Albert Lorofi

La Guinée. Naissance d’une colonie française. 1880-1914

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Introduction

Privés au début du XIX’ siècle de leur principale ressource, la traite négrière, les commerçants de Gorée cherchent de nouveaux débouchés dans les Rivières du Sud (la côte de l’actuelle Guinée). Il leur faudra cependant compter avec la concurrence des Anglais de Sierra Leone entretenant, depuis des décennies, des relations commerciales avec les régions convoitées.
Dès leur arrivée, les Français s’empressent de signer avec les souverains locaux des traités leur assurant, contre le versement d’une rente modique et le paiement de droits d’ancrage, l’exclusivité commerciale. Les pillages dont se plaignent épisodiquement les commerçants des Rivières servirent de prétexte à quelques expéditions militaires comme celle menée par De Kerhallet en 1849.
Les factoreries françaises et anglaises rivalisent en cadeaux pour attirer vers elles les caravanes ramenant peaux, cire, or, ivoire, bois et huile de palme de l’arrière-pays. Ces produits
sont troqués contre des marchandises pour la plupart d’origine britannique : tissus, armes, poudre, fer, sel, tabac, alcool, verroteries.
Un nouveau pas est franchi en 1866 quand l’expédition militaire menée par Flize dans le Rio Nunez aboutit à la construction du poste de Boké bientôt suivi de ceux de Boffa et de Benty.
De 1870 à 1880, sur fond de guerre de successions secouant les chefferies des Rivières du Sud, la France impose peu à peu son système de protectorat exclusif, malgré la protestation des souverains locaux habitués à l’alliance commerciale souple que leur proposaient les Anglais de Sierra Leone. C’est, durant cette même période, que l’arachide devint le principal produit d’exportation des Rivières du Sud. Pour quelques années seulement car le caoutchouc allait bientôt prendre le relais.
A partir de 1880, la colonisation des Rivières du Sud prend un tour officiel. Les frontières avec la Sierra Leone et avec la Guinée portugaise sont délimitées. Un lieutenant gouverneur, Jean Bayol, s’installe à Conakry, promu au rang de capitale. Les chefs africains sont peu à peu dépossédés
de leur pouvoir au profit des administrateurs français. L’essor du caoutchouc favorise le développement de Conakry dont le port concurrence celui de Freetown à l’aube du XXe siècle.
Agrandir les Rivières du Sud par l’est devenait la nouvelle ambition de la France d’autant plus que, de leur côté, les militaires du Haut-Sénégal progressaient vers le fleuve Niger, s’emparant peu à peu des territoires de Samori.
Le Fouta-Djalon devenait un obstacle à la réalisation d’un continuum territorial français allant du Sénégal aux Rivières du Sud. Les querelles opposant les chefs peul allaient favoriser la conquête militaire de la région lors de la
bataille de Poredaka, le 14 novembre 1896.
La mainmise française sur le pays forestier riche en cola et en caoutchouc ne fut assurée qu’après une vingtaine d’années troublées par des expéditions militaires acharnées menées
contre les Toma et les Guerzé, à partir des postes de Bey la, Sampouraya, Gouecké …
Le chemin de fer, exploité à partir de 1904, contribua au développement de villes nouvelles : Kindia, Mamou, Dabola, et à la canalisation des produits exportables vers le port de Conakry, aux dépens de sa rivale Freetown.
La subdivision du territoire en cercles et l’introduction
progressive de la monnaie permirent à l’administration de mieux contrôler les transactions.
L’impôt par capitation et les taxes douanières constituaient l’essentiel des recettes de la colonie qui ne devait compter sur aucune aide de la métropole. L’effondrement du cours du caoutchouc à la veille de la première guerre mondiale allait porter un coup fatal à ce système économique reposant, pour l’essentiel, sur un produit de cueillette.