La solution Somparé existe-t-elle ?

Dans son numéro 2359, 26 mars—1er avril 2006, Jeune Afrique publie, sous la plume de André Payenne, un article intitulé “La solution Somparé”, qui tire à la fois du publi-reportage (infomercial) et de l’éditorial.

Je commente et analyse  ici ce texte.

Payenne écrit : « Aux termes de la Constitution, c’est le président de l’Assemblée nationale qui assure l’intérim du chef de l’État. Une
disposition qui est loin de faire l’unanimité. »

Commentaire 1. L’auteur de l’article omet de dégager les raisons de la contestation et du rejet de la Constitution actuelle. En effet trois amendements adoptés lors du referendum de 2001 altèrent profondément la loi fondamentale. D’une part, ces modifications perpétuent le pouvoir de Conté, et, en cas d’empêchement du chef de l’exécutif, elles désignent le président de l’Assemblée national pour assurer l’interim, d’autre part.

Payenne : Aujourd’hui, les spéculations sur la disparition de Conté fleurissent de plus belle. Aussi, contrairement à la fin de la Première République, les principaux leaders de l’opposition sont-ils aujourd’hui sur place. Ils espèrent profiter de l’atmosphère de fin de règne, et, dans la foulée de la grève générale de début mars, ont concocté un rapport issu d’une « Concertation nationale des forces vives ». Celle-ci ne les unit qu’en en apparence. En fait, elle les amène à se neutraliser les uns les autres. Élaboré au cours de ces dernières semaines, le schéma de l’opposition apparaît lui aussi comme une formule habile pour faire avancer les choses en donnant une place éminente à la société civile. Tous s’accordent sur une période de transition d’une durée maximale de dix-huit mois.

L’architecture présente une faille majeure : elle est contraire à la Loi fondamentale que les organisations internationales, européennes ou africaines considéreront comme la charte d’une succession qu’elles surveilleront et contrôleront avec vigilance.

Commentaire 2. La communauté internationale sera obligée de reconnaitre l’illégitimité des dispositions actuelles pour la succession de Conté. La Guinée devra imposer sa volonté de rompre profondément avec l’héritage empoisonné de Sékou Touré, perpétué par Lansana Conté et Aboubacar Somparé.

Payenne : La solution intérimaire prévue par la Constitution actuelle désigne clairement celui qui devra être investi de la responsabilité de préparer la prochaine élection présidentielle : El-Hadj Aboubacar Somparé, le président de l’Assemblée nationale depuis 2002. Du coup, c’est lui qui est devenu l’obstacle qu’il faut éliminer. Tous les arguments sont bons, y compris celui qui en fait un tortionnaire au Camp Boiro du temps de Sékou Touré ! C’est bien mal le connaître.

Commentaire 3. Si sa prétention est de présenter Somparé aux Guinéens, André Payenne tombe dans le ridicule. Car le président de l’Assemblée nationale est mieux connu à l’intérieur de la Guinée qu’à Paris. Nombre de Guinéens savent notamment que Somparé est l’adepte avoué et le pratiquant convaincu du cynisme, de la démagogie, et le continuateur farouche de l’idéologie pseudo-nationaliste et de la politique négative de Sékou Touré.

Payenne : Somparé, il est vrai, a commencé sa carrière du temps de Sékou. Après de brillantes études, le jeune universitaire hérite du poste de directeur régional de l’éducation à Labé.

Commentaire 4. Sékou Touré décida de parachuter et de planter Somparé à Labé 1974. Il avait trié sur le volet et choisi l’espion le plus vigilant dans une mission vitale de surveillance et de renseignement de la “métropole” Fulbe : une agglomération — ma ville natale — qui fut toujours la hantise, la bête noire et la “gangrène du PDG”, selon l’expression choisie de Sékou Touré. Mais quel rôle officieux joua-t-il ? Nul doute qu’il fut une source “fiable” de renseignements politico-policiers pour Sékou Touré. A Labé, Somparé prit vraisemblablement le relais du rôle de Emile Cissé, un autre fils spirituel de Sékou Touré. En 1968-69, celui-ci fut l’architecte de l’arrestation et de l’assassinat des parachutistes de Labé. Cette tragique purge devint le faux Complot Kaman-Fodéba, qui emporta également Barry Diawadou, père de l’indépendance guinéenne. Emile Cissé accomplit une mission dévastatrice à Labé, à Kankan et à Kindia. Mais il paya sa félonie et sa cruauté par la peine capitale. En effet, lâché par Sékou Touré dans les mains de ses pires ennemis : Ismael Touré, Toumany Sangaré, Siaka Touré, etc., Emile fut ignominieusement et impitoyablement liquidé par la diète noire au Camp Boiro. Venant après les purges meurtrières, l’effet Somparé reste encore ajourd’hui à découvrir. Avec comme prémisse la conviction qu’il y séjourna pour une mission secrète, sous la couverture officielle de la direction régionale de l’éducation.

Payenne : Il y noue d’excellentes relations avec les intellectuels peuls ; beaucoup sont ses étudiants. Il y gagne aussi l’estime de la population. Ainsi, le père de l’actuel Premier ministre, Cellou Dalein Diallo, lui dira peu avant sa mort « je te confie mon fils ».

Commentaire 5. De quels intellectuels s’agit-il? Labé est ma ville de naissance et d’adolescence. A l’époque où Somparé y servait, les fils intellectuels de cette cité avaient été décimés ou réduits au silence depuis le faux complot des enseignants en 1961 jusqu’au faux Complot Peul en 1976. Leurs noms : Yacine Diallo, Ibrahima Kaba, Hassimiou Baldé, Mountagha Baldé, Mamadou Gangué, Moumini Sow, Kolon Diallo, Siradiou Diallo, Alfâ Ibrâhîm Sow, Dr. Alpha Taran Diallo, Mamadou Sow, Alpha Abdoulaye Portos, etc.

Cela dit, il est vrai que le père de l’ex-premier ministre fut un militant et un dirigeant local du PDG. Mais il n’en faudrait pas moins souligner la désillusion de cette génération et de ses descendants vis-à-vis d’un parti qui nourrit leurs espérances par le discours avant de trahir leurs idéaux par les faits. D’abord, il faut vérifier que la recommendation du jeune Cellou à Somparé eut effectivement lieu, et dans quelles circonstances. Ensuite, cette démarche paternelle pouvait s’expliquer par la fonction bureaucratique officielle de Somparé. A l’époque probable de l’entretien entre Tierno Amadou Tidjiane Diallo et Somparé, Sékou Touré avait presque achevé de politiser et de pervertir l’école guinéenne. Les parents savaient que les bonnes notes et les résultants scolaires de leurs rejetons ne suffisaient pas …

Payenne : Après Labé, Somparé « monte » à Conakry, où il est nommé directeur des 2e et 3e cycles au ministère de l’enseignement pré-universitaire, avant d’être nommé directeur de l’information. C’est là que Sékou Touré le remarque et en fait en 1978 son ambassadeur en France, quelques mois avant la visite en Guinée du président Valéry Giscard d’Estaing.

Commentaire 6. Archi-faux. D’abord, géographiquement parlant, on ne peut pas monter de Labé à Conakry ; on y descend. Ensuite Sékou Touré connaissait Somparé peut-être depuis fort longtemps. A quelle date remonte leur accointance? Peut-être aussi loin que les années de lycée de Somparé. Une fois de plus, Sekou Touré signa le décret nommant Somparé directeur de l’éducation à Labé. Le premier président guinéen n’était pas homme à promouvoir des inconnus à des postes locaux sensibles. En tout état de cause, Somparé troqua allégrement la carrière de professeur de mathématiques pour la bureaucratie et le militantisme. Il fut membre du bureau fédéral du PDG à Labé. Fut-il élu sur ordre de Conakry? Difficile à dire. Quoiqu’il en soit, son départ de Labé fut à la fois une promotion et une récompense pour services rendus à Labé. Et Sékou Touré l’avait à l’oeil. Il répondait à toute remarque négative sur Somparé dans son entourage : “Celui-là, c’est mon affaire.”

Payenne : Il y donne la mesure de sa personnalité calme et détendue, y noue de nombreuses amitiés, et parvient à faire oublier à François Mitterrand, élu président en 1981, les avanies que Sékou lui a fait subir quatre ans auparavant, lorsque le Parti socialiste le critiquait au nom des droits de l’homme. Il réussit également à convaincre le maître de Conakry de venir, en 1982, en France, alors que plusieurs ministres cherchaient à l’en dissuader. La visite, qui aurait pu être un désastre, se passe très bien, au point que Sékou revient en France en 1983 pour la conférence franco-africaine de Vittel.

Commentaire 7. Au contraire. La visite officielle de Sékou Touré fut émaillée d’incidents. Le plus grave fut l’affaire du kidnapping manqué de Ibrahima Baba Kaké. La responsabilité de Somparé dans cette tentative criminelle reste à éclaircir.
Il y eut également la rencontre tendue avec Nadine Barry, à l’époque présidente de l’Association des familles françaises de prisonniers politiques en Guinée. Nadine raconte l’incident dans Grain de Sable, dont la version électronique paraîtra sur le site du Camp Boiro Memorial. Quant au rapprochement Mitterand/Sékou Touré, c’était une entente de politiciens. L’un et l’autre cherchaient à défendre leur intérêt personnel et celui des groupes dirigeants de leurs pays respectifs. …

Payenne : L’ambassadeur restera à Paris jusqu’en 1985. Et ce n’est qu’à la suite d’une divergence avec le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Faciné Touré, qu’il quittera la capitale française.

Commentaire 8. En réalité, c’est à son poste d’ambassadeur que Somparé commit un faux-pas verbal que Conté ne lui pardonne toujours pas. Après avoir pleuré à chaudes larmes la mort de Sékou Touré, son guide et protecteur, il aurait déclaré à l’annonce du coup d’Etat du 3 avril, que les militaires guinéens sont des incompétents. D’où son rappel à Conakry et sa traversée du désert, jusqu’au début des années 1990.

Payenne : … à Conakry, … pendant un temps, il est gouverneur du palais de l’OUA, puis recteur de l’université de Conakry. Il retrouve avec plaisir l’atmosphère académique et l’admiration de ses étudiants. Lesquels se mettront en grève lorsque « leur recteur » est nommé au ministère de l’Administration du territoire.

Commentaire 9. Le bilan des recteurs de l’Université de Conakry ne saurait se résumer en de formules laconiques, aussi ampoulées qu’inexactes. La glissade de cette institution commença avec un Somparé, rongé par la nostalgie de Sekou Touré et l’ambition de perpétuer la politique calamiteuse du Parti-Etat. La destruction de l’Université guinéenne se poursuivit sous l’administration de Charles-Pascal Tolno, qui s’est, depuis, reconverti dans la politique. Le démantèlement de l’enseignement supérieur continua avec la démolition des dortoirs par Dr. Ousmane Sylla, ancien recteur. Pour récompenser ce dernier pour sa destruction Lansana Conté et Fodé Bangoura l’ont récemment promu ministre des mines et géologie.
Cela dit, en l’absence de détails précis sur la prétendue grève de protestation pour le maintien de Somparé, une telle information reste douteuse.

Payenne : A l’avènement du multipartisme, Somparé crée un parti qui se réclame de la mouvance présidentielle, avant de fusionner avec d’autres formations pour donner le Parti de l’unité et du progrès (PUP)

Commentaire 10. C’est à cette occasion que Somparé résuma l’orientation de sa formation politique. Le PUP, dit-il, c’est le PDG + le libéralisme. On aura beau essayer, mais l’on ne parviendra vraisemblablement pas à trouver de formule plus absurde et contradictoire. Car le PUP est une parodie du PDG. Ensuite, le libéralisme guinéen est une forme dérisoire, obscurantiste et cannibale de capitalisme : sans capitalistes, sans capitaux et sans production.

Payenne : … il devient secrétaire général adjoint derrière Biro Diallo. En 1995, au lendemain des législatives, quand Biro Diallo est élu au perchoir, Somparé prend la tête du PUP. En 2002, lors de la deuxième législature, et après de nombreuses tractations, Somparé est élu président de la nouvelle Assemblée.

Commentaire 11. La succession de Biro Diallo par Somparé fut marquée par une rupture profonde et publique entre les deux hommes. Somparé est coupable en la matière. D’abord en considération des attaques radiodifusées qu’il lança contre son ancien patron et maître d’école. Ensuite, parce que la cause de la cassure repose fondamentalement sur le rejet de l’héritage du PDG par Biro —lui-même militant zélé et gouverneur de région sous Sékou Touré. Dès l’instant où Biro préconisa le mea culpa et l’abandon des méthodes prédatrices du PDG, l’ancien président de l’Assemblée nationale entra en collision directe avec Lansana Conté et Aboubacar Somparé, qui, eux, demeurent des inconditionnels de Sékou Touré.

Payenne : Au grand dam de Conté qui, précisent certains initiés, ne le souhaitait pas.

Commentaire 12. Dans le scénario qui apparemment opposa Somparé et Elhadj Saikou Soumpoura Baldé alias Banquier — l’auteur du frauduleux amendement constitutionnel de 2003 — pour la présidence de l’assemblée nationale, on voit la ruse, la duplicité, et la mascarade, de Lansana Conté, ainsi que le piège de l’ethnicité. Jusqu’à la mort accidentelle de Alphonse Aboly, le 23 mars 2005, les Sosoe du Nord (axe Dubreka-Boké) se partageaient ainsi les trois branches de l’Etat :

Lansana Conté : Baga-Soso, président de la république

Somparé Aboubacar: Landuma-Soso, président de l’Assemblée nationale

Alphonse Aboly: Baga-Soso: président de la Cour Suprême

Comme quoi, avec Sékou Touré (promoteur du slogan et cri de ralliement ethnocentriste maninka An gbansan le) et Lansana Conté, l’idée d’unité nationale guinéenne se réduit à l’hégémonie clanique et tribale.

Payenne : A plusieurs reprises, face aux desiderata du chef de l’État, Somparé fera d’ailleurs preuve de fermeté, mais aura toujours l’habileté de ne pas heurter ce dernier de front.

Commentaire 13. On connait le refus public notoire, et peut-être le seul du genre connu dans sa carrière. Il rejetta en effet le projet de loi limitant à un an la durée et le nombre de mandats du président de l’Assemblée nationale. Somparé opposa une réponse négative catégorique à cette initiative soutenue par le général Lansana Conté. Il demanda indirectement à Conté de savourer sa présidence à vie sans entraver le mandat du chef du législatif. Conté accusa le coup. Depuis lors, le dossier s’empoussière dans les tiroirs de Somparé.

Payenne : Il n’a jamais, non plus, voulu de poste au gouvernement, ni de la charge de Premier ministre.

Commentaire 14. Faux. Jusqu’à son élection à la présidence de l’Assemblée nationale en 2003, et après chaque élection truquée, Somparé harcelait Lansana Conté en lui rappelant que le parti au pouvoir avait droit à la part du lion au gouvernement. Comme aux Etats-Unis, suggérait-il. Malheureusement, Conté a une conception négative et simpliste de la politique. Il voit dans le PUP une machine électorale. Il lui fait la cour à l’occasion de chaque consultation populaire. Une fois élu, il néglige et ignore la formation dont il est le président d’honneur —président donneur dixit Le Lynx. De rares exceptions confirment cette règle. En 1993, trois membres du bureau politique du PUP entrèrent au gouvernement, sur proposition de Biro Diallo. Ce furent : Sékou Konaté, perpétuel secrétaire général par interim du PUP, (Commerce), Germain Doualamou (fonction publique, enseignement supérieur) et Aliou Baniré Diallo (enseignement supérieur) Seul Germain connaitra une certaine longevité ministérielle; ses deux collègues furent remerciés deux ans plus tard.
De même en 2004-2006, Lansana Conté nomma une députée proche de Somparé —son amante, murmure Radio Trottoir— Hadja Diènè Saran Camara, ministre du Commerce.

Payenne : Bien au contraire, c’est lui qui conseilla à Lansana Conté de faire appel à Sidya Touré, alors peu connu en Guinée, et acquis à l’opinion publique (ou ce qui en tient lieu en Guinée) pour lui confier la primature.

Commentaire 15. Oui, mais en toute chose il faut considérer la fin. En l’occurrence, Sidya et Somparé sont devenus des adversaires politiques aujourd’hui. Pourquoi? Un mystère entoure la nomination de Sidya comme premier ministre. Revenu au bercail après l’exil en Côte d’Ivoire sous Sékou Touré, ses relations avec Somparé — un épigone du PDG — étaient ambigües. D’une part, il y avait les retrouvailles de copains d’enfance. D’autre part, ce qui prévalait, c’était surtout la recherche d’un messie économique pouvant revigorer l’économie, qui battait déjà de l’aile. Sidya accepta de jouer ce rôle de sauveur, brandissant çà et là ses relations avec de Alassane Dramane Ouattara, ancien premier ministre ivoirien et ancien haut-fonctionnaire du FMI. Sidya fut le directeur de cabinet de ADO. Pour Lansana Conté, de telles références devaient valoir leur pesant d’or et lui ouvrir l’accès au financement extérieur. Mais dès que Sidya voulut dépasser ces bornes étroites et jouer un rôle d’homme d’Etat, il fut promptement remercié. Depuis lors la valse des premiers ministres continue. Conté, en tant que général d’opérette et soldat de Sékou Touré, n’a besoin ni de conseillers ni de collaborateurs. Il ne veut que de “caporaux” soumis et des exécutants, comme il le rappela brutalement à François Loucény Fall.

Payenne : Somparé est en fait un adepte du dialogue.

Commentaire 16. Somparé est devenu un promoteur du dialogue. Du moins en paroles. Soit. Toutefois, il y a quelques années de cela, il prêchait la violence à ses ouailles du PUP, en leur demandant de repondre en nature aux adversaires du parti: une injure pour une injure, une gifle pour une gifle …
Avec une santé ébranlée par l’imminence du troisième âge, et une certaine maturation, Somparé prône depuis quelque temps une attitude conciliatrice ambigüe. D’un côté il prêche la tolérance et le dialogue, de l’autre, il condamne la rencontre des soi-disant Forces patriotiques, durant la première grève générale qui paralysa la Guinée, en mars 2006. Le proverbe dit bien : chassez le naturel et il revient au galop.

Payenne : Il est ainsi intervenu comme facilitateur entre le gouvernement et les syndicats lors de la grève générale du début de mars.

Commentaire 17. Avec feu son cousin Sanoussi Zainou — qui fut un collègue et un ami— Somparé appartient à un groupe hétéroclite — Soso aussi bien que non-Soso— de faiseurs de roi, qui oeuvra au renforcement du pouvoir de Conté. Aujourd’hui, les survivants de cette couche ressemblent au sorcier qui a invoqué un diable qu’il ne peut plus contrôler. Conté déteste les politiciens et ne s’embarasse pas de le répéter à tout bout de champ. Il range Somparé dans ce groupe tant méprisé. Toutefois, Somparé, Sidya, et Henriette Conté sont de Boké. Le président de l’Assemblée nationale joue donc la carte de la première dame, —et vieille compagne des temps difficiles— de l’officier de Sékou Touré. Somparé peut ainsi tantôt assouplir, tantôt combattre Conté.
Cela dit, les négociations autour des récentes grèves générales auraient dû relever de la seule compétence du gouvernement. Or qu’a-t-on constaté :

– Le rôle du gouvernement fut dilué par l’interjection des présidents de l’Assemblée et du Conseil économique et social

– Les syndicats rejetèrent sur une base émotionnelle la participation du ministre de la Fonction publique aux négociations. Ils réclamèrent même son renvoi. Comme s’ils ignoraient les alliances de famille existant entre Conté et Alpha Ibrahima Keira. Le président déplacera seulement son beau-frère en le nommant à la tête du ministère plus “juteux” des transports.

– Conté resta systématiquement silencieux. Une fois de plus, il s’avéra incapable d’engager un dialogue constructif avec des concitoyens représentants syndicaux. A ses yeux, les travailleurs étaient coupables d’agir en dehors de sa tutelle despotique et d’affronter son pouvoir personnel.

– Le conflit était triangulaire : gouvernement-patronnat-syndicats. L’exécutif et le patronnat étaient les seuls indiqués pour examiner les doléances des travailleurs. La présence de Somparé était indue. Elle donna de facto une coloration politique à des revendications syndicales. Somparé fait partie des problèmes de la Guinée, et non de la solution. L’institution qu’il dirige est une assemblée désormais monocolore. Elle ne remplit guère le rôle dévolu aux députés dans un Etat de droit. Partisane et exclusiviste, l’assemblée nationale est piégée par la majorité des adeptes du PDG à son sommet et dans ses rangs. Reproduisant en cela le modèle des législatures sékoutouréennes, elle n’engage aucune initiative sans s’être assuré de recevoir a priori ou a posteriori l’approbation de Lansana Conté.

Payenne : Cette approche sage et prudente lui permet d’avoir des soutiens dans toutes les régions du pays, de rester lié avec nombre de ses anciens étudiants (dont plusieurs ont été ou sont ministres).

Commentaire 18. Ce passage donne dans les clichés, les affirmations sans preuve, et le griotisme de mauvais aloi.

Payenne : Mais de tous ces atouts, le plus évident est la légalité constitutionnelle, qui conditionne largement l’attitude de l’étranger.

Commentaire 19. Cet “étranger” mythique a observé passivement et cyniquement la dégringolade de la Guinée. Jadis promis à une évolution brillante, le pays est devenu un membre permanent des Etats en faillite du monde. Si l’étranger n’a d’autre recours que d’intervenir pour soutenir un dictateur en puissance comme Somparé, sous prétexte de légalisme constitutionnel, la Guinée prendra le taureau par les cornes et se passera de cet “;étranger-là”. Tout comme la Mauritanie le fit en 2005.

Payenne : Il est donc devenu l’homme à mettre hors jeu, celui qu’il faut à tout prix discréditer.

Commentaire 20. Nul ne discrédite Somparé par plaisir. De par son éducation, l’homme peut naturellement être affable, courtois et sociable.
Malheureusement, Somparé traîne le poids lourd et suspect de son allégeance non-repentante à Sékou Touré. En somme, sa mentalité, sa vision du monde, en font une relique empoisonnée du PDG. S’il est aujourd’hui la deuxième personnalité « légale » de l’Etat, c’est par le truchement d’un referendum truqué et illégal. Mais il fut avant tout, à l’instar de Lansana Conté, membre de la Commission d’enquête du Camp Boiro et du Comité central du PDG jusqu’en 1984. Aucun des deux ne connut la prison ou ne fut inquiété par la crauté vigilante Sékou Touré. Au contraire, celui-ci savait compter sur l’attachement infaillible et la fidélité canine de l’un et de l’autre. C’est pour cette raison qu’ils siégaient —comme tant d’autres— au Comité central et au Camp Boiro.

La présence de Lansana Conté et de Somparé Aboubacar à la tête de l’Etat constitue une victoire posthume de Sékou Touré. D’où la désignation officieuse du palais présidentiel comme Sekoutoureya, la restitution des biens à l’ancienne première famille, etc. …

En tant qu’adeptes et continuateurs de la politique du PDG, Conté et Somparé ont une conception et une pratique néfastes de la chose publique. Leurs actes et comportements déviants s’expriment par l’égocentrisme, la démagogie, l’intolérance, la répression, la trahison des serments et des engagements. Autant de causes ayant pour conséquence la destruction de la Guinée.

Ni le Général Lansana Conté ni Elhadj Aboubacar Somparé ne sont des hommes à abbattre— au sens figuré ou propre de l’expression. Il est vrai qu’ils devraient et pourraient être jugés pour le bilan catastrophique de leur régime et les crimes commis sous leur mandat. Mais un tel éventuel procès serait conforme aux normes du droit, c’est-à-dire : respect de l’intégrité de leur personne physique, droit à la défense, etc.

En attendant, les deux hommes d’Etat n’ont personne d’autre à blâmer sinon qu’eux-mêmes. Par leur repli délibéré sur les méthodes atroces de gouvernement de Sékou Touré et du PDG, ils se sont devenus leurs propres ennemis. Ce faisant, ils se délibérément taillés une place de choix dans la poubelle de l’histoire de la Guinée.

De tout ce qui précède, il apparaît que la solution Somparé est un figment de l’imagination du journaliste André Payenne. Elle existe dans sa tête et sous sa plume, mais pas dans l’avenir de la Guinée.

Tierno S. Bah

Paul Marty. L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon

Paul Marty.  Muslim education — Islamic teaching

Translated from French by Tierno S. Bah

I. The clerics (marabout, karamoko)

Fouta-Diallon is replete with clerical schools or dudhe, singular dudhal. There is no single village, even the most humble hamlet, that does not have its teaching karamoko.
There is usually one teacher. However, there is exception to that rule. And it consists in the dozen of important religious centers, convents, or monasteries (zawiya), where up to four professors can hold teaching jobs under the watch of the chief of the brotherhood. Otherwise, the school has but only one teacher, even when the attendance rises to 40 or 50 students.

In such cases, the teachers relies on the older students, who serve as assistants.

In general, the cleric is of the same genealogical lineage as the village inhabitants. Parents are reluctant to depend on a teacher of foreign origin for the education of their children. As a result, the clerics are generally FulBe in the Fouta-Diallon, Maninka and Soninke in the colonies et villages of those ethnic groups… The Diallonké, who are superficially islamized do not have their own teacher. They send their children to FulBe or Malinke schools.

Contrary to Senegal and Mauritania, there are no women heads of schools in the Fouta-Diallon. The Karamoko is always a man, even though his classes often count more girls than boys.

The religious affiliation of the Karamoko has been discussed in detail in previous chapters. It appears that the FulBe belong in majority to the Tidianiya mysticism (Sufi tarikh), as a result of the campaigns of Cheikh Umar Taal from Fouta-Toro and the Toucouleurs of Dinguiraye.
Umar Tall convinced the Fouta-Diallon Karamoko, who accepted his teachings, and who in turn ‘converted’ their students, relatives and the entire country to Tidianiya.

A small number of FulBe Karamokos have remained loya to the Chadeliya tarikh of their their ancestors. That is the case namely in Zawia (Labé) and various other constituencies in Yamberen, Binani, Ndama, and Pita. The Maninka and their cousins, the Diakanké, belong almost all to the Qadria tarikh. The Soninke Karamoko — rulers of the Ghana empire 7th-12th century— are split between the Qaderiya of the Moors Cheikhs and the Tidianiya of the Tukulor masters of Dinguiraye.
Most Karamokos are agriculturalists. And they integrate the teaching curiculum
with the labor of their students. Some are imams at mosques or muezzin (salli). Few are dealers (dioula). None of them holds public functions (province or village chief, tribunal juges). Tradition holds that such functions are incompatible with Koranic teaching…

The Karamoko are routinely involved in the supply of amulettes and other spiritual objects. Some of them derived considerable income from such activities.
Every teaching cleric owns a small book collection, whose content rarely varies:

  • The Coran form two or three different editions, and in often manuscript version.
  • One or two law books: the Risaala, Tohfa, or the Lakhdari « Concise »
  • A treaty or two about mysticism and theology, such as the “Little Soleymi” and the Rima by Al-Hadj Omar
  • Writings in Pular
  • Pious works such as the Dalaïl al-Khairat.

Catalogs of the most important arabic libraries owned by Clerics are listed in the appendix.

One finds also old issues of newspapers and journals or magazines from Morocco and the Middle East. Often, there are handwritten fragments of recipes for amulettes, charms, and other magical objects. Sometimes, excerpts from the Protestant Bible, published in London or Boston, and sold by preachers based in Sierra-Leone…

II. The students

The number of Koranic schools is hard to estimate. It’s in perpetual change. Perhaps, it has decreased a little in recent years, particularly in the provinces where it was flourishing before our [the French] occupation: Labé, Touba, Dinguiraye.

The average number of students (Karanden, a Maninka composite term from karan = to read and den = pupil) seems to have dropped both in the institutions of higher learning (zawiya) and in the elementary koranic local schools.

The Karamoko and others attribute the drop in Koranic school enrollment to the freeing of the servile labor by French colonial authorities. As a result, the economic status of former well-to-do families has been severely affected. And such families were the main source of enrollment of students in Koranic schools. They must now employ their children to work in the fields, or to watch the herds of cattle, or to gather india-rubber. Consequently, those offspring can no longer attend the dudhal. Others drop out as soon as they have acquired the minimum familiarity with the Koran.

Conversely, the captives, who formerly paid no attention to instruction, are able to provide for themselves and, imitating their former masters, are sending their children to Koranic schools.

On the other hand, the coming of the French school has deprived Karamokos of some of their educational practice, and perhaps of the best elements. Yesterday’s chiefs, today’s up-and-coming elements, all perceive that european know-how and the mastery of French language, are absolutely necessary to achieve and to keep up by oneself with the French authorities. Accordingly, they shorten the Koranic curriculum of their children to free them for the French school…

Girls enrollment in Koranic schools is quite impressive. They represent a third, sometimes half of the school. Most parents allow them to study for two or three years. This is the length of time needed for learning the Fatiha, the short Opening the Holy Book, and the ritual of prayer.

Boys study longer. The setting is co-educational, but the two sex-groups each study in their corner. For equal schooling, the girl shows equal intellectual progress as her male schoolmates.

Up until recently, the French colonial government had organized the timetable so as to allow teaching in both Arabic and French. The schedule was a follows:

  • 7-10 am: French class
  • 10 – 11:30 am: Arabic class
  • 14-16 pm: French class
  • 16 – 17:30 pm: Arabic class

The experiment was quite successful. And the natives enjoyed it. Their performance in Arabic at the detriment of the French results. They advanced their knowledge of the Koran, the Borhan, the Risala and the Miyara, well ahead of their master of the metric system. The Arabic instructor copied his lessons from the French teacher, and he heeded the latter advice. Thus, all over Fouta-Diallo little merdersas flourished, where Arabic thrived at the expense of modern instruction. Today, it has been established that such fusion of the two school systems does not benefit the French component. Besides, we do not have to work for the expansion of the Arabic language and the religion of the Prophet. Consequently, the two schools were separated… Insistance was placed on the need for Koranic dudhe to provide the French school with as many students as possible.

The Karamoko —Foula, Toucouleur or Diakanké— is very interested in the future of his pupils. He monitors them closely, even after-school hours. He keeps their parents informed of their work and school results…

III. The school
1. Physical environment.

The class takes place in open air. There is no specific building or housing. It is held in the middle of the compound (galle), between the houses; in the rainy season, it uses the verandah of the house of the teacher.

There is even sometimes an itinerant school. The teacher travels with his pupils and he teaches during halts and stop-overs.

The teaching equipment is rudimentary. First, the small plank (alluwal, from Arabic al-luhaa) of rectangular shape rounded up at the top, and purchase for 50 centimes at the blacksmith shop. Often it is made of two joint small planks, linked by a cupper ring. The plank is carved out of green wood. It dries up with time and the fiber tends to fall apart.

The planks are made out of well-known tree species: endhamma, munnirke, belende, and koyli.

The pen is a reed made of various acquatic species found on the banks of rivers, or with bamboo cuts.

Ink (ndaha) is of two types. It is fabricated with local ingredients.

• The first type of ink comes from the fruit of the boori and wombuDi trees. The fruits are boiled for hours, then a small piece of iron (from an ax or a hoe) is added, along with tobacco. The concoction is left to simmer for awhile before the product is exposed to the sunlight for days.

The other type of ink is made of bark from the kahi-boodye tree. It follows the same procedure as above. However, the iron piece is replaced with residue from the blacksmith’s crucible. The students make their ink and pens, under the teacher’s supervision. The industrial ink is unknown in Koranic schools.

The plank is cleaned and polished white with the green leaves of the nyennye tree. When they become dry, it is used a sponge after been soaked in water.

2. Time table

There are three class sessions a day.

In the early morning, from sunup to 8 am. The students rise earlier than their parents, or even their Karamoko. They arrive individually, silently pick up their plank in the verandah, and they begin reading aloud and memorizing their lesson. Arguably, this hum does not interfere with the sleep of the teacher, who appears only at 7 am. His presence is not acknowledge by any mark of deference or politeness.

  • From 8 am to noon, the class works in the field of the teacher. At noon, come the break, the meal and some rest.
  • From 2 pm to 4 pm, work resumes in the field. At 4 pm, the students scatter in the bush to gather firewood, thatch grass, ink ingredients, pen stems, etc. This exercise is more like a recreation intended to enliven a long evening. However, it allows for the gathering of the supplies needed for lighting and the nightwork.
  • From 6 pm to 8 pm, more studying. Then, the teacher says: Enough. The children pile up the planks as usual in the verandah, and everyone goes home.

The young students can misbehave. The little oversight from the teacher allows them to play and chat. And they do not hesitate. Accordingly, there is no specific time set aside for breaks in the class schedule. They are playful even in presence of the teacher, although they behave mischeviously. A proverb says that :

If you see a karanden misbehave, that’s because he is out of sight of the Karamoko.

There are two holidays per week: Thursday and Friday. Thursday is a resting in homage to the leave given to the children of Mecca, in honor of his son-in-law, Ali, who had come home a victor. Friday is a holy day, and work is not allowed, therefore the Karamoko cannot teach. Thursday is for the children, and Friday for the teacher.

The periods of vacation (gurte) varient widely from the Senegalese or the Moors.There are two annual periods.

The entire month of Shua’l, or second month of the lunar calendar.

The first two decades sometimes including the third decade of the month of Hijja, the twelth month of the year.

The Koranic teachers recommend to the children to work a little durant the vacation. Older students must read every day a few chapters (Surats). The little ones keep their plank to review it.

The season of fieldwork induce a noticeable reduction in the intellectual fervor. The children must carry out intense work in the property of their Karamoko: tillage, sowing, weeding, and harvest. Such a schedule only allows them to return to the village in the evening. By that time, they have no desire to spend time reading their lesson. And the teacher is quite understanding.

Sometimes also, especially when the gardens are somewhat distant, the children stay away for five days of servile labor. They return home only on Friday evening. In such cases, the Karamoko ask them to take their plank so that they can study a little during pauses.

The regular regime is non-residency. Children go home when class is dismissed. However, often, —and this rules applies to the older students—, they live in a hut within the compound of the teacher and under his responsibility. Their parents supply the food, and they eat together.

For children whose parents reside in distant hamlets, such rule applies generally. Then the children have a host family, who send them day and night a meal of maize or fonio. The parents compensate the expenses. The Karamoko does not intervene.

School holidays coincide with the progress of the students in their learning of the Koranic text. There are six levels of such acknowledgment. They are examined in detail the sub-section about the curriculum. Each level is the occasion of culinary celebrations. The parents send to the compound of the Karamoko calebashes filled to the rim with maize, mil, or fonio.

They complement the food with a live chicken, a goat, a sheep, and toward the completion of the cycle, one or several bulls. Everyone shares the meals and enjoys the feast.

The Foula sobriety precludes the inclusion of music and drum beating in such festivities, as is customary in other black countries. However, external signs are evident: visits, exchange of gifts, congratulations, new clothes, pulled out of the coffres and jewelry testify to the accomplishments of these school laureates.

3. The teaching.

The overall objective is to teach students the fundamental texts of Islam, beginning with the Kur’an. The advanced stages of learning will dispense the basics of law and interpretation, in Pular this time, as opposed to the mechanical memorization of the lower degrees.

Meanwhile, the Karamoko emphasizes the initiation to the rites of the prayer, the technique of zikr of the brotherhood, the recitation of the wird etc. All in all, he accomplishes a mission of practical catechism, unknown to the other Black marabouts.

The pedagogy of teaching is structured as follows:

  • Jangugol: Reading
  • Windugol: Writing
  • Firugol: Explanation of the Koran in en Pular, or pratical exegesis
  • Fennyingol: Advanced studies.

A. Jangugol, or the first cycle of teaching, aims at teaching the children to read in Arabic. It includes three parts:

  • Ba or study of the alphabet
  • Sigi or pronunciation and spelling
  • Findituru or rendingol, assembling together letters, sounds, and words, for correct reading.

The Karamoko begins with tracing on the child’s plank the first word of the Koran:

Bismi « In the Name of » and he teaches him to chant, by breaking down the letters

  • ba, sin-nyiiyhe, miimu, ra, i.e., « the ba, then the siin-with-teeth, the rat-like miim »Such a method is perfectly reminiscent of the Lancelot [college] at Port-Royal [during the French Renaissance] and the Garden of Greek Roots [Onos « the donkey that sings so well ».The Karamoko continues with the second word:« Allah », which yield the following four letters:
  • Alif, lam, lam, haa-piBo [the curved H].

It goes on for the entire Fatiha, then for the last Surats of the Koran, studying in reverse from the last Surats du Coran, up to Waylun li Kulli (Sourat IV, Hamza).

The Ba ends at that level. All the letters of alphabet have been reviewed in their different occurrence in the syllable and the word. They are now familiar.

Then, it’s back to the Fatiha for the drilling in correct pronunciation and spelling (Sigi). The same passages of the Koran are used.

Finally, the focus —still on the same corpus of texts— shifts to reading proper, combining letters and sentences.

The Jangugol ends. It’s time for the first school celebration.

Henceforth, the study of the Koran resumes uninterrupted. Based on the tradition, it is carried out from bottom up, in six portions, each punctuated with a feast. Those periods are:

  • From the Opening (Fatiha) of the Koran to Surat IV, Hamza
  • From Surat Hamza to Surat Al-Malk (LLXXII)
  • From Surat Al-Malk to Surat Yaasin
  • From Surat Yaasin to Surat Mariama
  • From Surat Mariama to Surat Tuuba IX
  • From Surat Tuuba to Surat II (The Cow)

Even before completing the Jangugol, the child begins the rudiments of writing, or Windugol.

The Karamoko trains the karanden in the usage of the writing reed (karambol, sing.; karambi, plur.) as he makes copy a sample text he wrote himself at the top of the plank. Once they are fluent in this exercise, the Karamoko give the students a copy of the Kur’an. They must transcribe a passage every day. Such a practice of the book by the Foula differs markedly from the Moorish custom, where the student receives a Kur’an only after he has memorized thoroughly the Surats. That way, he is compelled to learn them. In Fouta-Diallon, to the contrary, the teachers are unanimous in their finding that mnemonic knowledge has been declined considerably in the last quarter century. They blame the phenomenon on the widespread availability of copies of the Kur’an at bargain prices. Hence, it has become needless to rehash indefinitely the holy book, since one could get a copy for 3.50 Fr. at the dealer.

C. Jangugol and Windugol

They are carried out until the age of circumcision. Indeed, most karanden do not complete the first two cycles. As soon as they reached the level of « DursuBe » (sing. « DursuDo »), i.e., graduates in Kur’an, they move on.

After circumcision, the level of higher learning begins, with theologie and exegesis. It is the Firugol, which includes:

• Kabbhe (or Tobbhe), the equivalent of Arabic Tawhid , which is the study of Divine One-ness, considered as the founding principle and the bedrock of islamic catechism.

• Tafsir, exegesis of the Koranic text, with interpretation et explication in Pul-pulle [Pular].

For a while, the French colonial authorities made a big fuss about Kabbhe, perceived either as a secret society or as a mysticism special to the Foula. Actually, Kabbhe is simply a translation in Pul-pulle [Pular] of the Arabic word Tawhid. In Islamic studies, the science of Kabbhe teaches the tenets of divine unity, in short the theological dogma itself.

On the basis of the teaching of the Soleymis (Soleymi Bobo and Soleymi Mawnde, i.e., the Little and the Great Soleymi), as well as the Barahin of Sanusi, the FulBe scholars build combinations of words, letters and numbers: a practice they share with Eastern and Western erudites. This brings to memory the academic rivalries in the universities of the Middle Age.Today, it is perpetuated in the “brain teasing” sections of newspapers. There is not even the shadow of a cabal or a sect here. The initiates are simply the most learned people, and their mysterious knowledge is only those of the savant who has deepened the discovery of the dogma and who has consumed the fruit of the tree of science. All things that are out of reach for the servant and the Pullo Buruuro (the non-educated Bush Pullo)

Here are the opening words of the Kabbhe, as they are found in the works of Arab theologians. They are provided to refute the current opinion lending to this Foula teaching the mystery of a cabal.

The books revealed by God to humans number in 104. However, 100 still remain unknown to us in this day and age. The four we know are:

  1. The Pentateuque of Moses
  2. The Psaums of David
  3. The Evangile of Issa (Jesus Christ)
  4. The Kor’an of Muhammed

But the doctrines of the 104 revealed books are contained and condensed in the last four.

The last four are contained and condensed in the Qur’an.

The entire Qur’an is contained within Fatiha, which is the Opener of the Holy Book.

The Fatiha is contained in its entierety in introductory formula:

  • In
    Arabic: Bismilaahi Rahmani Rahiimi
  • In Pular: En barkinorii Inde Allaahu, Jom Moyyhere Huubhunde, Jom Moyyhere Heeriinde.
  • In English: In the name of Allah, the Merciful, the Compassionate.

That formula is condensed in Allah. The numerical value of the letters composing Allah is 66. It breaks down as follows:

A (1) L (30) L (30) AH (5)

By adding up the above numbers, we get a result: 66 (sittu wa sittuuna, in Arabic), which is a sacred number. All the qualities of Allah (50) and his Prophet, Muhammad (16) are embedded within.

Those divines qualities are as follows:

  • 25 positives qualities:
    • Existence
    • Eternity
    • Immutability, etc.,
  • 25 negative qualities (i.e. that are NOT applicable to Allah):
    • Non-existence
    • Contingence
    • Non-permanence, etc.

The same schema applies for the 16 Prophetic qualities.

After the Qur’an, the students assimilate quickly those introductory notions to the Kabbhe (Nodes of Knowledge), which are prerequisites, argue the Karamoko, for a fulfilled life.

A Pullo who does not know these fundamental truths cannot validly and ritually slaughter an animal (hirsugol ko dagii). These revelations are at the roots of Islam.

The study of the Kabbhe is followed up by the Tafsir, or exegesis and interpretation of the Koranic text. The FulBe have long established that their language is a sacred idiom, second only to Arabic, but preceding by far the languages of their neighbors, fetishists as well as Muslims.

It is a fact that Qur’an can only preserve its sacred nature by keeping its arabic form. A translation would thus alter its formal composition and its meaning. That explains why up until recently, the great Sheick ul-Islam of Istanbul, issued a interdiction (fatwa) against the translation of the Qur’an in any foreign language.

For quite some time, however, the Qur’an has been translated in Pular, both orally and in writing. Several versions, remarquable for their precision and elegance, circulate among the Karamoko of Fouta. Such works are the basis of the instruction that the Foula give to their students. The school system relies probably less on memory, but it is more intelligent and rational than that of the other Black countries.

In addition to the literary arabic publications already mentionned, (the two Soleymi, Sanusi and all the other commentaries of the Holy Book) the Firugol includes the study of several local works. These contributions complement the religious studies with elements of mystical science:

  • Rimah
  • Soyuf
  • Safinat as-sa’ada
  • Djuahir al-Maani

Al-Hadj Omar authored the first three, which provide ascetic and mystical grounding. The last book, by the founder of the Tijaniya tarikh, is a manual of piety, a breviary, and a meditation guide.

Last, M. A. Le Chatelier has underscored the local characteristic of Foula religious studies. Already in 1888 he had noticed a collection of works written in Pular by FulBe authors, who are still revered in the universities of the country. The most renowned are:

  • A book of theology by Usman dan Fodio, founder of the Sokoto empire (Northern Nigeria)
  • A book of prayer and ethics by Tierno Saadou Dalen, named: Jangen Yo Musibbhe « Let us read, O my brothers »
  • A book of theology and law by Tierno Mamadou Samba Mombeya and titled Oogirde Malal (the Source of Eternal Bliss).
  • A book of law and ethics, titled Kabbhe Pular, also by Tierno Mamadou Samba
  • The Ballafuyee by Tierno Jaaje, a poetic compilation in honor of the Prophet.

The Firugol culminates in an exam taken in the yard of the mosque, in presence of a jury composed of the main Karamoko of the province. An examiner reads out loud a passage excerpt from the lower end of the Qur’an (location of the longer and more difficult chapters). The postulant must translate the portion in Pular, highlighting his translation with the appropriate comments.

Upon admission, he is conferred with the title of Tierno, which is a lifetime distinction and title. The ritual slaughter of a bull marks the end of this academic ceremony.

D. The top students who have completed the Firugol enter the Fennyu or general domaine islamic sciences . Essentially, this means the study of:

  • Law,
    Fiqh or Fiqha in the following books: Tohfa, Risaala, Lakhdaari, Khalil and the various comments available about them
  • Classical Arabic as availableintreateses such as:
    • Maqamat
    • Dura’id
    • Borda
    • Mu’allaqat, etc.
  • Grammar in the Jarrumiyya, the Alfiya, etc.
  • Various collections of Hadiths, etc.

Only an elite of few in Fouta-Diallon possesses such a high degree of knowledge of Islamic culture. They are the Alfa, which is Pular abbreviation of the Arabic expression Al-Fahim, i.e., the savant, the sage. In essence, this academic title crowns the cycle of islamic studies. It’s the last graduate degree of knowledge. Somehow, it’s the equivalent of the doctorate inasmuch as Tierno was comparatively the equivalent of a masters degree. It requires a public exam before a jury at the Mosque, just like the Tierno ceremony. Upon passing the test, the Alfa earns the right to bear a turban, just like the Almamy. A significant distinction is enforced though: the tail of the headcover must fall on the back not on the shoulder, which is the exclusive hallmark of the Almamy. Also, the Alfa can wear his turban only of Fridays and on other holidays. In contrast the Almamy bears his in permanence.

As for the Qutubu and Waliyu titles, they derive from Arabic. They designate an erudite Karamoko who has reached the level of perfect sainthood (Waliyu), or the full mastery of islamic science (Qutubu). Currently, public opinion holds that Tierno Aliou Bhuubha Ndiyan of Labe, Tierno Ma’awiatu of Pita and Tierno Mamadou Chérifou, of Zawiya (Labe), are all Waliyu.

Tierno S. Bah
Technical & Cultural Adviser
Prince Among Slaves.
Washington, DC. 2005

Alpha Condé. Quartier Latin ou Guinée ?

Madame Bernadette Lefort, Ambassadeur de France à la Lance : « Je vois Alpha Condé mieux dans un café du Quartier Latin que dans son propre pays. »

La Lance : On sait que vous ferez tout sauf vous immiscer dans nos affaires intérieures. Mais que pensez vous de la période actuelle que nous vivons ? Le président de la République est malade. Le président de la Cour suprême et celui du Conseil National de la communication sont décédés. Ils ne sont pas remplacés. Le président de l’Assemblée nationale est un peu … souffrant. Quels sentiments avez-vous sur cette période que nous, Guinéens, appelons période d’incertitude.

Mme Bernadette Lefort : Tout d’abord, vous portez des jugements de valeur donc, je vous en laisse la propriété. Là où je vous rejoins et ce n’est pas moi en tant que telle , mais c’est la communauté internationale qui partage ce que vous venez de dire, on a vraiment l’impression d’être dans une période d’incertitude, dans une période de difficultés à gouverner. L’homme a horreur du vide, de l’incertain. Donc, je dois dire qu’il n’a pas toujours été facile de travailler dans une période pareille. Mais, il y a deux comportement, deux réactions possibles, face à une situation de ce type, à laquelle beaucoup de pays peuvent être confrontés, à un moment ou à un autre. Les exemples ne manquent pas. On n’a même pas à remonter jusqu’à ce moment magnifique où je ne sais plus quel Sultan Ottoman avait mis beaucoup d’années à mourir, alors qu’il était physiquement mort. Je disais qu’il y a deux attitudes, la première c’est : « J’attends , le président est malade. Il va bien mourir un jour ». Moi, je suis en bonne santé, je peux sortir d’ici, être victime d’un accident de voiture et disparaître ! Donc il y a incertitude en permanence. C’est le lot de l’homme. Il y en a qui, dans une période d’incertitude, se disent : « J’attends, donc je ne fais rien ! J’ai refusé ce type de comportement. Je dis : ‘Il y a incertitude, il faut se préparer. Il faut tout le temps mieux se préparer à l’avenir. Mais, il ne faut pas pour autant, négliger le moment présent’ ». La Guinée a beaucoup de problèmes à résoudre. Il faut donc continuer à travailler, car la Guinée comme tout pays, est un pays qui vit. Les hommes vivent. Il faut arriver à répondre à leurs attentes, y compris dans les périodes d’incertitude. Je partage avec vous le problème, parce que je me pose également la question. Il y a un problème que pose le non remplacement du président de la Cour Suprême, le non remplacement du président de Conseil National de la Communication. Je regrette de partir alors que ces deux fonctions qui sont quand même très importantes pour la société guinéenne, pour l’institution qu’est l’Etat, ne sont pas pourvues.
Alpha Condé est un Parisien

Alpha Condé : mieux dans un café du Quartier Latin qu’en Guinée

La Lance : Lors d’une conférence de presse qu’il a animée, M. Alpha Condé, le président du RPG, a dit qu’il n’a pas jugé opportun de vous rencontrer quand il est rentré en Guinée, parce que vous n’avez rien à vous dire. Qu’en dites-vous ?

Mme Lefort : Moi, je reprendrai les propos qu’il a tenus. Il a dit « J’ai mes contacts à l’Elysée, par conséquent, je n’ai pas besoin de rencontrer l’ambassadeur de France ». C’est le genre de propos que je prends naturellement sur le mode humoristique. Alpha Condé est un Parisien. Il est sans doute beaucoup plus parisien que je ne le suis. Il connaît certainement Paris beaucoup mieux que moi, même si j’y ai grandi. En même temps, c’est un Guinéen, il est dévoué à son pays. Enfin… quand il le veut bien ! Mais, je le vois mieux dans un café du Quartier Latin que dans son propre pays. Voilà, je règle un compte avec lui et c’est un compte qui est tout à fait justifié. (Rires)

La Lance : Quels ont été vos rapports avec les autres leaders de l’opposition. Aujourd’hui, on parle beaucoup de changement, d’alternance. Votre vision par rapport à cela ?

Mme Lefort : Ma vision est bien simple. La politique est faite, surtout dans des pays où le niveau de développement, tant politique que social, que d’éducation reste faible, la politique se réduit à ce que je qualifierai de microcosme, la politique au sens national, parce que vous pouvez toujours avoir de la politique régionale, rapport de force entre des hommes. Donc, la politique, c’est une famille en quelque sorte. Quel que soit l’individu, il se situe par rapport à d’autres. Mais, pour pouvoir faire de la politique, et les démocraties occidentales en rapportent tristement la preuve, il faut beaucoup d’argent. Donc, avoir des soutiens dans le monde économique. Le problème des pays qui sont parmi les plus pauvres, c’est que la préoccupation de l’individu passe tout d’abord par le quotidien. Que vais-je manger aujourd’hui, que vais-je manger demain ? La politique, au sens où on l’entend dans les démocraties développées, elle ne peut pas arriver à maturité dans ces cas-là. Et elle ne peut évoluer qu’au rythme du dégré du développement, du degré d’avancement du pays.

La Lance : On taxe l’opposition guinéenne d’être « la plus bête d’Afrique. » Mais cette opposition-là vous accuse, peut-être bêtement, d’être un peu plus proche du pouvoir. Est-ce la raison de cette espèce de quiproquo entre Alpha Condé et vous ?

Mme Lefort : Quiproquo avec Alpha Condé, non ! Là aussi j’ai choisi le mode humoristique, un peu la provocation parce qu’il aime bien la provocation. L’opposition guinéenne la plus bête d’Afrique ? Ca, je suis désolée ! J’en ai trouvé encore plus bête. Non ! L’opposition guinéenne, sans doute se cherche mais, c’est tout à fait normal. Le pluralisme démocratique est de création récente. Changer d’un système à un autre ne se fait pas en 24 heures. Regardez les pays de l’ex-Europe communiste, vous trouverez un peu le même type de problèmes face à ces oppositions, dont les individus n’ont pas l’habitude. Quand on a vécu pendant 25 ans dans un système de Parti-Unique, la référence est nécessairement le Parti-Unique, qu’on le veuille ou non ! Si je prends l’exemple d’un pays qui m’est également resté cher, le Mozambique, quelle alternance y a-t-il eue au Mozambique, pourtant considéré comme un élève modèle ? L’alternance est intervenue au sein de l’ex-parti unique. L’opposition, elle, a des difficultés à s’affirmer, à être un véritable contre-pouvoir. Tout le problème des oppositions dans les jeunes démocraties, c’est d’arriver à représenter une force qui soit un réel contre-pouvoir et qui puisse contribuer à faire progresser l’Etat.

Propos recueillis par Diallo Souleymane, Abou Bakr et Azoca Bah
La Lance, n° 448, 27 juillet 2005

Morts et rédemption d’Alfâ Ibrâhîm Sow

Alfâ Ibrâhîm Sow (1933-2005)
Alfâ Ibrâhîm Sow (1933-2005)

Certains individus meurent plusieurs fois avant de rendre l’âme. Alfâ Ibrâhîm Sow appartient à cette catégorie exceptionnelle dans la mesure où trois morts ponctuèrent sa vie.

  1. La première fut pseudo-juridique. Elle fut proclamée par contumace le 23 janvier 1971, conformément aux verdicts du Tribunal ‘révolutionnaire’ du régime de Sékou Touré.
    Alfâ dut la survie à son exil en France, où il vécut
    jusqu’à l’effondrement du parti-état. On ignore l’impact psychologique des procès staliniens du PDG sur les réfugiés. Mais l’on sait que, selon le Général Lansana Conté, telle une épée de Damoclès, leurs sentences extra-judiciaires pendent encore sur la tête des anciens exilés. Cependant, ces menaces cyniques ne sauraient effrayer ni les vivants (Alpha Condé et cie.), ni encore moins ceux — Ibrahima Baba Kaké, Siradiou Diallo, Alfâ Ibrahim Sow— qui ont déjà rejoint l’au-delà.
  2. La deuxième fut symbolique. Elle résulta de son abandon des études Pular pour la politique, à son retour d’exil à Conakry, au début des années 1990.
  3. La troisième fut physique. Elle eut lieu le 20 janvier 2005. Aucun signe avant-coureur ne nous prépara à une perte aussi grande. Quel mal virulent et pressé a-t-il pu ainsi terrasser ce fleuron de l’intelligentsia doublé d’un vieux routier de la politique guinéennes ? Nous n’en savons rien. Car, en plus de sa courte et fatale maladie, son enterrement hâtif ajoute à la confusion et au choc. Pour la postérité toutefois, la dimension intellectuelle d’Alfâ transcendera son décès.

Les hommages à Alfâ Sow ont mis l’accent sur son activité politique. En réalité, si la politique devint le sommet, la culture était la base de cet iceberg. Lorsqu’il voulut inverser ce rapport, l’univers de cet aîné et modèle de mes années universitaires, s’effrita inexorablement.

Dara-Labé

Alfâ Ibrâhîm Sow naquit à Dara-Labé, à une quinzaine de kilomètres au sud de Labé-ville. Cette vaste et populeuse bourgade est l’un des pôles du savoir sur le haut-plateau fuutanien. Vieille paroisse (misiide) du pouvoir théocratique, Dara-Labé fut un haut-lieu de la foi et de la culture islamiques dans la grande province (diiwal) du Labé. La piété et l’érudition de ses maîtres
attirèrent de nombreux disciples (talibaaɓe). Les quatre patronymes Fulɓe (Bah, Barry, Diallo, Sow) s’y installèrent paisiblement avec des étrangers. Parmi eux, un rameau des Nduyeeɓe de Kompanya, village de la banlieue nord de Labé, patrie des Hubbu. Hostiles à la malgouvernance des Almami, ces orthodoxes Qadriya, anciens précepteurs (karamoko) des princes Sediyanke, s’emparèrent par deux fois de Timbo dans les années
1870. Il fallut la ruse, la puissance et la cruauté de Samory pour les réduire…

Dara-Labé jouit aussi du double honneur d’être la lignée maternelle de :

Mais le village est surtout renommé pour les saints (waliyu) : Shayku Oumarou Rafiou Barry (1800-1885)
et Tierno Oumar Sow. Le premier avait reçu le wird tjiani d’Al-Hadj Omar lui-même. Il le transmit à son tour à Tierno Aliou Ɓuuɓa Ndiyan, l’un des grands maîtres des chaînes spirituelles de cet ordre religieux en Afrique de l’Ouest. Quant au second, il assura la formation de son cousin, Tierno Abdourahmane Bah :
théologien, poète, politicien, auteur de la splendide anthologie Yheewirde Fuuta,
et actuel Imam de la Mosquée Karamoko Alfa mo Labe.
Il contribua aux recherches initiales d’Alfâ Sow, qui l’en remercia dans l’avant- propos des Chroniques et Récits du Foûta Djalon.

Enfin, l’apport de Dara-Labé à la Guinée en cadres est remarquable. Certains d’entre eux (Mamadou Sow,
ministre, Abbass Barry,
haut-fonctionnaire, etc.) périrent en 1971 au Camp Boiro.
D’autres, tel feu Elhadj Kolon Barry, eurent une vie longue
et remplie.

C’est donc un jeune homme pétri d’histoire, imprégné de culture, et rompu à l’apprentissage mental, qui s’inscrivit à l’école française. Il en franchit aisément les étapes, tout en approfondissant le goût des belles-lettres et la maîtrise des humanités.

Nanti de diplômes universitaires, Alfâ comprit vite et s’engagea résolument dans sa mission de défense et d’illustration de la culture pular-fulfulde.

Les décennies productives

Professeur, chercheur, éditeur, et opposant au régime du PDG, il devient un publiciste actif et un traducteur brillant. Les livres, articles, conférences et interviews se succèdent. Sa bibliographie inclut les livres des grands maîtres passés et contemporains du Fuuta-Jaloo.
Il popularise la littérature ajami Pular. Successivement, il publie Tierno
Samba Mombeya
, Tierno Sadou Dalen, Tierno Aliou Ɓuuɓa Ndiyan, etc. Les éditeurs français Armand Colin, Julliard, et Klincksieck distribuent ses textes rafraîchissants et cultivés, parmi lesquels le Dictionnaire des Hommes Saints et Illustres du Labé de Tierno Diawo Pellel. En 1966, Alfâ Sow participe à Bamako à la codification des alphabets ouest-africains, organisée par Amadou Hampâté Bâ sous l’égide de l’UNESCO.

Ses recherches fructueuses enrichissent ses cours à l’Institut National des Langues et Civilisations Orientales (Paris), où il dirigera la Chaire de Pular/Fulfulde. Son analyse technique de la poésie pular devient une référence. Il campe magnifiquement la pédagogie traditionnelle et la contribution originale des écrivains du Fuuta-Jaloo à la littérature islamique. Alfâ Sow ne se limite pas au Pular occidental
de son terroir. Il ajoute le Fulfulde oriental à son répertoire linguistique. Collaborateur du Centre d’Etudes Linguistiques et Historiques par la Tradition Orale (CELHTO, Niamey), il devient un expert en études halpular. Sa carrière et sa stature gagnent en avancement et en réputation.
Les institutions culturelles et ses pairs l’embrassent. Son intelligence, son
dynamisme et sa productivité le hissent au panthéon des grands pularisants : Henri Labouret, Oumar Bâ, Pierre-François Lacroix, Ousmane Poreko Diallo, Christiane Seydou, Eldridge Mohammadou, etc.
Il fonde les Editions Nubia et dirige, avec Amadou Hampâté Bâ,
la Société d’Etudes Peules. Les deux hommes animent la traduction en Pular/Fulfulde de l’Histoire générale de l’Afrique (UNESCO). Alfâ Sow s’épanouit sur les traces de ses ancêtres, les Hommes du Livre et de l’Encrier. Il bénéficie de leur grâce efficiente (baraka). En public comme en privé, tout semble lui réussir. C’est l’apothéose.

Mais parallèlement à cette prodigieuse activité intellectuelle, et depuis le milieu des années 1950, le virus de la politique le ronge. Ses débuts militants coïncident avec l’époque des rêves de la décolonisation et l’espoir d’un renouveau africain. Les promesses de l’autonomie et l’aurore des “soleils des indépendances”, éveillèrent les passions. Dr. Thierno Bah (Le Lynx n° 671) et Saïdou Nour Bokoum (La Lance, n° 421) ont dégagé la place d’Alfâ Ibrâhîm Sow dans le leadership étudiant et son rôle dans la lutte contre la dictature du PDG.

En 1990 donc, il prend la retraite et se tourne exclusivement vers la politique. Il abandonne plus de trente ans de créativité pour fonder l’UFD à Conakry. Ce faisant, il s’écarte du modèle d’Amadou Hampâté Bâ, qui résista aux sirènes politiciennes et consacra sa vie à l’étude des civilisations du Bafour : les Fulɓe/Toroɓɓe et leurs voisins.
Cela n’empêchera pas le régime de Modibo Keita de l’accuser injustement de corruption. Hampâté riposta dans la presse française. Toutefois, écoeuré par l’ingratitude des autorités de son pays, il s’exila définitivement à Abidjan.

Les conséquences d’un choix

En 1991, Hampâté Bâ meurt. C’était l’occasion unique pour Alfâ Sow de saisir le flambeau du Fils Aîné du 20è siècle.
C’était une chance historique pour cet universitaire du Pulaaku de prendre le relais des Henri Gaden, François de Coutouly, Gilbert Vieillard, Tierno Chaikou Baldé, etc. Hélas, il revint à feue Hélène Heckmann de s’occuper des archives de Hampâté Bâ.
Alfâ Sow quitte donc les cafés parisiens de La Seine et du Quartier Latin. Au lieu de consolider son entreprise intellectuelle, il s’installe à la Pâtisserie Centrale de Conakry. L’exhumation des trésors culturels du Fuuta-Jaloo ne l’intéresse plus. Il se détourne de la recherche pour les mirages de la politique. Il rejoint ainsi les légions de Fuutanke auto-exilés à Conakry. Et qui, par leur exode massif, accentuent la crise de leur région. C’était une forme de suicide. Et pourtant, la politique lui avait déjà valu sa première mort (voir plus haut). Alfâ savait donc que si la Guinée broie ses éducateurs, scientifiques, intellectuels, artistes, et sportifs, elle dévore ses politiciens. Son parti n’ajouta rien à son prestige de chercheur. Au contraire. En 1998, il devint le directeur de campagne d’Alpha Condé. Ce rôle secondaire ne fit guère l’unanimité. De fait, il lui valut l’incompréhension et le rejet. Son parti éclata peu après.

En 2001 et en 2004 les ONG Tabital Pulaaku International et Tabital Pulaaku Guinée (TPG) sont créées à Bamako et à Conakry respectivement.
Toujours victime de l’aveuglement partisan, de l’ostracisme politique des siens et de son auto-isolement culturel, et comble d’ironie, Alfâ Sow est écarté du processus. De toute évidence, l’environnement politicisé et intellectuellement stérile de TPG n’aurait pas favorisé une participation effective de l’expert. La collaboration eût été donc impossible.

Rédemption d’Alfâ Ibrâhîm Sow

L’hérédité et la destinée avaient programmé et préparé Alfâ non pas pour la politique, mais pour la quête intellectuelle. Sa réussite ou sa faillite ici-bas furent fonction de l’acceptation ou du rejet de son propre sort.

En août 2004, au crépuscule de sa vie, j’eus un entretien inopiné avec lui dans les locaux du Lynx. Je l’invitai à participer à des causeries que je voulais organiser sur ses publications. D’emblée, il accepta l’offre. Mais le rendez-vous n’eut pas lieu de son vivant. Il sera désormais posthume, et consistera en l’étude rédemptrice de l’oeuvre culturelle d’Alfâ Ibrâhîm
Sow.

Tierno Siradiou Bah

Note. Lire également : Le Professeur Alfa Ibrahima Sow

Réponse à Lamine Diallo

Monsieur Lamine Diallo

Votre lettre égrène un chapelet de plaintes, allégations, suggestions, et prédictions à propos de mes articles sur le Saifoulaye Diallo de Sidiki Kobélé Keita dans l’hebdomadaire Le Lynx. Exerçant mon droit de réponse, je réagis ici sur les points ci-après.

  1. Il semble que vous ne savez pas dans quelle catégorie me ranger. Ainsi vous m’appelez journaliste. En fait, je ne détiens pas une carte de presse du Conseil national de la Communication. Et si vous consultez la liste du personnel du journal Le Lynx, vous n’y trouverez pas mon nom. Je suis simplement un contributeur externe du journal. Et je ne suis pas peu fier de participer au combat que mène cet hebdomadaire dans l’exercice de la liberté de presse et d’opinion en Guinée.
  2. Vous vous plaignez du « procès injuste fait à Sidiki Kobélé Kéita». Vous faites erreur. En réalité, Kobélé n’est pas directement visé dans mes articles. Mon propos n’est pas de rudoyer l’ego d’auteurs intellectualistes ou de blesser des susceptibilités à fleur de peau. Mes charges, récusations et réfutations ciblent non pas l’auteur, mais des passages d’un médiocre et malhonnête livret. Les égratignures personnelles sont absentes, ou alors involontaires. Car il s’agit avant tout d’un pan de l’histoire de ce pays, c’est-à-dire du régime du PDG et de son chef. Concrètement, je mets l’accent sur le Camp Boiro : Goulag tropical, prison mortelle, autel absurde et abattoir sanglant du rêve et de l’euphorie de 1958. Je rappelle aussi l’usurpation d’un parti par un groupe de démagogues, poussés par des intérêts sordides, et abouchés au culte de la personnalité de Sékou Touré. Ces dernières années, avec Kobélé en tête, les orphelins et continuateurs du PDG sont sortis des placards. Ils s’agitent de plus en plus ouvertement, croyant pouvoir ressusciter un passé négatif et abhorré.En vérité, ils perdent leur temps.Car dans le dilemme auquel les Guinéens font face s’agissant du choix de société, la majorité rejette les clichés faciles, le discours creux, les fausses promesses du PDG. Nos compatriotes mesurent la catastrophe de la tricherie des mots et de la manipulation de paires de termes aussi contradictoires et inconciliables que liberté et pauvreté, d’une part, opulence et esclavage, d’autre part. C’est pour cela que, pour reprendre votre mot, mes « commentaires [dépassent] en ampleur … l’ouvrage » de Kobélé. Vous pensez que ma réaction est disproportionnelle, et que j’ai utilisé un canon pour écraser une mouche. Non ! En l’occurrence, on danse avec des aveugles. Il faut donc frapper aussi fort que possible pour barrer la route aux imposteurs et aux nostalgiques de la dictature assassine du PDG.Vous prétendez que grâce à ce recueil incohérent, « Les générations montantes apprendront qu’il a existé un Saifoulaye Diallo et qu’il a joué un certain rôle dans la vie politique de son pays. » Mon propos est précisément de chercher à dégager ce rôle de la propagande mensongère du PDG, que Kobélé réchauffe et propage. Vous souscrivez presque sans réserve à l’image que Kobélé donne de Saifoulaye. Veuillez souffrir mon approche différente, qui rejette la démarche de Sidiki, votre compagnon. Fondamentalement, je récuse la notion que Saifoulaye et Sékou Touré furent jamais des amis. Ils étaient davantage des camarades de combat et des alliés politiques. Leurs rapports n’ont pas résisté à l’épreuve de l’exercice du pouvoir. Bien au contraire, ils ont craqué et pourri. Leurs méthodes ont graduellement divergé. Et à la fin, ils appartenaient à des camps opposés. L’absence de documents personnels (mémoires) ou officiels (rapports, procès-verbaux de réunions) ne doit pas nous leurrer. De 1960 à 1962, Sékou Touré (président –désigné mais non encore élu —de la république) et Saifoulaye Diallo (président de l’Assemblée nationale, également désigné et non-élu) formait — s’obstinait-on à croire — un bicéphalisme charismatique et porteur d’espoir. Et pourtant c’est durant ces années que les deux présidents, sinistrement renforcés par Fodeba Keita, organisèrent le faux complot Ibrahima Diallo (1960) et celui, tout aussi fabriqué, des enseignants (1961). C’est en décembre 1962, au séminaire de Foulaya, que le duo éclata. Et la faute en incombe principalement à Sékou Touré … Celui-ci illustre parfaitement le dicton selon lequel “il n’y a pas de place pour deux crocodiles mâles dans le même marigot“. Et pourtant, le père de Saifoulaye, Alfa Bakar, chef du canton de Diari (Labé), avait mis son fils en garde contre la duplicité de Sékou Touré … L’hypothèse principale de Kobélé sur l’amitié entre les deux hommes ne résiste donc pas à l’analyse. Au contraire, elle fond comme neige au soleil. Cela n’empêche pas Kobélé de répéter infatigablement que Saifoulaye fut fidèle et loyal à Sékou Touré. Soit. Mais une telle attitude fut-elle réciproque ? En d’autres termes, Sékou Touré fut-il sincère et constant vis-à-vis de son ex-alter ego et des autres compagnons (Fodeba, Kassory Bangoura, etc.) et adversaires (Barry Diawadou, Barry III, Keita Koumandian, etc. ) politiques qu’il broya si impitoyablement ? Si Kobélé s’était ainsi honnêtement interrogé, il aurait dû admettre que le comportement de Saifoulaye, n’étaient pas mutuel. Il était univoque et s’appliquait à sens unique. Car Sékou Touré, lui, viola les Dix Commandements divins … Ainsi, il tua, pas une fois, mais en récidiviste. Il piétina les principes de l’amitié, du respect, de l’honnêteté, de l’humilité, n’hésitant pas à souiller la vie conjugale de ses collègues … Il cracha sur toutes les règles du compagnonage et de la solidarité . Il ne laissa à Saifoulaye aucune illusion sur le machiavélisme permanent et l’utilité conjoncturelle de leurs rapports.
  3. Le point le plus faible de votre lettre est l’affirmation catégorique, mais alors absolument dépourvue de preuve, selon laquelle le livret de Kobélé est « une oeuvre historique laborieusement construite ». Vous avez droit à votre opinion. Toutefois, vous auriez dû pousser votre soutien au-delà de la subjectivité et des jugements de valeur gratuits. Vous auriez dû étayer votre assertion par des exemples valables et des arguments adéquats. Pour toutes ces lacunes, votre affirmation reçoit, haut la main, le prix de la malhonnêteté intellectuelle pour l’année 2004, et peut-être même pour la décennie en cours. Bravo !
  4. Vous dites que je critique pour critiquer. Soit. Mais, à votre tour, vous confondez critique et critique. Ainsi vous amalgamez l’histoire littéraire de la France (romantisme, symbolisme, réalisme, naturalisme) avec l’activité des écrivains guinéens francophones. Vous fusionnez la critique littéraire et l’analyse socio-historique et politique. Vous mélangez la fiction et la réalité, la création littéraire et le discours politique. Vous méprenez la vitesse pour la précipitation lorsque vous mentionnez dans le même jet les écrits panégyriques de Kobélé et les oeuvres libres de Laye Camara, Alioune Fantouré, Tierno Monénembo, Cheick Oumar Kanté ou Saïdou Bokoum, Lamine Kamara. En passant, je voudrais mentionner que Monenembo est un camarade d’âge, qui, je l’espère viendra bientôt en Guinée pour dédicacer Peuls, son dernier roman. De même, Cheick Oumar Kanté est un ami d’enfance. Notre bande de gamins se livra à Labé aux mêmes espiègleries fabuleusement évoquées par Monénembo dans les aventures du Cinéma de son Mamou natal.
  5. Vous affirmez que la brochure de Kobélé est « un ouvrage didactique ». Mais vous ne prenez pas la peine d’indiquer ce qu’elle enseigne. Curieuse pédagogie historique, qui dénature les faits et trébuche sur la chronologie et les dates. Par exemple, ni vous, ni Kobélé n’admettrez qu’en 1947 et en 1948, Sékou Touré venait au quatrième et second rangs, successivement, dans le comité directeur du Parti. Lire André Lewin :

    Vous induisez les lecteurs en erreur en faisant accroire que Saifoulaye Diallo fut membre fondateur du PDG, alors qu’il était à Niamey le 14 mai 1947, date de la création de la section territoriale guinéenne.
    Ce sont là quelques unes des carences inadmissibles que je dénonce. Vos admonestations n’y changeront rien. Pour péremptoire que vous soyez, les « longues recherches » que vous attribuez généreusement à Kobélé ne sont que des compilations hâtives, des spéculations fausses, et des fabrications douteuses. Une fois de plus, vous affirmez plus que vous ne prouvez.

  6. Vous me conseillez : « pourquoi ne pas réécrire un autre Saifoulaye Diallo. » Je n’y avais pas pensé. Toutefois, au cas où je m’y résoudrais, je ne manquerai pas de solliciter votre sagacité !
  7. « Il n’est pas de grand critique qui n’ait à son actif une longue série d’ouvrages », dites-vous. De qui tenez-vous une telle hérésie ? Je préfère plutôt Corneille faisant dire au Cid : “Aux âmes bien nées la valeur n’attend point le nombre d’années.”…
  8. Vous dites que « Kobélé fait partie de la poignée de Guinéens qui ont accepté, après leurs études, de venir servir leur pays. » Au contraire, selon Dr. Thierno Bah, Kobélé fut l’un des artisans de l’intégration forcée de l’Union des Etudiants Guinéens en France dans la JRDA. Voici son témoignage :« La nouvelle équipe de l’AEGF-JRDA, composée de Charles Diané, Sylla Costa, Kéita Sidiki Kobélé, entre autres, entérina la thèse du complot. Elle appliqua la décision de nous intégrer dans la JRDA. Elle s’épuisa rapidement dans des conflits d’intérêts qui les éloignèrent de la masse des étudiants. Ces derniers ne bénéficiant plus de la bourse d’études, s’engagèrent dans la vie active. Ils cumulèrent le travail salarié et la poursuite de leurs études. Ils s’installèrent à contre-coeur dans l’exil. A partir de 1963, le gouvernement supprima les bourses à tous ceux qui l’avaient soutenu un an auparavant (y compris Kobélé). Sékou Touré déclara publiquement qu’il n’y a plus de Guinéens à l’extérieur. »
  9. « Pour un précédent ouvrage déjà, il a été taxé de thuriféraire de l’ancien régime. » Merci de rappeler l’énorme gaffe que fut la publication du livre de Sidiki Kobélé Kéïta intitulé Des complots contre la Guinée de Sékou Touré (1958-1984) paru aux Editions Soguidip, Conakry, 2002. Mohamed Barry, le fils benjamin de Diawadou Barry, est un actionnaire principal dans cette maison qui est avant tout une entreprise de distribution libraire. Entre la négligence, l’indifférence et les « contraintes » du business, je me demande ce qui a poussé Soguidip à publier un document plein d’injures contre Diawadou, ancien dirigeant politique assassiné au Camp Boiro ? Je reste sans réponse. Peu importe du reste, car Aminata Barry, la soeur de Mohammed, releva le défi et porta plainte devant la justice. Kobélé, vous vous souvenez, fut l’objet d’un procès en diffamation pour ses attaques contre l’honneur et l’intégrité de pionniers de l’émancipation de la Guinée : Mamba Sano, Keita Koumandian, Barry Diawadou, Barry III, et contre le syndicat des enseignants. Kobélé fut traîné devant le Tribunal de Première Instance de Conakry. Ce fut une première dans l’histoire politico-intellectuelle de la Guinée ‘indépendante’. Mais, agissant en héritier et continuateur du PDG, le Général Lansana Conté bloqua le verdict du Président du Tribunal, par l’entremise de l’ancien ministre Abou Camara, un autre “orphelin” de Sékou Touré.Revenons au petit bouquin incriminé et rejetté par la majorité des Guinéens. Parmi les autres points saillants du livret, Kobélé approuve et reproduit les passages suivants :— « les Peuls sont une race à laquelle on ne peut pas faire confiance » (p. 155)— « le particularisme peul reste l’obstacle majeur à une intégration satisfaisante des ethnies » en Guinée (p. 118)Qu’en pensez-vous, Monsieur Diallo ? Kobélé a-t-il raison en l’occurrence ?
  10. Vous citez le Député Ghussein qui, « mieux que quiconque, a approché l’ancien régime, [et] a déclaré que Kobélé n’y a jamais exercé de fonction gouvernementale. »Frère cadet du soi-disant “honorable” député actuel, Fadel Ghussein fut assassiné au Camp Boiro. Cela n’empêche pas son aîné de continuer à vanter Sékou Touré, l’assassin. Pas étonnant que ce comportement condamnable ait créé une scission dans la famille Ghussein. Car la famille du martyr, précisément sa femme et ses enfants ne reconnaissent plus en lui le beau-frère et l’oncle. Et l’affirmation du député de l’actuel PDG-RDA est fausse. Sous le règne sanglant du Parti-Etat, Kobélé cumula pendant des années les fonctions de directeur de la bibliothèque nationale et de directeur de l’Institut national de la recherché et de la documentation (INRDG).
  11. Je ne suis pas plus un “critique d’opérette” que Kobélé n’est un intellectuel de salon et l’invité d’honneur de mamayas huppées, animées par un certain griot de Kisi Farmaya. Les épithètes et les injures sont l’arme des gens à court d’arguments. Sékou Touré et Kobélé en font un usage excessif. Ne les imitez pas.
  12. Finalement, vous vous érigez en oracle en affirmant que Kobélé « a eu raison » et qu’« il aura raison ». Sékou Touré, lui aussi, aimait à dire que « le peuple a raison … il aura toujours raison. » Son autre prophétie consistait à clamer : « l’impérialisme trouvera son tombeau en Guinée », « la révolution triomphera » … Il rendit son âme damnée dans une clinique de Cleveland, Ohio (USA) …Et le 3 avril 1984, Lansana Conté et le CMRN balayèrent le PDG sans coup férir. Méfions-nous des prédictions, Monsieur Diallo.

Tierno Siradiou Bah
Kipé. Conakry.