Conde fails to push anti-corruption drive

Six months after Guinea’s President Alpha Conde was democratically elected promising reforms, he has kept officials of the former regime close to him, which critics say is undermining efforts to root out corruption.

— His entourage is disorienting the Guineans, said Aziz Diop, Secretary General of Guinea’s National Council of Civil Society Organizations (CNOSC).
The president did not prepare himself to lead. He does not have competent officials to help him identify the good ones from the bad ones. So he makes the best of it with those belonging to (previous president Lansana) Conte’s regime — specialists in kleptomania, he added.

Last December Conde, a veteran opposition leader, took office after winning the country’s first democratic election in 52 years, declaring the fight against corruption a top priority.
He took over from a military junta that had seized power after Conte’s death in 2008 following his 24-year rule marked with entrenched corruption and numerous human rights abuses.
Despite its mineral wealth as the world’s leading exporter in bauxite, Guinea is among the five most corrupt nations in Africa and among the top ten in the world, according to a 2006 ranking by Transparency International.
Ten percent of the country’s public sector jobs were found to be fictitious, and the Justice and Economic and Financial Control ministries combined receive less than one percent of the state budget to finance anti-corruption efforts.

Critics say the 73-year-old Conde missed a golden opportunity to cut ties once and for all with the former regime, instead ending up backtracking on pledges and disillusioning the public.
— Never having run (a country), he had lots of room. He could have had a heavy hand to fight against corruption and govern in transparency, said AGT president Mamadou Taran Diallo. For the state’s image, you need to appoint people untainted by suspicion — you need clean people at the leadership,” he said.

The president’s decision to retain his predecessor’s entourage was probably a reward for their votes in the key election battleground of western Basse Guinee against his opponent Cellou Dalein Diallo last year, he added.

But Moustapha Naite, a senior government official close to Conde, defended him:
— We are obliged to hold talks with those who governed. It’s a proof of intelligence, a methodological choice, to understand why their (governance) did not work.

Conde started out on a promising track. He announced he would declare his assets to the country’s supreme court, publish a preliminary list of state debtors and launch proceedings to recover unpaid debts.
— Six months later, no information has been divulged, Diallo said.

And, a mining code the president introduced to enforce transparent business dealings with foreign companies exploiting the country’s mineral resources, has fallen short of expectations.
A $700 million (488-million-euro) settlement in April agreed with mining giant Rio Tinto following a dispute has mysteriously been kept off the state books, AGT’s Diallo said.
— What has become of it? Where is the money? In any case we do not see it on the (state) budget, he added.

Conde also failed to follow up with a pledge to create a Truth and Reconciliation Commission to come to terms with crimes and abuses committed under previous autocratic regimes.

Social unrest and labour strikes were severely repressed in 2007, resulting in 200 deaths, according to independent sources.
— It is urgent that the president asks for forgiveness to all Guineans in the name of the state, and that victims be compensated,” said CNOSC head Diop. If nothing is done before planned legislative elections in November, we will plunge into violence. The military is on the watch,” he warned.

Stephane Barbier
AFP

Sur les traces de Nafissatou Diallo

Originaire d’un hameau perdu de Guinée, la jeune femme de chambre que l’ex-patron du FMI aurait sexuellement agressée est, selon les premiers témoignages, une personne réservée et discrète.

« Des nuées de journalistes, plusieurs camions de télévision, des cordons de policiers. Je pensais qu’une star américaine logeait à l’hôtel », se souvient D.L. (qui souhaite garder l’anonymat.), un designer camerounais qui séjournait au Sofitel de New York quand a éclaté « l’affaire Dominique Strauss-Kahn », le 14 mai.

Il se souvient aussi de la jeune femme de chambre, croisée à plusieurs reprises dans les couloirs et avec laquelle il avait fini par échanger quelques mots, mélangeant français et anglais. « J’ai vu Diallo sur son badge et je lui ai demandé d’où elle venait, comment ça allait … Bref, les questions que posent tous les Africains qui se croisent dans un pays étranger. Elle était sympathique, mais assez timide », raconte-t-il à propos de Nafissatou Diallo, cette Guinéenne de 32 ans qui accuse l’ex-directeur du Fonds monétaire international (FMI) de l’avoir violée. D.L. décrit une femme de taille moyenne, les formes cachées par son uniforme de travail, qui rechigne à « papoter » avec les clients.

Depuis l’arrestation de DSK et le début de la procédure judiciaire, Nafissatou est surprotégée par la police new-yorkaise. Aucune information n’a filtré sur la présumée victime. À chacun de ses déplacements, elle est recouverte d’un drap blanc.

Pieuse

Des limiers ont réussi à remonter sa trace jusqu’à Tyakkoule, sur les hauteurs du Fouta-Djalon, à huit heures de route et de marche de Conakry, en Guinée. Dans ce hameau au coeur du pays peul, ni électricité ni eau courante. Quelques plants de maïs, des vaches, une dizaine de cases en terre battue et une seule maison « en dur ». Celle des Diallo, construite grâce à la générosité de Hassanatou, la soeur aînée de Nafissatou, qui vit aussi aux États-Unis. « Dans cette région, les gens vivent selon des codes moraux qui peuvent paraître dépassés aujourd’hui », explique le journaliste guinéen Mouctar Bah. « Ma soeur est très pieuse, elle ne se fâche jamais, ne crie jamais. J’ai très mal pour elle », renchérit Mamadou Dian, le frère de la jeune femme.

« Salie à jamais »

Mariée à l’âge de 17 ans à un cousin, Abdoul, Nafissatou a eu deux filles, dont l’une est décédée avant son deuxième anniversaire. A la mort de son mari, elle quitte Tchiakoullé avec son enfant et s’installe chez Mamadou Dian, à Conakry. Là, elle vit d’expédients, apprend la couture et finit par gérer une cafétéria. Elle reste chez son frère pendant presque un an, avant de s’envoler seule pour les États-Unis, en 2002, où l’attend Hassanatou. Elle obtient assez vite le statut de réfugiée politique et une green card. Désormais résidente légale, elle fait venir sa fille. Washington a toujours fait preuve d’une certaine bienveillance envers la communauté peule depuis la mort en détention, en 1977, de Diallo Telli, premier secrétaire général de l’Organisation de l’unité africaine, interné dans le sinistre Camp Boiro sur ordre du président guinéen Ahmed Sékou Touré. Cibles d’une succession de pogroms, les Peuls n’ont longtemps eu d’autre choix que l’exil. Et même si ce point reste sujet à caution, Souleymane Diallo, président de la section new-yorkaise de l’association Pottal Fii Ɓantal (Union pour le développement du Fouta-Djalon), assure qu’« aujourd’hui encore, [les Peuls sont] victimes de violences ethniques ». S’il n’a jamais rencontré Nafissatou, il compte bien la soutenir dans cette épreuve. Comme les milliers de Peuls — on les estime à 5 000 — de New York. La soutenir, mais pas trop quand même. « Quelle que soit l’issue de cette histoire, Nafissatou est salie à jamais, maugrée-t-il. Elle ne pourra plus jamais se marier dans la communauté. »

Malika Groga-Bada
Jeune Afrique. N° 2629, 29 mai-4 juin 2011

Remarques

Je ne partage pas du tout l’opinion selon laquelle Nafissatou est “à jamais salie”. Et voici brièvement pourquoi :

  1. Elle n’a pas cherché ou provoqué le malheur qui lui arrive. Contrairement à d’autres femmes de sa région, elle pratique sa religion, travaille et ne vendait pas son corps.
  2. Elle n’est plus la seule accusatrice de Dominique Strauss-Kahn. Le ministère public a soumis une plainte sur la base des faits établis par l’enquête préliminaire. Un grand jury américain a examiné et accepté le dossier. En conséquence, le procureur d’Etat pour le District de Manhattan, Cyrus Vance, Jr., a inculpé M. Strauss-Kahn de sept chefs d’accusation : acte sexuel criminel de premier degré (deux comptes), tentative de viol, abus sexuel de premier degré, emprisonnement illégal, attouchements forcés, abus sexuel de troisième degré. En plus de Jeffrey Shapiro, l’avocat défenseur, les puissants moyens du ministère public de New York Sate seront donc du côté de Nafissatou durant le procès.
  3. Le mariage est un rite de passage et une étape importante du cycle de la vie individuelle et collective. Il sanctifie la reproduction de l’espèce et assure la continuité généalogique et familiale. Mais il n’est ni nécessaire ni indispensable pour une personne donnée. A preuve, le voeu de chasteté et de célibat de millions de religieux et de laïcs à travers le monde, en Islam et dans d’autres religions et philosophies.
  4. Au sein même de la nation Fulɓe et de sa diaspora américaine, il ne faudrait exclure ni la probabilité ni la possibilité pour Nafissatou de rencontrer un homme qui l’aime et qui comprend le sort cruel qui l’a frappée. Et qui demande sans hésitation à la famille de Mme. Diallo la main de leur fille au nom d’une tradition qui enseigne l’acceptation des actes divins, la résignation et la tolérance vis-à-vis de son prochain.

Tierno S. Bah

Apha Condé : vulgaire et irrespectueux président

Président Alpha Condé, Conakry, Oct. 2011
Président Alpha Condé, Conakry, Oct. 2011

Dieu seul sait ce que le prêtre qui a élevé Alpha Condé a fait avec lui. En effet, nous savons tous que depuis longtemps l’Eglise est devenue l’asile des pédophiles. Le déséquilibre social d’Alpha Condé, ses contradictions, son acharnement contre une catégorie de Guinéens fondé sur leur appartenance ethnique, son comportement instable, asocial et impulsif, dénotant une absence apparente de sens moral se résument en un seul mot: psychopathie.

Tout récemment, irrespectueux, le Président guinéen Alpha Condé disait à la TV que:

“Même la plus belle femme du monde ne peut donner que ce qu’elle a”.

Il s’agit là des termes de banlieue parisienne qui ne sont pas du vocabulaire d’un adulte respectable en Guinée.

Après avoir échoué dans son aventure du riz du changement (il a communisé le secteur croyant faire mal aux commerçants peuls), il revient à ceux qu’il continue à diffamer et qu’il veut détruire à tout prix. C’est ainsi qu’il a décidé le 12 avril 2012 à faire publiquement appel aux commerçants pour qu’ils reprennent les choses en main.

Toute la Guinée le sait, Lansana Conté avait fait cette expérience et échoué. Pourquoi Alpha Condé a-t-il utilisé les maigres ressources financières qu’il a trouvées pour la même chose avec les mêmes acteurs ?

Complexé et haineux qu’il est, Alpha Condé, même en faisant appel à ces hommes d’affaires sans lesquels le pays plongera de plus en plus dans la misère, il les insulte. Prochainement,

« L’État n’importera pas de riz. … Les commerçants peuvent revendre et distribuer le riz aux populations à condition qu’ils ne fassent pas de trafic de drogue ni de faux billets »,

dit-il dans son message d’appel aux commerçants pour une rencontre avec eux ce samedi 16 avril 2011 au palais du peuple (Lire).

Alpha Condé n’est pas de bonne foi et sa haine des peuls riches en général est immesurable. Il veut les détruire, même au risque de rendre toute la Guinée malheureuse.

Quand est-ce qu’un seul commerçant a-t-il été mis en cause dans le trafic de drogue ou de faux billets en Guinée ? Sous son impulsion, le CNDD a mené des enquêtes dans la transparence pour démasquer les narcotrafiquants tellement qu’Alpha Condé croyait les trouver dans les boutiques peules.

Ce sont des hauts cadres de l’Etat et de l’armée en majorité soussous (famille de Conté) et malinkés qui sont découverts dans ce trafic en Guinée. C’est sous la protection de l’armée et de la police que des avions colombiens déchargeaient de la cocaïne dans notre pays, à Conakry, Faranah et à Boké. Pas de Fouta, pas un seul homme d’affaires peul dans le réseau.

Alpha Condé tend la main à Mathurin Bangoura, M’Bemba Bangoura, Lansana Kouyaté dont le ministre de l’intérieur Bo Keita a été impliqué dans ce trafic et à sa connaissance (son gouvernement se servira de l’argent de la drogue). Pourquoi ce Monsieur continue-t-il d’accuser les autres de ce que son entourage direct est coupable ? Comment un soi-disant Professeur en droit peut-il accuser et diffamer sans fournir aucune preuve ? Le syndicat des commerçants devrait porter plainte contre le premier magistrat du pays pour diffamation et atteinte à leur honneur, même si la plainte n’aboutira pas. Le monde le saura et se fera une image du personnage raté qui est appelé Président en Guinée.

Les hommes d’affaires doivent se tenir en garde et ne pas tomber dans les filets de ce président vulgaire et haineux. Il continue à insinuer qu’ils sont impliqués dans le trafic de drogue, un délit pour lequel il pourrait les faire poursuivre partout dans le monde si on lui donne la possibilité de prétendre fournir une preuve contre eux. En acceptant de revenir dans ce marché, ils ramènent leur argent dont il a besoin et exposent leurs magasins aux descentes de Tiégboro qui peut transporter de la drogue dans leurs magasins et inviter la RTG à filmer les preuves. Ainsi, après l’argent des cambistes, c’est celui des grands commerçants qui sera confisqué par le régime Alpha en quête de devises.

Rappelez vous que l’armé garde encore les 7 tonnes de cocaïnes pour lesquelles Pivi, Saa Alfonse et Tiégboro ont fait tuer 45 policiers en juin 2008.

Namory Condé

Hommage à Moussa Kemoko Diakité

La 7ème édition du Festival international du film indépendant de Lille (11-17 avril 2011) offrait, outre une riche programmation, un cadeau doré aux cinéphiles des cinémas d’Afrique : l’occasion de découvrir l’œuvre invisible du doyen du cinéma guinéen, Moussa Kemoko Diakité dont on peut lire l’interview [ici].

Moussa Kemoko Diakite
Moussa Kemoko Diakite

Camp Boiro 1970. Moussa Kemoko Diakité, qui a fait ses études en Allemagne, est enfermé durant un an dans la terrible prison du régime Sékou Touré. Comme tant d’autres, il est soupçonné de subversion en raison de sa fréquentation des étrangers. Il n’en fallait pas beaucoup pour être emprisonné et nombre de cinéastes y passeront six à huit ans, n’y voyant ensuite plus assez clair pour faire du cinéma.
Cela ne voulait pas dire que Moussa Kemoko Diakité soit contre les idéaux défendus par ce régime socialiste épris de panafricanisme. Conscient des limites et du cadre imposé tout comme de la répression à l’œuvre, mais opérant ses choix en toute conscience, il est à l’image d’une génération qui a nagé dans les contradictions mais a quand même cru dans ces idéaux et les a défendus avec talent.
Ses films en épousent et magnifient les thèmes : fraternité panafricaine, révolution populaire sous la houlette du parti, émulation des artistes pour mobiliser le peuple, appel à la créativité et à l’énergie de la jeunesse pour construire un avenir heureux…
Il était essentiel pour l’Histoire guinéenne comme pour l’Histoire africaine de ne pas se laisser perdre dans les sables les témoignages de ce talent et de cette complexité.
Sollicité par le directeur du Centre de ressources audiovisuelles de Guinée (CRAG), le cinéaste Gahité Fofana, qui a fait des recherches approfondies dans les laboratoires européens pour retrouver les négatifs originaux des films de Moussa Kemoko Diakité, Dominique Olier, directeur du Festival, a organisé avec sa sympathique et efficace équipe de bénévoles engagés une rétrospective des films ainsi sauvés de l’oubli.
Ce sont certes des films de propagande, mais le talent de Moussa Kemoko Diakité est patent. Profitant de sa connaissance de la langue allemande, Diakité a travaillé avec des techniciens d’Allemagne de l’Est pour son premier documentaire, Hirde Dyama (1972), sur le Festival artistique et culturel de Conakry du 9 au 27 mars 1970, pendant du Festival mondial des arts nègres (Fesman) de Dakar de 1966 et du Festival panafricain d’Alger (Panaf) de 1969. Le film existe en deux versions, l’une allemande l’autre française. Il s’ouvre sur une cantatrice accompagnée à la kora et chantant d’une voix douce la disposition du peuple à soutenir la révolution. Puis, ce sont des images en montage serré du défilé des délégations étrangères dont l’une porte un panneau bien mis en avant : “chaque peuple a sa culture”.
Une large place est laissée à la prestation de Miriam Makeba, qui s’était installée en Guinée où elle avait adopté la nationalité et disposait d’une maison. Elle chante en soussou, langue guinéenne, l’hymne du parti repris en chœur par les spectateurs. Mais à la différence de Festival panafricain d’Alger de William Klein, Hirde Dyama n’a rien d’un reportage spontané sur la vitalité de la diversité artistique. Il reste autocentré sur le spectacle offert par l’art officiel, et documente un orchestre moderne d’élèves ou un chœur traditionnel chantant tous la gloire de la révolution.
La propagande reste dominante : un montage parallèle met l’accent sur des chantiers industriels du pays et un commentaire appuyé célèbre la “vérité” que comportent les traditions, source d’inspiration de la révolution.
Même commentaire officiel dans Fidel Castro, un voyage en Guinée (1972), mais on y sent davantage de construction personnelle. Ce qui intéresse Moussa Kemoko Diakité, c’est le couple parfait que représentent Castro et Sekou Touré, leur accord idéologique total. “Nous ressentons les mêmes choses”, répète Castro dans les meetings, étendant aux deux peuples le couple des deux leaders. Diakité utilise toutes les ficelles du film de propagande pour installer le thème : intérêt commun des deux hommes pour les productions nationales, enthousiasme permanent des populations, portraits d’hommes et de femmes quand on évoque le travail du peuple, superposition d’images de foules sur les discours, etc.
La convergence des deux révolutions annonce la révolution universelle.
Ces films, si bien fait soient-ils, ne font pas un auteur. Par contre, alors même qu’il s’agit également d’un film de propagande, Hafia football club, triple champion d’Afrique, long métrage qui prend le temps de la démonstration, témoigne d’une nette évolution de traitement, incluant par le biais du commentaire du célèbre Pathé Diallo, ancien policier reconverti en commentateur sportif, décédé en 2007, une certaine liberté de ton. Ici, le film ne se contente pas de reproduire les thèmes officiels, il les problématise.
Débutant sur des joueurs échangeant des ballons par coups de tête en une chorégraphie aérienne, il élève d’emblée son propos. Les victoires de l’équipe nationale guinéenne ne portent pas seulement la gloire de la révolution, elles sont emblématiques des tactiques adoptées par le Régime, l’équipe étant décrite comme un corps social vivant, traversé de contradictions mais tendu vers un même but.
Le commentaire étonnamment détaché, en recul, improvisé, de Pathé Diallo n’hésite pas à relever à deux reprises les “cafouillages du camp guinéen”. Pas vraiment langue de bois ! Le montage se garde bien d’éliminer les tentatives de but avortées ou ratées. Les matchs évoluent tels qu’en la vie, complexe, et jamais gagnés d’avance, impliquant une stratégie. L’apothéose est atteinte lors de la troisième victoire en finale du championnat interafricain en 1978. Le film documente la mobilisation de toute la ville, de tout le peuple derrière son équipe. Les supporters sont joyeux et fair play : l’affrontement se veut fraternel et amical, à l’image de l’idéal panafricaniste. Les joueurs sont nommés tour à tour, héros méritant chacun leur distinction. L’harmonie générale est renforcée par la musique de Sory Kandia Kouyaté et Fode Diabaté ainsi que du Bembaya Jazz National.
Le commentaire de Pathé Diallo s’efface alors devant la victoire. C’est le guide de la révolution qui prend le relais, qui ne cesse d’agiter son mouchoir blanc pour saluer et galvaniser les foules. Les images sont alors empruntées à la célébration de la victoire au même stade le lendemain, show organisé dans la plus pure tradition soviétique, avec défilés des étudiants, performances des policiers à moto, danses ordonnées et signifiantes de centaines de femmes munies de calebasses, murs de pancartes à la gloire de Sekou Touré et de la révolution portés par des pans entiers du stade…
Habilement mais non sans anachronisme, le film ne fait pas la différence entre le moment du match, où Sekou Touré était absent, et celui du triomphe, tout à sa gloire. Son discours rythme les images, éloge du panafricanisme, appel à la jeunesse pour dépasser les tensions entre les pays, comme si elle y pouvait quelque chose, notamment avec le Sénégal et la Côte d’Ivoire, les ennemis du moment.
Une soirée officielle où dansent très dignement les tenants du régime offre un édifiant contraste avec la vitalité du foot. Le summum de l’habileté est atteint lorsqu’il est finalement demandé à des journalistes sportifs étrangers de commenter le match. Un Français attribue la victoire à l’offensivité “à la brésilienne” de l’équipe nationale tandis qu’un Algérien célèbre la créativité et la force d’innovation du football africain. Du foot au politique, le pas est définitivement franchi et le film peut se clore sur les effigies géantes de Sékou Touré portés en mosaïque par des milliers de supporters.
Ovni cinématographique, présenté en copie restaurée, le long métrage Naïtou l’orpheline marque une rupture décisive.
Première comédie musicale africaine, sans aucun dialogue et un seul encart en fin de film demandant “vous ne voulez pas ressembler à cette femme ?”, Naïtou est entièrement joué par des ballets en décors naturels. Tout le monde s’agite en chœur pour mimer une histoire de jalousie où triomphera le bon droit. Les scènes de nuit où apparaissent les esprits, à la fois masques et animaux, tandis que la bande-son amplifie leurs cris de crapauds ou serpents, sont absolument kitsch et fascinantes.
Outre le message très convenu du conte, le triomphe sur les méchants ne pouvait que conforter un pays subissant de plus en plus durement le joug d’un régime finissant. Le conte et l’absence de dialogues permettent à Moussa Kemoko Diakité de se positionner sans craindre les représailles.
Mais une fois ce premier geste de fiction accompli, le changement de régime à la mort de Sékou Touré et l’arrivée du libéralisme qui clôt le fonctionnariat des cinéastes obligent Diakité à chercher une voie de survie. Profitant de l’arrivée de la concurrence économique, il met à profit son apprentissage de la publicité qu’il avait suivi en Allemagne et fonde en 1986 l’Office guinéen de publicité. Il le délaisse cependant en 1992 pour prendre la direction de l’Office national de la cinématographie de Guinée, mais cela ne lui rouvre pas les voies de la création.
A 71 ans, il se penche sur son passé (cf. notre entretien), appelant les jeunes à se former et à connaître l’Histoire de leurs anciens, plus complexe qu’on ne le croit souvent, une génération qui a cru à des idéaux et les a servis, piégée par un régime autoritaire qui pensait devoir les imposer par la répression.
Ses films en sont le témoignage, essentiels pour l’Histoire. Il rêve aujourd’hui de tourner un long métrage de fiction en phase avec la récente actualité guinéenne, L’Héritier de Kanté, une métaphore sur les prises de pouvoir par les militaires en Afrique.
Souhaitons qu’il y parvienne. Ce retour à un cinéma qu’il n’a jamais vraiment délaissé, vivant aujourd’hui de documentaires de sensibilisation réalisés pour des ONGs, serait une belle façon d’ajouter une fiction d’aujourd’hui à cette vie ancrée dans la deuxième moitié du XXème siècle.

Olivier Barlet
AfriCultures