Bâ Mamadou. Qui est Sékou Touré ?

Les dés en sont jetés. En collusion avec l’Assemblée nationale, le pouvoir exécutif et le “coalition” politique d’Alpha Condé vont légiférer la justice pour lui mettre des bâtons dans les roues. Dans quelques jours ou semaines ils vont proclamer une loi instaurant une commission Vérité, Justice et Réconciliation. Et pourtant un brin d’honnêteté et de réflexion aurait pu les conduire à omettre le mot JUSTICE. Car celle-ci relève de l’autorité de la troisième banche de l’Etat : le pouvoir judiciaire. Hélas ! Toutefois, que les autorités de Conakry sachent qu’elles perdent leur temps. Ils ne feront que frapper des coups d’épée dans l’eau.…
Entretemps, la majorité et l’opposition devraient lire et relire le texte de feu Bâ Mamadou, que je publie ci-bas. L’histoire est plus têtue et plus imprévisible que les hommes. Au bout du compte, la fuite en avant et les magouilles politiciennes devront cesser. “L’élite” guinéenne sera alors confrontée à la réalité. Celle-ci dicte qu’aussi longtemps que les magistrats assermentés et leurs collègues de tous ordres du cadre judiciaire n’auront pas le champ libre pour enquêter, juger, acquitter ou condamner conformément aux lois en vigueur — et en toute indépendance — la Guinée continuera de s’embourber dans la corruption, la violence et  l’impunité. Est-il besoin de rappeler qu’un tel contexte est peu incitateur aux investissments. Et qu’il ne peut que faire sombrer le pays davantage dans la pauvreté et la médiocrité.

Tierno S. Bah


Bâ Mamadou (1930-2009)
Bâ Mamadou (1930-2009)

Qui est Sékou Touré par El-Hadj Mamadou Bâ, président d’honneur de l’UFDG ?

Sékou Touré le Héros devenu Tyran Sanguinaire et Dictatorial

I. Qui est Sékou Touré ? Les jeunes doivent connaître la vérité

Il n’y a pas eu beaucoup d’écrits sur Sékou Touré, sur sa vie, ses activités, son œuvre. Il est vrai qu’il était le seul à écrire ses fameux tomes (une quinzaine) et il ne laissait personne parler et exprimer librement ce qu’il pensait et souhaitait. La presse n’existait pratiquement pas.
Personnellement (et avec Momory Camara), nous avons écrit des articles sur les finances et la monnaie qu’il a purement et simplement signé en son nom.
Il ne se sentait pas à l’aise dans les problèmes économiques et financiers et il sollicitait des « Nègres » pour rédiger des articles qu’il publiait dans ses tomes en son nom.
A mon avis, il est temps d’écrire maintenant sur la vie de Sékou Touré et ne pas continuer à faire simplement le griot. Comme l’a dit le Professeur Djibril Tamsir Niane :

« Il y a surtout qu’aussi bien en Guinée qu’hors de la Guinée, les études, les recherches sur le temps de Sékou Touré, n’ont pas avancé ».

Dans sa perplexité, Alsény Réné Gomez jetait un coup d’œil sur ce passé récent, pose le problème de bilan de la 1ère République. Il ajoute encore :

« Cinquante ans n’ont pas cicatrisé la plaie ; le devoir de mémoire qu’il pose devient incontournable ; il semble bien que les non-dits et autres silences sur les prisons de la 1ère République, constituent un blocage psychologique sur les Guinéens ».

II. Le préalable de la réconciliation nationale

« Il faudra bien crever l’abcès un jour. La réconciliation nationale l’exige. L’invite de Alsény Réné Gomez sera-elle entendue ? »

Citons encore Djibril Tamsir Niane :

« Quand un pays a été ébranlé par un drame aussi poignant, il est établi que « sans une réconciliation », sans un pardon, rien ne peut marcher. Nous avons vu le cas de l’Afrique du Sud ; Nelson Mandela a réussi à réconcilier, à rapprocher les composantes d’une société déchirée par un demi siècle d’Apartheid. Nous connaissons le cas de l’Espagne ; malgré « un pacte d’oubli » soixante dix ans après la guerre civile, le passé rattrape les hommes et la plaie s’ouvre à nouveau. En Afrique, les conférences nationales dans les années 1990 ont aidé à évacuer le « temps du kaki couronné »

La Guinée n’a pas encore trouvé l’opportunité de crever l’abcès des non-dits d’antan. Pourtant le développement est à ce prix. Si l’on n’ouvre pas le débat sur le drame de la 1ère République, si l’on n’exorcise pas le passé, il sera difficile d’entretenir une paix sociale.

1. Une conférence de réconciliation nationale

Une conférence de réconciliation nationale est indispensable et son objectif sera de :

  • Faire le bilan de toutes les violences commises par et sur les Guinéens de 1954 à 2008 sur les plans politiques, économiques et culturels.
  • Permettre à ceux qui ont participé directement ou indirectement à une violence, à ceux qui en ont été témoins, à ceux qui en ont été les victimes ou qui ont perdu des êtres chers, de s’expliquer et de comprendre ce qui s’est passé.
  • Restitution de tous les charniers sur toute l’étendue du territoire pour y ériger des monuments à la mémoire des disparus
  • Obtenir des excuses publiques et le repentir de ceux qui ont été coupables ou complices et aussi des réparations pour les victimes ainsi que leurs pardons.
  • Sceller la réconciliation par la mise en place d’un cadre permanent de concertation, d’échanges et de prévention des conflits.

Il faut peut être profiter du cinquantenaire pour ouvrir les débats et savoir si Sékou Touré est un héros ou un simple tyran sanguinaire et dictatorial.

La Deuxième République a systématiquement refusé de faire la lumière sur les années sombres de la Première République.

Comme le dit Niane Tamsir « sournoisement, les gens de l’ancien régime ont détruit le Camp Boiro jusque dans ses fondements, sous les yeux des dirigeants de la 2ème République. »

Le fameux Livre blanc préparé par le Colonel Faciné Touré qui avait réussi à récupérer les archives de l’Etat n’est jamais sorti.

[Erratum. — Une commission de préparation du Livre blanc fut désignée. A supposer qu’elle siégea, il n’en reste pas moins qu’elle ne s’attela pas à la tâche. Des décennies plus tard, il est douteux que les membres encore en vie de cette commission puissent déclarer l’existence d’une ébauche ou d’un brouillon de ce document. Bâ Mamadou omet de dire la Deuxième république fut dirigée par certains des principaux tortionnaires et hommes de  main de Sékou Touré : les colonels Lansana Conté et Diarra Traoré. Les deux officiers étaient compères et complices. Ils durent leur rapide avancement en grade à leur zèle dans la purge violente de leurs supérieurs formés dans l’armée de Keita Fodéba. Ils participèrent physiquement à la pendaison des Suppliciés du Pont du 8 novembre le 25 janvier 1971. Diarra et Conté étaient respectivement capitaine et lieutenant en fin 1970. Moins de dix ans plus tard, chacun d’eux avait reçu le grade de Colonel et obtenu un siège au Comité central du Parti. Comparez cette évolution à la stagnation de la carrière du Commandant Ousmane Sow, qui intégra l’armée à ce rang et le demeura pendant les 26 ans de règne de Sékou Touré !  Lire (a) “La pendaison” par Lieutenant-colonel Kaba 41 Camara (b)  “Armée guinéenne : écuries d’Augias” (c) La déplorable interview du Général Ousmane SowTierno S. Bah]

III. Célébration du cinquantenaire ou glorification de la 1ère République

Aujourd’hui, nous avons le malheur d’avoir un Premier Ministre (Lansana Kouyaté) qui, au lieu de s’occuper de sa lettre de mission, préfère réhabiliter la 1ère République qu’il considère comme une période de gloire pour la Guinée et son leader doit être honoré et glorifié pour son œuvre exceptionnelle… Il semble vouloir oublier ce qui est arrivé à tous les compagnons de Sékou Touré qui ont été assassinés, emprisonnés, exilés ou poussés au suicide comme Saïfoulaye Diallo qui s’est laissé mourir.

Sékou Touré a liquidé tous ses compagnons sauf ses parents et ceux de sa femme.

Malheureusement pour lui, la 2ème république a terminé la tâche pour lui en sacrifiant ceux qu’il a voulu protéger. (Dieu sait venger les innocents).

Vouloir profiter du cinquantenaire pour mettre les bourreaux et leurs victimes dans le même sac et les honorer ensemble, est d’une malhonnêteté qu’on ne pourra jamais pardonner au Premier Ministre.

Il faut qu’il sache que ce n’est pas la position qui aurait été choisie par son beau-père qui, à cette époque, a été écoeuré par ce qui s’est passé sous la 1ère République. (Il me l’a dit à plusieurs reprises même en présence de Sékou Touré). Il fait partie de ceux qui ne lui pardonneraient jamais cette forfaiture.

[Note. — Le beau-père en question était Lamine Condé, ancien gouverneur de la Banque centrale. — Tierno S. Bah]

On parle de réhabiliter Sékou Touré alors qu’il n’a jamais été ni jugé, ni condamné.

Cependant, si l’on veut le célébrer et l’honorer, il est bon de faire son bilan afin qu’on sache ce qu’il a fait ou, comme l’a dit le Professeur Ibrahima Baba Kaké, s’il est un héros ou un tyran.

On peut commémorer un événement : (le vote du 28 Septembre, la proclamation de l’indépendance, la mort d’un Président, etc.)

Cependant, si à cette occasion on veut glorifier et honorer les artisans de cet événement, il faut le faire avec discernement après avoir fait un bilan pesant les avantages et les inconvénients qui s’y rattachent.

Le Premier Ministre a déclaré qu’il faudra donner des noms de rues à des personnalités, les décorer (je ne sais comment justifier cette décoration).

Décorer quelqu’un qui a été condamné par un tribunal (même révolutionnaire) n’est pas une réhabilitation mais une véritable imposture, surtout à titre posthume.

Avant que les historiens n’entreprennent ce que l’avenir retiendra de lui, ceux qui ont vécu avec lui ont le devoir d’apporter leur témoignage pour éclairer le débat.

Il est vraiment regrettable que ses compagnons n’aient pas laissé d’écrits. Des personnes comme El Hadj Mamadou Fofana, Keita Fodéba, Dr. Accar Roger, etc. auraient pu faire connaître le personnage sous tous ses angles. Malheureusement, ils ont préféré se taire malgré tout ce qu’ils savaient.

[Note. — Fodéba n’en a pas eu le temps matériel. Il en savait énormément des secrets et des faits. Mais il fut fusillé à l’âge de 48 ans. Elhadj Fofana, quant à lui, s’emmura dans un silence obstiné. En 2001 je demandai à Bakary Keita, frère cadet de Fodéba Keita et voisin d’Elhadj Fofana à Landréah (Conakry), de faciliter un rendez-vous pour moi avec l’ancien collaborateur, soutien financier de Sékou Touré et survivant du Camp Boiro. Il me répondit que cela ne valait pas la peine, car Elhadj ne dirait rien. Quant à Dr. Accar, il aurait dû prendre la plume à retour d’exil. Hélas ! Il confia tout de même des bribes à André Lewin, auquel il  révéla comment il échappa de justesse au tueur à gages que Sékou Touré dépêcha pour l’éliminer en France. — Tierno S. Bah]

IV. La stratégie de violence chez Sékou Touré

Ceux qui ont vécu avec Sékou Touré, l’ont toujours décrit comme un homme violent, brutal, rancunier et méchant. C’est le cas, par exemple, de Sangaré Toumany ou de Camara Damantang.
Déjà à l’école primaire il s’est singularisé en organisant des groupes qui s’attaquaient aux maîtres jusqu’à ce qu’il soit licencié.
Il a été récupéré de justesse par M. Fodé Maréga, son parent Sarakollé, qui lui a permis au moins d’aller à l’Ecole d’apprentissage de Georges Poiret. (Section Menuiserie).

[Note. — Lire à ce sujet le témoignage de Hadja Maimouna Bâ, soeur cadette de Bâ Mamadou et veuve de Dr. Bocar Maréga. — T. S. Bah]

Aux PTT où il fut affecté, il n’a cessé de pousser les ouvriers contre les patrons et de prôner des grèves et des bagarres sauvages quand les syndicats n’étaient pas encore organisés.
Quand il a pu rentrer au chemin de fer par le syndicat, il n’a cessé de fomenter des révoltes jusqu’à ce qu’il réussisse à organiser la fameuse grève de 1947.
A partir de ce moment, il a été remarqué par la CGT qui l’a pris en main, ayant découvert en lui un manipulateur des foules.
La CGT lui a assuré un minimum de formation et en a fait un syndicaliste professionnel, ce qui correspondait parfaitement à ses souhaits et le fera connaître dans toute l’AOF. Son caractère de syndicaliste professionnel ne l’a jamais quitté même quand il a eu le pouvoir. ; il n’a jamais eu pour objectif de construire le pays et ne s’intéressait nullement au développement et à la pauvreté des citoyens.

Une seule chose l’intéressait ; son pouvoir absolu sans partage.

[Note. — Lire Dr. Charles Diané, Sékou Touré et son régime. — T.S. Bah]

Il ne fait pas partie des fondateurs du PDG/RDA et ne s’intéressait en premier temps qu’au syndicat USTG (Union des Syndicats des Travailleurs de Guinée)

[Note. — Sékou Touré ne fit pas partie du goupe initial chargé de rédiger le Mémorandum préparatoire du Congrès de Bamaka, qui créa, en octobre 1946, le Rassemblement démocratique africain. Mais Sékou Touré participa effectivement aux assises de Bamako en tant que membre de la délégation de l’Union du Manding. Le Fuuta-Jalon fut representé par les membres de l’Amicale Gilbert Vieillard. Par la suite Sékou Touré occupa un rang secondaire dans la direction du PDG, la section guinéenne du RDA. Il se plaçait derrière les cadres moyens diplômés de l’Ecole normale William Ponty (Sénégal) ; spécifiquement le triumvirat Madeira Keita-Amara Soumah-Saifoulaye Diallo. Sékou Touré n’avait que le certificat d’études primaires. Il dut manoeuvrer pour émerger comme le leader du parti à partir de 1951.
Voir la composition du Comité directeur du PDG-RDA en 1947 et en 1948. — Tierno S. Bah]

Quand le RDA rompit son alliance avec le Parti communiste, on lui demanda de créer un syndicat africain pour rompre avec la CGT. Il créa avec d’autres syndicalistes, la CGTA.

Quand il prit le Secrétariat Général du PDG en 1951, après le départ des premiers dirigeants affectés par le pouvoir colonial, il commencera tout de suite à former des loubards qu’il contrôlait comme une milice.
Pendant cette période (1954-1956), tous les moyens étaient bons (bastonnades, incendies de cases et de maisons, provocations, intimidations, bagarres, grèves du lit par les épouses, etc.) pour se débarrasser de ceux qui essayaient de lui résister ou limiter son pouvoir. La violence a toujours été au cœur de la stratégie de conquête du pouvoir par Sékou Touré.
Cela aboutit aux émeutes de 1953, 1954 où, grâce à ses hommes de main dirigés par Momo Joe, Momo Koulikandji et des jeunes dévoués, pendant lesquelles il put liquider des centaines de Guinéens qui ne voulaient pas adhérer au PDG.

Des hommes comme David Soumah, Sadou Bobo etc… durent s’exiler à Dakar.

L’administration coloniale, pour le calmer et le contrôler le fit élire (par un trucage honteux, contre un autre Guinéen très populaire) Conseiller territorial de Beyla (1951).
A partir de ce moment, il prit de l’assurance et s’attaqua à tous ceux qui lui résistaient à Conakry jusqu’à ce qu’il devienne Maire de Conakry (1955).
C’est à ce moment que le Haut Commissaire de l’AOF décide de le prendre en main pour en faire un Député à l’Assemblée Nationale Française.
Lorsqu’il fut nommé Vice Président du Conseil du Territoire de la Guinée française (1956), son premier objectif fut de liquider la chefferie coutumière de cantons afin de n’avoir aucune structure pouvant s’opposer à son pouvoir. En effet, pendant son ascension, les chefs de cantons l’avaient méprisé, lui mettaient les bâtons dans les roues et ne lui permettaient pas de réunir les foules pour les haranguer.

Le gouverneur Ramadier lui facilita la tâche et lui permit de supprimer la chefferie de cantons.

Libéré de ceux-là, il entreprit alors de faire du nettoyage ethnique à Conakry en 1956,1957 et 1958 pour chasser les Peuls de Conakry et effrayer les Malinkés en prenant appui sur les Soussous qu’il avait réussi à embrigader totalement.

Voici comment en 1958 il avait un contrôle total sur le Parti et les populations du pays malgré l’existence d’autres Partis : BAG de Barry Diawadou et PSG de Barry III regroupés au sein du PRA.

A maintes reprises, le Procureur Général a menacé de le traduire en justice mais il était Député et avait l’immunité parlementaire qui le protégeait.

En réalité la stratégie de Sékou Touré pour la conquête du pouvoir a toujours été de recourir à la violence par l’intermédiaire de loubards préparés et encadrés pour régler les comptes de ceux qui s’opposaient à lui.

Cependant, cette stratégie n’était pas approuvée par la Direction générale du RDA.
La portée politique de ce qui se jouait en Guinée n’avait pas échappé non plus aux dirigeants du RDA à l’échelle de l’Afrique.
Le responsable politique du Comité de coordination, Ouezzin Coulibaly, se rendit en Guinée. Sa venue et les instructions en sept points qu’il adressa le 12-2-55 aux responsables du PDG, constituèrent un véritable cran d’arrêt…provisoire. Citation :

« Le RDA a un organisme directeur…auquel tous les adhérents doivent obéissance. Le RDA est un parti de gouvernement…Il tient donc avant tout au respect de la légalité républicaine et à l’ordre…Ses responsables doivent enseigner… que la possession d’une carte RDA ne confère à personne le droit de se soustraire à la légalité…Le RDA est loin d’être un parti d’agitation… Le RDA interdit toutes les manifestations à caractère fasciste, telle la création de groupes de choc des dénommés commissaires et gendarmes avec port de brassards et galons sur la voie publique…Il doit enseigner le respect de la liberté aux citoyens…Personne n’a le droit de se rendre justice… »

Sékou Touré dût, de plus ou moins bon gré, s’incliner et répercuter ces instructions dans un communiqué du bureau exécutif du PDG. Il y était affirmé « avec vigueur que le programme du RDA ne peut comporter rien de subversif et que ses activités ne peuvent tendre à provoquer du désordre ou des incidents. Ce ne fut qu’un court répit avant de reprendre sa stratégie de violence.

V. Sékou Touré le raciste, xénophobe et génocidaire

Une autre facette de la personnalité de Sékou Touré ne doit pas être négligée. En effet, on peut facilement condamner Sékou Touré pour :

  • Propos et attitudes racistes contre les Peuls
  • Xénophobie dans ses discours
  • Incitation au génocide et à la haine raciale notamment contre les Peuls.

On peut se référer à ses discours des 9 août et 28 août 1976 qui ont été publiés dans Horoya le quotidien du PDG.
De plus, il y a de nombreux cadres peulhs qui ont dû écrire pour « regretter leur foulanité» et se mettre à la disposition du Responsable Suprême de la révolution ;
D’autre part, les étudiants peulhs à qui on a officiellement refusé des bourses à l’extérieur peuvent aussi témoigner. On peut donc constituer un bon dossier d’instruction judiciaire.
Quand un Président déclare que 40 % de ses citoyens sont des traîtres et des étrangers, il doit être dénoncé comme un criminel qui est contre l’unité nationale.
Quand le même Président se permet de dire officiellement qu’il supprime les bourses de ses citoyens, il doit être sanctionné.
Quand il condamne les enfants et les veuves de ceux qu’il a exécutés, cela est impardonnable et inacceptable.

5. Sékou Touré et la violence officielle après l’indépendance

Ayant obtenu le pouvoir total (Président de la République, président du Parti) devenu omnipotent et omniprésent, Sékou Touré a réussi à neutraliser tous ceux qui peuvent s’opposer à lui ; il s’organise pour constituer un Etat totalitaire (Parti Etat) sur le modèle des pays de l’est à qui il demande une assistance technique (notamment la Tchécoslovaquie où le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité était un ami de Kéita Fodéba pendant qu’ils étaient en France). Commence alors la période de complots :

Une quinzaine de complots ont été recensés, dénoncés de 1958 à 1984 avec toujours le même scénario.

  1. On prend prétexte d’un événement que Sékou Touré monte en épingle dans ses discours fleuves.
  2. On procède à des arrestations massives de nuit avec un grand déploiement de militaires
  3. On fait avouer les coupables sous les tortures qui s’accusent de tous les maux et se déclare agent Français, Américains et Allemands en même temps.
  4. On condamne par le tribunal révolutionnaire et on exécute les sentences.

VI – Sékou Touré le « Héros de l’indépendance »

Aboubacar Somparé, le Président de l’Assemblée Nationale a déclaré en 2007 :

« Quelle que soit la volonté affichée d’occulter le rôle éminent joué par les compagnons de notre indépendance, on ne saurait par exemple, sans une forte dose de mauvaise foi, parler de l’OUA sans mentionner feu le Président Ahmed Sékou Touré et le rôle qu’il a joué dans la libération de la Guinée et dans l’émancipation des peuples africains. »

Il ne faut pas oublier qu’il était Ambassadeur de Sékou Touré à Paris. Comme l’a dit Djibril Tamsir Niane :

« Sékou Touré a conduit la Guinée à l’indépendance, il a réhabilité l’homme noir et la culture africaine, a donné une audience internationale à un pays dont ni la superficie ni la population ne sont significatives. Mais ce bénéfice extraordinaire justifie-t-il l’existence du Camp Boiro et d’autres prisons antichambres de la mort ? »

  • Peut-on parler de l’OUA et de l’audience internationale de la Guinée sans parler de Diallo Telli, Premier Ambassadeur de la Guinée aux Nations Unies et aux USA, Premier Secrétaire Général de l’OUA ?
  • Peut-on parler de la réhabilitation de la culture africaine sans mentionner Kéita Fodéba ?
  • Peut-on parler du vote du 28 Septembre 1958 sans mentionner le rôle de Barry Diawadou, Barry III, Kéita Koumandian et bien d’autres ?
  • Peut-on parler de l’indépendance de la Guinée sans chercher à savoir ce que sont devenus les responsables politiques de cette indépendance ?
  • Peut-on ignorer le fait que tous les compagnons de l’indépendance ont été exécutés par Sékou Touré sauf ses parents et ceux de sa femme ?
  • Va-t-on tourner la page de tous les crimes commis sans lire cette page ?

Jusqu’au Congrès tenu au cinéma Vox le 14 Septembre 1958, Sékou Touré hésitait entre indépendance et communauté franco-africaine chère à Houphouet. Il a fallu une énorme pression interne et externe pour qu’il optât pour le NON au référendum.

Certains ont essayé de nous faire croire que Sékou Touré n’était pas au courant de ce qui se passait au Camp Boiro et qu’il s’agissait d’une opération montée par Ismaël Touré et ses compagnons.
Heureusement, Alsény Réné Gomez et l’Ambassadeur André Lewin ont montré que Sékou Touré était bien au courant et que c’est lui qui organisait toutes les opérations et on lui rendait compte régulièrement.
Sékou Touré s’adressait par téléphone ou par note à des détenus en interrogation pour leur demander d’aider la révolution en avouant leur complot.

Les Maliens qui sont les organisateurs du fameux symposium sur la vie et les œuvres du Président Sékou Touré se gardent bien de parler du Camp Boiro, de Madeira Kéita et autres prédécesseurs de Sékou Touré.

Ils oublient de parler de Modibo Kéita qui est le père de l’indépendance du Mali et qui a lâchement été assassiné par Moussa Traoré à qui ils ne semblent rien reprocher.

[Note. — Modibo Keita fut le premier à commettre le crime de sang en 1964. Il fit assassiner Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko à la Prison de Kidal. C’est là qu’il finit ses jours. Les autorités maliennes l’ont désormais réhabilité. Mais elles piétinent la mémoire des martyres et des victimes du premier président du Mali. Lire “In Memoriam Fily Dabo Cissoko (1900-1964)” et “Le bâton et le caïman, ou Fily Dabo Sissoko et la France.”— Tierno S. Bah]

S’ils se présentent en Guinée, ce sera une provocation que les victimes du Camp Boiro ne laisseront pas passer sans réagir.
Il faut être de mauvaise foi pour refuser de voir la réalité en face et ne pas interroger les Samba Lamine, Koniba Pleah, Madeira Kéita, etc. sur leur vie en Guinée au sein du PDG.

VII – La responsabilité de Sékou Touré dans les tueries

Sékou Touré s’est fait appelé Responsable Suprême de la Révolution par une résolution du 8ème Congrès en 1968 lue par Mamady Kéita. De ce fait, il doit endosser la responsabilité des crimes, des tortures, des massacres et des assassinats commis en son nom par ceux qu’il a nommé au Comité révolutionnaire et au tribunal révolutionnaire.

A notre avis, ce problème ne mérite aucune contestation et il nous semble inutile de discuter sur les causes de dérapages (marabouts, fétichistes, mégalomanes).

Certains ont essayé de faire croire qu’il était malade et rongé par la syphilis ou traqué par Foccart et les espions français de la DST.

[Note. — Lire  André Lewin, “Sékou Touré : la mort américaine.” — Tierno S. Bah]

Tout cela ne peut expliquer ce qu’il a fait , les crimes qu’il a commis, le retard du pays et la disparition de l’élite guinéenne.
D’autre part, ce n’est pas parce que quelqu’un a été le Père de l’indépendance qu’il peut se permettre d’avoir droit de vie et de mort sur les citoyens.
Le système colonial avait certainement des côtés positifs mais cela ne nous a pas empêché de voter Non le 28 Septembre 1958, tout en choisissant la pauvreté.
L’Apartheid a transformé l’Afrique du Sud en un Etat développé, prospère (par/pour les blancs) avec des infrastructures modernes et des entreprises puissantes, etc. Ce n’est pas une raison pour que les Noirs fassent son apologie et considèrent le raciste Vorster comme un Héros national qu’il faut glorifier.
Ce n’est pas parce que Hitler a modernisé, unifié et bâti un réseau routier extraordinaire pour l’époque, créé des entreprises et des industries puissantes (complexe économico-militaire) qu’il faut éviter de le condamner avec le Nazisme qui a fait trop de mal.
Ce n’est pas parce que Pétain, le héros de la grande guerre 1914/18, bien qu’ayant été élevé à la dignité de Maréchal, sacré comme un Héros, que cela l’a empêché d’être jugé et condamné comme un traître en 1945.
Les exemples sont nombreux qui montrent qu’un homme d’Etat doit être jugé dans tous ses actes et s’il commet des fautes et des crimes, il doit être sanctionné sans aucune circonstance atténuante, malgré son passé glorieux.

VIII. — Conclusion

Nous invitons les responsables du cinquantenaire à revoir leur programme pour ne pas créer des problèmes qui vont diviser le pays. Ils doivent plutôt veiller à rechercher la réconciliation nationale à travers le processus, vérité, pardon, réconciliation, réhabilitation, condamnation et réparation des préjudices subis.

Dans ces conditions, on pourra tourner la page et se consacrer enfin au développement politique, économique et social du pays dans l’unité, la paix, la justice et la solidarité.

El Hadj Bâ Mamadou
Conakry, le 26 mars 2008