Attaque de novembre 1970 : quarante-sept ans après

Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau et Président Sékou Touré. 1970
Général Antonio Spinola, gouverneur de Guinée-Bissau, et Président Sékou Touré. 1970

La date d’aujourd’hui marque le quarante-septième anniversaire de l’attaque du 22 novembte 1970 par un commando militaire portugais et des opposants guinéens armés contre Conakry. L’opération visait deux objectifs :

  • La libération des dix-huit prisonniers de guerre Portugais — dont le fils du maire de Lisbonne — qui avaient été capturés par la guerilla du PAIGC dirigée par Amilcar Cabral
  • L’élimination du Président Sékou Touré et l’abolition de son régime
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.
Prisonniers de guerre Portugais capturés au combat, transférés et détenus au camp du PAIGC, situé au quartier Bellevue de Conakry. Ils furent libérés et rapatriés par le commando du 22 novembre 1970.

J’ai constitué le présent dossier pour rappeller à la mémoire ce bref épisode aux conséquences profondes et prolongées, draconniennes et inhumaines. Et qui continue de hanter la Guinée. Pour introduire cette sélection, j’ai choisi un extrait de l’analyse lucide de Sako Kondé, l’auteur de Guinée, le temps des fripouilles. Directeur général de la Douane jusqu’en 1965, cet intellectuel et critique implacable de la dictature guinéenne dresse, dans le chapitre IX du livre  “Pour l’honneur de la Guinée et de l’Afrique”, le réquisitoire du régime et celui des dirigeants de  l’opposition en exil. Il les met dans le même sac, et il rend  hommage aux Guinéens qui prirent les armes contre le régime. Sako Kondé écrit :

  « A l’aube du 22 novembre 1970, des Guinéens ont débarqué sur le sol natal, l’arme à la main, décidés à abattre la tyrannie ou à mourir. Si l’opération a tourné à la tragédie, ce ne fut pas, en tout cas, parce que le régime leur a opposé une quelconque résistance aux premières heures : il était virtuellement vaincu, le prétendu « attachement indéfectible » du peuple n’ayant à aucun moment joué. Ce fut à cause de la trahison des chefs politiques de l’affaire. Mais avant de mourir, les combattants ont fait revivre intensément une chose qu’on aurait cru désormais oubliée des Guinéens : le courage, l’audace. En accomplissant leur devoir comme ils l’ont fait, ils ont administré une terrible leçon à l’actuel personnel politique. Ils l’ont aussi donnée aux quelques Guinéens qui ont conduit l’affaire au niveau politique en la ramenant à la dimension d’une ténébreuse aventure, et prouvé qu’ils appartiennent au même type socio-politique que les dirigeants en place. Leur mort héroïque constitue le seul moment rassurant et encourageant de cette lamentable entreprise menée par de soi-disant opposants sous le signe de la médiocrité, de l’inconscience criminelle … Il nous fallait, avant de poursuivre, faire cette distinction essentielle et rendre hommage au courage de ces gars bien de chez nous. »

… La suite est accessible à la bibliothèque du Camp Boiro Mémorial.

La collection inclut aussi les documents suivants :

L’hebdomadaire annonça l’évènement avec en exclusivité le récit d’un des Guinéens de l’expédition. Mais l’informateur anonyme présente une version  erronée des faits. relevait de l’intoxation et de la propagande. Il prétend notamment que le coup avait été conçu, financé et exécuté entièrement par des Guinéens, sans l’appui ou la participation du Portugal. Ce qui était faux.…

Jeune Afrique corrige ici l’information erronée contenue dans le numéro 518 à propos d’une opération strictement organisée par l’opposition en exil.

Tierno S. Bah

Sékou Touré : l’assassinat d’Amilcar Cabral

Ceci est le 7ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. L’auteur rejoint les rangs de ceux qui affirment que Sékou Toure fut le commanditaire de l’assassinat d’Amilcar Cabral, ingénieur agronome, fondateur et dirigeant charismatique du P.A.I.G.C.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Chapitres précédents :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie
Sékou Touré : pseudo-socialisme, faux anti-impérialisme

Amílcar Lopes da Costa Cabral (1924-1973), fondateur et secrétaire général du Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde, PAIGC.
Amílcar Lopes da Costa Cabral (1924-1973), fondateur et secrétaire général du Partido Africano da Independência da Guiné e Cabo Verde, PAIGC.

Nationalisme et
politique anti-nationale africaine.
L’assassinat d’Amilcar Cabral

Monsieur le Président Mitterand,
Je voudrais en venir au nationaliste que Sékou Touré est prétendu être. Nous savons trop bien, nous autres Guinéens, ce qu’il en est. Dans ce monde où l’espoir et la demande pour un mieux être son des exigences croissantes et impératives, le nationalisme se définit surtout par le nombre et la qualité des opportunités offertes au peuple pour son bien-être. Le développement et l’éducation constituent l’essentiel de ces opportunités. Et l’indépendance n’a jamais été qu’un moyen que notre peuple a acquis pour atteindre ces objectifs fondamentaux. Nous avons vu que pour tout cela Sékou Touré a trompé toutes nos espérances. De plus, malgré toutes les impostures que cache, de nos jours, le mot nationalisme, il ne signifie pas chauvinisme. Il est le contraire d’autarcie. Il aspire au progrès.

La nationalisme est devenu malheureusement pour Sékou Touré l’arbre de ses ambitions cachant mal sa forêt d’incompétence, d’errements et d’obscurantisme, Son nationalisme n’est, à l’intérieur, que le reflet de sa prétention d’en remontrer à tous en Afrique. Hélas ! Le bilan de son action montre bien qu’il lui est plus facile de détruire les citoyens et le pays que de répondre véritablement aux exigences du nationalisme. Le gâchis dont il est responsable prouve qu’il lui est plus facile de vociférer des récriminations insensées contre un ennemi imaginaire que de satisfaire les aspirations élémentaires de notre peuple.

Commandant João Bernardo Vieira et Amilcar Cabral dans les territoires libérés par le PAIGC. Les deux hommes furent assassinés à 36 ans d'intervalle, en 2009 et en 1973 respectivement. (T.S. Bah)
Commandant João Bernardo Vieira et Amilcar Cabral dans les territoires libérés par le PAIGC. Les deux hommes furent assassinés à 36 ans d’intervalle, en 2009 et en 1973 respectivement. (T.S. Bah)

En Guinée, il sévit, il tue. Il a institué un système policier qui demande à la femme de tuer le mari, au fils de cracher à la figure du père, au père de jeter l’anathème sur tous les siens. C’est la délation érigée en institution nationale. Tout cela au nom, dit-on, de son nationalisme. J’ai lu une lettre écrite par un éminent africaniste de l’Université d’Ife à une revue africaine. Cet homme, érudit dans sa matière, s’étonnait tout simplement qu’un journal africain puisse attaquer Sékou Touré ! Voilà l’imposture. Celle de pouvoir continuer à tromper l’intelligentsia africaine sur l’homme qu’il est, sur son action réelle qu’elle n’apprécie qu’à travers ses discours et les mensonges de ses émissaires. Alors que la réalité et les résultats de son action sont tout autres.

Monsieur le Président, notre échec à nous, Guinéens, c’est qu’il existe encore de par l’Afrique, des gens qui pensent que Sékou Touré représente aujourd’hui quoi que ce soit qui vaille. Des hommes qui croient encore qu’il est nationaliste. Je sais bien que nombre de ses amis qui savent pourtant bien le mal qu’il fait, ne voient en la Guinée qu’un champ d’application pour leurs idéologies stériles.

Ceux-là sont des idéalistes qui sont bien contents de trouver ailleurs que chez eux des incultes du genre de Sékou Touré pour torturer leur peuple et le conduire à la ruine et à la misère.

Les prétentions de Sékou Touré ne connaissent pas de bornes. Il croit encore pouvoir dicter sa loi à l’Afrique. Ses porte-paroles exaltés l’appelle le “Soleil de l’Afrique”. Quelle insulte ! Planqué derrière son micro, lui qui osait à peine sortir de Conakry, il s’arroge le droit et s’est fait le devoir de dénoncer la plupart de ses collègues de trahison. Alors que l’Afrique a décidé de le traiter avec le mépris et l’indifférence qu’il mérite.

Son nationalisme retranché dans sa vieille tannière branlante ose parler de paix et d’unité en Afrique. Chacun a compris qu’il s’agit de mettre l’Afrique entière sous sa botte meurtrière. Alors même qu’il distille chaque jour davantage les germes de la diversion et de la division ! Ses rapports en dents de scie avec chacun de ses voisins, ses insultes d’enfant mal élevé, ses cliquetis d’armes de va-t-en guerre croupion pour moraliser l’Afrique. Ses récriminations contre tous ses paires et ses accolades empressées avec chacun, y compris les militaires au pouvoir, qu’il a traité avec désinvolture et arrogance ; tout cela montre bien son ambition viscérale de potentat, son inconscience et sa tension permanente vers le seul pouvoir. Il n’a pas hésité, certainement au nom d’une certaine Unité Africaine, et d’un nationalisme exubérant, d’intervenir militairement chez ses voisins immédiats.

Au Libéria où il a envoyé sa troupe maintenir l’ordre et tenté de sauver le pouvoir de Tolbert.

En Sierre Léone il a remis en selle l’actuel Président Siaka Stevens. Tout commença le 20 mars 1967, lorsque le Gouverneur général de Sierra Léone chargea Siaka Stevens, vainqueur des élections de former un nouveau gouvernement. Sir Albert Margaï contestait les élections. A la suite de troubles, le 21 mars, le Général David Lansana s’empara du pouvoir après avoir arrêté les deux rivaux. Suspecté de complicité avec Albert Margaï, il est à son tour renversé par un officier supérieur. A la suite de deux autres coups d’État et pendant que l’armée détient le pouvoir, Sékou Touré récupère Siaka Stevens et fait venir quatre cent cinquante Sierre-Léonais qu’il paie et qu’il entraine à grands frais pendant six mois à Conakry sous le contrôle de son armée. Ainsi, ce qu’il n’a pu faire pour Kwame N’Krumah, intervenir directement par la force dans les affaires intérieures d’un autre pays africain, il le fait pour Siaka Stevens. Cétait plus facile.

Malheureusement pour lui, au moment où ses mercenaires sont fin prêts pour aller à la guerre civile, installer son protégé à Freetown, deux officiers subalternes rétablissent la vie démocratique et parlementaire chère aux Sierre-Léonais et remettent le pouvoir à Siaka Stevens, sans qu’il lui en ait une reconnaissance éternelle.

Le 11 septembre 1971 , deux des Mig d’occasions offerts par ses amis Russes, et qu’il utilisait pour effrayer notre peuple et espionner à l’occasion les voisins se sont écrasés à Odienné, en Côte-d’Ivoire. Il paraît qu’ils allaient de Conakry à Kankan. Il a gardé le silence trois jours pour négocier dans les couloirs avec Houphouët-Boigny, qu’il insultait la veille. Et l’on a vu cette chose extraordinaire pour ceux qui ne le connaissent pas. Le procès radiophonique de nos compatriotes dans lequel la Côte-d’lvoire était tous les jours impliquée et bassement traitée, a été arrêté au quarante-septième jours pour faire les éloges du peuple frère et remercier chaleureusement le “grand frère” Houphouët, retransmettre longuement son discours fleuve de trois heures aux pauvres militaires ivoiriens venus accompagner les cendres de ses pilotes. Et il n’a même pas compris la leçon et la gifle magistrale de celui qu’il appelait férocement, le “valet des valets de l’impérialisme”. Oh tristesse ! Voilà comment il a entamé une autre réconciliation avec Houphouët sur les cadavres de deux malheureux soldats tombés lors d’un vol d’espionnage. L’occasion précédente, c’était par ballon de football. Des matches amicaux obtenus contre la Côte-d’Ivoire avaient permis à son féal Lansana Diané d’embrasser Houphouët au Congrès de Yamoussokro. Pas pour longtemps. Les embrassades de septembre 1971 avaient pour prix la peau de nos amis Guinéens d’Abidjan. Comme ses insanités contre Senghor, ses théories contre la négritude, ses tentatives de proposer des soulèvements au Sénégal ont pour unique raison le refus de Senghor de lui livrer nos amis Guinéens de Dakar.

A Monrovia, il joue carrément au banditisme et son ambassade n’est qu’une officine de racket. En avril 1979, il envoie à Monrovia même ses soldats pour réprimer les émeutes qui ont ébranlé le régime de Tolbert.

Monsieur le Président, les hauts faits de son “nationalisme” et beaucoup d’autres du même genre cadrent très mal avec l’idée que les Africains se font de l’Afrique et des relations inter-africaines. Sékou Touré n’a-t-il du reste pas annoncé publiquement que “chaque fois qu’il jugera que les intérêts de l’Afrique sont engagés à tort par un Chef de Gouvernement”, il interviendra. Ainsi serait-il seul à détenir la vérité africaine contre tous; contre tous les autres Chefs d’État ?

Cette attitude démontre, s’il en était besoin, les illusions que lui donnent les ovations télécommandées de ses foules fanatisées et surtout la sympathie dont il jouit encore auprès de nombreuses personnalités et pays pour qui importe peu le sort de notre peuple.

Monsieur le Président, vous me permettrez de vous rappeler un souvenir douloureux, mais c’est pour mieux cerner le “nationalisme” de Sékou Touré.

Le 20 janvier 1973, Amilcar Cabral a été assassiné à Conakry même. C’était le Secrétaire Général et fondateur du PAIGC (Parti Africain pour l’Indépendance de la Guinée et du Cap Vert). A la date du 22 janvier 1973, dans La Paille et le Grain vous écriviez :

« Cabral, à son tour. J’apprends sa mort. Sékou Touré accuse le Portugal. Caetano s’en défend. Je n’ai pas d’éléments pour juger. »

Amilcar Cabral était votre ami. Il avait eu l’occasion, en Guinée même, de vous “confier ses luttes, ses espoirs”. Il avait engagé la lutte de libération de son pays et son mouvement ; il contrôlait les deux-tiers du territoire de la Guinée Bissau. Comme vous le dites justement “le mouvement de libération disposait d’écoles de brousse, d’hôpitaux de campagne et de structures administratives”.

Comme vous même, Monsieur le Président, l’Assassinat d’Amilcar Cabral en plein Conakry, dans les conditions troubles que l’on sait, ont laissé plus d’un observateur sceptique.

Je vais vous apporter des éléments, dont certains vous sont connus, pour vous dire que de Caetano et de Sékou Touré, le plus coupable n’est pas celui que l’on a cru. La PIDE a été accusée à tort. Amilcar Cabral, que j’ai eu l’honneur de connaître, était un grand intellectuel. Vous avez écrit que le Portugal a perdu en lui “l’adversaire le plus sensible, le mieux formé à ses valeurs”.

Cétait un nationaliste vrai, un combattant de la liberté, les armes à la main; à qui son courage, son autorité, sa rigueur intellectuelle et sa culture avaient conféré un grand rayonnement et une très grande notoriété en Afrique et une envergure internationale.

Cétait là une première tare aux yeux de Sékou Touré, qui n’a jamais ni tiré un coup de feu ni armé qui que ce soit, pour ce faire, contre quelque colonialisme que ce soit. Vous êtts mieux placé que moi pour savoir qu’il s’accommodait fort bien du colonialisme français.

Amilcar Cabral était ingénieur agronome. Cétait là, je l’ai suffisamment montré, une autre tare aux yeux du dictateur de Conakry.

Amilcar Cabral avait autant de charisme mais beaucoup plus de relations et surtout de crédibilité que Sékou Touré.

Sékou Touré, certes, par la force des événements, a donné asile au PAIGC dès 1958. Quand les autres pays limitrophes sont devenus indépendants, Sékou Touré apparaissait déjà comme le “tuteur” du PAIGC et la Guinée comme la base des combattants de la liberté de la Guinée Bisseau. Personne n’attribuera en cela un mérite particulier à Sékou Touré. D’autres l’ont fait, la Tunisie et le Maroc pour l’Algérie, le Zaïre et le Congo pour l’Angola, le Gabon pour Sao Tomé et Principe, la Zambie pour le Mozambique, le Mozambique pour le Zimbabwe, l’Angola aujourd’hui pour la Namibie ; pour ne citer que quelques exemples en Afrique.

Aussi, Sékou Touré avait-il consenti à Cabral toutes les facilités pour l’aider dans sa lutte : détaxes de toute sorte, fréquence spéciale pour ses émissions à la radio nationale guinéenne, avantages diplomatiques et surtout deux camps militaires à Conakry réservés aux combattants du PAIGC.

Mais tout cela n’allait pas sans conflits. Sékou Touré recevait et gérait pratiquement tous les fonds envoyés de l’extérieur pour le PAIGC. Il contrôlait leurs mouvements et tentait de contrecarrer les relations qui ne lui plaisaient pas.

Ces conflits étaient de notoriété publique en Guinée. Ainsi, nul n’ignorait que Sékou Touré détournait, au bénéfice de ses milices, armes et munitions pour la défense de son pouvoir. Parfois, il s’appuyait directement sur certaines fractions des forces PAIGC stationnées à Conakry pour sa police intérieure et la répression.

Ainsi, tout opposait ces deux hommes sauf la géographie qui allait paradoxalement devenir la plus grande pomme de discorde.

Les deux Guinée Occidentales ont des problèmes de frontière que le PAIGC, alors engagé dans sa lutte de libération n’a pas voulu agiter lorsqu’en 1964 Sékou Touré publia un décret reprenant un accord passé en 1960 entre la France et le Portugal, et fixant unilatéralement les frontières maritimes des deux pays. Ce conflit éclata au grand jour en 1980 lorsque Sékou Touré accorda à la Compagnie pétrolière américaine Union Texas des droits de prospection en mer, précisément dans cette zone frontalière litigieuse. On se souvient de la déclaration sèche du Conseil Supérieur du PAIGC, publiée de Praia le 14 août 1980 et dans laquelle il est dit clairement que “toute initiative unilatérale allant dans le sens de l’exploitation des ressources naturelles des zones en litige est illégale et ne peut qu’envenimer et aggraver les relations entre les deux pays”. C’est dire à quel point ces relations étaient déjà tendues.

En plus des zones maritimes, la région frontalière sud de la Guinée-Bissau a toujours fait l’objet de convoitise de la part de Sékou Touré à cause de la bauxite déjà largement exploitée par les multi-nationales en Guinée.

Tout cela explique les appréhensions d’Amilcar Cabral qui ne manquait pas de s’en ouvrir à ses intimes. Sékou Touré avait ses hommes au sein du PAIGC qui attisaient les moindres contradictions, y compris les oppositions entre Cap-Verdiens et Guinéens, métis et noirs.

Bruno Crimi rapporte, dans le Continent du 26 mai 1981, ses dernières conversations avec Cabral, deux semaines avant son assassinat :

« Amilcar m’avait fait part de ses soucis. Son parti, disait-il, était secoué par de profondes divisions. Le conflit toujours latent entre Cap-Verdiens et Guinéens était devenu très aigu.
Nous aurons un jour l’indépendance. Cest sûr. Mais aujourd’hui, je ne peux pas dire que la Guinée et le Cap Vert resteront unis… Je ne sais pas non plus si je serai encore là pour assister à la proclamation de findépendance de mon pays. »

Quelles prophéties ! Oui Cabral fut tué quinze jours plus tard.

Aujourd’hur, Guinéens et Cap Verdiens sont séparés par quelque chose qu’Amilcar craignait le plus, le coup d’état militaire. L’on sait avec quelle précipitation et quels délices Sékou Touré s’est jeté dans les bras des militaires de Bissau, sacrifiant par là même le frère d’Amilcar, Luis Cabral, qui n’avait jamais pardonné à Sékou Touré le meurtre de son frère. Parce que Luis Cabral savait. Il savait que, depuis 1970, son frère s’était confié à des ministres de Sékou Touré sur la trahison de ce dernier. Cétait avant le débarquement de novembre 1970.

Il savait que, contrairement à ce que les services de propagande de Conakry et les différents bureaux du PAIG affirmaient, Amilcar Cabral avait été tué par des éléments guinéens du PAIGC, appuyés par le stratège de Conakry lui-même.

Il savait que la fameuse police politique portugaise, la PIDE, n’était en rien mêlée à cet assassinat.

Il était au courant du conflit aigu qui avait opposé Amilcar à Sékou Touré avant le fameux débarquement du 22 novembre 1970, qui fut la meilleure aubaine pour ln remise en selle du régime de Conakry.

Les Portugais avaient en effet tenté sans succès de faire un échange de prisonniers avec le PAIGC, qui détenait dix-huit prisonniers, dont le fils du richissime Maire de Lisbonne, pilote d’hélicoptère, tombé entre les mains des forces de libération de Cabral. Ce dernier était prêt à miser au maximum pour récupérer son fils. Après le refus catégorique de Cabral, il mit Sékou Touré dans son jeu en y mettant le prix. Toute la classe politique guinéenne sait que le Ministre de l’Armée, Diané Lansana, a été chargé par Sékou Touré de prendre contact avec Amilcar Cabral pour l’amener à accepter l’échange de ce fils à papa.

Prisonniers de guerre portugais du PAIGC, détenus d'abord à Manou, puis transférés à Conakry par Sékou Touré, contre l'avis d'Amilcar Cabral
Prisonniers de guerre portugais du PAIGC, détenus d’abord à Manou, puis transférés à Conakry par Sékou Touré, contre l’avis d’Amilcar Cabral

Devant l’intransigeance de Cabral, l’opération du 22 novembre vint à point, financée en partie par la PIDE et le Maire de Lisbonne.

On sait aujourd’hui que Sékou Touré était informé de l’opération “Enlèvement des prisonniers”. Il ne savait cependant pas, peut-être, qu’elle serait combinée avec celle de la tentative du renversement de son régime. Des faits précis étayent cette aflirmation.

Au début de l’année 1970, Sékou Touré avait décidé d’éliminer près de six cent cadres nationaux. Le congrès de son Parti, réuni en janvier 1970, avait pour thème l’épuration du Parti et de l’Etat. Pendant six mois, ce thème sera diffusé à travers tout le pays.

En juin 1970, Sékou Touré réquisitionne toute la toile bleue venue de Chine pour en faire des tenues de prisonniers. C’est cette toile qui servira effectivement au Camp Boiro et dans les différentes geôles du pays.

En juillet 1970, il commande mille menottes au directeur d’Unicomer M. Boris, qui sera arrêté par la suite.

Une édition du journal Le Monde de mai 1970 relate que Sékou Touré s’apprêtait à effectuer une épuration d’une ampleur sans précédent dans son pays.

Sékou Touré savait tout le bénéfice qu’il tirerait d’une opération portugaise pour “épurer” son parti, son état et asseoir dans la terreur un régime enfin élagué et “radicalisé”.

Prévenu vaguement de l’opération début novembre, il décide de transférer les prisonniers portugais. Jusque là, ces derniers étaient détenus à Mamou, sous la surveillance de Habas Diallo, à 350 kilomètres de la capitale.
Le PAIGC, contre l’avis de qui le transfert est décidé à Conakry, demande au moins leur garde dans l’un des camps de la capitale. Sékou Touré refuse. Il les met dans une villa privée, celle de M. Fodé Mangaba Camara, à un kilomètre de la plage. Sur l’insistance du PAIGC, il fait la concession de les laisser garder par seize soldats du PAIGC.

Ce transfert a été effectué le mercredi 9 novembre 1970. Les commandos portugais qui en furent informés, n’auront aucune peine à massacrer les seize malheureux gardes et libérer leurs compatriotes dans la nuit du 21 novembre.

Sékou Touré, qui ne s’attendait pas à une opération combinée visant ausi son régime prend peur, et se réfugie hors de son palais, chez une amie. Pour ce déplacement, il est déguisé en femme par celui-là même qui a pris en main la riposte, qui sera arrêté quelques mois après, le ministre Alassane Diop. Il ne sera relâché qu’après huit ans de détention.

Lire la version, plus fiable, par Alpha Abdoulaye Portos Diallo sur l’évacuation secrète de Sékou Touré cette nuit-là.
— T.S. Bah

Le régime est une fois encore sauvé. Dans son cerveau machiavélique, Sékou Touré prépare la riposte … contre le peuple de Guinée.

Il met en oeuvre la résolution qu’il avait fait adopter par le congrès de son parti en janvier 1970, l’épuration du Parti et l’Etat. Il ressort sa liste de six cents cadres à liquider, les mille menottes et déclenche la répression par une machine mise en place depuis plus d’un an. Six mois plus tard ce sont près de 30.000 Guinéens, hommes, femmes et enfants de toutes conditions qui se retrouvent dans les prisons.

Monsieur le Président,
Dans les enquêtes de ce genre, on demande à qui profite le crime. L’amoncellement des faits désigne l’homme à qui l’assassinat de Cabral a profité. D’ailleurs, d’autres faits ne laissent aucun doute sur l’identité du commanditaire de l’odieuse opération.

On sait à Conakry que trente minutes après leur forfait les cinq assassins ont été reçus au palais de Sékou Touré qui les attendait seul dans son bureau.

Les meurtriers auraient donné comme seule raison de leur forfait le fait que le gouvernement, mis en place par Cabral, ne comportait que des Cap-Verdiens, pas de Guinéens.

Aristides Pereira, secrétaire général adjoint du PAIGC
Aristides Pereira, secrétaire général adjoint du PAIGC

L’enlèvement simultané d’Aristides Pereira, le numèro deux du PAIGC, n’aura été qu’une diversion. Après l’assassinat, Sékou Touré a refusé catégoriquement, dans un premier temps, de livrer les coupables au PAIGC, qui se proposait de les juger lui-même. Il ont été mis sous protection dans le fameux Camp Boiro après un semblant de procès radiophonique dont Sékou Touré a le secret.

Au dire de nombreux compagnons de détention, aujourd’hui libérés, les meurtriers d’Amilcar Cabral protestaient quotidiennement de leur détention par Sékou Touré, qui les avait engagés à commettre leur forfait.

Deux officier guinéens, arrêtés en même temps que l’ancien Secrétaire Général de l’OUA, Diallo Telli, ont déclaré avoir participé à cet assassinat, sur les instructions du “Guide Suprême”.

Selon de nombreux anciens détenus, le capitaine Lamine Kouyaté, ancien garde de corps de Sékou Touré, a en effet déclaré, au sixième jour de diète, quelques jours avant sa mort, qu’il a participé à l’assassinat de Cabral à la demande de Sékou Touré. Le commadant Ibrahima Sylla, ancien chef d’état-major de l’armée de l’air de Sékou Touré a fait le même aveu. C’est ce qui aurait précipité son assassinat par diète noire un mois aprè son arrestation.

Monsieur le Président,
Ce sont là les motifs et les faits que j’apporte au dossier de ce crime contre l’Afrique et l’humanité. L’évolution de la situation dans la sous-région ne fait que corroborer
l’accusation. Après une succession de conflits de tous ordres, Luis Cabral a été écarté le 14 novembre 1980 par le Commandant Nino Vieira, que Sékou Touré a accueilli à bras ouverts.

Conakry vient encore d’envoyer des “coopérants” à Bissao. Nous savons que cette coopération est fortement entachée par l’ambition dominatrice de Sékou Touré, qui s’est toujours posé en champion d’un confédéralisme à sa dévotion.

Les métis et leur Cap-Vert sont écartés. Les conflits sont enterrés. Pourvu que notre renard n’attende pas trop longtemps le fromage du corbeau de Bissau.
Il serait capable d’ingérence surtout que de gros intérêts économiques (bauxite et pétrole) semblent sous-tendre son ambition annexionniste.

Concernant le Sahara Occidental et la RASD 1, Sékou Touré, après avoir longtemps nagé en eau trouble, a été obligé de dévoiler son jeu. Un jeu bien triste et qui ne le flatte guère, lui le prétendu chantre de l’unité et de l’indépendance africaine. Lui le nationaliste, à ce qu’on dit.

Après avoir claqué les portes de l’OUA du fait de l’admission de la RASD à Addis-Abeba fin février 1982, il s’est trouvé une nouvelle lubie en prônant l’intégration avec le Mali, en ameutant la Guinée-Bissau et le Sénégal autour de l’OMVS 2, alors que c’est son sectarisme qui a brisé l’OERS 3, en réchauffant la Mano River Project avec le Libéria et la Sierra Léone après avoir vilipendé ce même projet pendant plus d’une décennie, en fermant les yeux sur la CEAO qui se trouve à sa porte, pour prôner une CEDEAO plus lointaine.

Monsieur le Président,
Pendant ce quart de siècle qui l’a vu faire la pluie et le beau temps en Guinée, Sékou Touré n’a eu que mépris et n’a été qu’insolence pour ses voisins. Il s’est enflammé pour des grandes idées qu’il savait irréalisables. Il a guerroyé, heureusement sans succès, contre tous ses voisins et à travers la plupart d’entre eux, contre votre pays, la France. Il a combattu toutes les idées qu’imposaient l’histoire, la géographie, la culture, l’affectivité, la sensibilité et le destin de nos pays. Il a rompu les liens séculaires de notre pays et a brisé son âme contre le mur épais de ses rêveries y compris avec la France.

Maintenant, c’est net, c’est clair. Nous le voyons fuir le dialogue africain et tenter de tromper ses voisins.

L’unité qu’il recherche actuellement n’est que celle de la division car ses prétentions régionalistes ne sont que le pendant de sa volonté proclamée de détruire l’unité de l’Afrique. Il l’a dit et répété depuis février 1982. Il y aura deux OUA, s’il le faut. Il a dit et répété, à l’occasion de sa récente intronisation hâtive à la tête de l’État-Parti de Guinée, que ceux qui ont brisé l’Unité Africaine, ce sont ceux qui ont admis la RASD. Ce conflit n’est pour lui que l’occasion de sortir d’une OUA, où il ne fait pas la loi, pour créer un clan, un groupe à sa mesure.

Curieuse trajectoire, Monsieur le Président que celle de cet homme qui, au moment où tous ses voisins se battaient pour une véritable coopération régionale, clamait un panafricanisme démagogique et abstrait pour se soustraire à la confrontation, s’isoler et moraliser avec insolence ; et qui, au moment où l’Afrique cherche à se consolider dans l’Unité, la concentration et la négociation, crie au scandale et se rabat sur sa région.
Le masque est tombé. Sékou Touré, remis en selle pour un quatrième septennat, fort de sa nouvelle virginité conférée à la hâte par des élections sans signification, faussement rasséréné par un vote téléguidé, est en première ligne pour combattre le nationalisme africain à travers, entre autres, le Polisario.

Où se cache le nationalisme dont se targue notre dictateur ? Sékou Touré, une fois de plus, est indéfendable. C’est un homme qui foule aux pieds, au gré de intérêts de son pouvoir, le principe et le fondement même du nationalisme, qui arme le bras des Africains. Son nationalisme n’est qu’un tissu d’affirmations verbales gratuites.

Trop de sacrifice nobles ont été consenti pour l’autodétermination de nos peuples, pour leur liberté et leur indépendance. Il ne doivent pas être salis par l’assimilation d’un homme sans principes, qui renie aujourd’hui ce qu’il adulait hier, d’un opportuniste rivé à la survie de son pouvoir.

Non ! Monsieur le Président, le nationalisme africain ne s’accommode pas des revirements, des sarcasmes et des récriminations de cet homme inconséquent qui n’a jamais pris un fusil.

Notes
1. RASD : République Arabe Saharaoui Démocratique.
2. OMVS : Organisation pour la Mise en Valeur du Sénégal.
3. OERS : Organisation des Etats Riverains du Sénégal.

Almanach Guinée 1971

L’almanach Guinée 1971 de la revue l’Année Africaine fut dominé par la répression lancée par le président Sékou Touré contre ceux qu’il accusa d’être les complices de l’attaque du 22 novembre 1970. Cette opération de commandos portugais accompagnés d’opposants guinéens armés se concentra sur certaines installations civiles et militaires. Elle parvint aussi à libérer les 18 prisonniers portugais capturés par le PAIGC dirigé par Amilcar Cabral. Sans fournir ni preuves ni témoins, Sékou Touré impliqua des milliers d’officiels et autres fonctionnaires de son régime de complicité avec les attaquants. Il organisa un tribunal extra-judiciaire chargé du procès des accusés. Comble du déni de justice, ceux-ci furent jugés et condamnés en leur absence, en violation flagrante de leur droit consttutionnel à la défense et à la contradiction avec leurs accusateurs.…
Tierno S. Bah

 

Prisonniers de guerre portugais capturés par les combattants du PAIGC dirigé par Amilcar Cabral. Ils furent libérés et rapatriés durant l'attaque du commando du 22 novembre 1970.
Prisonniers de guerre portugais capturés par les combattants du PAIGC dirigé par Amilcar Cabral. Ils furent libérés et rapatriés durant l’attaque du commando du 22 novembre 1970.
Les Quatre Pendus du Pont Tombo. De gauche à droite : Ousmane Baldé, Ibrahima Barry III, Moriba Magassouba, Soufiana Kara Keita. Conakry, 25 janvier 1971
Les Quatre Pendus du Pont Tombo. De gauche à droite : Ousmane Baldé, Ibrahima Barry III, Moriba Magassouba, Soufiana Kara Keita. Conakry, 25 janvier 1971

1er janvier. — Radio-Conakry accuse la R.F.A. de « complicité active » dans l’agression armée du 22 novembre.
— Bonn proteste contre ces accusations.

4 janvier. — Le président Sékou Touré reçoit à Conakry une délégation de la Fédération mondiale de la Jeunesse démocratique.

6 janvier. — La Guinée accueille une délégation gouvernementale libérienne.

9 janvier. — Le président Sékou Touré « renonce à son droit constitutionnel de grâce ».

11 janvier. — Une délégation guinéenne se rend à Mogadiscio (Somalie).
— Radio-Conakry réitère ses attaques contre Lisbonne (Portugal) et Bonn (R.F.A.).

12 janvier. — Les entreprises guinéennes chôment pour permettre aux 8 000 comités révolutionnaires de tenir des congrès extraordinaires pour juger les gens impliqués dans l’agression du 22 novembre.

14 janvier. — Les comités révolutionnaires de base du P.D.G. demandent la peine de mort pour tous les participants à l’invasion du 22 novembre.
— Radio-Conakry confirme implicitement l’arrestation de Mgr Tchidimbo.
— M. Sékou Touré remercie la Zambie pour l’aide apportée à la Guinée lors de l’attaque du 22 novembre.

18 janvier. — Le président Sékou Touré invite à « dépecer, brûler et égorger » tous les ennemis de la Guinée.
— L’Assemblée nationale s’érige en Tribunal révolutionnaire suprême.

19 janvier. — Le Tribunal révolutionnaire suprême annonce le suicide du ressortissant allemand Hermann Siebold.

20 janvier. — La République fédérale allemande réclame le corps de M. Siebold et exige que la lumière soit faite sur sa mort.

21 janvier. — Les accusés ne comparaîtront pas devant le Tribunal révolutionnaire suprême, par mesures de sécurité.
— Dix Libanais sont accusés d’avoir participé à la tentative d’invasion en Guinée.
— Bonn demande à U Thant d’intervenir dans l’affaire guinéenne.
— Le président de la R.F.A., M. G. Heinemann, intervient en faveur de M. Adolph Marx, citoyen allemand.
— La Guinée est d’accord pour que l’O.U.A. participe à l’enquête sur la mort de M. Siebold.

25 janvier. — Radio-Conakry accuse le Sénégal d’avoir mis 24 heures avant de réagir à l’agression portugaise du 22 novembre.

25 janvier. — Le Tribunal révolutionnaire prononce :

— Le Pape fait appel à la clémence et parle de l’« Eglise du silence ».

26 janvier. — Des condamnés à mort (dont le nombre n’a pas été précisé) sont pendus au milieu de la joie populaire.
— La Commission internationale des Juristes demande à M. Sékou Touré de grâcier les condamnés.
— Le gouvernement italien lance un appel à la clémence.
— Le gouvernement guinéen nomme un nouvel ambassadeur à Dakar.

28 janvier. — Les évêques de l’Ouest africain francophone réunis à Abidjan condamnent le verdict du procès de Conakry.

28 janvier. — Radio-Conakry annonce deux nouvelles pendaisons à Pita.
— La Guinée rompt ses relations diplomatiques avec la République fédérale allemande.

28 janvier. — Radio-Conakry annonce que l’a1taque du 22 novembre a fait 2 000 victimes.

31 janvier. — Radio-Conakry poursuit ses attaques contre le président Senghor.
— Le président Sékou Touré échangerait des ressortissants allemands et français contre des Guinéens en exil en R.F.A. et en France.
— « La Voix de la Révolution » annonce la signature d’un protocole d’accord sur la pêche maritime entre l’U.R.S.S. et la Guinée.

2 février. — Le président Sékou Touré engage le général Amine, chef militaire de l’Etat ougandais, à renoncer à ses « intentions de confiscation du pouvoir en Ouganda » .

3 février. — Radio-Conakry annonce la libération d’une centaine de personnes relâchées par décision de la commission d’enquête révolutionnaire.

5 février. — La radio du Sénégal annonce l’exécution d’un notable religieux musulman, l’Iman Ratib, de Conakry.

7 février. — La Guinée approuve la proposition d’un accord de défense avec la Sierra Leone et le Libéria.
— La radio guinéenne poursuit ses attaques contre le Sénégal.
— La « Voix de la Révolution » annonce un accord économique sino-guinéen s’élevant à 2 milliards de francs guinéens pour 1971.

9 février. — La Guinée demande une réunion extraordinaire de l’O.E.R.S.

11 février. — Le président Sékou Touré adresse au président Nixon un message personnel réaffirmant la· volonté de la Guinée de maintenir de bonnes relations de coopération avec le monde occidental, en particulier avec les Etats-Unis.

12 février. — Une mission mauritanienne est reçue par M. Sékou Touré.
— La « Voix de la Révolution » annonce la collectivisation des responsabilités au sein des entreprises d’Etat.

16 février. — La République démocratique allemande a fait don de matériel automobile à la Guinée.

17 février. — Mme Tigidanke Diakhaby-Soumah  est nommée gouverneur de région en Guinée.

19 février. — Le commandant Marien Ngouabi, chef d’Etat de la République démocratique du Congo, est attendu en Guinée.
— Ouverture de négociations guinéo-maliennes à Conakry.
— La Guinée dément le survol du territoire de Guinée Bissao par deux « Mig 17 ».

23 février. — Nomination de deux nouveaux ministres délégués et huit secrétaires d’Etat par décret présidentiel.

25 février. — Signature d’un accord minier entre la Guinée et un consortium suisse.
— Le général Keita Noumandian est nommé chef d’état-major inter-armes et chef du bureau militaire à la présidence de la République.
— Le capitaine Sylla Touré (?) est nommé commandant de la gendarmerie nationale à Conakry.

2 mars. — Une délégation commerciale malienne signe un protocole d’accord avec la Guinée.
— La Guinée fait état de « provocations » portugaises à ses frontières.

4 mars. — M. Séko.u Touré reçoit une délégation de la Fédération syndicale mondiale (F.S.M.) et de l’Union syndicale panafricaine (U.S.P.A.).

6 mars. — La Guinée porte plainte contre le Portugal à l’O.N.U.

10 mars. — M. Léon Maka, président de l’Assemblée nationale guinéenne, arrive à Berlin-Est.

12 mars. — Une délégation militaire nord-coréenne arrive à Conakry.
— Parution d’un livre blanc guinéen sur le complot du 22 novembre.
— L’O.N.U. et la Guinée signent un accord portant sur le développement de la riziculture. (?! — T.S. Bah)

13 mars. — Radio-Conakry annonce la livraison par les Etats-Unis de « produits offerts ».

17 mars. — La délégation de l’O.E.R.S. est reçue par le président Sékou Touré.

23 mars. — Une délégation du parti communiste bulgare fait un séjour en Guinée.

24 mars. — Le président Sékou Touré soutient sans réserve le gouvernement de M. Siaka Stevens.

29 mars. — Des éléments de l’armée de l’air guinéenne p artent en Sierra Leone.
— La Guinée signe un traité de défense a’Vec la Sierra Leone.

2 avril. — La Guinée reçoit une délégation du « gouvernement royal d’union nationale » du prince Sihanouk du Cambodge.

4 avril. — Le président Sékou Touré dénonce le danger d’une nouvelle agression et accuse le Sénégal.
— Les accords commerciaux entre la Bulgarie el la Guinée sont prorogés.

6 avril. — Deux missions, yougoslave el roumaine, arrivent à Conakry.

9 avril. — Malgré l’interruption de l’aide de développement à la Guinée, les stagiaires guinéens peuvent demeurer en République fédérale allemande.

19 avril. — La Guinée signe avec une société yougoslave un accord portant création d’une société mixte pour l’explotlallon des gisements de bauxite.

20 avril. — Une délégation guinéenne en visite en Libye remet un message du président Sékou Touré au colonel Kadhafi.

24 avril. — La Guinée dénonce des préparatifs d’agression en territoire ivoirien.

25 avril. — Le tribunal spécial de Conakry juge une affaire de malversation dans laquelle serait impliqué M. Sékou Camara, ancien secrétaire d’Etat au Commerce extérieur.

29 avril. — La « Voix de la Révolution » lance une nouvelle attaque contre le président Senghor, l’accusant de former des camps antiguinéens.

3 mai. — A l’occasion du 1er mai, le président Sékou Touré met en cause des Français, Allemands et Portugais qui auraient pour but de détruire la République de Guinée.

5 mai. — La « Voix de la Révolution » annonce le départ pour Los Angeles (U.S.A.) d’une délégation gouvernementale guinéenne.
— Une délégation du haut-commandement des Forces armées guinéennes effectue une tournée en Moyenne-Guinée.

8 mai. — La vie politique en Guinée est dominée depuis le 26 mars par le renouvellement des différentes instances du Parti démocratique (P.D.G.) en vue de radicaliser la Révolution guinéenne ct renforcer la lutte anti-impérialiste.

11 mai. — Le représentant de la Guinée à l’O.N.U. adresse une lettre au président du Conseil de sécurité concernant « les actes barbares commis par la soldatesque portugaise contre le territoire
du Sénégal ».

13 mai. — Une délégation soviétique est accueillie à Conakry.

14 mai. — La date du 14 mai, anniversaire de la formation du P.D.G., remplace désormais le 1er janvier comme date de la nouvelle année.

23 mai. — La « Voix de la Révolution guinéenne » annonce que l’Assemblée générale au Conseil mondial de la Paix a attribué sa médaille au président Sékou Touré pour sa lutte contre l’impérialisme et le colonialisme.
— La « Voix de la Révolution » donne lecture d’un message adressé par M. Michel Rocard, secrétaire national du Parti socialiste français, au président Sékou Touré.

1er juin. — La délégation guinéenne en Libéria travaille au renforcement des liens entre les deux pays.

2 juin. — M. Mohamed Kassori Bangoura, ministre guinéen de la Justice ct envoyé spécial du président Sékou Touré, arrive au Caire pour s’entretenir avec le président Anouar Al Sadate des problèmes du Moyen-Orient et du développement des relations entre les deux pays.

3 juin. — Radio-Conakry dénonce de nouveaux préparatifs d’agression contre la Guinée.

4 juin. — Dans un commentaire radio-diffusé, la Guinée estime que l’O.T.A.N. encourage le Portugal à « persévérer dans son insolence et dans ses crimes » .

8 juin. — Le gouverneur de la région administrative de Kankan est révoqué par M. Sékou Touré.

12 juin. — La « Voix de la Révolution » annonce l’arrivée d’une délégation économique de Tchécoslovaquie.

15 juin. — Dans le cadre de l’affaire de « la cinquième colonne » de nombreuses arrestations sont effectuées.

17 juin. — Tous les membres du haut-commandement guinéen réaffirment leur attachement unanime à l’action du président Sékou Touré.

21 juin. — Radio-Conakry annonce un remaniement ministériel :

  • M. Abdoulaye Diallo (?), secrétaire d’Etat à l’Economie rurale et à l’Artisanat.
  • M. Barry Alpha Omar, ministre délégué pour la Guinée Forestièe.
  • M. Barry Boubacar, secrétaire général du gouvernement.

21 juin. — Un accord américano-guinéen de coopération agricole est signé à Conakry.

24 juin. — Parmi les personnalités arrêtées à Conakry :

26 juin. — La Banque mondiale accorde un prêt de 9 millions de dollars à la Guinée pour l’exploitation des mines de bauxite de Boké.

28 juin. — M. Sékou Touré ouvre le 6e Congrès de la Jeunesse révolutionnaire démocratique africaine (J.R.D.A.), organisme politique de jeunes du P.D.G.
Le thème du Congrès : « L’épuration et la radicalisation de la révolution ».

30 juin. — M. Sékou Touré se félicite des excellentes relations entre la Guinée et la République démocratique allemande.

1er juillet. — M. Alassane Diop, ancien secrétaire d’Etat au Plan, est arrêté.
— Une délégation militaire guinéenne arrive à Pékin.

5 juillet. — Le chef d’état-major interarmes, le général Keita Noumandian, est mis « d’office à la retraite ».
Le général Namory Keita prend sa place.

6 juillet. — Remaniement au sein du bureau politique du P.D.G. :

  • M. Mamady Keita prend les fonctions de secrétaire adjoint
  • Le commandant Mara Sékou Khalil est nommé chef d’état-major de l’armée de terre
  • MM. Balde Abdoulaye Diawo (?) et Lama Doré sont nommés gouverneurs de région.

7 juillet. — Le général Keita Noumandian, le colonel Diallo Mamadou et le commandant Barry Siradiou sont rayés des cadres de la Fonction publique et mis en état d’arrestation.
— 5 000 arrestations ont été opérées en 2 mois.

9 juillet. — La Guinée reconduit les accords de commerce et de paiement avec la Hongrie.

10 juillet. — Le président Sékou Touré reçoit M. Diallo Telli, secrétaire général de l’O.U.A.
— Huit officiers guinéens dont le général Keita Koumadian sont condamnés à mort pour complicité avec la « cinquième colonne ».

13 juillet. — La Guinée signe un protocole d’accord commercial avec l’Allemagne de l’Est.

14 juillet. — La République popula·ire de Chine apporte son soutien à la Guinée.

17 juillet. — Dans un message au président Nixon, le président Sékou Touré déclare avoir accueiJii avec « une profonde satisfaction et un réel soulagement » l’annonce de la future visite en Chine populaire du président américain.

20 juillet. — Le président Sékou Touré reçoit en audience une délégation sierra-leonaise.
— Ouverture du 2e Congrès national des Femmes du Parti démocratique de Guinée. Deux femmes sont nommées à l’état-major de la milice populaire.

26 juillet. — L’armée, la milice et tous les organismes politiques sont en état d’alerte.

3 août. — Radio-Conakry annonce une attaque pour ce jour-même.
— Radio-Conakry annonce l’arrestation de personnalités gouvernementales et de hauts fonctionnaires.

4 août. — La Guinée demande la réunion du Conseil de sécurité de l’O.N.U.
— Cinq pays occidentaux sont mis en cause au procès de la « cinquième colonne » : Etats-Unis, Grande-Bretagne, France, Allemagne fédérale et Portugal.

5 août. — La Guinée demande l’ajournement sine die de l’envoi de la mission de l’O.N.U.

9 août. — La Guinée accepte l’envoi de la mission de l’O.N.U. qu’elle avait demandée, puis refusée.

10 août. — Par décret du président Sékou Touré :

  • M. Abdoulaye Diawo Baldé  est nommé secr étaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports ct aux Arts p opulaires
  • M. Tidiane Sano est nommé gouverneur de Fria ;
  • Mme Diabaté Diédoua est nommée gouverneur de Kerouané.

12 août. – La Guinée reçoit le président de la République du Libéria, M. William Tolbert.

13 août. — L’ambassadeur de Guinée à Monrovia dément les informations selon lesquelles M. Diallo Telli, secrétaire génér al de l’O.U.A., « serait en collusion avec les éléments an ti-guinéens ».

14 août. — Un navire britannique échoué est arraisonné dans les eaux guinéennes.
— Les marins britanniques sont détenus en Guinée.

15 août. — Un vaste mouvement de fonctionnaires est décidé dans l’Education nationale.

26 août. — Dix personnes parmi lesquelles Mgr Gomcz, de la mission apostolique de Kankan, sont relâchées.

27 août. — Une mission de bonne volonté se rend à Alger .
— Les onze membres d’équipage du « The Salvager » sont rapatriés à Londres.

31 août. — Arrivée à Conakry de la mission de l’O.N.U.

3 septembre. — Une délégation guinéenne est reçue à Shangaï (Chine populaire).

7 septembre. — MM. Touré Mamouna et Balde Abdoulaye Diao sont nommés membres du comité de coordination de la milice armée.
Le président Sékou Touré adresse une message de soutien au président Nyéréré (Tanzanie) dans le conflit qui l’oppose à l’Ouganda.

12 septembre. — Deux Mig 21 guinéens accidentés en Côte d’Ivoire.

16 septembre. — M. Sékou Touré reçoit une délégation militaire ivoirienne.

19 septembre. — Trois nouvelles personnalités sont mises en cause au procès de Conakry :

  • Le commandant Mara Sékou Khalil, chef d’état-major de l’armée de terre depuis le 5 juillet
  • M. Thiam Abdoulaye, ministre-délégué
  • M. Emile Cissé— Le commandant Keita N’Diaye est nommé chef d’état-major de l’armée de terre.

23 septembre. La Guinée signe avec la RDA un proocole d’échange de marchandises.
— Un chalutier sénégalais est arraisonné en Guinée.
— Selon la « Voix de la Révolution » des avions ouest-allemands survolent l’espace aérien guinéen.

26 septembre. — La Guinée proteste contre l’arrestation de Boubacar Diallo, espion guinéen au Sénégal.

1er octobre. — Les 8 000 « Pouvoirs révolutionnaires locaux » de Guinée n’ont retenu que deux peines applicables aux accusés du « Procès de la cinquième colonne » : la peine de mort et les travaux à perpétuité.

2 octobre. — La Guinée fête le treizième anniversaire de son indépendance.

3 octobre. — Dans un discours radiodiffusé, le président Sékou Touré définit les six catégories d’accusés au « procès de la cinquième colonne ».
— La République d’Egypte fait don à la Guinée de 5 000 tonnes de farine, 2 000 tonnes de riz et 2 millions de mètres de tissus.

10 octobre. — Radio-Conakry diffuse la déposition de M. Emile Cissé, ex-gouverneur de Kindia, accusé d’appartenir à un réseau français de subversion.

11 octobre. — Les services de renseignements américains annoncent la présence d’unités de la marine de guerre soviétique au large du port de Conakry.

16 octobre. — Dix-huit membres du Parti démocratique de Guinée sont relâchés dans le procès de la « cinquième colonne ».

18 octobre. — Radio-Conakry annonce l’expulsion au 1er novembre de tous les étrangers non-déclarés.

21 octobre. — M. Coumbassa Saliou, ex-secrétaire d’Etat à la Justice, dépose au « procès de la cinquième colonne ».

26 octobre. — La Guinée s’élève contre l’attribution du prix Nobel au chancelier ouest-allemand Brandt.

27 octobre. — « Le gouvernement du président Sékou Touré considère le retour de la République populaire de Chine à l’O.N.U. comme un facteur déterminant de la détente internationale, du rapprochement des peuples et de la paix mondiale ».

27 octobre. — La Guinée et la Roumanie signent un protocole de coopération économique et technique.

30 octobre. — M. Mohamed Lamine Touré, ministre de l’Industrie, se rend en Yougoslavie.

31 octobre. — Un dirigeant de Fria (consortium d’extraction de la bauxite et de fabrication de l’alumine en Guinée) est mis en cause dans le « procès de la cinquième colonne ».

2 novembre. — Réforme du circuit de commercialisation : « Les commerçants privés seront désormais associés pleinement à l’action de commercialisation des produits et denrées guinéennes ».

5 novembre. — L’Irak et la Guinée signent un accord économique et commercial.

6 novembre. — Le président Sékou Touré interdit au ballet national guinéen de se produire en R.F.A.
— Une délégation du Parti démocratique guinéen s’entretient à Bagdad avec une délégation du Baas irakien.

8 novembre. — L’empereur Haïlé Sélassié effectue une visite d’Etat à Conakry.

14 novembre. — La Guinée reçoit le général Gowon, président du Nigéria.

17 novembre. M. Sické Camara, procureur près de la Cour d’appel, est nommé secrétaire d’Etat à la Justice.

23 novembre. — Dans un discours prononcé à l’occasion du pr·emier anniversaire de l’agression du 22 novembre, le président Sékou Touré révèle que 16 ministres, 5 anciens ministres, des gouvernants, une écrasante majorité des officiers supérieurs et un bon
nombre de directeurs nationaux ont été arrêtés p our participation au « complot de la cinquième colonne ».
— De nombreuses délégations de pays amis se rendent à Conakry pour le premier anniversaire de l’agression portugaise.

24 novembre. — M. Diawara Daouda est suspendu de ses fonctions de directeur d’Air Guinée.

4 décembre. — La Guinée reçoit M. Pal Lozonczi, président de la République de Hongrie.

5 décembre. — Radio-Conakry annonce qu’un avion portugais a été abattu le 20 novembre dernier par la D.C.A. guinéenne.

8 décembre. — La visite de M. Pal Lozonczi se termine par un accord guinéen-hongrois de commerce, trafic aérien et de coopération technique et scientifique.

9 décembre. — M. Lansana Béavogui, ministre d’Etal guinéen chargé du domaine économique, remet à M. Henri Vidal, citoyen français, directeur de l’entreprise des Ponts ct Chaussées Jean Lefèvre, la médaille d’honneur du Travail au nom du président Sékou Touré.

10 décembre. — Le gouvernement guinéen et l’Inter-maritime Banque créent une société d’économie mixte des transports maritimes, la Sotramar.

Brigitte Nouaille-Degorce
Année Africaine
Auteur de La politique française de coopération avec les États africains et malgache au sud du Sahara, 1959-1978.  Bordeaux, Institut d’études Centre d’études d’Afrique noire, 1982.  567 p.

Amilcar Cabral documentary movie: a review

Amilcar Cabral is a documentary movie about the life and legacy of the leader of the anti-colonial movement in Guinea Bissau and Cape Verde. The film draws from family photos and archives footage to overview Cabral’s biography. Thus the viewer is shown sketches of the early life (youth, education) the family side and the public life (politics, warfare) of Cabral.
The producer showcases interviews of  Amilcar’s family  and colleagues. Among the interviewees are:

  • Cabral’s first and second wives
  • A few of his schoolmates
  • Aristides Pereira, the PAIGC deputy secretary general

Value of the Amilcar Cabral documentary

The movie’s key scene is most likely the eyewitness account of the circumstances of the assassination on Jan. 15, 1973 in Conakry. The tragedy happened in presence of Ana Marial Cabral, Amilcar’s second spouse. On one point, her recollection remains an important testimony about the last moments of her husband.

Cabral resisted physically to his attackers. But the fight was uneven. They overwhelmed him quickly, tied up and laid him down in his house, on the living room couch. Helpless but defiant, Cabral told them he would prefer death to being tied up. He reminded them that that’s how slave traders and colonialists treated Africans… Shortly after, he received two bullets on the right side of the stomach. A few minutes later, the assassins finished him off with a hail of 7 or 8 bullets, she said.

She also identified Innocencio Kani, a PAIGC military officer, as the head of the assassination squad.

Missing pieces

Unfortunately, the movie overlooks some fundamental aspects of Cabral’s life and death. For one thing, it completely ignores Sékou Touré and Léopold Senghor and fail to even mention their names.

Similarly, the name of Nino Vieira —past and current president of Guinea-Bissa — is missing in the film. This is a stunning, glaring and inexplicable — and most likely a deliberate — omission. Nino was the general field commander of the PAIGC guerrilla army.

Finally, the film is silent about the fate of the assassins. In a few Camp Boiro survivors’ account, it is alleged that the killers surrendered to Sekou Touré’s security forces. For instance, Col. Kaba 41 Camara suggests that they turned themselves in, confident that their forfeit would go unpunished. They were wrong. After a short period of detention at Boiro, they were transferred to the Guinea Bissau territory controlled by the PAIGC. There, they were swiftly tried, sentenced to death and executed.

Last, but not the least, the movies fails to give the slightest account of the investigation of the murder and the trial the assassins.

Cabral’s memory

Cape Verde and Guinea Bissau have poorly kept Amilcar Cabral’s memory. Yet, he gave the ultimate sacrifice for the freedom of these two countries. The film shows no memorial, building or street, named in remembrance of this stellar African figure.

My rating of the movie? On a scale of 1 to 5, I give it thumbs down with 2 stars.

Tierno S. Bah
September 26, 2008
Warren M. Robbins Library. National Museum of African Art. Smithsonian Institution.

André Lewin : Qui a tué Cabral ?

Amilcar Cabral
Amilcar Cabral

Qui a tué Amilcar Cabral ? Tel est le titre qu’André Lewin donne au chapitre 70, volume 6, de sa série bio-bibliographique Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984. Paris. L’Harmattan. 2010, 8 vols.

Les 8 volumes d’André Lewin sont alternativement informatifs et révélateurs, clairs et opaques, impartiaux et partisans, objectifs et subjectifs, fouillés et superficiels.

Comparativement long, le chapitre 70 n’échappe pas à la démarche de l’auteur. Au contraire, il y introduit — sans en explorer les implications — des aspects épineux de la dictature de Sékou Touré. J’en retiens ici cinq :

1. Rapports Portugal-Guinée

André Lewin écrit :

« Le 26 mars 1968, un Antonov-14 d’Air Guinée se pose en catastrophe à Bissau ; cinq personnes de la suite présidentielle qui accompagnait le président malien Modibo Keita à Labé pour une réunion de l’OERS et qui se trouvaient à bord, sont autorisés par les Portugais à rejoindre Conakry (certains s’étonneront du trajet peu rationnel qu’avait emprunté l’avion). Mais en échange de l’appareil et des deux membres d’équipage, Lisbonne demande à Conakry que soient libérés plusieurs militaires portugais faits prisonniers par le PAIGC et détenus en territoire guinéen.
Sékou Touré aurait hésité à faire pression sur Amilcar Cabral pour une telle transaction, mais finit par s’y résoudre ; les soldats libérés seront remis à la Croix Rouge Internationale le 19 décembre 1968. »

Il apparaît ainsi que deux ans avant l’attaque du 22 novembre 1970, Sékou Touré s’était ingéré directement dans la gestion des affaires du PAIGC. Il arracha à Cabral la libération des prisonniers de guerre portugais en 1968. Il récidiva en 1970. Mais si la transaction de 1968 fut pacifique, il en fut autrement pour la seconde fois. En 1970, nous assistons à un marché de dupes dont les termes,  contrasté, risqués et compliqués, eurent des conséquences tragiques.

Amilcar Cabral et Sekou Touré, Conakry, 1972
Amilcar Cabral et Sekou Touré, Conakry, 1972

En effet, si en 1968 Cabral hésita à libérer les prisonniers portugais,  il était consentant en 1970. Car parmi les 18 détenus capturés par le PAIGC sur le champ de bataille, il se trouvait le fils du richissime maire de Lisbonne. Contacté par les autorités portugaises, Cabral accepta l’offre d’un troc des prisonniers contre une forte rançon.  Il  comptait utiliser l’argent des colonialistes pour améliorer l’arsenal de combat des ses guérilleros. Quelle ne fut sa déception lorsque Sékou Touré rejeta sa démarche. En dépit de l’avertissement de Cabral qui mit Sékou Touré en garde contre l’alternative, c’est-à-dire une attaque militaire contre son pays-hôte : la Guinée-Conakry. Pour toute  objection, Sékou Touré se contenta de dire :
— Qu’ils viennent. Ils nous trouveront prêts à les accueillir. …
Mais ce n’était pas tout. Il y avait, comme on le dit, anguille sous roche. Car quelques semaines après avoir écarté la proposition d’Amilcar, le président Sékou Touré autorisa le transfert du groupe prisonnier de Mamou à Conakry. Là ils furent enfermés dans les locaux du PAIGC situés en bordure de l’Océan Atlantique. Les services de renseignement portugais répertorièrent les lieux, photos à l’appui. L’armée coloniale élabora des cartes d’état-major en préparation d’un raid de commando sur Conakry. (Lire à ce sujet le chapitre 65 et l’extrait du livre de Pierre Clostermann dans l’Annexe 1 du même chapitre.) L’hypothèse est, depuis, répandue que Sékou Touré aurait conclu un marché avec les Portugais. Mis au courant des préparatifs de l’attaque du 22 novembre — par Cabral et d’autres sources —, le président guinéen aurait facilité l’enlèvement des prisonniers de guerre par un raid de commandos en amenant  le du PAIGC à les placer en bordure de mer. En échange, il s’attendait à ce qu’on lui livre ceux des opposants de son régime qui feraient partie de l’opération.

Prisonniers de guerre portugais au Camp du PAIGC, Quartier La Minière, Conakry, 1970.
Prisonniers de guerre portugais au Camp du PAIGC, Quartier La Minière, Conakry, 1970.
Commandant Thierno Diallo, 2e à gauche sur le navire Montante
Commandant Thierno Diallo, 2e à gauche, à bord du navire Montante en compagnie d’officiers portugais

La rumeur courut que Siradiou Diallo fut l’un de ces dirigeants. Mais il ne l’a jamais admis. Interrogé par Lewin, il nia sa participation à l’attaque. Par contre, Commandant Thierno Diallo fut, incontestablement, l’un des cerveaux militaires de l’aventure. Sa fille, Bilguissa, vient de publier son livre Operation Mar Verde, consacré à cet évènement historique. J’y reviendrai.

2. Sékou Touré et Amilcar Cabral

André Lewin écrit :

« Convaincu que la lutte armée doit être précédée par une préparation politique, il s’installe à Conakry en juillet 1961. Bureaux, quartier général, casernements, résidences, occupent une zone du quartier dit “La Minière”, dans la banlieue de Conakry. Cabral y ouvre une école de cadres. Les hommes formés dans cette institution sont ensuite envoyés secrètement en Guinée-Bissau pour expliquer la lutte de libération aux paysans. Idéologue du mouvement, rassembleur d’hommes, Amilcar Cabral mène méthodiquement cette longue préparation, en dépit de rapports parfois difficiles avec les autorités de Conakry. »

Ana Maria Cabral
Ana Maria Cabral

Il ne pouvait en être autrement. Sékou Touré était jaloux et suspicieux. Il ne faisait confiance en rien ni à autrui, y compris son ombre. Sa scolarité escamotée, par sa faute, avait nourri en lui un profond complexe d’infériorité vis-à-vis des diplômés de son entourage. Or Amilcar Cabral était un ingénieur de formation, sorti de l’Instituto Supérieur d’Agronomie de Lisbonne. Il y créa un mouvement étudiant opposé à la dictature de Salazar et visant la libération des colonies portugaises d’Afrique.
En plus de la gratitude pour l’établissement du QG de la lutte du PAIGC, il éprouvait pour Sékou Touré la fraternité et la camaraderie basée sur leur lutte solidaire. Mais il avait peu à envier à son hôte. Car tout comme Sékou Touré, Cabral avait une personnalité charismatique. Et il était peut-être plus à l’aise dans sa personnalité que son hôte. Il jouissait notamment d’une formation universitaire, d’une grande culture intellectuelle et d’une large ouverture d’esprit. Enfin, tout en respectant le président guinéen et son aîné, il n’était pas homme à faire allégeance à Sékou Touré. Du reste, sa stratégie perçait vers la réussite. Au point que certains gouvernements (Danemark, Finlande, Norvège, Suède) le traitaient comme un  chef d’Etat.  Ce développement ne devait pas forcément faire plaisir à Sékou Touré.

A

A ces éléments d’appréciation historiques s’ajoute le fait qu’Amilcar était un métis. Or, — à l’exception de sa troisième femme, Andrée — Sékou Touré a notoirement sévi contre les métis qui croisèrent son chemin. Je citerai pour preuve l’assassinat au Camp Boiro de :

Les charlatans de Sékou Touré lui avaient prescrit d’immoler 71 prisonniers politiques de teint clair s’il voulait nuire et triompher de Félix Houphouët-Boigny — son ancien protecteur et maître . Ce chiffre correspondait à l’âge du président ivoirien à l’époque.  La prescription fut suivie à la lettre. Le nombre recommandé fut retenu et Sékou Touré ordonna, en août 1971, le massacre de 71 prisonniers politiques, immolés comme sacrifices humains pour “assurer” la longevité de son régime.

Louis Senainon Behanzin
Louis Senainon Behanzin

L’hostilité des frères Sékou et Ismaël Touré  à l’encontre des métis, ne le cédait qu’à leur haine contre les Fulɓe. Cette dernière s’étala nue dans le Complot Peul de 1976

Mais pourquoi persécuter les métis ? C’est absurde. On leur en voulait peut-être d’avoir eu un statut privilégié sous le régime colonial. Mais on ne peut non plus nier que des membres de  cette communauté joignirent tôt la lutte anticoloniale.

3. L’assassinat de Cabral à Conakry

André Lewin rapporte :

«… Le 20 janvier 1973, c’est Amilcar Cabral qui est assassiné à Conakry. La soirée est déjà avancée (il est près de 23 heures) lorsque le secrétaire général du PAIGC et sa femme Ana Maria 95 sortent d’une réception donnée par l’ambassadeur de Pologne, et montent dans leur voiture, une Volkswagen du fameux type Coccinelle. Le véhicule se dirige vers le quartier général du PAIGC, où habite le couple. Peu avant d’arriver à leur villa, une Jeep du PAIGC, tous phares allumés, surgit. Amilcar Cabral s’arrête et descend de sa voiture. Aussitôt, des hommes armés l’entourent. Un dialogue s’engage. Le commando demande au chef du PAIGC de le suivre. Celui-ci refuse. Après un instant d’hésitation, l’ordre de tirer est donné par le chef du groupe. Cabral est atteint à l’abdomen par une rafale de mitraillette et expire presque tout de suite. »

Cette version des circonstances de la mort d’Amilcar est inexacte. Sa veuve, Ana Maria, fut le seul témoin oculaire. Elle lui survivre aujourd’hui encore. Elle raconte la scène tragique devant la caméra du documentaire long-métrage sur son mari. En 2008 j’ai assisté à une projection du film organisée conjointement par le Cabral Truth Circle et Busboys & Poets (15th & U St. N.W.) à Washington D.C. (Lire mon compte-rendu (en anglais).

Ana Maria déclare :

« Cabral résista physiquement à ses attaquants. Mais la lutte était inégale. Ils le maîtrisèrent rapidement, le ligotèrent et le transportèrent dans la maison. Là, ils le déposèrent sur le divan du salon. Impuissant mais défiant, Cabral leur dit qu’il préférait la mort à la corde qui le liait. Il leur rappela que c’est de cette manière que les marchands d’esclaves et les colonialistes traitaient les Africains. …
Peu après, il reçut deux balles au côté droit du ventre. Quelques minutes plus tard, les assassins l’achevèrent par une rafale de sept à huit coups, conclut-elle. »

L’exposé d’André Lewin reprend par la suite, sans les examiner, les allégations impliquant ou disculpant Sékou Touré dans le meurtre de Cabral. Il rappelle aussi que le premier président guinéen entretint des rapports ambigus, non désintéressés et peu altruistes avec la Guinée-Bissau après la mort de Cabral.

4. L’obsession pétrolière de Sékou Touré

André Lewin révèle que :

« Par ailleurs, Sékou a toujours eu une obsession pétrolière, renforcée par la hausse des cours des produits pétroliers après 1974, qui a durement frappé la Guinée, obligée d’importer la totalité de sa consommation. Sékou a du mal à accepter que son pays, qu’il qualifie souvent de “scandale géologique”, soit justement dépourvu de charbon et de pétrole, alors que son sous-sol recèle en abondance la plupart des autres ressources minérales. Les multiples prospections qu’il a fait effectuer par des sociétés américaines, yougoslaves, japonaises, françaises, n’ont pas donné de résultats concrets. Sékou ne peut y croire, et affirme même qu’en rêve, il a vu que son pays possédait en abondance du pétrole. Et bien entendu ses rêves ne peuvent le tromper (il l’a déclaré à plusieurs reprises à l’auteur). »

Djibo Bakary, secrétaire général du parti Sawaba, Niger, dans les années 1950
Djibo Bakary, secrétaire général du parti Sawaba, Niger, dans les années 1950

Cette hantise de Sékou Touré engendra la discorde entre la République de Guinée et la Guinée-Bissau. A tel point que les deux pays doivent  “recourir [en février 1983] à un tribunal spécial auprès de la Cour Internationale de Justice de La Haye“.

Et Lewin de conclure :

« Le 20 août 1984, cinq mois après la mort de Sékou Touré, les auditions commencent à La Haye à propos du conflit sur les frontières maritimes entre la Guinée et la Guinée-Bissau. Rendue le 15 février suivant, la sentence du tribunal arbitral créé pour régler ce différend donne largement raison à la thèse de la Guinée-Bissau, qui se voit accorder les deux tiers de la zone litigieuse. »

5. Le projet “Grande Guinée” de Sékou Touré

Manipulant la carotte et le bâton, et pour mieux asseoir ses ambitions pétrolières, Sékou Touré propose de fusionner les deux Guinée en une seule et Grande Guinée. Mais, comme le souligne André Lewin, la proposition est très  mal accueillie. De fait, cette démarche “conforte ainsi les craintes de ceux qui, en Guinée-Bissau craignent depuis longtemps (en fait déjà à l’époque de la lutte d’Amilcar Cabral) que Conakry veuille sous prétexte de solidarité révolutionnaire et d’unité africaine, absorber le territoire de la Guinée-Bissau et agrandir ainsi son propre pays.”

Place Djibo Bakary, Niamey (Niger)
Place Djibo Bakary, Niamey (Niger)

Je note que Lewin réduit les rêves d’expansion géographique de Sékou Touré à la seule Guinée-Bissau. En réalité, le “Responsable suprême de la Révolution” ruminait ses visées pour d’autres pays. Ce fut précisément le cas du Bénin et du Niger. En 1975, Sékou Touré mit en marche un plan d’intégration/annexion de ces deux Etats. Sénainon Béhanzin fut envoyé avec sa Mercedes ministérielle et tout un tapage médiatique vers son Bénin natal. De même, Djibo Bakary fut encouragé à regagner ses pénates pour distiller le message “unificateur” du président guinéen. Le projet échoua lamentablement. Béhanzin fut renvoyé poliment mais fermement avec voiture et bagages à Conakry par Mathieu Kérékou. Quant à Djibo Bakary, épuisé par les années d’exil, il passa peut-être un accord avec le gouvernement de Séyni Kountché et se retira définitivement de la vie publique. Il mourut à Niamey en 1998.

Tierno S. Bah