Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah

Simandou. The bribery saga reaches new peaks

Lurid bribery revelations led the government of Guinea to confiscate world-beating iron ore reserves from junior mining company BSG Resources in 2014. So when bitter rival Rio Tinto, owner of a neighbouring concession, detonated a scandal over its own secretive payments, BSGR boss Beny Steinmetz was cock-a-hoop.

Beny Steinmetz, BSGR
Beny Steinmetz, BSGR

Developments in this sordid tale have kept the mining world agog. The concessions high in West Africa’s Simandou Mountains have yet to deliver a single tonne of ore but continues to yield an unending stream of dirt—and to provide object lessons to an industry with a sorry history of dodgy deals.

Details of Rio’s relationship with François Polge de Combret, a French banker and university friend of Guinea’s president have been explosive—and have already cost two top executives their jobs [paywall]. They prove the Guinean government singled BSGR out unfairly, says Beny Steinmetz, the billionaire diamond magnate behind the company.

“It’s a big conspiracy against us,” said Steinmetz, who is under criminal investigation in at least three countries over the Guinea bribery. “They tried to paint themselves as nice and clean but they never wanted to develop one tonne of iron ore. We are the good guys.”

François de Combret
François de Combret

But emails and court testimony seen by Global Witness show it wasn’t just Rio tangling with de Combret: BSGR had its own relationship with the president’s confidant—a potentially lucrative arrangement for the banker had he succeeded in helping Steinmetz retain the asset.

Global Witness first exposed BSGR’s Guinea imbroglio in 2012. The latest revelations are a reminder that no one has come well out of the Simandou saga—least of all the Guinean people, whose country clings obstinately to the bottom end of almost every development index despite the untold riches beneath its soil.

But let’s start at the beginning.

Rio had been sitting on Simandou for over a decade. The colossal ore trove promised to be a game-changer in the global market. But Simandou is remote and mountainous, and Guinea’s infrastructure is poor. For Rio, conditions were never quite right and as the Simandou project languished, Guinean frustration mounted.

In July 2008, matters came to a head. The government abruptly cancelled half of Rio’s Simandou rights, handing them to BSGR. Steinmetz’s relative inexperience with big mining projects didn’t prevent him from cashing in: within 18 months BSGR had sold 51 per cent of its holding to Brazilian mining giant Vale for $2.5 billion—twice Guinea’s entire budget at the time.

Only later did it emerge that there was more to the deal than simply getting a stalled project off the buffers. In 2013 Global Witness revealed a massive bribery scheme: BSGR had signed contracts promising one of the wives of Guinea’s ailing dictator, Lansana Conte, millions for her influence to get the mine. The following year, the newly elected democratic government stripped BSGR of its rights after an inquiry. Authorities in Israel, Switzerland and the US have launched criminal investigations.

Meanwhile, Rio had its own problems. The Anglo-Australian company was still dragging its feet in developing its remaining half of Simandou and by mid-2011 the Guinean government was threatening to take that too. It took months of talks, promises to build a port and a railway, $700 million and – according to the leaked emails – the services of François Polge de Combret for Rio to keep a grip on its Guinean assets.

Guinean authorities have raised concerns that Rio may have been paying de Combret to secretly fight its corner while he was advising the government. “It raises both legal and ethical concerns if, as media reports suggest, Mr de Combret was passing on privileged information in return for large amounts of money,” said Guinea’s mining minister. “Mr de Combret was at the time acting in a capacity that would have given him access to highly confidential information.”

De Combret didn’t come cheap: Rio negotiated his fee down to $10.5 million. With billions at stake, it seemed a bargain.

“I accept that this is a lot of money, but I also put forward that the result we achieved was significantly improved by Francois’ contribution and his very unique and unreplaceable services and closeness to the President,” wrote Rio’s head of energy and minerals Alan Davies in a May 2011 email to other executives. When that email and others were leaked online, Davies and Rio legal chief Deborah Valentine got fired.

Joy in the Steinmetz camp. “We have been fighting very powerful forces,” the billionaire told Bloomberg in a rare interview. “We all knew justice would prevail. I feel vindicated.”

Not so fast.

If Rio was in dodgy territory with de Combret, BSGR wasn’t far behind. An 11 April 2012 email seen by Global Witness suggests Steinmetz’s company had an almost identical arrangement with the French middleman. By this time BSGR was fighting off the Guinean government’s corruption inquiry. BSGR knew that a finding against it could lead to the confiscation of its blocks.

“Dear Francois,” wrote a mutual friend of de Combret and BSGR agent Frederic Cilins, who later served time in a US prison for his role in the Simandou bribery. “A matter has just been brought to my attention regarding iron ore in the area of Simandou. I don’t know the details but apparently this zone has been the subject of negotiations and of a contract with the Israeli group BSGR.”
“It seems that you know this dossier well,” the friend wrote. “Would you accept to speak with the person who brought BSGR into Guinea? The man in question is Frederic Cilins.”
“I’ll have to ask the authorisation of the President,” replied de Combret in a message forwarded to Cilins.

On November 18 2012, de Combret sent Cilins from his iPad the outlines of a hypothetical agreement to end Steinmetz’s dispute with Guinea: BSGR would hand back its 49% stake in its two  Simandou blocks, while the proceeds from selling the remaining 51% to Vale would be split between BSGR and the government. De Combret then helped arrange a meeting between Guinea, BSGR and Vale “to discuss an amicable settlement”, arbitration documents show.

Through de Combret, BSGR was “trying to explore whether a settlement with President Conde would be possible”, Steinmetz told the arbitration hearing in an affidavit. Had “efforts through M. de Combret led to the project getting back on track I would have advised BSGR to pay a fee. It would have been a very valuable contribution.”

The settlement drawn up by de Combret never materialised. In December 2016, Steinmetz was arrested in Israel over Simandou bribery payments (he was released on bail with a travel ban, though arrangements were made to fly him to Geneva for questioning by Swiss prosecutors).

Rio, for its part, took the drastic step of reporting itself to authorities in three countries, with a warning to investors that the de Combret affair “could ultimately expose the group to material financial cost”. Davies has said “there are no grounds for the termination of my employment”.

So far there have been no winners in the battle over Simandou. But in the case of BSGR, anti-corruption agencies have shown they can collaborate globally to tackle the bribery that drains billions from the world’s poorest countries.

Similar scrutiny of Rio’s payments would send a clear message to the biggest beasts of the mining world that it is time for the old ways to change.

Danie Balint-Kurt
Global Witness

Corruption. Alpha Condé, Rio Tinto and Simandou

Alan Davies, Rio Tinto
Alan Davies, Rio Tinto

The Simandou iron ore project continues to make headlines for accusations of corruption in the adjudication of mining licenses. A Rio Tinto executive, Alan Davies, is the latest shoe to drop. It was reported today that he has been suspended for his role in a bribery scheme that took place in 2011. The alleged fraudulent transaction happened thus  during president Alpha Condé‘s first year in office following his inauguration in December 2010. The article below names the main companies involved then in the Simandou project. It does not, however, indicate who received the  alleged $10.5m  payment. But Mediapart.fr reveals that it was François de Combret, and adviser to president Conde, a former deputy secretary general of the Elysée Palace, and an ex-associate of Lazard Bank.
Rio Tinto (Australia), Vale (Brazil), BSG Resources and Chinalco (Hong-Kong) had each a stake in the Simandou. The first three have been either forced out or decided to withdraw from the project, leaving Chinalco as the only current investor.

Tierno S. Bah


François de Combret
François de Combret

Global mining giant Rio Tinto has been plunged into a bribery scandal after discovering multimillion-dollar payments to a contractor relating to a project in Guinea, West Africa.

The FTSE 100 company has suspended Alan Davies, the executive in charge of its energy and minerals division, with immediate effect, as it investigates payments of $10.5m made to a consultant in relation to its giant Simandou iron ore project.

Mr Davies allegedly had accountability for Simandou in 2011, when the transactions were apparently made.

Rio said it became aware of email correspondence relating to the payments in August this year. Yesterday it notified the authorities in the UK and the US and “is in the process of contacting the Australian authorities”.

Debra Valentine, the executive in charge of Rio’s legal and regulatory affairs, has also stepped down from her role. She had previously notified the company of her intention to retire in May next year.

“Rio Tinto intends to co-operate fully with any subsequent inquiries from all of the relevant authorities,” the company said. “Further comment at this time is therefore not appropriate.”

Mr Davies, who is also a non-executive director at Rolls-Royce, only took charge of Rio’s energy and mineral group in July, in a broader restructuring implemented by new chief executive Jean-Sebastian Jacques when he took on the top job.

One of Mr Jacques’ first major decisions was to cancel development of the long-gestating $20bn Simandou project after deciding that low iron ore prices made the mine nonviable. The decision outraged the Guinea government, which had been banking on Simandou to provide a much-needed boost; the mine had been tipped to double the size of the country’s economy.

Last month Rio sold its 46.6pc stake in Simandou to Chinalco, a mining company listed in Hong Kong, for up to $1.3bn.

Simandou has long been dogged with controversy. It is believed to be one of the biggest undeveloped high-grade iron ore deposits in the world, but its inland location makes building the infrastructure to tap it hugely expensive. Iron ore is the key ingredient in steel.

Rio bought the concession 15 years ago, but lost the rights to half the lode in 2008, when the Guinea government transferred them to BSG Resources, owned by Israeli billionaire Beny Steinmetz.

The deal raised eyebrows not just for the relatively small amount that BSGR had invested in Simandou, but for the fact that company was a specialist in diamond, rather than iron ore, mining. BSGR subsequently sold half its stake to Brazilian giant Vale for an initial $500m, but both companies were ejected from Simandou after a two-year inquiry in Guinea found that BSGR had used bribery to gain the rights to the mine.

In 2014, Rio sued BSGR and Vale in the US, alleging they had conspired to misappropriate Rio’s half of the deposit in 2008. The case — which included claims that BSGR had given Guinea’s minister of mines a diamond-encrusted Ferrari — was dismissed last year after the judge ruled it had fallen foul of the statute of limitations. Both BSG and Vale denied any wrongdoing.

Analysts at Investec said the announcement it was a “surprise” given that Mr Davies had been touted as a potential CEO prior to Mr Jacques’ appointment. “While we do not expect this to have any impact on operations, it does cast a negative cloud over a company that considers itself above any such indiscretions. That said the company appears to be addressing this firmly.”

Rio Tinto’s shares were up 5.5pc amid a general rally in the mining sector following Donald Trump‘s US election victory.

Jon Yeomans
The Telegraph

Corruption. Och-Ziff : main basse sur l’Afrique

Daniel Och, chairman & CEO, Och-Ziff Capital
Daniel Och, chairman & CEO, Och-Ziff Capital

Comment le fonds d’investissement américain Och-Ziff a fait main basse sur l’Afrique.

Entre 2007 et 2011, le fonds américain Och-Ziff a laissé ses intermédiaires soudoyer de hauts dirigeants pour s’emparer des matières premières du continent. Une enquête dévoile, avec une rare clarté, ces circuits occultes.

Avec un capital de US $39 milliards, l’un des fonds d’investissement les plus puissants de la Bourse de New York, des intermédiaires troubles, des transactions opaques et des dizaines de millions de dollars de pots-de-vin qui arrivent, parfois en cash, jusque dans certains palais présidentiels d’Afrique.

Lire également Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale et Corruption minière : Afrique – USA

L’affaire Och-Ziff a tous les ingrédients d’un polar du XXIe siècle, où les requins de la finance occidentale rencontrent un continent plein de promesses pour les spéculateurs.

Les confessions d’Och Ziff

L’histoire commence en 2007, en plein boom des matières premières, une période propice à toutes les dérives. Elle prend fin le 29 septembre 2016. Ce jour-là, après cinq années d’enquête, la Securities and Exchange Commission (SEC, le gendarme des marchés financiers américains) annonce avoir conclu un accord avec Och-Ziff.

Le fonds d’investissement, spécialisé dans la gestion et la vente d’actifs, reconnaît avoir enfreint la législation américaine anticorruption, admettant notamment être à l’origine du versement de quelque 100 millions de dollars (environ 77 millions d’euros) de dessous-de-table sur le continent entre 2007 et 2011. Il s’engage à payer 413 millions de dollars d’amende et de pénalités, dont plus de 2,2 millions à titre personnel par son fondateur, Daniel Och.

Surtout, Och-Ziff accepte de faire la lumière sur ses manquements. C’est ce qui donne tout son poids aux deux comptes rendus de l’enquête publiés par la SEC et la cour fédérale du district est de New York. Leur lecture est une plongée dans l’univers trouble des transactions autour des matières premières africaines. Cet univers, tous les observateurs avertis du continent l’imaginent.

« Jeu de piste »

Mais rarement une photographie de ce milieu a été aussi détaillée : on y trouve des dates, des montants, la nature des montages financiers… Il ne manque qu’une chose : les noms des acteurs de cette histoire. L’affaire devient ainsi un véritable jeu de piste pour deviner qui se cache derrière les descriptions. Mais, parfois, le pedigree est si précis qu’il ne laisse guère de doute.

C’est le cas de l’un des personnages centraux de cette affaire, le « partenaire RD Congo » d’Och-Ziff, décrit comme un « homme d’affaires israélien tristement célèbre », qui dispose de « liens étroits avec les responsables gouvernementaux du plus haut niveau en RD Congo » et détient « des intérêts significatifs dans le diamant et l’industrie minière dans ce pays ».

D’après l’enquête américaine, une partie des fonds (des centaines de millions de dollars) qu’Och-Ziff a reconnu avoir prêtés à ses sociétés a servi à corrompre des officiels congolais. Notamment afin de mettre la main sur des actifs miniers alléchants détenus par la société canadienne Africo Resources.

Alors que la propriété de ces actifs est contestée devant les tribunaux congolais, en 2008, un associé de l’Israélien tente, toujours selon l’enquête, d’influer sur le cours de la justice par l’intermédiaire d’un avocat. « Il doit s’arranger avec la Cour suprême, le procureur général et des magistrats, il veut 500 [000 dollars] pour donner à tous les officiels », écrit-il à l’Israélien.

« On ne peut accepter un résultat mitigé, répond celui-ci. Africo doit être baisé et achevé totalement !!!! [sic] ». La veille du jugement, les Canadiens, sous pression, acceptent de revendre leurs parts à une société contrôlée par Och-Ziff et le « partenaire RD Congo ».

Joseph Kabila, président de la R.D. du Congo
Joseph Kabila, président de la R.D. du Congo

Dan Gertler, Groupe Fleurette
Dan Gertler, Groupe Fleurette

Identifications

Ce dernier ne s’arrête pas là. Au total, il serait à l’origine du versement de 10,7 millions de dollars au « responsable RDC 1 », une personne « haut placée capable d’agir et d’influencer officiellement sur les dossiers miniers ». À cela s’ajoutent 23,5 millions de dollars pour son plus proche conseiller, le « responsable RDC 2 ».

Ce conseiller est décrit comme un « ancien gouverneur du Katanga », « ambassadeur itinérant et parlementaire » jusqu’à sa mort, le « 12 février » 2012. En tout, ce réseau actif entre 2007 et 2011 aurait permis à Och-Ziff de réaliser 91 millions de dollars de profit sur les actifs congolais.

Selon l’agence financière américaine Bloomberg, le « partenaire RD Congo » a été identifié comme étant Dan Gertler, le « responsable RDC 1 » comme le président Joseph Kabila lui-même, et le numéro deux comme son plus proche conseiller d’alors, Augustin Katumba Mwanke.

Le porte-parole du groupe Fleurette de Gertler, cité par l’agence, « conteste vigoureusement toutes les accusations de méfaits dans n’importe laquelle de ses relations en RDC, y compris celles avec Och-Ziff ». Pour Barnabé Kikaya Bin Karubi, le conseiller diplomatique du président congolais, l’identification de Bloomberg est une « déduction malveillante » : « Les noms cités dans la presse n’apparaissent à aucun moment dans les documents. »

Ces derniers permettent plus difficilement d’avancer des hypothèses sur l’identité des responsables du Niger, du Tchad, de Guinée et du Congo-Brazzaville cités dans l’enquête. Laquelle n’établit pas, d’ailleurs, que tous aient été directement soudoyés, et ne précise pas non plus les bénéfices qu’Och-Ziff aurait réalisés dans ces pays. Reste que, selon les enquêteurs américains, des intermédiaires ont bien été payés pour les approcher.

L’un d’eux, un « consultant gabonais » grassement rémunéré, aurait payé des pots-de-vin au Niger et au Tchad entre 2007 et 2009. Un temps, Och-Ziff tente de lui faire « signer des clauses anticorruption ». Le Gabonais refuse, ce qui n’empêche pas la poursuite de leur collaboration…

Selon le Financial Times, ce profil correspond à celui de Samuel Mébiame, le fils de l’ancien Premier ministre gabonais Léon Mébiame (décédé en 2015). L’homme a été arrêté aux États-Unis en août pour un motif lié à cette enquête. Contactés par JA, ses avocats n’ont pas souhaité commenter une « affaire en cours ».

Il y a aussi cet autre « consultant » (mais qui pourrait être le même), qui se vante en 2011 d’avoir « l’accès exclusif » à une compagnie minière en Guinée, ou encore de pouvoir organiser « une rencontre avec le représentant et le fils [d’un haut responsable gouvernemental guinéen] à Paris ».

Le partenaire sud-africain

Quant au volet congolais (Brazzaville) de l’enquête, il établit que, en 2010, 13 millions de dollars ont été décaissés à destination du « partenaire sud-africain » d’Och-Ziff et d’un « intermédiaire Congo-B » à qui l’on demande d’« organiser une transaction » avec « un responsable gouvernemental de haut niveau au Congo-Brazzaville ». Au bout du compte, une entreprise contrôlée par Och-Ziff et son « partenaire sud-africain » mettent la main sur 25 % d’un bloc pétrolier de ce pays.

Ce « partenaire sud-africain » est, peut-être, l’intermédiaire qui revient le plus souvent dans cette enquête. D’après la description qui en est faite, il a de proches connexions avec un « ancien responsable gouvernemental » qui est aussi « un homme d’affaires à succès grâce à son conglomérat basé en Afrique du Sud ». Il est également lié au « cofondateur » du même conglomérat, qui n’est autre que le PDG d’« Africa Management Limited ».

Cette société d’investissement sud-africaine a longtemps été dirigée par Mark Willcox et a été cofondée par l’ancien ministre sud-africain de l’Habitat Tokyo Sexwale. Un troisième Sud-Africain, proche des deux premiers, est cité par le Financial Times dans le cadre de cette affaire : Walter Hennig. Ce dernier a plusieurs activités en Afrique de l’Ouest. Les avocats des trois hommes se refusent à tout commentaire.

Ce « partenaire sud-africain » aurait aussi proposé un autre deal à Och-Ziff en 2007, lequel aurait eu lieu dans un « pays d’Afrique de l’Ouest » et « coût[é] 20-25 millions de dollars (ce qui [aurait] inclus 5 millions pour la campagne de l’élection présidentielle en cours…) ». Finalement, Och-Ziff refuse.

L’affaire en restera-t-elle là ? Si Och-Ziff a accepté cet accord, c’est probablement pour éviter que l’enquête n’aille plus loin. Par ailleurs, on imagine mal les tribunaux des pays concernés s’en saisir. Mais l’affaire Och-Ziff pourrait bien, déjà, avoir fait une victime collatérale : les sociétés américaines cotées vont désormais réfléchir à deux fois avant d’investir sur le continent.
Quand les milliards de Kadhafi alléchaient les requins de Goldman Sachs

« Les réunions sont extraordinaires. Ils ont 77 milliards, la moitié en liquide, et aucune idée d’à qui les donner […]. Je n’ai pas été aussi excité depuis longtemps ! » Le 7 mars 2007, un des cadres d’Och-Ziff avait bien du mal à cacher son enthousiasme dans ses e-mails. Quelques heures plus tôt, il avait rencontré des responsables du Libyan Investment Authority (LIA) à Vienne.

À l’époque, les sanctions contre le régime de Mouammar Kadhafi viennent d’être levées et un fonds souverain a été créé pour faire fructifier les gigantesques masses d’argent issues du pétrole libyen : le LIA. De quoi attiser les convoitises des financiers américains. Par l’intermédiaire d’un agent libanais basé à Londres, Och-Ziff parvient à obtenir la gestion de 300 millions de dollars (environ 225 millions d’euros) du LIA et gagne 100 millions de dollars de revenus sur ces opérations. Pour cela, trois officiels libyens auraient touché pour près de 3,4 millions de dollars de pots-de-vin.

Le fonds libyen a également attiré l’attention de la banque américaine Goldman Sachs. Selon une enquête de Bloomberg Businessweek, celle-ci aurait envoyé sur place, en 2007 et 2008, l’un de ses partenaires, l’Austro-Marocain Driss Ben-Brahim, ainsi que l’un de ses jeunes commerciaux, Youssef Kabbaj, pour leur proposer des investissements. Ce dernier, natif de Rabat passé par le lycée Louis-le-Grand (Paris) et le MIT, est notamment chargé d’« enseigner » les bases de la finance aux responsables du LIA – ce qui donne souvent lieu à des voyages tous frais payés. Un autre employé de Goldman Sachs s’amuse, dans un message révélé par le magazine, d’avoir « fait un cours sur des produits structurés à effet de levier à quelqu’un qui vit au milieu du désert avec ses chameaux ».

Sur les conseils de la banque américaine, le LIA finit par souscrire des produits financiers effectivement complexes – et risqués. Et ce quelques mois avant la crise financière de 2008… Le fonds libyen y perd 1,2 milliard de dollars. Goldman Sachs, elle, conserve ses commissions. Un procès entre les deux parties s’est ouvert en juin, à Londres. Le jugement doit être prononcé ce mois-ci.

Pierre Boisselet
Pierre Boisselet

 

Pierre Boisselet
Jeune Afrique

Effondrement du rêve de Simandou ?

Village aux abords de la chaîne du Mont Simandou, préfecture de Beyla
Village aux abords de la chaîne du Mont Simandou, préfecture de Beyla, terre natale de Samori Touré.

Il était une fois, en l’an 2010, un certain professeur Alpha Condé, président de la république de Guinée. Il comptait  presqu’exclusivement sur les projets miniers pour alimenter les coffres de l’Etat. Mais six ans plus tard, après sa réélection en 2015, cet espoir s’évapora et le sol sembla se dérober sous ses pieds. Que lui advint-il ?
L’un après l’autre, les investisseurs s’intéressant au projet Simandou virent leur license révoquée — par le gouvernement —,  suspendirent leur participation, ou se retirèrent du projet. Ce fut d’abord la révocation des licenses de BSGR et de Vale en 2014. En juillet 2015 , Rio Tinto suspendit ses opérations. Et le 10 octobre 2016 International Finance Corporation (IFC), membre du groupe de la Banque mondiale, décida de vendre sa participation au capital de la société Simfer, gestionnaire du projet Simandou.…

A son investiture en 2010, M. Condé aurait dû accorder une priorité égale à la mise en valeur des ressources extractives, au développement du monde rural, à la refonte du système de santé, et à l’éducation. Hélas ! Guidé par la cupidité et la myopie, il mit tous ses oeufs dans le panier des mines. Et aujourd’hui, il a le dos au mur et  fait face aux conséquences de son obsession minière.

En effet Rio Tinto a confirmé hier le retrait de IFC, qui détenait 4.6 % du capital. Déjà, en juillet, invoquant la baisse des cours du minerai de fer, Jean-Sébastien Jacques, président directeur-général de Rio Tinto, partenaire majoritaire de Simfer, avait décidé la suspension temporaire des activités du projet. D’une valeur de US $20 milliards, les actionnaires de Simfer sont :

Depuis 1958 les dirigeants guinéens sont hantés par les grands projets industriels. Sékou Touré rêva de construire  le barrage hydro-électrique sur le fleuve du Konkouré, qui se jette dans l’Océcan Atlantique au nord de Conakry, par la vaste baie de Sangaréa, dans la préfecture de Dubréka. Ensuite, il lia l’économie du pays à l’exploitation de la bauxite : Fria, Compagnie des Bauxies de Guinée (CBG), Office de Bauxite de Kindia (OBK)…
Mais aucune mine de fer ne fut activée, qu’il s’agisse des réserves du Mont Nimba ou de la chaîne du Simandou. Sékou Touré et ses successeurs mettent la charrue avant les boeufs. Ils croient miraculeusement transformer la Guinée — sous-développée et économiquement arriérée — en une petite puissance minière et industrielle. Ils ne se rendent pas compte ou refusent d’accepter la réalité et les nombreux manques à gagner du pays. Et pourtant des obstacles réels existent, qui ne sont guère incitateurs pour les investisseurs et les industriels — tous extérieurs. Voici une liste suggestive des freins au développement de la Guinée, en général, et de l’industrie extractive, en particulier.

  • Superficie géographique restreinte
  • Faible démographie
  • Taux élevé d’analphabétisme
  • Transports insuffisants et anachroniques
  • Réseau de communication vétuste
  • Marché domestique exigu
  • Epargne nationale absente ou faible
  • Production alimentaire archaique
  • Monnaie non-convertible
  • Réseau bancaire usuraire
  • Système d’éducation et de formation dépassé
  • Système sanitaire en lambeaux (Ebola)
  • Gouvernance autocratique/dictatoriale
  • Institutions fantômes ou fragiles
  • Climat politique anarchique et vicié
  • Violations chroniques des droits de l’homme
  • Corruption et impunité
  • Environnement négligé, pillé et dégradé

Vantant le riche potentiel du Simandou, un journaliste sud-africain a toutefois ironisé que son emplacement territorial est mal indiqué. Et que c’est là la seule raison pour laquelle la chaîne n’est pas en exploitation. Faudrait-il alors déplacer la montagne et l’implanter dans un autre pays !?
Pour sa part, dans l’article suivant l’enseignant-chercheur Mamoudou Barry explore l’évolution et l’effondrement du rêve du Simandou.

Tierno S. Bah

Comment s’est effondré
le rêve de Simandou

La société Rio Tinto vient d’annoncer au journal anglais The Times le 4 juillet 2016 que la baisse du cours des matières premières l’empêcherait d’exploiter à l’immédiat le gisement de fer de Simandou au sud de la République de Guinée en dépit de « l’étude de faisabilité bancable » qu’elle a présentée à l’État guinéen en mai 2016.

Jean-Sébastien Jacques, Pdg de Rio Tinto
Jean-Sébastien Jacques, Pdg de Rio Tinto

En effet, le projet Simandou est géré entre l’État guinéen sous forme de société anonyme de droit local SIMFER, SA (7,5 %), Rio Tinto (46,6 %), un consortium de sociétés d’État chinoises pilotées par Chinalco (41,3 %) et la Société financière internationale (4,6 %), branche du Groupe de la Banque mondiale destinée au financement du secteur privé. SIMFER, SA détient donc une concession minière (blocs 3 et 4) au sud de la République de Guinée.

Aujourd’hui, la quasi-totalité des médias parlent du retrait pur et simple de Rio Tinto du projet.

De son côté, l’État guinéen, semble-t-il pris au dépourvu, ne compte pas s’aligner. Du moins, c’est que l’on peut comprendre des communiqués hésitants, pour ne pas dire prudents de ce dernier.

Va-t-on vers une bataille juridique ? Est-ce un coup médiatique raté ? Ou une petite stratégie de chantage du géant du fer anglo-australien pour faire reculer l’État pour l’exploitation de ce minerai de fer, sans doute le plus riche au monde ? Ou finalement la confiance du géant en l’état a volé en éclat ?

Dans notre analyse nous tenterons d’éclaircir l’environnement contractuel du projet Simandou avant d’envisager une appréciation juridique des évolutions contractuelles.

L’environnement contractuel
du projet Simandou

L’environnement contractuel du projet Simandou est à la fois historique et décisif du point de vue tant de l’espoir que de bouleversement des rapports contractuels avec l’État guinéen.

Depuis 1997, la société Rio Tinto, l’un des leaders de l’industrie minière mondiale, est présente en République de Guinée suite à l’invitation de la Guinée afin de procéder à des recherches scientifiques pour déterminer les potentialités du gisement de fer de Simandou et les possibilités d’une exploitation et commercialisation de ce fer rare de par sa qualité et de par sa quantité.

C’est ainsi que quatre titres miniers permettant à la société minière de mener ses activités de recherches respectivement dans quatre blocs dits bloc I, bloc II, bloc III et bloc IV ont été délivrés le 25 février 1997 à la filiale de Rio Tinto créée à cet effet, la société anonyme SIMFER, SA. Cette dernière était détenue à 100 % par Rio Tinto.

Les recherches se sont très rapidement révélées concluantes. Des négociations s’ouvrent entre l’État guinéen et SIMFER, SA en vue de mettre en place une convention définissant entre autres les conditions de l’exploration, de l’exploitation et du transport du minerai à Conakry, la capitale, en vue d’une exportation comme le prévoit le code minier de l’État guinéen.

Un accord a été facilement trouvé. La convention dite de « base » a été signée le 26 novembre 2002 qui sera finalement ratifiée trois mois plus tard (le 3 février 2003) par le parlement guinéen. Les permis de la phase de recherche préliminaire cèdent la place à une concession que l’État accorde à SIMFER, SA par un décret du 30 mars 2006 sur un périmètre de 738 km2 au lieu 359 km2.

Contrairement à ce que le code minier prévoyait, la totalité du périmètre des quatre permis est comprise dans le périmètre de la nouvelle concession.

En effet le code minier guinéen de 1995 exigeait que la moitié du périmètre de recherche soit rétrocédée gratuitement à l’État et qu’au plus l’autre moitié soit attribuée à l’inventeur, en l’espèce SIMFER, SA sans obligation de l’appel d’offres international. C’est de là que le feuilleton litigieux prendra naissance.

Le tournant du projet Simandou

Le bras de fer s’engage entre les cocontractants. En juillet 2008 un décret présidentiel annonce que la concession minière accordée à SIMFER, SA était révoquée et que SIMFER, SA conservait les droits d’un titulaire de permis de recherche (non d’une concession).

L’État guinéen conteste la légalité du décret de la concession qui a été accordée à SIMFER, SA le 30 mars 2006 en au motif qu’il violait le code minier en ce qui concerne l’obligation de rétrocéder à l’État la moitié du périmètre des titres de recherche lors de la demande d’attribution d’une concession minière.

Quant à SIMFER, SA, elle conteste la légalité du décret de révocation de la concession, mais avec peu d’arguments juridiques suffisants à notre avis.

Ainsi le 19 mars 2010, Rio Tinto, la société mère, annonce avoir signé un accord avec certaines de ses filiales et un consortium de sociétés chinoises (CHALCO) pour un développement conjoint du projet Simandou en leur cédant une partie du capital de SIMFER, SA.

L’État conteste encore la légalité de cette opération au motif qu’il devait être préalablement consulté pour donner l’accord (ou refus) à une telle opération selon les dispositions du code minier. Rio Tinto fait remarquer qu’il s’agit d’une cession de titres sociaux et non de titres miniers (permis). Ce raisonnement de Rio Tinto était parfaitement solide du point de vue du droit guinéen régissant le secteur minier.

Parallèlement, l’État guinéen fait savoir qu’il exerçait son option de prise de participation dans le capital de SIMFER, SA à hauteur de 20 % comme prévu dans la convention de base en son article 19. Ce que Rio Tinto accepte en décembre 2010.

Le ton monte et le 4 août 2010 l’État guinéen, à travers le ministère des Mines, informe SIMERF.SA qu’il ne l’autorisait l’accès aux sites de construction des infrastructures ferroviaires et portuaires du projet et que ces derniers ont été ouverts à d’autres opérateurs miniers.

Le désaccord est total, substantiel et profond. C’est ainsi que les nouvelles autorités de Conakry entrent en négociation avec Rio Tinto et ses partenaires financiers. Ces dernières aboutissent à un accord dont les points essentiels furent :

  • SIMFER, SA accepte la réduction de son périmètre de concession à 50 %
  • Elle s’engage à ce que la production initiale du minerai de fer ait lieu avant décembre 2014 et celle commerciale avant fin juin 2015 sous peine de résiliation du contrat.
  • Elle s’engage aussi à verser 700 millions de dollars américains déductibles d’impôts à l’État pour, nous dit-on, purger tout le contentieux connu au jour de l’engagement ou tout contentieux éventuel dont la source est antérieure à cet engagement. À notre avis ce montant n’a aucune qualification comptable ou fiscale solide du point de juridique. Une administration fiscale « libre » peut rejeter la déduction d’une telle charge.
  • L’État quant à lui reconnaît le périmètre modifié sans aucune formalité de SIMFER, SA et que la réduction du dit périmètre n’entrera en vigueur que le jour de la promulgation de la concession.
  • Enfin, il accepte que les 700 millions soient remboursables s’il ne respectait pas certaines de ses obligations contractuelles.

L’appréciation juridique des évolutions
des relations contractuelles

Depuis la signature de l’accord transactionnel mettant fin aux litiges, les rapports contractuels entre l’État et SIMFER ont évolué en ce qui concerne le respect des obligations légales et contractuelles des parties. Évolution étroitement liée au prix des matières premières, en l’occurrence le minerai de fer sur le marché international.

Du côté de l’État en ce qui concerne ses obligations légales et contractuelles que nous avons ci-haut citées, nous pouvons affirmer qu’il les a quasiment bien respectées.

Quant à SIMFER, SA, au regard de la baisse du prix du minerai de fer sur le marché et les difficultés de mobilisation des fonds nécessaires avec ses partenaires, la date limite de début de la production initiale du 30 décembre 2014 n’a pas été respectée. Celle du 30 juin 2015 pour la production commerciale non plus.

Il convient de rappeler que durant les cinq dernières années le cours du prix des matières premières chute continuellement et la plupart des études du marché confirment que cette baisse se maintiendra encore pour les années qui suivent.

Portant, en dépit de cette situation, SIMFER, SA présentait à l’État guinéen des études de faisabilité bancables en mai 2016 confirmant la faisabilité technique et financière du projet Simandou dont les investissements s’élèvent à environ 20 milliards de dollars répartis entre la construction des infrastructures ferroviaires, aéroportuaires et minières.

Les évolutions récentes du projet Simandou

Jean-Sébastiern Jacques, PDG de Rio Tinto, déclare alors au Times le 4 juillet 2016 que « les conditions du marché de fer sont très claires – il y a une surproduction sur le marché du fer ». Et il ajoute : « nous avons été très clairs que c’est un projet très coûteux […]. Ce n’est pas le moment pour Rio Tinto de développer un tel projet ».

Cette nouvelle pose principalement deux questions : Quelles seront les stratégies de l’État guinéen ? Quel avenir pour le projet Simandou ?

D’un point de vue juridique, SIMFER, SA est tenue contractuellement et légalement au respect du délai imparti pour démarrer l’exploitation du gisement. Ce délai est totalement dépassé tel que nous l’avons rappelé.

Dans cette hypothèse, l’État guinéen est fondé de retirer les titres miniers de SIMFER, SA et de demander une réparation de préjudice s’il estime en avoir subi un. Ce qui semble difficile à démontrer du fait que le projet n’est jamais entré en phase d’exploitation. Dans ce cas le périmètre attribué à SIMFER, SA reviendrait dans le patrimoine minier de l’État guinéen.

Au contraire, si le retrait des titres engendrait un préjudice contre SIMFER, SA, cette dernière pourrait bien se retourner contre l’État si elle arrivait à démontrer que le non-respect de l’obligation d’exploitation est dû à un cas de force majeure ou à la faute l’État. Cela n’est pas totalement exclu au regard des investissements déjà réalisés par SIMFER, SA et des bouleversements contractuels que nous avons décrits.

Quant à l’avenir du projet, il nous semble qu’il serait plus prudent de renégocier un délai limite et impératif pour relancer le projet. Ce qui nous paraît plus facile à réaliser que de trouver un preneur de qualités techniques et financières comparables à celles Rio Tinto.

Par ailleurs, même dans l’hypothèse de trouver un preneur, les négociations prendront sans doute un délai relativement long. En outre, ce dernier preneur ne pourrait raisonnablement pas mettre le projet en exécution dans les mêmes termes que ceux de la convention actuelle liant SIMFER, SA et l’État guinéen.

Nous estimons par conséquent qu’une renégociation d’un ultime délai semblerait s’imposer pour l’intérêt des deux parties et surtout pour l’intérêt des populations guinéennes.

 Mamoudou Barry
Enseignant-chercheur à l’université de Rouen.
Le Monde,  25 juillet 2016