Nigeria. Eleveurs contre cultivateurs : la politique du conflit

Mathieu Olivier, Jeune Afrique
Mathieu Olivier, Jeune Afrique

Jeune Afrique publie un commentaire sur le rapport d’International Crisis Group (ICG) sur le conflit meurtrier entre éleveurs et cultivateurs dans la région centrale du Nigeria. Mathieu Olivier signe le billet, de moins de 600 mots. C’est court et insuffisant pour saisir les causes, la dimension et les ramifications de contradictions armées, qui datent du 20è siècle.
Peu importe pour JA et ICG, qui simplement aisément un problème pourtant complexe. En l’occurrence, les deux organisations semblent obsédés par, et agitent le spectre de l’élection présidentielle prévue au Nigeria l’an prochain.

Etant donné leur politique éditoriale et leur palmarès en la matière, cela n’est peut-être surprenant, même pour un magazine sexagénaire et une ONG internationale. Néanmoins, je relève dans le rapport de ICG et dans l’article de JA les déficiences ci-après.

1. Généralisation abusive et hâtive

“Le conflit agro-pastoral, affirme-t-on, menace de « déstabiliser le pays.”

En réalité, il s’agit d’un conflit localisé au centre du pays. Quant au terrorisme pseudo-islamique de Boko Haram, il est situé dans le nord-est du Nigeria. Bien que concernés puisqu’ils appartiennent à la même Fédération, ni le nord (Hausa-Fulani, et autres), ni le sud-ouest (Yoruba et autres), ne sont qu’indirectement touchés par la violence qui secoue les deux régions mentionnées, auxquelles il faut ajouter le sud-est (Igbo et autres).

Localisation du conflit agro-pastoral nigerian
Localisation du conflit agro-pastoral nigérian

2. La loi “anti-grazing” du gouverneur Samuel Ioraer Ortom

JA et ICG ne se donnent pas la peine de s’informer et d’informer sur le gouverneur de l’Etat du Benue, Samuel Ioraer Ortom, ancien chauffeur de camion, self-made man, et promoteur de la loi “anti-grazing”. Cette législation interditla transhumance et le pâturage libre, visant à favoriser l’agriculture et à promouvoir la construction de fermes d’élevage clôturées”. J’ai déjà indiqué mon point de vue sur ce que je considère comme une mesure illégitime voire scélérate. Lire Nigeria. Pastoralists and agriculturalists, Unite!
Il se trouve que Samuel Ortom est lui-même un transhumant doublé d’un nomade politique. Il a changé de parti politique trois fois depuis 2015. Il fut ministre fédéral de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement de l’administration de Goodluck Johnatan, un régime dont la corruption continue de défrayer la chronique. En 2015 Samuel abandonna le People’s Democratic Party (PDP) de l’ancien président nigérian pour se rallier au All Progressives Congress (APC) de Muhammadu Buhari. Et voilà que la semaine dernière il a déserté celui-ci avec une cinquantaine d’autres politiciens en vue de l’élection présidentielle de 2019. Est-il surprenant dès lors qu’une figure aussi instable et volage soit à la base de la loi anti-gazing ? M. Ortom se soucie-t-il des conséquences de ses machinations politiciennes ? J’en doute. Et pourtant, souligne M. Olivier, “depuis son entrée en vigueur au mois de novembre, la mesure est au centre d’un bras de fer entre les autorités et les syndicats d’éleveurs qui continuent de revendiquer une vie nomade et exigent son retrait.”

3. Machinations économiques et politiques avec maquillage ethnique et religieux

3.1 Islamisation : slogan sans fondement

L’article de Mathieu Olivier poursuit : « Le conflit, essentiellement foncier, menace en outre de virer à l’affrontement interreligieux. »
Cette affirmation repose sur une déclaration de « plusieurs évêques des Etats de Benue et de Nassarawa » qui dénoncent un « programme clair d’islamisation de la ceinture centrale nigériane ». « Leur but est de frapper les chrétiens », a même déclaré Matthew Ishaya Audu, évêque du diocèse de Lafia. C’est un faux argument. Et JA aurait dû mener sa propre enquête afin de corroborer ou d’infirmer ces propos. Hélas, Mathieu Olivier se contente de la reprendre à la lettre comme si elle valait son pesant d’or. Ce dont je doute fort.

Les organisations engagées dans la spirale de la violence, de la destruction et de la mort sont les suivantes :

  • MAFO: Movement Against Fulani Occupation
  • Jafuyan : Jonde Jam Fulani Youth Association of Nigeria
  • Macban :  Mi-yetti Allah Cattle Breeders Association of Nigeria
  • Makh : Mi-yetti Allah Kawtal Hoore

3.2 Le faux spectre de l’ethnie Fulbe (Fulani)

Le même évêque accuse : « le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari est lui-même membre de la tribu [sic!] peul ». L’ignorance du prélat catholique est alarmante. Car les Fulbe constituent un peuple et une civilisation. En tant que tels,  et, comptant des dizaines de millions d’individus, ils incluent et transcendent la tribu.
Où sont les preuves confirmant cette accusation, qui est une diffamation de caractère du président fédéral du Nigeria ? Comment JA peut-il publier des paroles incendiaries sans offrir aux lecteurs des données et des faits probants ?
La hiérarchie catholique du Nigeria va plus loin que l’évêque Audu puisqu’elle affirme : « Il n’est plus possible de considérer comme une simple coïncidence le fait que les responsables de ces crimes odieux soient de la même religion que ceux qui contrôlent les services de sécurité, président compris. »

On sait que plus le mensonge est gros, plus il a de chances de se propager. Mais la déontologie professionnelle impose à JA de ne publier que des opinions appuyées par des faits vérifiables et des témoignages fiables. Il y va de la crédibilité du magazine.
A noter à ce sujet que JA a pris au moins la précaution de citer l’opinion adverse, celle du président Buhari. Celui-ci rejette les manigances et les actes de violence car, dit-il, ils sont l’oeuvre de ses opposants, déjà en lice pour la prochaine présidentielle.

Cela n’empêche pas Mathieu Olivier d’entonner à la suite de ICG l’insinuation suivante :

« … la gestion de Buhari dans ce conflit a renforcé l’adhésion de la communauté fulani [peul, NDLR] à sa personne. »

Là également, ICG et JA doivent fournir les preuves. S’ils n’en n’ont pas, qu’ils s’abstiennent de divaguer et de jeter de l’huile au feu qui embrase certains états du centre du Nigeria.

4. Prédiction futile et superflue

L’article s’achève sur la prédiction banale, futile et superflue que voici :

« Les positions radicalement opposées sur la présidence de Buhari pourrait nourrir les tensions interpartis, interrégionales et interconfessionnelles lors des élections de 2019 ».

En réalité, la sphère politique est mue par la dynamique des contrastes, divergences, contradictions, oppositions, et antagonismes. Si le conflit entre éleveurs et cultivateurs n’existait pas, d’autres sources de discorde et de division auraient émergé.

En guise de conclusion, le Nigeria est vaste et dispose de suffisamment de terres pour accommoder agriculteurs et pasteurs. Mais l’égoisme et la corruption des “élites”, en général, et celle des politiciens du gabarit du gouverneur, sèment la violence, la destruction et la mort. Et le Nigeria stagne au niveau d’Etat en faillite.

Tierno S. Bah

Pastoralists and agriculturalists of Nigeria, Unite!

The ongoing bloodletting between cattle herders and agriculturalists is the subject of an International Crisis Group report titled “Stopping Nigeria’s Spiraling Farmer-Herder Violence.”  The 44-page document is also accessible and downloadable below.

Nigeria. Pullo (Fulani) pastoralist and his cattle and sheep herds.
Nigeria. Pullo (Fulani) pastoralist and his cattle and sheep herds. (Photo: Pius Utomi Ekpei)

Nigeria survived the 1967-70 Biafra secession and ensuing Civil War. Today it still faces deep-seated and violent major crises: Boko Haram terrorism in the Northeast, a resurgent Igbo separatism in the Southeast, and a rebellion led by the Movement for the Emancipation of the Niger Delta. During that period the giant federation experienced decades of coups and ruthless military regimes.

Since the dawn of this century, armed pastoral and agricultural groups are engaged in an open guerilla warfare against each other.

Earlier this month, someone asked on my Facebook page the following question:

« Do you think the Fula herders could make sacrifice of the current species of cows they breed for the ones suitable for ranching? »

I replied as follows:

  1. The views expressed by the Mi-yettii Allah association in the Vanguard article are logical. They tell us mainly that, as citizens, they are keenly aware and don’t want to be fooled by the demagoguery going around. They pay every day the consequences of the failed policies and poor economic record of the Nigerian leadership since independence.
  2. Mi-yetti Allah knows that previous ranching experiments failed. So, why would Fulbe cattle owners submit now to laws that are biased and detrimental to their economic activity?
  3. In particular, how and why Fulɓe herders would abandon their familiar bovine species in exchange for breeds unknown to them? It would not be simply a mere sacrifice. No, it would be an economic and cultural suicide!
  4. For we should not forget that cattle has more than an economic value in Fulbe communities. Indeed, it is embedded in their ethnic identity and it reflects their cultural heritage.
  5. That said, ranching is a technical and industrial economic system. As such, it requires modern infrastructures as well as a trained and skilled workforce. It depends on a steady, abundant and affordable supply of clean electricity. It runs on efficient transportation and communication networks.
  6. Unfortunately, such prerequisites and commodities are rare, expensive and sub-standard in Nigeria and throughout Africa. Greed and corruption of the political and economic elite stand in the way of genuine development policies and programs.
  7. The fact is that agriculture and farming are both indispensable to Nigeria and Africa. Therefore, they deserve equal support, not to be pitted against each other.

Domestication of cattle: two or three events?
Cattle Before Crops: The Beginnings of Food Production in Africa
Taxonomy of Nigeria’s Endemic Corruption

Environmental Corruption
Environmental remediation programs have long been a lucrative corruption mechanism. A recent audit of the Ecological Fund—a voluminous federal fund for undertaking preventative and remedial environmental projects—was the first since it was established in 1981.55 It and other investigations have revealed how politicians, civil servants, and contractors have connived to embezzle a significant share of the ₦432 billion (over $2.5 billion in 2015 dollars) allocated to the fund from 2007 to 2015.56
Nigeria is already grappling with many of the most devastating consequences of global climate change. Desertification, coastal inundation, and shifting weather patterns all seriously threaten the country’s long-term stability and socioeconomic development. Weak and corrupt governance—key drivers of deforestation, gas flaring, and other environmentally destructive practices— will magnify the impact global climate change has on Nigeria. In Taraba State, for example, corrupt officials have helped illegal loggers deforest much of Gashaka-Gumti National Park, Nigeria’s largest and most ecologically diverse forest preserve. They also exact bribes from these illegal loggers and logging truck drivers in exchange for turning a blind eye to their activities. (A New Taxonomy for Corruption in Nigeria)

  1. Fulɓe are called the “Master cattle herders” of West Africa for at least two reasons: (a) their deep knowledge of cattle (b) their contribution to the domestication of the bovine thousands of years ago.
    In the trade and scientific literature, there are dozens of bovine sub-species that bear technical names such as Fulani, Bororo, Ndama, Adamawa, etc. Those labels underscore the acknowledgement of the pioneering and steadfast role of Fulɓe in animal husbandry (cattle, sheep, goats). For centuries they have roamed three of Africa’s five regions, seeking greener pastures for their animals.
    Since 1980, however, Fulɓe pastoralists have faced relentless natural and man-made disasters. Now many of them must cope with hostile, state-sponsored policies across the Sahel and the Savanna. But Fulɓe should not give up their rights to carry on their traditional activity. As they say, when the going gets tough, the tough gets going!
  2. Real ranchers, environmentalists, international organizations, scientists, etc. from around the world would be appalled and would eagerly join Fulɓe to oppose vigorously any policy aimed at the destruction of the indigenous cattle of Nigeria. Because those breeds contribute to the diversity of the bovine population, which, again, was tamed tens of thousands years ago. It is highly likely that Proto-Fulɓe participated in the domestication of cattle. In turn, that watershed event/process is broadly credited for spurring humans into civilization.
Fighters of the Movement for the Emancipation of the People of the Niger Delta
Fighters of the Movement for the Emancipation of the People of the Niger Delta

Las, in Central Nigeria pastoralists and agriculturalists are playing the game of provocateurs — such as the author of the article “Genocide, hegemony and power in Nigeria”— troublemakers, shady politicians and arms merchants. By going at others’ throats they have everything to loose. In the end there will be no winners because they will have self-destructed. In waging deadly attacks against each other they only contribute to weakening the already failed Nigeria State.
Pastoralists and agriculturalists, beware! You are all on the same —barely afloat— boat. You  should step back, negotiate, and resolve your contradictions and conflicts peacefully. Don’t fight! Unite! Against poverty, illiteracy, ignorance, corruption, intolerance!
Challenge your local, state and federal leaders, and chiefly President Muhammadu Buhari and his administration. Hold their feet to the fire and make them accountable for their lethargy and inadequate response to the crises devastating the lives of millions of citizens.
Since the mid-1960s Nigeria’s civilian and military “elites” have wreaked havoc and brought the country teetering to the brink of collapse. There is plenty of land to accommodate agriculture and animal husbandry. The Federal Government must spend the oil revenue on the majority of the population: the rural communities.

Tierno S. Bah 

Buhari’s cabinet: solid, but few women and elitist

At last, President Muhammadu Buhari has ended the long-delayed formation of the Federal Government of Nigeria. And a Senior Lecturer in International Commercial Law at the University of Kent, Gbenga Oduntan, argues in The Conversation that the choices are solid. However, he faults the appointments for being women-sparse and  elitist-bent.
Clearly, the Nigerian president could not please everyone. Nor can he — now and during his term as the democratically elected head of state — meet all expectations. But I commend him for:

  1. selecting a balanced Federal government team that is representative of all 36 states
  2. assigning himself the tough and thankless oil portfolio

By his careful picks Mr. Buhari renews the message that he stays the course and that his deeds will match his key inaugural pledges, i.e., promoting competence, fighting corruption, alleviating poverty, defeating Boko Haram…
Tierno S. Bah

Nigeria's newly appointed ministers attend their swearing-in ceremony in Abuja, Nigeria November 11, 2015. Nigeria's President Muhammadu Buhari swore 36 ministers into his cabinet on Wednesday, five months after his inauguration. Buhari won March elections after vowing to crack down on corruption in Africa's biggest economy and top oil producer. He has been criticized for waiting until September to name his ministers at a time when the economy has been hammered by the fall in oil prices. (Reuters / Afolabi Sotunde)
Nigeria’s newly appointed ministers attend their swearing-in ceremony in Abuja, Nigeria November 11, 2015. Nigeria’s President Muhammadu Buhari swore 36 ministers into his cabinet on Wednesday, five months after his inauguration. Buhari won March elections after vowing to crack down on corruption in Africa’s biggest economy and top oil producer. He has been criticized for waiting until September to name his ministers at a time when the economy has been hammered by the fall in oil prices. (Reuters / Afolabi Sotunde)

Nigeria’s new cabinet, perhaps the most awaited in the history of constitutional democracy in Africa, has finally been sworn in. The wait involved at first a shocking and unexplained silence, and then the release of a partial list which was approved by the Senate in October — a full 131 days after the president was sworn in. Ministers apparently got to know of their respective portfolios 35 days later. It was shambolic.

Clearly the governing party had not listened to the message delivered on behalf of Tony Blair, the former UK prime minister, about the importance of the first 100 days of office. In a keynote address at a special two-day policy dialogue held in Abuja immediately after the party secured victory in May, Blair, through his former advisor Peter Mandelson, said:

You will have more good will and more authority to do the difficult things at the beginning of your term than at the end.

No-one at that stage imagined that it would take more than 100 days to even form a cabinet. But then Nigeria is no ordinary country and it has its own inherent logic.

Eventually nearly all appointees came from inside Nigeria and were quite well-known, if not predictable faces from the coalition-opposition.

Some have suggested that President Muhammadu Buhari needed time to fish out the very best from home and abroad. Others point to the fact that he needed time to understand the rot in the system and put in a host of ingenious strategies to fix loopholes that made corrupt practices easy.

But the wait could very easily be due to party intrigues and sloppy handling of the task.

The country could ill afford the long wait. Longstanding energy instability is taking its toll on industry. Unemployment is skyrocketing.

With a depressed economy, crime rates have begun to rise. Things are getting so worrisome that stocks on the Nigerian Stock Exchange continued to fall as investors reacted indifferently to the inauguration of the new ministers.

All the president’s men

The list of new ministers appears to have generally gone down well with the public. Citizens were so fed up with the last Peoples Democratic Party government that the first 50 names in the telephone directory would have been preferable to the status quo. There are some notable personalities in the new cabinet.

  • Babatunde Fashola, former governor of Lagos state with a population of 18 million, is now minister of power, works and housing.
  • Kayode Fayemi, former governor of Ekiti state, is minister of solid minerals. Both Fashola and Fayemi have enviable records of performance and the halo of much-needed technocratic competence.
  • It would have been unimaginable for the brilliant communicator, Lai Mohammed, not to be the minister of information. He was virtually the only authentic voice of the opposition even before there was an effective opposition party.
  • Transportation Minister Rotimi Amaechi is experienced and is expected to flourish.
  • The corporate and political gravitas of a politician like senator Udo Udoma, minister of budget and national planning, is expected to come in handy.
  • Abubakar Malami (Kebbi), the minister of justice, is young, dynamic and belongs to Buhari’s political circle. He has an enviable legal practice record but is relatively new to government.
  • Then there are younger northern stars like senators Hadi Sirika, Ibrahim Usman Jibril and Ahmed Musa Ibeto, who are ready to earn their stripes on a national stage. They have enviably clean records and are expected to be massively loyal to Buhari. He will need lots of loyalty given the tumultuous times ahead.

The list is quite short on academics and intellectuals. There is only one professor, and Fayemi, who has an academic history.

Buhari himself has a keen and trained mind even though he has no degree.
This is notable because only two Nigerian presidents have had a degree. Modern African political scientists lament the near total absence of the philosopher king in modern African states.

On the other hand, the immediate past president, Goodluck Jonathan, brandished a doctorate degree but had little luck putting it to use.

But there are gaps

The gender balance is disconcerting even by African standards. Just five out of 37 ministers are women. But it is significant that the economy is in the hands of a woman — former investment banker Kemi Adeosun.

Diezani Alison Madueke
Diezani Alison Madueke

It is not that women hold the key to all positive change in Nigeria. Nigeria has had its fair share of rogue female leaders. Buhari’s predecessor as prime minister for petroleum, Diezani Alison-Madueke, is being held in the UK and faces up to ten years in jail for corruption and money laundering.

Aisha Jummai Al-Hassan
Aisha Jummai Al-Hassan

Nevertheless, the appointment of Taraba’s first female attorney-general, Aisha Jummai Al-Hassan, as minister of women’s affairs is commendable. It is hoped she’ll make a meaningful impact on empowering women, particularly in the northern regions of the country where paternalistic attitudes and religion are very oppressive.

There are other shortcomings in the appointments. For example, the spread is very elitist and there is little hope of a left-leaning agenda — at least at this stage.

This is a shame because there is a massive percentage of the population needing directed socialist policies to lift them out of severe hardship, chronic poverty and generational underachievement.

Lessons to be learned

The Nigerian government must learn to communicate better. Silent governance is fast receding as an effective strategy everywhere. It is quite unforgivable that in nearly six months there was no systematic communication to the citizenry on a new cabinet. At the very least this was disrespectful.

It was also awkward from an international relations point of view. As Mandelson, the UK’s renowned “Prince of Spin” himself, explained in Abuja recently:

Strategy without communications is like a car without headlights.

There is no excuse for Buhari’s shoddy handling of the appointments. On his wide shoulders lie the fate of 150 million people that sorely yearn for successes. And the emergence of Nigeria as a truly great African nation will have spillover effects that can lift an entire region out of stark mediocrity.

He has been entrusted with possibly the most difficult job of any leader on the continent. Now he must perform in a way that promotes transparency. He must nurture Africa’s largest economy back to strength. This entails transforming its agricultural, financial and industrial base into that of a 21st-century jet-stream economy.

Gbenga Oduntan
Gbenga Oduntan

There is little doubt that Buhari is a man of conviction and a patriot. But he must become a phenomenal leader.

Gbenga Oduntan
Distinguished Visiting Professor of Public and Private International Law and Dean of Law at Crescent University, Abeokuta, Nigeria  (2012-14 )
The Conversation

Guinée : port du voile et menace terroriste

Président Alpha Condé a lancé, Samedi 25 courant, une alerte à la menace terroriste islamique contre la Guinée. Son homologue sénégalais, Macky Sall, l’a précédé dans ce sens en mars dernier.
Lire Macky Sall. Discours Pulaar à Madina Gounas
Le Sénégal pourra-t-il se préserver du militantisme destructeur des soi-disant fous d’Allah.

Au Mali, l’accalmie n’est qu’apparente. En réalité, la situation semble se détériorer. Lire Mali : Etat fragile et Abus de la population

Au Nigeria, le mandat duPrésident Muhammadu Buhari repose de moitié sur la question de savoir si le nouvel élu saura éliminer Boko Haram, qui étend ses tentacules dans les pays voisins : Niger, Cameroun, Tchad, etc.
Lire What lessons can Buhari learn from Obama?

Indolence gouvernementale et éveil électoraliste

La récente déclaration d’Alpha Condé est, à ma connaissance, la première intervention de l’actuel président concernant l’épée de Damoclès islamiste et la sécurité intérieure du pays. Et pourtant, l’opération Serval au Mali aurait dû depuis solliciter l’attention soutenue du gouvernement. Hélas, j’ai l’impression que les autorités guinéennes se sont complu dans l’indolence, croyant naivement peut-être que le malheur n’arrive qu’aux voisions. Une telle attitude est étonnante. Car le gouvernement aurait dû puiser dans l’expérience acquise contre les incursions militaires des troupes de Charles Taylor (Liberia) et du RUF (Sierra Leone) et leurs frappes dévastatrices aux frontières guinéennes à Guéckedou, Kissidougou, Forécariah … entre 2000 et 2001.

Pourquoi M. Condé agite-t-il aujourd’ui l’épouvantail du fanatisme musulman ? Est-ce une impulsion politicienne correspondant à une autre manoeuvre électoraliste ? Je n’en sais rien. Mais une réponse affirmative aux questions ci-dessus n’augure rien de bon.
Car contrairement à la nature localisée des guerres de Sierra Leone et du Libéria, le terrorisme “jihadiste” est d’envergure mondiale. Il frappe partout : Chine, Russie, Grande Bretagne, France, USA, Moyen Orient (bien sûr), Afrique du Nord, de l’Ouest, et de l’Est, etc.

Cet ennemi de soi-même —il prêt à l’autosacrifice— et du genre humain brandit les griefs et ressentiments contre l’hégémonie passée et présente de l’Occident, d’une part, et contre les conséquences négatives de la mondialisation. Celle-ci exploite les anciens pays colonisés d’Asie et d’Afrique tout en les marginalisant.

Le fanatisme musulman dénonce les conditions de vie dégradantes (pauvreté, maladies, analphabétisme, ignorance) de vastes régions du monde. Et il y opère à l’intérieur comme de l’extérieur. D’où la mention de “cellules dormantes”.
Le paradoxe est que l’extrémisme islamiste prétend libérer des populations de jougs historiques et des inégalités profondes de la mondialisation, d’une part, mais il ne recule devant rien pour imposer sa domination : brutale, obscurantiste et réactionnaire.

Quelles perspectives pour la Guinée ?

M. Alpha Condé propose un dialogue, un débat “national”. Mais il fait avec une approche légère, simplificatrice et égocentrique . En effet il s’interroge et se lamente par anticipation en ces termes :

« Si les gens disent que le président a interdit le voile, c’est de la manipulation politique. Je suis le président d’un Etat laïque. Je n’ai pas de différence entre les religions ; mais je dois assurer la sécurité de la Guinée. J’ai dit que le port du voile pose problème, Boko Haram au Nigeria (…). Et vous savez ce qui se passe au Mali. Ces islamistes sont en train de s’installer. Laisser l’islamisme s’installé en Guinée, c’est mettre en cause la sécurité de la Guinée. J’ai entendu que j’ai interdit le port du voile en Guinée, je n’ai pas interdit. J’ai dit il faut un débat national, moi je suis responsable de la sécurité en Guinée. Si demain quelqu’un qui est voilé rentre ici et commence à tirer sur les étudiants, qui serait responsable ? C’est moi »

L’insistance de M. Condé sur le “Moi” dénote l’obssession pour sa personne et, accessoirement, son bilan en tant que président. Il me rappelle la bravade de Lansana Condé, qui aimait proclamer : “L’Etat, c’est moi”.
En fait, contrairement à cette vision bornée de la société et de l’histoire, le danger, en l’occurrence, dépasse de loin l’individu Alpha Condé et son mandat présidentiel finissant. La confrontation en question est plus vaste. Et elle est plus existentielle pour la Guinée et d’autres Etats à travers le monde.
La préoccupation sécuritaire du président Condé est certes fondée. Mais le “Professeur” aurait dû prendre le recul nécessaire afin d’explorer les relations complexes entre l’Islam et les sociétés guinéennes et africaines. Cela d’autant plus qu’il s’adressait à une audience d’étudiants.
Car la tension actuelle découle est, il va sans dire, enracinée dans le passé. Or, “celui qui ignore son passé est condamné à le répéter !”
Quels sont donc les racines historiques, culturelles, théologiques intellectuelles de ce conflit à la fois latent et ouvert ? Je résume ici en quelques points un tableau diablement plus complexe. Chacun des arguments ci-desssous peut être développé en chapitres ou en volumes entiers.

L’habit ne fait pas le moine

Le port du voile est une tradition orientale. On le trouve ancré aussi bien chez les Arabes (Arabie Saoudite, Egypte, Maroc, Jordanie, Irak, Syrie, Algérie, Tunisie, Lybie, etc.) que parmi les peuples non-Arabes (Iran, Pakistan, Indonésie, Malaysie, etc. )
Par contre, Seules les jeunes femmes, les mères et grand-mères portaient un voile, qui cachait certes la tête et le visage. Mais il ne recouvrait pas les seins, par exemple, pour la simple raison que les sociétés africaines n’attribuaient ni sensualité ni sexualité dans ces organes. Les seins avaient —ont— fondamentalement une fonction biologique : reproduction de l’espèce humaine par allaitement du nourrisson.…
Il découle dès lors que la coutume vestimentaire et religieuse du voile intégrale, est récente, importée et isolée en Afrique sub-Saharienne.

Islam, orientalisme, colonisation, indépendance, africanisme

Le colonialisme européen déploya une énergie extraordinaire pour contrôler et dominer l’Islam, tant en Afrique qu’ailleurs.
En ce qui concerne la France, lire Cheick Hamahoullah, homme de foi et résistant

Sékou Touré fit pareil en ordonnant la subordination et la vassalisation de l’Islam aux organismes de son parti politique, le Parti démocratique de Guinée (PDG) et à sa “révolution”. Dédaignant le fait que la Guinée est un pays multi-confessionnel, il créa un ministère des Affaires islamiques, qui devint par la suite ministères des affaires religieuses, en double violation du principe constitutionnel de la laïcité et de non-immixion de l’Etat dans le domaine spirituel.…

Antériorité de l’esclavagisme oriental

L’invasion arabo-orientale est antérieure à l’impérialisme occidental, qui lui-même précéda la dictature guinéenne dans l’instrumentalisation de l’Islam à des fins politiques.
Dans son ouvrage intitulé Histoire synthétique de l’Afrique résistante. Les réactions des peuples africains face aux influences extérieures, Nazi Boni — homme politique et historien voltaïque (Burkina Faso) — indique qu’entre le 9e et 12e siècles, “le monde arabe captura 24 millions de Noirs” qui furent vendus et traités comme esclaves.

Théologiens et auteurs musulmans sub-sahariens

Les théologiens et auteurs musulmans de l’Afrique sub-saharienne ont apporté une contribution magistrale à la foi et à la culture islamique. Ils n’ont rien à envier à l’apport de leurs collègues Arabes et Orientaux. Mais cela ne réduit pas la persistance du racisme Arabe et islamique, qui continue de se manifester, hier comme aujourd’hui, par exemple au Soudan, en Mauritanie, etc.

S’agissant du passé, Amadou Hampâté Bâ et Jacques Daget révèlent, dans L’empire peul du Macina cet échange entre Elhadj Oumar Tall et ses détracteurs du Caire vers 1845.

Le passage d’El Hadj Oumar en pays arabe ne pouvait passer inaperçu pour trois raisons. L’abnégation avec laquelle il avait donné toutes ses richesses à son maître Mohammad el Ghali, faisait du bruit partout. Sa grande érudition musulmane lui valait d’être cité, malgré sa couleur, comme un docteur remarquable et un génie sur lequel pouvait compter l’Islam en Afrique noire occidentale. Enfin son titre de moqqadem de l’ordre Tidjaniya, cet ordre qui, bien que presque le dernier en date, gagne du terrain sur les plus anciens et tend à les supplanter aussi bien en Orient qu’en Occident. Si des savants impartiaux accueillaient et assistaient gracieusement El Hadj Oumar, moqqadem de l’ordre Tidjaniya, il en était tout autrement des docteurs et maîtres des congrégations ; les plus acharnés furent les dirigeants des sectes Qadriya et Taïbya. Pendant sept mois, El Hadj Oumar eut à faire face aux attaques dirigées contre la Tidjaniya à travers sa propre personne. N’ayant pu le vaincre dans le domaine de la science, ses adversaires essayèrent de tabler sur la couleur de sa peau pour le ridiculiser.
C’est ainsi qu’au cours d’une discussion scientifique, un de ses détracteurs malicieux déclara à son adresse :
— O science, toute splendide que tu sois, mon âme se dégoûtera de toi quand tu t’envelopperas de noir ; tu pues quand c’est un abyssin qui t’enseigne.
La foule éclata de rire. El Hadj Oumar attendit que l’hilarité générale se fut calmée pour répliquer :
— L’enveloppe n’a jamais amoindri la valeur du trésor qui s’y trouve enfermé. O poète inconséquent, ne tourne donc plus autour de la Kaaba, maison sacrée d’Allah, car elle est enveloppée de noir. O poète inattentif, ne lis donc plus le Coran car ses versets sont écrits en noir. Ne réponds donc plus à l’appel de la prière, car le premier ton fut donné, et sur l’ordre de Mohammed notre Modèle, par l’abyssin Bilal. Hâte-toi de renoncer à ta tête couverte de cheveux noirs. O poète qui attend chaque jour de la nuit noire le repos réparateur de tes forces épuisées par la blancheur du jour, que les hommes blancs de bon sens m’excusent, je ne m’adresse qu’à toi. Puisque tu as recours à des satires pour essayer de me ridiculiser, je refuse la compétition. Chez moi, dans le Tekrour, tout noir que nous soyons, l’art de la grossièreté n’est cultivé que par les esclaves et les bouffons.

On retrouve la mêm confiance dans la foi musulmane profonde du Bilad al-Sudan (pays des Noirs, en arabe) sous la plume de Framoi Bérété, Président du Conseil Territorial de la Guinée Française, dans son article “Kankan, centre commercial et capitale de l’Islam noir

Fuuta-Jalon : terre de foi et pôle de la culture islamiques

En Afrique comme ailleurs, le débat n’est pas nouveau, qui consiste dans la tension entre orientalisme et africanisme, le choix entre imitation de l’Orient et la promotion de l’expression locale et originale de la croyance dans la religion du Prophète.
L’article d’AfricaGuinée contient ce passage :

“A Labé, préfecture située à près de 500 km de la capitale Conakry, les autorités avaient récemment décidé d’interdire le port du voile. Certaines associations religieuses avaient vigoureusement condamné cette décision des autorités préfectorales de Labé.”

Le désaccord sur des aspects fondamentaux de la pratique de l’Islam (langue, habillement, hygiène) ne date pas d’aujourd’hui. Au 19è siècle, il opposa les tendances intégristes au nationalisme culturel de l’époque, précisément Elhadj Oumar Tall contre Tierno Muhammadu Samba Mombeya.

En 1921, dans L’Islam en Guinée : Fouta-Dialon, Paul Marty fournit mille et une preuves de la profondeur et de la brillance de la culture islamique au Fuuta-Jalon.
Des décennies plus tard, en 1981, dans La guerre sainte d’ al-Hajj Umar : le Soudan occidental au milieu du XIXe siècle, David Robinson confirmait ce qui suit :

« Le Fuuta-Jalon était plus beaucoup plus qu’un Almamat dominé par une aristocratie Fulɓe. C’était un pôle de savoir qui attirait des étudiants de Kankan à la Gambie, et qui s’appuyait sur le clergé Jakhanke de Touba et les maîtres Fulɓe. Il servait de relais central pour les caravanes commerciales de tous horizons. Les familles les plus entreprenantes, toutes ethnies confondues, s’établissaient sur les collines fuutanke et le long des routes principales. Il allait de leurs intérêts d’inscrire leurs fils aux écoles fuutaniennes, de soutenir les diplômés qui en sortaient pour enseigner, et, en général, d’étendre le vaste modèle d’influence qui irradiait du Fuuta-Jalon.

Et Alfâ Ibrâhîm Sow dégage l’originalité et la force du génie islamique fuutanien dans son Introduction de Oogirde Malal. Il écrit :

« Si le Filon du bonheur éternel continue, cent cinquante ans après sa rédaction, à émouvoir les lecteurs de notre pays, c’est surtout à cause de la vocation littéraire qu’il assure au pular-fulfulde, à cause de sa versification juste, sûre et élégante, de sa langue saine, savante et subtile, de la volonté nationale d’affirmation culturelle qu’il incarne et du désir d’autonomie et de dignité linguistiques qu’il exprime. »

L’universalité de l’Islam n’est pas en contradiction avec son adaptation aux différents cadres culturels et sociaux qui le pratiquent, vice versa.

La guerre religieuse réinventée par Ben Laden continue de faire rage et des ravages. Nul ne peut prédire la durée ou la solution durable de ce conflit planétaire, qui expose la faiblesse de l’Etat postcolonial africain dans toute sa gravité.

Que faire ?

Président Alpha Condé ne devrait pas se limiter et se contenter de faire des déclarations aux accents de campagne électorale. Son gouvernement devrait enquêter, fouiller sonder, rédiger et publier un Rapport détaillé, une sorte de Livre blanc sur la situation de l’Islam en Guinée. Tout comme le fit Paul Marty.
C’est un tel —sérieux— ouvrage qui pourrait donner à M. Condé l’occasion d’inviter à la réflexion critique et au débat national qu’il prône. Seule une telle contribution positive du gouvernement pourrait amener les parties intéressées et qualifiées à réagir de façon substantielle, à faire des suggestions valables, et à proposer des solutions adéquates.
A suivre.

Tierno S. Bah