Samir Amin. Correction, postulat et paradoxes

Correction

Ouagadougou, 1987. La légende cette photo prise par Jeune Afrique fait erreur sur la deuxième personne, à partir de la gauche. Au lieu de Valère Somé, ministre burkinabé de l'Enseignement supérieur, il s'agit plutôt de l'économiste guinéen, Bailo Télivel Diallo. Il est entouré par Samir Amin, économiste altermondialiste franco-égyptien, à sa droite, et Mustapha Kassé, directeur du C.R.E.A. de Dakar. M. Diallo fut mon ami collégue intime durant les années formatrices de ma carrière de chercheur et d'éditeur scientifique. De 1975 à 1981, évoluant dans un environnement précaire, nous travaillâmes sans relâche pour faire paraître Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l'Institut Polytechnique de Conakry. Bailo fut ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche scientifique de 2015 à 2017.
Ouagadougou, 1987. La légende cette photo prise par Jeune Afrique fait erreur sur la deuxième personne, à partir de la gauche. Au lieu de Valère Somé, ministre burkinabé de l’Enseignement supérieur, il s’agit plutôt de l’économiste guinéen, Bailo Télivel Diallo. Il est entouré par Samir Amin, économiste altermondialiste franco-égyptien, à sa droite, et Mustapha Kassé, directeur du C.R.E.A. de Dakar. M. Diallo fut mon ami collégue intime durant les années formatrices de ma carrière de chercheur et d’éditeur scientifique. De 1975 à 1981, évoluant dans un environnement précaire, nous travaillâmes sans relâche pour faire paraître Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry. Bailo fut ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique de 2015 à 2017.

Le chercheur Demba Moussa Dembélé a rédigé une biographie consacrée à Samir Amin en 2013, intitulé Samir Amin : Intellectuel organique au service de l’émancipation du Sud, publiée aux éditions du Codestria. Il a accepté de revenir pour Jeune Afrique sur la trajectoire intellectuelle de l’économiste franco-égyptien.

Jeune Afrique : Comment avez-vous connu Samir Amin ?

Demba Moussa Dembélé : J’ai d’abord connu Samir Amin à travers ses livres, que j’ai lu lorsque j’étais étudiant. Quand il a quitté l’Égypte, il est allé à Paris, mais il ne voulait pas vraiment vivre dans un pays occidental. Le premier président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, qui était très sensible à l’envergure de l’homme lui a proposé de venir à Dakar.

Et depuis, il est resté, vivant entre le Sénégal et Paris. On s’est ensuite rencontré avec le Forum du Tiers-monde et, petit à petit, on s’est rapproché en participant à différentes rencontres. Son bureau était toujours ouvert à Dakar et on partageait les mêmes convictions politiques.

Quelles sont les grandes étapes de sa trajectoire intellectuelle ?

Dès le lycée, il a rencontré des mouvements progressistes, qui contestaient la domination de la Grande-Bretagne sur l’Égypte. C’est là que le virus de l’anticolonialisme l’a piqué et ça ne l’a jamais quitté. Il s’est ensuite mêlé à des groupes pro-communiste, avant de rejoindre le parti communiste lorsqu’il est venu étudier en France. À l’époque, le Parti communiste bénéficiait d’un grand prestige, grâce à son rôle dans la résistance, et à celui de l’URSS dans la victoire contre le nazisme.

Cette orientation marxiste l’a conduit à remettre en cause les thèses économiques venues de l’occident sur le développement des pays du Tiers-monde, de l’Afrique et des autres pays du Sud. Toute sa carrière intellectuelle a été marquée par la réfutation de ce que les économistes appellent les théories néoclassiques. Quand il a rencontré d’autres intellectuels, tels que Arghiri Emmanuel, André Gunder Franck et plus tard Immanuel Wallerstein, ils ont formé une sorte de groupe contestant non seulement les thèses des économistes standards mais également des institutions internationales, telles que la Banque mondiale ou le FMI.

Ces universitaires ont beaucoup critiqué les Programmes d’ajustement structurel (PAS) dans les années 1980-1990, puis la mondialisation économique. Selon ces économistes, cette nouvelle phase du capitalisme a marqué une montée du pouvoir des multinationales, des entreprises privées. Les États ont reculé, ou en tout cas baissé la garde par rapport la régulation du secteur privé, notamment dans les pays développés.

Ce n’était pas seulement un théoricien. C’était un intellectuel engagé, qui ne se contente pas seulement de théoriser sur le monde, mais qui utilise son savoir aux cotés des peuples en lutte, pour remettre en cause les politiques dominantes. C’était l’un des pères fondateurs du Forum social mondial, du Forum social africain. Il a également bâti des institutions qui comptent en Afrique et dans le monde encore aujourd’hui. C’est le Codestria, le Conseil pour le développement de la recherche en sciences sociales en Afrique, basé à Dakar, et également l’ONG Enda Tiers-monde, qui s’occupe surtout de questions d’environnement et d’écologie.

Quels sont ses thèses les plus importantes ?

Je retiendrais la division entre centre et périphérie. Les thèses conventionnelles disent que, si les pays sous-développés n’arrivent pas à décoller, c’est par ce qu’il y a des facteurs internes, soit culturels, soit sociaux, qui les empêchent de se développer comme les pays occidentaux. Samir Amin dit non. On a un seul système capitaliste, composé du « centre » – États-Unis, Europe, Japon – et de pays périphériques. Ces pays de la périphérie leurs politiques sont faite de telles sortes qu’ils doivent s’ajuster au besoin d’accumulation des pays du centre, par l’exploitation de leurs ressources naturelles.

Son autre thèse importante, c’est le développement inégal. C’est une conséquence du libre-échange. Le commerce international fait partie du mécanisme par lequel le centre s’accapare les ressources de la périphérie. En effet, les produits manufacturés vendus par le centre à la périphérie sont onéreux alors que les matières premières exportés par les pays pauvres sont bon marché du fait du faible coût du travail. Conséquence : les richesses des pays en développement sont « pillées » par les pays développés et les écarts de revenus entre ces pays se creusent.

Enfin, la déconnexion. C’est l’idée que pour que les pays de la périphérie puissent se développer, il faut une certaine déconnexion par rapport au système mondial. Ils doivent pouvoir maîtriser leur commerce international et les flux de capitaux. Ce sont deux mécanismes par lesquels les pays du centre contrôlent ceux de la périphérie. Tant que les pays n’arrivent pas à contrôler ces deux mécanismes, il sera difficile de se développer. Des pays comme la Chine et l’Inde se sont d’abord déconnecté pendant une période, se sont réorganisés, pour pouvoir revenir dans le système à partir d’un rapport de force plus favorable.

On retrouve cette vision dans l’agenda 2063 de l’Union africaine, mais également dans les recommandations de la Cnuced et de la Cedeao, qui insistent sur la nécessité pour les pays africains de recouvrer des marges de manœuvres en matières de politiques économiques, et de rebâtir des États développementalistes.
Victor Bérenger

Tierno S. Bah

Taxonomy of Nigeria’s Endemic Corruption

Matthew T. Page
Matthew T. Page

The Carnegie Carnegie Endowment for International Peace just published a report titled “A new taxonomy for corruption in Nigeria.” It’s author, Matthew Page, identifies more than 500 types of graft. As he puts it, corruption ranges “from the jaw-dropping, to the creative, to the mundane.”

It includes “the oil minister who diverted billions of petrodollars in just a few years. … the local official who claimed a snake slithered into her office and gobbled up $100,000 in cash. … the cop shaking down motorists for 25 cents apiece at makeshift checkpoints.”

Post-colonial era: national, continental and international corruption

Nigeria amplifies and magnifies corruption, taking it at a larger scale than perhaps anywhere on the continent. But it shares the plague with all the other countries. Since the so-called independence series of the 1960s, corruption has become widespread, embedded, endemic. It affects the public and private sectors in secret or open ways, at micro- and macro-levels. It involves the heads of state, senior and junior civil servants, business people, sworn-in officials in the legislative, judiciary and executive branches of government. It is externally induced and domestically perpetrated.

Pastoralists and agriculturalists of Nigeria, Unite!
Nigeria. Soldiers As Policymakers (1960s-1970s)

For corruption in Guinea, see for instance:

Conakry : plaque-tournante de l’Escroquerie internationale
Mahmoud Thiam. Seven Years in Prison
Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure
Sales temps pour les amis d’Alpha Condé
France – Guinée : Bolloré et Condé

An uneven struggle

Run by knowledgeable and dedicated individuals, anti-corruption  institutions and programs are actively at work in Nigeria. However, they face an uphill battle and an uneven struggle; and the eradication of the practice, remains, indeed,  a herculean task.  This report underscores that:

«… corruption stymies Nigeria’s boundless potential, hamstringing the petroleum, trade, power and banking sectors and more. In the defense sector, it compounds security challenges in hotspots like the Lake Chad Basin, Middle Belt and Niger Delta. In the police, judiciary and anti-corruption agencies, it undermines the country’s already-anaemic accountability mechanisms, thereby fueling further corruption across the spectrum.
It also rears its head in politics through electoral manipulation and the kleptocratic capture of party structures. “Brown envelope journalism” undermines democratic norms and the media’s ability to hold leaders accountable. Meanwhile, it is Nigeria’s most vulnerable that are worst affected when graft, fraud and extortion permeate the educational, health and humanitarian sectors.
Corruption in Nigeria, and elsewhere, is highly complex. It can take a variety of different but inter-related forms. Its effects can span across several disparate sectors. Yet most existing frameworks for studying corruption share a common shortcoming: they conflate how corruption occurs (i.e. tactics and behaviors) with where it occurs (i.e. which sector). This can muddle our understanding of an already complicated issue and prevent policymakers, practitioners and analysts from thinking about Nigeria’s greatest challenge in more sophisticated and nuanced ways.»

Matthew T. Page is a consultant and co-author of Nigeria: What Everyone Needs to Know (Oxford University Press, 2018). His appointments include a  nonresident fellowship with the Centre for Democracy and Development in Abuja.
The 42-page PDF report is accessible below.

Caveat. The title of the report is, in part, a misnomer with respect to the use of the word taxonomy.  An SKOS standard-based approach would have yielded a vocabulary, i.e. a neat classification and a cogent hierarchy of broad(er)/narrow(er) terms. Overall,  though, the content of the paper is facts-based and well-referenced. Despite its shallow historical timeline, which begins at “independence” in 1960 and thus fails to include the continuity with, and the lasting impact of the colonial period.
My SemanticVocabAfrica website instantiates a real—continental and worldwide—taxonomy/vocabulary. It currently contains the Fulɓe, Languages, Outline of Cultural Materials, and Peoples vocabularies. The last two are drawn respectively from the HRAF project and from Murdock’s 1959 book. Both are updated and annotated with Wikipedia and Worldcat links and references, and other authoritative sources. In addition, I expand the book with MindNode mappings for data visualization. Last, I have added three main entries: African Jews, Caucasian Africans, Diaspora.

Tierno S. Bah

Alpha Condé aux abois pour un 3è mandat

Bruno Lemaire, ministre français de l’économie, et Président Alpha Condé à Paris, 16 novembre 2017

Une pluie de promesses

Chaque fois qu’il séjourne en Chine, le président Alpha Condé joue au démagogue et dénonce l’impérialisme occidental.… Mais voilà que depuis hier il se tourne vers Paris pour miroiter un Plan condamné à n’être qu’une chimère, du fait même de la gestion chaotique des biens publics par son régime. RFI claironne :

« Plus de 300 investisseurs publics et privés sont réunis à Paris jeudi et vendredi pour aider la Guinée à financer son plan de développement national. La Guinée a besoin de 13 milliards de dollars ces trois prochaines années pour financer ses grands travaux et rendre le pays plus attractif. D’ores et déjà, les bailleurs de fonds internationaux ont mis sur la table près de 5,5 milliards de dollars, et la France va contribuer à hauteur de 600 millions de dollars. »

Jeune Afrique renchérit :

« 12,6 milliards de dollars d’engagements fermes ont été pris durant les deux jours de discussions entre le gouvernement guinéen et ses partenaires à Paris. Avec les appuis du FMI et de l’IFC, ainsi que les 6 milliards promis par la Chine dans un autre cadre, les financements dépasseront les 20 milliards de dollars, quand la Guinée en espérait 14,6. »

C’est presque une pluie de promesses. Mais de quel plan s’agit-il ? Triennal, quinquennal, décennal ? Qui l’a conçu, préparé et rédigé ? Où en Guinée a-t-il été examiné, amendé et ratifié ? Par quelles institutions ?

Proverbe et réalité

S’exprimant hier à Paris durant le marathon de levée de fonds pour son Plan national de développement économique et social, M. Condé aurait déclaré : « Pour attirer des mouches, il faut du miel. » La métaphore est plaisante à lire ou entendre. Mais c’est une phrase en l’air, vide. Elle me rappelle l’anecdote selon laquelle durant l’effort de guerre 1939-45, un commandant de cercle du Tchad ou de l’Oubangui-Chari (actuelle République Centrafricaine) fut sommé constamment de livrer des quantités de miel à la Métropole. Or la région où il exerçait n’avait même pas de ruches d’abeilles. Excédé, il répondit finalement à ses supérieurs : « D’accord pour miel. Stop. Envoyez abeilles. Stop. » Il fut puni et relevé de ses fonctions.

Le proverbe repris par Alpha Condé évoque, dans une certaine mesure, le dilemme du commandant colonial mentionné ci-dessus. Et il est plus sérieusement contredit par les réalité guinéennes. Au point que les investisseurs potentiels feraient bien de dire au président :
— “D’accord, monsieur le président, nous aimerions bien être vos mouches. Mais où trouverions-nous le miel dans votre pays ?”
Alpha n’a pas de réponse à cette simple question. En effet, après sept ans de sa présidence la Guinée n’a rien de mielleux et de sucré. Au contraire, elle est aigre et acidulée, pimentée et extra-salée. Pour s’en convaincre, il suffit de demander l’opinion des populations, qui tirent le diable par la queue. Et qui luttent pitoyablement pour la pitance du jour, dans un calvaire quotidien.
Le pays ne fournit simplement pas des bases élémentaires et des structures fonctionnelles capables d’exploiter en toute transparence et de faire fructifier les US$20 milliards PROMIS pour financer le plan présidentiel.

Drôle de Plan

Le gouvernement parle d’un Plan quinquennal couvrant  la période 2016-2020. Arithmétiquement l’addition  (ou la soustraction) donne quatre au lieu de cinq ans. Avec deux ans environ déjà écoulés. En d’autres termes, le gouvernement s’est endormi sur ce dossier pendant 24 mois ! Il se réveille soudain. Et le voilà qui invite 300 personnes à Paris, aux frais du contribuable, pour une méga-quête financière incertaine. Car on ne réalise rien avec des promesses. Il faut  des projets bancables exécutés par des gestionnaires compétents. Or Alpha Condé est le premier à décrier le manque de  cadres expérimentés. Curieusement,  lui, le “professeur”, ne lève pas son petit doigt pour tenter de résoudre ce problème fondamental. Pas étonnant de la part d’un président qui n’a pas tenu sa promesse électorale d’octroyer une tablette à chaque étudiant. Cela dit, une  bonne planification commence par l’identification  des sources et méthodes de financement  avant  le lancement. Le contraire revient à mettre la charrue devant les boeufs. C’est exactement ce qu’a fait M. Alpha Condé. Car c’est en fin 2017, au seuil de 2018, qu’il cherche à financer un plan démarré en 2016 ! C’est pas drôle ! Il est évident qu’il se moque éperdument de son son propre Plan. Il s’en sert simplement pour faire du tapage, monter un tape-à-l’oeil et jeter de la poudre aux yeux du public guinéen. Son but réel est d’orchester éventuellement une campagne pour un troisième mandat inconstitutionnel. Ce qu’il n’obtiendra pas. Il lui faudra alors passer outre la volonté du Peuple en modifiant, arbitrairement et à des fins égoïstes, la Loi fondamentale du pays.

Mama Kanny Diallo. Paris, novembre 2017
Mama Kanny Diallo

Lire l’interview de Mama Kanny Diallo, ministre du Plan et de la coopération, ex-épouse d’Alpha. Elle révèle que les projets d’investissements  agricoles mettent l’accent sur “la relance des cultures d’exportation telles que celles de la production d’ananas, de café et d’anacarde.” L’approche est erronée.  Au nom de la sécurité alimentaire on doit plutôt accorder la priorité à la production vivrière :  agriculture (riz, fonio, maïs, manioc, mil, igname, etc.), élevage (viande, lait, beurre, fromage, etc.), cueillette (karité, palmistes, fruits, feuilles, etc.), pêche (poisson, fruits de mer, acquaculture, etc.). Les cultures d’exportation créent une dépendance économique et financière similaire à celle engendrée par l’exploitation — sans transformation locale — des produits miniers bruts.

Environnement inadéquat

En septembre dernier Alpha Condé annonça avoir obtenu un autre prêt de US$20 milliards par la Chine à la Guinée. En octobre, il exposa devant la presse son plan-directeur d’une nouvelle ville de Conakry ! Il confond apparemment architecture et urbanisme. Et il croit que les habitants de la capitale sont de la volaille. Et qu’il suffit de bâtir des cages de poulaillers de type HLM pour moderniser la cité !… En fait une ville est un ensemble complexe de réseaux de transports (routes, chemins de fer, aéroports), de communication (Internet, Web), de santé (égoûts, de parcs, espaces verts), de quartiers résidentiels et commerciaux, de bibliothèques, de marchés, édifices, monuments, cimetières, etc.

En dehors de l’entourage d’Alpha et de lui-même, les Guinéens ne sont dupes de ces publicités fracassantes. Elles rappellent la mascarade en cours, qui fait de Conakry la capitale mondiale du livre. Alors que le pays est en majorité analphabète après 60 ans bientôt de souveraineté.

Répétons-le, la Guinée n’est pas équippée pour absorber et rentabiliser les quelque US$40 milliards qui viendraient de Beijing et de Paris. Le pays ne remplit pas les conditions nécessaires et indispensables pour employer rationnellement de tels montants de capitaux. Même si l’on étale l’exécution dans un futur plus ou moins distant. L’environnement est faible et inadéquat. Il érige de sérieux obstacles pour les investisseurs les plus “généreux”. Comme exemples de pièges on peut citer les suivants :

  • Faible qualité d’éducation
  • Faiblesse de la production et de la distribution d’eau, d’énergie et de nourriture
  • Système de santé précaire
  • Mise à l’écart du paysannat
  • Chômage endémique d’adultes et de jeunes
  • Analphabétisme prédominant
  • Main-d’oeuvre qualifiée rare
  • Monnaie non-convertible
  • Secteur bancaire anémique
  • Absence d’épargne domestique
  • Dépendance totale vis-à-vis des bailleurs étrangers bi ou multilatéraux
  • Réseau de communication numérique embryonnaire
  • Transports archaiques
  • Inféodation de la justice et du parlement au pouvoir exécutif
  • Pauvreté galopante
  • Criminalité et impunité

Alpha Condé aux abois pour un 3è mandat

Depuis sa première investiture, M. Condé a, comme il l’avait promis, ramené la Guinée là où président Sékou Touré l’avait laissée. C’est-à-dire dans la pauvreté, la démagogie l’incompétence, l’autocratie et le culte de la personnalité. Ainsi, Alpha a gaspillé sept ans précieux à se promener hors du pays, pour son intérêt personnel et au détriment de la Guinée.
Le temps a vite passé. Il ne lui reste plus que deux ans environ pour céder la présidence à un successeur élu. Mais M. Condé aimerait soit rattraper ce temps, soit l’allonger en une présidence à vie, camouflée et dissimulée derrière des projets utopiques. Il oublie que le temps perdu ne se rattrape pas. Et que la Constitution est inviolable. Elle ne sera pas tripotée pour satisfaire sa boulimie du pouvoir.

Tierno S. Bah

Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah