raid des commandos le 22 novembre 1970 ! Approbateur, Sékou Touré ordonna l’arrestation de Tierno Ibrahima et Elhadj Bademba, tous fils de Tierno Oumar Diogo. Ils furent précédés par leur benjamin, Thierno Mouctar, dont Nadine Bari a rédigé l’émouvante biographie dans Guinée, les cailloux de la mémoire. Comble de cruauté : Neene Fouta, la mère, et Hadiatou,  (la femme de Thierno Ibrahima) furent également incarcerées comme agent de la “cinquième colonne impérialiste”. Elhadj Bademba et son aîné, Thierno Ibrahima, furent fusillés au Mont Gangan de Kindia.

Les homonymes de Tierno Oumar Diogo Dalaba sont légion. Malheureusement, l’un d’entre eux nous a quitté la semaine dernière pour toujours. Il s’agit de mon neveu, Elhadj Oumar Diogo Baldé. Décédé dans une clinique de Rabat le 31 mai, il a été inhumé dans notre village ancestral de Kompanya — jadis misiide autonome, désormais partie intégrante de la commune urbaine de Labé — le 3 courant. Le défunt était un membre brillant de la promotion Vladimir Lénine, la première de l’université guinéenne (1967). Administrateur-économiste, il dirigea plusieurs entreprises d’Etat. Il était le fils benjamin de mon cousin paternel Tierno Ibrahima Kompanya, l’un des grands érudits fuutaniens dans la première moitié du 20è siècle. Ce disciple de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan fut imam de la mosquée de Dalaba du temps de Tierno Oumar Diogo. Composé en Pular ajamiyya par Tierno Jaawo Pellel dans les années 1940 et publié par Alfâ Ibrâhîm Sow, le Dictionnaire des Hommes Saints et Illustres du Labé décline poétiquement les qualités et vertus de Tierno Ibrahima Kompanya : science, droiture, piété et simplicité.
Repose en paix !

Pour conclure, une question fut posée à Issa Ben Yacine Diallo. On lui demanda :
— « Est-ce que vous avez une idée de quelques uns de ses compagnons en ce moment-là. Est-ce qu’on a vous a raconté, est-ce qu’on vous adonné quelques noms, guiné-y-ens (sic !) ou africains ? »
Il éluda l’interrogation et esquissa une réponse laconique  :
— Non, mais on m’a parlé de, euh, bon… Il y a Fodé Mamoudou Touré, il y a Mamba Sano, essentiellement, en ce moment-là.
Cela est vrai, s’agissant de ces deux pionniers. Avec Diawadou Barry, ils prirent part aux funérailles de Yacine. Mais Issa Ben Yacine aurait dû dire le nom de Musee (Monsieur) Saliou Popodara, le père d’Alpha-Abdoulaye ‘Portos’ Diallo, auteur de La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré. C’était le cousin de Yacine et ce fut un très proche compagnon de lutte, au sein de l’AGV et au-delà. A mon avis, l’arrestation de ‘Portos’ en 1971, son long séjour, son exécution approuvée par Sékou Touré, mais —heureusement —  opposée par Ismael Touré, tout ce cauchemar infernal relève de la haine diabolique et de l’instinct assassin du “responsable suprême”. Il tenait à punir le fils pour la rivalité d’antan et les triomphes politiques passés du père.

A suivre.

Tierno S. Bah