Président brouillon et pion

Président de la Guinée et président en exercice de l’Union Africaine (2017-2018), Alpha Condé suggère, d’une réunion à l’autre, de couper le cordon ombilical entre l’Afrique et l’Europe. Il ne faut surtout pas le prendre à ses mots. Car il dit le contraire de ce qu’il pense, et pense le contraire de ce qu’il dit. M. Condé ne formule pas là un souhait sincère, ni même un voeu pieux. Il se lance plutôt dans une rengaine  cynique, une manoeuvre fourbe et une tactique trompeuse.

Président bavard et brouillon

Alpha Condé voudrait faire accroire l’Afrique est désormais majeure. Malheureusement il ne fournit pas de données pour étayer son bavardage et sa démagogie. Pis, il feint d’ignorer la dépendance systématique de son régime vis-à-vis de pilleurs tels que le Groupe Bolloré. Par dessus-tout le “professeur” refuse de tenir compte de la faiblesse systémique du continent par rapport aux économies étrangères. En effet tous les voyants clignotent au rouge vif en Afrique :

  • Analphabétisme
  • Déclin des systèmes d’éducation et de recherche
  • Marginalisation du paysannat
  • Affaiblissement du réseau de santé
  • Non-industrialisation, avec pour causes et conséquences : la faiblesse de la production énergétique (domestique et industrielle), le manque d’eau potable, etc.
  • Exclusive et excessive présence des industries extractives (mines, pétrole, bois)
  • Importation déséquilibrée des produits (principaux et secondaires) de consommation
  • Mise à l’écart de l’ordre financier mondial et des marchés de capitaux

M. Condé a donc beau jeu de se démener et voyager. Il parle et se déplace dans le vide. Déboussolé et déphasé, il brandit le spectre maudit de Sékou Touré, qu’il voudrait imiter —comme le tueur Moussa Dadis Camara —, de manière sélective, oppressive et versatile.

Président pion

Le discours pseudo-nationaliste de M. Conté expose son manque de stratégie. Brouillon à souhait, il enfonce la Guinée dans la paupérisation, et ce, au nom de ses médiocres intérêts personnels et familiaux.
Mais sa rhétorique est contredite et annulée par l’appauvrissement croissant de l’Afrique et de la Guinée. Mais son idéologie tronquée jure avec le quotidien des Guinéens. Les citoyens ploient sous les calamités : mauvaise gouvernement, violations des droits de l’homme, corruption, impunité, etc.
En dernière analyse, Président Alpha Condé n’est qu’un pion. Consentant dans ce rôle, il accepte allégrément la manipulation par ses tuteurs et bailleurs globaux et/ou régionaux.

Il suffit de lire l’article ci-dessous, publié hier par Jeune Afrique, pour mesurer l’ampleur des machinations du chef de l’Etat et de son entourage, ainsi que l’étendue de la débâcle et de la désespérance de ses populations guinéennes.

Le journaliste Mathieu Olivier est le signataire du document. Il n’a pas honte d’employer la désignation “palais Sékoutouréya” : illégitime et imméritée, illicite et illégale. Il devrait plutôt écrire Palais de la présidence de la république. Comme l’Elysée à Paris, l’immeuble est le siège d’une institution : la branche exécutive de l’Etat. Propriété publique et impersonnelle, aucun nom individuel ne doit lui être attaché. Surtout pas celui de Sékou Touré !

Tierno S. Bah


Bras de fer de titans entre Soros et Steinmetz autour d’une mine géante en Guinée

En plaçant ses apôtres de la transparence au plus près du cabinet présidentiel de la Guinée, George Soros a écarté un de ses ennemis jurés. Une stratégie bien rodée dont Jeune Afrique dévoile les coulisses.

« J’essaie de t’appeler mais tu ne réponds à aucun de tes numéros, y compris ton portable. » Ce 27 avril 2013, Alpha Mohamed Condé est inquiet. Le fils du chef de l’État guinéen tente de joindre Scott Horton, avocat américain de DLA Piper, pour l’entretenir d’une histoire que l’agence Bloomberg s’apprête à écrire, et qui semble embarrasser la présidence. La ligne ne passe pas. « Alpha Mohamed » se rabat sur sa messagerie électronique, en espérant être plus chanceux. Un reporter de Bloomberg à Conakry travaille en effet sur un article concernant un accord passé entre la Guinée et le Liberia pour l’évacuation, via Monrovia, d’une partie du minerai issu du mont Nimba.

Or, Conakry veut éviter que cette information ne revienne aux oreilles des grandes sociétés minières présentes en Guinée, qui sont elles aussi tentées d’utiliser la voie libérienne plutôt que de financer un « corridor central » menant à Conakry – ce que souhaiteraient les autorités guinéennes. « Il est extrêmement important que cette histoire ne sorte pas », explique Scott Horton dans un e-mail au fils du président et au ministre des Mines, Mohamed Lamine Fofana, ce même 27 avril. Son objectif : corriger le tir en ajustant les déclarations du ministre, et ne pas donner l’impression d’un « feu vert » pour la potentielle exportation du fer de la mine de Simandou par le Liberia.

Dans les secrets du cabinet DLA

DLA Piper n’est pas n’importe quel cabinet. Il a parmi ses clients George Soros, le célèbre milliardaire américain, qui en a fait son relais en Guinée. Quant à Scott Horton, il n’est pas non plus n’importe quel avocat. Collaborateur de Soros, ce natif de Greenville, en Caroline du Sud, a connu le milliardaire il y a trente ans, à l’époque où ce dernier avait le regard porté sur l’Europe de l’Est.

C’est d’ailleurs George Soros qui, en avril 2011, a fait en sorte que la route de Scott Horton croise celle d’Alpha Condé, le nouveau président guinéen, élu en décembre 2010. Ce dernier et George Soros se connaissent déjà. Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire de Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères.

Le milliardaire n’hésite donc pas à demander à son ami Horton, 55 ans à l’époque, d’aller rencontrer « Alpha », fraîchement installé au palais de Sékoutoureya. Le président, explique Soros, veut lancer des réformes, notamment dans les mines, secteur qu’il soupçonne d’avoir alimenté les caisses noires de son prédécesseur Lansana Conté, et il faut l’y aider. Le rôle de DLA Piper en Guinée est officiellement, et avec l’appui des ONG « sorosiennes », d’accompagner le gouvernement dans ses réformes. Il lance pour cela des enquêtes, dont une partie est menée par un certain Steven Fox, ancien du département d’État américain qui a travaillé pour la CIA, dirigeant de la société d’évaluation des risques Veracity Worldwide.

Les investigations mettent au jour des faits de corruption dans le passage des contrats miniers, qui sont donc réétudiés. DLA Piper, qui a rédigé le rapport, pointe en particulier le groupe minier BSGR, du Franco-Israélien Beny Steinmetz, accusé d’avoir obtenu les droits sur le gisement de Simandou par « corruption apparente ». Or Steinmetz n’est, lui non plus, pas n’importe qui : il est l’ennemi juré de George Soros.

La rivalité entre les deux hommes remonte à près de vingt ans, en Russie, en 1998. Depuis, les épisodes se succèdent, avec d’un côté le groupe Steinmetz, qui utilise jusqu’en 2012 l’agence de communication FTI, et de l’autre les hommes de Soros. DLA Piper a-t-il été l’instrument du milliardaire américain dans une guerre personnelle ? Toujours est-il que, dès le début de la présidence d’Alpha Condé, l’affrontement gagne la Guinée, où, chez DLA Piper, on s’emploie à contrer la menace BSGR, n’hésitant pas à « inspirer » la stratégie de la présidence guinéenne.

Une cellule est mise en place. En font partie Alpha Mohamed Condé, Mohamed Lamine Fofana, ministre des Mines, et Ibrahima Kalil Kaba, le directeur de cabinet du président, proposé comme coordinateur. Leur « coach » : Scott Horton. Le 1er juin 2013, c’est lui qui fait le point, par e-mail, à cette petite équipe sur la stratégie à adopter dans le secteur minier. Ce diplômé de l’université du Texas, qui échange de façon régulière avec George Soros, va droit au but.

« La Guinée passe constamment à côté d’opportunités en étant trop lente à réagir et en étant instrumentalisée par des personnes comme M. Steinmetz », estime-t-il. Et de leur conseiller une offensive fondée sur le fait que « la Guinée est une victime de Steinmetz ». Il va plus loin : « Nous sommes très proches maintenant d’obtenir des informations selon lesquelles Steinmetz finance et radicalise l’opposition, les poussant à envisager un changement de régime sans élections. […] Je pense que ce serait un coup majeur de la part de la présidence. »

Info ou intox ? À l’époque, cela fait en tout cas plusieurs mois que DLA Piper réfléchit à une stratégie, notamment via les médias, visant à contrer « les attaques de BSGR ». Alors que le gouvernement est empêtré dans l’affaire du prêt guinéen contracté auprès de la société Palladino, c’est par exemple une nouvelle fois Scott Horton qui intervient. Le 21 mars 2013, il met en relation deux communicants engagés par la présidence guinéenne, Célia Grémy, du cabinet Momentum Consulting, et Chris McShane, de Hillingdon Cresswell, avec les conseillers presse de Palladino, Lawrence Dore et Locksley Ryan.

Contre-Attaque

Objectif : déminer le possible scandale Palladino et présenter le prêt entre le gouvernement guinéen et Palladino plus transparent, notamment en le publiant sur internet. Moins d’un mois plus tard, les équipes touchent au but. Lawrence Dore propose d’écrire un communiqué dans lequel il serait clair que quelqu’un, « comme BSGR, a cherché à dénaturer le prêt Palladino pour discréditer le gouvernement ».

À la même période, BSGR est peu à peu écarté de Simandou. Sous le régime du président Lansana Conté, le groupe avait en effet réussi à obtenir la moitié des concessions de la mine. Elle les avait revendues en 2009 au groupe brésilien Vale, pour 2,5 milliards de dollars. Mais, en avril 2013, après les accusations de corruption contre BSGR, Vale rompt l’accord, moyennant l’abandon de son avance de 500 millions de dollars.

Le 16 juin 2013, une rencontre réunit à Londres Sam Walsh, président-directeur général de Rio Tinto, Jin-Yong Cai, son homologue de la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale), et Alpha Condé, présent au Royaume-Uni à l’occasion du G8. L’hôte de cette réunion extraordinaire n’est autre que George Soros, un habitué des rendez-vous en marge des sommets internationaux.

Cette rencontre n’est pas anodine : elle confirme les dispositions prises par l’État guinéen pour abroger les permis détenus par BSGR, alors que Rio Tinto, associé au chinois Chinalco, obtient le droit d’exploitation totale de Simandou. Depuis, la guerre par réseaux interposés n’a pas faibli. Le Franco-Israélien, assigné à résidence en Israël, est aujourd’hui accusé de corruption par la Guinée, le FBI et le canton de Genève. Un de ses anciens collaborateurs, Frédéric Cilins, a été condamné à deux ans de prison aux États-Unis. Au cœur de plusieurs enquêtes, Beny Steinmetz ne se prive toutefois pas de contre-attaquer : le 14 avril, il a déposé plainte à New York contre Soros et sa fondation Open Society Foundations, qu’il accuse d’avoir fait échouer ses projets à Simandou.

Mathieu Olivier
Jeune Afrique

Corruption. Alpha Condé, Rio Tinto and Simandou

Alan Davies, Rio Tinto
Alan Davies, Rio Tinto

The Simandou iron ore project continues to make headlines for accusations of corruption in the adjudication of mining licenses. A Rio Tinto executive, Alan Davies, is the latest shoe to drop. It was reported today that he has been suspended for his role in a bribery scheme that took place in 2011. The alleged fraudulent transaction happened thus  during president Alpha Condé‘s first year in office following his inauguration in December 2010. The article below names the main companies involved then in the Simandou project. It does not, however, indicate who received the  alleged $10.5m  payment. But Mediapart.fr reveals that it was François de Combret, and adviser to president Conde, a former deputy secretary general of the Elysée Palace, and an ex-associate of Lazard Bank.
Rio Tinto (Australia), Vale (Brazil), BSG Resources and Chinalco (Hong-Kong) had each a stake in the Simandou. The first three have been either forced out or decided to withdraw from the project, leaving Chinalco as the only current investor.

Tierno S. Bah


François de Combret
François de Combret

Global mining giant Rio Tinto has been plunged into a bribery scandal after discovering multimillion-dollar payments to a contractor relating to a project in Guinea, West Africa.

The FTSE 100 company has suspended Alan Davies, the executive in charge of its energy and minerals division, with immediate effect, as it investigates payments of $10.5m made to a consultant in relation to its giant Simandou iron ore project.

Mr Davies allegedly had accountability for Simandou in 2011, when the transactions were apparently made.

Rio said it became aware of email correspondence relating to the payments in August this year. Yesterday it notified the authorities in the UK and the US and “is in the process of contacting the Australian authorities”.

Debra Valentine, the executive in charge of Rio’s legal and regulatory affairs, has also stepped down from her role. She had previously notified the company of her intention to retire in May next year.

“Rio Tinto intends to co-operate fully with any subsequent inquiries from all of the relevant authorities,” the company said. “Further comment at this time is therefore not appropriate.”

Mr Davies, who is also a non-executive director at Rolls-Royce, only took charge of Rio’s energy and mineral group in July, in a broader restructuring implemented by new chief executive Jean-Sebastian Jacques when he took on the top job.

One of Mr Jacques’ first major decisions was to cancel development of the long-gestating $20bn Simandou project after deciding that low iron ore prices made the mine nonviable. The decision outraged the Guinea government, which had been banking on Simandou to provide a much-needed boost; the mine had been tipped to double the size of the country’s economy.

Last month Rio sold its 46.6pc stake in Simandou to Chinalco, a mining company listed in Hong Kong, for up to $1.3bn.

Simandou has long been dogged with controversy. It is believed to be one of the biggest undeveloped high-grade iron ore deposits in the world, but its inland location makes building the infrastructure to tap it hugely expensive. Iron ore is the key ingredient in steel.

Rio bought the concession 15 years ago, but lost the rights to half the lode in 2008, when the Guinea government transferred them to BSG Resources, owned by Israeli billionaire Beny Steinmetz.

The deal raised eyebrows not just for the relatively small amount that BSGR had invested in Simandou, but for the fact that company was a specialist in diamond, rather than iron ore, mining. BSGR subsequently sold half its stake to Brazilian giant Vale for an initial $500m, but both companies were ejected from Simandou after a two-year inquiry in Guinea found that BSGR had used bribery to gain the rights to the mine.

In 2014, Rio sued BSGR and Vale in the US, alleging they had conspired to misappropriate Rio’s half of the deposit in 2008. The case — which included claims that BSGR had given Guinea’s minister of mines a diamond-encrusted Ferrari — was dismissed last year after the judge ruled it had fallen foul of the statute of limitations. Both BSG and Vale denied any wrongdoing.

Analysts at Investec said the announcement it was a “surprise” given that Mr Davies had been touted as a potential CEO prior to Mr Jacques’ appointment. “While we do not expect this to have any impact on operations, it does cast a negative cloud over a company that considers itself above any such indiscretions. That said the company appears to be addressing this firmly.”

Rio Tinto’s shares were up 5.5pc amid a general rally in the mining sector following Donald Trump‘s US election victory.

Jon Yeomans
The Telegraph

Secrets No Longer Buried, Now Open

Beny Steinmetz
Beny Steinmetz

The Documents section of BlogGuinée now includes “Buried Secrets. How Beny Steinmetz, an Israeli billionaire, wrested control of one of Africa’s biggest prizes,” a 2013 New Yorker report on the Simandou iron deposit concession scandal.

During his first term in office, President Alpha Condé tried to dismantle the mining sector networks of corrupt intermediaries he found in place in 2010.  And, — with help from George Soros, Tony Blair, etc. — he fought Beny Steinmetz tooth and nail.… And his government has revoked the license of BSGR, the Israeli billionaire’s company.

Read (a) Soros Enmeshed in Bribery Scandal in Guinea
(b) Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure
(c) Mining and corruption. Crying foul in Guinea
(d) High noon at the Guinea corral
(e) La belle Mamadie et les rapaces du Simandou
(f) Frenchman Cilins gets two years in U.S. prison for role in Guinea mine scandal

However, Mr. Condé’s policy and actions resulted only — and intentionally— in the replacement of previous go-betweens and “crooks” with his own henchmen —his son included. That’s the  preliminary — and valid — assessment from ongoing investigations against hedge funds giant Och-Davis by federal prosecutors in New York.

Read  Corruption minière : Afrique – USA

In other words, for Guinea, the more things change, the more they remain the same. Consequently, the country’s situation keeps worsening,  and the corruption and poverty get deeper.

Between Ahmed Sékou Touré (1958-1984), Lansana Conté (1984-2008), Moussa Dadis Camara (2009-2009), Sékouba Konaté (2010), and the sitting president, Alpha Condé, it’s Bonnet blanc et Blanc bonnet or “it’s six of one and half dozen of the other.”

Tierno S. Bah

Simandou, Mamadie Touré et les Panama Papers

Lorsqu’il s’agit de corruption gouvernementale, la Guinée est invariablement citée et impliquée. Voici, pour le moment, ce que les « Panama Papers » disent de Mamadie Touré — la quatrième épouse de feu Lansana Conté — dans le scandale de corruption du Simandou.
Tierno S. Bah

C’est une société genevoise de gestion de fortune, Agefor SA, domiciliée à Genève et encore active, qui se serait chargée d’établir Matinda Partners and Co. Ltd, une société immatriculée aux îles Vierges britanniques. Et c’est par l’intermédiaire de cette dernière, déjà connue, que Mamadie Touré a perçu de l’argent dans l’attribution d’un permis minier — depuis retiré — en Guinée.

La rue genvoise où est domiciliée la société Agefor, SA. L'adresse exacte est : rue du Rhône 100 1204 Genève (Source: Google Maps Street View)
La rue genvoise où est domiciliée la société Agefor, SA. L’adresse exacte est : rue du Rhône 100 1204 Genève (Source: Google Maps Street View) — T.S. Bah

Par où est passé l’argent ? C’est à cette question que les « Panama Papers » apportent un bout de réponse supplémentaire dans le scandale de corruption à grande échelle qui implique Mamadie Touré, la 4e épouse de feu Lansana Conté, qui vit aux États-Unis depuis le décès de l’ancien général-président.

Mamadie Touré, ainsi qu’elle l’a reconnu, a joué de ses bons offices au profit de BSGR – Beny Steinmetz Group Ressources. La société du très controversé milliardaire franco-israélien Beny Steinmetz avait obtenu pour 161 millions de dollars des permis sur les blocs 1 et 2 du gisement de Simandou, une chaîne de montagne qui regorge de fer au sud du pays, et ce quelques jours à peine avant la mort du dictateur en décembre 2008.

Matinda Partners, Beneficence Foundation et Agefor SA

« En novembre 2006, Mamadie Touré reçoit procuration pour Matinda Partners and Co. Ltd (déjà évoqué par Jeune Afrique en 2013), une société immatriculée aux îles Vierges britanniques. La même année, elle se met en rapport avec une compagnie minière qui, comme les autorités américaines le supposeront plus tard, lui demande, moyennant 5,3 millions de dollars, de l’aider à remporter une concession minière », écrit l’ICIJ, le consortium international de journalistes d’investigation qui a commencé à publier, le 3 avril, l’identité des clients de Mossack Fonseca, une firme panaméenne chargée de créer et de domicilier des sociétés basées dans des paradis fiscaux.

Seuls éléments nouveaux dans la publication de l’ICIJ concernant Mamadie Touré, c’est une société genevoise de gestion de fortune, Agefor SA, domiciliée à Genève et encore active, qui se serait chargée d’établir Matinda Partners and Co. Ltd. De plus, écrit l’ICIJ, « Mamadie Touré a eu recours à un actionnaire prête-nom, Beneficence Foundation, et à une société suisse pour la gestion de la fondation. » Matinda, fondée le 17 novembre 2006, a été fermée le 30 avril 2010.

Mamadie Touré qui vit en Floride, a reconnu avoir perçu de l’argent pour aider à la délivrance des permis de BSGR à Simandou. Ces permis ont été retirés au groupe anglo-australien Rio Tinto, qui en était détenteur depuis une dizaine d’années, puis octroyés en 2008 au groupe israélien.

Ce dernier, dans un extraordinaire coup de poker, a lui-même revendu 51% des parts de cette concession au brésilien Vale pour 2,5 milliards de dollars en 2010 — soit 15 fois le prix payé pour les permis sur les blocs 1 et 2.

Enquêtes et arrestations

Dimanche 14 avril 2013, à l’aéroport de Jacksonville, en Floride, Mamadie Touré avait contribué à l’arrestation de Frédéric Cilins, un intermédiaire français de BSGR. Ce dernier a été condamné à deux ans de prison ferme en juillet 2014 pour obstruction à la justice dans le cadre d’une enquête. Il a été extradé en France au terme de sa détention en février 2015, rapportait le Financial Times.

Le 19 avril 2013,  Ibrahima Sory Touré, vice-président et directeur des relations publiques de BSGR et frère de Mamadie Touré, et Issaga Bangoura, responsable de la sécurité de la société, sont eux aussi arrêtés en Guinée. Ils ont été libérés le 30 novembre 2013 après 7 mois d’emprisonnement.

Parallèlement à l’enquête américaine qui se poursuit, la Guinée a pris les devants et retiré le permis accordé à BSGR et Vale, conformément aux recommandations d’un comité d’audit mis en place par le gouvernement.

La maison américaine de Mamadie Touré a été perquisitionnée par les autorités américaines en novembre 2014, qui estiment qu’elle a été acquise avec l’argent perçu par BSGR.

Le groupe australien Rio Tinto a quant à lui annoncé mercredi 30 avril 2014 avoir déposé une plainte contre son concurrent le brésilien Vale et BSGR. Une plainte dont il a été déboutée par une juridiction new-yorkaise à la fin de 2015, selon le Financial Times.

Benjamin Polle
Jeune Afrique

L’interview 2015 d’Alpha Condé à Jeune Afrique

Le 2 mai courant Président Alpha Condé a reçu l’hebdomadaire Jeune Afrique à Conakry pour une interview à bâton rompus.

« Ceux qui m’empêcheront de réussir ne sont pas encore nés, déclare Alpha Condé »
A cinq mois de la fin de son premier mandat, le chef de l’Etat a deux priorités : en finir avec l’épidémie d’Ebola et contenir une opposition acharnée à contester sa légitimité. Entretien exclusif avec un président militant bien décidé à remporter toutes les batailles.

Au Palais de la Présidence (Sékhoutoureya) d’Alpha Condé, tout au bout de la presqu’île de Kaloum, on est longtemps entré (presque) comme dans un moulin. Il a fallu une attaque contre sa résidence et les conseils pressants de ses proches pour que le président guinéen consente enfin à ce que son palais républicain se mette aux normes sécuritaires.
Aujourd’hui, on y montre patte blanche et obligatoirement désinfectée : fouilles et savon bactéricide de rigueur. L’épidémie d’Ebola, tueuse d’hommes et d’espérances dans un pays qui commençait à peine à sortir du marasme grâce à la stabilisation de son cadre macroéconomique et au retour
des investisseurs, est venue anéantir les rèves de décollage à l’asiatique que nourrissait ce chef d’ État de 77 ans, candidat pour un second mandat en octobre prochain. Certes, il en faut plus, beaucoup plus pour faucher l’énergie du camarade Alpha, aussi acharné à micromanager les 11 millions de
Guinéens qu’à entretenir, avec l’aide d’un coach, son corps d’ascète. Mais quand on s’aperçoit qu’aux coups de boutoir d’un virus d’autant plus dangereux qu’il est en phase d’extinction s’ajoutent ceux d’une opposition politique dé terminée à en découdre dans le rues d’w1e capitale au bord
de l’infarctus, on se demande si Dieu ne prend pas un malin plaisir à maintenir les Guinéens dans son éternel purgatoire.
On le pense, et voici que surgit d’une porte dérobée notre président aux allures d’Obi-Wan Kenobi blanchi sous le harnais des sept épisodes de Star Wars. Sous le bras, une pile de dossiers. Dans la main, un petit sac contenant cinq téléphones portables : un pour la hotline Ebola, un avec les numéros des chefs d’État, un pou les ministres, un pour la sécurité, un pour la famille et les amis. Dans sa poche, une missive. Parce que, en Guinée, c’est quand toutes les portes du dialogue semblent closes que s’ouvre enfin l’issue de secours, le président vient d’adresser au leader de l’opposition Cellou Dalein Diallo une invitation à se rendre au palais pour déminer ensemble le chemin qui mène à l’élection présidentielle.
Las, après avoir tergiversé, ce dernier, manifestement sous pression de sa base et de ses partenaires, finira par décliner la proposition.
Atypique, disponible, torrentiel, attentif au moindre détail, aussi hâtif que réfléchi, aussi méthodique qu’ impatient,
Alpha Condé reste le président à part d’un pays à part. D’une fidélité absolue en amitié, impitoyable envers ceux qui le trahissent, injuste parfois envers des proches tellement proches qu’il ne paraît plus les voir, cet homme capable d’improvisations étonnantes et dont les excès ne sont qu’apparents a une qualité que personne, partisans comme adversaires, ne peut lui dénier. Sa passion jalouse, minante et dévorante pour l’une des plus belles femmes d’Afrique : la Guinée.

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Interview

Jeune Afrique : Les périodes électorales se suivent et se ressemblent en Guinée et celle-ci ne déroge pas à la règle. contestations, tensions violences, intervention de la communauté internationale : d’où vient cette désespérante
répétltivité ?

Alpha Condé : Dans une large mesure, la Guinée continue d’être victime de son passé. Pendant quarante ans, hormis la courte période d’euphorie qui a suivi l’indépendance, ce pays n’a connu que la dictature et la non-gouvernance.
D’un pouvoir extrêmement autoritaire sous Sékou Touré, on est passé sous Lansana Conté et les militaires qui lui ont succédé à une démission totale de l’État et à un effondrement de l’esprit civique, sur fond de repli ethnique.
Le paradoxe guinéen veut que ceux-là qui ont à l’époque dirigé les gouvernements responsables de cette faillite soient les mêmes qui, aujourd’ hui, font tout pour empêcher la Guinée d’avancer.
Ajoutez à cela l’habitude qu’a prise la communauté internationale d’intervenir ici à la manière des proconsuls romains, encourageant de facto les chefs de l’opposition dans leur surenchère agressive et vous avez les ingrédients du mal que chacun constate.

L’opposition exige l’inversion du calendrier électoral : les locales avant la présidentielle d’octobre. Pourquoi refusez-vous ?

Gouvernement et opposition ont signé en juillet 2013 un accord concernant les élections législatives et présidentielle. Nulle part il n ‘y est question des communales. En outre, la Commission électorale nationale indépendante (Ceni), à laquelle il revient d’établir le chronogramme, a jugé et démontré qu’il était impossible de tenir ces consultations conmunales avant mars 2016. Ma position est donc conforme à celle de la Ceni.

Le problème est que, le mandat des maires élus étant depuis longtemps expiré, ces derniers ont été remplacés par des délégations spéciales nommées par le pouvoir. Or ce sont elles qui distribuent les cartes d’électeur et le matériel électoral pour la présidentielle. D’où la défiance de l’opposition.

Vous faites erreur. Le nouveau code électoral a exclu toute participation des maires ou délégations au processus électoral, et une partie de ces dernières a été nommée avant mon accession au pouvoir. Cela dit, je ne suis pas hostile à une discussion complémentaire sur ce point entre mon gouvernement, la mouvance présidentielle et les chefs de l’opposition. Tout ce qui doit être clarifié et amélioré le sera. Mais on ne reviendra pas sur le chronogramme.

L’opposition se base sur une annexe de l’accord du 3 juillet 2013, laquelle recommande une inversion du calendrier électoral. Est-ce exact ?

Non. L’annexe à laquelle vous faites allusion n’a été rédigée et signée que par les deux facilitateurs nationaux de l’accord. Ni la mouvance ni l’opposition ne l’ont paraphée. Elle n’engage qu’eux.

Si l’opposition consent à un report de l’élection présidentielle au-delà du 11 octobre, afin que les communales puissent être organisées auparavant changerez-vous de position ?

Jamais. Vous me voyez accepter de devenir un chef d’Etat hors délais constitutionnels ? Le piège est un peu grossier et je ne suis pas né d’hier.

Autre problème : la Ceni. Vos opposants estiment qu’elle n’est plus paritaire et exigent sa recomposition. Qu’en dites-vous ?

J’ai toujours été favorable à une Ceni technique, et ce sont eux qui ont imposé une Ceni politique. A eux d’assumer les conséquences de leur choix. La transhumance politique fait partie des risques. On ne change pas de Ceni en fonction de ses intérêts. C’est un faux débat

Le recensement de 2014 pose problème. L’opposition estime que les statistiques ont été gonflées dans vos fiefs électoraux au détriment des siens. Que répondez-vous ?

Ce recensement a été effectué avec l’expertise et l’accompagnement des Nations-Unies. Et tout le monde sait que la démographie est évolutive, en Guinée comme ailleurs. Là encore, c’est un faux procès.

Le dialogue est-il toujours possible entre vous et les leaders de l’opposition ?

Dès mon élection en 2010, j’ai souhaité mettre en place un gouvernement d ‘union nationale pour redresser la Guinée. Depuis Dakar, Cellou Dalein Diallo a aussitôt répondu qu’il n’en voyait pas l’intérêt et qu’il ne voulait pas travailler avec moi.
Le dialogue, oui, mais il faut être deux pour cela. J’ai donné mandat à mon ministre de la Justice pour discuter avec l’opposition des concessions réciproques que nous devons faire pour décrisper la situation. J’attends les propositions.

Compliqué tout de même : si l’on en croit Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré et Lansana Kouyaté, vous êtes illégitime, et, au cas où vous ne céderiez pas sur la question du calendrier électoral, il conviendra de vous « dégager » avant octobre.

Oui. Et ils ont déclaré cela depuis Paris. Est-ce intelligent ? Est-ce responsable de jeter des jeunes gens dans la rue en espérant qu’ il y ait des morts, afin de déclencher un coup d’État militaire? Mon problème en ce moment est de tout faire pour que les forces de l’ordre, auxquelles j’ai interdit l’utilisation d’armes létales, parviennent à gérer les provocations de façon civilisée.
Malgré cela, ma porte reste ouverte. Cellou Dalein Diallo est
statutairement le chef de cette opposition et je n’ai aucun problème à discuter avec lui. La fois dernière, c’est même moi qui lui ai téléphoné pour le rencontrer.  Eux me considèrent comme leur ennemi, et certains ne cachent pas leur haine à mon égard.
Pour moi, ce sont des citoyens guinéens comme les autres, à cette différence près que je les rends responsables de l’état de désastre économique et social dans lequel j’ai trouvé ce pays en 2010.
En quinze ans de gestion, aucun d’entre eux n’est parvenu à conclure un accord avec le FMI. Moi, je l’ai fait en 2012, avec le point d’achèvement de l’Initiative en faveur des pays pauvres très endettés [PPTE].
Apparemment, ils ont juré de m’empêcher de réussir là où ils ont échoué, quitte à ramener les Guinéens à l’âge de pierre. Je ne les laisserai pas faire.
Ceux qui y parviendront ne sont pas encore nés.

Pourquoi le débat national est-il toujours aussi communautarisé en Guinée ?

C’est un substitut à l’absence de vision politique et économique. La manipulation de l’irrationnel tient lieu de programme. Quand on n’a rien à proposer, on a recours à la religion ou à l’ethnie, parfois aux deux à la fois. Ce sont des entrepreneurs politiques malhonnêtes qui manipulent le communautarisme, ce n’est pas le peuple. En 1958, la Guinée a voté comme un seul homme en faveur de l’indépendance. C’est cette unicité que nous devons retrouver.

Pourtant, vos opposants ne cessent de répéter que vous avez un problème avec les Peuls …

Faux, évidemmcnt. Mon ex-épouse est Peule, originaire de Kankalabé, dans le Fouta-Djalon.
Beaucoup de mes amis camerounais, sénégalais, mauritaniens sont Peuls. Lorsque je combattais Sékou Touré, la plupart de mes proches alliés étaient Peuls. Aujourd’hui, beaucoup de personnalités Peules me soutiennent, mais elles n’osent pas le dire de peur de subir les représailles de la part du parti de Cellou Dalein. On casse leurs maisons, on brûle leurs voitures, on impose l’ethnocentrisme. Prenez le cas de Boubacar Barry, qui, à la veille du second tour de la présidentielle de 2010, vient me voir et me dit :
—  Je te soutiens, mais comme je dois protéger ma famille, je vais plutôt prôner l’abstention.
Ou ce membre actuel de la Ceni, Peul, qui a dû renoncer à être le représentant de Lansana Kouyaté au sein de cette instance de peur qu’on lui détruise son domicile de Labé.

[Note. — Au sujet des relations — conjugale et amicales — du président avec des Fulɓe, lire mon article “Alpha Condé : mésalliances, vulgarité, absurdité”.
Depuis la parution de ce blog l’an dernier, Mama Kanni Diallo, l’ex-épouse, aurait joint, comme ministre-conseillère  à la Présidence, le cabinet surpeuplé et budgétivore de son ex-mari. — T.S. Bah]

Est-il facile pour un Malinké de se revendiquer de l’opposition ?

Kouyaté [Lansana] est Malinké et opposant. A-t-il été menacé ? S’en est-on pris à sa famille ? à sa maison ? J’ai été opposant, je n’ai jamais eu recours à la violence, je n’ai jamais armé la jeunesse. Je n’ai pas changé. Le panafricain que je suis n’a que mépris pour l’ethnicisme.

Oui, mais les réalités vous rattrapent. Votre parti, le RPG, est majoritairement malinké et son fief est en Haute-Guinée…

Non. Je suis Malinké, c’est vrai, mais né en pays soussou et arrivé en France à l’âge de 15 ans. J’ai combattu le régime de Sékou Touré, qui était Malinké, dès 1961. Certes, les Malinkés, qui ont vécu de fortes périodes de discrimination dans les années 1980 (sous Lansana Conté — T.S. Bah), se sont reconnus en moi à l’époque, et leur attachement m’honore. Mais je vous signale que le numéro deux du RPG est une femme Soussou. Encore une fois, le tribalisme ne fait pas partie de mon itinéraire. Contrairement à certains cadres de l’opposition, qui pensent que seuls les Peuls sont capables de diriger la Guinée, je ne me nourris pas de ce pain-là.

Tout de même. vous ne vous privez pas de jouer sur les clivages internes à la communauté peule, en soutenant les revendications des Runde, qui sont aux Peuls ce que les Haratins sont aux Maures. C’est de bonne guerre ?

Ne mettez pas sur mon dos ce qui relève des réalités sociologiques guinéennes ! Hormis chez les Soussous, les castes font partie des pesanteurs culturelles de ce pays. Elles existent chez les Peuls tout comme chez les Malinkés, et je les dénonce dans un cas comme dans l’autre avec la même énergie. Qu’ils soient descendants d’esclaves à qui l’on interdit d’égorger un mouton ou de diriger la prière dans les mosquées du Fouta, qu’ils soient forgerons ou griots discriminés de par leur ascendance en Haute-Guinée, tous sont des Guinéens avec les mêmes droits au respect et à la considération. Ce combat-là n’a rien de politicien.

Les manifestations contre vous font des blessés et parfois des morts. Vous en rejetez la responsabilité sur l’opposition. N’est-ce pas un peu facile d’exonérer ainsi les forces de l’ordre ?

Je n’exonère personne. Cette police et cette gendarmerie, je ne les ai pas créées, j’en ai hérité et je suis en train de les réformer, tout comme j’ai réformé l’armée. Pour que ces fonctionnaires habitués à la répression acquièrent des réflexes démocratiques, cela prend du temps et je ne nie pas que des bavures surviennent, mais j’insiste sur un point : les forces de l’ordre ne tirent pas à balles réelles.
Les fusils de chasse et les frondes, c’est l’opposition qui en fait usage.

Contrairement à la situation qui prévalait jusqu’en 2010, l’armée est invisible dans les rues de Conakry. Ce qui n’empêche pas l’opposition de vous reprocher de procéder à des nominations selon des critères ethniques. Que répondez-vous ?

La réalité est exactement inverse. C’est justement pour éviter le favoritisme que je fais procéder à des enquêtes chaque fois qu’un avancement significatif m’est soumis par les chefs de l’armée. Autrefois, on pouvait passer du grade de sous-lieutenant à celui de colonel en dix mois, alors que d’autres végétaient pendant dix ans au même niveau parce qu’ils n’étaient pas de la bonne ethnie. J’ai mis fin à ces tares. Le chef de ma propre garde présidentielle n’est pas Malinké, il est Soussou, et l’un de ses parents a même été impliqué dans l’attaque contre ma résidence en juillet 2011. Et pourtant, il a toute ma confiance.

Vous semblez ménager l’ex-chef de la junte Dadis Camara, qui vit à Ouagadougou, en dépit de son implication dans le massacre du 28 septembre 2009 au stade de Conakry. Le vote de la Guinée Forestière est-il à ce prix ?

Le drame du 28 septembre relève de la justice, et elle est indépendante. J’ai donné tous les moyens au collectif des juges d’exercer leur mission. C’est ma garde qui assure leur sécurité, et j’ai invité la CPI à venir voir ici comment les choses se passent.
Pour le reste, ce n’est pas à moi de définir les responsabilités de tel ou tel, même si j’ai mon propre avis sur cette affaire bien plus complexe qu’on le dit généralement.

Idem pour votre prédécesseur, le général Sékouba Konaté. Vous n’en dites rien, même si lui ne se gêne pas pour vous critiquer.

Écoutez, le président Sékou Touré m’a fait condamner à mort [par contumace]. Cela ne m’a pas empêché d’organiser des lectures du Coran pour le repos de sa mémoire [sic ! — T.S. Bah], ni d’apporter ma contribution pour l’anniversaire de son décès.
Le président Lansana Conté m’a fait emprisonner, cela ne
m’empêche pas d’aller prier sur sa tombe. La rancune m’est étrangère et je veux montrer que à ces tares. Le chef de ma propre garde présidentielle n’est pas Malinké, il est Soussou, et l’un de ses parents a même été impliqué dans l’attaque contre ma résidence en juillet 2011. Et pourtant, il a toute ma confiance.

L’épidémie d’Ebola a fait perdre à la Guinée quatre points de croissance et un demi-milliard de dollars de recettes, vous considérez-vous toujours en état de guerre contre ce fléau ?

Oui. Par rapport à cela, les élections sont pour moi une préoccupation secondaire. Je sais qu’il est très difficile d’atteindre le niveau Ebula zéro, mais c’est une priorité absolue.

L’argent de la communauté internationale n’est pas versé aux États concernés, mais aux ONG et aux institutions spécialisées de l’ONU. Est-ce pour cela que vous avez eu la dent dure contre ces dernières?

Je n’ai rien dit de nouveau. Chacun sait qu’après le tremblement de terre en Haïti 10% seulement des sommes débloquées ont directement bénéficié aux victimes. Le reste est parti en frais de fonctionnement. Soit dit en passant. il y a là de quoi rendre ridicules ceux qui accusent le gouvernement guinéen de détourner une aide qu’il ne reçoit pas !

On vous a reproché d’avoir sous-estimé l’ampleur de l’épidémie. Qu’en dites-vous ?

Je suis chef d ‘État, je ne suis pas médecin. Pour savoir qu’Ebola existait en Guinée, il a fallu attendre la réponse d ‘un laboratoire de Dakar, alors que l’épidémie avait déjà atteint Conakry. C’est le décès suspect de deux médecins guinéens à l’hôpital de Kipé qui nous a alertés. Si l’Institut Pasteur de Kindia fonctionnait toujours et si nous avions nos propres laboratoires, nous aurions sans doute réagi plus vite, isolé les populations touchées et cantonné le mal aux dimensions d’une sous-préfecture. Pour le reste, comme vous le savez, nous sommes en année électorale et tous les arguments sont bons.
On a même dit que Bernard Kouchner et moi avions introduit Ebola en Guinée !

Eau, électricité, éducation, santé, chômage, formation : sur tous ces chantiers, la Guinée est à la traine en Afrique de l’Ouest. Et ce constat impacte forcément votre bilan…

Vous n’avez manifestement pas idée de l’état dans lequel j’ai trouvé ce pays en arrivant : un désastre. Et vous n’avez pas idée de ce que nous avons réalisé depuis dans tous ces domaines. Ce que j’ai fait en quatre ans, mes adversaires politiques ne l’ont pas fait en quarante ans.

« Alpha condé avait promis de vendre le sac de riz à 25.000 francs guinéens », a dit Cellou Dalein Diallo lors d’un meeting en janvier à Conakry, « aujourd’hui, beaucoup de Guinéens ne mangent pas deux repas par jour ». Exact?

Faux ! Je n’ai jamai dit cela. Il faudrait étre fou pour avancer pareille promesse. Le même Cellou a d’ailleurs prétendu que j’utilisais l’argent d’Ebola pour ma campagne. Tout cela relève de la malhonnêteté.
Lorsque je suis arrivé au pouvoir, le sac de riz était à 300 000 francs. Grâce au travail accompli en faveur des paysans producteurs et à la lune contre les commerçants spéculateurs, il est aujourd’hui à 180 000. La vérité est là. Le reste n’est que démagogie.

La Constitution guinéenne en vigueur a été adoptée en mai 2010, avant votre accession à la présidence. Vous convient-elle ?

Elle est améliorable sous certains aspects, dans le cadre évidemment d’un débat national et d’un consensus populaire.

Le président est élu pour un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Cela vous paraît-il suffisant ?

La question est complexe. Les pays asiatiques ont fait des progrès économiques ct sociaux considérables avec des dictatures. Aux pays africains, on demande de réaliser la même chose, mais avec des démocraties exemplaires, si possible parfaites.
L’ancien Premier ministre Mahathir Mohamed, le père du
miracle malaisien, qui est resté vingt -deux ans au pouvoir, ne m’a pas caché qu’il était hostile aux limitations de mandats : s’il avait dû partir au bout de dix ans, m’a-t-il dit, son pays ne serait jamais parvenu à de tels résultats. Il a raison. Mai son raisonnement ne tient que si l’on a affaire à un bon président. Conclusion : le débat est ouvert.

En Guinée aussi ?

L’humanité ne se pose que les problèmes qu’elle est capable de résoudre, disait Karl Marx. Mon problème, aujourd’hui, c’est Ebola.

Vous en avez voulu au président sénégalais, Macky Sall, d’avoir fermé votre frontière commune au plus fort de l’épidémie. La crise est passée ?

Je considère le président Macky Sall comme un jeune frère, et ce qui unit nos deux peuples dépasse largement les divergences ponctuelles entre leurs dirigeants. Je comprends que l’apparition d’Ebola ait pu susciter de l’affolement. Les erreurs sont humaines.

L’invttation de vos deux principaux opposants, Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré, à la convention d’investiture d’Alassane Ouattara comme candidat à la présidentielle, fin avril à Abidjan, n’a pas pu se faire sans l’accord de ce dernier. Comment l’interprétez-vous ?

Cela ne m’offusque en aucune manière. Quand j’étais opposant, j’ai moi aussi été invité aux congrès de partis au pouvoir, ainsi que par des chefs d’Etat.

Inviterez-vous les dirigeants du parti de Laurent Gbagbo à votre propre convention d’investiture ?

Non. Pour une raison très simple : les rapports entre mon parti et celui de Gbagbo n’ont jamais été bons, contrairement à ceux qui nous lient avec les partis frères du Sénégal, du Mali ou du Niger.
Le Front populaire ivoirien a plutôt soutenu mes adversaires, je ne l’oublie pas. Je ne recevrai ni Pascal Affi N’Guessan ni un autre.

François Hollande vous reçoit à chacun de vos passages à Paris, même impromptus. Que vous vaut ce traitement de faveur ?

François Hollande est un camarade sincère et un homme de principe. Nous nous connaisons depuis longtemps. Ni lui ni moi ne relevons de la Françafrique. Il sait que je suis un patriote, un militant et un panafricaniste.

Hollande vote Alpha Condé ?

Il n’est pas Guinéen et la France ne fait pas les élections en Guinée.

Tout de même : c’est votre ami. Et Cellou Dalein Diallo est celui de Claude Guéant et de Nicolas Sarkozy.

Ne soyez pa aussi simpliste ! J’ai de bons rapports avec Nicolas Sarkozy. Nous nous sommes parlé au téléphone lors de mon dernier séjour à Paris fin avril. Il m’a invité à venir le rejoindre dans le Midi, où il se trouvait, ce que je n’ai pa pu faire faute de temps. Et il m’a promis de se rendre à Conakry. Je n’ai aucun tropisme de ce genre.

Où en êtes-vous dans votre conflit avec le millliardaire Beny Steinmetz à propos du gisement de fer de Simandou ?

Nous avons récupéré les concessions de Simandou 1 et 2 dans les conditions que vous connaissez. Nous sommes en train d’élaborer les appels d’offres internationaux les concernant.

Steinmetz et sa société BSGR ont mené une longue
guérilla contre vous. Ont-ils renoncé ?

Vous êtes mie ux placé que moi pour le savoir. Je ne répondrai donc pas à votre question.

La Guinée est l’un des rares pays d’Afrique de l’Ouest à ne pas avoir aboli la peine. Comptez-vous le faire bientôt ?

Personnellement, je suis contre la peine de mort et je ne l’appliquerai pas. A moi de convaincre les Guinéens de la nécessité de son abolition. C’est un procesus qui viendra en son temps. Pour l’instant,  la population est préoccupée par Ebola et par ses conditions de vie. Je ne gouverne pas sous le diktat des ONG.

Depuis votre arrivée au pouvoir, les urgences et les crises se succèdent. Vous n’en avez pas assez de gouverner sous stress permanent ?

La Guinée est un pays à part et personne ne m’a obligé à en devenir le chef. Je savais ce qui m’attendait, et il serait inacceptable de ma part de ne pas assumer ma tâche. Le président béninois Boni Yayi m’a dit un jour : « Tu es président, mais tu te comportes toujours comme un opposant. » Dan un sens, il n’a pas tort : je ne cesserai jamais de m’opposer à ceux qui veulent du mal à la Guinée.

Questionnaire intime

— Votre principale qualité ?
— La patience.

— Votre principal défaut?
— L’impulsivité.

— La qualité que vous préférez chez les autres?
— La tolérance.

— Le défaut que vous détestez le plus?
— L’hypocrisie.

— Votre personnage favori ?
— Mandela.

— Celui que vous regrettez le plus?
— Mallck, mon jeune frère, décédé à cinq jours de mon
investiture. Il connaissait tout le monde en Guinée, et
tout le monde l’appréciait. Il me manque chaque jour.

— Votre passe-temps favori?
— Films Westerns et matchs de football à la télévision.
Cuisine. J’avais la réputation de réussir le meilleur gigot de
Paris.

— Musique préférée?
— Afro-cubaine et variété française : Dassin, Aznavour, Brel, Ferré, Nougaro …

— Chanson fétiche ?
— Potemkine par Jean Ferrat et Guantanamera par Carlos
Puebla, Compay Segundo ou qui vous voulez.

— L’argent, pour vous?
— Un moyen, pas une fin. On dit que je suis communiste à
ce sujet et que j’ai le bras plutôt court

— Votre épitaphe, après votre mort?
— « Il a contribué à l’unification de l’Afrique et au progrès de la Guinée. »

Propos recueillis par François Soudan