Chiffres, histoire et politicards

Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932
Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous sont contenus dans un document intitulé “Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé”. Il est conservé aux Archives nationales à Conakry, où je l’ai scanné en 2002. Il s’agit là de données matérielles l’histoire de la Guinée Française durant la première moitié du 20è siècle. Elles contredisent et annulent les agitations stériles de certains politicards guinéens du 21ème siècle. En l’occurrence Mansour Kaba, l’auteur de la chimère du Manden-Jalon et son ancien allié et complice : président Alpha Condé.

Parmi les nombreux rapports de l’inspecteur général 2ème Classe des Colonies  Huet, figure le document intitulé “Situation Economique du Cercle de Kankan”, publié également en 1937. Huet effectua sa mission sous le gouvernement du Front Populaire. L’alliance comprenait :

Le règne du FP prit fin en 1938, alors que les nuages du fascisme s’épaississaient. Hitler et ses alliés de l’Axe plongeront le monde dans la deuxième guerre mondiale à partir de 1939.

En Guinée Française le FP nomma l’Antillais Louis Blacher comme gouverneur du Territoire. Mais les rigueurs et les exactions de l’Indigénat continuèrent leurs ravages jusqu’à l’abolition de cet infâme régime en 1946. L’épouse du gouverneur Blacher était la brillante Béatrice Appia, intellectuelle, peintre et chercheuse. En collaboration avec Tierno Chaikou Baldé, elle prépara la remarquable étude intitulée “Les Forgerons du Fouta-Djalon”.  Cette monographie souligne, entre autres, les influences culturelles réciproques entre Fulɓe et Mande. On n’y trouve nulle trace des tensions que Mansour Kaba chercha vainement à attiser avec son Manden-Jalon.
Lisons donc le rapport no. 27 de M. Huet. Il founit des renseignements succints sur l’économie et la démographie du Cercle de Labé en 1937.

Tierno S. Bah


Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé.

Conakry, le Cinq Mai 1937
L’Inspecteur Général des Colonies, Chef de Mission

J’ai l’honneur de transmettre à M. le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée Française le rapport de détail concernant la vérification au point de vue économique du Cercle de Labé.

Signé : Huet

Chapître 1er. Renseignements généraux sur le Cercle

Situation et étendue

Le cercle de Labé est situé en moyenne Guinée en plein centre du Fouta-Djalon.
Plus grande longueur du Nord au Sud : 150 km ; plus grande largeur de l’Est à l’Ouest : 200 km.
Superficie : 23.800 km2

Caractéristiques générales
  1. Au point de vue physique : Pays accidenté, formé de plateaux généralement latéritiques séparés par de profondes vallées, plaines normalement de faible étendue, altitudes variant de 170 à plus de 1.500 m. Région très arrosée, origine d’importantes rivières ou fleuves : Gambie, Rio Gaba, Kakrima-Konkouré, Bafin, Falémé.
    Les géographes ont d’ailleurs qualifié le Fouta-Djalon de “véritable château d’eau de l’Afrique occidentale”.
  2. Au point de vue poltique : pays calme paraissant bien en main, commandé par de bons chefs européens et indigènes qui, du fait de la tranquilité politique, se consacrent principalement au développement économique des territoires placés sous leur autorité.
  3. Au point de vue économique : pays d’agriculture et d’élevage. Le Foulah n’est plus exclusivement pasteur comme on a coutume de le représenter. L’agriculture dans le Foutah, prend une place chaque année plus importante ; les cultures se développent sur les plateaux, dans les plaines et sur les pentes montueuses. La terre est généralement pauvre ; la culture la plus étendue est celle du fonio, pauvre graminée d’un faible rendement qui exige de grandes surfaces ; le fonio est en outre d’une faible valeur alimentaire. Où se developpe quelque peu la végétation arbustive, le riz de montagne, de meilleur rendement et de valeur alimentaire plus sérieuse est cultivé. Le riz de marais n’est cultivé que dans les rares plaines très humides.  Dans les régions septentrionales plus chaudes, domine la culture type du climat soudanais : le mil.
    Il n’y a de richesse culturale que dans les carrés familiaux, couverts de fumures et d’engrais naturels, grâce au bétail (bovins, ovins, caprins). Sans bétail, le carré familial est pauvre. Aussi, tous les efforts de l’Administration, avec l’aide de la Société de Prévoyance, tendent-ils à la reconstitution d’ailleurs en bonne voie, du cheptel, qui permet l’extension des carrés familiaux et le développement des culture qui y sont pratiquées.

Population

Européens et assimilés 125
Français 37
Etrangers
Levantins (Libano-Syriens) 85
Américains 3
Fonctionnaires 25,6 %
Planteurs et employés de plantation 4 %
Commerçants Levantins 68 %
Missionnaires (Américains – protestants) 2,4 %
Indigènes
Foulahs 344.226 (96 %)
Dialonkés 5.240
Diakankés 3.230
Sarakolés 821
Malinkés 102
Toucouleurs 80
Bambaras 40
Ouolofs 26
Guerzés 7
Tomas 6
Divers 10
Total 353.788

Chapître II. Agriculture

Situation et production du Cercle. — Calendrier saisonnier — Cultures à encourager.

Culture Superficie cultivée (hectares) Production : tonnes/an
Riz 7.500 4.500 environ
Maïs 20.000 20.000 environ
Mil 5.000 4.900 environ
Fonio 150.000 60.000 environ
Arachides 6.000 17.000 environ
Sésame 200 95 environ
Taros 12.500 25.000 environ
Patates
Manioc
Igname
Gombo