Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah

Slavery: Carson, Trump, and the Misuse of American History

Dr. Ben Carson, Secretary, Housing and Urban Development
Dr. Ben Carson, Secretary, Housing and Urban Development

I am re-posting here Jelani Cobb’s article (The New Yorker) written around the blunder of Housing and Urban Development Secretary, Dr. Ben Carson, whereby he compared African slaves to immigrants. This is the same person who, out of the blue, claimed in 2013 that: “Obamacare is really … the worst thing that has happened in this nation since slavery.” The +20 million people who got insurance thanks to the Affordable Care Act (aka Obamacare) would beg to differ.
Anyhow, Dr. Carson will, most likely, not become president of the United States. The world will thus be probably a better place. Because despite his  acknowledged skills as a neurosurgeon, Carson is a mediocre student of history. Should he want to remedy that self-inflicted intellectual handicap, he would have to rethink slavery. And first of all, he must admit that the Slave Trade is “America’s Original Sin.” Consequently, it was not some migratory itch or urge that uprooted millions of Africans and dumped them on the shores of the “New World.” On the contrary, they were taken out and across the Atlantic Ocean in chains. Upon landing, and as Edward E. Baptist put it best, they toiled, from dawn to dusk and in sweat, tears and blood, for the “Making of American Capitalism.”

Tierno S. Bah


In referring to slaves as “immigrants,” Ben Carson followed a long-standing American tradition of eliding the ugliness that is part of the country’s history.

Earlier this week, Ben Carson, the somnolent surgeon dispatched to oversee the Department of Housing and Urban Development on behalf of the Trump Administration, created a stir when he referred to enslaved black people—stolen, trafficked, and sold into that status—as “immigrants” and spoke of their dreams for their children and grandchildren. In the ensuing hail of criticism, Carson doubled down, saying that it was possible for someone to be an involuntary immigrant. Carson’s defenses centered upon strict adherence to the definition of the word “immigrant” as a person who leaves one country to take up residence in another. This is roughly akin to arguing that it is technically possible to refer to a kidnapping victim as a “house guest,” presuming the latter term refers to a temporary visitor to one’s home. Carson had already displayed a propensity for gaffes during his maladroit Presidential candidacy, and it might be easy to dismiss his latest one as the least concerning element of having a neurosurgeon with no relevant experience in charge of housing policy were it not a stand-in for a broader set of concerns about the Trump Administration.

A week earlier, Betsy DeVos, the Secretary of Education, had described historically black colleges and universities as pioneers in school choice—a view that can only co-exist with reality if we airbrush segregation into a kind of level playing field in which ex-slaves opted to attend all-black institutions rather than being driven to them as a result of efforts to preserve the supposed sanctity of white ones. The Trump Administration is not alone in proffering this rosy view of American racial history. Last week, in a story about changes being made at Thomas Jefferson‘s estate, Monticello, the Washington Post referred to Sally Hemings, the enslaved black woman who bore several of Jefferson’s children, as his “mistress”—a term that implies far more autonomy and consent than is possible when a woman is a man’s legal property. Last fall, the textbook publisher McGraw-Hill faced criticism for a section of a history book that stated, “The Atlantic Slave Trade between the 1500s and 1800s brought millions of workers from Africa to the southern United States to work on agricultural plantations.” The word “worker” typically carries the connotation of remuneration rather than lifelong forced labor and chattel slavery.

One part of the issue here is the eliding of the ugliness of the slave past in this country. This phenomenon is neither novel nor particularly surprising. The unwillingness to confront this narrative is tied not simply to the miasma of race but to something more subtle and, in the current atmosphere, more potentially treacherous: the reluctance to countenance anything that runs contrary to the habitual optimism and self-anointed sense of the exceptionalism of American life. It is this state-sanctioned sunniness from which the view of the present as a middle ground between an admirable past and a halcyon future springs. But the only way to sustain that sort of optimism is by not looking too closely at the past. And thus the past can serve only as an imperfect guide to the troubles of the present.

In his 1948 essay “The Gangster as Tragic Hero,” Robert Warshow wrote about the mid-century efforts to pressure studios to stop producing their profitable gangster movies. The concerns focussed partly upon the violence of the films but more directly upon the fear that these films offered a fundamentally pessimistic view of life and were therefore un-American. There is a neat through-line from those critics to Ronald Reagan’s “Morning in America” idealism to the shopworn rhetoric of nearly every aspirant to even local public office that the nation’s “best days are ahead of us.” We are largely adherents of the state religion of optimism—and not of a particularly mature version of it, either. This was part of the reason Donald Trump’s sermons of doom were seen as so discordant throughout last year’s campaign. He offered followers a diet of catastrophe, all of it looming immediately if not already under way. He told an entire nation, in the most transparently demagogic of his statements, that he was the only one who could save it from imminent peril. And he was nonetheless elected President of the United States.

Strangely enough, many of us opted to respond to Trump’s weapons-grade pessimism in the most optimistic way possible, conjuring best-case scenarios in which he would simply be a modern version of Richard Nixon, or perhaps of Andrew Jackson. But he is neither of these. Last summer, as his rallies tipped toward violence and the rhetoric seemed increasingly jarring, it was common to hear alarmed commentators speak of us all being in “uncharted waters.” This was naïve, and, often enough, self-serving. For many of us, particularly those who reckon with the history of race, the true fear was not that we were on some unmapped terrain but that we were passing landmarks that were disconcertingly familiar. In response to the increasingly authoritarian tones of the executive branch, we plumbed the history of Europe in the twentieth century for clues and turned to the writings of Czeslaw Milosz and George Orwell. We might well have turned to the writings of W. E. B. Du Bois and James Baldwin for the more direct, domestic version of this question but looked abroad, at least in part, as a result of our tacit consensus that tragedy is a foreign locale. It has been selectively forgotten that traits of authoritarianism neatly overlap with traits of racism visible in the recent American past.

The habitual tendency to excise the most tragic elements of history creates a void in our collective understanding of what has happened in the past and, therefore, our understanding of the potential for tragedy in the present. In 1935, when Sinclair Lewis wrote “It Can’t Happen Here,” it already was happening here, and had been since the end of Reconstruction. In 1942, the N.A.A.C.P. declared a “Double V” campaign—an attempt to defeat Fascism abroad and its domestic corollary of American racism.

Similarly, it was common in the days immediately following September 11th to hear it referred to as the nation’s first large-scale experience with terrorism—or at least the worst since the 1995 Oklahoma City bombing, staged by Timothy McVeigh. But the nation’s first anti-terrorism law was the Ku Klux Klan Act of 1871, designed to stall the attempts to terrorize emancipated slaves out of political participation. McVeigh’s bombing, which claimed the lives of a hundred and sixty-eight people, was not the worst act of terrorism in the United States at that point—it was not even the worst act of terrorism in the history of Oklahoma. Seventy-four years earlier, in what became known as the Tulsa Race Riot, the city’s black population was attacked and aerially bombed; at least three hundred people were killed. Such myopia thrives in the present and confounds the reasoning of the director of the FBI, James Comey, who refused to declare Dylann Roof’s murder of nine black congregants in a South Carolina church, done in hopes of sparking a race war, as an act of terrorism—a designation he did not withhold from Omar Mateen’s murderous actions in the Pulse night club, in Orlando.

The American capacity for tragedy is much broader and far more robust than Americans—most of us, anyway—recognize. Our sense of ourselves as exceptional, of our country as a place where we habitually avert the worst-case scenario, is therefore a profound liability in times like the present. The result is a failure to recognize the parameters of human behavior and, consequently, the signs of danger as they become apparent to others who are not crippled by such optimism. A belief that we are exempt from the true horrors of human behavior and the accompanying false sense of security have led to nearly risible responses to Trumpism.

It has become a cliché of each February to present the argument that “black history is American history,” yet that shopworn ideal has new relevance. A society with a fuller sense of history and its own capacity for tragedy would have spotted Trump’s zero-sum hustle from many miles in the distance. Without it, though, it’s easy to mistake the overblown tribulations he sold his followers for candor, not a con. The sense of history as a chart of increasing bounties enabled tremendous progress but has left Americans—most of us, anyway—uniquely unsuited to look at ourselves as we truly are and at history for what it is. Our failure to reckon with this past and the centrality of race within it has led us to broadly mistake the clichés of history for novelties of current events.

Jelani Cobb
The New Yorker

Jeanne-Martin Cissé (1926-2017)

Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, circa 1970
Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, vers 1970

Sous la plume de François-Xavier Freland Jeune Afrique reprend la nouvelle de la mort de Jeanne-Martin Cissé (1926-2017). Reflétant diverses sources d’information, l’hebdomadaire évoque, en quelque 532 mots, la vie de cette compagne de Sékou Touré.

  1. On y relève ainsi le tableau du cadre familial au crépuscule de la vie à Conakry. Il n’y est question toutefois que des filles de la disparue, alors qu’au moins trois de ses enfants sont des hommes. L’aîné, Cheick Mohammed ‘Papus’ Camara, est un de mes promotionnaires aux lycées de Conakry et de Labé. Notre dernière rencontre, vite transformée en une longue, amicale et intéressante conversation, remonte à 2003 à Dakar.
  2. Mais l’auteur reste vague sur la naissance, l’éducation et l’adolescence : noms et occupation des parents, un brin de généalogie, postes d’enseignement. Il néglige, par exemple, un détail important, à savoir comment peut-on naître “dans une famille musulmane modeste d’origine Soussou et Malinké” et s’appeler Jeanne-Martin ?
  3. L’article maquille et embellit le passage sur “la célèbre école normale de Rufisque”,  qu’il présente comme étant  un établissement “d’élite féminine qui s’était employée à faire de ces élèves venues de toutes l’Afrique coloniale française de futures enseignantes, attachées à leur africanité.” François-Xavier Freland aurait dû mettre un peu d’eau dans son vin, car dans l’ensemble le palmarès de l’école française n’est pas du tout rose. Surtout sous la Troisième République (1870-1940) qui imposa le déshumanisant Empire colonial et l”abominable régime de l’Indigénat.
  4. François-Xavier glisse le nom de Germaine Le Goff sans préciser qu’il est l’auteur de la biographie intitulée L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mythique.  Il aurait dû apporter la précision, ne serait-ce que pour élargir l’horizon des lecteurs.
  5. Certaines camarades de formation de Jeanne-Martin sont mieux introduites, notamment avec la mention d’Une si longue lettre, l’oeuvre principale de Mariama Bâ.
  6. Le portrait matrimonial de Jeanne-Martin se limite à son  mariage avec Bansoumane Touré. Cette victime du Camp Boiro fut en réalité le second époux de Mme. Jeanne. Sur les circonstances de la disparition de Bansoumane à la Prison de Kindia, lire Kindo Touré “La mort de Ban Ansoumane Touré”.
  7. Dans sa biographie de Sékou Touré André Lewin indique, à juste titre, que le premier mari de Jeanne-Martin s’appelait Camara. Malheureusement, il omet le prénom du défunt, qui mourut victime d’un accident de circulation en 1958. Lire Ahmed Sékou Touré (1922-1984). De Gaulle à Conakry,  25/26 août 1958 (volume 2, chapitre 25)
  8. L’article présente Bansoumane Touré comme “un des fondateurs du Parti Démocrate Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Très vite, elle (Jeanne-Martin) milite pour l’indépendance et œuvre pour l’émancipation des femmes en Afrique.” L’auteur va vite en besogne et commet ici deux erreurs aussi gratuites que légères :
    (a) Bansoumane ne figure pas parmi les membres fondateurs du PDG-RDA
    (b) Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les pionniers de l’activité politique visaient d’abord l’autonomie interne. Le régime colonial fit la sourde oreille et traîna la savate jusqu’en 1956, date de promulgation de la loi-cadre Gaston Deferre. Mais c’était trop tard. Le Viet-Minh avait déjà vaincu des milliers de troupes françaises en 1954 à Dien Bien Phu. Cette cinglante défaite militaire ainsi que le déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie accélérèrent le cours de l’Histoire. Les protectorats du Maroc et de la Tunisie devinrent des états souverains en 1956. En mai 1958, l’armée imposa le Général Charles de Gaulle au Parlement français. Cherchant à retarder l’implosion du domaine colonial de la France, le vieux guerrier,  intellectuel et homme d’Etat organisa le référendum de 1958 autour d’une nouvelle Constitution. Le projet de loi fondamentale proposait, entre autres, l’abolition de l’instable 4ème république (en place depuis 1946), l’avènement de l’actuelle 5è république,  et l’instauration de la Communauté franco-africaine, en lieu et place de l’Union française, elle-même héritière de l’Empire colonial.
  9. L’auteur effleure ensuite la carrière onusienne de Jeanne-Martin. François-Xavier Freland écrit : “… elle est désignée en 1972 au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient … même présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU, son pays étant alors membre non permanent de ce comité.”
    Lire également “Jeanne-Martin Cissé accepte une invitation de Louis de Guiringaud, ambassadeur de France auprès des Nations Unies”, A. Lewin, volume 6, chapitre 68
    Aucun mot sur Telli Diallo et Marof Achkar, autrement plus efficients et prestigieux que l’ambassadrice Cissé. Silence total aussi sur le sort des proches de Madame Sow Nima Bâ, ancienne détenue du Camp Boiro et dont Sékou Touré décima la famille en faisant assassiner :

Et en condamnant à mort par contumace le frère cadet, Bâ Mamadou.

  1. L’article cite Hadja Nima en ces termes : « Mais la période des purges l’avait rendu triste. » Peu importe que ma belle-soeur ait prononcé des mots. Le fait est qu’ils sont en porte-à-faux avec la réalité post-sékoutouréenne.
  2. Dirigeante ddu Conseil national des Femmes de Guinée, membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée, membre du Burean politique national et du Gouvernement, feue Jeanne-Martin fut, de bout en bout,  une collaboratrice fidèle et une porte-parole aussi “impénitente et non-repentante” de la dictature de Sékou Touré que Mme. Andrée Touré.

Pour conclure, je me propose de lire La fille du Milo. Après quoi, je  ferai une suite à cet article.

Tierno S. Bah

Ambition, querelles et histoire politiques

Yacine Diallo (1897-1954)
Yacine Diallo (1897-1954)

Le site Libreopinionguinee publie une interview de Bah Oury maladroitement intitulée “Cellou Dalein c’était opposé à ce que je soit le candidat de l’UFDG pour briguer la Primature (sic!)”

Les tiraillements entre Messieurs Bah et Diallo concrétisent l’implosion de la politique en Guinée. En témoignent la personnalisation outrancière de la fonction dirigeante, l’égocentrisme pathologique et le culte de la personnalité du chef du parti ou de l’Etat.
Après lecture de l’article, je tiens à rappeler les points suivants.

  1.  Cellou Dalein Diallo et Bah Oury sont des sanaku, ou cousins à plaisanterie dans la tradition du Fuuta-Jalon. Mieux, leurs noms relèvent du stock  authentique des Fulbe et précèdent de milliers d’années l’influences arabo-islamique sur l’onomastique (système des noms propres) de la société. Cellou (Sellu) vient de sellude (être en bonne santé),  Oury (Wuuri) dérive de wuurude (être vivant). L’usage élévé de ces noms est un acte votif. Le jour du baptême les parents formulent un voeu et un souhait et fondent l’espoir pour le nouveau-né à travers le nom positif choisi et imposé, tels que les deux exemples ci-dessus.
    Cela dit, Messieurs Bah et Diallo sont tous deux responsables du déchirement public au sommet de l’UFDG.  Ils détiennent le rôle principal dans cet inélégant et déplorable roman-photo. Il est vrai que les divergences (personnelles et idéologiques) sont inévitables dans toute association politique. Mais Messieurs Diallo et Bah auraient dû débattre à huis clos et trouver un consensus à leurs différends et conflits. Hélas, au lieu d’une approche intelligente et constructive dans la gestion de leur parti, ils ont préféré s’offrir en spectacle et barouder en duels verbaux. Conséquence, des tiraillements physiques eurent lieu au siège du parti en  février 2016. Et le journaliste Mohamed Diallo fut abattu à bout portant. L’appareil judiciaire guinéen étant pourri, il est probable que le meurtrier ne sera jamais identifié et jugé.
  2. Les propos de Bah Oury suggèrent qu’il ne tient pas compte du fait que le passé et  les défis actuels du pays dépassent nettement la querelle de personnes et le conflit d’ambitions qui l’opposent aujourd’hui à  Cellou Dalein.
  3. Il semble ignorer aussi que la Guinée souffre  toujours de la malédiction que la politique de Sékou Touré a appelée sur le pays. En conséquence, Bah Oury rêve et se berce d’illusions hypothétiques. Car en tant que Pullo, il n’avait absolument aucune chance d’accéder à la Primature en 2010. Pour preuve, il n’a qu’à se rappeler la brève et catastrophique expérience de Cellou à la tête du gouvernement en 2004-2006 sous la dictature de Lansana Conté.
  4. Ethnocentrisme oblige, le Président de la Transition, Général Sékouba Konaté, avait jetté son dévolu sur le candidat du RPG, Alpha Condé. Il était résolu à le faire élire, coûte que coûte, vaille que vaille. Dès lors la désignation d’un vice-président de l’UFDG à la Primature aurait contrecarré les plans de Konaté. Là également, que Bah Oury se souvienne que même la syndicaliste Rabiatou Sira Diallo fut rejettée pour diriger le gouvernement. Pour Konaté, le seul nom de famille et l’appartenance ethnique de la dame étaient inacceptables.
  5. D’où la désignation de Jean-Marie Doré: un ancien agent secret de Sékou Touré, prêt à manger à tous les râteliers. Rusé et cynique, il joua le jeu en faveur d’Alpha Condé. Et son gouvernement accompagna toutes les violations du code électoral et tous les coups bas du second tour de l’élection présidentielle.
  6. Bah Oury n’aurait peut-être pas toléré qu’on accuse son ethnie, les Fulɓe, d’empoisonner des boissons en vente publique.
  7. Cela ne l’a pas empêché d’accepter, au nom de l’UFDG, le portefeuille bidon de ministre de la “réconciliation nationale” (sans justice !) au sein du gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré. Acculé, ce dernier capitula rapidement face au criminel capitaine Moussa Dadis Camara. Cela ne lui évita pas les harcèlements, l’emprisonnement, et un simulacre d’exécution sommaire nocturne  au sinistre PM3 de la gendarmerie à Conakry.
  8. Que Bah Oury prenne donc ses démêlés avec humilité et un brin de sagesse. Qu’il n’oublie pas comment, à la fin des années 1990, au sein de l’Union des Forces Démocratiques (UFD), il torpilla feu Alfâ Ibrahîm Sow, notre maître à tous et l’intellectuel du Pular/Fufulde. Lire :

Unité politique : tirer les leçons de l’histoire

Après la mort —subite et suspecte— de Yacine Diallo en 1954, le Fuuta-Jalon se mit en quête d’un successeur pour porter le flambeau du pionnier et doyen de la politique partisane en Guinée. Dans les Cailloux de la mémoire Nadine Bari publie le témoignage valide des tractations, rapporté par feu Thierno Mouctar Bah. Le choix des Almami et des chefs de canton se porta sur Diawadou Barry, au détriment de Ibrahima Barry dit Barry III. Il s’en suivit une rivalité ardue entre les deux hommes, qui étaient pourtant des cousins lignagers. Dans le système de parenté quadrangulaire des Fulɓe le patronyme Bari est réservé aux Dayeeɓe. Les trois autres noms sont Ba (Ururuɓe), Soo (Feroɓɓe) et Jallo (Jalluɓe). Diawadou est du sous-clan des Seediyaaɓe, Barry III appartient à celui des Seeriyaaɓe. Mais la quête du pouvoir n’a souvent cure des liens familiaux, personnels, etc.
A la tête de leurs partis respectifs : le Bloc Africain de Guinée (Diawadou) et le Mouvement Socialiste Africain (Barry III), les deux hommes se combattirent vigoureusement donc. Cela jusqu’en 1957. Date à laquelle ils se réconcilièrent et s’unirent au sein du Parti du Regroupement Africain (PRA). Leur commun rival était le PDG-RDA, dirigé par Sékou Touré et Saifoulaye Diallo
Cellou Dalein et Bah Oury devraient étudier, réfléchir et tirer les leçons de cet épisode crucial de l’histoire politique au Fuuta-Jalon et en Guinée. Pour les appuyer des sources authentiques et des documents idoines sont accessibles sur mes sites webFuuta et webGuinée.

Tierno S. Bah

White Nationalism: Conversation, No Dialog

John Hope Franklin & Alfred A. Moss Jr. From Slavery to Freedom A History of African Americans
John Hope Franklin & Alfred A. Moss Jr. From Slavery to Freedom A History of African Americans. McGraw-Hill; 9th edition, 2010. 736 pages
President Barack Obama and Pr. John Hope Franklin
President Barack Obama and Pr. John Hope Franklin

From Slavery to Freedom: A History of African Americans stands as the magisterial study of the American black experience by the late Pr. John Hope Franklin (1915-2009) and Pr. Alfred A. Moss Jr. It was a revelation when it appeared in 1947. He followed up with several and many articles on Reconstruction, the martial culture of the antebellum South, runaway slaves and other subjects. Each one is a model of graceful prose, meticulously documented and free of bias or cant. The quality of Mr. Franklin’s writings made him the first black chairman of a history department at a predominantly white institution, Brooklyn College, in 1956. Later came appointments at the University of Chicago and Duke, and teaching assignments at Howard and Cambridge universities and elsewhere. Along the way he assisted Thurgood Marshall’s legal team in Brown v. Board of Education, served in government and accumulated more academic honors than we have space to mention. In 1995, President Bill Clinton awarded him the Presidential Medal of Freedom.

 I am reacting here briefly to the transcript of the interview called “A Frank Conversation with a White Nationalist.” Although not not an empty talk the exchange reads like a polite but vague conversation. It fails to turn into an articulate and meaningful dialog. Its flaw lays in its weakness and even lack of historical perspective.

It is true that the journalist, Al Letson, and his interlocutor, Richard Spencer, met the day after the Republican candidate’s shocking Electoral College victory that made Donald Trump president-elect of the USA.
However, the atmosphere of the electoral upset, it was incumbent on them to acknowledge and explore better the complexities of such loaded topics as identity, race, ethnicity, nationalism, etc. Instead, they went for clichés, wrong assumptions, and somewhat shallow personal stories.

For instance, the two interlocutors agree —not surprisingly— on the contribution of Blacks in the making of American culture. Unfortunately, and due to its entertainment undertones —not to forget the association with sports—, this recognition is nothing but a stereotype. Because we know that real power is not in music and athletic achievement; it is in economics, finances, banking, science, and technology.
So what do I see as hits and misses by Al Letson and Richard Spencer respectively?

Capturing Fugitive Slaves in California, ca. 1856
Capturing Fugitive Slaves in California, ca. 1856

Al Letson

As an investigative journalist, Mr. Letson did not bring up the stronger arguments. Instead, he limited himself in reminding Richard Spencer of the Ku Klux-Klan and its terrorist lynching raids. Oddly, a word search of the interview show that Al fails to mention Slavery altogether. Yet, African bondage has been often and appropriately called America’s original sin, by President Obama. Is it merely coincidental that it was during his stewardship that such movies as 12 Years a Slave, The Butler, Selma, etc., were produced and realized? Probably not. And it was obviously not serendipity but rather a fitting reunion when former President G.W. Bush joined Obama in the inauguration of the African-American Museum of History and Culture back in September The latter finished the project that the former had started.
Therefore, African-American media professionals like Al Letson ought to study as hard as they can African-American history, sociology, economy, political science, linguistics, etc. Such an activity nurtures the mind and helps—among other things—to debunk the myths of white supremacy. They  prepare and empower African-American scholars, journalists and artists as they seek to engage and refute the views of the likes of Richard Spencer.

The other Achille’s heel  in Al Letson argumentation is that he does not draw Richard Spencer’s attention that oppression engenders  resistance and rebellion. And that African-Americans stood up against slavery. They fought heroically to end it during the Civil War. They challenged Jim Crow. Under the leadership of Rev. Martin Luther King, Jr., Malcolm X and others, they defeated legal segregation in 1964 (Civil Rights Act) and in 1965 (Voting Rights Act). Incidentally, Richard Spencer refers to the 1964 legislation as Immigration. That’s a mistake.
The bottom line is that, through and through, Blacks were neither submissive nor passive. Strong personalities and fearless leaders emerged and blazed the trail of no-surrender, insurrection and entrepreneurship right in Antebellum America. Among them Toussaint-Louverture (Haiti), Abdul-Rahman (from my native Fuuta-Jalon), Nat Turner, Harriet Tubman and the Underground Railroad, and so many others.Their successors fought for the end of the abomination of slavery and to assert their humanity. And Whites and Jews showed solidarity all along. Quakers, intellectuals, politicians joined the anti-slavery movement, which peaked with John Brown, Frederick Douglass and Abraham Lincoln.…

Richard Spencer

 Mr. Spencer’s intellectual handicap and judgemental predicaments are many. I list here some of them.

First, he suffers from the delusion that Whites, Blacks, Asians, etc. constitute separate races. Never mind that such a prejudice is deep-seated. Genomics has dispelled it  thoroughly. There is only one species, and that’s Humans, aka Homo sapiens? Even it still applies in culture, politics and in administration, it does not hold water in nature and in biological sciences.

Second, Richard has the illusion that Whites are homogeneous. But history belies that wrong premise. The elites, rulers and states of Germanic, Latin and Slavs peoples and countries have fought many a battle for political and   economic power, as well as for cultural dominance. Three examples:

  • Napoleon’s disastrous invasion of Russia in 1812
  • His battle against Wellington in Waterloo (1815)
  • Hiter’s occupation of Poland, France, and Nazi partition of the latter in two territories during World War II
  • …………………………………………………

Richard Spencer does not seem to know that without African —slave and colonial—labor, neither Europe nor America would have gained such prosperity. He ought to read Edward Baptiste’s The Half Has Never Been Told. Slavery and the Making of American Capitalism. And  Thomas Piketty. Capital in the 21st Century.

Third, Richard Spencer idealizes and idolizes the history of Europe. He is entitled to his opinion, but not to the facts. Before it spread its tentacles on the Southern Hemisphere of the Globe, capitalism began to wreak havoc at home. Again Richard should read the masterpieces of Charles Dickens, Victor Hugo, Emile Zola, and other works that depict the miseries brought upon Europe by the rise of capitalism. Writing in the 20th century, historian Eric Hobsbawn has laid bare the lows and highs of the Industrial Revolution.

Fourth, for all its scientific and cultural achievements Europe was the matrix of the first (1914-1918) and the second (1939-1945) World Wars. The horrors of WWI led European artists, writers and poets to express their rejection of Western civilization and to seek inspiration elsewhere. Their quest was fulfilled by the so-called primitive arts of Africa and Oceania. Thus was born surrealism, dadaism. Then the Harlem Renaissance flourished. It carried on and elevated centuries of blacks’ struggled against racism and exclusion in the United States of America. Young African and Caribbean scholars in Paris followed suit with the Négritude movement, a trailblazer of the emancipation of Africa from colonial rule.… In essence, the Surrealism—Harlem Renaissance—Négritude chain underscores how  societies and people  are interrelated and interdependent, irrespective of skin color or “racial” background… And, in particular, it illustrates the ties that bind the intelligentsia, as well as literary, artistic and scientific trends and currents, in time and space.
That said, on January 20, 2017 Mr. Trump will have executive control of the world’s largest and most sophisticated nuclear arsenal. Should that lethal armory be—accidentally or willfully—unleashed and retaliated against, it will wipe human life off the planet, sparing no one, including the advocates of racial supremacy or ethnic superiority.

In the end, Al Letson does not introduce Richard Spencer adequately to the audience of his podcast. We are only told that he was born in Massachusetts, grew up in Texas, and that he likes mountain biking! That’s not enough to profile the carrier of a hostile ideology. The interview could have disclosed further information about the white nationalist’s education, profession, intellectual background and political connections.

But since Al Leston and Richard Spencer remain in touch, let’s hope to learn more about this supporter of president-elect Donald Trump .

Tierno S. Bah