Les dérobades du Capitaine

Depuis sa prise du pouvoir, Capitaine Moussa Dadis Camara s’est dédit plusieurs fois. Il en est ainsi de la durée de la transition (6 mois, un an, 2 ans, pas d’échéance), d’une part, et de la composition du gouvernement (qui est davantage militaire que civil), d’autre part. Le Premier ministre est réduit à un rôle figurant et de figure cérémonielle. Quant au gouvernement, il sert plutôt de complément d’effectif, d’appendice et d’accessoire de la Présidence.

Par ailleurs, à ce jour, les activités du président du CNDD se caractérisent par l’improvisation, l’inconstance, les dérobades, les sautes d’humeur et les caprices. Un tel comportement permet au président du CNDD de retarder ou d’éviter  de mettre la Guinée sur le cap principal, à savoir la rédaction d’une nouvelle constitution et l’organisation d’élections libres avec le concours de la communauté internationale.

Exemples de dérobades du Capitaine

  1. Capitaine Dadis Camara voudrait vivre simultanément en Guinée et à l’extérieur du pays. En tant que chef de l’Etat, il réside à Conakry. Mais il souhaiterait obtenir — déjà — un rôle médiateur international basé à l’étranger, à l’image du président malien Amadou Toumani Touré ou de François Lounceny Fall.
  2. Le chef de la junte refuse de dénoncer les crimes et violations des droits de l’homme qui ont ruiné la  Guinée. Cela n’est pas surprenant car il est déjà tombé dans l’arbitraire avec l’arrestation et la détention secrètes d’anciens officiers généraux et de hauts fonctionnaires, accusés sans preuves de complot contre l’Etat.
  3. Capitaine Dadis Camara a lancé une croisade contre la corruption, appuyée par une campagne d’audits des deniers de l’Etat. Mais il n’hésite pas aujourd’hui à dilapider l’argent du contribuable en offrant des dizaines de millions de francs au clergé famélique des différentes confessions religieuses. De quel chapitre du budget national ou de quelle dépense du Trésor public cette somme provient-elle, vu  le déficit budgétaire de 80 millions de dollars annoncé par Kabiné Komara ? Se rend-il compte qu’il s’agit là d’un geste corrupteur  et d’un acte répréhensible, pour le donateur comme pour les receveurs ? Cela dit, des couches utiles et moins parasitaires — enseignants, médecins et infirmiers, écoles, etc. — auraient dû bénéficier de cette générosité  du capitaine Dadis.
  4. Il a consacré les trois premières semaines de sa présidence à défendre Lansana Conté et famille. Et voilà qu’il invite et reçoit Elhadj Boubacar Biro Diallo, un anti Conté notoire.
  5. Les partis politiques ont répondu à sa demande de décembre 2008 et lui ont soumis leurs suggestions pour la transition. Ils lui ont également adressé une demande d’audience pour discuter du projet. Le chef de la junte n’a pas encore jugé utile de faire suite à ces deux démarches. Et pourtant les formations et acteurs politiques et de la société civile devraient être les interlocuteurs prioritaires du CNDD pour l’organisation d’élections transparentes et crédibles. Mais pour l’instant, capitaine Dadis Camara les ignore. Il préfère la compagnie des chefs régionaux et religieux et d’Elhadj Biro. Il n’associe pas la Primature, à ces consultations. Il aggrave ainsi l’invisibilité de Komara Kabiné et le réduit à l’inoccupation et à la virtualité.

Tierno S. Bah

Mots et actes du Capitaine Dadis

 « C’est avec le Coran dans la main gauche et la Bible dans la main droite que le président du CNDD le capitaine Moussa Dadis Camara a entamé son discours. “Amenez-moi le coran et la bible. Mon éducation, nos moeurs et coutumes et nos différentes religions… quand à la connaissance parfaite, ce sont ces deux textes qui régissent la vie des hommes que nous sommes, nos enfants, nos petits enfants, c’est la parole de Dieu. Je jure au nom de cette parole que ce débat sera sincère. » (Guinéenews 29 janvier 2009

La scène est surréelle et peu crédible.
D’abord en tant que non musulman, Capitaine Moussa Dadis Camara aurait dû éviter le contact avec le Qur’an, qui requiert l’ablution rituelle avant d’être touché ou ouvert. De plus, l’usage de ce Livre saint pour un acte de serment public, présuppose l’adhésion des parties aux cinq piliers de l’Islam, en particulier la Shahâda, le premier de ces piliers, et qui consiste en la formule sacrée  : « Il n’y a de dieu qu’Allah et Muhammad est Son Envoyé. »

Quant au serment sur la Bible, il constitue également une nouveauté du chef de la junte guinéenne, qui ne cesse de surprendre par ses improvisations médiatiques. Car, au nom d’une laïcité — toute théorique —, ses deux prédécesseurs (Sékou Touré et Lansana Conté) ne banalisèrent pas aussi aisément la Parole du Créateur en déballant publiquement les querelles internes de places et les disputes de postes au sommet de l’Etat.

Mais que capitaine Dadis se souvienne bien d’une chose : l’opinion le juge davantage à ses actes qu’à ses mises en scène télévisées. Même lorsqu’elles font appel à la Bible et au Qur’an.

Le Capitaine a déjà violé deux de ses promesses initiales :

  • L’équilibre ethnique dans la composition du CNDD
  • La constitution d’un cabinet entièrement civil, dirigé par un Premier ministre, chef du gouvernement.

Pis, le président du CNDD continue de fouler aux pieds les droits fondamentaux des citoyens. C’est ainsi que depuis trois semaines des prisonniers sont détenus au Camp Alfa Yaya sur la base d’accusations de complot contre le nouveau régime.

Ces détentions sont extra judiciaires et illégales, même dans le cadre exceptionnel qui prévaut en Guinée depuis le 23 décembre 2008. Dans cette affaire, il semble que le capitaine Dadis Camara ait décidé de se venger contre un rival.

Actes : mort certaine

En effet il a confié à Jeune Afrique qu’entre l’ancien général Diarra Camara et lui, c’est une question de vie ou de mort.

Je n’avais pas trop le choix. Je ne compte pas que des amis dans la haute hiérarchie militaire. J’étais donc face à un dilemme après la mort du président Lansana Conté: soit je prenais le pouvoir, soit je quittais le pays. Si le pouvoir était tombé entre les mains du chef d’état-major, Diarra Camara, j’aurais été obligé de m’exiler pour échapper à une mort certaine.

Est-ce là une motivation suffisante pour que le président du CNDD ordonne l’arrestation, la libération, puis la ré-arrestation de Diarra Camara et d’autres officiers, vaincus et déjà mis à la retraite ?

Actes : tranquillité ou tourmente ?

Dans le même entretien capitaine Dadis Camara poursuit :

Quant au général Diarra Camara, nous nous sommes expliqués en soldats, et je pense que nous nous sommes compris. Il ne tient qu’à lui désormais de vivre dans la tranquillité ou la tourmente.

Devant une telle menace et face à la détention prolongée de Diarra Camara et de ses co-accusés, on est en droit de se poser un certain nombre de questions :

  • Quelles sont les suspicions ou les chefs d’accusation contre eux ?
  • Où et dans quelles conditions sont-ils gardés ?
  • Ont-ils droit à la visite ?
  • Quel sort leur réserve-t-on ? Un procès, une cour martiale?
Général Diarra Camara
Général Diarra Camara

Entretemps, je suppose qu’ils croupissent aux Escaliers 32, le bâtiment correctionnel de la police militaire situé au bord de la route traversant le Camp Alfa Yaya, presque immédiatement à gauche du portail d’entrée. J’y ai été emprisonné moi-même, de janvier à avril 1970, avec 9 de mes camarades du Conseil d’administration des étudiants de l’Institut Polytechnique G. A. Nasser (l’actuelle université).

 

  1. Pierre Basamba Camara, qui devint plus tard inspecteur politique du PDG, gouverneur, ambassadeur, et ministre de Sékou Touré, et chef du cabinet civil du Général Lansana Conté
  2. feu Mamadou Bobo Dieng
  3. Mamadou Saidou Diallo
  4. Tierno Siradiou Bah
  5. feu Dorank Diassény Assifat, qui devint directeur du bureau de presse de la présidence de Sékou Touré et plusieurs fois ministre de Lansana Conté
  6. feu Bappa Diop
  7. Ibrahima Kourouma
  8. Bouréma Condé
  9. Koikoi Kalivogui
  10. Mamadi Diaré, actuellement ambassadeur de Guinée à Beijng
  11. Deux membres du C.A. — Mamadou Cellou Diallo et Mara Kaba — se désolidarisèrent du groupe et ne furent pas arrêtés.

Invités par le Responsable suprême à nous prononcer sur le cours de la révolution, nous avions eu la naiveté et l’outrecuidance de dénoncer les carences et les déviations du régime devant Sékou Touré et le Conseil national de la révolution de janvier 1970. Je reviendrai sur ce point dans un autre document.

C’est dans ces locaux qu’en 1965, Fodéba Keita fit périr au gaz des dizaines de sans-abris chassés de leurs villages par la pauvreté et venus à Conakry à la recherche de quelque moyen de subsistance.

C’est aussi du même bâtiment que
Barry III, Baldé Ousmane, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita vécurent l’enfer dans la même prison avant d’être pendus le 25 janvier 1971 au Pont Tombo.

On peut lire à ce sujet la narration du lieutenant-colonel Kaba 41 Camara.

J’espère, sans trop d’illusions, que les méthodes de la dictature cinquantenaire de Guinée ne sont pas appliquées aux accusés, et que la présomption d’innocence leur est reconnue, jusqu’à preuve irréfutable du contraire.

Il ne servirait à rien de les mettre à la diète pendant une ou deux semaines avant de leur faire lire des « aveux » rédigés par leurs tortionnaires.

Malheureusement personne ne devrait être surpris de la persistance des habitudes et de la mentalité du Camp Boiro chez le lieutenant Pivi ‘Coplan’ Togba, ministre de la sécurité présidentielle du capitaine Moussa Dadis Camara.

Tierno S. Bah

Comédie et spirale de violence

La semaine dernière, les hommes d’affaires paraissaient devant la commission d’audits du CNDD siégeant au Camp Alfa Yaya Diallo.

Rien n’a encore transpiré des enquêtes ordonnées par le chef de la junte guinéenne. Mais il est fort probable que la commission accouche d’une souris et que le capitaine ait frappé un coup d’épée dans l’eau.

En effet, hier lundi 26 janvier, il a rencontré les mêmes hommes pour leur demander de baisser les prix des denrées alimentaires de base.

Il semble que le président du CNDD aime jouer la comédie et que ni l’ironie ni les faux-pas ne l’embarrassent.

N’est-ce pas le même Moussa Dadis qui promet de bâtir quatre nouvelles universités et une autoroute à péage en Guinée ?

Capitaine Camara n’a pas indiqué comment il entend financer ses projets d’infrastructure. Entretemps, on note une évolution alarmante pour la junte de Conakry. D’une part, les cours des produits minéraliers chutent sur les bourses mondiales. D’autre part, l’étau de l’isolement serre de plus en plus le régime guinéen, qui a éveillé la suspicion de ses partenaires concernant la tenue d’élections en 2009 ou 2010.

Slogans et spirale de la violence

A travers capitaine Moussa Dadis, j’ai la nette impression que Lansana Conté exerce de façon posthume son patriarcat hégémonique sur la Guinée.

L’ancien président guinéen aimait vanter ses mérites de stratège. Il n’entendait pas par là quelque planification géniale au bénéfice de l’Etat et du pays. Non, il sous-entendait les coups bas, les sales combines dans la neutralisation de ses adversaires politiques. Il faisait allusion aussi à l’élimination physique de collègues devenus gênants.

C’est ainsi qu’il fit emprisonner Bâ Mamadou et Alpha Condé, d’une part, et qu’il fit assassiner le colonel Sama Panival Bangoura.

Au plus fort de la révolte populaire contre son régime en 2007, il menaça physiquement les dirigeants syndicaux en leur disant : « J’ai déjà tué … je peux vous tuer tous les quatre. »<

Sentant la mort venir, il conçut un plan de succession dynastique en faveur du capitaine Ousmane Conté, son  fils aîné. Face à la résistance des officiers généraux et supérieurs, il jeta son dévolu sur le capitaine Moussa Dadis. En même temps, il coopta le général Mamadouba Toto Camara et prépara le coup d’Etat du 23 décembre 2008. L’avènement du CNDD est donc un montage préparé par Lansana Conté. De sa tombe, il continue de tirer les ficelles du régime qu’il monta avant de disparaître.

A ce jour, la “stratégie” de Conté a donné les fruits escomptés, à savoir :

La mise à l’écart de Somparé Aboubacar, le dauphin tant haï. Lamine Sidimé, l’ancien président de la Cour suprême, a-t-il hésité ou refusé de proclamer Somparé président intérimaire ? C’est un point obscur. Il boycotta la rencontre des corps constitués avec le CNDD le 28 décembre 2008. Il n’en fut par pour autant inquiété. Au contraire, il semble bénéficier d’une omission surprenante pour un ancien chef du pouvoir judiciaire.

Le retour en force de la complotite et du mercenariat comme épouvantails préventifs ou punitifs contre des individus ciblés. Cela explique notamment :

  • la tentative d’arrestation de Cellou Dalen le 1er janvier
  • l’arrestation et la ré-arrestation des généraux Diarra Camara et Daffé

Caporalisation du gouvernement

Une autre méthode typique de la dictature de Conte-Dadis est la nomination d’un Premier ministre de façade, c’est-à-dire un “caporal-chef” civil qui a le choix entre courber l’échine et obéir aux ordres reçus, ou quitter le pays. Le chef de la junte n’y est pas allé par quatre chemins, il a proclamé à maintes reprises, avant et après la nomination de Kabiné Komara, qu’on n’a pas besoin de diplômés pour diriger la Guinée. Selon lui, sa version du “patriotisme” suffit. Il ne propose pas, outre mesure, une définition de ce concept.

La comédie du chef de la junte

Vu les sautes d’humeur et les caprices de l’esprit du chef de la junte, on ne saurait prédire le cours des choses. Mais le passé étant un prologue, un des régimes dictatoriaux de Sékou Touré et Lansana Conté, suggère que l’Etat guinéen est toujours guidé par l’arbitraire, la conspiration —vraie ou imaginaire—, et leur compagnon inséparable, la violence.

Voilà trois semaines que les menaces verbales, les arrestations et les convocations se succèdent dans la bouche de Dadis Camara. Joignant la parole et l’acte, il continue de séquestrer et d’arrêter des officiers. Les dernières victimes sont les colonels Aboubacar Sidiki Camara, membre du CNDD, Biro Condé, Bambo Fofana. Après un démarrage pacifique voire euphorique, la spirale de la violence réapparait.

L’intolérance et la boulimie du pouvoir conduisirent Sékou Touré à faire assassiner les cadres au Camp Boiro dans le cadre de son Complot Permanent.

Après avoir pris le pouvoir sans coup férir, Lansana Conté liquida Diarra Traoré et les proches de Sékou Touré en juillet 1985. Ensuite, il se tourna contre les populations en donnant l’ordre de tirer dans le tas sur les manifestants civils, tout au long de son “mandat”.

Dans l’interview de Jeune Afrique Moussa Dadis Camara a révélé qu’il  travailla longtemps avec Lansana Conté. S’il a bien appris les leçons de son maître, le sang ne tarderait pas à couler.

Je prie et je souhaite me tromper.

Tierno S. Bah

Président absolu et Premier ministre figurant

Promesse non tenue

Le CNDD avait promis un gouvernement entièrement civil, formé et dirigé par le Premier ministre. Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’ossature du cabinet du 14 janvier est essentiellement militaire. Dix postes sur trente sont détenus par le CNDD,  soit le tiers.

  1. Général Mamadouba Camara
  2. Général Sekouba Konaté
  3. Commandant Keletigui Faro
  4. Capitaine Mamadou Sandé
  5. Colonel Siba Nolamou
  6. Colonel Mamadou Korka Diallo (le communiqué radiodiffusé décline partiellement son nom et le rétrograde au rang de Commandant !)
  7. Colonel Mathurin Bangoura
  8. Colonel Abdoulaye Cherif Diaby
  9. Colonel Fodeba Touré
  10. Capitaine Moussa Diokoro Camara

Le président Capitaine Moussa Dadis Camara a prévalu sur le Premier ministre Kabiné Komara. Il a imposé son autorité en confiant les postes clefs du gouvernement soit à son domaine — la présidence — soit à ses collègues officiers. Et protocolairement ou hiéarchiquement, les quatre premiers postes qui suivent immédiatement celui de premier ministre, sont contrôlés par la présidence et la Grande muette. Ce sont :

  1. La Sécurité et la Protection civile
  2. La Défense Nationale
  3. La Construction, l’aménagement du territoire et du Patrimoine bâti public
  4. Le Secrétariat général de la Présidence

Le Premier ministre est un économiste doublé d’un banquier. Mais on ne lui fait suffisamment confiance pour gérer le ministère de l’Economie et des finances. Et dire que Kabiné Komara précède Moussa Dadis Camara de 17 ans dans l’ordre de sortie des promotions de l’université guinéenne. Sans compter son expérience domestique (ancien directeur du budget d’investissement public) et internationale. C’est plutôt au Capitaine Mamadou Sandé, ministre à la Présidence, que revient la responsabilité de l’Economie et des Finances, qui est le cheval de bataille du CNDD.

Par ailleurs, on note :

  • L’absence de Kerfalla Yansané et du lieutenant Pivi Togba.
  • La présence d’un fils putatif de Sékou Touré dans le gouvernement
  • Le retour de Justin Morel, Jr. à un ministère amputé de sa partie lucrative : les communications (téléphonie). Il s’occupera donc de l’information à laquelle s’ajoute la Culture. En ce qui concerne l’information, on verra bien s’il parviendra à restreindre les révisionnistes de l’histoire qui s’expriment dans les éditoriaux de la RTG. Je pense notamment à l’éditorial du 13 janvier, lu par Mohamed Sankon, et qui vantait le patriote Sékou Touré et le démocrate Lansana Conté, tout en attribuant l’échec des deux régimes à l’entourage des deux présidents. En ce qui concerne la culture, on espère que M. Morel dépassera le niveau des réjouissances (mamaya et sèrè) pour insuffler un peu de vie à un secteur délaissé.
Ration civils/militaires dans le gouvernement du CNDD
Ration civils/militaires dans le gouvernement du CNDD

Président absolu et Premier ministre figurant

  • Le vrai pouvoir est exercé par le capitaine Dadis Camara, qui cumule la présidence du CNDD et les portefeuilles les plus importants du gouvernement. Il a certes rayé le nom de Pivi “Coplan” de la liste, cédant peut–être à la pression générale. Mais avec le récent renfort de troupes de la Forêt, le lieutenant Togba reste vraisemblablement omniprésent et actif dans les questions sécuritaires.
  • Le président Dadis Camara a la main à la pâte sur l’activité gouvernementale quotidienne.
  • Quel est donc le rôle du Premier ministre, si ce n’est que celui de figurant civil fortement diminué dans ses prérogatives ?
  • On a parlé de gouvernement de transition. Mais la structure du cabinet reflète plutôt les plans d’une équipe qui veut s’installer dans la durée. La réforme constitutionnelle et la préparation du transfert du pouvoir aux civils n’entrent pas dans les préoccupations du chef de la junte.
  • Il n’y a pas d’ouverture en direction des partis politiques, des syndicats et de la société civile.

Composition ethnique

Le nouveau gouvernement est ethniquement plus représentatif que le CNDD.

Mais le déséquilibre qualitatif des postes entre militaires et civils n’augure rien de bon.

Compositition ethnique du Gouvernement du CNDD
Tierno S. Bah

Tierno S. Bah

Komara au carrefour

Premier ministre Komara Kabine, Conakry, décembre 2008
Premier ministre Komara Kabine, Conakry, décembre 2008

Le 10 janvier courant, le Premier ministre Kabiné Komara s’est rendu à Abuja pour demander, au nom du CNDD, à la CEDEAO de ne pas suspendre la Guinée. Son appel tomba dans des oreilles sourdes et décidées à appliquer le principe de non-tolérance du coup d’Etat. A l’issue de la rencontre, M. Komara déclara en somme ceci à Jeune Afrique :

Je pense que l’avenir de la Guinée  dépendra d’abord de la façon dont les gens seront sincères par rapport à leurs engagements. S’ils font ce qui est différent de ce qu’ils disent, nous retournerons à la case départ et je ne serai pas l’homme qui participera à ceci.

L’heure pour le Premier ministre de la junte de choisir son camp est venue, peut-être. Plus tôt que prévue.

Arrivé à Conakry au lendemain de sa désignation comme Premier ministre, le 29 décembre 2008, Komara se retrouve soudain à un carrefour inattendu. Depuis la formation du gouvernement le 14 janvier 2009, les options du chef de la Primature se réduisent à trois :

  • Imiter Lamine Sidimé, se courber et obéir aux volontés d’un président du CNDD décidé à contrôler l’essentiel du pouvoir.
  • Tenter, comme Cellou Dalen Diallo, de résister et de se taillant, tant bien que maml une parcelle de pouvoir. Il devra alors affronter la meme l’hostilité sournoise non deguisee de Moussa Dadis Camara
  • Adopter l’attitude courageuse de François Louncény Fall et démissionner, conformément à sa declaration ci-dessus.

Chacune de ces approches comporte évidemment des conséquences individuelles et sociales.

La voie Sidimé implique que le Premier accepte de servir docilement un régime militaire déjà empêtré dans des contradictions inextricables. En acceptant de jouer un rôle figurant, il donnerait une façade civile à des militaires qui, tel leur maître Lansana Conté, méprisent profondément leurs concitoyens civils. S’il joue cette carte, Komara deviendrait le complice et l’otage impuissant du CNDD.

Toute résistance se ferait avec risque et péril. On a déjà assisté à la descente des militaires chez l’ancien Premier ministre Cellou Dalen. Depuis sa prise du pouvoir le 23 décembre 2008, le CNDD brandit la complotite et la menace d’invasion extérieure comme épouvantail pour mieux asseoir son pouvoir. Comme au temps maudit du Complot Permanent de Sékou Touré.
Les choses étant ce qu’elles sont, toute confrontation avec un Moussa Dadis Camara chaud et imprévisible, pourrait tourner au pire pour le Premier ministre Komara.

La solution Fall consisterait à refuser de se prêter à la mascarade des poulains de Lansana Conté dirigés par le capitaine Capitaine Moussa Dadis Camara et le général Camara Mamadouba Toto.
Une telle démarche est, certes, la plus difficile. Mais elle imprime le sceau de l’intégrite et de l’honorabilité. Mieux, elle ajouterait une pression interne de poids et amènerait peut-être la junte à se appliquer les priorités en se concentrant sur :

  • Le respect de ses engagements initiaux sur sa présence transitoire à la tête de l’Etat
  • Le dialogue avec les dirigeants politiques, les syndicats et la société civile et les partenaires bi et multilatéraux pour l’élaboration d’une nouvelle constitution et d’un calendrier électoral rigoureux.
  • La préparation du retour de l’armée aux casernes.

La balle est dans le camp du Premier ministre Kabiné Komara. Il est à la croisée des chemins. A lui d’emprunter le bon. Il y va plus de l’évolution de la Guinée — catastrophique depuis 1958 — que de sa carrière personnelle.

Tierno S. Bah