Taxonomy of Nigeria’s Endemic Corruption

Matthew T. Page
Matthew T. Page

The Carnegie Carnegie Endowment for International Peace just published a report titled “A new taxonomy for corruption in Nigeria.” It’s author, Matthew Page, identifies more than 500 types of graft. As he puts it, corruption ranges “from the jaw-dropping, to the creative, to the mundane.”

It includes “the oil minister who diverted billions of petrodollars in just a few years. … the local official who claimed a snake slithered into her office and gobbled up $100,000 in cash. … the cop shaking down motorists for 25 cents apiece at makeshift checkpoints.”

Post-colonial era: national, continental and international corruption

Nigeria amplifies and magnifies corruption, taking it at a larger scale than perhaps anywhere on the continent. But it shares the plague with all the other countries. Since the so-called independence series of the 1960s, corruption has become widespread, embedded, endemic. It affects the public and private sectors in secret or open ways, at micro- and macro-levels. It involves the heads of state, senior and junior civil servants, business people, sworn-in officials in the legislative, judiciary and executive branches of government. It is externally induced and domestically perpetrated.

Pastoralists and agriculturalists of Nigeria, Unite!
Nigeria. Soldiers As Policymakers (1960s-1970s)

For corruption in Guinea, see for instance:

Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale
Mahmoud Thiam. Seven Years in Prison
Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure
Sales temps pour les amis d’Alpha Condé
France – Guinée : Bolloré et Condé

An uneven struggle

Run by knowledgeable and dedicated individuals, anti-corruption  institutions and programs are actively at work in Nigeria. However, they face an uphill battle and an uneven struggle; and the eradication of the practice, remains, indeed,  a herculean task.  This report underscores that:

«… corruption stymies Nigeria’s boundless potential, hamstringing the petroleum, trade, power and banking sectors and more. In the defense sector, it compounds security challenges in hotspots like the Lake Chad Basin, Middle Belt and Niger Delta. In the police, judiciary and anti-corruption agencies, it undermines the country’s already-anaemic accountability mechanisms, thereby fueling further corruption across the spectrum.
It also rears its head in politics through electoral manipulation and the kleptocratic capture of party structures. “Brown envelope journalism” undermines democratic norms and the media’s ability to hold leaders accountable. Meanwhile, it is Nigeria’s most vulnerable that are worst affected when graft, fraud and extortion permeate the educational, health and humanitarian sectors.
Corruption in Nigeria, and elsewhere, is highly complex. It can take a variety of different but inter-related forms. Its effects can span across several disparate sectors. Yet most existing frameworks for studying corruption share a common shortcoming: they conflate how corruption occurs (i.e. tactics and behaviors) with where it occurs (i.e. which sector). This can muddle our understanding of an already complicated issue and prevent policymakers, practitioners and analysts from thinking about Nigeria’s greatest challenge in more sophisticated and nuanced ways.»

Matthew T. Page is a consultant and co-author of Nigeria: What Everyone Needs to Know (Oxford University Press, 2018). His appointments include a  nonresident fellowship with the Centre for Democracy and Development in Abuja.
The 42-page PDF report is accessible below.

Caveat. The title of the report is, in part, a misnomer with respect to the use of the word taxonomy.  An SKOS standard-based approach would have yielded a vocabulary, i.e. a neat classification and a cogent hierarchy of broad(er)/narrow(er) terms. Overall,  though, the content of the paper is facts-based and well-referenced. Despite its shallow historical timeline, which begins at “independence” in 1960 and thus fails to include the continuity with, and the lasting impact of the colonial period.
My SemanticVocabAfrica website instantiates a real—continental and worldwide—taxonomy/vocabulary. It currently contains the Fulɓe, Languages, Outline of Cultural Materials, and Peoples vocabularies. The last two are drawn respectively from the HRAF project and from Murdock’s 1959 book. Both are updated and annotated with Wikipedia and Worldcat links and references, and other authoritative sources. In addition, I expand the book with MindNode mappings for data visualization. Last, I have added three main entries: African Jews, Caucasian Africans, Diaspora.

Tierno S. Bah

Race et Racisme. Ethnie et Etat

Race et racisme

Dérivé du concept de race, le mot “racisme” persiste partout au 21e siècle. Aux USA “race” est officiellement employé (recensements démographiques, administration, cartes d’identité, demandes d’emploi, etc.) Et pourtant, cela fait des décennies que le concept même de race a été scientifiquement réfuté. Il a été clairement établi que l’humanité constitue une seule et même espèce génétique et génomique. Au plan biologique elle se compose, non pas de races (noire, blanche, jaune, rouge), mais plutôt de populations, sous-populations, groupes et sous-groupes… Et elle partage plus de 98.8 % de son ADN avec un primate comme le chimpanzé, son plus proche parent dans le règne animal.
En Afrique la colonisation européenne usa — et abusa — du terme race. En réaction, et prenant le contre-pied de l’aliénation  subie à l’école coloniale, la génération anti-colonialiste (1940-1960) fustigea l’idéologie et le discours colonialistes. Mais une fois au pouvoir dans les années dans les années 1960, elle reprit le même langage dans des slogans tels que “A bas régionalisme”, “A bas le racisme !”…

Sékou Touré. Ce qu'il fut. Ce qu'il a fait. Ce qu'il faut défaire Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.
Sékou Touré. Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire. Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.

En réalité, c’est à l’ethnie qu’ils en voulaient, proclamant à tort   malhonnêtement et malicieusement : « Il n’y a plus d’ethnies (soussou, peule, maninka, guerze, toma, kissi, etc.) en Guinée. Il n’y a que des citoyens militants de la révolution. » Là gît le piège de l’Afrique post-coloniale. Un traquenard tissé du malaise, de l’incapacité, et de la malhonnêteté à gérer la diversité ethnique et culturelle des pays. Car les dirigeants et leurs clientèles ont un comportement ambigu, flou, à la tête de l’état. Ils prêchent le contraire de ce qu’ils pensent. Inversement, ils pensent le contraire de ce qu’ils disent. Ils souffrent du dédoublement de personnalité, de schizophrénie socio-politique, un mal psychologique dont Frantz Fanon posa clairement le diagnostic dans les Damnés de la terre dès 1960. Et dont l’actuel président guinéen est un patient avéré. Lui et nombre de ses pairs pratiquent officieusement ce qu’ils dénoncent officiellement, à savoir la concentration et la confiscation du  pouvoir par des individus et des groupes de leur ethnie. Peu importe le manque de compétence !

Ethnie, Etat et “Racisme”

Sékou Touré fit preuve d’ignorance et d’aberration avec son slogan attaquant le “racisme peul”. En effet, son gouvernement fut à dominante ou en absolue majorité maninka, de 1958 à 1984. Aujourd’hui, Alpha Condé, quatrième successeur-imitateur de Sékou, applique à la lettre le modèle inventé par le premier dictateur de la Guinée. Lansana Conté, Mousa Dadis Camara et Sékouba Konaté le précédèrent sur ce chemin tortueux, inique et jonché de cadavres.

Dans La Guinée : Bilan d’une Indépendance (1964)  B. Ameillon évoque le “népotisme”, “diffus” pour “les postes secondaires” et “très strict au niveau des postes de direction”. Il dégage la composition de la couche dirigeante en « classes d’âge, camaraderie d’école, de village, de parti (étant) à l’origine des fortunes politiques. Sur onze ministres que comprenait le premier ministère guinéen :

  • Trois, soit le quart, étaient nés à Faranah, patrie de Sékou Touré (Il s’agissait de Lansana Diané, Ismael et Sékou Touré)
  • Quatre, soit le tiers, étaient passés par l’école normale primaire de William Ponty.
  • Hormis une exception, ils étaient tous nés autour des années 1920 (c’était Abdourahmane Dalen Diallo dit “Vieux Doura”) »

A cela s’ajoute que le gouvernement ne compta aucune femme durant les cinq premières années de la république de Guinée, 1958-1963. Cela n’empêcha pas le régime de discourir à longueur de journées sur sa politique de promotion féminine. Pure démagogie doublée de crime ! Loffo Camara devint, certes, la première femme membre du cabinet le 1er janvier 1963. Mais en toute chose, il faut voir la fin. Et dans le cas de Mme Camara, ce fut tragique puisque Sékou Touré n’hésita pas à la faire fusiller le 25 janvier 1971 à l’aube, en même temps que Habib Tall, Balla Camara, Baba Camara, et des dizaines d’autres victimes, pendues ou passées par les armes à travers le pays ce jour-là. Quelques heures plus tôt, Sékou et les membres du Bureau politique avaient assisté à la pendaison nocturne d’Ousmane Baldet, Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiane Keita au Pont du 8 novembre.

Loffo Camara : victime-martyre de Sékou Touré

Toutes ces tueries avaient pour but, entre autres, d’éliminer des cadres compétents décidés à bâtir le pays. Sékou Touré, lui, avait choisi le népotisme, l’incompétence et le clanisme. De 1971 à sa mort le 26 mars 1984, sa famille et ses alliés avaient complètement accaparé l’Etat.
Aujourd’hui, président Alpha Condé continue aveuglément une telle politique, qui ruina et qui continue d’appauvrir la Guinée.

Un seul gouvernement : la famille
Family Feuds

Ce à quoi feu Bâ Mamadou répondit éloquemment : La Guinée est une République, pas une famille. La formule présentant la Guinée comme une famille est au mieux légère et superficielle. Mais, au pis, on tient ce langage  pour parler, prématurément, de la “réconciliation nationale” sans que le préalable indispensable et la condition sine qua non de la JUSTICE aient été remplis. Dire que la Guinée est une famille implique, délibérément ou pas, l’atténuation voire la négation des violations des droits de l’homme en cours depuis 1958. Cette formule suggère que les Guinéens forment une famille. Dès lors, insinue-t-on, ils doivent se pardonner. Interprétée de la sorte, l’affirmation n’est ni généreuse, ni désintéressée. Au contraire, elle vise, d’une part, à occulter les victimes, et, d’autre part, à innocenter les bourreaux, et à absoudre les perpétrateurs, tous agents de “l’état républicain”. A la longue, la déclaration “La Guinée est une famille” pourrait préparer les esprits  à la passivité face aux crimes passés et présents de l’Etat. Elle deviendrait, ce faisant, un clin d’oeil complice, une approbation tacite de l’impunité en Guinée. Attention, donc ! Si le continent africain peut être réduit à un seul pays, alors la Guinée pourrait être ramenée à une famille !

Le Gouvernement par le complot

La tendance à s’entourer des “siens” s’accentua. Et Sékou Touré plongea dans l’absurde avec son complot contre les Fulbe et avec l’assassinat de Telli Diallo et de ses co-accusés, l’appel du pied cynique à Saifoulaye Diallo.

Discours anti-peuls de Sékou Touré
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Mais le châtiment de l’Histoire, la punition divine et la rétribution par Allah   ne tardèrent pas à le frapper.  En effet, en 1977, quelques mois après la mort atroce de Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté et leurs compagnons au Camp Boiro. Sékou Touré reçut, toutefois, la “compensation” de sa faillite et de sa cruauté la même année. C’était en fin août. Et les femmes, ménagères, marchandes au détail, marchèrent sur la présidence. Elles le désavouèrent ouvertement, publiquement. Et elles lui  crachèrent leur rejet total de sa politique de paupérisation, d’oppression et de répression.…

Ils furent assassinés sous le faux prétexte du “racisme peul”, un poison concocté par les machinations diaboliques et meurtrières du “responsable suprême de la révolution”, et qui continue d’infester la Guinée.

Ethnie et Institutions

Le rapprochement entre l’ethnie et les institutions républicaines. les est difficile à soutenir. Car la première est préhistorique, présente et pérenne, tandis que les autres sont récentes, fictives, embryonnaires, faibles. Et leur destin demeure incertain.
Sur tous les continents et dans presque toutes les sociétés, les traditions culturelles de l’ethnie régissent le cycle de la vie de l’individu: naissance, mariage, mort.
S’appellant “états-nations”, les républiques post-coloniales africaines ont du mal à gérer leur dualité, qui résulte du fait qu’elles sont composées de populations rurales et traditionnelles, d’une part, et qu’elles sont dirigées par des minorités occidentalisées, acculturées et aliénées. Cette réalité indéniable fait de l’état africain une entité stratifiée, où la minorité pense et impose ses diktats à la majorité.
En vain, car comme le rappelle l’adage : « Chassez le naturel, il revient au galop.”.…

Confusion à éviter

Il ne faut donc pas confondre l’ethnie et de l’ethnicité d’une part, et l’ethnocentrisme et l’ethnocratie, d’autre part. Les deux premières réalités doivent être assumées fièrement car elles affirment l’identité des uns et des autres. Elles soulignent la nécessaire et enrichissante diversité de la culture  et de la nature. Quant au second couple, il n’apporte que le sectarisme et la division.
Forme universelle d’organisation sociale, l’ethnie est le socle des sociétés. En tant que telle, elle  résiste au passage du temps et remplit des fonctions évidentes et éminentes. Par exemple, elle assigne les noms et les prénoms (de famille et d’individu), elle fixe le rituel des cérémonies (mariage, baptême, funérailles), etc. Elle repose sur des valeurs positives. Elle  englobe naturellement et gère légitimement la famille, qui est, au-dessous du clan, sa cellule formative, son unité constituante de base. A travers l’histoire, empires, royaumes, république, dictatures (dont celle de Sékou Touré) ont cherché à se substituer ou à briser l’ethnie. En vain. Celle-ci plie parfois, mais elle ne casse jamais !

Consulter ma republication de Outline of Cultural Materials sur SemanticVocabAfrica. Cette vaste classification anthropologique inclut des termes tels que : ethnic stratification, ethnometeorology, ethnophysics, ethnogeography, ethnobotany, ethnozoology, ethnoanatomy, ethnophysiology, ethnopsychology, ethnosociology, ethnocentrism

Réversible, horizontale et verticale, directe et indirecte, une hiérarchie lie l’individu et la famille à la société et à l’état. On peut la schématiser comme suit :

individu famille clan tribu ethnie société état nation

Matérielle et immatérielle, locale et empruntée, indigène et allogène, la culture constitue le dénominateur commun des entités ci-dessus énumérées. Elle oriente et s’enrichit de l’apport de composantes — constantes et variables dans le temps et l’espace — que sont la langue, la santé, l’économie, l’habitat, les technologies de fabrication, la politique, les coutumes, la religion, les arts, etc.

Moralité :  le pays, l’état, la république (démocratique ou non) ne peuvent pas être une famille, en dehors de la figure de style et de la métaphore.

L’étude de la vraie famille (biologique, sociale et culturelle) constitue un vaste domaine de recherches et de connaissances, théoriques et pratiques. Elle porte, entre autres, sur la famille nucléaire et étendue, le système de parenté, la règlementation du sexe (permissions et tabous). Lire G. Murdock , Social Structure, pour une anthropologie culturelle globale, M. Dupire, L’Organisation sociale des Peul, pour une ethnographie appliquée, Y. Wane, Les Toucouleur du Fouta Tooro : Stratification sociale et structure familiale, pour une approche sociologique. Enfin, pour une analyse critique, consulter G. Leclerc. Anthropologie et colonialisme: essai sur l’histoire de l’africanisme.

Quant aux institutions étatiques, elles ont de la peine à exister en Guinée. Car en théorie la Constitution garantit l’égalité et la parité entre les trois branches de l’Etat : législatif, exécutif, judiciaire. Mais en pratique, le législatif et le judiciaire végètent sous le poids étouffant du pouvoir exécutif. Et l’administration — logiquement placée sous l’autorité du chef de l’Etat — se dissout par la déréliction du président de la république et dans la gangrène de la corruption que celui-ci pratique et encourage.

Tierno S. Bah

Guinée. Etat prédateur, gouvernement spoliateur

Décombres de l'effondrement de la décharge d'ordures. Quartier Hamdallaye, Conakry, 23 août 2017
Décombres de l’effondrement de la décharge d’ordures. Quartier Hamdallaye, Conakry, 23 août 2017

Hier, 3 juillet 2018, un conclave s’est tenu au siège du gouvernorat de Conakry. Il réunit le le Gouverneur de la ville de Conakry, le ministre de l’Habitat et de la ville et le ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (ATD). A l’issue de la rencontre M. Bouréma Condé, ministre de l’ATD, a lancé aux riverains de la décharge d’ordures de Hamdallaye/Concasseur un ultimatum leur intimant de dégager leurs domiciles dans 24 heures. Passé ce délai, ils seront expulsés de force.
La brusquerie et la sévérité de la menace sont typiques de l’Etat prédateur et du gouvernement spoliateur de Guinée.

Etat prédateur

Effondrement du pont sur le Konkouré à Linsan, Kindia, 29 juin 2018. La catastrophe couple le pays en deux dans le sens ouest-est, entre Kindia et Mamou.
Effondrement du pont sur le Konkouré à Linsan, Kindia, 29 juin 2018. La catastrophe couple le pays en deux dans le sens ouest-est, entre Kindia et Mamou.

Tout le monde sait que M. Alpha Condé, président de la république de Guinée, est aussi le chef d’orchestre du bradage des ressources minières et de la prédation du pays à des fins personnelles. Ayant perdu tout espoir d’obtenir une rente substantielle sur les gisements de fer du Simandou, il se concentre désormais sur la bauxite. Où il fait feu de tout bois : Kamsar-Sangaredi, Boké, Boffa, Kindia, Labé, Tougué, Dabola, etc. M. Condé avait annoncé en fin 2017-début 2018, à grand renfort de publicité, la signature de prêts d’un montant total de US $40 milliards avec la Chine (US$20 milliards), d’une part, et avec les bailleurs multilatéraux à réunis à Paris ($US20 milliards), d’autre part. Dans la foulée, président Alpha Condé miroita toutes sortes de promesses, à commencer par la construction de nouvelles universités, une nouvelle ville de Conakry — dont il présenta même la maquette au Palais du Peuple —, et autres miroirs aux alouettes.

Alpha Condé aux abois pour un 3è mandat

Mais depuis lors, c’est le silence total sur ce pactole, qui est aussi surprenant qu’illusoire. Car les partenaires bilatéraux et institutionnels de la Guinée ne sont pas sourds et aveugles. Ils ne souffrent ni de surdité, ni de cécité. Au contraire, ils savent —peut-être mieux que président Condé — que la Guinée n’est pas solvable, et dès lors fiable. Le syndicat libre des enseignants et chercheurs a dû lancer une grève prolongée pour recouvrir les salaires et avancements que l’Etat devait à ses members. En conséquence, les conventions minières faramineuses annoncées n’ont guère de chance de voir le jour sous le régime actuel. Pendant ce temps, le pays se meurt à petit feu. Par exemple, le réseau de transport (routes, ponts) fiche le camp. Le pont du Konkouré à Linsan a cédé après six décennies de négligence et de manque d’entretien. Et, retournant le couteau dans la plaie, et apparemment sans consultations préalables avec les parties concernées (voyageurs, cargos, transporteurs), les autorités ont décidé une hausse du prix du litre d’essence, de 8 000 à 10 000 GNF. Alpha Condé et ses officiels ne sentiront pas l’impact de cette mesure, car ils bénéficient de bons gratuits de carburant. C’est cela, en partie, l’Etat-prédateur de Guinée.

Gouvernement spoliateur

Euphémisme, arrogance et insensibilité

Distribuant les titres idoines à profusion à son patron et à ses collègue, M. Bouréma Condé donne d’abord dans l’euphémisme. Il parle en effet de ”mission d’accompagnement humanitaire” du gouvernement en faveur riverains de la décharge d’ordures. Il s’agit là d’une erreur de langage. Les citoyens alimentent les caisses de l’Etat à travers le paiement d’impôts. En retour, le gouvernement est obligé de gérer cet argent de façon honnête et appropriée. Parler d’humanitaire est mal indiqué pour deux raisons :

  1. il s’agit d’un problème interne créé par une décision gouvernementale, et non d’une catastrophe naturelle (tremblement de terre, inondations, incendie, etc.) ou biologique (épidémie, endémie)
  2. le gouvernement n’est pas un mécène volant généreusement au secours de victimes. Au contraire, il est dans l’obligation d’un serviteur face à ses  maîtres que sont populations. Il n’est pas leur seigneur.

En conséquence, l’expression “mission d’accompagnement humanitaire” est mal choisie et inappropriée. C’est pas un don bienveillant. Non, la démarche aurait dû être conçue et présentée comme l’acquittement du devoir sacré de l’Etat envers des citoyens en détresse. Faute de quoi, les autorités ne peuvent qu’étaler leur arrogance et leur insensibilité.

Soit dit en passant, le ministre Bouréma Condé blanchit sommairement Lansana Conté, son premier patron. Car selon lui, “un dédommagement avait été fait par la deuxième république.” Mais il n’indique ni le montant, ni les bénéficiaires de cette prétendue largesse de feu Lansana Conté.

Déguerpissement brutal, illégal et illégitime

Mais, terminant avec les mots doux et vagues, le ministre Condé révèle ensuite qu’il s’agit en fait d’un déguerpissement. Ni plus, ni moins. Il déplore, certes, les morts et blessés à la suite de l’éboulement de la décharge d’ordures en 2017. Mais il y a un donc que les images de cette tragédies ont fait le tour du monde. Et voilà huit ans qu’Alpha Condé est président de la république. Assurément, si telle avait été sa politique de développement, son régime a eu plein de temps pour parer aux urgences et priorités administratives, telles que : la gestion des ordures, l’aménagement de cimetières dignes de ce nom, l’assainissement de Conakry, l’adduction d’eau potable, la fourniture d’électricité.
Durant deux mandats, Alpha Condé n’a pensé à lui-même. Il a systématiquement oublié et négligé la Guinée. Lui, qui s’attribuait crânement les qualificatifs, présomptueux et démagogiques de “Mandela et Obama de Guinée”. En particulier, il a ignoré la bombe à retardement qu’était, et demeure, la décharge d’ordures de Concasseur/Hamdallaye. Et ce qui devait inévitablement arriver, arriva.

Déguerpissement sans compensation adéquate.

Bouréma Condé annonce qu’une enveloppe financière globale de 4 milliards GNF, ou 20 millions GNF par foyer, vont être mis à la disposition des déguerpis. C’est irréaliste et cruel. Car Conakry est ravagée par une double spéculation, foncière et immobilière. Dans un tel environnement, et étant donné le taux élevé d’inflation monétaire, que représentent 20 millions GNF ? La parité actuelle est 1 GNF = 0.86 US dollar. Cela signifie que l’offre gouvernementale ne vaut approximativement que US$2 230 ! Sur la base de quels critères le gouvernement en est-il arrivé à fixer ce montant ? Et où les déguerpis vont-ils se loger ? Que fera le gouvernement de la zone déguerpie ? Pourquoi ne pas déplacer la décharge hors de la ville et réaménager les lieux au profit des habitants ?

Le régime d’Alpha Condé est aux abois. Et il sait que faire. En fait, il ne l’a jamais su. Sourd et hostile au dialogue, il choisit toujours le diktat, la répression, et, en l’occurrence, la spoliation des biens privés.

Etant donné son bilan brutal, violent et meurtrier sous Lansana Conté, l’actuel ministre de l’ATD est l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Même si de nos jours, il a poli son langage, M. Bouréma Condé n’a peut-être pas perdu son cynisme et sa poigne brutale. Qui a brutalisé, brutalisera ! Qui a violenté, violentera ! Qui a tué, tuera ! Lui, qui fut le vecteur de la répression de Lansana Conté contre les militants du RPG d’Alpha Condé en Haute-Guinée, notamment à Kérouané (Banankoro) et à Kouroussa. Il n’hésitera vraisemblablement pas à sévir contre les riverains de la décharge. Ceux-ci, il faut le souligner, sont en majorité des Fulbe.

Bouréma Condé : Le vrai visage de l’homme

Kaporo-Rails bis

On assistera donc éventuellement à un Kaporo-Rails bis, c’est-à-dire à la répétition des évènements de 1998. Ce drame consista dans l’éviction des habitants du quartier de Kaporo-Rails, et la démolition de leurs maisons. C’est dans cette zone que se trouve l’immeuble de la Radiodiffusion nationale.

Le ministre Condé divague et verse même dans le ridicule lorsqu’il parle de “l’Etat responsable” de Guinée. Il va jusqu’à invoquer la légalité du même état. C’est trop dire. M. Condé perd de vue qu’un régime peut détenir la légalité officielle —ainsi que la puissance de coercion, les forces de répression, l’appareil de propagande —  sans pour autant jouir de la légitimité aux yeux des populations. C’est précisément le cas du régime d’Alpha Condé, que le pays profond a largement répudié.

Ainsi, par exemple, durant la crise Ebola (2013-2014), la presse guinéenne et ses pairs internationaux constatèrent qu’en « Guinée Forestière, au cœur de l’épidémie d’Ebola, (il n’y avait pas) grand-chose à attendre de l’État guinéen, malgré des démonstrations de solidarité par télévision interposée. »

Excédés, certains citoyens réagirent même violemment —et criminellement — en tuant des agents de santé venus au secours.

Ebola. Lynchage d’une mission de sensibilisation

L’article ci-dessus conclut que « Les populations ont donc le sentiment d’être oubliées par les autorités de Conakry. »

Bouréma Condé se plaint des boulets rouges tirés sur le gouvernement. M. le ministre préférerait peut-être plutôt le griotisme, les flatteries et les louanges.  Mais si le régime veut améliorer son image, il doit se mettre au service du public. Seule une telle politique infléchira la fréquence et l’intensité des critiques. Sinon, les officiels du régime d’Alpha Condé n’ont personne d’autre à blâmer qu’eux-mêmes.

En attendant, Bouréma Condé est libre de proclamer la “bonne foi du gouvernement et du président de la république”. Ce là sont des paroles en l’air. Les Guinéens, en majorité, n’y croient pas.

Tierno S. Bah

Conakry. Drôle d’Etats-généraux des droits de l’homme !

Le site Guineelive.com l’avait attaché à un siège éjectable en février dernier. Ils ont été pour les frais. Car le 26 mai dernier, Khalifa Gassama Diaby a été reconduit à son poste de ministre de la citoyenneté et de l’unité nationale. Soit. Il n’est reste pas moins que le département ministériel et son occupant détonnent dans le régime du président Alpha Condé. Car les concepts et la pratique de la citoyenneté et de l’unité nationale sont en piteux état en Guinée. Cela, depuis le complot de Sékou Touré contre les Fulɓe en 1977. Une conspiration que le “responsable suprême” monta pour éliminer Telli Diallo et ses infortunés co-accusés. Le système monstrueux érigé sous la révolution continue de sévir. Ainsi, durant la campagne électorale de 2010, le candidat Alpha Condé promit de reprendre la Guinée au niveau où Sékou Touré l’avait laissée. C’était un signe annonciateur d’années de vaches maigres et de retour aux tragédies. Une fois élu, le slogan fut mis en pratique. Et depuis lors, il colle à la peau du “professeur”. Car si son intention était de saigner le pays et de faire souffrir davantage les populations, alors on peut constater qu’il a tenu parole et réussi dans la destruction du tissu social du pays. A quoi s’agit de grands pas en arrière ! Par exemple, le pont de Linsan — qui marque la frontière traditionnelle  entre le Fuuta-Jalon et la Basse-Guinée— vient de s’effondrer. Pour le moment, la capitale Conakry est coupée du reste de la Guinée. A l’exception des tronçons nord (Dubréka, Boffa, Boké) et sud (Forécariah, Benty)… Dans ce contexte de dérive gouvernementale et d’incurie administrative, que peut-faire faire un ministre chargé des droits de l’homme ?

Le dilemme de Khalifa Gassama

S’il n’a pas les mains liées, Khalifa Gassama fait tout de même face à un grand dilemme. Sa position, entre deux pôles diamétralement opposés, est on ne peut plus inconfortable.
D’une part, en tant que ‘contitutionaliste’, il rêve et parle de faire respecter la Loi fondamentale, qui prescrit les droits inaliénables du citoyens ainsi que les devoirs inhérents à la construction de l’unité nationale. Malheureusement, cette dernière, comme indiqué plus haut, a été fortement —certains disent irrémédiablement — ébranlée et compromise.
D’autre part, on constate que Khalifa Gassama est en porte-à-faux avec son patron, président Alpha Condé. En effet, celui-ci se moque éperdument des questions relatives aux droits de l’homme. Il le confirma publiquement en déclarant qu’il se considérait comme un “chef d’état, et non comme le chef d’une organisation des droits de l’homme.” C’était le 12 août 2011, au siège du National Democratic Institute, à Washington, DC. Les propos du président guinéen surprirent et choquèrent l’auditoire. A tel point qu’une personne du présidium formula de vive voix son espoir que M. Condé se transforme, en tant que chef d’Etat, en ultime chef de défense des droits de l’homme en Guinée. Hélas, un tel souhait est resté pieux. Pire, il a été violé au moins 95 fois, un chiffre qui additionne les interventions brutales des forces de sécurité du régime actuel, qui tirent à balles réelles et tuent des manifestants politiques pacifiques et non-armés.

Lire President Alpha Condé at NDI, Washington DC

Drôle d’Etats-généraux

Appuyé par l’Union Européenne et l’ONG Search for Common Ground, le département de Khalifa Gassama vient de clôturer un “Forum des États généraux des droits de l’homme”. Le nom est grandiose. Mais l’étiquette “Etats-généraux” se justifie-t-elle ? L’organisation d’Etats-généraux est normalement une affaire nationale : dans la préparation, le financement et la participation. En l’occurrence, quelle rôle les préfectures du pays jouèrent-elles dans la réalisation de la rencontre ? …
De quels drôles d’Etats-généraux s’agit-il ici ? Est-que, une fois de plus, la montagne Guinée a accouché d’une souris ? D’après le compte-rendu qu’en fait le site Aminata, après trois jours de délibération, la principale résolution a porté sur la rédaction d’une “future Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
C’est tout !?
Bien sûr, bouche et plume cousues sur la violence courante. Silence sur la terreur passée. Deux endémies imposées par l’Etat de Guinée :  violateur cruel des droits de l’homme. Cela fait 60 ans qu’il commet ce type de crimes. En toute impunité.

Eternelle fuite en avant

L’accent sur une “future lettre” illustre à souhait la tactique de la fuite en avant adoptée depuis 1958 par les autorités de Guinée.
Hier, c’était Conakry, capitale mondiale du livre.
Aujourd’hui, ce sont les “Etats-généraux” sur les droits de l’homme. Qui se tiennent 34 ans après les Etats-généraux de l’Education, organisés en 1984.
Nulle mention du projet de procès — continuellement différé par le gouvernement — des personnes inculpées dans le massacre du 28 septembre 2009.
Mais les faits sont plus éloquents que les mots et les discours. Dans ce sens, les documents du Camp Boiro Memorial contredisent et démentissent  les manoeuvres dilatoires du gouvernement guinéen : prédateur récidiviste et impénitent, fauteur de violations répétées et de crimes cycliques des droits de l’homme.
Peut-il s’ériger justicier de ses actions criminelles ?
Les tragédies qui ont ponctuées le parcours de la Guinée depuis 1958 (voir le film Cona’cris, la révolution orpheline) en disent plus long qu’une éventuelle “Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
Le monde entier sait que l’Etat de Guinée est l’ingénieur et l’incitateur de la violence politique permanente dans le pays.

Tierno S. Bah