Les démons du PDG

Créés par le PDG depuis l’accession à l’indépendance, les démons de la persécution poursuivent les guinéens dans leur vie de tous les jours.

Ces démons ont été à la base de la disparition d’une partie inestimable de l’élite de ce pays à travers des complots aussi imaginaires qu’aberrants dans une totale indifférence du citoyen normal et même du cadre normal. Avec pour simple excuses des expressions comme : “Si on l’a arrêté, c’est parce qu’il a quelque chose à se reprocher.”

A l’avènement du 3 Avril 1984, un groupe de militaires, transportés par l’euphorie de la prise de pouvoir avait dit : “Plus jamais ça !” sans vraiment mesurer la portée de cette expression.

Cette expression a tout simplement été foulée au pieds dès juillet de l’année suivante avec le “complot” de Diarra Traoré. Dès cet instant, les vieux démons qui avaient rongé la Guinée pendant 26 ans durant avaient juste pris une année de pause afin de mieux rebondir.

Depuis donc cette période de Juillet 1985, l’acharnement du pouvoir envers tout citoyen qu’il juge, à tort ou à raison, représenter une menace pour son exercice, est devenu de plus en plus ancré dans les moeurs a tels point que faire aujourd’hui de la prison en Guinée pour un oui ou pour un non est devenu monnaie courante dans la complaisance le plus totale, du moins, dans l’indifférence la plus absurde.

Les démons Post PDG

Pour les besoins de cette analyse, limitons les manquements au respect des droits de la personne aux hommes et femmes politiques disons depuis l’avènement du multipartisme intégral.

Depuis donc le début des années 1990, nous assistons aux alentours de chaque échéance électorale, avec plus ou moins de tacte, à des acharnements, persécutions et provocations du pouvoir sur les acteurs politiques et particulièrement les leaders. Ces séries d’attaques ont eu pour victimes Bah Oury, Bâ Mamadou, Condé Alpha, Cross Marcel, Doré Jean-Marie et aujourd’hui Touré Sidya.

Mais, actualité oblige, permettez-moi de m’attarder un tout petit peu sur le cas Sidya Touré. L’acharnement sur cet homme est moins dû à son influence politique qu’au fait que le Général Président n’a jamais accepté/digéré l’idée que “son” Premier Ministre se retourne un jour contre lui.

Et, on n’a pas besoin d’avoir des dons pour comprendre que cet acharnement ne cessera que lorsque Sidya, à l’instar de Facinet Touré, rentrera dans les rangs. Il est même à envisager que son intégrité physique soit menacée.

Il y a donc deux solutions pour Sidya:

  • Rentrer complètement dans les rangs en faisant de l’UFR un parti satellite du PUP et attendre tranquillement la disgrâce du Général Président
  • Continuer à jouer son rôle d’opposant dans l’aile dure de l’opposition guinéenne au risque que ce pouvoir le liquide politiquement ou porter tout simplement atteinte à son intègrité physique.

L’indifférence la plus totale

Une des interrogations les plus importantes à mes yeux est cette passivité dans laquelle tous les acteurs concernés se trouvent. Passivité qui vient peut-être de la peur du PDG. Mais ce raisonnement ne tient pas quand on considère que le guinéen aujourd’hui, pour règler ses problèmes personnels, est prêt à tout risquer y compris sa propre vie.

Peut-être devrons-nous chercher plus en profondeur du côté du degré d’identification du citoyen à son leader. Pouvons nous dire que c’est parce que le citoyen normal pense, au plus profond de son être, que son leader ne cherche le pouvoir que pour son bien à lui-même et non pour pouvoir règler les problèmes de tous les guinéens ?

Cette passivité est aussi valable pour les journalistes, l’ensemble de la classe politique, la société civile, la Ligue des Droits de l’Hommes ainsi que les députés de l’Assemblée Nationale. Ces cadres qui sont supposés être la tête pensante du pays afin d’éviter les dérives que nous vivons actuellement. Ces journalistes qui ont pour rôle d’éveiller les consciences en toute objectivité, ne savent même plus ou n’ont jamais su ce qu’est le vrai journalisme.

En fin de compte on se demande tout simplement si nous ne méritons pas ce qui nous arrive.

Un dossier vide

L’idée de perpétuel recommencement vient certainement de cette réalité qui veut qu’à chaque affaire, depuis les temps du PDG et ses complots imaginaires, tous les dossiers politico judiciaires sont cousus de fils blancs. Tout le monde le sait. Tout le monde en a la conviction, mais personne ne réagit de façon ouverte et spontanée. Est-ce parce que les gens ont peur des retombées ou tout simplement parce que personne ne s’intéresse réellement au sort des autres ?

Pour parler de faits plus récents, Bâ Mamadou fut arrêté en 1998 sous de fausses accusations d’incitation à la haine et à la violence à la suite des évènements de Kaporo-Rails. Pendant deux  mois, le pouvoir a cherché, inlassablement, avec l’aide de certains cadres, — toujours ces cadres — comme Boubacar Yassine Diallo, qui convoitait, de la façon la plus acharnée, le poste de ministre de l’Information, à remplir, coûte que coûte et avec toutes les peines du monde, et en vain, un dossier désespérément vide.

Malgré le caractère insensé de l’accusation, Bâ Mamadou atout de même passé deux mois de sa vie en prison pour aucune autre raison que le bon vouloir du pouvoir, et donc du Général-Président.

Un dossier tout aussi vide a été constaté lors de l’arrestation de Condé Alpha, en Décembre 1998, sous le chef d’accusation de tentative de déstabilisation avec utilisation de mercenaires. Là encore, malgré toutes les tractations et surtout malgré la profonde conviction de tout citoyen de la légèreté de ce dossier, Alpha Condé a passé deux ans de sa vie en prison sans aucune raison valable.

Un peu plus près de nous, de manière de plus en plus arrogante et désinvolte, sans aucune considération pour la personne humaine, ni encore moins pour l’Institution qu’il représente, Jean-Marie Doré a été interpellé à sa sortie d’un restaurant pour un séjour, certes bref, mais tout aussi significatif de la perception des autorités des notions les plus élémentaires de Droit et de Justice. La raison de cette interpellation est aussi ridicule que stupide et qui s’interprète comme tenir des propos outrageants envers le chef de l’Etat. Un dossier encore plus vide que les précédents et qui, par chance pour l’homme politique, n’a pas prie une tournure plus dramatique.

Nul n’a besoin de souligner que ces trois leaders, tous députés à l’Assemblée Nationale au moment des faits, ont fait l’objet de poursuites judiciaires sans que jamais les autorités ne prennent la peine de demander à l’Assemblée Nationale de lever leur immunité parlementaire. Bien évidemment, la passivité, voire la complicité des Présidents en exercices au moment des faits, a largement contribué à l’acharnement de ce pouvoir qui ne voit en cette Institution qu’une caisse de résonance.

C’est avec donc un sentiment d’amertume et de profonde indignation que j’ai lu sur  Boubah.com, une interview de Touré Sidya, ainsi qu’un de ces avocats qui se plaisent naïvement à dire que le pouvoir est à bout de souffle, que le leader de l’UFR est serein et que, encore une fois, le dossier est vide. Il arrive même que Sidya ironise sur le fait que des cadres de la police sortes régulièrement, durant l’interrogatoire, pour aller prendre consigne. Mais c’est exactement de cette manière que les membres du Comité Révolutionnaire prenaient leurs consignes auprès du guide suprême de la nation afin d’exécuter des fils de ce pays qui avaient soigneusement été identifiés pour la cause.

Mes chers compatriotes, il est venu le moment de se lever et de se mobiliser pour faire en sorte que les dossiers vides ne mènent plus à des condamnations nettement plus lourdes que les faits reprochés. Il y va de l’avenir, de la crédibilité et de l’efficacité de notre système judiciaire qui se doit équitable.

Le silence des chefs de Gouvernements

Un dicton bien connu dit que : « Quand la case de ton voisin prend feu, en lui apportant ton aide, viens avec un seau d’eau et non avec un bidon d’essence, parce que nul ne pourrait contrôler la direction du vent. »

Lors des arrestations de Bâ Mamadou et de Condé Alpha, on se souvient que c’est Touré Sidya qui était, à l’époque, le chef du Gouvernement. A cette période, le Premier Ministre, naïvement encore une fois, ne s’intéressait, comme il aimait à le dire, qu’à l’aspect économique de sa mission. Comme si, dans l’environnement de la Guinée, un Premier Ministre pouvait distinguer et faire ainsi la part des choses entre l’aspect politique et celui économique de son poste. Mais, malgré ces affirmations et sa vision essentiellement économique de son poste, Sidya n’a pas hésité à faire campagne pour le Général Président en 1998 allant jusqu’à dire tout haut et tout fort : « Lansana Conté, ton pieds, mon pieds. »
En demandant au peuple de Guinée de voter pour le Général Président parce que c’est le meilleur choix du pays.

C’est à croire qu’un homme, une fois au pouvoir, est persuadé d’y rester pour l’éternité.

Pour ce qui est de Doré Jean-Marie, c’est Sidimé Lamine qui était le chef du Gouvernement et, à l’image de son prédécesseur, aucune réaction de sa part n’a été enregistrée au cours de cette affaire, non pas parce que trop occupé à régler les problèmes économiques du pays, mais surtout pour cause d’une absence totale.

Aujourd’hui que les persécutions et acharnements du pouvoir se tournent vers Touré Sidya, serait quand même aberrant de s’attendre à une quelconque réaction, opposition ouverte de l’actuel Premier Ministre. J’espère tout de même que lui aussi ne pense pas simplement s’occuper de l’aspect économique de sa mission car, encore une fois, c’est les dérives politiques qui entraînent l’isolement économique. Je pense que Touré Sidya l’a enfin compris une bonne fois pour toute.

La morale de cette réflexion est que quand on est au pouvoir, il ne faut jamais se considérer éternellement hors de toute atteinte et par conséquent garder à l’esprit que les malheurs n’arrivent qu’aux autres.

Un homme, peu importe ses convictions politiques, ses aspirations et ses ambitions, doit, à quelque niveau de l’échelle sociale ou professionnelle ou politique que ce soit, observer un minimum de sens de la responsabilité et de la mesure afin de s’assurer, autour de lui et dans le plus petit détail de ses comportement, que le respect des droits les plus fondamentaux d’un être humain soient l’essence même du mode de vie de notre société.

Conclusion

Pendant qu’une bonne partie de nos populations en général et de Conakry en particulier cherchent désespérément un sac de riz pour se nourrir sur une base quotidienne, la classe politique, toutes tendances confondues, se livre à des analyses simplistes de complots et de faux complots dont la focalisation nous éloignent de plus en plus des dures réalités substantielles que vivent les guinéens au quotidien dans l’indifférence la plus totale de no dirigeants.

Que Dieu nous débarrasse donc enfin de ces médiocres irresponsables qui ont gouverné, pendant près d’un demi-siècle, qui continuent à gouverner ou qui veulent prendre le destin de ce pays pour que naisse une nouvelle façon de faire de la politique pour le plus grands bien de nos populations.

Mamadou Barry
Analyste Financier

Le vol suspendu de la Guinée

L’élection présidentielle de la mi-décembre en Guinée-Conakry s’annonce aussi truquée que les précédentes. Le pays de Sékou Touré, qui voulait construire un modèle de développement opposé au néocolonialisme adopté par ses voisins, n’en finit pas de s’enfoncer dans l’autoritarisme et la crise économique. Le sort du pays est suspendu à celui d’un président malade, M. Lansana Conté, qui s’accroche au pouvoir.
Lansana Conte, malade
Lansana Conte, malade

« Notre histoire s’est arrêtée en 1958 ! » : la formule lapidaire de M. Moustapha Niasse, ancien premier ministre du Sénégal, vaut bien des analyses et traduit parfaitement la désespérance des intellectuels guinéens. Tout se passe comme si ce petit pays d’Afrique de l’Ouest payait encore le prix de son retrait spectaculaire de la communauté franco-africaine, le 2 octobre 1958, puis celui de la longue nuit du régime d’Ahmed Sekou Touré, décédé en 1984.

Qui croirait, en voyant ces infrastructures détruites, la capitale Conakry transformée en un immense bidonville, que la Guinée représentait la terre promise des tiers-mondistes des années 1960 et 1970 ?
A l’époque, des économistes engagés dressaient pour le « camarade Sekou Touré » des plans quinquennaux qui opposaient le « vrai développement » à la « fausse croissance », extravertie et néocoloniale, de la Côte d’Ivoire ?
Depuis Abidjan, le président Félix Houphouët-Boigny avait d’ailleurs symboliquement pris date avec son homologue guinéen : « Rendez-vous dans trente ans ! »
Mais, dans sa flamboyante déclaration de rupture avec la France, Ahmed Sekou Touré ne se doutait pas qu’il traçait exactement le triste avenir de la Guinée : « Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage… »

La logomachie révolutionnaire d’un leader charismatique autobaptisé « homme-peuple » fit dégénérer la Guinée en dictature ubuesque et sanglante, vite ruinée malgré l’aide intéressée de l’Union soviétique.

Entre 1958 et 1984, quinze complots imaginaires — contre la chefferie villageoise, les sorciers, les marabouts, l’Eglise catholique, les intellectuels, les Français, les commerçants, l’armée, les émigrés, les Peuls, etc. — scandèrent la descente aux enfers des 7 millions de Guinéens « condamnés à vivre dans l’inconscient d’un fou », comme disaient les opposants au dictateur roumain Nicolae Ceausescu.

Un complot bien réel faillit pourtant abattre le régime en 1970. Le débarquement de nationaux émigrés et de mercenaires portugais (.…)

Michel Galy
Le Monde diplomatique

Vérités et partialité d’Alain Délétroz

Alain Délétroz
Alain Délétroz

Paru dans Le Temps, de Genève, l’article intitulé “De Conakry à Genève, les tristes révélations de l’affaire Steinmetz” est signé d’Alain Délétroz. Il s’en prend à deux cibles :

  1. Me Marc Bonnant, l’avocat de Bény Steinmetz. Le milliardaire Israélo-Suisse fait l’objet d’enquêtes judiciaires en Amérique, en Europe et en Afrique. Motif : sa filiale guinéenne (BSGR-Guinée) est suspectée de corruption dans l’acquisition de licence d’exploitation du riche gisement de fer du Simandou.
  2. Les régimes guinéens couvrant la période 1958-2010.

L’auteur insiste sur la débâcle postcoloniale du pays. Il dénonce les dictateurs qui se sont succédés à la tête de l’état : Ahmed Sékou Touré, Général Lansana Conté, Capitaine Moussa Dadis Camara.
Curieusement, il est plus réservé au sujet du Général Sékouba Konaté, le remplaçant de Dadis et président de la Transition, (janvier-décembre 2010).

Armé d’un tel parti-pris, il s’engage sur une double fausse piste. D’une part, il se livre à un traitement conciliant du Général Sékouba Konaté , d’une part, il joue une sérénade élogieuse d’Alpha Condé, d’autre part.

Traitement conciliant de Sékouba Konaté

1. L’auteur arrondit les angles quatre fois à propos du Général  Konaté, strict produit de l’armée de Lansana Conté.
Primo, ministre de la défense, Général Konaté était le numéro 2 du CNDD dirigé par Dadis. A ce titre, il ne peut pas être écarté des massacres et viols commis par l’armée en septembre-octobre 2009.
Secundo, Sékouba Konaté rétrograda Sidya Touré au troisième rang, bien que celui-ci eût remporté la seconde place. Il permit ainsi au candidat du RPG, Alpha Condé, de briguer le second tour de l’élection présidentielle. Sékouba viola de façon répétée la Constitution durant le processus électoral.
Tertio, général Konaté retarda de cinq mois l’organisation du deuxième tour. Alpha Condé et le Premier ministre Jean-Marie Doré exploitèrent ce délai planifié pour organiser le trucage du scrutin. Avec l’assentiment du Général Sékouba Konaté et de Jean-Marie Doré, un militant du RPG, Louncény Camara, s’installa à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le tour était joué !
Quarto, général Konaté continua la politique machiavélique de son “ami et frère” Dadis Camara, précisément par la terreur et l’exacerbation des tensions ethniques immédiatement avant et après le vote : pogroms et explusions des Fulɓe à Siguri et Kouroussa, viols de femmes au Fuuta-Jalon (Dalaba, Labé)

Sérénade élogieuse d’Alpha Condé

Parlant d’Alpha Condé, Alain Délétroz se fait élogieux : opposant historique, professeur en Sorbonne, etc. Mais, en fin d’article, il s’interroge : M. Condé sera-t-il “ce président tant attendu des Guinéens qui se préoccupera d’abord de leur prospérité avant de penser à ses poches ?” Sa réponse est peu sûre. “On peut l’espérer”, se résigne-t-il ! Il s’empresse d’avertir qu’il est “bien tôt” pour accuser Alpha Condé de corruption … ou de chercher à évaluer son bilan. Et dire que président Condé a dépassé la moitié de son quinquennat. Le temps ne s’est-il pas écoulé ? Les faits ne se sont-ils pas accumulés ? Bien sûr. Il me paraît donc normal, opportun et raisonnable de se pencher sur le palmarès politique de l’actuel président. En voici un survol :

  1. Plus tôt que de hâter la mise en place de l’Assemblée nationale élue, Alpha Condé entend convoquer le Conseil national de Transition (une institution dont les membres sont désignés) pour examiner la loi de finance 2014.
  2. Tout au long de cet an de grâce 2013, plus de 50 victimes sont tombées sous les balles des forces de sécurité durant des manifestations pacifiques de l’opposition. Les participants réclamaient légitimement la tenue d’élections législatives transparentes et crédibles, non-entachées de manipulations du fichier électoral, incluant les Guinéens de l’étranger et excluant la firme Waymark. Selon des sources publiées à Johannesburg, cette firme technologique avait modifié le résultat du second tour de l’élection présidentielle en 2010.
  3. En juillet dernier, des violences meurtrières ont éclaté en Guinée Forestière entre Guerzés et Koniankés. Au lieu de voler au secours des populations affligées, M. Condé a pris l’avion pour se rendre à un sommet de la CEDEAO à Abuja, Nigeria.
  4. Depuis l’assassinat d’Aissatou Boiro en novembre 2012, deux autres haut-cadres de l’administration ont été abattus. Les criminels courent toujours. La criminalité a atteint un niveau record, les services de sécurité s’avèrent incapables de la juguler. M. Condé aime à dire —à tort— qu’il n’a pas hérité d’un Etat. Tout d’abord, l’Etat ne relève du patrimoine privé ou familial. Il ne s’hérite donc pas. Cette expression est révélatrice de la mentalité d’Alpha Condé, qui croit peut-être que la Guinée est devenue sa propriété suite à son arrivée à la présidence. Il se trompe lourdement.
  5. Originaire du Burkina Faso, M. Condé rejette la consensus et la quête de la cohésion “nationale”. Il s’active à attiser les tensions ethniques. Il a mis en place une politique d’exclusion ethnique. Il imite ainsi Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis Camara. Mais, à terme, c’est une stratégie erronée qui divisera davantage le pays et qui se retournera contre le régime.

Alain Délétroz : subjectivité et partialité

Présenté sommairement dans Le Temps comme politologue, Alain Délétroz est en réalité vice-président d’International Crisis Group pour l’Europe. Spécialiste de la Russie, du Caucase, de l’Asie Centrale, de l’Amérique Latine, il est un novice pour l’Afrique ! Expert sur la politique de l’Union Européenne en matière d’analyse et de résolution de conflits, de réformes démocratiques et d’assistance humanitaire, il lui manque crûment des références sur la Guinée.
La carrière professionnelle d’Alain Délétroz tire en partie sur les activités de l’Open Society Institute (OSI), une ONG fondée par le milliardaire Hongaro-Américain Georges Soros. Alain dirigea le bureau de l’OSI à Tachkent (Géorgie), de 1986 à 2001.
L’artice d’Alain ne parvient à masquer son cachet subjectif et partisan. Au lieu d’avancer le lecteur dans l’élucidation de l’affaire du Simandou, il le ramène plutôt au duel Soros contre Steinmetz. Une partie dans laquelle l’herbe Guinée sortira davantage piétinée et endommagée …
La personnalité de ces deux richissimes hommes offre un contraste frappant. D’une part, le journal Le Monde dépeint Soros comme un homme d’affaires avisé et critique des faiblesses du capitalisme. C’est aussi un spéculateur agressif, rendu célèbre par ”son raid contre la livre sterling en 1992”. Soros étoffe son profil en alternant entre la promotion d’idéaux et l’action combattive, entre les campagnes politiques et le doyennat des sommets économiques et financiers. Paru en 2012 aux Presses de la Cité, son dernier livre s’intitule Le chaos financier mondial ! La question reste à savoir s’il en est innocent ?
Pour sa part, Bény Steinmetz est tout aussi dynamique dans la conduite de ses activités lucratives de diamantaire. Mais il compense cette énergie une vie de reclus, presque. Il parle peu à la presse. Et, à ce jour, il reste muet sur sa collusion supposée avec Lansana Conté et Moussa Dadis Camara. Et il nie avoir versé des millions de dollars à Mamadie Touré, la quatrième femme de Conté.

Attaques personnelles

Cela n’empêche pas son avocat, Me Marc Bonnant, de chercher à renverser la table contre les adversaires Steinmetz. Dans une lettre au procureur près le ministère public de Genève, il a recours aux attaques personnelles. Cette vieille tactique pourra-t-elle convaincre de l’innocence de son client ?
La plume d’Alain Détéroz dégage en filigrane sympathie et empathie pour la Guinée. Mais, en définitive, le contenu de l’article souligne la marginalité du pays dans les contradictions opposant MM. Soros et Steinmetz. La situation pénible du pays s’efface devant les concurrences extérieures et les rivalités étrangères. Il ne saurait en être autrement après plus d’un demi-siècle (1958-2013) d’un état-policier, dont les dirigeants successifs ont tourné le dos aux populations et ne pensent qu’à eux-mêmes. Chantant le “scandale géologique” du sous-sol, ces dictateurs — civils et militaires — bradent, en réalité, toutes les ressources naturelles (mines, forêts, halieutiques). Ingénieur des mines, gouverneur de la Guinée française (1948-1950), Roland Pré inventa cette formule de stratégie politique et marketing financier. Ce faisant, il agissait au nom des intérêts et des besoins industriels de la France métropolitaine. Malheureusement, depuis 1958, l’expression de Pré est galvaudée. Elle est devenue le slogan des présidents, de Sékou Touré à Alpha Condé. Délaissant l’agriculture vivrière, ils monnaient les mines contre des maigres contreparties financières et des avantages personnels dérisoires. Cette carence de leadership, cet abadon du devoir, ont aiguisé la pauvreté et aggravé la dépendance de la Guinée. Ce n’est donc pas demain la veille du jour où les populations bénéficieront de l’exploitation de leurs ressources minières.

Tierno S. Bah

Conté, 2003. Ambiance de fin de règne

Cheikh Yérim Seck
Cheikh Yérim Seck

Tandis que le chef de l’État lutte contre la maladie dans son village de Wawa, la situation se dégrade dangereusement dans la capitale.

Le 18 mars, Lansana Conté est sorti de sa retraite de Wawa, son village, à une centaine de kilomètres de Conakry. Dans la capitale, le chef de l’État a réuni ce jour-là au palais présidentiel de Sékhoutouréya les membres de son gouvernement, de l’état-major des armées et de la haute administration. Conté, qui marchait péniblement à l’aide d’une canne, s’exprimait avec difficulté. En substance, le président leur a expliqué que la démocratie, ce n’était pas son problème. Et de préciser : « Je suis malade. Mais même si certains voudraient me voir déjà mort, ma tête fonctionne toujours. »

Sa précédente apparition remonte au 13 décembre dans son bureau du Petit Palais. Sinon, il ne se montrait à Conakry que quand il ne pouvait faire autrement. Le 28 janvier, il s’est ainsi rendu au Camp Samory Touré, qui abrite le ministère de la Défense et le siège de l’état-major général de l’armée. Une visite destinée à regonfler le moral des troupes…

Un peu plus d’un mois plus tard, le 4 mars, il a tenu à présider le Conseil des ministres. Il faut dire que, quelques jours plus tôt, une terrible tragédie survenue à Matoto, dans la banlieue de Conakry, avait pu donner l’impression qu’en son absence le pays n’est pas gouverné. Une famille entière (neuf personnes) a en effet trouvé la mort dans un incendie provoqué par une bougie. L’électricité était coupée, et les pompiers, alertés, n’ont pu intervenir : leurs citernes étaient vides, à cause de la grave pénurie d’eau qui frappe la capitale.

Ces apparitions du chef de l’État ne suffisent pourtant pas à rassurer sur son état de santé. Au contraire, les motifs d’inquiétude ont tendance à se multiplier. Le 10 mars, il a, par exemple, été dans l’incapacité de recevoir Dominique de Villepin, le chef de la diplomatie française, de passage à Conakry pour parler de la crise irakienne (la Guinée préside actuellement le Conseil de sécurité de l’ONU). Le ministre français a dû se contenter d’un entretien avec le Premier ministre, Lamine Sidimé.

Prudent, l’entourage de Conté a souhaité éviter le renouvellement de l’incident du 22 février, lorsque, recevant Walter Kansteiner, le sous-secrétaire d’État américain aux Affaires africaines (celui-ci était porteur d’un message personnel de George W. Bush), le président s’est brutalement affaissé sur son fauteuil après avoir tenté de se lever pour saluer son visiteur.

Quelques jours plus tard, le 25 février, de passage en Guinée pour des motifs analogues (quoique évidemment opposés) à ceux de son collègue français, la baronne Valerie Amos, sous-secrétaire au Foreign Office, chargée de l’Afrique et du Commonwealth, a dû se rendre à Wawa pour rencontrer Conté. Celui-ci est resté assis pour lui serrer la main et a été bien incapable de se lever pour la raccompagner.

A en croire le diagnostic établi par l’hôpital militaire royal de Rabat, où il a séjourné du 20 décembre au 10 janvier, il souffre notamment de diabète aigu, mal soigné de surcroît, avec complications cardiaques. A la mi-janvier, il a été foudroyé par une attaque cardio-vasculaire, qui lui a fait perdre, pendant quelques semaines, la maîtrise de la moitié gauche de son corps.

Ses médecins marocains ont apparemment été impressionnés par la dignité avec laquelle il supporte la souffrance. Mais son attitude paraît quelque peu suicidaire : il rechigne à prendre ses médicaments et s’autorise quelques cigarettes en dépit de l’interdiction formelle de fumer qui lui a été prescrite. En fait, il ne fait même plus semblant de croire à la médecine moderne et ne jure plus que par les philtres que lui préparent ses guérisseurs et ses tradi-praticiens. Il en a recruté aux quatre coins du pays…
Le médecin militaire attaché à son service ne le voit que rarement.

A la mi-février, après avoir réservé un Boeing d’Air Guinée et pris ses dispositions en vue d’une nouvelle hospitalisation au Maroc, il a annulé son départ à la dernière minute. Certains membres de son entourage expliquent ce revirement par l’avis défavorable des services de renseignements. D’autres par les sombres prédictions de ses marabouts.

Henriette Conté, la première dame de la République, opère un impitoyable filtrage des visiteurs et décide des heures de repos de son mari. Mais qu’en est-il des deux autres épouses du président ? Hadja Kadiatou Seth Conté, une ex-Miss Guinée, vit au Maroc avec ses huit enfants. Elle a longtemps eu la réputation d’être la préférée, mais ses rapports avec le général se sont, semble-t-il, rafraîchis depuis environ un an.
Quant à la troisième, Asmaou Bah, une Peule qui a donné au président un fils, c’est une femme de l’ombre : elle vit barricadée dans une maison de la Corniche-sud, à Conakry, sous la surveillance constante des « Bérets rouges ».

Outre les enfants de son premier mariage, plusieurs imams et une nuée de guérisseurs, Conté continue de voir quelques intimes. Notamment El-Hadji Mamadou Sylla, le tout-puissant président du secteur privé (patronat et chambre de commerce), Fodé Soumah, le vice-gouverneur de la Banque centrale, ainsi que Kerfalla Camara et Arafan Camara, le chef d’état-major de l’armée et son adjoint. Il lui arrive également, quoique de plus en plus rarement, de convoquer certains de ses collaborateurs.

Le 10 février, il a ainsi reçu Lamine Sidimé, accompagné de Cheick Ahmadou Camara, le ministre des Finances, d’Ibrahima Chérif Bah, le gouverneur de la Banque centrale, et de Fodé Soumah, l’adjoint de celui-ci. Il a intimé aux quatre hommes l’ordre de faire cesser le scandale provoqué par la publication dans la presse d’une note circulaire émise, trois jours plus tôt, par Bah. Le gouverneur dénonçait la sortie illégale de son établissement d’importantes sommes d’argent. Il visait plus particulièrement le décaissement d’environ 20 millions de dollars (44 milliards de francs guinéens) sur la base de simples bons de caisse émis par Soumah, qui aurait agi avec la bénédiction de la présidence… Indiscutablement, ce déballage assez déplaisant témoigne d’une ambiance de fin de règne.

La fébrilité des dirigeants est manifeste, comme le prouve la manière dont ils ont réagi au mot d’ordre de grève générale illimitée lancé, le 6 mars, par les responsables syndicaux de la Société des bauxites de Kindia (SBK), l’une des principales entreprises minières du pays. Une répression aveugle s’est aussitôt abattue sur les grévistes et leurs familles. Des incidents de ce genre étaient rares à l’époque où Conté était en pleine possession de ses moyens.
Est-ce à dire qu’il ne contrôle plus rien et que la fin est proche ? Les médecins restent prudents. Si la dégradation des organes vitaux du président autorise en effet un diagnostic pessimiste, une lente agonie à la Houphouët n’est, semble-t-il, pas à exclure.

Cheikh Yérim Seck
Jeune Afrique

Industrie extractive et non-développement

L’annonce par Guinéenews du gel par BHP du projet de fonderie d’alumine à Boké, suscite de ma part quelques remarques :

Nonobstant le discours-programme du 14 janvier 2009, la junte militaire de Conakry n’a pas de vision et de stratégie de développement. cheap nhl jersey Elle erre à l’aveuglette selon sa conception personnelle et étriquée du pouvoir.
Capitaine Moussa Dadis Camara affirme qu’il n’a pas besoin de diplômes universitaires pour diriger le pays. Le  patriotisme suffit, pense-t-il. Surtout la fausse variété de patriotisme !

L’absence d’ambition est évidente. Le CNDD se contentera du modeste produit des audits pour financer ses improvisations au quotidien.

Industrie extractive ou Apartheid économique

Cela dit, l’industrie extractive ne profite pas aux pays africains. Elle procède du Pacte colonial de 1892, par lequel l’Occident impose à l’Afrique le rôle de réservoir de matières brutes. Cette politique hégémonique refuse aux Africains l’accès au financement et à la technologie, sans lequels il n’y pas d’industrie.

Impuissants à obtenir un rôle paritaire dans l’exploitation de leurs ressources brutes (pétrole, bauxite, fer, diamant, or), les Africains doivent, de surcroît, épuiser leurs maigres réserves bancaires pour acquérir des produits manufacturés à des conditions défavorables. Une réalité que Senghor dénonçait avec l’expression euphémique de la détérioration des termes de l’échange. Résultat : partout sur le continent les concessions minières sont des enclaves industrielles isolées ou disjointes du reste du pays. Même les communautés hôtes de ces activités n’en tirent aucun avantage. Par contre, elles subissent la destruction d’écosystèmes, la dégradation de l’environnement, et l’accroissement de la dépendance alimentaire et culturelle.

En Guinée, après quatre ou cinq décennies de présence, les populations de Fria et de Boké sont toujours laissées pour compte. Je me souviens du débat houleux de défense d’un mémoire de fin d’études supérieures en 1974 à l’IPGAN. L’étudiante (feue Aminata Camara) y concluait que la CBG avait créé à Boké un apartheid économique. Un terme que Galéma Guilavogui, président du jury et délégué du gouvernement, avait du mal à accepter…

Chaîne huilée

Les petites ONG du type Global Alumina fourmillent Guinée. C’est là un indicateur réel de la dégringolade économique du pays sous la dictature de Sékou Touré et de Lansana Conté. Le scénario est connu sous forme de “part trop belle à l’investisseur”. En fait, il s’agit d’une chaîne huilée et d’une répartition de tâches. Dans une première phase, les grands groupes industriels et financiers laissent le champ libre aux débrouillards et aux petits corrupteurs pour arracher au gouvernement des contrats de concessions minières ‘avantageux’. Ensuite, les magnats négocient avec ces sociétés débutantes ou sans assise financière. Ils rachètent le contrat, prennent le “contrôle effectif de la gestion”.

En d’autres termes, le grand capital dédaigne négocier avec le gouvernement guinéen, estimant que c’est là une perte de temps. Au lieu donc de traiter directement avec l’Etat, il laisse agir de petits opérateurs coriaces, qui savent s’y prendre pour obtenir les permissions juteuses, qu’ils revendent ensuite au plus offrant.

Priorités inversées

Il est certes important de diversifier l’économie du pays. Mais les dirigeants guinéens ferment les yeux sur les priorités essentielles de développement. Celles-ci dictent que l’on accorde la primauté à la paysannerie et à l’agriculture vivrière. Aussi longtemps que le gouvernement dépendra d’importations pour nourrir moins de 100.000 fonctionnaires, le développement restera un slogan et un mirage.

Rappel. L’industrie extractive a ruiné le géant nigérian. L’opinion publique de ce pays maudit la manne pétrolière (oil boom), qu’elle appelle détresse pétrolière (oil gloom).

En Guinée comme cheap jerseys au Nigeria, la bauxite et le pétrole sont partiellement exploités ; on extrait à volonté les réserves minéralières, mais les raffineries et la  manufacture sont installées à l’extérieur. En échange, les gouvernements ‘nationaux’ reçoivent des miettes ou la portion congrue.

Il faut peut-être rappeler aux politiciens et aux économistes-banquiers (Kabiné Komara, Mamoudou Thiam, et leurs devanciers) que le développement économique passe par le développement intellectuel, scientifique et culturel. Ces pré-conditions dépendent elles-mêmes d’une bonne production alimentaire. Ce sont là des conditions sine qua non, aussi simples et exigeantes que la question pertinente, posée au 18e. siècle par Tierno Muhammadu Samba Mombeya dans Oogirde Malal (Le Filon du Bonheur Eternel) :

E no maadi darorta, mi landike on
Ko wanaa ndi yowoo e ɓalal aranal?

Un mur peut-il tenir droit, je vous le demande,
S’il n’est pas posé sur une fondation de base ?

Cette interrogation est plus que d’actualité de nos jours au 21e. siècle. Et elle s’énonce ainsi :

Comment la Guinée et l’Afrique peuvent-elles se développer si elles ne peuvent pas se nourrir ?

Pauvres capitaine Dadis Camara et CNDD ! Ils ne pensent qu’à se maintenir au pouvoir à Conakry, au détriment des populations marginalisées du pays profond. Sékou Touré et Lansana Conté se brûlèrent  à ce même vieux jeu, où au lieu d’être d’humbles serviteurs, les dirigeants s’imposent en maîtres tyranniques.

Tierno S. Bah