Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah

Chiffres, histoire et politicards

Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932
Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous sont contenus dans un document intitulé “Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé”. Il est conservé aux Archives nationales à Conakry, où je l’ai scanné en 2002. Il s’agit là de données matérielles l’histoire de la Guinée Française durant la première moitié du 20è siècle. Elles contredisent et annulent les agitations stériles de certains politicards guinéens du 21ème siècle. En l’occurrence Mansour Kaba, l’auteur de la chimère du Manden-Jalon et son ancien allié et complice : président Alpha Condé.

Parmi les nombreux rapports de l’inspecteur général 2ème Classe des Colonies  Huet, figure le document intitulé “Situation Economique du Cercle de Kankan”, publié également en 1937. Huet effectua sa mission sous le gouvernement du Front Populaire. L’alliance comprenait :

Le règne du FP prit fin en 1938, alors que les nuages du fascisme s’épaississaient. Hitler et ses alliés de l’Axe plongeront le monde dans la deuxième guerre mondiale à partir de 1939.

En Guinée Française le FP nomma l’Antillais Louis Blacher comme gouverneur du Territoire. Mais les rigueurs et les exactions de l’Indigénat continuèrent leurs ravages jusqu’à l’abolition de cet infâme régime en 1946. L’épouse du gouverneur Blacher était la brillante Béatrice Appia, intellectuelle, peintre et chercheuse. En collaboration avec Tierno Chaikou Baldé, elle prépara la remarquable étude intitulée “Les Forgerons du Fouta-Djalon”.  Cette monographie souligne, entre autres, les influences culturelles réciproques entre Fulɓe et Mande. On n’y trouve nulle trace des tensions que Mansour Kaba chercha vainement à attiser avec son Manden-Jalon.
Lisons donc le rapport no. 27 de M. Huet. Il founit des renseignements succints sur l’économie et la démographie du Cercle de Labé en 1937.

Tierno S. Bah


Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé.

Conakry, le Cinq Mai 1937
L’Inspecteur Général des Colonies, Chef de Mission

J’ai l’honneur de transmettre à M. le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée Française le rapport de détail concernant la vérification au point de vue économique du Cercle de Labé.

Signé : Huet

Chapître 1er. Renseignements généraux sur le Cercle

Situation et étendue

Le cercle de Labé est situé en moyenne Guinée en plein centre du Fouta-Djalon.
Plus grande longueur du Nord au Sud : 150 km ; plus grande largeur de l’Est à l’Ouest : 200 km.
Superficie : 23.800 km2

Caractéristiques générales
  1. Au point de vue physique : Pays accidenté, formé de plateaux généralement latéritiques séparés par de profondes vallées, plaines normalement de faible étendue, altitudes variant de 170 à plus de 1.500 m. Région très arrosée, origine d’importantes rivières ou fleuves : Gambie, Rio Gaba, Kakrima-Konkouré, Bafin, Falémé.
    Les géographes ont d’ailleurs qualifié le Fouta-Djalon de “véritable château d’eau de l’Afrique occidentale”.
  2. Au point de vue poltique : pays calme paraissant bien en main, commandé par de bons chefs européens et indigènes qui, du fait de la tranquilité politique, se consacrent principalement au développement économique des territoires placés sous leur autorité.
  3. Au point de vue économique : pays d’agriculture et d’élevage. Le Foulah n’est plus exclusivement pasteur comme on a coutume de le représenter. L’agriculture dans le Foutah, prend une place chaque année plus importante ; les cultures se développent sur les plateaux, dans les plaines et sur les pentes montueuses. La terre est généralement pauvre ; la culture la plus étendue est celle du fonio, pauvre graminée d’un faible rendement qui exige de grandes surfaces ; le fonio est en outre d’une faible valeur alimentaire. Où se developpe quelque peu la végétation arbustive, le riz de montagne, de meilleur rendement et de valeur alimentaire plus sérieuse est cultivé. Le riz de marais n’est cultivé que dans les rares plaines très humides.  Dans les régions septentrionales plus chaudes, domine la culture type du climat soudanais : le mil.
    Il n’y a de richesse culturale que dans les carrés familiaux, couverts de fumures et d’engrais naturels, grâce au bétail (bovins, ovins, caprins). Sans bétail, le carré familial est pauvre. Aussi, tous les efforts de l’Administration, avec l’aide de la Société de Prévoyance, tendent-ils à la reconstitution d’ailleurs en bonne voie, du cheptel, qui permet l’extension des carrés familiaux et le développement des culture qui y sont pratiquées.

Population

Européens et assimilés 125
Français 37
Etrangers
Levantins (Libano-Syriens) 85
Américains 3
Fonctionnaires 25,6 %
Planteurs et employés de plantation 4 %
Commerçants Levantins 68 %
Missionnaires (Américains – protestants) 2,4 %
Indigènes
Foulahs 344.226 (96 %)
Dialonkés 5.240
Diakankés 3.230
Sarakolés 821
Malinkés 102
Toucouleurs 80
Bambaras 40
Ouolofs 26
Guerzés 7
Tomas 6
Divers 10
Total 353.788

Chapître II. Agriculture

Situation et production du Cercle. — Calendrier saisonnier — Cultures à encourager.

Culture Superficie cultivée (hectares) Production : tonnes/an
Riz 7.500 4.500 environ
Maïs 20.000 20.000 environ
Mil 5.000 4.900 environ
Fonio 150.000 60.000 environ
Arachides 6.000 17.000 environ
Sésame 200 95 environ
Taros 12.500 25.000 environ
Patates
Manioc
Igname
Gombo

Dr. I. Sow, psychiatre Pullo, analyse Kumen

Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d'hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l'au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l'Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d'une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l''archange des troupeaux. Photo <a href="http://www.webguinee.net/bbliotheque/histoire/arcin/1911/tdm.html">Arcin</a>, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.
Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton pastoral de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d’hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l’au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l’Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d’une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l”archange des troupeaux. Photo Arcin, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.

Dr. Ibrahima Sow épelle Koumen (en réalité Kumen) dans un article détaillé doublé d’une exégèse élaborée et originale, qu’il intitule “Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste”. Le document parut dans Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. Numéro 19, juillet 1979. La contribution de Dr. Sow est basée sur Koumen, Texte initiatique des Pasteurs Peuls, le chef-d’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ, rédigé en français en collaboration avec l’éminente ethnologue française, Germaine Dieterlen. Gardée secrète par ses détenteurs Fulɓe, la version originale Pular/Fulfulde a peut-être disparue à jamais avec la mort de Hampâté.

Il ne faut pas confondre ce spécialiste avec Prof. Alfâ Ibrâhîm Sow.

Pour un glossaire sur le Pulaaku cosmogonique et culturel on peut se référer à ma liste en appendice à Koumen.

Dr. Sow est l’auteur de deux autres textes dans la même revue:

  • “Le Listixaar est-il une pratique divinatoire ?”
  • “La littérature, la philosophie, l’art et le local”

Ma réédition complète de l’analyse de Kumen par Dr. Sow est accessible sur Semantic Africa. J’ai (a) composé la table des matières, (b) créé les hyperliens internes et externes (c) ajouté des illustrations, pertinentes comme les liens Web.
La réflexion de l’auteur porte sur la cosmogonie, la centralité du Bovin, la religion, le divin, le couple Kumen/Foroforondu, le pastoralisme, les corrélations avec les sociétés voisines (Wolof, Jola, etc.). Le document met en exergue la croyance monothéiste en  Geno, l’Etre Suprême, que les Fulɓe adoraient des millénaires avant l’arrivée de l’Islam. D’où l’interchangeabilité des noms sacrés Geno et Allah dans la littérature ajamiyya islamique, sous la plume des saints et érudits musulmans, sur toute l’aire culturelle du Pulaaku, de la Mauritanie au Cameroun. Par exemple, la treizième strophe (vers 16 et 17) de la sublime Introduction de Oogirde Malal, déclare :

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa
Nafataa han nimse e wullitagol! »

L’Eternel dira : « Plus jamais ! Cela ne sera point !
A présent inutiles les regrets et les plaintes !

Le nom de Geno est fréquent sous la plume de Tierno Muhammadu Samba Mombeya, Usman ɓii Foduyee, Sheku Amadu Bari, Moodi Adama, Cerno Bokar Salif Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan, Amadou Hampâté Bâ, etc.

Table des matières

  • Introduction
  • Symbolisme et vision du monde peul
  • L’Autre féminin de Koumen
  • Le paradoxe, dimension du symbole
  • Le grand jeu de la réalité
  • Aux origines premières du monde
  • Le lion est un voyant
  • Foroforondou
  • Koumen le Pasteur divin
  • Une façon originale d’habiter le monde

Ardue mais bonne lecture à la découverte du Pulaaku antique et ésotérique, ni banal ou vulgaire !

Tierno S. Bah

In Memoriam D. W. Arnott (1915-2004)

D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula
D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula

This article creates the webAfriqa homage and tribute to the memory of Professor David W. Arnott (1915-2004), foremost linguist, researcher, teacher and publisher on Pular/Fulfulde, the language of the Fulbe/Halpular of West and Central Africa. It is reproduces the obituary written in 2004 par Philip J. Jaggar. David Arnott belonged in the category of colonial administrators who managed to balance their official duties with in-depth social and cultural investigation of the societies their countries ruled. I publish quite a log of them throughout the webAfriqa Portal: Vieillard, Dieterlen, Delafosse, Person, Francis-Lacroix, Germain, etc.
The plan is to contributed to disseminate as much as possible the intellectual legacy of Arnott’s. Therefore, the links below are just part of the initial batch :

Tierno S. Bah


D. W. Arnott was a distinguished scholar and teacher of West African languages, principally Fulani (also known as Fula, Fulfulde and Pulaar) and Tiv, David Whitehorn Arnott, Africanist: born London 23 June 1915; Lecturer, then Reader, Africa Department, School of Oriental and African Studies 1951-66, Professor of West African Languages 1966-77 (Emeritus); married 1942 Kathleen Coulson (two daughters); died Bedale, North Yorkshire 10 March 2004.

He was one of the last members of a generation of internationally renowned British Africanists/linguists whose early and formative experience of Africa, with its immense and complex variety of peoples and languages, derived from the late colonial era.

Born in London in 1915, the elder son of a Scottish father, Robert, and mother, Nora, David Whitehorn Arnott was educated at Sheringham House School and St Paul’s School in London, before going on to Pembroke College, Cambridge, where he read Classics and won a “half-blue” for water polo. He received his PhD from London University in 1961, writing his dissertation on “The Tense System in Gombe Fula”.

Following graduation in 1939 Arnott joined the Colonial Administrative Service as a district officer in northern Nigeria, where he was posted to Bauchi, Benue and Zaria Provinces, often touring rural areas on a horse or by push bike. His (classical) language background helped him to learn some of the major languages in the area — Fulani, Tiv, and Hausa — and the first two in particular were to become his languages of published scientific investigation.

It was on board ship in a wartime convoy to Cape Town that Arnott met his wife-to-be, Kathleen Coulson, who was at the time a Methodist missionary in Ibadan, Nigeria. They married in Ibadan in 1942, and Kathleen became his constant companion on most of his subsequent postings in Benue and Zaria provinces, together with their two small daughters, Margaret and Rosemary.

From 1951 to 1977, David Arnott was a member of the Africa Department at the School of Oriental and African Studies (Soas), London University, as Lecturer, then Reader, and was appointed Professor of West African Languages in 1966. He spent 1955-56 on research leave in West Africa, conducting a detailed linguistic survey of the many diverse dialects of Fulani, travelling from Nigeria across the southern Saharan edges of Niger, Dahomey (now Benin), Upper Volta, French Sudan (Burkina Faso and Mali), and eventually to Senegal, Gambia, and Guinea. Many of his research notes from this period are deposited in the Soas library (along with other notes, documents and teaching materials relating mainly to Tiv and Hausa poetry and songs).

He was Visiting Professor at University College, Ibadan (1961) and the University of California, Los Angeles (1963), and attended various African language and Unesco congresses in Africa, Europe, and the United States. Between 1970 and 1972 he made a number of visits to Kano, Nigeria, to teach at Abdullahi Bayero College (now Bayero University, Kano), where he also supervised (as Acting Director) the setting up of the Centre for the Study of Nigerian Languages, and I remember a mutual colleague once expressing genuine astonishment that “David never seemed to have made any real enemies”. This was a measure of his integrity, patience and even-handed professionalism, and the high regard in which he was held.

Arnott established his international reputation with his research on Fula(ni), a widely used language of the massive Niger-Congo family which is spoken (as a first language) by an estimated eight million people scattered throughout much of West and Central Africa, from Mauritania and Senegal to Niger, Nigeria, Cameroon, Central African Republic and Chad (as well as the Sudan), many of them nomadic cattle herders.

Between 1956 and 1998 he produced almost 30 (mainly linguistic) publications on Fulani and in 1970 published his magnum opus, The Nominal and Verbal Systems of Fula (an expansion of his PhD dissertation), supplementing earlier works by his predecessors, the leading British and German scholars F.W. Taylor and August Klingenheben. In this major study of the Gombe (north-east Nigeria) dialect, he described, in clear and succinct terms, the complex system of 20 or more so-called “noun classes” (a classificatory system widespread throughout the Niger-Congo family which marks singular/plural pairs, often distinguishing humans, animals, plants, mass nouns and liquids). The book also advanced our understanding of the (verbal) tense- aspect and conjugational system of Fulani. His published research encompassed, too, Fulani literature and music.

In addition to Fulani, Arnott also worked on Tiv, another Niger-Congo language mainly spoken in east/central Nigeria, and from the late 1950s onwards he wrote more than 10 articles, including several innovative treatments of Tiv tone and verbal conjugations, in addition to a paper comparing the noun-class systems of Fulani and Tiv (“Some Reflections on the Content of Individual Classes in Fula and Tiv”, La Classification Nominale dans les Langues Négro-Africaines, 1967). Some of his carefully transcribed Tiv data and insightful analyses were subsequently used by theoretical linguists following the generative (“autosegmental”) approach to sound systems. (His colleague at Soas the renowned Africanist R.C. Abraham had already published grammars and a dictionary of Tiv in the 1930s and 1940s.)

In addition to Fulani and Tiv, Arnott taught undergraduate Hausa-language classes at Soas for many years, together with F.W. (“Freddie”) Parsons, the pre-eminent Hausa scholar of his era, and Jack Carnochan and Courtenay Gidley. He also pioneered the academic study of Hausa poetry at Soas, publishing several articles on the subject, and encouraged the establishment of an academic pathway in African oral literature.

The early 1960s were a time when the available language-teaching materials were relatively sparse (we had basically to make do with cyclostyled handouts), but he overcame these resource problems by organising class lessons with great care and attention, displaying a welcome ability to synthesise and explain language facts and patterns in a simple and coherent manner. He supervised a number of PhD dissertations on West African languages (and literature), including the first linguistic study of the Hausa language written by a native Hausa speaker, M.K.M. Galadanci (1969). He was genuinely liked and admired by his students.

David Arnott was a quiet man of deep faith who was devoted to his family. Following his retirement he and Kathleen moved to Moffat in Dumfriesshire (his father had been born in the county). In 1992 they moved again, to Bedale in North Yorkshire (where he joined the local church and golf club), in order to be nearer to their two daughters, and grandchildren.

Philip J. Jaggar
The Independent

Fulani Proverbial Lore and Word-Play

D. W. Arnott first published this paper in 1957 under the title “Proverbial Lore and Word-Play of the Fulani” (Africa. Volume 27, Issue 4, October 1957, pp. 379-396). I have shortened it a bit for web search engines.
Only the summaries are posted here, pending publication of the full text of the document.
See also: In Memoriam  Professor D. W. Arnott (1915-2004)
Tierno S. Bah

Abstract

The wit and wisdom of the Fulani, as of other African peoples, are expressed most characteristically in their proverbs and riddles. Their proverbs are amply illustrated by the collections of H. Gaden and C. E. J. Whitting, and a selection of riddles appeared in a recent article in Africa by M. Dupire and the Marquis de Tressan. But there are other types of oral literature—both light and serious—which various writers have mentioned, without quoting examples. So Mlle Dupire refers to formes litteraires alambiquées and ritournelles des enfants Bororo, and G. Pfeffer, in his article on ‘Prose and Poetry of the Fulbe,’ speaks of jokes and tongue-twisters. The aim of this article is to present some examples of these types of proverbial lore and word-play—epigrams, tongue-twisters, and chain-rhymes—which were recorded, along with many more riddles and proverbs, in the course of linguistic research during a recent tour of the Fula-speaking areas of West Africa, and to consider their relation to proverbs and riddles. These types of oral literature are of course by no means peculiar to the Fulani, and a number of the examples here quoted may well have parallels in other languages of West Africa or farther afield. But an examination of such pieces in one language may perhaps contribute something to the general study of this kind of lore.

Résumé
Proverbes et devinettes peules

Bien que les proverbes et les devinettes soient l’expression la plus caractéristique de l’esprit et de la sagesse des Peuls, il existe d’autres types de littérature orale—des épigrammes, des phrases difficiles à prononcer et des rimes enchaînées — qui partagent certaines particularités avec eux.
Les devinettes ne sont pas basées sur un jeu de mots, comme la plupart des devinettes anglaises, mais sur un jeu d’idées ou d’images (généralement visuelles, mais quelquefois auditives, ou une combinaison des deux), la comparaison de deux phénomènes qui se ressemblent par leur situation, leur caractère ou leur comportement. Quelquefois la devinette est posée en termes généraux et celui qui veut la résoudre doit trouver la particularité appropriée; mais ordinairement une particularité est donnée et celui qui cherche à résoudre la devinette doit choisir correctement ses traits saillants et trouver un autre objet ayant les mêmes traits.

De même, certains proverbes énoncent un principe général, mais la grande majorité, tout en donnant un exemple d’un principe général, sont exprimés en termes d’une situation particulière. Leur application à d’autres situations entraîne un procès de comparaison analogue à celui associé avec l’invention et la solution de devinettes.

Les épigrammes, comme les proverbes, sont des considérations aphoristiques sur la vie, mais elles sont plus longues et plus compliquées. Elles consistent en un rapprochement de plusieurs phénomènes ayant des caractéristiques générales en commun qui sont habituellement disposés par trois ou par groupes de trois ; les caractéristiques générales peuvent être décrites ou rester implicites, tandis qu’un troisième type classe plusieurs objets apparentés en catégories nettes.

Ces épigrammes ont une structure formelle typique et diverses autres particularités qui les distinguent du langage ordinaire, et qu’ils partagent dans une mesure plus ou moins grande avec les proverbes et les devinettes — une légère anomalie grammaticale, une régularité cadencée et certains procédés stylistiques, tels que la répétition des phrases parallèles et l’assonance basée sur l’utilisation de suffixes identiques.

La structure de la langue peule se prête à de telles assonances et également à la ‘ jonglerie ’ verbale de phrases difficiles à prononcer, tandis que la subtilité de celles-ci égale l’ingénuosité des rimes enchaînées. Ces dernières consistent en un enchaînement d’idées où le dernier mot de chaque ligne évoque le thème de la ligne suivante. Elles montrent également quelques unes des particularités stylistiques et autres, déjà constatées dans les épigrammes, les proverbes et les devinettes. Ainsi, les divers types de littérature orale peule, dont certains sont frivoles et d’autres sont sérieux, sont rapprochés par ces caractéristiques communes comme des éléments intimement liés d’une seule tradition littéraire.

D.W. Arnott