Les démons du PDG

Créés par le PDG depuis l’accession à l’indépendance, les démons de la persécution poursuivent les guinéens dans leur vie de tous les jours.

Ces démons ont été à la base de la disparition d’une partie inestimable de l’élite de ce pays à travers des complots aussi imaginaires qu’aberrants dans une totale indifférence du citoyen normal et même du cadre normal. Avec pour simple excuses des expressions comme : “Si on l’a arrêté, c’est parce qu’il a quelque chose à se reprocher.”

A l’avènement du 3 Avril 1984, un groupe de militaires, transportés par l’euphorie de la prise de pouvoir avait dit : “Plus jamais ça !” sans vraiment mesurer la portée de cette expression.

Cette expression a tout simplement été foulée au pieds dès juillet de l’année suivante avec le “complot” de Diarra Traoré. Dès cet instant, les vieux démons qui avaient rongé la Guinée pendant 26 ans durant avaient juste pris une année de pause afin de mieux rebondir.

Depuis donc cette période de Juillet 1985, l’acharnement du pouvoir envers tout citoyen qu’il juge, à tort ou à raison, représenter une menace pour son exercice, est devenu de plus en plus ancré dans les moeurs a tels point que faire aujourd’hui de la prison en Guinée pour un oui ou pour un non est devenu monnaie courante dans la complaisance le plus totale, du moins, dans l’indifférence la plus absurde.

Les démons Post PDG

Pour les besoins de cette analyse, limitons les manquements au respect des droits de la personne aux hommes et femmes politiques disons depuis l’avènement du multipartisme intégral.

Depuis donc le début des années 1990, nous assistons aux alentours de chaque échéance électorale, avec plus ou moins de tacte, à des acharnements, persécutions et provocations du pouvoir sur les acteurs politiques et particulièrement les leaders. Ces séries d’attaques ont eu pour victimes Bah Oury, Bâ Mamadou, Condé Alpha, Cross Marcel, Doré Jean-Marie et aujourd’hui Touré Sidya.

Mais, actualité oblige, permettez-moi de m’attarder un tout petit peu sur le cas Sidya Touré. L’acharnement sur cet homme est moins dû à son influence politique qu’au fait que le Général Président n’a jamais accepté/digéré l’idée que “son” Premier Ministre se retourne un jour contre lui.

Et, on n’a pas besoin d’avoir des dons pour comprendre que cet acharnement ne cessera que lorsque Sidya, à l’instar de Facinet Touré, rentrera dans les rangs. Il est même à envisager que son intégrité physique soit menacée.

Il y a donc deux solutions pour Sidya:

  • Rentrer complètement dans les rangs en faisant de l’UFR un parti satellite du PUP et attendre tranquillement la disgrâce du Général Président
  • Continuer à jouer son rôle d’opposant dans l’aile dure de l’opposition guinéenne au risque que ce pouvoir le liquide politiquement ou porter tout simplement atteinte à son intègrité physique.

L’indifférence la plus totale

Une des interrogations les plus importantes à mes yeux est cette passivité dans laquelle tous les acteurs concernés se trouvent. Passivité qui vient peut-être de la peur du PDG. Mais ce raisonnement ne tient pas quand on considère que le guinéen aujourd’hui, pour règler ses problèmes personnels, est prêt à tout risquer y compris sa propre vie.

Peut-être devrons-nous chercher plus en profondeur du côté du degré d’identification du citoyen à son leader. Pouvons nous dire que c’est parce que le citoyen normal pense, au plus profond de son être, que son leader ne cherche le pouvoir que pour son bien à lui-même et non pour pouvoir règler les problèmes de tous les guinéens ?

Cette passivité est aussi valable pour les journalistes, l’ensemble de la classe politique, la société civile, la Ligue des Droits de l’Hommes ainsi que les députés de l’Assemblée Nationale. Ces cadres qui sont supposés être la tête pensante du pays afin d’éviter les dérives que nous vivons actuellement. Ces journalistes qui ont pour rôle d’éveiller les consciences en toute objectivité, ne savent même plus ou n’ont jamais su ce qu’est le vrai journalisme.

En fin de compte on se demande tout simplement si nous ne méritons pas ce qui nous arrive.

Un dossier vide

L’idée de perpétuel recommencement vient certainement de cette réalité qui veut qu’à chaque affaire, depuis les temps du PDG et ses complots imaginaires, tous les dossiers politico judiciaires sont cousus de fils blancs. Tout le monde le sait. Tout le monde en a la conviction, mais personne ne réagit de façon ouverte et spontanée. Est-ce parce que les gens ont peur des retombées ou tout simplement parce que personne ne s’intéresse réellement au sort des autres ?

Pour parler de faits plus récents, Bâ Mamadou fut arrêté en 1998 sous de fausses accusations d’incitation à la haine et à la violence à la suite des évènements de Kaporo-Rails. Pendant deux  mois, le pouvoir a cherché, inlassablement, avec l’aide de certains cadres, — toujours ces cadres — comme Boubacar Yassine Diallo, qui convoitait, de la façon la plus acharnée, le poste de ministre de l’Information, à remplir, coûte que coûte et avec toutes les peines du monde, et en vain, un dossier désespérément vide.

Malgré le caractère insensé de l’accusation, Bâ Mamadou atout de même passé deux mois de sa vie en prison pour aucune autre raison que le bon vouloir du pouvoir, et donc du Général-Président.

Un dossier tout aussi vide a été constaté lors de l’arrestation de Condé Alpha, en Décembre 1998, sous le chef d’accusation de tentative de déstabilisation avec utilisation de mercenaires. Là encore, malgré toutes les tractations et surtout malgré la profonde conviction de tout citoyen de la légèreté de ce dossier, Alpha Condé a passé deux ans de sa vie en prison sans aucune raison valable.

Un peu plus près de nous, de manière de plus en plus arrogante et désinvolte, sans aucune considération pour la personne humaine, ni encore moins pour l’Institution qu’il représente, Jean-Marie Doré a été interpellé à sa sortie d’un restaurant pour un séjour, certes bref, mais tout aussi significatif de la perception des autorités des notions les plus élémentaires de Droit et de Justice. La raison de cette interpellation est aussi ridicule que stupide et qui s’interprète comme tenir des propos outrageants envers le chef de l’Etat. Un dossier encore plus vide que les précédents et qui, par chance pour l’homme politique, n’a pas prie une tournure plus dramatique.

Nul n’a besoin de souligner que ces trois leaders, tous députés à l’Assemblée Nationale au moment des faits, ont fait l’objet de poursuites judiciaires sans que jamais les autorités ne prennent la peine de demander à l’Assemblée Nationale de lever leur immunité parlementaire. Bien évidemment, la passivité, voire la complicité des Présidents en exercices au moment des faits, a largement contribué à l’acharnement de ce pouvoir qui ne voit en cette Institution qu’une caisse de résonance.

C’est avec donc un sentiment d’amertume et de profonde indignation que j’ai lu sur  Boubah.com, une interview de Touré Sidya, ainsi qu’un de ces avocats qui se plaisent naïvement à dire que le pouvoir est à bout de souffle, que le leader de l’UFR est serein et que, encore une fois, le dossier est vide. Il arrive même que Sidya ironise sur le fait que des cadres de la police sortes régulièrement, durant l’interrogatoire, pour aller prendre consigne. Mais c’est exactement de cette manière que les membres du Comité Révolutionnaire prenaient leurs consignes auprès du guide suprême de la nation afin d’exécuter des fils de ce pays qui avaient soigneusement été identifiés pour la cause.

Mes chers compatriotes, il est venu le moment de se lever et de se mobiliser pour faire en sorte que les dossiers vides ne mènent plus à des condamnations nettement plus lourdes que les faits reprochés. Il y va de l’avenir, de la crédibilité et de l’efficacité de notre système judiciaire qui se doit équitable.

Le silence des chefs de Gouvernements

Un dicton bien connu dit que : « Quand la case de ton voisin prend feu, en lui apportant ton aide, viens avec un seau d’eau et non avec un bidon d’essence, parce que nul ne pourrait contrôler la direction du vent. »

Lors des arrestations de Bâ Mamadou et de Condé Alpha, on se souvient que c’est Touré Sidya qui était, à l’époque, le chef du Gouvernement. A cette période, le Premier Ministre, naïvement encore une fois, ne s’intéressait, comme il aimait à le dire, qu’à l’aspect économique de sa mission. Comme si, dans l’environnement de la Guinée, un Premier Ministre pouvait distinguer et faire ainsi la part des choses entre l’aspect politique et celui économique de son poste. Mais, malgré ces affirmations et sa vision essentiellement économique de son poste, Sidya n’a pas hésité à faire campagne pour le Général Président en 1998 allant jusqu’à dire tout haut et tout fort : « Lansana Conté, ton pieds, mon pieds. »
En demandant au peuple de Guinée de voter pour le Général Président parce que c’est le meilleur choix du pays.

C’est à croire qu’un homme, une fois au pouvoir, est persuadé d’y rester pour l’éternité.

Pour ce qui est de Doré Jean-Marie, c’est Sidimé Lamine qui était le chef du Gouvernement et, à l’image de son prédécesseur, aucune réaction de sa part n’a été enregistrée au cours de cette affaire, non pas parce que trop occupé à régler les problèmes économiques du pays, mais surtout pour cause d’une absence totale.

Aujourd’hui que les persécutions et acharnements du pouvoir se tournent vers Touré Sidya, serait quand même aberrant de s’attendre à une quelconque réaction, opposition ouverte de l’actuel Premier Ministre. J’espère tout de même que lui aussi ne pense pas simplement s’occuper de l’aspect économique de sa mission car, encore une fois, c’est les dérives politiques qui entraînent l’isolement économique. Je pense que Touré Sidya l’a enfin compris une bonne fois pour toute.

La morale de cette réflexion est que quand on est au pouvoir, il ne faut jamais se considérer éternellement hors de toute atteinte et par conséquent garder à l’esprit que les malheurs n’arrivent qu’aux autres.

Un homme, peu importe ses convictions politiques, ses aspirations et ses ambitions, doit, à quelque niveau de l’échelle sociale ou professionnelle ou politique que ce soit, observer un minimum de sens de la responsabilité et de la mesure afin de s’assurer, autour de lui et dans le plus petit détail de ses comportement, que le respect des droits les plus fondamentaux d’un être humain soient l’essence même du mode de vie de notre société.

Conclusion

Pendant qu’une bonne partie de nos populations en général et de Conakry en particulier cherchent désespérément un sac de riz pour se nourrir sur une base quotidienne, la classe politique, toutes tendances confondues, se livre à des analyses simplistes de complots et de faux complots dont la focalisation nous éloignent de plus en plus des dures réalités substantielles que vivent les guinéens au quotidien dans l’indifférence la plus totale de no dirigeants.

Que Dieu nous débarrasse donc enfin de ces médiocres irresponsables qui ont gouverné, pendant près d’un demi-siècle, qui continuent à gouverner ou qui veulent prendre le destin de ce pays pour que naisse une nouvelle façon de faire de la politique pour le plus grands bien de nos populations.

Mamadou Barry
Analyste Financier