Pas de réconciliation sans justice

Bâ Mamadou, président d'honneur de l'UFDG
Bâ Mamadou, président d’honneur de l’UFDG

Empruntant à feu Ibrahima Baba Kaké le titre du livre biographique Sékou Touré, le héros et le tyran, Bâ Mamadou, président d’honneur de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (Ufdg), a publié un article intitulé “Sékou Touré, héros et tyran, 26 mars 1984—26 mars 2008” (Le Lynx, no. 833 du 31 mars 2008, p. 4-5) .
Dans l’introduction l’auteur rappelle la nécessité d’éduquer l’esprit des jeunes lecteurs sur la dictature meurtrière du président Sékou Touré (1922-1984), président de la République de Guinée, de 1958 à 1984.

Pas de réconciliation sans justice

Venant d’une personnalité qui a beaucoup lu, vu et appris, la démarche n’en est que plus louable. Jouissant d’une longue et riche expérience professionnelle, éditoriale et civique, Elhadj Bâ est assurément en position pour partager avec ses contemporains et à la postérité les faits et enseignements d’une carrière exceptionnelle. En attendant, je voudrais partager mes réflexions sur l’article sus-cité, en insistant sur un certain nombre de points, généraux et de détail. Le texte complet de l’article est publié séparément ici. Comme on le verra j’espère, l’article réflète deux approches —contradictoires— de l’histoire de la Guinée coloniale et post-coloniale ; l’une, politique et objective, est étayée de faits historiques ; l’autre, politicienne et subjective, est partisane et réellement contestable.

« Il n’y a pas eu beaucoup d’écrits sur Sékou Touré, sur sa vie, ses activités, son oeuvre. »

Cette remarque revient tel un boomerang vers l’auteur. Il est important et urgent que Elhadj Bâ prenne la plume pour rédiger un livre ou ses mémoires. Nul doute qu’un tel ouvrage enrichirait la bibliographie critique sur la dictature de Sékou Touré et du Parti démocratique de Guinée (Pdg)

« Il est vrai qu’il était le seul à écrire ses fameux tomes (une quinzaine) et il ne laissait personne parler et exprimer librement ce qu’il pensait et souhaitait. La presse n’existait pratiquement pas. »

En réalité, Sékou Touré publia sous sa signature une trentaine de tomes, également insipides et compilant ses interview, discours-fleuve, poèmes “militants”, etc.

« Personnellement (et avec Momory Camara), nous avons écrit des articles sur les finances et la monnaie qu’il a purement et simplement signé en son nom. »

L’article est muet sur l’identité de Momory Camara. Il assume, à tort, que les lecteurs du Lynx urbi et orbi savent de qui il s’agit. Depuis le coup d’Etat du 3 avril, Mr. Camara mène une vie de retraité incognito et modeste à Conakry. Et dire pourtant qu’il fut ministre-gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (Bcrg). Il appartient à la longue liste d’anciens officiels de la dictature, qui, par leur silence inqualiifiable, laissent le champ libre aux griots et aux serviteurs non-repentants de “l’ancien” régime. Dans son livre intitulé La vérité du ministre : Dix ans dans les geôles de Sékou Touré (Paris. Calman-Lévy. 1985) Alpha Abdoulaye Portos Diallo révèle que Sékou Touré fit fusiller une grande partie des hauts-fonctionnaires du secteur bancaire et financier. Il tenait ainsi à réduire au silence ces témoins encombrants de sa gestion anarchique et criminelle de l’économie. Pourquoi et comment Momory Camara échappa-t-il à la purge ? Il serait intéressant de connaître sa version de l’histoire.

Comme l’a dit le Professeur Djibril Tamsir Niane :

« Il y a surtout qu’aussi bien en Guinée qu’hors de la Guinée, les études, les recherches sur le temps de Sékou Touré n’ont pas avancé. »

Historien, chercheur, professeur, auteur, dramaturge, syndicaliste, le professeur Niane porte une grande part de responsabilité sur le manque à gagner qu’il déplore. Au début du millénaire il fut appelé à siéger au panthéon des 100 personnalités intellectuelles les plus influentes de l’Afrique du 20e siècle. Son ouvrage-clef, Soundiata ou l’épopée mandingue, est un classique mondial. En lui, la Guinée a un écrivain prolifique malgré les obstacles que l’Etat officielle n’a cessé d’ériger pour comprometre ou ruiner sa carrière brillante. Contre vents et marées, seul ou en collaboration avec d’autres sommités, cet intellectuel rude au labeur a produit une oeuvre remarquable par son originalité et sa substance. Là où le bat blesse, c’est que cet ancien prisonnier du Camp Camayanne —qui devint le Camp Boiro en 1970— reste sobre et avare sur l’évolution catastrophique de la Guinée post-coloniale. En 1961, il rédigea un poème satirique qui dénonçait la dérive précoce du régime. Membre du syndicat des enseignants, il participa à la rédaction du Memorandum revendiquant des conditions de travail adéquates pour les enseignants. Le document est d’une éloquence et d’une précision rares. Il fut inculpé, traduit et condamné à une lourde peine de prison par le Tribunal révolutionnaire présidé par Saifoulaye Diallo, président de l’Assemblée nationale. Il fut incarcéré en décembre 1961 avec ses co-accusés :

  • Keita Koumandian
  • Bah Ibrahima Kaba
  • Mountagha Baldé
  • Ibrahima Fofana
  • Mamadou Gangué
  • Hassimiou Baldé
  • Sow Moumini
  • Diarra Sidi
  • Bahi Seck
  • Kolon Diallo
  • ……………

Pourquoi le professeur Niane garde-t-il encore son mutisme ? L’un des rares documents critiques du PDG que je lui connais est précisément sa communication in absentia au Colloque d’Abidjan, organisé en 1987 par Houphouet-Boigny à l’occasion du quarantenaire du RDA et pour célébrer sa propre gloire évanescente. Comment se fait-il que nous n’ayons aucun ouvrage sur le Camp Boiro signé Djibril Tamsir Niane, en sa triple qualité de témoin, victime et participant des évènements cruciaux de la Guinée contemporaine ? Tant qu’il n’aura pas ébauché un pas vers la correction de cette anomalie, le professeur —qui fut mon doyen et pour lequel je nourris une grande admiration— ne pourra blâmer que lui-même au premier chef.

Dans sa perplexité, Alsény René Gomez jetait un coup d’oeil sur ce passé récent, pose le problème du bilan de la première république. Il ajoute encore :

« Cinquante ans n’ont pas cicatrisé la plaie; le devoir de mémoire qu’il pose devient incontournable; il semble bien que les non-dits et autres silences sur les prisons de la première république, constituent un blocage psychologique sur les Guinéens. »

Intitulé Camp Boiro, parler ou périr, le livre d’Alsény René Gomez est comme il l’indique la couverture l’aboutissement d’un projet formulé du “fond de sa cellule du Camp Boiro, en novembre 1971” [et par laquelle] “René Gomez avait promis de témoigner s’il sortait de cette prison.” Gomez fut libéré du Camp Boiro en 1980. Après 27 ans, il a tenu promesse. Mieux vaut tard que jamais. Et on ne peut plus lui reprocher le silence. Il parlé enfin. Mais c’est un peu tard. Car entre sa libération et la parution de ce livre a eu le temps de compromettre son statut de victime du PDG. Comment cela ? En se mettant avec zèle au service du régime despotique du Général Lansana Conté, ancien membre du Comité central du PDG et bourreau actif auprès de la Commission d’enquête du Comité revolutionnaire. Le 25 janvier 1971 le lieutenant Lansana Conté et le capitaine Diarra Traoré ne fermèrent pas l’oeil. Ils étaient très occupé à exécuter la sentence scélérate de l’Assemblée nationale populaire, qui avait condamné plus 90 innocents à mort. Conté participa directement au massacre des prisonniers politiques en aidant son complice Diarra à pendre au pont Tombo les malheureux Barry III, Baldé Ousmane, Magassouba Moriba et Keita Kara Soufiana. Gomez savait bien que Conté avait tué des Guinéens de sa main, comme le confirme sa menace devant les syndicalistes au plus fort de l’insurrection populaire en 2007.
En se mettant au service du diable, Gomez a effacé 90% de la légitimité de son témoignage. Car il a lui-même les mains rouges du sang de Guinéens tués entre 1992 et 1997 aux ordres des forces de sécurité qu’il coiffait en sa qualité de ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation. Il a fallu la destruction de sa maison à Labé et son second limogeage du gouvernement pour qu’il se décide à faire paraître son livre. Gomez exhibe les traits de la schizophrénie guinéenne, qui pousse les “cadres” du pays à se dédoubler, passant successivement de victimes à bourreaux, vice versa. Il rejoint ainsi une longue cohorte où figurent Keita Fodéba, Magassouba Moriba, Emile Cissé, Keita Fadiala, etc.
Ainsi, après son départ du gouvernement en 1997, il avait rejoint l’Association des victimes du Camp Boiro, lui qui pendant des années fut le premier flic du pays. En 2004, à l’issue d’une réunion de l’Association alors présidée par Dr. Keita Ousmane et dans le cadre de mes recherches sur le Camp Boiro, je demandai à rencontrer Gomez. Il me reçut dans son cabinet privé situé au carrefour de Dixinn. Il me confirma que le manuscrit de son livre était avancé. J’avais en l’idée de l’encourager à livrer davantage et mieux que le livre. En effet, en 1984 Gomez, le professeur Niane, Lamine Kamara (auteur et ancien ministre), etc. faisaient partie de la commission du Livre Blanc coiffée par le capitaine Facinet Touré, membre du Comité militaire de redressement national (Cmrn), ministre des Affaires étrangères. par le . En fait l’annonce de cette publication apparaît aujourd’hui comme un bluff et une énorme mascarade.
Ni Conté ni Diarra ne pouvaient autoriser la parution d’un document qui pouvait révéler leur docilité, zèle et compromission, qui furent la cause et la conséquence de leur rôle actif dans l’exécution des purges de Sékou Touré. La commission du Livre Blanc fut donc vite remerciée. Les émissions de dénonciations et de plaintes des victimes animées par Facély II Mara à la radio, furent déprogrammées. Toutefois, les membres de la commission de rédaction avaient eu accès aux archives de la présidence et aux documents du président Sékou Touré. Je voulais suggérer à Gomez de penser à livrer sur Internet les dossiers que lui et ses anciens collègues sont censés toujours détenir. Mais son projet de livre était son unique souci. Et les choses en restèrent là. Cela dit, je consacrerai un blog spécial à la revue de Camp Boiro, parler ou périr, une fois que je l’aurai lu, scanné et relu.

Il faudra bien crever l’abcès un jour. La réconcilation nationale l’exige.

L’invite de Alsény René Gomez sera-t-elle entendue ?
Si par “crever l’abcès” on entend une palabre impotente et hypocrite ayant pour objectif une prétendue “réconciliation nationale”, alors on doit fermement boucher les yeux et les oerilles pour signifier le rejet ferme, total et irrévocable de “l’invite de Alsény René Gomez”. Par contre, si “crever l’abcès” conduit à la tenue d’un procès conformément au droit universel et aux normes de la Cour Internationale de Justice, où procureurs, avocats, accusés, témoins, preuves, et le droit ont libre cours et sont rigoureusement respectés, alors on ne saurait qu’être d’accord. Toutefois, la longue quête de la justice pour les martyrs et les victimes du Camp aura pour objectif suprême la condamnation des forces du Mal incarnées par Sékou Touré et le PDG. Une rétribution équitable conduira également à la punition des agents du Mal, c’est-à-dire les héritiers directs et indirects de Sékou Touré, les misanthropes et les génocidaires qui oppriment la Guinée depuis 1958. Au banc des accusés figureront les puissants du jour (Lansana Conté et Aboubacar Somparé) et leurs associés intermittents (Alsény René Gomez, Lansana Kouyaté, …).

Citons encore Djibril Tamsir Niane :

« Quand un pays a été ébranlé par un drame aussi poignant, il est établi que “sans une réconciliation”, sans un pardon, rien ne peut marcher. Nous avons vu le cas de l’Afrique du Sud; Nelson Mandela a réussi à réconcilier, à rapprocher les composantes d’une société déchirée par un demi-siècle d’Apartheid. … La Guinée n’a pas encore trouvé l’opportunité de crever l’abcès des non-dits d’antan. Pourtant le développement est à ce prix. Si l’on n’ouvre pas le débat surle drame de la lère République, si l’on n’exorcise pas le passé, il sera difficile d’entretenir une paix sociale. »

On ne peut pardonner qu’une faute reconnue et avouée. Or les héritiers du PDG (Lansana Conté, Aboubacar Somparé, Lansana Kouyaté, etc.) refusent d’admettre les crimes commis par Sékou Touré au Camp Boiro. Comment donc peut-on se réconcilier avec des criminels qui nient tout de l’horreur du Camp Boiro. Comment se réconcilier avec des tortionnaires fiers d’avoir dénoncé, humilié, spolié, torturé et tué des milliers de Guinéens ? Non ! On doit mettre fin à l’impunité. Une comparaison avec l’Afrique du Sud est abusive et inappropriée. Car, en dépit de l’Apartheid rétrograde, ce pays a maintenu une certaine tradition juridique absente en Guinée. La Constitution de 1958 fit table rase de la branche judiciaire de l’Etat. Et depuis lors, l’Exécutif est à la fois juge et partie. Il accuse, juge, condamne, et punit en secret, en violation du droit universel et constitutionnel, qui garantissent le droit à la défense pour les accusés.

Tierno S. Bah

Cadres politiques Forestiers : rôle, place, sort

Dans un article intitulé “De Gnakoye Samoé à Sékou Souapé Kourouma” (Guineepresse.info du 29 mai 2008), Jacques Kourouma rappelle le rôle, la place et le sort (disparitions récurrentes de citoyens Guinéens originaires de la Forêt, à travers les cinq décennies écoulée. Ce phénomène ne se limite pas aux Forestiers. Depuis 1958, les quatre régions du pays (Basse-Guinée, Fouta-Djallon, Haute-Guinée, Guiné Forestière) ont payé cher la dictature de Sékou Touré et le despotisme de Lansana Conté. Mais l’article contient des points contestables et erronés qui font l’objet de ce blog. Ainsi, l’auteur écrit

En 1942, donc bien avant le PDG, l’Union Forestière voit le jour sous la forme d’une association de danse qui est agréée par l’administration coloniale locale en tant que parti politique le 5 janvier 1946, toujours avant le PDG.

M. Kourouma, qui furent les participants de cette réunion ? Où se déroula-t-elle ? Auriez-vous une copie de l’agrément de ce parti ? Ou des documents d’archives sur cette formation politique ? Rappelons qu’en 1942, la deuxième guerre mondiale battait son plein. Le régime fasciste de Vichy contrôlait l’Afrique Occidentale Française (AOF) et les indigènes n’avaient pas acquis le droit d’association politique.

Des cadres du PDCI-RDA de Félix Houphouët Boigny se mettent en contact avec la direction de l’Union Forestière. Des échanges de délégation eurent lieu.

L’article ne donne pas la date de cette rencontre. Car même si Houphouët dirigeait déjà l’association des planteurs de Côte d’Ivoire, le PDCI, section territoriale ivoirienne du Rassembement démocratique africain (RDA), ne fut créée qu’après le Congrès de ce mouvement à Bamako, du 16 au 19 octobre 1946.

En mai 1947, le PDG naît en Guinée sou l’impulsion de Sékou Touré qui était partit de Bouaké et soutenu voire financer par Houphouët Boigny.

Rectificatif : l’association agréée en mai 1947 s’appellait la section guinéenne du RDA. Elle ne prendra le nom de Parti démocratique de Guinée (PDG) qu’ultérieurement. La direction et l’impulsion de la nouvelle organisation revint incomba à des fonctionnaires tels que Madeira Keita, Abdourahmane Diallo, Mamadou Traoré Rayautra. Agé de 28 ans environ, Sékou Touré fut certes un des membres fondateurs de la section. Il avait participé aux travaux de Bamako en tant que membre de l’Union Mandingue. Mais il était jeune et inexpérimenté et dut céder le leadership à ses aînés, qui du reste présentaient mieux socialement et matériellement que le célibataire qu’il était. En 1953, Madeira Keita, chercheur au Centrifan-Guinée et premier secrétaire général du parti, fut muté. Amara Soumah, le second secrétaire général, le remplaça avant de démissionner. Sékou Touré fut désigné (mais pas élu) à sa place. Il ainsi le troisième secrétaire général du PDG. Il faillit être débarqué de cette fonction en 1962, au Séminaire de Foulaya (Kindia), où Saifoulaye Diallo recueillit une voix de plus que lui dans la course au poste convoité. Une majorité de cadres du PDG s’élevait contre le cumul des postes de sécrétaire général et de président de la République par Sékou Touré. Comble de surprise et de défaitisme, Saifoulaye se désista en faveur de Sékou Touré. Sékou Touré conservera le cumul, contre vents et marées et à coups de complots jusqu’à sa mort le 26 mars 1984 à Cleveland, USA.

En septembre 1947, l’Union Forestière s’associe au PDG qui avait commencé à se rétrécir telle une peau de chagrin face à l’hostilité de l’administration coloniale.

L’Union Forestière fut l’une des organisations à s’associer — temporairement — à la création de la section guinéenne du Rassemblement démocratique africain en 1947. La branche locale ne prit le nom de Parti Démocratique de Guinée qu’en 1948.
Dans la logique du Congrès de Bamako, le RDA en tant que mouvement —et non pas parti politique — appellait au regroupement de tous les Africains. Mais l’initiative ne dura pas longtemps. La persécution des autorités coloniales françaises aboutit à la démission de nombreux fonctionnaires (les “évolués”) qui furent sommés de choisir entre leur activité politique et la sécurité de leur emploi.

N’Zérékoré devient l’unique section du PDG qui fonctionne par une organisation structurée.

Tout comme les autres cercles (préfectures), NZérékoré (Zalikolè) abritait une sous-section du PDG-RDA, et non pas une section.

Si tu es soucieux du lendemain, si tu as à coeur de préparer un avenir meilleur à tes enfants ; c’est au sein du RDA de Guinée que tu dois militer.

C’était là effectivement les mots et le discours du RDA dans les années 1940-50. Toutefois, l’on constate que les partis et les leaders issus du mouvement RDA se évoluèrent négativement et tragiquement. Une fois arrivés au pouvoir post-colonial, ils devinrent des dictateurs intraitables. Ce fut le cas notamment de Modibo Keita (renversé en 1968), Sékou Touré (l’inventeur du Camp Boiro, prison pérenne et Goulag guinéen), et Félix Houphouët-Boigny, dont le despotisme cynique poussa feu Ahmadou Kourouma à l’exil définitif en France.

Ainsi le 17 juin 1951, Niankoye Samoé, […] démissionne immédiatement du PDG et crée son propre mouvement politique en 1951, qu’il appela La Rénovation Guerzé.

On aimerait en savoir davantage sur la biographie de ce devancier de la politique partisane en Guinée.

Aux législatives du 17 juin 1958, il se présente contre Sékou Touré, candidat du PDG.

Le IVe Congrès du PDG se tint à Conakry en juin 1958, certes. Mais il n’y eut absolument pas d’élections législatives à cette date en Guinée française. Le dernier suffrage législatif fut organisé le 31 mars 1957. Vice-président du conseil de la semi-autonomie (Loi-cadre Gaston Deferre du 23 juin 1956), Sékou Touré forma son gouvernement le 14 mai 1957. De cette date au referendum, il n’y eut pas de consultations électorales. L’Assemblée territoriale fonctionnera (57 conseillers PDG, 2 conseillers PRA, 1 indépendant) jusqu’au 2 octobre 1958. Elle s’érige successivement alors en Assemblée Constituante et en Assemblée nationale.

Ici, commence la lutte qui va marginaliser la Forêt par le gouvernement issu du PDG de Sékou Touré, qui vit dans la démarche de Niankoye Samoé un affront.

Ce passage de l’article de M. Kourouma ne fournit aucune preuve historique. Il ne contient aucun fait avéré et verifiable. Il s’agit donc d’une opinion probable et d’une confusion réélle.

Cependant, il usa de la malice pour l’inviter au congrès du PDG de Mamou.

En l’absence de précisions fiables, ce paragraphe est également erroné. De quel congrès du PDG s’agit ? Avant la proclamation de l’indépendance, tous les quatre congrès du PDG eurent lieu à Conakry.

C’est en route pour Mamou que le premier cadre politique Kpèlè est assassiné entre Sérédou et Macenta. Cet assassin est dissimulé en accident de circulation.

Une fois plus, M. Kourouma omet la date, même approximative, de cette perte tragique. Non pas que je doute de la narration. Car depuis 1954 Sékou Touré avait adopté l’assassinat comme moyen de conquête et de conservation du pouvoir. Et Niankoye Samoé s’ajoute à la longue liste des victimes politiques de Sékou Touré. Yacine Diallo, premier député guinéen (1946-1954) fut vraisemblablement la première figure à tomber sous la perfidie et l’ambition criminelle de Sékou Touré. Une version orale court toujours qui associe Mafori Bangoura à l’empoisonnement et à la mort subite de Yacine Diallo. On parlera d’une crise cardiaque. Assurément, il n’y eut pas d’autopsie. Et Sékou Touré assistera à l’enterrement de son aîné, qui lui ombrage et lui “barrait le chemin”.

Après lui, les meurtres des enfants Forestiers pouvaient continuer. Les plus célèbres seront Zogbèlèmou Domakoa, Loffo Camara, Commandant Zoumanigui Kèkoura, Gna Félix Mathos, Bamba Marcel Matho, Sano Mamadi.

J’ignorais le cas de Zogbèlèmou Domakoa. Alors, je vous laisse de soin de nous fournir quelques données sur lui. Cela dit, vous tombez dans l’amalgame en parlant de “meurtres des enfants Forestiers”. Sur les six noms cités, cinq avaient été des complices actifs et/ou passifs des crimes de Sékou Touré avant d’en être victimes à leur tour. Passons brièvement en revue les quatre cas suivants :

  1. Mme. Camara Loffo, membre du BPN et première femme ministre, participa et applaudit, volontairement ou pas, à tous les complots qui précédèrent l’attaque du 22 novembre. Ce furent précisément le Complot Ibrahima Diallo (1960), le Complot des Enseignants (1961), le Complot Petit Touré (1965), le Complot Kaman-Fodéba (1969). Mais le tragique évènement du 22 novembre. l’emporta. Tombée en disgrâce, elle fut accusée sans preuve et sans droit à la défense — à l’image  de tous les autres condamnés — d’être un “mercenaire et un agent de la cinquième colonne”. Elle fut fusillée à Matoto le 25 janvier 1971, par un peloton d’exécution comprenant Mamadi Keita, professeur de philosophie et membre du Bpn.
  2. Commandant Zoumanigui joua le même rôle. Ainsi Ibrahima Baba Kaké (1987), Kaba 41 Camara (1988) reprennent tous deux une une anecdote déprimante révélée premièrement par Alpha Abdoulaye Portos Diallo (1985). Portos écrit en effet : « … Aux premiers coups de feu, tirés à Conakry II, à la Minière, aux environs de 2 heures du matin, le dimanche 22 novembre 1970, le commandant Zoumanigui Kekoura, commandant la gendarmerie nationale, le général Noumandian Keita, chef d’état-major général de l’armée guinéenne, accompagnés de certains officiers, se précipitent au palais présidentiel. A leur vue, le président Sékou Touré, croyant à un coup d’Etat, perd son sang-froid et, levant les bras en l’air, leur dit en tremblant : — « Tuez-moi, mais ne me livrez pas au peuple. Ne me faites pas honte (en malinké : a lu kana n’maluya !). » Les officiers répondent : — « Non Président, nous venons chercher les clés des magasins de munitions. » Plus tard, le général Noumandian racontera la scène à son vieil ami, le sage El Hadj Sinkoun Kaba, qui lui dira : — « Vous auriez dû improviser un coup d’Etat, l’arrêter. Vous avez eu tort, bien tort. » Et, une certaine tristesse dans les yeux, une certaine émotion dans la voix, il ajoutera : — « Maintenant il vous tuera tous ! Il n’épargnera aucun de vous. » Effectivement, Sékou Touré les fera tous arrêter et exécuter le 29 juillet 1971.» Et le Lieutenant-Colonel Kaba 41 conclut : « Quant au complot de 1960, c’est le commandant Zoumanigui qui devait le dévoiler dix ans après. En 1971, après son arrestation et la sauvagerie avec laquelle on l’a torturé (on lui a brisé un bras), il a déclaré : « Ah ! Sékou,  après tout ce que j’ai fait pour toi, “cadrer” les armes pour  toi aux frontières de Koundara. Capturer les enfants des autres, les ligoter  et les jeter vivants à la mer pour toi … c’est comme cela que tu me récompenses ? »

Permettez-moi de corriger l’orthographe des deux autres noms. Il s’agit plutôt de Bama Marcel Mato (pas Bamba Marcel Matho), et de Sagno Mamadi (pas Sano Mamadi). Précisons que Sano est un nom Kouranko, et que Sagno est un patronyme Kpèlèwö.

Voici les révélations qu’apporte le Lt.-Colonel Kaba 41 sur leur collaboration avec Sékou Touré :

« Au sein de l’Armée, le président du Comité militaire du quartier général, c’est-à-dire président du Comité du siège du Ministère et de l’Etat-Major, se considéra comme le porte-parole de tous les autres présidents de toute l’Armée. Puisqu’il y a suprématie du politique sur l’administratif, Sékou Touré ira même jusqu’à désigner les présidents de comité des camps comme adjoints des commandants de ces camps. Je vous ai dit que la plupart de ces présidents  étaient des soldats. Ainsi, par exemple, après le capitaine commandant  un camp, c’est le caporal président de comité qui a voix au chapitre avant les lieutenants et sous-lieutenants. Mieux, le capitaine doit lui rendre compte de sa gestion. Je dois dire que les soldats guinéens prirent vite conscience de la situation. Beaucoup ne suivirent pas les nouvelles recommandations qui mettaient officiellement la pagaille dans l’Armée. Mamady, lui, exécuta ces recommandations à la lettre. Devenu l’adjoint du ministre de l’Armée, Sagno Mamady à l’époque, parce que président du comité du Quartier Général, il s’en prit sans aucune retenue  à celui-ci. Sagno refusa que Mamady vérifiât  sa gestion. Il y eut un scandale. Une bouche ouverte au niveau des Forces armées eut lieu au Palais du Peuple. Sagno Mamady et  le commandant Zoumanigui, commandant de la Gendarmerie, se défendirent en vain : Sékou soutint ses hommes de main contre ceux qui ont contribué à faire de lui ce qu’il est, tel un Sagno Mamady qui a facilité l’adhésion de la région N’Zérékoré au RDA. Vieux militant, intègre, modeste, Sagno Mamady sera pris et mourra à Boiro. […] Il n’y avait pas qu’un seul Comité révolutionnaire. Celui de Boiro, coiffé par Ismaël Touré, était le noyau, le central. Chaque camp de concentration, après l’agression, en raison du grand nombre de détenus, avait son petit Comité révolutionnaire. Celui d’Alpha Yaya était dirigé, avant qu’il ne soit arrêté à  son tour, par Sagno Mamady, ministre de l’Armée, secondé par Marcel  Bama Mato, ministre de l’Intérieur, qui sera d’ailleurs pris lui aussi. Les  tortionnaires ici ? Kolipè Lama et Toya Condé. … Au camp Alpha Yaya où …  l’on interroge les ministres Baldé Ousmane, Barry III, Magassouba Moriba et le commissaire Kéita  Kara arrêté parce qu’il a aidé  son ami le capitaine Abou  Soumah, seul rescapé des détenus de 1969, à s’enfuir après  sa délivrance par les mercenaires le 22 Novembre. Le capitaine Jean Kolipé Lama [qui deviendra ministre dans le gouvernement Diarra Traoré] est le chef de la cabine technique à Alpha Yaya ; c’est un officier de valeur, comme par ailleurs tous les soldats formés par la France. Kolipé est d’apparence affable. Court et trapu, il a l’air bon tout comme Diarra Traoré. A voir tous ces tueurs évoluer dans la société, personne ne peut déceler en eux la bête innommable qui sommeille. A les voir en besogne, … on a le vertige. Sagno Mamadi et Marcel Bama Mato avaient le vertige. Ceux qui traînaient là, amarrés du cou aux chevilles, étaient leurs frères, leurs collègues, ministres il y a encore une semaine, comme eux. Aujourd’hui, ils sont là, véritables loques humaines aux 3/4 morts de faim et de soif. Depuis leur arrestation, Magassouba et Barry III […] n’avaient ni mangé ni bu. Kolipè s’amusait et riait. Il avait jeté aux deux hommes une orange non épluchée. C’est la première fois depuis plus d’une semaine qu’ils ont quelque chose qui ressemble à de la nourriture, qu’on peut mettre dans la bouche, qu’on peut avaler. Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Mais comment se saisir d’une orange non épluchée, placée à deux mètres environ lorsqu’on n’est pas une limace, lorsque les mâchoires ne répondent plus à la volonté ? Je vous demande d’imaginer la scène car je n’ai pas le coeur de vous la décrire. … Ceux qui se trémoussent  là, dans la poussière, après une orange insaisissable, sous les yeux de leurs collègues, furent grands. Ils ont commandé des années durant. Ils ont contribué à la grandeur de la Guinée par son  indépendance. Quelques jours plus tard, après leur avoir arraché la « vérité  », ils seront pendus, et la corde leur sera passée au cou par Capitaine Diarra Traoré.» (Kaba 41 Camara. Dans la Guinée de Sékou Touré, cela a bien eu lieu. Paris. L’Harmattan. 1998). «…  j’ai toujours servi une cause juste et pour ce faire j’ai utilisé l’arbitraire. J’étais chargé d’arrêter tous ceux qui sont susceptibles d’exprimer la volonté populaire.  Je n’ai compris que lorsque  je fus arrêté à mon tour, le jour fatidique arriva. » (Keita Fodéba, confession tardive du seuil de la tombe) Il ressort de ce qui précède que les cadres Forestiers associés à Sékou Touré n’étaient pas des anges. Au contraire, ils étaient intimement mêlés à l’oppression et à la répression des Guinéens. Ils furent dévorés par leur monstre de patron. Ne croyez surtout pas, M. Kourouma, que les cadres de la Forêt cités ici avaient l’apanage de la duplicité et de la lâcheté. Chaque ethnie et chaque région du pays fournit à Sékou Touré des collaborateurs zélés et passifs de la dictature. Prenons le cas du Fouta-Djallon. De 1957 à 1962, Saifoulaye Diallo fut un co-dictateur efficace, froid et redoutable. Il aida Sékou Touré à implanter le PDG au Fouta. L’histoire lui offrit la chance unique de dégager le pays de la tyrannie émergente et encore fragile de Sékou Touré. Il se déroba et refusa de jouer le rôle salutaire de pôle d’équilibre capable de contrer la mégalomanie sanglante de Sékou Touré. Parallèlement, Barry Diawadou et Barry III acceptèrent de fondre leur parti, le Parti du Rassemblement Africain (PRA) dans le PDG en 1959. Ils signèrent ainsi leur arrêt de mort. Le premier fut fusillé nuitamment au mont Gangan avec Fodéba Keita, Col. Kaman Diaby, Capt. Thierno Ibrahima Diallo, Cdt. Cheick Keita, etc. dans la nuit du26 au 27 mai 26 mai 1969. Le second, on l’a vu, fut pendu publiquement le 25 janvier avec trois co-accusés. Quant à Telli D

iallo, le président sénégalais d’alors, Léopold Sédar Senghor, fut son professeur à l’Ecole normale de Dakar dans les années 1940. Il conseilla à son ancien élève de ne pas retourner à Conakry après le non-triplement de son mandat à la tête de l’OUA. Telli passa outre et atterit à Gbessia en août 1972. Un témoin raconte que lorsque Sékou Touré apprit la nouvelle de l’arrivée de Telli, il se mit à danser de joie dans son bureau. Il attendit patiemment quatre ans avant d’abattre Telli. Ajoutant à sa perfidie, il n’hésita pas à couvrir les Fulbhe (l’ethnie de Telli)  de calomnies haineuses en 1976-1977, et à priver les étudiants Fulbhe de bourses méritées pour l’extérieur. Prenons les Malinkés. De nombreaux cadres continuent encore à prendre la défense de Sékou Touré. Ils ne sont pas les seuls. Mais en ce qui les concerne, il s’agit d’une sorte de solidarité ethnique bornée. Or il se trouve que le même Sékou tortura et tuea les meilleurs cadres Malinkés (Fodéba, Camara Balla, Keita Koumandian, Keita Noumandian, Keita Cheick, Savané Moricandian, etc). Il força Camara Laye à l’exil après l’avoir fait empoisonné à Conakry (Je tiens cette version de la bouche même de Madame Marie Lorofi, que j’interviewai dans son appartement à Camayenne en 2002). D’autres écrivains Malinkés, Ahmadou Kourouma et Baba Kaké, le rejettèrent et le renièrent comme l’incarnation du Mal. Keita Fodéba grava une confession sommaire sur le mur de son cachot au Camp Boiro. Il avoua s’être dépensé pour des causes infâmes. C’était trop tard. Enfin parlons des Soussous. Les cadres de la Basse-Guinée ont apporté, à l’image des populations de la capitale, le fondement sans lequel le PDG aurait été étouffé dans l’oeuf.  NFamara Keita, Fodé Mamoudou Touré, Mamouna Touré, Chérif Nabaniou, furent des piliers du régime. Les femmes soussous prêtèrent leur énergie abondante et leur soutien énergique au parti et au régime. Mais de guère lasse, armées de tiges d’accacia en guise de fouet, les mêmes ménagères faillirent porter la main sur Sékou Touré au Palais du Peuple en août 1977.

Le régime de Lansana Conté a rallongé la liste dont le plus frais assassin des jeunes forestiers à Cosa, la disparition inquiétante du Capitaine Niankoye Loua.

La liste des victimes du despotisme de Lansana Conté ne pourra jamais être établie, tant elle est longue. Lui-même, il est un tueur professionnel, depuis l’armée coloniale en Algérie jusqu’à la répression de la révolte populaire de 2007. A l’image de Sékou Touré, il a pu s’entourer d’agents dociles qui l’ont aidé à poursuivre la colonialisation noire, qui prit le relais de la domination blanche le 2 octobre 1958

la tragédie qui accompagne notre évolution a causé le drame le plus lourd de conséquences aux Forestiers qu’aux autres ethnies.

Faisant le bilan macabre de la dictature qui enserre la Guinée dans son étau depuis 50 ans, chaque communauté guinéenne se présente la plus meurtrie. Le débat est puéril et vain. Comme le dit le proverbe, les sauterelles en train de frire dans la même poêle ne devraient pas se donner des coups de pattes. La dictature guinéenne est sanguinaire et totalitaire, génocidaire et suicidaire. Pour éviter de tomber dans la généralisation abusive, gardez en mémoire le passage plus haut sur le sinistre rôle joué par Sagno Mamadi, Marcel Mato, Kékoura Zoumanigui, de 1958 à leur mort tragique. Ces messieurs furent certes des victimes de la cruauté de Sékou Touré. Il se servit d’eux jusqu’à la dernière goutte. Après les avoir profondément compromis dans ses crimes, il s’en débarassa sans scrupules et sans remord. Et Béavogui Lansana — leur frère d’ethnie et de région — ne leva pas son petit doigt pour les arracher des griffes du monstre.

En Forêt, le crime a été  doublé de l’assassinat de la culture sous Sékou Touré. En effet, au nom d’une imbécile révolution culture, Sékou Touré, à qui les marabouts avaient annoncé que son régime serait abattu par un autochtone Forestier, jugea nécessaire de détruire le patrimoine culturel forestier. Ce fut l’ère de la démystification de la Forêt sacrée, ancrage par essence de l’existence des populations forestières. La Révolution détruisit ce qui constituait l’âme de ces peuples.

Vous touchez du doigt les ravages du colonialisme noir, cynique, fourbe, et infiniment destructeur, qui dirige la Guinée depuis la non-indépendance du pays en 1958. Sékou Touré utilisa le zèle d’administrateurs musulmans de Haute-Guinée et du Fouta-Djalon pour profaner et piller la culture forestière millénaire, qui fut dépouillée des ses lieux de rites, de son outillage liturgique et de son art religieux. Dirigée par Sékou Touré et Lansana Conté (tous deux dotés seulement du certificat d’études primaires), la minorité francophone au pouvoir en Guinée se livre depuis un demi-siècle à un assaut tous azimuts contre le pays profond et les populations.

Aujourd’hui, il est accompagné du meurtre de l’environnement … Sous Lansana Conté, la Forêt classée, habitacle des Esprits ancestraux en sa partie de N’Zérékoré, a été livrée à la culture de palmiers et d’hévéas. Enterrant ainsi ce qui restait d’une minime force spirituelle à laquelle les Forestiers de cette contrée pouvaient encore s’attacher.

Répètons-le, aucune voix ne s’éleva pour protester. Certes, il y a cette  protestation de Mr. Jacques Kourouma. Mais elle est distante et combien individuelle. On a laissé les deux tyrans tout brûler sur leur passage. Il est un peu tard de se lamenter sur les dégâts, irréparables comme dans le cas des jeunes victimes de Cosa.

En 2007, Eugène Camara a été nommé Premier ministre, les Guinéens ont dit non parce qu’il appartient au système Conté. En 2008, Tidiane Souaré est nommé Premier ministre, c’est normal.

Jacques Kourouma reproche aux Guinéens de s’être soulevés contre la désignation de Eugène Camara, économiste-administrateur Kpèlè (Guerzé). Ce n’est pas le Forestier que l’on a rejetté. Eugène a accepté de jouer le jeu dans la provocation délibérée de Lansana Conté, qui voulut cracher sur les accords négociés avec l’assistance de la CEDEAO et du Général Ibrahim Babangida, l’ancien dictateur militaire nigérian honni et vomi dans son pays. Eugène est un ami et un homme plutôt réservé. Il aurait dû tâter le pouls du pays et sentir le climat explosif. Il aurait alors décliné poliment mais fermement l’acte de son beau-père Conté le nommant Premier ministre, chef du gouvernement. Tidiane Souaré se trouve aujourd’hui dans une situation guère enviable. Car à l’image de Eugène, il est incapable de gouverner. Il pense plus à obéir et à faire plaisir à Conté qu’à chercher redresser la situation. Son plan de restructuration du gouvernement est une réaction maladroite contre le  et le clanisme par trop étriqué de Lansana Kouyaté. Il voudrait diversifier le choix des ministres et élargir le gouvernement pour y faire figurer chaque préfecture. Où va-t-il trouver les ressources nécessaires pour le fonctionnement de 36 départements aux noms ronflants et vides. Ancien chef de cabinet du ministère de l’Economie et des Finances, il ferme délibérement les yeux sur la crise budgétaire et financière qui tenaille l’Etat. Il se condamne donc à l’échec.

Tierno S. Bah

Post-scriptum. Un promotionnaire et ami Forestier, ancien haut-fonctionnaire de Sékou Touré et ancien ministre Lansana Conté, m’a relaté à Conakry une confidence amère que Saifoulaye à la fin des années 1980, quelque temps avant de mourir à cinquante ans d’âge. Il lui confia en effet que Sékou Touré utilisait Mouctar Diallo, un autre Labéen, pour  le réduire et l’humilier.

Amnésie, ignorance, ou griotisme

Ibrahima Kassori Fofana
Ibrahima Kassori Fofana

Signé Moro Sylla, Guinéenews a posté, le 17 juin 2008, un article intitulé “Les capacités d’Ahmed Tidiane Souaré mises à rude épreuve ; une amitié sacrifiée avec Kassory Fofana”

Exaggérément titré chronique politique, le texte est un exemple achevé de griotisme et de journalisme alimentaire. L’auteur montre un zèle excessif à vanter les louanges de l’ancien ministre de l’Economie et des Finances (1997-2000).

“Gestionnaire exceptionnel” : amnésie ou griotisme

L’article viole allègrement les principes de base de la déontologie professionnelle. Ainsi, l’auteur ne cite que des sources anonymes. Cela est facile mais trompeur à souhait pour les lecteurs, qui manqueraient assez de discernement pour prendre les allégations de l’auteur pour de l’argent comptant. Ensuite, l’article confère des mérites exceptionnels de gestionnaire à M. Fofana.

Malheureusement, l’auteur campe dans la répétition de clichés creux et de généralisations abusives. En l’absence de chiffres, ses affirmations restent subjectives et n’ont rien pour les étayer. Citons quelques cas de partialité flagrante de la part de Moro Sylla :

« C’est ce qui, selon plusieurs observateurs, aura permis au groupe de l’adjudant chef Claude Pivi de se sentir maitre des lieux avant l’intervention personnelle et aisée du président de la République. »

Il est naif de croire et dangereux de faire accroire que le Général Lansana Conté peut intervenir “personnellement et aisément” pour le bien des affaires publiques guinéenne. Il n’agit que pour protéger son pouvoir despotique et pour garantir ses biens matériels immenses. C’est son leadership criminel qui a fait de l’armée guinéenne un repaire de bandits, et qui produits des personnages de foire comme ce grand guignol de sous-lieutenant Claude Pivi Togba.

Membres  du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…
Membres du CMRN , Conakry, 4 avril 1984. 1er rang, de g. à dr.: Commandant Mohamed Lamine Touré, Colonel Diarra Traoré, Colonel Lansana Conté, Lieutenant Abdourahmane Diallo. 2e rang, de g. à dr.: Zainoul Sanoussi (lunettes), Commandant Alhouseny Fofana, etc…

Car criminel, Conté l’est de la tête aux pieds. Lui qui, en 2007, a rappelé à l’Inter-Syndicale sa vie de tueur, sous la dictature de Sékou Touré et après son arrivée improvisée au pouvoir le 3 avril 1984. Il commanda les pelotons d’exécution de prisonniers politiques condamné à mort in absentia. Ainsi, par exemple, il dirigea la fusillade des victimes du faux complot Kaman-Fodéba en 1969. De même, Lieutenant Lansana Conté officia en tandem avec Capitaine Diarra Traoré dans le supplice des Quatre Pendus du Pont 8 novembre à Conakry.
Après la prise du pouvoir par l’armée le 3 avril 1984, Conté régla le compte de Diarra Traoré, son complice de jadis. Il est vrai que ce dernier, devenu Premier ministre, n’avait que dénigrations et mépris pour le chef du CMRN. Il chercha ouvertement — et maladroitement— à l’éliminer. Son projet de coup d’Etat fut éventé par les agents de Conté, notamment Hervé Vincent Bangoura, Socrates, etc.
Ayant vaincu son principal rival, Conté transforma l’armée et les forces de sécurité en outils d’enrichissement illicite, oubliant son propre avertissement de 1984 :

« Nous sommes venus au pouvoir pauvres, si vous nous voyez avec des richesses, c’est que nous aurons volé. »

Depuis bientôt un quart de siècle, le chef de l’Etat guinéen vit ouvertement dans l’immoralité, le cynisme, la félonie et la fourberie.

Un passage de l’article souligne :

« la coalition et l’opposition du groupe du clan présidentiel en l’occurrence Idrissa Thiam et celui des anciens ministres du gouvernement de 2007 [est] contre la présence de Kassory Fofana dans la nouvelle équipe gouvernementale. »

Il est ridicule d’avancer l’existence de clans agissement indépendemment de Lansana Conté pour la formation du gouvernement. Ces groupuscules sont des créations du président guinéen. Il les oppose et les manipule selon son humeur et ses intérêts. En dehors du gouvernement et de l’Etat, ils n’ont ni étoffe ni occupation. C’est ce qui explique le retour de Kassory Fofana à Conakry. Il a besoin des maigres coffres de l’Etat pour reconstituer son capital. En 2001, Conté se détourna Soussous du Sud, c’est-à-dire Forécariah (notamment les Moréyanais Fasciné Fofana, Kassory Fofana, Kerfalla Yansané).

Ahmed Tidiane Souare
Ahmed Tidiane Souare

La gestion calamiteuse de Kassory Fofana avait eu pour effet, en autres, de créér l’agitation dans l’armée. Conté débarassa de lui non sans avoir passé des heures entières à passer en revue leurs comptes privés sous le fromager du Palais de Nations. Depuis lors, la faveur du Général sourit aux Soussoux du Nord (axe Dubréka-Boké). L’ascension de ce groupe culminera avec le ministère de Fodé Bangoura, secrétaire général de la présidence. Mais sa prestation ne fut guère différente. Il s’effondra et s’effaça en 2007.

La réémergence de Kassory Fofana n’est donc qu’un mouvement de pendule dans le même boitier, tantôt à droite, tantôt à gauche, alternant entre le Sud et le Nord de la Basse-Guinée.

L’auteur de l’article poursuit :

« Kassory Fofana n’est nullement contesté, au contraire, il semble jouir d’une réelle popularité dans la capitale et dans l’administration guinéenne. »

L’article se base sur l’opinion “d’un proche du Palais” pour lancer ce canular.  On aimerait examier les résultats d’un sondage impartial pouvant confirmer cette assertion. En l’absence de sources objectives, il faut admetre que ce passage est une tentative maladroite et malhonnête d’intoxication et de manipulation de l’opinion.

L’auteur suggère  :

« Le Premier ministre [Ahmed Tidiane Souaré] craint le retour de son ancien patron dont la rigueur et le sérieux sont incompatibles avec ses appétits et intérêts du moment, murmure-t-on. »

Le ridicule ne tue pas. Mais ici, nous sommes confrontés à deux cas, également négatifs. Soit l’auteur de cette “chronique politique” est un nouveau venu sur la scène éditoriale guinéenne. Il ignore alors beaucoup du passé et ne cherche pas à fouiller — impartialement — les sujets qu’il traite. Soit M. le rédacteur se réfugie dans une amnésie sélective. Et il décide dès lors de passer sous silence l’exercice catastrophique de Kassory Fofana comme “grand” argentier de l’Etat contéen, ou “la république de Doumbélane”, de 1997 à 2001. Il est vrai que des bénéficiaires des largessses de l’ancien ministre ont la nostalgie de ces années folles durant lesquelles l’argent emprunté par l’Etat coulait à flots, entre les mains “généreusese” de M. Fofana. Mais cette richesse gaspillée est aujourd’hui l’une des causes de la pauvreté des populations. De surcroît, l’incapacité de l’administration à payer seulement l’intérêt — pas le principal — de ces dettes, reste l’un des points de discorde entre la Guinée et les bailleurs de fonds.

L’article hasarde encore :

« l’ancien Administrateur des Grands-Projets et ancien ministre [Kassory Fofana], réputé pour sa rigueur, pour son franc-parler, proche du président Conté, sa forte personnalité et ses relations détendues avec les leaders des partis politiques, les syndicats et les représentants de la société civile. »

Le griotisme de la plume spirale en crescendo. Si tant est la notoriété de Kassory Fofana, Conté devrait alors se démettre en sa faveur … De quelle rigeur s’agit-il ? Parmi les traits de la personnalité de Kassory Fofana, on peut, sans risque de se tromper, citer l’esprit de suffisance, la vanité et l’arrogance. Il aurait déjà construit un mausolée somptueux au village pour abriter ses restes éternels. Conté s’entoure de gens qui savent le flatter. Et les Guinéens de tous horizons — et pas seulement eux — manifestent généralement de la déférence pour l’argent. Peu importe la provenance de la fortune, c’est-à-dire, même si — comme c’est le cas de Kassory — elle est tirée des maigres coffres de l’Etat et au détriment des pauvres contribuables. Pour ce qui est de la “forte personnalité”, on aimerait avoir quelques précisions.
A la une de son numéro du 8 mars 1999, L’Indépendant Plus annonçait en gros caractères “Colossal Scandale Financier. Plusieurs hauts cadres seraient impliqués.” L’article suivait en page 3. Ce fut le début de la fin pour le “tout-puissant” Kassory. Un an plus tard, il était limogé par Conté, qui devenait préocuppé par les remous au sein de l’armée, et qui redoutait la réédition de la mutinerie de 1996.
En 2000, de son exil américain, dans une interview à Jeune Afrique l’Intelligent, il avait cherché à se rappeler au bon souvenir de Lansana Conté. Il avait chercher à blanchir son ancien patron, et avait blâmé “l’entourage corrompu” du président pour la détresse financière de l’Etat. Ses anciens collègues ministres n’apprécièrent pas d’être cloués au pilori dans la presse. Feu Diassény Assifat, alors ministre de la Défense, signala dans la presse que la démarche de Kassory équivalait à un malfrat poursuivi qui criait au voleur pour détourner l’attention et semer la confusion.

« C’est sous son administration qu’il y a eu la mise aux arrêts et le licenciement de certains hauts cadres : secrétaires généraux, directeurs des sociétés Elf et Total, etc. et le recouvrement de plus de 10 millions de dollars américains au compte du trésor public guinéen », déclara Assifat.

L’article reprend platement plusieurs “on-dit” ? S’il s’était donné la peine de consulter les archives de l’Indépendant et de l’Indépendant Plus, le journaliste aurait appris que ces deux journaux furent à la source du démantèlement du réseau de Kassory. Acculé, M. Fofana recourut à la méthode forte contre la presse privée et contre la police même. Il fit saisir l’équippement de l’Indépendant. Il tenta également d’arrêter feu Hervé Vincent Bangoura — un bourreau du Camp Boiro. Et pourtant, ce super-flic était un proche de Conté ; il avait notamment préparé et exécuté le plan consistant à devancer le projet de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré en juillet 1985.

Partisans et critiques de Kassory Fofana

Mamadou Alpha Sidou Barry écrit :

« Le retour de Kassory aux affaires selon notre interlocuteur signifierait la fin de la trêve du camp mafieux à la Présidence qui vit d’intrigues pour sauver ses intérêts égoïstes.
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
Faut-il souligner que le président de la République a fait appel à Kassory pour venir l’aider à mettre de l’ordre dans le pays qui traverse une situation extrêmement difficile et compliquée pour les Guinéens tant la corruption et ses corolaires ont atteint leur paroxysme !
En tout état de cause et attendant de connaitre les noms des nouveaux ministres du gouvernement Souaré, l’on nous informe que le président Conté semble retrouver le rôle d’arbitre et de garant qui lui avait tant manqué à la veille de la grève de janvier et février 2007. »

Amadou Diallo renchérit dans Africaguinee.com :

Ainsi, pour former son nouveau gouvernement, tous les anciens ministres (au premier rang desquels figurent le tout puissant Fodé Bangoura, l’ancien ministre de l’intérieur Moussa Solano et surtout l’ex argentier Kassory Fofana qui a travaillé étroitement avec notre docteur, au ministère des finances) attendent un geste de « reconnaissance » du Docteur de la primature. (Amadou Diallo.

Teleguika, communicateur et olémiqueur, déclare :

Il s’agit de Monsieur Ibrahima Kassory FOFANA le dérangeant Ministre des Finances natif de Forecariah (Basse Cote) qui ne respecte pas la discipline du clan et n’obéit pas au dictat du prince  Fodé BANGOURA qui a pour politique l’hégémonie du pouvoir du littoral de KOBA. Avec le recul du temps, Kassory, malgré ses vagues dues à la jeunesse, passe pour un modéré et l’un des meilleurs Ministres du régime  de CONTE. Ses amitiés ont étés sincères sans distinction de région et  d’ethnie. Seule la compétence prévalait dans ses choix. Piégé par Fodé BANGOURA qui ne supporte plus que le président porte sa confiance à d’autres personnes que lui, le jeune Kassory finit par être limogé à son tour et à la surprise générale et s’exila aux Etats-Unis où il entreprit de parfaire sa connaissance intellectuelle. (

-Diallo Abdoulaye relève dans Jeune Afrique, n°2407 :

Un seul ministre des finances, Ibrahima Kassory Fofana, a tenté de mettre de l’ordre dans cette nébuleuse. Cette témérité entre autres, lui a valu son poste en Janvier 2000. L. Conté n’a jamais accepté aucun grain de sable dans cette mécanique bien huilée qui lui permet d’acheter l’allégeance des chefs de l’armée. Exerçant lui-même directement des fonctions de ministre de la défense depuis la mutinerie des 2 et 3 février 1996, L. Conté veille en personne sur les troupes, le seul secteur de l’Etat qui le préoccupe vraiment.()

Enfin Aminata.com avance ;

« Selon une source digne de foi, c’est Madame Jeanne  Martin Cissé, ancien Ministre sous la Première République qui aurait spécialement demandé à Mr Kassory Fofana de profiter de son séjour à Conakry pour intervenir auprès du Chef de l’Etat, en vue d’obtenir la libération de Sidikiba. »

Mais les critiques de M. Kassory ne sont pas passifs.

Ainsi, Jacques Kourouma relève dans Aminata.com :

  Ainsi notre pays dégénère-t-il lentement sous le poids de plusieurs fléaux dont les principaux auteurs s’appellent aujourd’hui : Lansana Conté et son clan militaro-affairiste,
Les prédateurs : Kassory Fofana, Facinet Fofana et leurs sbires Les truands : Mamadou Sylla du patronat guinéen, Guido Santullo et leurs complices,
Les fossoyeurs de l’économie nationale : Habib Bah, le cambiste, Fodé Bangoura, Cellou Dalein Diallo, Bruno Bangoura
Les ennemis de la République : Babacar N’Diaye, Kerfalla Camara, Arafan Camara, Henry Toffany, Hervé Vincent Bangoura, Abdourahmane Diallo, El Hadji Sékou Soumah, El Hadji Momo Bangoura du résiduel PDG, Sidimé Lamine, le plus minable des premiers ministres et les rejetons qui ont animé la galerie pendant un temps : Alsény René Gomez, Goureissy Condé, Moussa Solano, Moussa Sampil et maintenant Ousmane Camara.
Les anciens ministres des Mines et de l’Économie et des Finances, Faciné et Kassory Fofana, impliqués dans les plus grands scandales financiers de l’histoire de la Guinée, n’ont jamais été poursuivis après leur limogeage. Aucun audit n’a été fait sur leur département au lendemain de leur destitution du gouvernement. Pourquoi ? Pourtant, le premier vit paisiblement à Londres et le second est richement installé à Washington avec l’argent du contribuable guinéen. C’est scandaleux! En plus de ceux-ci, y a jamais eu d’audit d’un département ministériel sous l’ère Conté. Pourquoi ? », s’interroge Mohamed Lamine Touré, fonctionnaire international
Ayant pris l’option de défendre tous les journalistes poursuivis, il plaide, en 1998, contre la décision d’Ibrahima Kassory Fofana, tout-puissant ministre des Finances de l’époque, de fermer le journal L’Indépendant à la suite d’un article sur le détournement des deniers publics. (Cheick Yérim Seck, Jeune Afrique)

Pour terminer, la faille principale de l’article de Moro Sylla découle de l’opinion unilatérale de son auteur. Le lecteur attend du journaliste l’exposé des faits et non pas la propagande au service de l’individu et/ou de l’Etat. Pour cela, l’article aurait dû peser le pour et le contre de la gestion de Kassory Fofana, sachant que nul — même les prophètes — ne fait l’unanimité ici-bas.

Tierno S. Bah

Alsény René Gomez : victime et perpétrateur

Dans son livre Camp Boiro, parler ou périr, Alsény René Gomez écrit :

Sékou Touré réussit, malgré cette saignée humanitaire, à obtenir le soutien de l’OUA et des Nations Unies. Malgré toutes ces arrestations, les exécutions extrajudiciaires et les pendaisons publiques avec dotation pour chacune des 33 préfectures, aucune enquête internationale ne fut ouverte pour vérifier les circonstances de l’évènement, et surtout les conditions de déroulement des procès, et le traitement réservé aux condamnés. Comme conséquences : ce fut l’exil pour des milliers de Guinéens. Mais malgré tout cela, ce fut le silence complet et complice des démocraties et des grandes puissances.
Aucun boycott, aucune sanction économique ne fut décidée pour faire pression, comme si cela faisait partie du cours normal des choses. Au nom du respect de la souveraineté des Etats et de la non-ingérence dans leurs affaires internes, ces pays avaient abandonné les Guinéens à leur sort, ne se préoccupant que de celui de leurs ressortissants.
Ce sont ces mêmes pays qui, aujourd’hui, après avoir favorisé et supporté pendant plusieurs décennies des dictatures et autres pouvoirs sanguinaires, se mettent à parler de la mauvaise gouvernance des dirigeants actuels, et à refouler des migrants qui ne sont finalement que la résultante de leur action politique en Afrique tout au long des dernières décennies du vingtième siècle.
Évidemment comme dirait l’autre : le bossu ne voit pas sa bosse. (p. 206)

Appliquons le même raisonnement et la même démarche, en soulignant que dans les deux cas le silence ne fut pas seulement externe. Il provint aussi de l’intérieur. En fait les deux régimes ont été renforcés, après chaque répression, par l’émergence haut-fonctionnaires zélés, qui déploient tout leur talent de courtisan pour venir en aide au dictateur et obtenir une petite parcelle du pouvoir sanglant et jouir — temporairement — d’une maigre part du gâteau  volé aux Guinéens.

Des massacres cycliques eurent lieu en Guinée entre la tentative de coup d’Etat du Colonel Diarra Traoré — aux mains tachées du sang des Pendus du Pont Tombo — en juillet 1985 et les pogrom orchestrés contre les Malinkés, en 1989, par le Général Lansana Conté en Guinée Forestière.

Ces évènements sanglants n’empêchèrent pas Alsény Gomez de se mettre au service du despotisme de Conté et de se hisser, avant son limogeage en 1997, au rang de numéro 2 du régime. Il devint l’omniprésent ministre de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation, et participa au trucage des élections présidentielles et législatives des années 1990 en Guinée.

La vérité n’est bonne à dire que sur autrui. Mais le passage ci-dessus illustre les reniements de soi, opérés par Gomez après sa sortie du Camp Boiro, et, surtout, sous le régime de Lansana Conté.

Tierno S. Bah

Falsifications guinéennes sur Mandela

Deux contre-vérités et falsifications ont été publiées la semaine dernière sur des sites guinéens.

  1. aminata.com a affiché un titre proclamant que la décoration posthume de Sékou Touré est l’un des articles politiques populaires du site. Comme si les visiteurs n’avaient rien à faire que de relire “comme un bréviaire” une vieille fausse nouvelle !
  2. Dans son édition du 5 juillet courant, guineenews.org “A Kindia, « Thabo Mbeki avait cédé à l’émotion au Camp Kémé Bouréma où son père et Nelson Mandela ont appris l’art militaire. ” Face au vieux cuisinier de son père qui racontait les péripéties de l’entraînement des leaders de l’ANC, Thabo Mbeki était plus qu’ému. Il sursautait à chaque anecdote et embrassait le Vieux Alkaly Sylla “, a-t-on confié à Guineenews ce matin à l’aéroport de Gbessia.

Le reporter continue :

« Les deux autres moments d’émotion pour le président Mbeki, sont la découverte d’un fusil qui était utilisé au moment de entraînement de son père et les dortoirs du camp Kémé Bouréma.”

Les articles ci-dessus contiennent de grossières fabrications. Pourquoi se contente-t-on de citer des sources orales sans en vérifier l’authenticité ? Laissons les deux sites et les auteurs à leur responsabilité éditoriale et à leur déontologie professionnelle. Peut-être qu’ils s’amenderont un jour d’avoir si flagramment abusé de leurs lecteurs.

En attendant, je m’inscris en faux contre les deux mensonges précités avec, à l’appui, les faits suivants :

  • Premièrement, depuis qu’il a décidé de se retirer de la politique, Mandela ne peut pas aujourd’hui décorer un oiseau, même s’il le voulait. Pourquoi ? Parce qu’il n’est plus président de la république sud-africaine !
  • Deuxièmement, c’est Thabo Mbeki qui décerna le prix Oliver Tambo, d’abord à Diallo Telli, ensuite, par suite de quelques machinations mystérieuses, le nom de Sékou Touré fut ajouté à la liste des récipiendaires.
  • Troisièmement, le directeur de publication de aminata.com a une plume pro-sékoutouréenne. Dans un article, il vantait l’éducation de Mohammed Touré par son dictateur de père. Il semblait réver tout haut de voir le fils du premier président guinéen succéder un jour à Lansana Conté. Diané Mori, un visiteur du site, avait proprement dénoncé l’article.
  • Quatrièmement, il est archi-faux que Mandela ait séjourné hors de Conakry, lors de sa visite en 1960 en Guinée. Dans son autobiographie Long Walk to Freedom (La Longue Marche vers la Liberté), il raconte sa brève rencontre avec Sékou Touré, après un séjour au Liberia. Il était venu solliciter un appui financier pour lancer Umkhonto we Sizwe, la branche militaire de l’ANC. Il reçut une valise pleine de nouveaux francs guinéens et des copies des tomes de Sékou Touré. Le franc guinéen étant non-convertible à l’extérieur du pays, il échangea la somme sur place à Conakry, grâce à un diplomate Tchèque. Les deux hommes ne devaient jamais se revoir.
  • Cinquièmement, Mandela était l’un des leaders politiques, historiques, et intellectuels de l’ANC. Il fut arrêté très tôt et n’eut pas d’activité militaire. Il y avait d’autres militants, spécialistes de la guerre, pour mener la lutte armée contre l’apartheid. Il est donc faux de placer Mandela pour une prétendue formation militaire à Kindia, une ville qu’il n’a jamais visitée.
    L’ANC reçut l’aide militaire du Bloc Soviétique, de l’Algérie, de la Tanzanie. Le Pan African Congress (PAC), rival de l’ANC, était appuyé par la Chine populaire.
    Le régime de Sékou Touré appuya les combattants sud-africains principalement sur le plan diplomatique. Il utilisa inlassablement la tribune de l’ONU pour dénoncer Prétoria. Ainsi, succédant à Diallo Telli et à Achkar Marof , Jeanne Martin Cissé dirigea la sous-commission sur l’apartheid pendant des années.
    Un autre exemple de contribution du régime de Sékou Touré date de 1974. Ce fut l’inscription, à l’initiative de Miriam Makeba, d’une douzaine d’étudiants sud-africains à l’Institut Polytechnique G.A. Nasser de Conakry. Mais le groupe demanda à être transféré deux ans plus tard en Tanzanie ou en Zambie. Les jeunes Sud-Africains ne pouvaient plus supporter les conditions de vie pénibles de leurs camarades guinéens. Et pourtant ils bénéficiaient d’un régime alimentaire spécial.
  • Sixièmement, on note que Nouhou Baldé reprend les cancans de Radio-Trottoir. Il n’a pas pu interrogé un membre de la délégation sud-africaine, pour vérifier les rumeurs qui circulaient à l’aéroport de Gbessia, à propos de la visite de Kindia. Et pour cause ; les autorités de Conakry ont tenu la presse privée à l’écart de la visite officielle de Mbeki. Il n’empêche qu’au lieu de nouvelles fiables, on nous sert des on-dit et des spéculations. Jusqu’à preuve du contraire, il est douteux que le Camp Keme Bourema de Kindia entretienne un musée conservant un mythique fusil de Mandela. Comme les autres casernes militaires du pays, ce Camp est plutôt une forteresse de la répression et de l’oppression des Guinéens. On se reportera à ce sujet au chapitre 3, “Kindia, Camp de la Mort” du livre-témoignage de Touré Kindo, survivant du Camp Boiro.

Tierno S. Bah