Bauxite. Alpha Condé accélère le bradage

Obsédé par un troisième — illégal et illégitime — mandat, Président Alpha Condé accélère le bradage de la bauxite du pays. Il s’est résigné de la perte du fer des monts Simandou, qu’il ne pourra pas transformer en une poule aux œufs d’or ou en vache à lait. Il mise désormais sur les réserves de bauxite du littoral nord-ouest de la Basse-Guinée et du plateau central du Fuuta-Jalon.

Tokyo, 5 décembre 2017. Signature de contrat de transport de bauxite guinéenne valable pour cinq ans. A gauche, Bernard Pryor, CEO d'Alufer Mining Limited, à droite, Toshiaki Tanaka, directeur du Cargo Sec de Mitsui O.S.K. Lines Ltd. L'accord porte sur la mine de bauxite de Bel-Air, dans la préfecture de Boffa, (Guinée). Il ne s'est pas trouvé un demi-ministre ou un quart de haut-fonctionnaire venu de Conakry pour prendre part à la cérémonie. Les partenaires étrangère doivent se féliciter de tant de laisser-faire qui leur confère autant d'autonomie.
Tokyo, 5 décembre 2017. Signature de contrat de transport de bauxite guinéenne valable pour cinq ans. A gauche, Bernard Pryor, CEO d’Alufer Mining Lyimited, à droite, Toshiaki Tanaka, directeur du Cargo Sec de Mitsui O.S.K. Lines Ltd. L’accord porte sur la mine de bauxite de Bel-Air, dans la préfecture de Boffa, (Guinée). Il ne s’est pas trouvé un demi-ministre ou un quart de haut-fonctionnaire venu de Conakry pour prendre part à la cérémonie. Les partenaires étrangers  doivent se féliciter de  ce laisser-faire qui leur confère autant d’autonomie.

Bauxite et désenchantement

Nombre d’alliés politiques du candidat Alpha Condé (en 2010 et en 2015) ont  déchanté et se mordent aujourd’hui les doigts. Trop tard ! Ils se font fait rouler dans la farine comme des enfants de choeur, et ils se retrouvent dans le désenchantement. Parmi ces laissés-pour-compte malmenés par Alpha le boulanger — c’est son sobriquet  sur Facebook — on compte Elhadj Mamadou Sylla, dirigeant du parti UDIBAG. Dans une interview récente, il a révélé qu’Alpha, un natif de Boké comme lui, considère les investissements miniers dans cette préfecture comme relevant de son domaine exclusif, et comme étant  “sa chose privée” et sa chasse gardée ! Il aurait lancé un “Bas les pattes” menaçant à un petit groupe de visiteurs, parmi lesquels M. Sylla, qui fut le  partenaire privilégié en affaires de Lansana Conté.

Inauguration du chantier de la mine de bauxite de Bel-Air par Alufer. Boffa, janvier 2017
Inauguration du chantier de la mine de bauxite de Bel-Air par Alufer. Boffa, janvier 2017

Mines guinéennes : une malédiction  ?

Il y a belle lurette qu’un soi-disant professeur s’est recyclé dans l’entreprenariat en intermédiation (services divers, alimentation, import). M. Condé a, depuis, mordu à l’appât du gain et à l’enrichissement personnel. Arrivé à la tête de l’Etat faible et fébrile de Guinée, il s’est transformé en corrupteur actif. Il s’est engagé notamment à amasser et à engrenger les maigres derniers de l’Etat. Dans un unique but :  acheter la prochaine élection présidentielle. Il sait que les mains se tendront fiévreusement  dans ce pays dont il a accentué la misère. Un pays qui subit, depuis un demi-siècle, la loi implacable des conséquences inattendues. En l’occurrence, une loi qui inverse les termes de la  formule — retentissante, rhétorique, illogique et fatidique — du 25 août 1958 :

Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage. (Sékou Touré, 25 août 1958)

Cette loi démontre au quotidien, à la Guinée, à l’Afrique et au  monde, qu’il n’y pas de dignité dans la pauvreté, et que seule l’oppulence s’accomode de la liberté. Il est difficile aujourd’hui de ne pas se poser la question de savoir si les mines de Guinée ne sont pas sous le coup de la malédiction.…

La passion minière du professeur-président

En réalité, Alpha Condé, ci-devant professeur-président, étend son champ d’activité minière hors du Kakandé (Boké) — terre des Landuma, Nalu, Tyapi, Jakanke. selon le site d’Alufer, depuis 2011, il a planté ses drapeaux d’occupant-exploitant minier (a) à Boffa, c’est-à-dire au coeur du Bagatay ou pays des Baga, et (b) à Labé, la capitale du Fuuta-Jalon. Alufer, qui dit adhérer au Code miner JORC, fournit l’information suivante :

Alufer Mining Limited is an independent mineral exploration and development company with significant bauxite interests in the Republic of Guinea.
The Company is currently focused on the development of the Bel Air project, with production expected to commence in 2018.
Significant capital has been invested in exploration since January 2011 and substantial work programs have identified a JORC compliant resource in excess of 3 billion tonnes of high quality bauxite at Bel Air and Labé.
Alufer places a great deal of importance on sustainability and is committed to ensure that it operates in line with the highest social and environmental standards.
The Company’s Board and management team have an in-depth knowledge of Guinea and the bauxite markets and have extensive experience in managing and operating exploration, development and production stage mining assets.

Exportation de la bauxite de Bel-Air en 2018

Aluminium News Today a annoncé aujourd’hui l’obtention des permis gouvernementaux requis pour la construction d’une mine d’extraction et de transport maritime de la bauxite à Bel-Air (Boffa). Non loin de l’une des plus belles plages de la Basse-Côte. Le communiqué est muet sur l’impact des investissements sur l’écosystème terrestre et marin. Peu importe, bien sûr! L’essentiel pour M. Condé est de s’offrir une autre source de revenus qui viendra alimenter ses coffre-forts  et son budget de guerre pour un 3e mandat. Toutes les fibres de son être sont tendues vers ce plan et cette visée. Tout comme son ami Blaise Compaoré, il utilisera tous les moyens nécessaires et (in)imaginables, toutes les recettes pour s’agripper au fauteuil, s’incruster à la présidence et satisfaire sa boulimie du pouvoir.

Travaux de forage de la mine de bauxite de Bel-Air, dans Boffa.
Travaux de forage de la mine de bauxite de Bel-Air, dans Boffa.

L’auteur de l’article d’Aluminium International Today, Nadine Bloxsome, indique que les travaux de construction de la mine ont débuté en janvier dernier.

La mine de Bel-Air se trouve à 15km de la mer, près du Cap Verga, à 120km au nord de Conakry. La qualité du minerai, précise-t-on, est basée sur sa faible teneur en silica réactif.

Futur port de chargement de la bauxite de Bel-Air (Boffa)
Futur port de chargement de la bauxite de Bel-Air (Boffa)
Des ouvriers au travail sur le site de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Des ouvriers au travail sur le site de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)

Une fois les   travaux de construction terminés, Alufer gérera les nouvelles installations d’exportation du Cap Verga. Celles-ci permetront le chargement de navires miniers ancrés au large, à 32km de la côte.
Le communiqué précise que la production de bauxite brute débutera au troisième trimestre 2018 et qu’elle atteindra 5.5 million tonnes par an. L’administration du projet sera assurée par Mitsui O.S.K .Lines Ltd. spécialisès dans le fret océanique.

Fiche signalétique de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Fiche signalétique de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Carte d'emplacement des sites de mines de bauxite de Boffa et de Labé (source Alufer)
Carte d’emplacement des sites de mines de bauxite de Boffa et de Labé (source Alufer)

Sur le financement d’Alufer visiter le site de Resources Capital Funds

Industrie extractive et pollution

L’industrie extractive est de nature polluante. Le contrat inclut-il des mesures préventives et correctives de protection de la santé des riverains de l’usine. A-t-on établi un plan de défense des espèces animales et végétales face à la menace posée par l’extraction de la bauxite ?

Responsabilité partagée

Qu’est-ce l’Assemblée nationale sait de tout cela ? Que fait-elle ? Comment réagit-elle ? Mmes. et Messieurs les honorables député(e)s ne devraient pas se contenter de leurs modestes allocations et privilèges, et fermer les yeux, se taire face à la mauvaise gouvernance et aux micmacs de la branche exécutive de l’Etat. Elles/ils sont co-responsables, redevables —voire justiciables — de la gabegie publique et de la dérive du pays.

Entretemps, les enseignants réclament des salaires décents, ajustés au taux d’inflation. Les routes du pays continuent de se dégrader. Et le monde rural —majoritaire — devient de plus en plus marginal face à l’appétit minier du régime du président Alpha Condé.

Tierno S. Bah

Alpha Conde and Ebola’s weight on Guinea

Guinea’s president bears the weight of what Ebola has done to his country

Guinea President Alpha Condé, center, mingles with Rev. Jesse Jackson, second from left, Rep. Karen Bass (D-Calif.) and Ron Dellums, right, a former mayor of Oakland and former congressman. — Washington, D.C. April 19, 2105 (Pete Marovich/The Washington Post)
Guinea President Alpha Condé, center, mingles with Rev. Jesse Jackson, second from left, Rep. Karen Bass (D-Calif.) and Ron Dellums, right, a former mayor of Oakland and former congressman. — Washington, D.C. April 19, 2105 (Pete Marovich/The Washington Post)

Alpha Condé, the reserved and slender president of Guinea, retired to his sprawling suite Wednesday evening at the Four Seasons in Georgetown, having just wrapped up a long day of meetings on the Hill.

The 77-year-old leader had bags under his eyes, and his handlers were concerned he wouldn’t appear vibrant in photographs. But there was more politicking to be done, so the president of the Ebola-ravaged nation changed from his sharp navy suit into a loose burnt-orange top and dark slacks and kept working late into the night.

The Rev. Jesse Jackson had flown in from Chicago to support Condé, his longtime friend — one he fondly calls a fellow “freedom fighter.” Earlier in the day, they had attended a reception hosted by the Congressional Black Caucus. Now they huddled together in Condé’s suite, awaiting the 8 p.m. arrival of Ellen Johnson Sirleaf and Ernest Bai Koroma, the presidents of Liberia and Sierra Leone, respectively.

“I came here as his special guest,” Jackson told The Washington Post. “He’s the builder of a whole nation. The legacy he’s building upon is a legacy of revival and stability.”

After handshakes, warm introductions and flashes of the camera, Jackson left. Then the three presidents — quite possibly the unluckiest trio of heads of state ever assembled in a single Four Seasons suite — hunkered down and began prepping for a high-stress World Bank meeting that was just 36 hours away. Together they would try to convince the world that they need a staggering $8 billion in recovery assistance — a so-called “Marshall Plan” that they have likened to a postwar strategy.

The president of Sierra Leone, Ernest Bai Koroma; the president of Guinea, Alpha Condé; and the president of Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, gather at the Four Seasons hotel in Washington on April 15 to prepare for a World Bank meeting. (Pete Marovich/The Washington Post)
The president of Sierra Leone, Ernest Bai Koroma; the president of Guinea, Alpha Condé; and the president of Liberia, Ellen Johnson Sirleaf, gather at the Four Seasons hotel in Washington on April 15 to prepare for a World Bank meeting. (Pete Marovich/The Washington Post)

Throughout the week, Condé shuffled from daytime meetings — including one with President Obama — to evening gatherings with his inner circle, calling upon old friends like Jackson and looking for new allies as he delivered pitch after pitch for financial aid and renewed attention for his beleaguered country.

“Isn’t that what presidents are supposed to do?” he said, sitting at the head of the table in his suite, where an easel displayed his presidential portrait. “These problems are much bigger than just one individual. But the reality of it is, when you are the leader, it falls on your shoulders.”

His visit came with the bells and whistles that accompany any foreign leader in Washington. Protective guards hovered outside his suite, using hand-held metal detectors and searching the bags of anyone who entered. His entourage ranged from a personal physician to Guinea’s minister for mines.

But there were also the stark realities of traveling from an “Ebola country.” All the members of the entourage had to report their temperatures daily to the D.C. Health Department, and they were given antiquated flip phones programmed with the number of the Centers for Disease Control and Prevention, just in case.

More than 15 months ago, a toddler came into contact with an infected bat in the Guinean village of Meliandou, which became ground zero of the world’s worst Ebola epidemic. The mysterious disease — not yet identified as Ebola — soon spread through the country’s vast forest region and then ripped through the porous borders of neighboring Liberia and Sierra Leone, killing more than 10,000 people in West Africa.

President of Guinea, Alpha Condé, speaks with Liberian President Ellen Johnson Sirleaf. (Pete Marovich/The Washington Post)
President of Guinea, Alpha Condé, speaks with Liberian President Ellen Johnson Sirleaf. (Pete Marovich/The Washington Post)

Condé has carried the weight of many burdens during his 77 years. He lived much of his life in exile in France. In 1998, after he ran for president of Guinea as the leader of an opposition party, he was kidnapped and imprisoned for two years, a move decried by international human rights groups.

Condé narrowly won the presidential vote in 2010, which was the first time the country held free elections since gaining independence from France in 1958. He’s up for reelection this fall.

“He’s someone who’s lived in constant danger and under constant pressure,” said Alpha Mohammed Condé, the president’s 45-year-old son and only child, who accompanied his father to Washington and stayed by his side to translate from French to English and vice versa.

But over the past year, the pressure has been different from anything the president had felt before — a feeling rooted in deep isolation from the rest of the world as panic spread.

“He became the embodiment of the fear and of the stigma,” his son said.

During the past week, the president found himself in an interesting political quandary — needing to present a unified voice for all three countries but also privately longing for just a little more help for his beloved Guinea. Liberia and Sierra Leone suffered higher death tolls and received substantially more aid, including the presence of 3,000 U.S. soldiers in Liberia.

“Initially, the perception of the magnitude of the tragedy was greater when it came to Sierra Leone and Liberia, because people could see the very tragic situations in the capital cities,” Condé said. “So Guinea was perceived to have been less affected in certain ways.”

When Condé headed to the Hill, he honed his pitch. Guinea may be down on its luck at the moment, but go back to early 2014 and look at the potential for economic growth, he said. The country holds a wealth of natural resources — including bauxite and iron ore — and Condé touts extensive reforms in the lucrative mining sector.

Condé had the ear of Rep. Karen Bass (D-Calif.), who met with him Wednesday and said she’s looking into what can be done during the House appropriations process.

“Considering that our involvement in Liberia was much more extensive, is there any way that the U.S. can increase the support of Guinea?” she said, noting that Condé was “reserved, humble and extremely dignified.” She also sensed his lingering concern.

Just being at the Capitol was a thrill for Condé. He got a little emotional too, recalling his first trip to America. In 1962, Condé, who was then studying in Paris, got to spend a year in the United States through a student leader fellowship. He remembers a raucous policy argument with Bobby Kennedy, a lunch meeting with Martin Luther King Jr. and the exact moment when he heard Marilyn Monroe had died.

But the high from Wednesday faded into a low. When he woke up Thursday at the Four Seasons, Condé felt defeated. He realized it was April 16. A couple of months earlier, Condé had announced a campaign to wipe out Ebola within 60 days. It meant that April 15 would certainly be a day of victory. Now, he had missed another deadline and broken yet another promise to the people of Guinea.

“He’s a human being,” said Khalil Kaba, Condé’s deputy chief of staff. “Sometimes he gets down, too.”

Kaba tried to cheer him up. They were facing another long day, and he needed Condé to be “on his game.” But the president was frustrated and needed to vent about everything that had been lost.

“Ebola has killed our people, and it’s made us pariahs,” the president told him, Kaba said. Kaba reminded Condé of his accomplishments — and how close they are to reaching zero cases in the country.

“Let’s go, Mr. President,” he told him in a pep talk. “We’ve proved we can get this done. Let’s go, let’s go, let’s go.”

And after Condé got the boost he needed, he headed off to meet another member of Congress. His staffers later said it was his best meeting of the week. The next day, he woke up at 5 a.m. for the World Bank meeting. There, the president of the World Bank announced new financial commitments for the three Ebola-affected countries.

On Sunday, Condé’s bags were packed as he prepared to go home. He sat in his suite, reflecting on the busy week. An avid walker, he regretted that he didn’t get a chance to see the city on foot, quipping that it’s quite difficult to do that with the Secret Service in tow.

Condé admitted that Thursday morning had been rough for him. It’s tough to shake the feeling that so much promise has been lost for his country, he said. But he smiled and nodded when he remembered his time with Obama and other leaders.

When Condé went to bed Saturday night, he felt more at peace than he had in a long time.

“For once, I slept well,” he said.

Amy Brittain
The Washington Post

Vérités et partialité d’Alain Délétroz

Alain Délétroz
Alain Délétroz

Paru dans Le Temps, de Genève, l’article intitulé “De Conakry à Genève, les tristes révélations de l’affaire Steinmetz” est signé d’Alain Délétroz. Il s’en prend à deux cibles :

  1. Me Marc Bonnant, l’avocat de Bény Steinmetz. Le milliardaire Israélo-Suisse fait l’objet d’enquêtes judiciaires en Amérique, en Europe et en Afrique. Motif : sa filiale guinéenne (BSGR-Guinée) est suspectée de corruption dans l’acquisition de licence d’exploitation du riche gisement de fer du Simandou.
  2. Les régimes guinéens couvrant la période 1958-2010.

L’auteur insiste sur la débâcle postcoloniale du pays. Il dénonce les dictateurs qui se sont succédés à la tête de l’état : Ahmed Sékou Touré, Général Lansana Conté, Capitaine Moussa Dadis Camara.
Curieusement, il est plus réservé au sujet du Général Sékouba Konaté, le remplaçant de Dadis et président de la Transition, (janvier-décembre 2010).

Armé d’un tel parti-pris, il s’engage sur une double fausse piste. D’une part, il se livre à un traitement conciliant du Général Sékouba Konaté , d’une part, il joue une sérénade élogieuse d’Alpha Condé, d’autre part.

Traitement conciliant de Sékouba Konaté

1. L’auteur arrondit les angles quatre fois à propos du Général  Konaté, strict produit de l’armée de Lansana Conté.
Primo, ministre de la défense, Général Konaté était le numéro 2 du CNDD dirigé par Dadis. A ce titre, il ne peut pas être écarté des massacres et viols commis par l’armée en septembre-octobre 2009.
Secundo, Sékouba Konaté rétrograda Sidya Touré au troisième rang, bien que celui-ci eût remporté la seconde place. Il permit ainsi au candidat du RPG, Alpha Condé, de briguer le second tour de l’élection présidentielle. Sékouba viola de façon répétée la Constitution durant le processus électoral.
Tertio, général Konaté retarda de cinq mois l’organisation du deuxième tour. Alpha Condé et le Premier ministre Jean-Marie Doré exploitèrent ce délai planifié pour organiser le trucage du scrutin. Avec l’assentiment du Général Sékouba Konaté et de Jean-Marie Doré, un militant du RPG, Louncény Camara, s’installa à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Le tour était joué !
Quarto, général Konaté continua la politique machiavélique de son “ami et frère” Dadis Camara, précisément par la terreur et l’exacerbation des tensions ethniques immédiatement avant et après le vote : pogroms et explusions des Fulɓe à Siguri et Kouroussa, viols de femmes au Fuuta-Jalon (Dalaba, Labé)

Sérénade élogieuse d’Alpha Condé

Parlant d’Alpha Condé, Alain Délétroz se fait élogieux : opposant historique, professeur en Sorbonne, etc. Mais, en fin d’article, il s’interroge : M. Condé sera-t-il “ce président tant attendu des Guinéens qui se préoccupera d’abord de leur prospérité avant de penser à ses poches ?” Sa réponse est peu sûre. “On peut l’espérer”, se résigne-t-il ! Il s’empresse d’avertir qu’il est “bien tôt” pour accuser Alpha Condé de corruption … ou de chercher à évaluer son bilan. Et dire que président Condé a dépassé la moitié de son quinquennat. Le temps ne s’est-il pas écoulé ? Les faits ne se sont-ils pas accumulés ? Bien sûr. Il me paraît donc normal, opportun et raisonnable de se pencher sur le palmarès politique de l’actuel président. En voici un survol :

  1. Plus tôt que de hâter la mise en place de l’Assemblée nationale élue, Alpha Condé entend convoquer le Conseil national de Transition (une institution dont les membres sont désignés) pour examiner la loi de finance 2014.
  2. Tout au long de cet an de grâce 2013, plus de 50 victimes sont tombées sous les balles des forces de sécurité durant des manifestations pacifiques de l’opposition. Les participants réclamaient légitimement la tenue d’élections législatives transparentes et crédibles, non-entachées de manipulations du fichier électoral, incluant les Guinéens de l’étranger et excluant la firme Waymark. Selon des sources publiées à Johannesburg, cette firme technologique avait modifié le résultat du second tour de l’élection présidentielle en 2010.
  3. En juillet dernier, des violences meurtrières ont éclaté en Guinée Forestière entre Guerzés et Koniankés. Au lieu de voler au secours des populations affligées, M. Condé a pris l’avion pour se rendre à un sommet de la CEDEAO à Abuja, Nigeria.
  4. Depuis l’assassinat d’Aissatou Boiro en novembre 2012, deux autres haut-cadres de l’administration ont été abattus. Les criminels courent toujours. La criminalité a atteint un niveau record, les services de sécurité s’avèrent incapables de la juguler. M. Condé aime à dire —à tort— qu’il n’a pas hérité d’un Etat. Tout d’abord, l’Etat ne relève du patrimoine privé ou familial. Il ne s’hérite donc pas. Cette expression est révélatrice de la mentalité d’Alpha Condé, qui croit peut-être que la Guinée est devenue sa propriété suite à son arrivée à la présidence. Il se trompe lourdement.
  5. Originaire du Burkina Faso, M. Condé rejette la consensus et la quête de la cohésion “nationale”. Il s’active à attiser les tensions ethniques. Il a mis en place une politique d’exclusion ethnique. Il imite ainsi Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis Camara. Mais, à terme, c’est une stratégie erronée qui divisera davantage le pays et qui se retournera contre le régime.

Alain Délétroz : subjectivité et partialité

Présenté sommairement dans Le Temps comme politologue, Alain Délétroz est en réalité vice-président d’International Crisis Group pour l’Europe. Spécialiste de la Russie, du Caucase, de l’Asie Centrale, de l’Amérique Latine, il est un novice pour l’Afrique ! Expert sur la politique de l’Union Européenne en matière d’analyse et de résolution de conflits, de réformes démocratiques et d’assistance humanitaire, il lui manque crûment des références sur la Guinée.
La carrière professionnelle d’Alain Délétroz tire en partie sur les activités de l’Open Society Institute (OSI), une ONG fondée par le milliardaire Hongaro-Américain Georges Soros. Alain dirigea le bureau de l’OSI à Tachkent (Géorgie), de 1986 à 2001.
L’artice d’Alain ne parvient à masquer son cachet subjectif et partisan. Au lieu d’avancer le lecteur dans l’élucidation de l’affaire du Simandou, il le ramène plutôt au duel Soros contre Steinmetz. Une partie dans laquelle l’herbe Guinée sortira davantage piétinée et endommagée …
La personnalité de ces deux richissimes hommes offre un contraste frappant. D’une part, le journal Le Monde dépeint Soros comme un homme d’affaires avisé et critique des faiblesses du capitalisme. C’est aussi un spéculateur agressif, rendu célèbre par ”son raid contre la livre sterling en 1992”. Soros étoffe son profil en alternant entre la promotion d’idéaux et l’action combattive, entre les campagnes politiques et le doyennat des sommets économiques et financiers. Paru en 2012 aux Presses de la Cité, son dernier livre s’intitule Le chaos financier mondial ! La question reste à savoir s’il en est innocent ?
Pour sa part, Bény Steinmetz est tout aussi dynamique dans la conduite de ses activités lucratives de diamantaire. Mais il compense cette énergie une vie de reclus, presque. Il parle peu à la presse. Et, à ce jour, il reste muet sur sa collusion supposée avec Lansana Conté et Moussa Dadis Camara. Et il nie avoir versé des millions de dollars à Mamadie Touré, la quatrième femme de Conté.

Attaques personnelles

Cela n’empêche pas son avocat, Me Marc Bonnant, de chercher à renverser la table contre les adversaires Steinmetz. Dans une lettre au procureur près le ministère public de Genève, il a recours aux attaques personnelles. Cette vieille tactique pourra-t-elle convaincre de l’innocence de son client ?
La plume d’Alain Détéroz dégage en filigrane sympathie et empathie pour la Guinée. Mais, en définitive, le contenu de l’article souligne la marginalité du pays dans les contradictions opposant MM. Soros et Steinmetz. La situation pénible du pays s’efface devant les concurrences extérieures et les rivalités étrangères. Il ne saurait en être autrement après plus d’un demi-siècle (1958-2013) d’un état-policier, dont les dirigeants successifs ont tourné le dos aux populations et ne pensent qu’à eux-mêmes. Chantant le “scandale géologique” du sous-sol, ces dictateurs — civils et militaires — bradent, en réalité, toutes les ressources naturelles (mines, forêts, halieutiques). Ingénieur des mines, gouverneur de la Guinée française (1948-1950), Roland Pré inventa cette formule de stratégie politique et marketing financier. Ce faisant, il agissait au nom des intérêts et des besoins industriels de la France métropolitaine. Malheureusement, depuis 1958, l’expression de Pré est galvaudée. Elle est devenue le slogan des présidents, de Sékou Touré à Alpha Condé. Délaissant l’agriculture vivrière, ils monnaient les mines contre des maigres contreparties financières et des avantages personnels dérisoires. Cette carence de leadership, cet abadon du devoir, ont aiguisé la pauvreté et aggravé la dépendance de la Guinée. Ce n’est donc pas demain la veille du jour où les populations bénéficieront de l’exploitation de leurs ressources minières.

Tierno S. Bah