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Politique et Chronique du Fuuta-Jalon

Amadou Dioulde Diallo
Amadou Dioulde Diallo


Amadou Diouldé Diallo a animé le 15 novembre 2014 à Paris une séance de “sensibilisation” historique et culturelle devant une audience du Fuuta. Enregistrée dans la vidéo ci-dessus, la durée de la prestation est de 2 h. 13 min. 49 sec.

La session commença par la présentation de la carrière journalistiques de M. Diallo et ses affiliations professionnelles, passées et présentes.
Prenant la parole ensuite, l’orateur a tenu à camper son irruption subite dans le débat politique ambiant en Guinée. Il a précisé que son activité conférencière date d’un an environ, certes. Mais ajouta-t-il, ses connaissances sont ancrées dans l’héritage familial et dans sa généalogie, qui inclut aussi bien les griots Fulɓe (Awluɓe / Farba) que leurs collègues Mande (Jeli / Fina).
La précision est importante. Elle se confirme dans la performance verbale d’Amadou Diouldé, en qui je retrouve le contrôle du geste, le ton mesuré, la face intelligente d’un ête pétri d’informations, ouvertes et secrètes. Le sourire est esquissé, mais l’éclat de rire est absent. Ce type de comportement linguistique permet de se concentrer, et de ne pas perdre le fil du discours.
Amadou Diouldé Diallo utilise les techniques oratoires des Farba du Fuuta-Jalon. Sa prestation prouve à souhait qu’il appartient au groupe, de plus en plus restreint, des détenteurs de ce précieux héritage. Jadis transmis au sein d’une caste fermée, cet art verbal et ce trésor de connaissances semblent évoluer et s’ouvrir à travers les alliances matrimoniales.

M. Diallo ajoute sociologue à son titre de journaliste. En vérité, à cette étape initiale, il est plutôt un chroniqueur compétent. La sociologie historique existe, certes. Mais en général, elle se concentre davantage à l’étude des phénomènes synchroniques, c’est-à-dire courants, qu’à ceux diachroniques, c’est-à-dire relevant de l’évolution historique. Se spécialisant dans l’étude du collectif et de l’individu, cette discipline évolue à la fois sur le plan théorique et dans le domaine pratique. Dans ce dernier cas elle applique des méthodes d’enquête qualitatitives et quantitatives élaborées : recherche de terrain, échantillonage statistique, etc. Autant d’outils qui font défaut à la présentation d’Amadou Diouldé.

Le verbe et la verve d’Amadou Diouldé sont, une fois de plus, empreintes du style discursif des Awluɓe. J’ai pu, dans mon enfance, apprécier les facultés de mémoire et goûter aux merveilles oratoires de ces maîtres de la parole au Fuuta-Jalon. En effet mon père, Tierno Saidou Kompanya, fut chef de canton de Koubia de 1936 à 1957. Et sa famille a ainsi été exposée à la présence agréable de ces compagnons appréciés, de ces confidents sûrs, tour à tour diplomates et historiographes.
Je citerai notamment Farba Oumar Bagata Dieng, le griot attitré de mon père, mais aussi Farba Mamadou Bendiou Dieng, Jan Madina Gawlo, Jan Aissata Gawlo, etc.

[Lire L’Epopée (Asko) d’Alfa Abdourahmane Koyin
par Farba Ibrahima Njaala et Farba Abbaasi
,
qui relate la guerre victorieuse du Fuuta-Jalon contre
Janke Wali, roi du Ngabou. C’était sous le règne
d’Almami Oumar, père d’Almami Bokar Biro]

[Kouyaté Sori Kandia chante ici la version mandingue dans Kèddo]

Toutefois, il faut placer les Awulɓe dans le contexte général du Fuuta-Jalon. En effet dans l’état théocentrique islamique Fuutanien, les Awluɓe formaient un ensemble plus vaste de créateurs littéraires, et où évoluaient les Seeremɓe (ou cernooɓe) et les Nyamakala (ou troubadours).

 [Au sujet des Nyamakala lire l’inteview de Katharina Lobeck
(en anglais) sur webFuuta]

Les Seeremɓe et les Awluɓe produisaient la chronique évènementielle, la biographie personnelle, la hagiographie (ou narration poétique de la vie des pieux et saints), les chaînes généalogiques, la chronologie étatique.

Les Seeremɓe dominaient la littérature écrite Ajamiyya Pular. Les Farba, eux, brillaient dans leur genre littéraire spécifique, le Asko. lls y composaient les textes mythiques, historiques, les épopées et les récits héroïques. Mais il arrivait aux plus instruits des Farba de produire une version écrite de leur inspiration orale.

Dans Chroniques et Récits du Foûta Djalon, Alfâ Ibrâhîm Sow cite l’exemple de Farba Ibrâhîma Seck ou Farba Paris, qui composa l’ode à son maître, après l’avoir accompagné pour une visite officielle à Paris dans les années 1950. Ce seigneur, en l’occurrence, était Alfa Bakar, chef de Diari et à l’époque doyen des chefs de canton du Fuuta-Jalon, neveu et disciple de Tierno Aliou Ɓuuɓa-Ndiyan, promotionnaire de l’imam de la Mosquée Karamoko Alfa, Tierno Siradiou — mon oncle maternel, parrain et maître d’ecole coranique —, cousin de ma mère, et père de Saifoulaye Diallo.
A.I. Sow écrit :

« Farba Ibrâhîma termine son épopée par les mots :
« karambol deƴƴhii ɗoo : Ici, la plume se tait. »

Et le grand publiciste du Pular/Fulfulde conclut :

« Cette fin montre bien, s’il en est encore besoin, que l’œuvre de Farba Ibrâhîma était, à l’origine, une œuvre écrite. »

Défense et illustration du Fuuta-Jalon

Amadou Diouldé Diallo semble donc relativement bien armé pour se lancer dans une croisade conférencière dont le but est la défense et illustration du Fuuta-Jalon et des Fuutanke, au sens large du terme.

Il précise que son action est en réalité une réaction visant à contrecarrer les manoeuvres politiciennes du président Alpha Condé et de son allié de circonstance, Mansour Kaba.

Il est mandaté, déclare-t-il, pour son périple par le président de la coordination haalpular du Fuuta-Jalon, Elhadj Shayku Yaya Barry.

La performance de M. Diallo est honorable. Cependant son discours devrait être livré en Pular. Quitte à rédiger et distribuer une version abrégée traduite en français dans la salle pour permettre aux membres de l’audience non-fluents en Pular, de saisir l’essence de ses propos. En utilisant le Pular il pourra mieux imiter —et peut-être émuler — Farba Kendo Sow, de Kakoni, son grand-père et maître. De cette façon, il pourra cultiver et polir son Pular maternel, y puisant des ressources puissantes : proverbes, anecdotes, adverbes d’emphase, intonation, formules oratoires, etc.

Temps faibles de la conférence

M. Diallo commet une démarche méthodologique fondamentale. A cela s’ajoute des affirmations matériellement fausses et intellectuellement inacceptables.
La faiblesse centrale de la conférence paraît dans toute sa nudité lorsqu’il se borne à comparer Lansana Conté et Alpha Condé. Pis, il fait l’apologie et tente de réhabiliter le tyran que fut l’ignare et défunt Général-paysan.

[Lire Opposition et majorité : bonnet noir et noir bonnet]

Cette double myopie conduit à des silences lourds et pesants sur :

  1. Sékou Touré, sa dictature son complot contre les Peuls et le mouroir du Camp Boiro
  2. La cruauté de Lansana Conté à l’égard de communautés fulbe établies à Conakry. Ainsi, à la fin des années 1990, face à la rivalité politique Fulbe (notamment du tandem Mamadou Bâ- Siradiou Diallo), Lansana Conté ordonna la destruction des maisons privées bâties à Kaporo-Rails, sans aucun dédommagement. La plupart des habitants de cette cité étaient des Fulbe. Tout comme Dr. Alfa Ousmane Diallo (un de mes promotionnaires du lyçée et de l’Université) à l’époque ministre de l’Urbanisme et de l’Habitat, qui exécuta l’ordre présidentiel avec zèle. Comme si les victimes n’étaient pas des citoyens et, de surcroît, des membres de sa “race”. De coquettes villas et leur mobilier furent complètement rasées. Des familles entières se retrouvèrent sans abri. Il fallut l’intervention de Kadidiatou Seth —qui a une éducation Pullo— pour arrêter les dégats. Trop tard. L’irréparable avait été commis.
    Ibrahima Sori Diallo est le chef de l’une de ces familles spoliées. Terrassé par la perte immobilière —fruit de pénibles économies d’enseignant— il est devenu depuis aveugle. Je l’ai vu en 2003 à Cosa. Il tenait le bâton de guidage d’une de ses fillettes. L’image de ce jeune  professeur d’anglais fringant et élégant, originaire de Lelouma, me revint à la mémoire et m’envahit. Je ne pus m’empêcher de verser des larmes…
  3. Le silence sur l’hostilité de Conté à l’encontre des commerçants et cadres Fulbe. Par exemple, pour davantage piller les ressources financières de l’Etat, Lansana Conté commença au début du millénaire à appuyer, tous azimuts, les activités de Mamadou Sylla, alors un jeune négociant Jakanke de Boké. En trois ou quatre années, M. Sylla  acquit, pour son patron et lui-même, une fortune immense. Mais la promotion de Mamadou Sylla servit également de contrepoids au rôle et à l’influence des commerçants Fulbe —notons qu’ils préfèrent le titre d’opérateurs économiques. Conté était libre de choisir de nouveaux associés. Mais il devient condamnable lorsqu”il se sert de son pouvoir pour humilier ses alliés Fulbe, qui ne demandaient pourtant qu’à lui obéir. Ainsi, en 2003, à l’occasion d’une cérémonie radio-télévisée à laquelle il avait invité les commerçants Fulbe, il leur refusa les sièges vides devant lui et les força à s’accroupir au sol autour de lui et devant la caméra.
  4. les créatures de Conté que sont Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté. Or c’est ce dernier qui a profité de l’élimination de Dadis pour imposer Alpha Condé à la présidence, par la violence, la fraude massive , la corruption et les trucages. Conté limogea ou mit à la retraite tous les officiers Fulɓe pour éliminer toute rivalité contre Dadis et mieux faciliter la prise du pouvoir par ce dernier.
  5. Le refus de constater que les cinq présidents de la république de Guinée (Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté, Alpha Condé) sont tous pareils, du premier à l’actuel. Ce sont, au mieux, des autocrates criminels,  et au pis, des dictateurs sanguinaires

Ensuite, l’auteur s’appuie sur des hypothèses non-fondés et des clichés bien connus de l’historien et de l’anthropologue. Je me contenterai de citer :

  1. le traitement sommaire et sans fondement de l’Antiquité. M. Diallo prend la Basse Egypte comme point d’origine des Fulɓe. Cela reste à démontrer (CQFD).
  2. La reproduction mécanique de l’idéologie orientaliste et des stéréotypes Arabo-musulmans. Ici, l’artifice principal consiste à attribuer aux Fulbe une origine arabe tout à fait artificielle. Il s’agit en effet d’une stratégie idéologique utilisée par les élites des peuples convertis à l’Islam, en Asie comme en Afrique. Même hypothétique —voire fantaisiste— une descendance généalogique remontant au Prophète de l’Islam confère de la légitimité. Elle étend une aura de prestige voire de sainteté aux bénéficiaires. Mais Islam et Arabité ne sont pas synonymes ; tous les Arabes ne sont pas musulmans. Et tous les Musulmans ne sont pas Arabes.
  3. l’hypothèse non-vérifiée de l’animisme ou fétichisme des Pulli, qui en réalité pratiquaient le monothéisme en Geno, le Créateur Eternel, des millénaires avant l’arrivée des conquérants Arabes musulmans. [Lire Fulbe and Africa]
  4. la référence à 1490 comme début de la dynastie des Koliyaaɓe (ou Deeniyaaɓe) . En réalité,celle-ci date du 12e siècle, c’est-à-dire immédiatement après la victoire de Soundiata Keita sur le Gâna et le Tekrour.
  5. L’annonce du ralliement d’une délégation de Tutsi et de Hutus à l’aire de civilisation Fulbe/Halpular. Cette révélation relève de l’affabulation. Même si elle  paraît amusante. elle est franchement ridicule.  Le conférencier devrait éviter de brandir et de chatouiller le chauvinisme culturel. Il devrait respecter la politesse et la patience de son auditoire, et se garder d’abuser de la crédulité   et de la naiveté  supposées de celui-ci.
    Pour prouver qu’il ne se contente pas de propager une fausse nouvelle, il doit en fournir les détails, en précisant la date, le lieu, le noms des participants à la cérémonie.
    Sinon, comment explique-t-il que des prétendus représentants de ces deux ethnies retrouvent soudain leur solidarité au sein du Pulaaku, eux dont la rivalité absurde a conduit au Génocide Rwandais en 1994.
  6. L’injection d’une question-clé que l’orateur ne traite pas du tout. Lui, le spécialiste, il laisse ainsi l’audience dans l’ignorance d’un point central de sa présentation. En effet, il interroge à plusieurs reprises : Qui trahit Samori en s’alliant aux envahisseurs Français ? Ni lui, ni personne parmi les participants, ne répond. En bien, il s’agit de Daye Kaba, vraisemblablement un aïeul de Mansour Kaba. Le même personnage qui cherche à exploiter le conflit entre l’Almami Bokar Biro et ses pairs aristocrates du Fuuta-Jalon.

[Lire Ibrahima Khalif Fofana. L’Almami Samori Touré. Empereur. Chapitre 9. La résistance aux troupes coloniales
Archinard et Daye Kaba
]

A suivre

Tierno S. Bah

Netanyahou, président de la droite américaine ?

Il y a une vingtaine d’années, un ancien candidat républicain à l’élection présidentielle américaine avait comparé le Congrès des Etats-Unis à un « territoire israélien occupé ». En 2015, il est devenu inimaginable qu’un dirigeant républicain s’exprime avec autant de perfidie. M. Benyamin Netanyahou et ses idées s’imposent en effet sans résistance et sans effort dans le cénacle des parlementaires de Washington. Ils rencontrent davantage d’opposition… à la Knesset israélienne.

La chose ne s’explique pas uniquement par une majorité républicaine dans les deux chambres du Congrès, car les démocrates — et M. Barack Obama lui-même — ne refusent presque jamais rien à la droite israélienne et à son puissant lobby, l’AIPAC 1. Défendant devant celui-ci la cause du président des Etats-Unis et de son administration, Mme Samantha Powers, ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, vient de rappeler que, ces six dernières années, le président Obama avait consacré 20 milliards de dollars à la sécurité d’Israël 2.

Néanmoins, en partie pour des raisons religieuses liées à la prégnance chez les évangélistes les plus conservateurs de théories fumeuses sur l’Apocalypse 3, en partie parce que le Parti républicain, comme l’actuel premier ministre israélien, adore décrire un Occident encerclé d’ennemis (en général musulmans) afin de justifier des interventions armées plus nombreuses et des dépenses militaires plus plantureuses, M. Netanyahou est devenu le héros de la droite américaine, son Winston Churchill. Celui qu’elle aimerait avoir comme chef d’Etat plutôt que l’actuel locataire de la Maison Blanche, un homme qu’elle exècre au point de douter sans cesse de son patriotisme, voire de la nationalité américaine inscrite sur son passeport 4.

Lors de la dernière expédition meurtrière d’Israël à Gaza, enthousiasmée par les moyens employés à cette occasion, l’une des vedettes de Fox News, Ann Coulter, avait avoué :
— J’aimerais que Netanyahou soit notre président. Oui, bien sûr, parfois des enfants palestiniens sont tués. Mais c’est parce qu’ils sont associés à une organisation terroriste qui fait du mal à Israël. Et Netanyahou se moque bien de ce que des responsables religieux lui disent en pleurnichant à propos des enfants palestiniens. Il se moque bien de ce que lui disent les Nations Unies. Il se moque bien de ce que lui disent les médias. Nous sommes un pays, nous avons des frontières. Netanyahou, lui, fait respecter les siennes. Pourquoi ne pouvons-nous pas en faire autant ? 5

M. John Boehner, président républicain de la Chambre des Représentants, a donc, sans prévenir M. Obama, invité cet homme à poigne afin qu’il explique aux parlementaires américains que la politique iranienne de la Maison Blanche menace l’existence même d’Israël. Spécialiste de la communication et ayant une longue expérience des Etats-Unis, où il fut ambassadeur de son pays auprès des Nations Unies (ce qui lui valut des centaines d’invitations dans les médias), le premier ministre israélien n’a pas manqué de se recueillir devant le mur des Lamentations (et quelques caméras) avant de s’envoler pour Washington. Et d’y assimiler sans relâche le régime iranien avec celui du IIIe Reich.

Devant le caractère grossier — pour ne pas dire la grossièreté — de la démarche, M. Obama s’est montré plus audacieux qu’il n’en a l’habitude : il a fait savoir aussitôt qu’il ne recevrait pas le premier ministre israélien. Et même que ni son vice-président Joseph Biden ni son secrétaire d’Etat John Kerry n’assisteraient au discours solennel du chef du Likoud, destiné à pourfendre la politique étrangère de leur administration sous un tonnerre d’applaudissements parlementaires. Il y a près de trois ans, pour expliquer l’engagement inhabituellement voyant de M. Netanyahou dans la campagne présidentielle de M. Mitt Romney contre M. Obama, le quotidien israélien Haaretz soulignait déjà que le premier ministre israélien « ne parle pas seulement anglais, ou même américain, il parle couramment le républicain. »

Sa fastidieuse diatribe devant le Congrès des Etats-Unis permettra-t-elle à M. Netanyahou de rendre politiquement impossible tout accord entre Washington et Téhéran en présentant celui-ci comme un nouveau Munich, et M. Obama comme un Chamberlain nouvelle manière ? Lui assurera-t-elle un avantage électoral grâce auquel il l’emportera une nouvelle fois lors du scrutin du 17 mars prochain (lire Marius Schattner, « Le coup de poker de M. Netanyahou ») ? En tout cas, cette fois, « Bibi l’Américain » semble avoir réalisé l’impossible aux Etats-Unis : il a indisposé une partie de l’opinion publique, qui lui était jusqu’alors largement acquise quoi qu’il fasse et quoi qu’il dise.

Serge Halimi
Le Monde diplomatique

Notes
1. Sur le rôle de ce lobby, lire Serge Halimi, « Le poids du lobby pro-israélien aux Etats-Unis », « Israël, plus que jamais enfant chéri de l’Amérique » et « Aux Etats-Unis, M. Sharon n’a que des amis », Le Monde diplomatique, respectivement août 1989, mai 1991 et juillet 2003.
2. L’administration Obama a par ailleurs opposé son veto à toutes les résolutions des Nations unies critiquant Israël, y compris quand elles se contentaient de reprendre des formulations américaines… Et les Etats-Unis ont quitté l’Unesco lorsque, en 2011, la Palestine y a été admise.
3. Lire Ibrahim Warde, « Il ne peut y avoir de paix avant l’avènement du Messie », Le Monde diplomatique, septembre 2002.
4. Le 18 février dernier, l’ancien maire de New York et ancien candidat républicain à la Maison Blanche M. Rudolph Giuliani a déclaré : « Je ne crois pas, et je sais que c’est terrible à dire, que ce président aime l’Amérique. Il ne vous aime pas et il ne m’aime pas. Il n’a pas été élevé comme vous et moi dans l’amour de ce pays. »
5. Fox News, 31 juillet 2014.

Simandou, justice et rancoeur vaine

Publiés sur Aminata.com un certain Ibrahima Sory Touré a tenu des propos désobligeants et discourtois, qui dénotent la rancoeur, la mesquinerie, la perfidie, la méchanceté et l’ingratitude. En effet, dans le malheur, il se désolidarise, rejette et condamne sa demi-soeur, Mamadie Touré, qui fut la compagne du Général-Président Lansana Conté. Ce faisant, il apporte de l’eau au moulin de Beny Steinmez dans le scanndale des contrats miniers du Simandou. En effet le patron de BSGR avait, lui aussi, jeté un doute sur la relation conjugale entre Mme Mamadie et le défunt dictateur.

Mais la sorte verbale de M. Touré est tardive et vaine.

Et c’est dommage que Le Populaire — le journal de Conakry à la source de l’interview de M. Touré — n’ait pas cherché à vérifier les accusations auprès de sources tierces. Cela lui aurait permis  d’étoffer l’article et d’éclairer les lecteurs sur les querelles de famille et l’hostilité du sieur Sory contre sa parente.

Le journal aurait dû aussi corriger le titre en conjuguant le verbe au passé, car il ne saurait y avoir de mariage entre une personne morte et un être vivant. La relation conjugale prit fin à l’instant même du décès du vieux Général.

Ibrahima Sory semble évoluer en vase clos. Ainsi, il ne mentionne guère l’intervention de gouvernements étrangers visant à dénouer l’écheveau d’intrigues et de corruption entourant le dossier du Simandou, de 2008 à 2010.

Ainsi, par exemple, la justice de la Confédération Helvétique a ouvert une enquête à Genève.

Et les autorités fédérales américaines n’y sont pas allé de main morte. Dès que le FBI a constaté la violation de la loi dénommée Foreign Corrupt Practice Act, qui réprime la corruption étrangère sur le territoire US, les branches exécutive et judiciaires sont entrées en action. Depuis 2012, le scandale du Simandou a reçu l’attention qu’il mérite. Grâce à la diligence de la justice, les choses se sont précipitées et précisées ici aux Etats-Unis.
En conséquence, l’un des principaux acteurs impliqués dans l’affaire, le Français Frédéric Cilins, purge une peine de prison depuis l’année dernière.

[Lire Frenchman Cilins Gets Two Years ]

De même, les autorités fédérales ont procédé à la saisie des biens de Mme. Mamadie Touré en Floride. Elle a accepté aussi de coopérer avec le FBI dans la poursuite de l’enquête.

[Lire Florida Homes of Lansana Conté’s Wife Seized]

De son côté, flairant les risques pour ses activités, Beny Steinmetz a embauché des personnalités de poids comme consultants. Il s’agit de :

  1. Joe Liberman, ancien sénateur à la retraite de l’Etat du Connecticut et ancien candidat à la vice-présidence ; il fut le co-listier du candidat démocrate Albert Gore à la Maison Blanche en 2000,
  2. Louis Freeh, ancien directeur du FBI.

Du côté guinéen qu’a fait la justice  ? Que peut-elle faire aujourd’hui ?  Qu’envisage-t-elle de faire ? Réponse :  trois fois rien vraisemblablement.

Au lieu d’imiter le professionalisme et la probité des institutions étrangères, le régime du Président Alpha Condé — empêtré dans l’incompétence —  a fini par libérer M. Touré et ne semble plus s’interesser aux racines et ramification locales du contentieux. Ceal permet à Ibrahima Sory de se livrer à toutes sortes d’insinuations.
Mais ses déclarations n’atténueront pas et n’effaceront pas sa implication présumée dans le scandale.
D’une part, il semble croire que l’énormité de l’escroquerie se ramène à des conflits de personnes et de famille. D’autre part, il évoque le rôle d’Alpha Condé. A propos de ce dernier, M. Touré divague sottement lorsqu’il suggère que l’actuel président aurait pu être le parrain du mariage de Lansana Conté et de sa demi-soeur !! La démarche est gauche, désespéré et stupide, car M. Condé n’était pas au pouvoir en 2007-2008.

Ibrahima Sory devrait se livrer à un examen de conscience. Il devrait  se repentir pour son rôle —si minime soit-il— dans le vol du 21e siècle que furent les tractations et transactions autour du Simandou.

Hélas, non. Il se complait dans une innocence qui reste à prouver. Et il diabolise sa demi-soeur, aujourd’hui acculée ici en Amérique.

A mon avis, il devrait plutôt la respecter et la soutenir en ces temps d’épreuve et de vaches maigres. Ne serait-ce qu’en reconnaissance pour les avantages qu’il tira de leur consanguinité aux beaux jours et durant les années grasses de BSGR-Guinée.

De toutes les façons, l’Histoire l’a déjà condamné à travers le milliardaire soudanais, Mohamed ‘Mo’ Ibrahim, qui déclara en 2011, à juste titre,  que les Guinéens qui participèrent à la signature du contrat minier du Simandou au profit de BSGR, sont “soit des  idiots, soit des criminels, ou les deux”.
Les Guinéens empochèrent des miettes, certes. En l’occurrence quelques dizanes millions de dollars dispensés par BSGR. Mais peu après le diamantaire Israélien vendit 51% de parts d’investissements au géant brésilien Vale en échange de US $2.5 milliards. Il reçut immédiatement un chèque de US$ 500 millions.

[Lire Mining And Corruption. Crying Foul In Guinea ]

M. Touré a beau jeu de nier aujourd’hui qu’il fut un beau-frère de Lansana Conté.  Il n’en fit probablement pas moins partie du groupe dénoncé par Mo Ibrahim. L’opinion de celui-ci fit le tour de la planète sur Internet. Frappante et adéquate, sa formule résume éloquemment la faillite guinéenne.

Qu’Ibrahima Sory Touré en soit conscient ou pas, peu importe.

Les mots de “Mo’’ sonnent comme un verdict. Et ils pourraient  coller à la face et au dos de M. Touré, et lui convenir comme une paire de gants — ou de menottes.

Tierno S. Bah

Hunger and frustration at Ebola ground zero

Hunger and frustration grow at Ebola ground zero in Meliandou,  Gueckedou préfecture,  in the Forest region of Guinea. A charred kapok tree and around a dozen graves scattered amongst the mud brick houses of Meliandou are painful reminders of the toll Ebola has taken on this village in southeast Guinea.

Scientists traced the source of the worst-ever outbreak of Ebola to two-year-old Emile Ouamouno, who they believe contracted the disease while playing near the tree, home to hundreds of bats that may have been hosting the deadly virus.

The boy’s father, Etienne Ouamouno, said Emile fell ill in December 2013, and infected his sister and mother who was eight months pregnant at the time. Over a year later, having lost all his immediate family, Etienne Ouamouno has difficulty in finding words to describe his grief.

For now, his body language does the talking.

Sitting at the foot of the kapok tree, which has since been set alight by the villagers to smoke out all the bats, Ouamouno nervously lights up a cigarette and takes a number of short drags in quick succession before flicking off the ash.

Etienne Ouamouno, father of Ebola patient zero, poses for a picture in Meliandou February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)
Etienne Ouamouno, father of Ebola patient zero, poses for a picture in Meliandou February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)

There is a long, uncomfortable silence as he contemplates the significance of this spot. Almost 24,000 people mainly in hardest-hit Guinea, Sierra Leone and Liberia, have been infected and some 9,700 have died from Ebola as a result of the chain of transmission that started here.

“It wasn’t Emile that started it,” Ouamouno finally says in Kissi, the local language. “Emile was too young to eat bats, and he was too small to be playing in the bush all on his own. He was always with his mother.”

No Income

For Ouamouno and thousands of others in the forest region of southeastern Guinea, once the breadbasket of the West African nation, the suffering has only deepened. Ebola has left them scared, frustrated and jobless.

“There’s food on the market, but not enough money to buy it. Around 100,000 people are out of work since the mining companies closed due to Ebola,” said Jean-Luc Siblot, emergency coordinator for the World Food Programme (WFP) in Guinea.

“Closures of borders with Ivory Coast, Liberia and Mali and the lack of willingness for food transporters to come into the region meant agricultural collectives were stuck with their products,” Siblot told the Thomson Reuters Foundation.

Jobs have dried up in 91 percent of the communities surveyed by WFP in the forest region. Farmers in other parts of the country say up to 50 percent of their crop has spoiled because they could not be sold across borders.

WFP estimates that up to 1 million people do not get three meals a day and many have to sell their assets to buy food. Ebola has made this worse.

Since September, WFP has distributed over 15,000 tonnes of food aid to around 550,000 people in the forest region, including the prefectures of Macenta, Gueckedou and Kissidougou, where the outbreak was the most ferocious.

A mother and her children make palm oil in Meliandou February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)
A mother and her children make palm oil in Meliandou February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)

Marshall Plan

In the dense undergrowth around Meliandou, children pick mushrooms for dinner while their mothers make palm oil in the village courtyard. But palm oil alone will not feed the family, nor will it sell for enough to put food on the table.

“What we need right now is agricultural support. We need more classrooms, a church, and health posts staffed with doctors and equipped with medicine,” said Ouamouno, who started to open up with the encouragement of the village chief.

Etienne Ouamouno, father of Ebola patient zero, stands by the kapok tree where scientists say his two-year-old son might have contracted Ebola from bats in Meliandou, Guinea, February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)
Etienne Ouamouno, father of Ebola patient zero, stands by the kapok tree where scientists say his two-year-old son might have contracted Ebola from bats in Meliandou, Guinea, February 4, 2015. (Reuters/Misha Hussain)

In January, global aid agency Oxfam called for a multi-million dollar post-Ebola “Marshall Plan” to help Guinea, Sierra Leone and Liberia — similar to a U.S. aid program to help rebuild shattered European economies after World War Two.

The idea was revived on Tuesday as the leaders of the countries met international donors in Brussels to discuss their response to Ebola.

Back in Meliandou, villagers were skeptical of the government’s intentions ahead of presidential elections due later this year.

The government has never done anything for us in the past, so why would they change now,” said Ouamouno, reflecting the view of many in this largely anti-government region of the country.

Misha Hussain & Katie Nguyen
Thomson Reuters Foundation

Kafando : “Ce ne sont pas les militaires qui commandent”

Michel Kafando : “Ce ne sont pas les militaires qui commandent” au Burkina Faso,” rassure le président de la Transition.

On croyait Michel Kafando, le président de la transition du Burkina, condamné à jouer les seconds rôles en attendant les élections. C’est pourtant son Premier ministre, le lieutenant-colonel Zida, qui est en difficulté, pas lui, diplomate quasi inconnu il y a encore trois mois.

Lorsque son nom est sorti du képi des militaires en novembre 2014, personne ne donnait cher de sa peau. À première vue, Michel Kafando, diplomate retraité, inconnu du grand public, ne pesait pas bien lourd face au lieutenant-colonel Zida, patron de l’après-Compaoré nommé à la tête du gouvernement de transition. Dans le binôme bancal qu’il était appelé à former avec le Premier ministre, le président était perçu comme le maillon faible.

Puis les semaines ont passé. Kafando s’est peu à peu fait à son costume de chef d’État. De Dakar à Addis-Abeba, son expérience diplomatique, accumulée sur son fauteuil d’ambassadeur du Burkina Faso auprès des Nations Unies, de 1981 à 1982 puis de 1998 à 2011, a fait mouche. Ceux qui ont eu à le croiser le qualifient volontiers de “compétent” et de “rigoureux”.

A 72 ans, cet homme solidement charpenté a progressivement imposé l’image d’un président au-dessus de la mêlée. À Zida la gestion des affaires quotidiennes, à lui les grandes orientations devant mener au but ultime de la transition : l’organisation des élections fixées au 11 octobre prochain (et auxquelles il ne pourra pas se présenter). Longtemps tenu à l’écart des sujets militaires, réservés à son chef de gouvernement, Michel Kafando a été contraint de s’y intéresser, le 4 février dernier, pour sauver la tête de ce dernier face au très puissant régiment de sécurité présidentiel (RSP). Le tandem est désormais rééquilibré : le chef de l’État devait sa nomination à Zida, Zida lui doit aujourd’hui son maintien en poste.

Détendu et courtois, le président du Faso a répondu à toutes nos questions. Certaines l’ont gêné, comme celles sur la réouverture des affaires Sankara et Zongo. D’autres révèlent une personnalité réfléchie qui n’hésite pas à remettre à l’ordre du jour certains leitmotivs sankaristes (“il faut que le Burkina soit réaliste et vive à la hauteur de ses moyens”). Sans s’attarder sur le fait que, dans les années 1980, c’est plutôt du côté de la contre-révolution que son coeur penchait.

Jeune Afrique : Le 4 février, le régiment de sécurité présidentiel (RSP) a engagé un bras de fer avec le Premier ministre Isaac Zida et a réclamé sa démission. C’est la crise la plus grave traversée par la transition depuis sa mise en place…

Michel Kafando, président de la Transition
Michel Kafando, président de la Transition

Michel Kafando : Il y avait en fait déjà eu une première crise, le 30 décembre 2014. Le lieutenant-colonel Zida, qui est aussi ministre de la Défense, avait fait des promesses pour la désamorcer [l’une d’elle concernait le choix du chef d’état-major particulier du chef de l’État, un poste très convoité]. À l’expiration du délai, les troupes se sont impatientées. Pour ma part, j’ai réuni les chefs militaires pour leur parler le langage de la raison et pour leur enjoindre de reprendre les négociations avec le Premier ministre. J’ajoute que j’ai décidé de créer une commission qui sera chargée de plancher sur le rôle futur du RSP. J’attends ses conclusions.

Les revendications du RSP ont été acceptées. Cela signifie-t-il que c’est lui qui dirige le Burkina aujourd’hui ?

Ses revendications ont été acceptées, c’est vrai, mais cela ne signifie pas que le RSP jouera, de ce fait, un rôle prépondérant, loin s’en faut ! Vous avez vu que, le 7 février, la classe politique, la société civile et les forces vives ont réclamé sa dissolution pure et simple.

Quel a été le rôle de Gilbert Diendéré, le patron du RSP, durant ces jours de crise ? Faut-il lui confier des fonctions au sein du régime de transition dans les semaines à venir ?

Le général Diendéré a participé aux négociations, au même titre que les autres généraux. Pour les fonctions à lui confier, je suis en train d’étudier la question.

En décembre, lors d’une conférence de presse, vous avez assuré que vos relations avec le Premier ministre étaient bonnes. Est-ce toujours le cas ?

C’est toujours le cas, et je ne sais pas pourquoi vous, les journalistes, vous vous acharnez sur ce sujet. Tout a été dit sur cette question-là, et cela me fait rire que l’on y revienne tout le temps.

Vous êtes à la tête de la transition depuis maintenant trois mois. Qu’est-ce qui est le plus difficile au poste qui est le vôtre ?

C’est sans doute de faire comprendre à la population qu’il faut être patient. Lorsqu’un pouvoir est issu d’une insurrection comme c’est le cas au Burkina Faso, les gens ont tendance à penser que la transition doit vite régler tous les problèmes. Or il a d’abord fallu restaurer la continuité de l’État, qui s’était arrêté pendant deux semaines, faire redémarrer l’économie, assurer la sécurité des Burkinabè… Mais les jeunes voulaient que l’on aille vite, que l’on procède à des limogeages et à des arrestations, que l’on empêche tous ceux qui étaient liés à l’ancien régime de continuer à jouer un rôle. Nous avons passé beaucoup de temps à expliquer ce que nous faisions. Aujourd’hui, il y a encore un peu de contestation, mais c’est normal compte tenu de ce que nous avons traversé.

La rue a tout de même déjà obtenu la tête de deux ministres, Adama Sagnon et Moumouni Diéguimdé. Tous deux ont été contraints à la démission…

C’est parce que nous avions déjà été soumis à la même pression pour former rapidement un gouvernement — je vous l’ai dit, la rue est toujours pressée. Nous avons donc été obligés de faire appel à des gens dont nous n’avions pas forcément pu vérifier la crédibilité. Il s’est avéré par la suite que certains s’étaient plus ou moins compromis avec l’ancien régime. Avouez que ce n’est pas facile, lorsque vous arrivez au pouvoir dans de telles circonstances, d’être sûrs des gens avec lesquels vous composez ! Nous avons donc procédé à des ajustements, mais ce n’est pas une honte que de reculer. Il faut savoir reconnaître ses erreurs pour pouvoir les corriger, et le faire avec discernement, sans se livrer à une chasse aux sorcières.

Les attentes en matière de lutte contre la corruption sont très fortes. Faut-il, par exemple, demander des comptes à François Compaoré, le frère de l’ancien président, ou à sa belle-mère, Alizéta Ouédraogo, deux piliers de l’ancien régime soupçonnés d’avoir mis la main sur des pans entiers de l’économie ?

Nous ne pouvons juste montrer des gens du doigt et dire qu’il faut les arrêter. Il faut avoir des preuves pour agir, et c’est pour cela que nous procédons actuellement à des audits de certaines administrations et des grandes entreprises publiques. Nous avons également nommé un contrôleur général d’État, Luc Marius Ibriga, un professeur qui a participé activement à l’insurrection. Il a commencé à enquêter.

La justice était aux ordres de l’ancien régime. Comment la rendre indépendante ?

Nous avons trouvé un appareil judiciaire en mauvais état. Il y a beaucoup de procédures à revoir. Des états généraux de la justice vont se tenir fin mars et, dans ce cadre-là, nous verrons quelles sont les réformes à entreprendre.

Doit-on en déduire que les dossiers Sankara [le chef de la révolution burkinabè tué en 1987] et Zongo [un journaliste assassiné en 1998], dont vous aviez annoncé la réouverture, vont devoir attendre ?

Ce sont des sujets dont je ne veux pas avoir à reparler encore et encore. Laissez-moi seulement vous dire que nous sommes dans deux cas de figure différents. Dans le cas de l’affaire Zongo, il faut reprendre l’enquête, alors que dans le dossier Sankara, la famille a déjà porté plainte. L’affaire est désormais dans la voie contentieuse.

Les élections auront lieu le 11 octobre. Le fichier électoral pourra-t-il être mis à jour d’ici là ?

Oui, puisqu’il suffit de mettre à jour le fichier existant, qui ne pose pas de problème particulier, pour tenir compte par exemple des enfants qui arriveront à majorité au moment du scrutin. Ce travail va se faire très rapidement, sans doute d’ici à la fin du mois de février.

Quel est le budget prévu pour les élections ?

L’estimation avoisine les 60 milliards de F CFA [environ 90 millions d’euros] pour la présidentielle et les législatives. Le gouvernement pourra mettre 25 milliards sur la table. Pour le reste, nous pensons que réunir les 35 milliards manquants ne sera pas trop difficile compte tenu des promesses que nous ont faites nos partenaires bilatéraux et les institutions financières internationales.

Fin janvier, en marge du sommet de l’Union Africaine à Addis-Abeba, vous avez choisi de dévoiler votre salaire mensuel devant la communauté burkinabè [1,5 million de F CFA par mois]. Pourquoi ?

Parce que les gens attendent de nous davantage de transparence et que je n’ai rien à cacher. D’une manière générale, les membres de la transition ont dû s’accommoder de salaires beaucoup plus modestes que ce qui était fait avant, et nous sommes en train de prendre des mesures pour réduire le train de vie de l’État. Les fins d’année sont, par exemple, des périodes où l’on organise traditionnellement beaucoup de dîners et de réceptions officielles dans les ministères et dans les entreprises publiques. Mais tout cela a été supprimé. Il faut que le Burkina soit réaliste et vive enfin à la hauteur de ses moyens. Nous ne sommes pas riches au point de nous permettre des dépenses qui ne se justifient pas.

Cela veut-il dire qu’il faut s’attendre à plus d’austérité ? Ne craignez-vous pas que cela rebute les investisseurs étrangers ?

Non, l’austérité suppose une conjoncture difficile qui nous oblige à nous serrer la ceinture. Ce n’est pas le cas. Il faut seulement se conformer à ce qu’est notre pays et faire en sorte que l’on ait davantage de justice sociale — c’est ce que veulent les Burkinabè ; ils ont été très clairs pendant l’insurrection. Pour le reste, nous n’avons aucun problème avec les investisseurs, que nous continuons à recevoir et qui veulent toujours travailler avec nous, dans le domaine des mines notamment. Je précise d’ailleurs que nous allons réformer le code minier, parce qu’il était injuste. Le projet de loi va être transmis au Conseil national de la transition.

Parlons diplomatie sous-régionale. Cela pose-t-il un problème au Burkina que la Côte d’Ivoire accueille sur son sol Blaise Compaoré ?

Non. Nos relations sont depuis longtemps empreintes de fraternité et d’amitié — et rien n’a changé. N’oubliez pas que la Côte d’Ivoire est la seconde patrie de nos ressortissants, qui y sont près de trois millions. Je vous assure que nous n’avons jamais fait de difficultés au président Ouattara ou au gouvernement ivoirien concernant la présence de M. Compaoré. Jamais.

Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara

Avez-vous prévu de bientôt vous y rendre ?

Oui, ne serait-ce que parce que nous sommes liés à la Côte d’Ivoire par un traité d’amitié qui prévoit que, cette année, la rencontre aura lieu là-bas.

Et rencontrerez-vous le président Compaoré ?

Je n’en vois pas la nécessité. Pas pour l’instant.

Autre personnalité exilée : Moussa Dadis Camara, l’ancien chef de la junte guinéenne. Est-il toujours le bienvenu à Ouagadougou ?

Oui, et il peut rester aussi longtemps qu’il le souhaite, nous n’avons rien contre lui. D’ailleurs, il m’a même rendu visite il y a quelques semaines.

Souhaitez-vous jouer un rôle de médiateur sous-régional, comme le faisait Blaise Compaoré ?

J’ai donné l’assurance au président malien, Ibrahim Boubacar Keïta, que nous allions de nouveau participer activement aux négociations d’Alger. Le Burkina va reprendre sa place, c’est une certitude.

Vous n’étiez pas dans les meilleurs termes avec Sankara. Vous êtes parti à l’étranger après son arrivée au pouvoir. Y a-t-il des valeurs qu’il défendait dont vous êtes malgré tout nostalgique ?

Entre Sankara et moi, il n’y a eu que quelques divergences personnelles, c’est tout. J’ai été son ministre des Affaires étrangères [de septembre 1982 à août 1983, quand Sankara était le Premier ministre du président Jean-Baptiste Ouédraogo]. Et ce que nous faisons aujourd’hui, qui est basé sur la notion de progrès, n’est pas loin de ce que nous défendions à l’époque. Sauf que les mentalités ont changé, que le Burkina d’aujourd’hui est plus matérialiste, alors qu’en 1983 nous avions à coeur de servir d’autres idéaux.

Que ferez-vous après le 11 octobre ?

Quand on est venu me chercher, je vivais paisiblement dans ma ferme. Je n’aspire qu’à y retourner.

A. Kappès-Grangé et B. Roger
Jeuneafrique.com