“Jacques Foccart et Ahmed Sékou Touré”

Jacques Foccart
Jacques Foccart

Extraits de Foccart parle, entretiens avec Philippe Gaillard, tome II, Paris, Fayard/Jeune Afrique, 1997, p. 191-197.
Les Cahiers du Centre de Recherches Historiques, 30, 2009

Lire aussi Sékou et Foccart : explications et promenade

Philippe Gaillard : Loin de l’Afrique centrale, en Guinée, s’exerce une autre forme de terreur. L’arrivée de Georges Pompidou à l’Élysée change-t-elle quelque chose dans les relations franco-guinéennes ?

Jacques Foccart : Pompidou n’a pas subi ce que le Général de Gaulle avait ressenti comme un affront personnel en 1958. Il considère qu’il faut prendre Sékou Touré comme il est et s’arranger avec lui si c’est possible, que la Guinée est un pays riche avec lequel nous avons eu les mêmes relations qu’avec nos autres colonies africaines et avec lequel il est dans l’intérêt mutuel d’établir une coopération. Je vous ai dit que c’est aussi mon point de vue. Mais rien ne sera possible, parce que les complots vrais ou faux entraînent des centaines d’arrestations, d’exécutions sommaires, d’incarcérations dans des conditions épouvantables. A de multiples occasions, Sékou lance des accusations contre la France et des diatribes contre moi. C’est tellement rituel que cela devient prévisible. Je me rappelle avoir prédit à Pompidou, en septembre 1972, que, dans les quinze jours, je serais accusé par Sékou Touré de fomenter un complot contre lui.
— Comment ! s’est-il exclamé. Dans quelle affaire vous êtes-vous embarqué ?
— Il n’y a absolument rien, l’ai-je rassuré, à quoi je sois mêlé ou dont je sois informé, pas même une rumeur. Seulement, Sékou s’est engagé auprès de Mobutu à aller en visite au Zaire. Il n’ira pas, car il a trop peur, et peutêtre à juste titre, de ne pas retrouver sa place en rentrant. Il aura besoin d’un prétexte et il découvrira un complot. Derrière le complot, il y aura Foccart. »
Cela n’a pas manqué. Il arrivait que de malheureux Guinéens soient arrêtés dans le seul but d’accréditer un prétendu complot.

Philippe Gaillard : N’a-t-il pas quand même été question de reprendre les relations ?

Jacques Foccart : Si, à plusieurs reprises. Sékou Touré faisait des approches, probablement sincères. J’en ai été l’objet, en particulier, à Dakar, à l’occasion de la fête nationale, en avril 1970, de la part de son demi-frère, Ismaël Touré, qui était son âme damnée. Et puis il repartait dans ses diatribes.

Philippe Gaillard : Vous parlez de 1969 et 1970. J’imagine qu’après le débarquement de Portugais et d’opposants guinéens à Conakry, le 22 novembre 1970, il n’a plus été question d’accord de coopération…

Jacques Foccart : La violente répression, les soixante pendaisons sous les ponts de Conakry et d’autres villes, les arrestations de Français, les discours de Sékou Touré sur « la cinquième colonne foccartienne » ont obstrué, évidemment, toute perspective de rapprochement. Parmi les Français arrêtés se trouvait un collaborateur de Sékou Touré, Jean-Paul Alata, qui a été libéré longtemps après et a écrit un livre sur sa captivité. Il était accusé d’avoir été un « agent de Foccart ». C’est quelqu’un que je n’avais jamais rencontré et dont je crois même que je n’avais jamais entendu parler.

Philippe Gaillard : Aviez-vous suivi les préparatifs du débarquement ?

Jacques Foccart : Non. Il n’est pas impossible que des échos m’en soient parvenus, car les rumeurs sur les préparatifs de coups d’Etat à Conakry étaient incessantes, mais elles s’entremêlaient ; on ne parvenait guère à faire le tri entre les informations un tant soit peu sérieuses et les rodomontades. Je finissais par ne plus guère y prêter attention. Le 22 novembre, j’étais à Libreville, où j’ai appris la nouvelle comme tout le monde 7. C’est seulement au début de décembre que j’ai recueilli les premières indications sérieuses sur ce qui s’était passé ; c’est l’ambassadeur de Belgique à Conakry, que j’ai rencontré à Nouakchott, aux cérémonies du dixième anniversaire de l’indépendance de la Mauritanie, qui me les a données.

Philippe Gaillard : Devant cette répression épouvantable, n’envisagez-vous pas une réaction musclée ?

Jacques Foccart : Si, mais au grand jour, dans le cas où des Français seraient directement menacés dans leur vie. Des plans d’intervention sont établis. La marine outrepasse même les instructions qu’elle a reçues en déclenchant des mouvements de navires. Mais c’est difficile, d’abord parce qu’il faudrait mener l’affaire assez vite pour que Sékou n’ait pas le temps d’exercer des représailles contre les Français, qui sont douze à quinze cents, ensuite en raison des réactions diplomatiques inévitables. La campagne antifrançaise, antisénégalaise et antiivoirienne de Radio-Conakry atteint des sommets pendant le voyage de Pompidou à Dakar et à Abidjan en février 1971. Ensuite, progressivement, la tension baisse.

Philippe Gaillard : Mais les rumeurs de complots ne s’éteignent pas. Qu’y a-t il de fondé ?

Jacques Foccart : Ce n’est pas très différent de ce que je vous ai dit pour la période qui a précédé le débarquement. Périodiquement, je suis approché par des gens qui ont ou qui me disent avoir un projet de déstabilisation et qui demandent une aide. Quand cela me paraît un peu sérieux — c’est le cas au début de 1974, lorsque Houphouët et Senghor s’en mêlent et interviennent auprès de moi —, je rends compte à Pompidou. Sa réaction est toujours la même : « Il doit être clair que vous ne devez fournir ni aide ni encouragements. » Il le dit lui-même à Senghor, qu’il reçoit en février 1974 et qui envisage alors de soutenir un projet d’opposants guinéens appuyés par le PAIGC (Parti africain de l’indépendance de la Guinée-Bissau et du Cap-Vert).

Philippe Gaillard : Après 1958, vous n’avez jamais rencontré Sékou Touré ?

Jacques Foccart : Je l’ai revu, mais beaucoup plus tard : neuf mois avant sa mort, en juin 1983. André Lewin, qui s’était beaucoup dépensé pour réconcilier la France et la Guinée et qui a été le premier ambassadeur à Conakry après la reprise des relations diplomatiques en 1975, m’avait dit :
— Sékou Touré veut en finir avec les fantômes du passé. Or vous le hantez. Il m’a parlé de vous, je peux dire, presque à chacune de nos rencontres. Il vous reproche un tas de choses, mais il voudrait vous revoir et se réconcilier avec vous.
Je m’en étais ouvert auprès d’Houphouët, qui m’avait vivement conseillé, lui aussi, d’aller à Conakry. La seule opposition que j’avais rencontrée était celle de ma femme.
— Ce personnage a été ignoble avec vous, m’avait-elle dit. Ces affaires ne vous concernent plus. Pourquoi voulez-vous vous en mêler et prendre encore des risques ?
Je n’ai pas pu résister, mais j’ai pris des  précautions. J’ai demandé à Houphouët d’organiser la rencontre et de me faire conduire d’Abidjan à Conakry par son avion, qui ne passerait pas inaperçu. C’est ainsi que les choses se sont passées. Je n’avais nullement informé les autorités françaises. Vous pouvez donc imaginer l’ahurissement de l’ambassadeur de France, Yvon Omnes, avec lequel je me suis trouvé nez à nez à l’aéroport de Conakry. Je vois encore sa tête.
— Vous ici ! s’est-il exclamé. Mais vous allez vous faire arrêter !
Je l’ai rassuré.

Philippe Gaillard : Vous avez été conduit directement à la présidence ?

Sékou Touré et Jacques Foccart s’expliquent

Jacques Foccart : Oui. Tout de suite après m’avoir accueilli, Sékou Touré m’a dit :
— Je ne vous ai pas prié de venir pour parler du passé et de tout ce qui nous a divisés ; c’est pour parler de l’avenir.
J’ai objecté :
— Monsieur le Président, ce n’est pas possible. Nous avons eu tellement de différends, vous m’avez tellement attaqué, que nous devons nous en expliquer avant de parler de l’avenir.
Notre conversation a duré plus de cinq heures. Elle n’a pas été interrompue par le déjeuner. C’était le ramadan, ce qui ne préoccupait pas le chef de l’État, mais notre unique convive, le Premier ministre Lansana Béavogui, jeûnait ; il n’a pas plus ouvert la bouche pour parler que pour manger.
Sékou est remonté à 1958, me reprochant d’avoir empêché des coopérants d’aller en Guinée, etc… Tout y est passé jusqu’en 1974 ; je n’ai pas besoin de revenir sur tous les incidents dont je vous ai parlé.
— Je vous ai rappelé ces choses, a-t-il conclu, parce que vous me l’avez demandé, mais cela n’a plus d’importance. J’ai peut-être été mal informé. De toute façon, c’est le passé.
Là-dessus, Béavogui, qui s’était retiré après le repas, nous a rejoints pour une promenade.

Promenade à Conakry : Sékou Touré invite Jacques Foccart à visiter le Camp Boiro et essuie un refus

Jacques Foccart : Sékou a pris le volant de sa voiture et nous a fait faire le tour de Conakry. Tout d’un coup, il s’est arrêté. Nous étions devant l’entrée du Camp Boiro.
Voici cette fameuse prison, m’a-t-il dit. Si vous le souhaitez, je vais vous la faire visiter.
J’ai décliné l’invitation, non sans lui faire observer que, s’il me faisait cette proposition, c’était qu’il n’y avait plus rien à voir.

Philippe Gaillard : Sur l’avenir, qu’avait-il à vous dire ?

Jacques Foccart : Il y est venu à la fin de la journée, sous une forme pour le moins inattendue.
— Vous savez, m’a-t-il dit, que je vais sans doute devenir président de l’OUA. J’ai besoin d’un conseiller qui connaisse bien les hommes et les choses de notre continent. Personne ne répond autant que vous à ce profil. Vous êtes disponible maintenant. Accepteriez-vous, je ne dis pas de vous installer à Conakry, mais de venir me voir périodiquement pour m’aider ?

Philippe Gaillard : Comment avez-vous réagi ?

Jacques Foccart : Eh bien, je vais vous dire que j’ai été tenté ! Ce qui m’a retenu est le souvenir du Général. Le président de la République de Guinée avait tellement maltraité le général de Gaulle et suscité tellement de réactions négatives de sa part que je me serais senti coupable envers la mémoire du Général d’accepter de travailler auprès de Sékou Touré.
Ainsi se sont achevées mes relations avec Sékou Touré, comme elles avaient commencé : j’ai dans mes archives une lettre chaleureuse de 1957 de celui qui était alors maire de Conakry, contenant cette exclamation :
« Ah, si tous les Français avec qui j’ai affaire étaient comme vous ! »

Philippe Gaillard : A l’inverse, changement spectaculaire envers la Guinée. Vous aviez plaidé en vain pour la normalisation des rapports avec Sékou Touré quand vous étiez à l’Élysée. C’est Valéry Giscard d’Estaing qui rétablit les relations diplomatiques en juillet 1975. Pourquoi ?

Jacques Foccart : D’abord, il faut dire qu’il ne pouvait pas en être vraiment question sous la présidence de Pompidou, pendant laquelle la violence de la répression des complots réels et imaginaires a atteint son paroxysme en Guinée. Giscard d’Estaing est arrivé au pouvoir au moment où se produisait une relative accalmie. Ensuite, cette reprise des relations doit beaucoup à André Lewin, qui était porte-parole des Nations unies et qui s’est consacré à la réconciliation franco-guinéenne en tant que représentant du secrétaire général de l’ONU, et même à titre personnel. C’est d’ailleurs lui qui a été nommé ambassadeur de France à Conakry…

Philippe Gaillard : Avez-vous suivi ces tractations ?

Jacques Foccart : André Lewin est venu me voir à cette époque, mais il ne m’a pas tenu au courant. C’est alors qu’il a commencé à me dire que Sékou parlait de moi à tout propos, et pas toujours en mal. Il a joué un rôle efficace et positif. Il a été, ensuite, un bon ambassadeur, dans des circonstances difficiles, parce que 1976 et 1977 ont été les années des dernières violences du régime, avec la vague d’arrestations de Peuls — dont l’ancien secrétaire général de l’OUA, Diallo Telli, qui mourra au sinistre Camp Boiro — et la sanglante répression d’une marche de femmes.
La reprise des relations franco-guinéennes a marqué le moment où Sékou Touré, considérant que l’isolement de la Guinée était devenu insupportable, a décidé de faire meilleure figure face à la communauté des nations. Il s’est mis à voyager. Il s’est réconcilié solennellement avec Houphouët-Boigny et Senghor, à Monrovia, en mars 1978, et il a reçu Giscard en Guinée en décembre de la même année. Il a été reçu à son tour, cette fois par Mitterrand, en septembre 1982, et il a participé au sommet franco-africain de Vittel en octobre 1983. Il est mort le 26 mars 1984, alors que sa réintégration dans la communauté africaine allait être consacrée par son accession à la présidence de l’OUA, dont le sommet devait se tenir à Conakry au mois de mai.

Note
7. Les Portugais avaient envoyé par mer un commando chargé de libérer des prisonniers capturés par les maquisards dans leur colonie voisine, l’actuelle Guinée-Bissau, et détenus à Conakry. Ils avaient embarqué des opposants guinéens qui voulaient abattre le régime de Sékou Touré. L’opération portugaise avait réussi ; l’opération guinéenne avait échoué.

Pr. Thierno Mouctar Bah. Armées fulɓe d’Adamawa

Lancier-cavalier de l'armée Fulbe de Bornou Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824 London, 1826.
Lancier-cavalier de l’armée Fulbe de Bornou  Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, 1826.

J’introduis ici l’article “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle” du Professeur Thierno Mouctar Bah, paru dans Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig, (EHESS, Paris, 1982). Conformément à ma ligne éditoriale, je convertis les noms francisés en version autochtone. D’où “Les armées fulɓe de l’Adamawa”. Une telle démarche supprime l’ambiguité inhérente aux noms étrangers, qui utilise le même terme (Fula, Fulani, Peul, etc.) pour désigner le peuple et la langue. Par contraste, le vocabulaire autochtone distingue nettement entre les noms désignant les locuteurs/locutrices (Pullo, singulier, et Fulɓe, pluriel), d’une part, et ceux indiquant la langue : Pular/Pulaar (à l’ouest de la Boucle du Niger) et Fulfulde (à l’est de celle-ci). De même je transcris les noms de personne et de lieu selon l’Alphabet Standard (Bamako, 1966).

Ma parenté avec Thierno Mouctar Bah

Thierno Mouctar est doublement mon parent ; cousin et neveu du côté de ma mère, cousin de côté de mon père. Son père, feu Elhadj Bailo Bah, est le cousin de ma mère. Soeur cadette de Saifoulaye Diallo, feue Hadja Safiatou, est une nièce de ma mère, mais aussi également la belle-soeur de mon père. Notre auteur porte le nom du frère benjamin de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan. Notre dernière rencontre remonte à 2004 à Conakry. Je lui présentai mes  condoléances à la suite du décès de Salimatou, sa soeur cadette et ma promotionnaire au Collège court de Labé aujourd’hui Lycée Cindel, au sud-est de la ville.

Un document innovateur et substantiel

Revenant à l’article, je vourais rappeler le parcours personnel et la carrière académique brillante de ce Fuutanke devenu fils adoptif et chercheur chveronné sur l’Adamawa —si distant de son Fuuta-Jalon natal. L’apport de Thierno Mouctar est singulier sur au moins deux points.

  1. Une recherche est soignée  et détailée; un compte-rendu direct, dépouillé et instructif. Le document est innovateur et substantiel.
  2. L’article donne corps et vie à l’étude de Jean Suret-Canale intitulée “Essai sur la signification sociale et historique des hégémonies Peules (17e-18e-19e siècles)” (Cahiers du Centre d’Etudes et de Recherches Marxistes + Recherches Africaines). Au lieu de se camper au niveau de la chronologie et des considérations générales, Thierno Mouctar nous enseigne beaucoup et mieux, en particulier sur le rôle prééminent du Arɗo (plur. Arɓe). Ce personnage antique, et pour ainsi parler ubiquitaire, fut rééllement pan-fulɓe. Il actualisa et symbolisa des siècles exaltants de l’histoire et de la civilisation pastorale fulɓe. Il incarne les valeurs guerrières, chevaleresques et héroiques fulbe. Sur les traces des grands bardes qui les ont précédés —je pense à Ali Farka Touré — Baaba, Mansour Seck et Daande Lenyol,  célebrent l’épopée de Samba Gelaajo Jeejo, le preux Arɗo. Aux louanges des artistes s’ajoutent les nombreux ouvrages consacrés aux Arɓe. Voir la section qui leur est dédiée sur webPulaaku. avec un lien sur les Contes et légendes des Fulakunda du Bajar. Le cycle de Gelaajo, fils de Ham-Boɗeejo. Indiquons également l’ouvrage de Christiane Seydou sur Tinguidji, maître de la parole, etc..…
    Le leadership du Arɗo prédate de loin l’islamisation. Il atteignit vraisemblablement son apogée avec la dynastie des Koliyaaɓe à l’Ouest (Sénégal, Gambie, Guinée-Bissau, Guinée, Mali). Le règne des Arɓe déclina graduellement avant d’être  assimilé par l’avènement du clergé musulman, d’abord au Fuuta-Jalon (avec les Almaami), ensuite au Fuuta-Tooro (avec les Toroɓɓe) et au Maasina (avec Sheku Ahmadu Bari). Dans chacun des ces états la titulature arabo-musulmane supplanta celle des Arɓe. Aujourd’hui, les Arɓe musulmans persistèrent dans l’Est, notamment en Adamawa.…
Ali Farka Touré et Toumany Diabaté. Samba Gelaajo
Baaba Maal e Daande Lenyol. Samba Gelaajo Jeegi

Points de débats et contestations

Je relève deux points sujets à débats et contestations. Ils reflètent en réalité l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. En effet la note numéro 35 en fin d’article contient deux points qui suscitent les débats et alimentent les contestations. On y lit :

« Ce fut le cas en particulier de Samory qui, au 19e siècle, a su faire imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide que les puissances impérialistes refusaient de lui vendre. »

Ce passage insert, à juste titre, le personnage de l’Empereur Samori Touré dans un article sur l’art martial des Fulɓe. Mais il fait écho, à mon avis, à l’environnement intellectuel des recherches en sciences sociales en Afrique, à l’aube des indépendances dans les années 1960-70. On retrouve un style pareil sous la plume des historiens aînés de Thierno Mouctar, par exemple, Joseph Ki-Zerbo dans son Histoire de l’Afrique Noire. D’hier à Demain , et Djibril Tamsir Niane dans UNESCO — General History of Africa, Volume IV, Africa from the Twelfth to the Sixteenth Century. C’était, on le sait, le temps de l’euphorie et des espoirs inspirés par la souveraineté bourgeonnante des Etats africains naguère colonisés. Malheureusement, cette époque est révolue. Et l’histoire a détourné le continent de chemins exaltants… Surtout en Guinée et sa dictature pérenne !

Mes objections sont donc les  suivantes :

1. Les impérialistes occidentaux ne tenaient évidemment pas à vendre des armes à des chefs et rois qu’ils combattaient ou envisageaient de combattre. Car ces armes et munitions auraient pu être retournées contre eux. Il est vrai que marchands d’armes, négociants et trafiquants passaient souvent outre les consignes des stratèges (civils et militaires) de la ruée de l’Europe sur l’Afrique.
2. Il a été question de l’ingéniosité et de la capacité de l’armée de Samori  à “imiter à la perfection par ses forgerons les fusils à tir rapide”.  Mais cet argument prête un flanc faible à la critique. Car l’imitation ne s’appliquait pas aux armes lourdes de l’artillerie (canons, mitrailleuses, cannonières, etc.)
A la fin du 19e siècle, Europe occidentale avait presque bouclé la Révolution Industrielle. D’une importance sans précéden dans l’histoire de l’humanité, ce processus lui donnait un avantage —économique, technlogique et militaire — énorme sur le reste du monde.
Ainsi, sur les champs de bataille d’Afrique, Samori en subit le choc démoralisateur. De 1887-1888 il livra le Sikaso-Kèlè à Babemba, roi de ce pays. Face à la résistance et aux tatas fortifiés de la cité, Samori dut  lever son siège, non sans y avoir perdu ses meilleurs généraux, dont son frère, Kèmè Bourema, chef de la cavalerie, Lankama N’Valy Kamara, le vainqeur de Houbbous du Fuuta-Jalon, etc. Lorsqu’il apprit plus tard l’assaut français et la chute de Sikasso devant l’artillerie étrangère, il s’écria, résigné : Bori banna ! (Finie l’évasion,  la fuite). C’est-à-dire ses dérobades vers l’est, en Côte d’Ivoire, face aux gains militaires français.
En conclusion, il est surfait de comparer le perfectionnement et la productivité des usines d’armes européennes avec les imitations des ateliers artisanaux de Samori.

Nonobstant ces deux remarques, les travaux et la contribution du Pr. Thierno Mouctar sont mondialement reconnus. Son article sur les armées fulɓe de l’Adamawa au 19e siècle restera un morceau classique d’investigation et de découverte du passé africain.

Tierno S. Bah

Chiffres, histoire et politicards

Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932
Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous sont contenus dans un document intitulé “Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé”. Il est conservé aux Archives nationales à Conakry, où je l’ai scanné en 2002. Il s’agit là de données matérielles l’histoire de la Guinée Française durant la première moitié du 20è siècle. Elles contredisent et annulent les agitations stériles de certains politicards guinéens du 21ème siècle. En l’occurrence Mansour Kaba, l’auteur de la chimère du Manden-Jalon et son ancien allié et complice : président Alpha Condé.

Parmi les nombreux rapports de l’inspecteur général 2ème Classe des Colonies  Huet, figure le document intitulé “Situation Economique du Cercle de Kankan”, publié également en 1937. Huet effectua sa mission sous le gouvernement du Front Populaire. L’alliance comprenait :

Le règne du FP prit fin en 1938, alors que les nuages du fascisme s’épaississaient. Hitler et ses alliés de l’Axe plongeront le monde dans la deuxième guerre mondiale à partir de 1939.

En Guinée Française le FP nomma l’Antillais Louis Blacher comme gouverneur du Territoire. Mais les rigueurs et les exactions de l’Indigénat continuèrent leurs ravages jusqu’à l’abolition de cet infâme régime en 1946. L’épouse du gouverneur Blacher était la brillante Béatrice Appia, intellectuelle, peintre et chercheuse. En collaboration avec Tierno Chaikou Baldé, elle prépara la remarquable étude intitulée “Les Forgerons du Fouta-Djalon”.  Cette monographie souligne, entre autres, les influences culturelles réciproques entre Fulɓe et Mande. On n’y trouve nulle trace des tensions que Mansour Kaba chercha vainement à attiser avec son Manden-Jalon.
Lisons donc le rapport no. 27 de M. Huet. Il founit des renseignements succints sur l’économie et la démographie du Cercle de Labé en 1937.

Tierno S. Bah


Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé.

Conakry, le Cinq Mai 1937
L’Inspecteur Général des Colonies, Chef de Mission

J’ai l’honneur de transmettre à M. le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée Française le rapport de détail concernant la vérification au point de vue économique du Cercle de Labé.

Signé : Huet

Chapître 1er. Renseignements généraux sur le Cercle

Situation et étendue

Le cercle de Labé est situé en moyenne Guinée en plein centre du Fouta-Djalon.
Plus grande longueur du Nord au Sud : 150 km ; plus grande largeur de l’Est à l’Ouest : 200 km.
Superficie : 23.800 km2

Caractéristiques générales
  1. Au point de vue physique : Pays accidenté, formé de plateaux généralement latéritiques séparés par de profondes vallées, plaines normalement de faible étendue, altitudes variant de 170 à plus de 1.500 m. Région très arrosée, origine d’importantes rivières ou fleuves : Gambie, Rio Gaba, Kakrima-Konkouré, Bafin, Falémé.
    Les géographes ont d’ailleurs qualifié le Fouta-Djalon de “véritable château d’eau de l’Afrique occidentale”.
  2. Au point de vue poltique : pays calme paraissant bien en main, commandé par de bons chefs européens et indigènes qui, du fait de la tranquilité politique, se consacrent principalement au développement économique des territoires placés sous leur autorité.
  3. Au point de vue économique : pays d’agriculture et d’élevage. Le Foulah n’est plus exclusivement pasteur comme on a coutume de le représenter. L’agriculture dans le Foutah, prend une place chaque année plus importante ; les cultures se développent sur les plateaux, dans les plaines et sur les pentes montueuses. La terre est généralement pauvre ; la culture la plus étendue est celle du fonio, pauvre graminée d’un faible rendement qui exige de grandes surfaces ; le fonio est en outre d’une faible valeur alimentaire. Où se developpe quelque peu la végétation arbustive, le riz de montagne, de meilleur rendement et de valeur alimentaire plus sérieuse est cultivé. Le riz de marais n’est cultivé que dans les rares plaines très humides.  Dans les régions septentrionales plus chaudes, domine la culture type du climat soudanais : le mil.
    Il n’y a de richesse culturale que dans les carrés familiaux, couverts de fumures et d’engrais naturels, grâce au bétail (bovins, ovins, caprins). Sans bétail, le carré familial est pauvre. Aussi, tous les efforts de l’Administration, avec l’aide de la Société de Prévoyance, tendent-ils à la reconstitution d’ailleurs en bonne voie, du cheptel, qui permet l’extension des carrés familiaux et le développement des culture qui y sont pratiquées.

Population

Européens et assimilés 125
Français 37
Etrangers
Levantins (Libano-Syriens) 85
Américains 3
Fonctionnaires 25,6 %
Planteurs et employés de plantation 4 %
Commerçants Levantins 68 %
Missionnaires (Américains – protestants) 2,4 %
Indigènes
Foulahs 344.226 (96 %)
Dialonkés 5.240
Diakankés 3.230
Sarakolés 821
Malinkés 102
Toucouleurs 80
Bambaras 40
Ouolofs 26
Guerzés 7
Tomas 6
Divers 10
Total 353.788

Chapître II. Agriculture

Situation et production du Cercle. — Calendrier saisonnier — Cultures à encourager.

Culture Superficie cultivée (hectares) Production : tonnes/an
Riz 7.500 4.500 environ
Maïs 20.000 20.000 environ
Mil 5.000 4.900 environ
Fonio 150.000 60.000 environ
Arachides 6.000 17.000 environ
Sésame 200 95 environ
Taros 12.500 25.000 environ
Patates
Manioc
Igname
Gombo

Dr. I. Sow, psychiatre Pullo, analyse Kumen

Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d'hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l'au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l'Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d'une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l''archange des troupeaux. Photo <a href="http://www.webguinee.net/bbliotheque/histoire/arcin/1911/tdm.html">Arcin</a>, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.
Arɗo (pasteur, guide, astrologue, vétérinaire, chef) tenant son bâton pastoral de commandement et entouré de sa famille. Ces éleveurs tressaient les cheveux d’hommes et de femmes. Ils ont emporté dans l’au-delà les connaissances et le mode de vie du Pulaaku. Ni paeïns, ni fétichistes, ils étaient, au contraire, monothéistes. Ils croyaient en Geno, l’Etre Suprême. Ici, une calebasse de trayeuse est posée aux pieds d’une matriarche. Un lien spiituel fécond unit cette dernière à Foroforondu, la gardienne tutélaire du laitage, et épouse de Kumen, l”archange des troupeaux. Photo Arcin, Fuuta-Jalon, 1911. — T.S. Bah.

Dr. Ibrahima Sow épelle Koumen (en réalité Kumen) dans un article détaillé doublé d’une exégèse élaborée et originale, qu’il intitule “Le Monde Peul à travers le Mythe du Berger Céleste”. Le document parut dans Ethiopiques. Revue Négro-Africaine de Littérature et de Philosophie. Numéro 19, juillet 1979. La contribution de Dr. Sow est basée sur Koumen, Texte initiatique des Pasteurs Peuls, le chef-d’oeuvre d’Amadou Hampâté Bâ, rédigé en français en collaboration avec l’éminente ethnologue française, Germaine Dieterlen. Gardée secrète par ses détenteurs Fulɓe, la version originale Pular/Fulfulde a peut-être disparue à jamais avec la mort de Hampâté.

Il ne faut pas confondre ce spécialiste avec Prof. Alfâ Ibrâhîm Sow.

Pour un glossaire sur le Pulaaku cosmogonique et culturel on peut se référer à ma liste en appendice à Koumen.

Dr. Sow est l’auteur de deux autres textes dans la même revue:

  • “Le Listixaar est-il une pratique divinatoire ?”
  • “La littérature, la philosophie, l’art et le local”

Ma réédition complète de l’analyse de Kumen par Dr. Sow est accessible sur Semantic Africa. J’ai (a) composé la table des matières, (b) créé les hyperliens internes et externes (c) ajouté des illustrations, pertinentes comme les liens Web.
La réflexion de l’auteur porte sur la cosmogonie, la centralité du Bovin, la religion, le divin, le couple Kumen/Foroforondu, le pastoralisme, les corrélations avec les sociétés voisines (Wolof, Jola, etc.). Le document met en exergue la croyance monothéiste en  Geno, l’Etre Suprême, que les Fulɓe adoraient des millénaires avant l’arrivée de l’Islam. D’où l’interchangeabilité des noms sacrés Geno et Allah dans la littérature ajamiyya islamique, sous la plume des saints et érudits musulmans, sur toute l’aire culturelle du Pulaaku, de la Mauritanie au Cameroun. Par exemple, la treizième strophe (vers 16 et 17) de la sublime Introduction de Oogirde Malal, déclare :

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa
Nafataa han nimse e wullitagol! »

L’Eternel dira : « Plus jamais ! Cela ne sera point !
A présent inutiles les regrets et les plaintes !

Le nom de Geno est fréquent sous la plume de Tierno Muhammadu Samba Mombeya, Usman ɓii Foduyee, Sheku Amadu Bari, Moodi Adama, Cerno Bokar Salif Taal, Tierno Aliyyu Ɓuuɓa Ndiyan, Amadou Hampâté Bâ, etc.

Table des matières

  • Introduction
  • Symbolisme et vision du monde peul
  • L’Autre féminin de Koumen
  • Le paradoxe, dimension du symbole
  • Le grand jeu de la réalité
  • Aux origines premières du monde
  • Le lion est un voyant
  • Foroforondou
  • Koumen le Pasteur divin
  • Une façon originale d’habiter le monde

Ardue mais bonne lecture à la découverte du Pulaaku antique et ésotérique, ni banal ou vulgaire !

Tierno S. Bah

In Memoriam D. W. Arnott (1915-2004)

D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula
D.W. Arnott. The Nominal and Verbal Systems of Fula

This article creates the webAfriqa homage and tribute to the memory of Professor David W. Arnott (1915-2004), foremost linguist, researcher, teacher and publisher on Pular/Fulfulde, the language of the Fulbe/Halpular of West and Central Africa. It is reproduces the obituary written in 2004 par Philip J. Jaggar. David Arnott belonged in the category of colonial administrators who managed to balance their official duties with in-depth social and cultural investigation of the societies their countries ruled. I publish quite a log of them throughout the webAfriqa Portal: Vieillard, Dieterlen, Delafosse, Person, Francis-Lacroix, Germain, etc.
The plan is to contributed to disseminate as much as possible the intellectual legacy of Arnott’s. Therefore, the links below are just part of the initial batch :

Tierno S. Bah


D. W. Arnott was a distinguished scholar and teacher of West African languages, principally Fulani (also known as Fula, Fulfulde and Pulaar) and Tiv, David Whitehorn Arnott, Africanist: born London 23 June 1915; Lecturer, then Reader, Africa Department, School of Oriental and African Studies 1951-66, Professor of West African Languages 1966-77 (Emeritus); married 1942 Kathleen Coulson (two daughters); died Bedale, North Yorkshire 10 March 2004.

He was one of the last members of a generation of internationally renowned British Africanists/linguists whose early and formative experience of Africa, with its immense and complex variety of peoples and languages, derived from the late colonial era.

Born in London in 1915, the elder son of a Scottish father, Robert, and mother, Nora, David Whitehorn Arnott was educated at Sheringham House School and St Paul’s School in London, before going on to Pembroke College, Cambridge, where he read Classics and won a “half-blue” for water polo. He received his PhD from London University in 1961, writing his dissertation on “The Tense System in Gombe Fula”.

Following graduation in 1939 Arnott joined the Colonial Administrative Service as a district officer in northern Nigeria, where he was posted to Bauchi, Benue and Zaria Provinces, often touring rural areas on a horse or by push bike. His (classical) language background helped him to learn some of the major languages in the area — Fulani, Tiv, and Hausa — and the first two in particular were to become his languages of published scientific investigation.

It was on board ship in a wartime convoy to Cape Town that Arnott met his wife-to-be, Kathleen Coulson, who was at the time a Methodist missionary in Ibadan, Nigeria. They married in Ibadan in 1942, and Kathleen became his constant companion on most of his subsequent postings in Benue and Zaria provinces, together with their two small daughters, Margaret and Rosemary.

From 1951 to 1977, David Arnott was a member of the Africa Department at the School of Oriental and African Studies (Soas), London University, as Lecturer, then Reader, and was appointed Professor of West African Languages in 1966. He spent 1955-56 on research leave in West Africa, conducting a detailed linguistic survey of the many diverse dialects of Fulani, travelling from Nigeria across the southern Saharan edges of Niger, Dahomey (now Benin), Upper Volta, French Sudan (Burkina Faso and Mali), and eventually to Senegal, Gambia, and Guinea. Many of his research notes from this period are deposited in the Soas library (along with other notes, documents and teaching materials relating mainly to Tiv and Hausa poetry and songs).

He was Visiting Professor at University College, Ibadan (1961) and the University of California, Los Angeles (1963), and attended various African language and Unesco congresses in Africa, Europe, and the United States. Between 1970 and 1972 he made a number of visits to Kano, Nigeria, to teach at Abdullahi Bayero College (now Bayero University, Kano), where he also supervised (as Acting Director) the setting up of the Centre for the Study of Nigerian Languages, and I remember a mutual colleague once expressing genuine astonishment that “David never seemed to have made any real enemies”. This was a measure of his integrity, patience and even-handed professionalism, and the high regard in which he was held.

Arnott established his international reputation with his research on Fula(ni), a widely used language of the massive Niger-Congo family which is spoken (as a first language) by an estimated eight million people scattered throughout much of West and Central Africa, from Mauritania and Senegal to Niger, Nigeria, Cameroon, Central African Republic and Chad (as well as the Sudan), many of them nomadic cattle herders.

Between 1956 and 1998 he produced almost 30 (mainly linguistic) publications on Fulani and in 1970 published his magnum opus, The Nominal and Verbal Systems of Fula (an expansion of his PhD dissertation), supplementing earlier works by his predecessors, the leading British and German scholars F.W. Taylor and August Klingenheben. In this major study of the Gombe (north-east Nigeria) dialect, he described, in clear and succinct terms, the complex system of 20 or more so-called “noun classes” (a classificatory system widespread throughout the Niger-Congo family which marks singular/plural pairs, often distinguishing humans, animals, plants, mass nouns and liquids). The book also advanced our understanding of the (verbal) tense- aspect and conjugational system of Fulani. His published research encompassed, too, Fulani literature and music.

In addition to Fulani, Arnott also worked on Tiv, another Niger-Congo language mainly spoken in east/central Nigeria, and from the late 1950s onwards he wrote more than 10 articles, including several innovative treatments of Tiv tone and verbal conjugations, in addition to a paper comparing the noun-class systems of Fulani and Tiv (“Some Reflections on the Content of Individual Classes in Fula and Tiv”, La Classification Nominale dans les Langues Négro-Africaines, 1967). Some of his carefully transcribed Tiv data and insightful analyses were subsequently used by theoretical linguists following the generative (“autosegmental”) approach to sound systems. (His colleague at Soas the renowned Africanist R.C. Abraham had already published grammars and a dictionary of Tiv in the 1930s and 1940s.)

In addition to Fulani and Tiv, Arnott taught undergraduate Hausa-language classes at Soas for many years, together with F.W. (“Freddie”) Parsons, the pre-eminent Hausa scholar of his era, and Jack Carnochan and Courtenay Gidley. He also pioneered the academic study of Hausa poetry at Soas, publishing several articles on the subject, and encouraged the establishment of an academic pathway in African oral literature.

The early 1960s were a time when the available language-teaching materials were relatively sparse (we had basically to make do with cyclostyled handouts), but he overcame these resource problems by organising class lessons with great care and attention, displaying a welcome ability to synthesise and explain language facts and patterns in a simple and coherent manner. He supervised a number of PhD dissertations on West African languages (and literature), including the first linguistic study of the Hausa language written by a native Hausa speaker, M.K.M. Galadanci (1969). He was genuinely liked and admired by his students.

David Arnott was a quiet man of deep faith who was devoted to his family. Following his retirement he and Kathleen moved to Moffat in Dumfriesshire (his father had been born in the county). In 1992 they moved again, to Bedale in North Yorkshire (where he joined the local church and golf club), in order to be nearer to their two daughters, and grandchildren.

Philip J. Jaggar
The Independent