Vie et mort de Lansana Béavogui

Louis Lansana Béavogui
Louis Lansana Béavogui (1923-1985)

Le 4 septembre 2008, sous le titre « J’assume les mesures caustiques que je dois prendre » Mme la ministre de la Santé, accordait une entrevue à  Guineenews. Le propos était apparemment de présenter ce membre du nouveau gouvernement de Ahmed Tidiane Souaré aux lecteurs du site. La démarche était appréciable car elle mettait l’accent sur les innombrables problèmes de ce département ministériel, technique que social.

Malheureusement, l’entretien vira brièvement à la politique politicienne, perdant, du coup, en style et en substance.
En effet, conversant à bâtons rompus, le journaliste de Guinéenews se hasarda  :
— D’aucuns estiment que vous ne devriez pas accepter de côtoyer les bourreaux de votre défunt père, l’ancien Premier ministre Lansana Béavogui. Qu’en dites-vous ?
Et Mariame Béavogui de répondre :
— Moi, je privilégie mon devoir patriotique aux autres considérations. En acceptant d’entrer au gouvernement, mon ambition n’est ni matérielle ni financière. Je voudrais plutôt saisir cette opportunité pour poursuivre et pérenniser les œuvres salvatrices de mon feu père en faveur de la Guinée. Aussi, voudrais-je dire que le Président de la République n’a jamais manifesté une quelconque haine à l’endroit de notre famille. Il n’a jamais montré qu’il avait des problèmes particuliers avec mon père. Ce qui m’amène à supposer que ce sont les contraintes politiques circonstancielles qui ont entraîné l’exécution de mon père, sans qu’il ne soit personnellement ciblé par le Général Lansana Conté.
A tout cela, s’ajoute ma foi religieuse musulmane qui m’impose l’esprit du pardon. »

La question était à la fois irréfléchie, inexacte et provocatrice. Et il appartenait à l’interviewée, en sa qualité de ministre, de mûrir et de calibrer sa réponse au lieu de tomber dans le piège. Hélas ! sa réplique mordit à l’appât et avala même l’hameçon.
Compte tenu de ce qui précède, je voudrais évoquer ici la vie et la mort de Lansana Béavogui, le premier Premier ministre de Guinée (1978-1984)

Lansana Béavogui, premier Premier ministre

Madame la Ministre affirme qu’elle entend « … poursuivre et pérenniser les œuvres salvatrices de mon feu père en faveur de la Guinée. » Cette affirmation est absolument contradictoire et erronée.

Mais, seule sa fille peut parler des « œuvres salvatrices » de ce médecin colonial africain « en faveur de la Guinée. » En réalité, Béavogui ne réalisa aucune action positive, encore moins salvatrice durant sa longue carrière politique et gouvernementale.

Mariame Béavogui
Mariame Béavogui

Au contraire, son activité politique fut guidée par l’égocentrisme, la fidélité aveugle et passive et “la gratitude quasi filiale” à Sékou Touré, selon le mot d’André Lewin (Diallo Telli. Le destin tragique d’un grand Africain). Psychologue, celui-ci dépista tôt la personnalité maniable de Béa. Il le préférait nettement à Saifoulaye, qu’il perçut (justement) comme son antithèse et (injustement) comme un rival.
Après ses recherches de terrain, R.W. Johnson (The Le PDG and the Mamou deviation) rapporte comment  Sékou Touré voulut faire de Béa son premier co-listier aux élections législatives du 2 janvier 1956, reléguant Saifoulaye Diallo au troisième rang. Les cadres et militants du PDG s’y opposèrent et Sékou dut inverser l’ordre des noms pour inscrire celui de Saifoulaye en deuxième position. Les deux candidats furent élus. Avec Barry Diawadou, ils formèrent la délégation parlementaire de la Guinée française à l’Assemblée Nationale Française à Paris. Sékou Touré se retrouva minoritaire —malgré lui — face à deux Peuls, dans la délégation parlementaire au Palais Bourbon.
Mais Sékou ne renonça pas pour autant à Lansana Béavogui. Au contraire, il en fit son compagnon inséparable et le nomma membre à vie du Bureau politique national et des gouvernements successifs du régime. Béa poussa le zèle au-delà du rationnel. Ainsi, précise Almamy Fodé Sylla dans L’Itinéraire sanglant, « si Sékou a, 30 ans durant, choisi, adopté et gardé Béavogui Lansana comme fidèle compagnon, c’est parce qu’il le sait capable d’accepter de jouer n’importe quel rôle dans son théâtre infernal. » Ainsi Sylla révèle comment Sékou et Béa contraignirent Elhadj Sidiki, le père de Lansana Béavogui, à  égorger une victime au cours d’une cérémonie de sacrifice humain à la Présidence.
Béa fit partiellement les frais de son compagnonage et de la co-gestion chaotique des affaires d’Etat. En effet, Béa fut successivement arrêté alors qu’il faisait escale à Accra (1966) et à Abidjan (1967). C’était là une violation flagrante de l’immunité diplomatique. Mais les gouvernements ghanéen et ivorien entendaient ainsi faire pression sur la Guinée pour obtenir :

  • le retour des officiels ghanéens résidant en Guinée avec Nkrumah — contre leur gré, avançait Accra
  • la libération de François Kamano, un haut-fonctionnaire ivorien emprisonné par Sékou Touré.

Dans les deux cas, l’arrestation de Béavogui provoqua un incident diplomatique et une brève crise bi- et multilatérale. On peut lire par exemple les souvenirs de John H. Morrow  dans First American Ambassador to Guinea.

Réagissant impulsivement le 30 octobre 1966, Sékou Touré ordonna la mise en résidence surveillée de Robinson McIlvaine, l’ambassadeur des Etats-Unis nouvellement accrédité à Conakry …
En récompense pour son dévouement et ses mésaventures, Lansana Béavogui reçut carte blanche pour courir les femmes guinéennes. Il se constitua un harem. Son palmarès dans ce domaine ne le cède qu’à celui, encore plus chaud, de Sékou Touré. Béa poussa l’ardeur au-delà des limites. Le couple Nouhou Cissé-Mariama Sow en fit notamment les frais. Les ébats entre cette autre dame de Labé et le Premier ministre, avaient lieu en effet au domicile conjugal des Cissé, à Madina-cité, au su et a vu de tout Conakry. En retour, Nouhou Cissé fut nommé successivement à la tête d’une entreprise d’Etat (Guinéelec) et gouverneur de Forécariah, où je le trouvai en 1978, en ma qualité de délégué du ministère de l’Education pour la supervision du déroulement des épreuves du baccalauréat. Porteur des enveloppes scellées des sujets, j’étais secondé par Cheick Ahmadou Camara—ancien ministre des finances—, alors frais émoulu de l’Institut Polytechnique G.A. Nasser (l’actuelle ‘université’).

Deux poids, deux mesures

Lansana Béavogui fut un participant-témoin actif tous les faux complots inventés par le PDG.
Et le régime du père de Mariame Béavogui sévit particulièrement contre la famille maternelle de la ministre de la Santé. En effet sur la liste des victimes du Camp Boiro, on relève les deux oncles (Sow Mamadou Bobo dit Bob et Sow Mamadou Oury dit Jules), respectivement l’aîné (?) et le cadet de feue Kadidiatou Sow (la mère de la ministre) et Binta Sow, la tante cadette de Mariame Béavogui.

Directeur-adjoint de Syli-Cinéma était un encadreur de nos activités de membres du Cinéclub universitaire, de concert avec ses collègues cinéastes, Akin, Costadès, Gilbert Minot, Moussa Kémoko Diakité, Sékou Oumar Barry, Marlon Baldé, Abdoulaye Dabo, etc.  Je me rappelle notamment qu’il nous invita en 1969 à une séance de projection de Commando-52, un film documentaire que deux journalistes Est-Allemands —se faisant passer pour des Allemands de l’Ouest— avaient réalisé sur les derniers moments de Patrice Lumumba.
Bob Sow fut traitreusement assassiné le 24 novembre 1970 pendant qu’il filmait les dégâts matériels de l’attaque guinéo-portugaise au Camp Samori. Un soldat l’abattit à bout portant dans une rafale de balles explosives. Eviscéré par l’impact des projectiles, et dans un ultime réflexe de survie, Bob Sow prit ses boyaux dans ses mains avant de s’écrouler.
Nous l’enterrâmes le même jour au cimetière de Camayenne au crépuscule. Au moment de l’ensevelissement, Sow Jules détacha un morceau du linceul et le trempa dans ce qui restait de sang coagulé du cadavre recroquevillé de son aîné. Il plia soigneusement la relique et la mit en poche. Quelques mois plus tard, il fut arrêté et croupit pendant des années au Camp Boiro. Après sa libération il s’exila en France.

Mort de Lansana Béavogui

La ministre de la Santé affirme que « ce sont les contraintes politiques circonstancielles qui ont entraîné l’exécution de mon père, sans qu’il ne soit personnellement ciblé par le Général Lansana Conté.»
Correction. Lansana Béavogui ne fut pas exécuté. Il tomba malade et mourut au Camp Kemè Bouréma de Kindia. La radio officielle annonça le communiqué du décès de l’ancien médecin, tout en censurant son statut de dirigeant du PDG.  Cela dit, il est probable que le régime du CMRN ne considérait pas Lansana Béavogui comme un adversaire sérieux. L’ancien premier ministre avait été déjà rejeté par Andrée (pour son fils Mohamed) et Ismael Touré (à ses propres fins). Selon la rumeur publique, Ismael et Béa s’accrochèrent verbalement d’abord, avant d’en venir aux mains.

Dernier point et non le moindre

Nonobstant les précisions ci-dessus, je dois souligner que Mariame Béavogui est une ‘nièce’ au sens africain élargi du terme. Elle est la fille d’une sœur de mon voisinage de Ley-Saare, l’un des quartiers historiques de la ville de Labé ; les autres étant Dow-Saare, Tata, Daaka, Dombi, Boowunloko,Donhoraa, ParayaKonkoola, Kuroola, Puntyun.

Feue Hadja Salamata, la grand-mère maternelle de Mariame, était une amie intime de ma mère. Madame la ministre devrait promouvoir donc autant son éducation labéenne, sa sensibilité Pullo et de sa lignée paternelle Loma. De façon impartiale et équitable.
Dans les années 1990, Mariame reprit le bâton et s’engagea sur le chemin de son père en créant un parti politique.
Elle mérite aujourd’hui les félicitations pour avoir abandonné ce chemin ingrat en faveur d’une inlassable quête du savoir.

Tierno S. Bah

Equilibrisme inapproprié, ministère superflu

Bah Amadou Oury, vice-président de l'UFDG
Bah Amadou Oury, vice-président de l’UFDG

Parmi les nouvelles appellations et nominations du gouvernement de A. Tidiane Souaré, un portefeuille et son titulaire inspirent quelques remarques.

  1. Au nom d’une certaine conception du gouvernement d’union, on note l’entrée au gouvernement de plusieurs figures de ce qui tient lieu d’opposition politique en Guinée. Ainsi, Amadou Oury Bah, vice-président de l’UFDG et ancien collègue de feu Alfa Ibrâhîm Sow et de Bâ Mamadou, s’est vu attribuer le portefeuille de la Réconciliation Nationale, de la Solidarité et des Relations avec les Institutions. Le nom du ministère est long. Certes. Mais il cache mal la superfluité voire l’aberration même de sa création. Au fond, on a tout simplement cherché à noyer le poisson en associant autant de bénéficiaires à la distribution des postes ministériels. Au détriment de la recherche de solutions aux problèmes qui étouffent le pays.
  2. Au plan politique, le président de l’UFDG, Cellou Dalen, se débarasse adroitement d’un vice-président qui, en tant que co-fondateur du parti, a plus d’ancienneté à la tête de l’UFDG. Après la mise à la touche de Bâ Mamadou —devenu président d’honneur— l’ancien Premier ministre a désormais la voie libre pour diriger la maison à sa guise. C’est la victoire d’un Diallo sur deux Bah !
  3. L’invocation de la Réconciliation Nationale procède de la démagogie et du cynisme. Elle dénote une volonté délibérée et un plan machiavélique, visant à torpiller l’impérieuse quête de justice pour les crimes commis durant un demi-siècle de dictature (Sékou Touré) et de despotisme (Lansana Conté).
  4. Il est étrange qu’un intellectuel de l’opposition se prête à cet équilibrisme inapproprié, typique des épigones du PDG, dont M. Bah Oury ne fait pas partie. A la tête de ce ministère-bidon et mort-né, il a tout à perdre. Rien à gagner !

Tierno S. Bah

Anthropologie et Camp Boiro

Intitulé “Race, Ethnie, et problèmes actuels” (http://www.guineepress.info), l’article de Dr. Thierno Amadou Diallo embrasse plus qu’il ne peut étreindre. Il a voulu couvrir en un article trois sujets (race, ethnie, génocide) à dimension encyclopédique. Résultat : des trois objectifs visés, il n’atteint qu’un seul, celui concernant les violations des droits de l’homme en Guinée.

En effet, il pose de façon concrète et poignante la question du génocide que la Guinée endure depuis la proclamation de la république, le 2 octobre 1958.

Camp Boiro et singularité guinéenne

Il souligne notamment “la singularité guinéenne” caractérisée par le fait que “les crimes commis depuis notre “indépendance” n’ont toujours été ni qualifiés, ni dénoncés de façon officielle, et donc pas jugés.” Il dénonce également “les négationnistes [qui] mettent en doute […] l’usine à morts symbolisée par le Camp Boiro”.
En particulier, son analyse de “la problématique du pardon” est absolument correcte. Et elle vient à-propos pour contrecarrer la position erronée des “réconciliationnistes” qui cherchent à noyer le poisson en parlant d’une commission de réconciliation. En réalité, ce dont le pays a besoin, c’est une version guinéenne de la Cour internationale sur les violations des droits de l’homme et les crimes cycliques contre l’humanité perpétrés par les régimes de Sékou Touré et de Lansana Conté.

Généralisations abusives

Cela dit, en ce qui concerne la race et l’ethnie, le texte de Dr. Diallo multiplie les citations livresques malheureusement dépourvues de références bibliographiques.
L’article pose plusieurs généralisations sans les étayer. On y lit par exemple :

  • “La race est une fausse différenciation de sous-groupes humains.”
  • “L’ethnie est construction intellectuelle.”

S’appuyant sur une étymologie latine et une classification sommaire, le document n’explicite aucune des  formules ci-dessus.
Par ailleurs, Dr. Diallo se réfère au Pr Albert Jacquard et à Tahar Ben Jelloun. Toutefois, il ne fournit aucun détail sur ces deux personnalités. Il assume probablement que le lecteur le connait déjà. On relève également des clichés du genre “Un sociologue français nous apprend.” De telles formules affaiblissent le style et obscurcissent le contenu de l’effort de Dr. Diallo.

Au-delà de ces lacunes méthodologiques, j’objecte fondamentalement contre l’affirmation de Dr. Diallo sur l’ethnie, qu’il réduit à “une construction intellectuelle”. En réalité, l’ethnie est une réalité historique, sociale, culturelle et humaine, qui a survécu aux ères industrielle et postindustrielle en Europe même.
Je me contenterai ici de citer l’éclatement des Balkans en une multitude de républiques fondées sur le particularisme —voire le blanchiment— ethnique (Slovaquie, Tchéquie, Croatie, Monténégro, etc.) De facto, l’ethnie est une entité millénaire dotée d’attributs réels (langue, religion, rites de passage, économie, noms, arts, etc.)

Par ailleurs, l’article de Dr. Diallo proclame : “nous sommes tous des métis génétiques”. C’est peut-être là une vérité de La Palisse car tout dans la nature participe de la matière cosmique et de la génétique. Toutefois, ces généralités n’ôtent rien à la spécificité des populations, sous-populations, groupes, sous-groupes et individus de la Terre. Et ce principe s’applique aussi bien aux animaux (humains, primates, non-primates) aux plantes qu’à la matière inerte.

Finalement, Dr. Diallo nous apprend que “les Guinéens actuels ont tous un “background” mixé de peulh, kissi, malinké, soussou, toma, sans oublier l’apport plus récent mais tout aussi essentiel des guinéens d’origine libanaise, française.” (sic!)
Primo, la question se pose de savoir s’il existe des Guinéens d’origine française ?
Secundo, l’affirmation est gratuite et dénuée de fondement (sondages statistiques, études de terrain). .”

Cette affirmation aurait dû reposer sur des sondages statistiques et des études de terrain. Hélas ! Elle manque de support rationnel, et demeure donc gratuite et dénuée de fondement.
En réalité, les Guinéens —actuels ou passés— n’ont rien à gagner en devenant “tous mixés”. Au contraire, ils ont tout à perdre dans un tel processus, qui reste heureusement hypothétique et invraisemblable.
D’une part, les communautés libanaise et française de Guinée sont microscopiques et urbaines. Elles ne peuvent pas influencer les relations sociales et matrimoniales au point d’influencer la complexion génétique des populations ruales, qui forment la majorité du pays.

D’autre part, la diversité est une donnée de la nature et de l’histoire. Elle sert de rempart insurmontable contre la proposition de Dr. Diallo, qui est inacceptable parce que dépourvue d’arguments qualitatifs et de preuves  quantitatives.
A l’opposé donc, il faut admettre l’évident et conclure que la survie, la préservation et sa conservation de celle-ci dépend du support historique, culturel et artistique de l’ethnie.

Histoire, culture et arts

La Guinée est un conglomérat des ethno-nations ci-dessous, que la France coloniale rassembla —par la diplomatie et le canon— dans le même territoire du même nom entre 1880 et 1912 approximativement :

Baga Fulbhe Jakanke Jalunke
Kisi Konon Kpèlè Landuma
Loma Mandenka Mani (Benty) Manon
Mikhifore Nalu Oneyan (Basari) Pajad (Badiaranke)
Sose Torobbhe Unye (Koniagi)

En conclusion, exclure ou réduire le rôle de l’ethnie dans l’évolution de la société guinéenne relève de la fiction et non de la réalité.

Tierno S. Bah

Réponse à Mamadi Nabé. Première partie

Je commence ici la publication de ma réponse à l’article intitulé “Qui est qui en Guinée : le cas de Siradiou Bah”. Le texte fut publié dans La Nouvelle Tribune en 2003 par Dr. Mamadi Nabé (1941-2014), professeur à l’Université de Conakry. Nabé se proposait de défendre le soi-disant historien, en réalité archiviste Sidiki Kobélé Keita. Celui-ci est l’auteur d’un ouvrage superficiel, falsificateur et diffamatoire sur les complots montés de Sékou Touré. Le Lynx avait publié mes articles critiques et j’en eus des échos favorables.

Dr. Mamadi Nabé (1941-2014)
Dr. Mamadi Nabé (1941-2014)

Naturellement, les orphelins et apparatchiks du PDG s’en émurent et en l’occurrence, Mamadi Nabé  monta au créneau pour défendre leur cause bien perdue. Mais au lieu de s’en prendre à mon analyse, il choisit de s’attaquer à ma personne. En effet, Sékou Touré et ses adeptes ont toujours préféré s‘en prendre au messager plutôt qu’au message. Après avoir si longuement différé ma réaction, j’exerce finalement mon droit de réponse en passant au peigne fin un document qui est, avant tout, un assaut ad hominem délibéré et un tissu de mensonges. Mais, les paroles s’envolent, les écrits restent, et qui ne dit mot consent. Je mets donc fin à mon silence.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, le lecteur voudra bien se rapporter à ma réfutation de l’écrit de Lamine Diallo, juge de la Cour Suprême, visant à repêcher le même Kobélé et sa biographie bâclée et erronée de Saifoulaye Diallo.
En raison des amalgames et des contrevérités de Nabé, je développe mes réfutations en une vingtaine d’articles, publiés simultanément sur ce blog et sur le Camp Boiro Mémorial.
Chacune de ses mystifications principales sera mise en exergue et  abordée séparément. Et on peut lire parallèlement le texte intégral de l’article de Mamadi Nabé.

Patiente lecture donc.

En ce qui concerne Siradiou Bah, je disais, dès l’introduction que j’étais étonné et profondément choqué en lisant son article-fleuve “Pour une plume des vrais historiens”, article destiné à contester méthodiquement l’ouvrage de Sidiki Kobélé Keita tant sur le fond que sur la forme.

Exactement. Le mot-clé ici est l’adverbe méthodiquement. Je m’efforçai en effet de réfuter les points de vue erronés ou artificiels exprimés dans un livre prétendument d’histoire, mais qui n’était qu’une médiocre collection de préjudices et un répertoire de la propagande nocive du PDG. J’y étaie par des faits vérifiables et des citations soigneusement référencées. Je ne porte aucun jugement de valeur sur la moralité ou le parcours de Kobélé.

Mon propos pour l’heure n’est pas de discuter du contenu de cet article.

Cette phrase révèle la duplicité de Nabé, car il dit le contraire de ce qu’il fait plus loin dans le texte. De fait on verra que la promesse ci-dessus est gratuite et fausse. Nabé l’oublie et s’attaque maladroitement et vicieusement à un point du contenu de mes articles où je cite l’auto-désignation des Fulbe comme “peuple choisi”. Voir ultérieurement.

Mais je voudrais expliquer ici pourquoi mon étonnement et mon choc en parlant plutôt de la personnalité de Siradiou Bah, telle que je l’ai connue.

Moi, par contre, l’étonnement de Mamadi Nabé ne m’étonne pas du tout. J’y vois le conflit entre deux positions nettement marquées. D’une part, la perpétuation de la propagande du PDG, de l’autre, la documentation et l’analyse critique de la dictature de Sékou Touré.
Nabé et moi nous sommes connus de 1973 à 1982. Nous étions tous deux professeurs à l’Institut Polytechnique Gamal Abdel Nasser, devenu université. Il est naïf de conclure que ces rapports professionnels étaient fondés sur l’homogénéité d’expérience et l’identité de points de vue sur le régime. Mais dans la tête de Nabé les applaudissements et les  slogans flatteurs du premier président guinéen résonnent encore. Il porte toujours sa tenue blanche de jadis. Quant au bilan du régime révolutionnaire, il n’y voit que des aspects positifs. Nous sommes donc aux antipodes l’un de l’autre. Autant il persiste à vanter le régime “révolutionnaire”, autant je rejette profondément un système auquel je ne reconnais ni mérite ni circonstance atténuante. Si Nabé est choqué par mon approche et mes jugements, c’est qu’il refuse ou est incapable d’autocritique. Il n’a donc que lui-même à blâmer pour “l’étonnement” partisan, le “choc” surfait et la fidélité d’arrière-garde ; des attitudes contredites et trahies par le cynisme et le mensonge.
Face à la politique du PDG j’ai toujours réagi avec un scepticisme divergent. En récompense, la révolution me jeta deux fois, adolescent, en prison.
La première fois en 1963, au tendre âge de 13 ans alors que j’étais élève au Collègue Court de Labé. Je fus arrêté, emprisonné et malmené pendant 24 heures au Camp Elhadj Oumar Tall de Labé, par les parachutistes — devanciers des Bérets rouges actuels.
La  deuxième fois en 1970, en tant que membre du Conseil d’administration des étudiants de l’IPGAN, j’écopai quatre mois de prison aux Escaliers 32 du Camp Alfa Yaya.
Dernier point et non le moindre, en 1978, en tant que chef de groupe de la Commission nationale de censure cinématographique, je reçus un blâme radiodiffusé pour avoir autorisé le film Midnight Cowboy (avec Dustin Hoffman et John Voigt, le père d’Angelina Jolie). Le long-métrage avait été dénoncé par deux informateurs du PDG. Mes compagnons de punition étaient Bonata Dieng et feu Zainoul Sanoussi. Après explication directe avec Sékou Touré dans son bureau, il banalisa l’incident et nous encouragea à persévérer dans nos activités culturelles. J’y reviendrai.

Enfin, mes nombreuses objections et frictions avec le PDG, n’auraient pas dû surprendre Nabé. Car même après avoir assis son pouvoir absolu et meurtrier, le Responsable suprême de la révolution continuait d’étiqueter Labé comme “la gangrène” du Parti dans ses discours anti Peuls de 1976. Et Nabé sait pertinemment que mes souches familiales et culturelles plongent dans le milieu conservateur de Labé, qui a été profondément déstabilisé par les arrestations et les décimations du Camp Boiro.

Nombre de mes aînés, parents et alliés militèrent sincèrement dans les rangs du PDG pour contester et l’ordre traditionnel du Fuuta-Jalon, que la colonisation avait altéré sans pouvoir — ou vouloir — le démolir. Ils figurent parmi les pionniers de l’implantation du PDG-RDA à Labé et ailleurs en Moyenne-Guinée. Cependant ils vécurent assez longtemps pour regretter leur engagement au vu des dévastations du régime de Sékou Touré

A partir de 1970, le dictateur mit dans le même sac les compagnons et adversaires d’hier. Avec un rare acharnement contre Labé, il ordonna leur humiliation, emprisonnement, torture, pendaison ou fusillade, selon les cas. En voici une liste brève :

  • Saifoulaye Diallo (mon cousin et mon oncle)
  • Mamadou Labiko Diallo (père de Talibé et Abdoulaye Labiko, deux de mes camarades d’enfance et promotionnaires d’école)
  • Mamadou Samba Safé Barry (en mission culturelle en Haute-Guinée en 1972 avec feu Kémoko Camara, grand érudit du Mandé, je le trouvai à Kankan où il était gouverneur ; il me reprocha d’avoir choisi l’hôtel au lieu de sa résidence officielle, et me rappela que j’étais son petit-frère avant tout ; il disparu quelques mois après au Camp Boiro)
  • Thierno Mamadou Bah (mon oncle)
  • Jacques Demarchelier
  • Mamadou Libraire Bah (mon cousin)
  • Hady Baldé (mon oncle)
  • Fodé Saliou Kouyaté
  • Mamoudouba Kouyaté
  • Dabo Demba
  • Elhadj Amadou Lariya Diallo (un oncle)
  • Amadou Teliwel Diallo (époux d’une cousine)
  • Mariama Poréko Bah (ma cousine, fille de Thierno Mamadou Bah)
  • Dienabou Bobo Diallo, (ma cousine), etc.

Ceux qui échappèrent à la répression ne furent pas pour autant à l’abri des persécutions. En 1980, mon oncle maternel Elhadj Tierno Abdourahmane fut lui-même ciblé par les délateurs du PDG. Sous sa dictée, j’écrivis une lettre au président Sékou Touré. Le document retraçait le passé militant de l’érudit et rejetait les accusations portées contre lui.

Enfin, quelques mois avant sa mort en 2004, j’interviewais plusieurs fois Elhadj Mamadou Labiko Diallo à son domicile de Ley-Saare, à Labé ville. Ami d’enfance de Saifoulaye, il fut un promotionnaire de Sékou Touré à l’Ecole Camille Guy dans les années 1940. Nos conversations furent riches d’enseignements pour moi. Mais elles révélèrent aussi la peine d’un patriarche au soir de sa vie, ulcéré par le constat d’échec des projets et combats de sa génération.

(A suivre)

Tierno S. Bah

Maryse Condé, autrement antillaise

Maryse Condé
Maryse Condé

En marge des courants de la négritude et de la créolité, Maryse Condé publie son seizième roman, Les Belles Ténébreuses, quête identitaire sur fond de fanatisme religieux. Retour sur le parcours d’une Guadeloupéenne qui s’est découverte en Afrique.

A 71 ans, Maryse Condé publie son seizième roman, Les Belles Ténébreuses, dans lequel elle raconte les aventures du métissage, quête identitaire sur fond de fanatisme religieux, de migration et de préjugés.

Kassem, métis antillo-roumain, aux allégeances nationales incertaines et à la sexualité imprécise, et Ramzi, un médecin musulman dont il devient l’assistant, sont entraînés dans le tourbillon d’un monde en devenir.
— Ce sont des êtres pluriels, cosmopolites. Je crois qu’on en a fini avec la race, la terre d’origine et l’identité unique. La jeunesse d’aujourd’hui est au confluent de plusieurs cultures, de plusieurs langues et influences. C’est cette diversité encore un peu chaotique qui nous définit, mieux que notre appartenance à tel ou tel pays , explique Maryse Condé, assise confortablement dans un fauteuil à bascule, à l’abri de la lumière du jour qui filtre par la porte entrebâillée de son pied-à-terre parisien, au coeur du quartier bourgeois du Marais. Son appartement se trouve au fond de la vaste cour pavée d’un hôtel particulier du XVIIe siècle, aux formes amples et austères.

Reconnue, admirée et célébrée sur trois continents (Afrique, Amérique et Europe) qu’elle a parcourus de long en large, Maryse Condé partage aujourd’hui sa vie entre Paris et les États-Unis, où elle a vécu et enseigné pendant une quinzaine d’années. Elle a notamment été professeur à la prestigieuse Columbia University à New York, où elle a créé le département des études françaises et francophones avant de prendre sa retraite anticipée en 2002 en raison de problèmes de santé.
On est loin de la Guadeloupe natale. Pendant longtemps, Maryse Condé est retournée régulièrement dans son île pour se reposer dans sa résidence de Montebello, dans le quartier sylvestre du Petit-Bourg.
Dernière-née, en 1937, d’une famille aisée (son père était banquier, sa mère institutrice) de Pointe-à-Pitre, la jeune Maryse a grandi dans la Guadeloupe des années 1950, entourée d’une fratrie nombreuse et turbulente. Devenue écrivaine, elle a raconté dans un émouvant récit de souvenirs, Le Coeu à rire et à pleurer, les heurs et malheurs de son enfance et de son adolescence, à l’ombre d’une mère aimante et énigmatique.

La future romancière quitte la Pointe à 16 ans pour suivre ses études en métropole. Alors qu’elle n’a pas encore 18 ans, elle apprend la mort de sa mère. Pour oublier sa douleur, la jeune orpheline se lance à corps perdu dans la touffeur de la vie parisienne. Premières amours, découverte de la poésie anglaise, effervescence de la décolonisation. En 1960, elle se marie à 23 ans avec un acteur guinéen, Mamadou Condé, et part s’installer en Afrique.

Au terme d’aventures personnelles tumultueuses, elle rentre en Guadeloupe dans les années 1980, au bras de son second mari, Richard Philcox. Mais l’absence d’une vie culturelle digne de ce nom et l’immobilisme politique conduisent la romancière à quitter définitivement son île en 2007.
— Il n’y a plus de créativité en Guadeloupe, explique-t-elle. Les gens sont laminés, écervelés par les feuilletons télé et les subsides versés par la France. Je n’avais plus ma place dans un univers pareil.

La vie de Maryse Condé est faite de ruptures. Avec ses proches, sa famille littéraire, les stéréotypes dans lesquels on a essayé de l’enfermer. Elle n’a jamais été un écrivain antillais comme les autres. Elle aime se définir comme une « outsider », « une Guadeloupéenne qui vit à New York, ne parle pas créole et n’aime pas le zouk ».

Antillaise, petite soeur de Fanon

Solitaire, affiliée à aucune idéologie identitaire, l’auteur de Ségou a creusé obstinément son sillon hors des sentiers battus, en marge des courants de la négritude, de l’« antillanité » et autres créolités. « La poésie de Césaire, avoue-t-elle, ne me révolutionna pas comme la prose transparente de Joseph Zobel. Je n’ai jamais pu adhérer aux thèses de la négritude. Sur cette question, j’étais plutôt une disciple de Frantz Fanon, qui disait que les Noirs ne sont nègres que lorsqu’ils sont saisis par le regard du Blanc. La couleur de la peau est un épiphénomène. Cela étant dit, j’ai toujours eu beaucoup d’admiration pour l’homme Césaire, pour son refus de l’oppression coloniale et pour sa lucidité. Il est celui qui a su dire non, et ce faisant il a ouvert une brèche dans laquelle nous nous sommes tous engouffrés. En ce sens, je me sens pleinement héritière de Césaire, tout en étant une petite soeur de Fanon. »

Pendant toutes ses années à Pointe-à-Pitre, ayant grandi dans un environnement très protégé, elle n’avait jamais ressenti le poids de la couleur de la peau. C’est en France qu’elle s’est découverte noire ! La quête identitaire l’a alors conduite en Afrique. En Côte d’Ivoire, en Guinée-Conakry, au Ghana, au Sénégal. Il fallait remonter les siècles, reconstituer l’itinéraire des ancêtres emmenés en esclavage, toucher du doigt le pays des origines.
Or « il n’y a pas d’ancêtre fondateur, il n’y a que le bateau négrier ». Plus dure encore fut la prise de conscience que, malgré sa peau noire, beaucoup de choses la séparaient des Africains.
Je ne partageais pas la même culture. Je ne parlais pas la même langue. Je ne mangeais pas les mêmes plats, n’écoutais pas la même musique, ne priais pas les mêmes dieux. Les différences culturelles étaient un mur plus infranchissable que les différences de race que j’avais pu connaître à Paris.
Elle rentre en France en 1973. Les douze années passées en Afrique furent « les plus difficiles de [son] existence », se lamente-t-elle, tout en reconnaissant que tout n’était pas négatif pour autant dans l’expérience africaine.

Exil africain

Aussi, lorsque dans les années 1970 elle se met à écrire, se tourne-t-elle vers l’Afrique pour y puiser le matériau de ses premiers romans, qui racontent sous le masque de la fiction sa propre recherche des ancêtres. Elle trouve surtout en Afrique l’inspiration pour les deux volumes de son roman historique, Ségou (1984-1985), lequel lui ouvre les portes de la notoriété. Pour l’universitaire Lilyan Kesteloot, l’effort d’information préliminaire que l’écriture de cette énorme fresque sur l’ancien empire du Mali a nécessité a aidé Maryse Condé à acquérir les clés qui lui avaient tant manqué pendant son exil africain.
— Ce détour par l’Histoire — et la recréation de cette Histoire par le roman — lui a donc permis, écrit Kesteloot, de relativiser à la fois le tragique du passé ancestral et les frustrations du contact personnel. A la recherche, vaine, d’une Afrique mère adoptive, elle substitue la connaissance, réelle, d’une Histoire collective qu’elle assume ; et ce fait la libère du même coup. Elle peut enfin aimer, oui, aimer, l’Afrique. Et la quitter.

Après Ségou, tout se passe en effet comme si Maryse Condé avait fini de payer sa dette intellectuelle à l’Afrique. L’imagination de la romancière quitte désormais les rivages du continent noir pour investir les Antilles et l’Amérique. C’est une nouvelle étape dans son écriture. Elle tente alors de cartographier l’identité antillaise dans son ici et maintenant. Et met en scène les tensions sociales à travers les sagas des grandes familles caribéennes (La Vie scélérate), évoque la résistance anti-impériale (Moi, Tituba, sorcière et La Migration des coeurs), élargit l’expérience antillaise en y faisant entrer celle d’une diaspora constamment confrontée à l’autre et appelée à se redéfinir (Desirada, Pays mêlé).

Les personnages de Maryse Condé sont souvent des femmes fragiles qui tentent inlassablement, à travers les vicissitudes de la vie et du monde, de prendre leur destin en main et d’affirmer leur liberté. Elles ont pour nom Tituba, Rosélie, Célanire ou encore Victoire, la grand-mère maternelle à laquelle la romancière a consacré un de ses récits les plus émouvants, à mi-chemin entre biographie et fiction, Victoire, les saveurs et les mots.
— Ma grand-mère était une cuisinière hors pair, servante chez des Békés, analphabète, mais déterminée à donner à sa fille les outils de l’instruction pour qu’elle puisse se battre à armes égales dans l’arène de la vie. Je ne l’ai pas connue. Et comme j’ai perdu ma mère très tôt, l’écriture de ce livre m’a permis de les connaître toutes les deux et de me connaître à travers elles. C’était une expérience merveilleuse car j’avais enfin l’impression de faire partie d’une famille, et, au-delà, d’une histoire, celle de la Guadeloupe et des Antilles.

Une histoire faite d’humiliations et de souffrances que Maryse Condé connaît bien. En tant que présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage, créé par Jacques Chirac, elle a tenté de soigner l’âme meurtrie de son peuple. A la suite de son rapport circonstancié sur l’enseignement dans les écoles de ce passé traumatisant, le 10 mai a été retenu comme journée de commémoration de l’esclavage, lequel a été institué comme crime contre l’humanité par la loi dite Taubira de 2001.

La romancière a aussi été tentée un temps d’influer sur la vie politique de son île en militant au sein du mouvement indépendantiste guadeloupéen. Elle s’est même présentée aux élections en tant que candidate de l’Union populaire pour la libération de la Guadeloupe. Elle n’a pas été élue, son parti a été balayé, mais la cause demeure.
— Pour moi, affirme-t-elle, l’indépendance de mon pays est un rêve auquel je ne renonce pas. » Sans pour autant adhérer à tous les diktats des indépendantistes, notamment à ceux concernant la langue. « On nous dit que le créole est notre langue maternelle, et le français la langue de la colonisation, qu’il faut rejeter. C’est trop simpliste. Pour moi, le français n’est plus une langue coloniale car je l’ai cannibalisée, réinterprétée avec mon histoire, mon ethnicité, mon vécu. D’ailleurs, je n’écris ni en français ni en créole, mais en Maryse Condé.

Tirthankar Chanda
Jeune Afrique