L’impunité version Sidya Touré

Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

Sous la plume de Boubacar 1 Diallo Africaguinée rapporte  des extraits d’une interview de Sidya Touré sur les ondes d’une radio de Conakry. L’article est intitulé  “Un soutien de taille pour Dadis Camara”.  Comme d’ordinaire le journaliste se comporte comme une simple caisse de résonnance de la personne interviewée. On enregistre passivement. Il n’y ni contradiction ni suggestion d’alternative à l’opinion de l’invité(e). Pas la moindre réflexion même sur des évènements aussi tragiques que ceux du 28 septembre 2009.

M. Sidya Touré rejoint ici d’autres dirigeants de l’opposition qui ont des attitudes ambiguës sur l’inculpation, l’enquête et le procès des accusés du massacre au stade de Conakry. Ainsi Cellou Dalen Diallo, Faya Millimouno et Mouctar Diallo ont soit rendu  visite à Moussa Dadis Camara, soit cherché à lénifier le rôle d’un Toumba Diakité durant les violences sur le terrain. Autant d’actes qui, objectivement, renforcent l’esprit d’impunité qui prévaut en Guinée. Et qui contribuent à noyer les crimes de l’Etat guinéen dans l’eau.

Mais en l’occurrence Sidya Touré émerge par un  comportement singulier. Il est comme une girouette qui tourne au gré du vent de la scène publique. Ainsi hier, il était membre de l’opposition et il dénonçait vigoureusement le mépris et le viol de la Constitution par le président Alpha Condé. Aujourd’hui, il est le Haut Représentant du chef de l’Etat. Dans quel domaine et à quelle fin représente-t-il le président ? Il ne saurait lui-même le dire !

Responsabilité indirecte

Sidya Touré est l’un des leaders qui convoquèrent le meeting au stade de Donka le 28 septembre 2009. Les milliers de participants furent invités et encouragés à se mobiliser pour marquer l’opposition du pays à la candiature du chef de la junte militaire à l’élection présidentielle de 2010. A son arrivée au pouvoir en décembre 2008, par un coup d’Etat programmé par feu Lansana Conté, Dadis avait juré sur la Bible et le Coran qu’il n’exercerait le pouvoir que temporairement.  Mais au cours de l’année suivante, il changea d’avis, parla de démissionner de l’armée pour convoiter, en tant que civil, le fauteuil présidentiel, conformément à son droit de citoyen !… Le problème fut que le pays ne l’entendait pas ainsi et rejettait absolument son parjure et son ambition. Ce qui devait arriver arriva. Et, en ce jour fatidique du 28 septembre, en quelques heures, une assemblée pacifique et joyeuse, devint un carnage : des centaines de militants furent abattus par balles ou à l’arme blanche. Des dizaines de femmes et de jeunes filles furent violées. La barbarie et l’horreur suscitèrent la condamnation universelle. La rage et la violence n’épargnèrent pas non plus M. Touré et ses collègues politiciens. Ils reçurent des soins pour les coups et blessures subis aux mains de la soldatesque et des miliciens du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci est exilé depuis 2010 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Mais la conscience des dirigeants politiques devrait les amener à admettre leur responsabilité indirecte dans la tragédie. Par exemple, avaient-il élaboré un plan de sécurité en cas d’actes de répression par la junte ? Disposaient-ils de services ou d’agents de renseignements postés autour des casernes militaires, notamment le Camp Alfa Yaya Diallo, siège du Comité militaire our la démocratie et le développement (CNDD). Si la réponse à ces questions est négative, alors les politiciens devraient se le reprocher aujourd’hui. lls devraient accepter leur imprévoyance et admettre leur responsabilité indirecte dans l’affaire. Car s’ils avaient infiltré le CNDD et/ou posté des informateurs autour du Camp Alfa Yaya, ceux-ci auraient pu les alerter par cellphone du départ du convoi des tueurs vers le stade. Ainsi avertis, les organisateurs auraient eu le temps d’évacuer le stade avant l’arrivée dess hordes de tueurs dirigées par Moussa Tiégboro et Tomba Diakité. Et une telle mesure aurait permis d’éviter le bain de sang et les cruautés.

Des années se sont écoulées depuis la perpétuation du massacre. Le gouvernement tient des promesses vagues, mais n’offre rien de concret sur l’éventualité d’un procès des personnes impliquées dans la tuerie. De son côté, au lieu de lutter sans relâche pour que justice soit faite, la classe politique cherche plutôt à créer la diversion ou à disculper les accusés, au détriment et au grand dam des survivants et des familles des disparus !

Diabolisation de la CPI

Au lieu d’agir en démocrates convaincus de la nécessité absolue de la séparation des trois branches de l’Etat : le Législatif, le Judiciaire, l’Exécutif. Alpha Condé et ses opposants (naguère ses alliés) s’immiscent en permanence dans le processus de la justice. Et refusent d’admettre le principe de l’indépendance de celle-ci.
C’est une approche qui vise à détacher la Guinée et l’Afrique du principe de l’universalité de la justice. Il faut au contraire se souvenir et souscrire à l’avertisssement immortel du Révérend Martin Luther King, Jr, qui, du fond de sa cellule de prison à Birmingham, Alabama, lança : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere! » (Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout.)
De son côté l’Archevêque Desmond Tutu a formellement dénoncé les manoeuvres d’hommes d’Etat africains qui diabolisent la Cour Pénale Internationale (CPI) afin de se soustraire aux poursuites judiciaires. Il s’agit, par exemple, des présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Pierre Nkurunziza (Burundi), de l’ex-président Yahya Jammeh (Gambie), etc. C’est là une stratégie évidente visant à perpétuer l’impunité des crimes politiques en Guinée et en Afrique.

Lire In Africa, Seeking A Licence To Kill

Une girouette nommée Sidya Touré

Bien qu’étant en perte de temps et de vitesse pour la course à la présidence, Sidya Touré vient de s’inscrire dans le club des détracteurs de la CPI. Dans son interview d’hier sur Espace FM il déclare :

« Je crois qu’on devrait laisser le capitaine (Dadis Camara) rentrer à Conakry. L’histoire de la CPI n’est pas une solution. Ce sont des procès qui peuvent durer dix ans. On devrait faire en sorte qu’il vienne ici et qu’il défende son honneur, c’est vraiment mon souhait. »

Primo, la CPI n’est pas “une histoire”. Malgré ses ressources modestes, elle a une mission mondiale et elle exerce des fonctions réelles. Si Sidya en doute, il n’a qu’à se rappeler le sort de Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, et consorts. Sans omettre, bien sûr, l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, ses compatriotes Ivoiriens. La CPI est ainsi effectivement  une solution.
Secundo, la justice peut et doit prendre tout le temps requis pour aboutir. Non astreinte aux contraintes temporelles, elle range un dossier seulement en cas de disparition  physique établie d’une personne accusée de crimes. Une telle règle est particulièrement valable pour les accusations de crimes de sang, de crimes de guerre et contre l’humanité. Cela explique que des Nazis soient toujours visés par des inculpations pour leur rôle dans les crimes commis sous la dictature d’Hitler, notamment l’Holocauste.

Lire également (a) Sidya : Sékouba frauda pour Alpha
(b) Sidya. “Si le droit est dit, je serai au second tour”

La “famille” : apologie du crime et promotion de l’impunité

Sidya Touré poursuit :

« Je crois que chacun de nous a quelque chose à dire par rapport à ça. Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire. ».

La première phrase se termine par l’expression “par rapport à ça”. Sidya effectue là un changement de code linguistique et s’exprime dans le vague parler franco-africain (Côte d’Ivoire, Guinée, etc.). Cette tactique lui permet de parler sans rien dire de substantiel. Il  confirme son choix par l’affirmation suivante : “Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire.” Un propos désolément vague et vide.

Sidya enchaîne :

« C’est nous qui savons comment est-ce que nous allons laver notre linge sale en famille. Mais aussi c’est là aussi qu’on pourrait avoir des débats sereins. »

L’invocation de la Guinée comme étant une famille ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux premières années de l’après Sékou Touré. La question brûlante à l’époque était de savoir comment sortir du vide politique instauré par le CMRN et le CTRN sous la férule de Lansana Conté.  Comment instaurer le pluralisme politique après la chute du PDG et l’autocratie militaire ? Quelqu’un  avança la phrase : “La Guinée est une famille.” Mais il se trouve qu’il s’agit d’un cliché artificiel et d’un mythe creux.
Mamadou Bâ y a objecté de façon convaincante dans “La Guinée est une république, pas une famille”.
Hélas, Sidya Touré nous ramène en arrière avec son histoire de “laver notre linge sale en famille”. En lieu et place d’une cour de justice et d’un tribunal, il voudrait balayer le massacre du 28 septembre sous une natte. Comment ? Cela serait à travers “des débats sereins.” C’est incroyable ! Des assassinats et des viols ont été commis. Et aujourd’hui, Sidya propose des “débats” groupant les auteurs, les survivants et les parents des victimes du massacre. Cela est inadmissible de la part d’un politicien qui se veut d’envergure nationale !

Noirs et Blancs : une fausse dichotomie

Sidya Touré s’enfonce davantage par ces mots :

« Il faut faire les assises en Guinée mais sur l’ensemble du problème, comme ça on appréhendera ce que les uns et les autres ont pu faire. »

Tout d’abord Sidya Touré doit garder en mémoire, et pour de bon, qu’au cas où — et cela n’est pas sûr — “des assises” de tiendraient en Guinée au sujet du massacre du 28 septembre 2009, seule la magistrature du pays devra siéger. Et le contexte sera un cour de justice, un tribunal réunissant des juges, des accusés et des avocats. Il n’y aura pas de place pour “des débats sereins”. Si les accusés peuvent prouver leur innocence à l’appui de faits et de témoins valables, la justice les disculpera. Si, au contraire, le procureur convainc la cour de la culpabilité des prévenus, la loi s’appliquera à eux. Quoiqu’en pensent ou disent les politiciens du gabarit de Sidya Touré. Les palabres africaines, les discours sur la “réconciliation nationale” viendront après. Ils prendront la forme et le temps  que l’on voudra. Mais seulement après que le verdict de la justice, prioritaire et suprême, et sur la base des lois en vigueur.

« Seuls les guinéens peuvent sortir de cet embrouillamini. »

Cela est archi-faux. La justice est un impératif national et international. Si elle s’applique au sein des Etats, elle aussi  tracés frontaliers et requiert le concours de tous et de toutes. La justice est  un régime indispensable à l’exercice de la vraie démocratie. Cela étant, les Guinéens ne peuvent pas s’enfermer dans un vase clos et vivre en autarcie. Au contraire, pour vaincre sa pauvreté — matérielle, morale, industrielle, scientifique, technologique —, la Guinée a cruellement besoin de l’apport d’autres pays et des institutions multilatérales. Surtout dans le domaine de la justice, où le régime d’Alpha Condé traîne la patte, fait des promesses, et tient la dragée haute à ses partenaires dans l’organisation du procès de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité et leurs co-accusés (Tiegboro Camara, Pivi Togba, Sékouba Konaté, etc.)

« Mais si on commence à expliquer ça à la Haye, les blancs ne comprendraient même pas comment des gens peuvent se comporter de la sorte. »

Prenant la couleur de la peau comme critère, ce passage révèle une conception superficielle et vulgaire de la gestion des affaires publiques. Une vision aussi épidermique ravale l’Africain encore plus bas que le fameux slogn de la Négritude : “Si la Raison est Hellène (grecque), l’Emotion est Nègre.” En effet elle est pire dans la mesure où, d’une part, elle suggère que l’énormité du masscre guinéen dépasse l’entendement des Blancs, et, d’autre part, prétend que les Noirs sont habitués et donc immunisés contre ces atrocités. Sidya Touré oublié qu’en matière de droit international et selon les normes de l”ONU, l’affaire du 28 septembre est classée comme un crime contre l’Humanité. Or la Guinée fait partie de cette humanité-là. Il ne saurait donc y avoir deux poids, deux mesures.
Mais Sidya Touré ne fait qu’appliquer la vieille tactique du “diviser pour régner”. En l’occurrence, Nous les Noirs contre Eux les Blancs. Que Sidya Touré veuille bien se remémore la boutade célèbre de Frantz Fanon : Peau noire, masque blanc ! On peut être noir de peau mais être aliéné et déraciné. Au point de s’assimiler à l’Europe coloniale et post-coloniale. Mes objections spécifiques contre le propos ci-dessus sont au nombre de deux :
Primo, le Camp Boiro, les répressions sanglantes cycliques opérées par Lansana Conté, le massacre du 28 septembre ne se réduisent pas à une fausse dichotomie entre Noirs (Guinéens, Africains) et Blancs (Européens). La vraie justice est impartiale et aveugle quant à l’origine, la “race”, le sexe, la religion d’un prévenu.
Secundo, Fatou Bensouda, la procureure en chef de la CPI, est une magistrate gambienne. Elle est Noire ou, de préférence, sud-Saharienne. Sidya Touré se tromperait lourdement s’il croit être plus Africain que Ms Bensouda ! Ou bien qu’elle est devenue Blanche du fait de son mandat à la tête de la CPI !

Auparavant Sidya fait la caricature des procédures de la CPI en ces termes :

« La CPI est très loin, on envoi des témoins qu’on cache derrière les rideaux qui racontent des choses qu’on ne peut pas vérifier. »

Cela est également archi-faux. Les séances de la CPI sont présidées par trois juges triés sur le volet et nommés pour une durée limitée. La fonction de la procureure consiste à convaincre la cour de la culpabilité des accusés, qui sont flanqués de leurs avocats. En cas de négligence ou violation des procédures, la procureure peut perdre un procès. La sentence de tout prisonnier (Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, etc.) reposent sur des preuves matérielles, irréfutables pour les faits reprochés. La protection des témoins est une mesure préventive pour la sécurité physique des intervenants. La mascarade dont fait état Sidya Touré n’existe que dans son imagination.
Sidya Touré conclut :

« Mais nous, on connait qui nous sommes. Donc, nous pouvons trouver des solutions ici. »

Cela fait huit ans que les militants de l’UFR (et ceux des autres partis politiques) victimes du massacre attendent que l’Etat guinéen organise un procès. Le souhait — ou la proposition — de Sidya Touré rappelle la métaphore du chien malade, qui ne peut pas manger son plat, et qui ne veut pas laisser un autre chien manger le consommer à sa place. Les dirigants guinéens se comportent de la même manière. Au lieu de remplir leur devoir primordial et sacré de justice, ils ont recours à toutes sortes de prétextes et de méthodes dilatoires pour retarder et, en réalité, empêcher la tenue du jugement des prévenus. A l’heure actuelle on parle vaguement de la fin de l’année, sans fixer une date. Nous verrons bien. En attendant de quelle solution Sidya Touré parle-t-il ?

La moralité à tirer de l’interview de M. Sidya Touré tient dans la comparaison entre les domaines de la santé et de la justice. En dépit de différences apparentes, ils ont un dénominateur commun  communs.
Le premier terme recouvre le domaine de la santé personnelle et collective. Là, les soins des malades physiques et mentaux relève de la compétence de la profession médicale. Ainsi durant la crise de l’épidémie Ebola, la Guinée bénéficia de la coopération avec des dizaines pays, de l’OMS, de Médecins Sans Frontières, de volontaires individuels, etc. Il y a avait péril en la demeure. Pour stopper les ravages du virus, on n’a pas cherché à faire des “débats” entre Guinéens. Il y eut certes des campagnes d’éducation sanitaire. Mais elles furent guidées par des experts et des agents formés et encadrés.
Le second terme concerne la justice. Son virus s’appelle l’impunité. Infaillible, son pronostic s’appelle le déni de justice. L’Etat guinéen en est l’originateur et le vecteur principal. Ce virus s’est propagé.  Il affecte désormais toute la société. On note ainsi la fréquence de scènes de “vindicte populaire” et d’actes de vengeance (torture, immolation par le feut, etc) au niveau des populations. L’impunité est endémique et épidémique dans le pays. Et ses consequences sont plus dévastatrices que celles des maladies corporelles et des troubles mentaux. Car, si l’on remonte à 1958, on constatera que le bilan de l’impunité est plus négatif que celui de toutes les épidemies qui frappé la Guinée, y compris celle du virus Ebola. Comment doit-on s’y prendre pour remédier à cette situation catastrophique. Très simple : la Guinée doit pratique la même politique que celle qui permit de vaicre Ebola entre 2014 et 2015. Cela signifie trois choses : (a) l’obligation de laisser le champ libre aux spécialistes de la profession judicaire, (b) la formation et la surformation du personnel (c) la renonciation aux commissions dites de “réconciliation” (d) le retrait de la classe politique — en quête d’électeurs — du domaine de la justice.
La branche judiciaire est théoriquement assez bien charpentée en Guinée. Ainsi la loi fondamentale, les codes et les règlements existent. Une hiérachie pyramidale est en place. Malheureusement presque tout est pourri au plan pratique. Notamment à cause de l’étranglement de la magistrature par le pouvoir exécutif depuis 1959. Et en raison de la corruption — grande, moyenne et petite — alimentée par la pauvreté et la médiocrité des salaires. Enfin, pour éradiquer le virus de l’impunité, l’Etat doit s’ouvrir à la coopération franche avec (a) la Cour Pénale Internationale (b) les pays dotés de solides traditions judiciaires (c) les ONG de défense et de promotion des droits de l’homme.

Tierno S. Bah

Ambition, querelles et histoire politiques

Yacine Diallo (1897-1954)
Yacine Diallo (1897-1954)

Le site Libreopinionguinee publie une interview de Bah Oury maladroitement intitulée “Cellou Dalein c’était opposé à ce que je soit le candidat de l’UFDG pour briguer la Primature (sic!)”

Les tiraillements entre Messieurs Bah et Diallo concrétisent l’implosion de la politique en Guinée. En témoignent la personnalisation outrancière de la fonction dirigeante, l’égocentrisme pathologique et le culte de la personnalité du chef du parti ou de l’Etat.
Après lecture de l’article, je tiens à rappeler les points suivants.

  1.  Cellou Dalein Diallo et Bah Oury sont des sanaku, ou cousins à plaisanterie dans la tradition du Fuuta-Jalon. Mieux, leurs noms relèvent du stock  authentique des Fulbe et précèdent de milliers d’années l’influences arabo-islamique sur l’onomastique (système des noms propres) de la société. Cellou (Sellu) vient de sellude (être en bonne santé),  Oury (Wuuri) dérive de wuurude (être vivant). L’usage élévé de ces noms est un acte votif. Le jour du baptême les parents formulent un voeu et un souhait et fondent l’espoir pour le nouveau-né à travers le nom positif choisi et imposé, tels que les deux exemples ci-dessus.
    Cela dit, Messieurs Bah et Diallo sont tous deux responsables du déchirement public au sommet de l’UFDG.  Ils détiennent le rôle principal dans cet inélégant et déplorable roman-photo. Il est vrai que les divergences (personnelles et idéologiques) sont inévitables dans toute association politique. Mais Messieurs Diallo et Bah auraient dû débattre à huis clos et trouver un consensus à leurs différends et conflits. Hélas, au lieu d’une approche intelligente et constructive dans la gestion de leur parti, ils ont préféré s’offrir en spectacle et barouder en duels verbaux. Conséquence, des tiraillements physiques eurent lieu au siège du parti en  février 2016. Et le journaliste Mohamed Diallo fut abattu à bout portant. L’appareil judiciaire guinéen étant pourri, il est probable que le meurtrier ne sera jamais identifié et jugé.
  2. Les propos de Bah Oury suggèrent qu’il ne tient pas compte du fait que le passé et  les défis actuels du pays dépassent nettement la querelle de personnes et le conflit d’ambitions qui l’opposent aujourd’hui à  Cellou Dalein.
  3. Il semble ignorer aussi que la Guinée souffre  toujours de la malédiction que la politique de Sékou Touré a appelée sur le pays. En conséquence, Bah Oury rêve et se berce d’illusions hypothétiques. Car en tant que Pullo, il n’avait absolument aucune chance d’accéder à la Primature en 2010. Pour preuve, il n’a qu’à se rappeler la brève et catastrophique expérience de Cellou à la tête du gouvernement en 2004-2006 sous la dictature de Lansana Conté.
  4. Ethnocentrisme oblige, le Président de la Transition, Général Sékouba Konaté, avait jetté son dévolu sur le candidat du RPG, Alpha Condé. Il était résolu à le faire élire, coûte que coûte, vaille que vaille. Dès lors la désignation d’un vice-président de l’UFDG à la Primature aurait contrecarré les plans de Konaté. Là également, que Bah Oury se souvienne que même la syndicaliste Rabiatou Sira Diallo fut rejettée pour diriger le gouvernement. Pour Konaté, le seul nom de famille et l’appartenance ethnique de la dame étaient inacceptables.
  5. D’où la désignation de Jean-Marie Doré: un ancien agent secret de Sékou Touré, prêt à manger à tous les râteliers. Rusé et cynique, il joua le jeu en faveur d’Alpha Condé. Et son gouvernement accompagna toutes les violations du code électoral et tous les coups bas du second tour de l’élection présidentielle.
  6. Bah Oury n’aurait peut-être pas toléré qu’on accuse son ethnie, les Fulɓe, d’empoisonner des boissons en vente publique.
  7. Cela ne l’a pas empêché d’accepter, au nom de l’UFDG, le portefeuille bidon de ministre de la “réconciliation nationale” (sans justice !) au sein du gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré. Acculé, ce dernier capitula rapidement face au criminel capitaine Moussa Dadis Camara. Cela ne lui évita pas les harcèlements, l’emprisonnement, et un simulacre d’exécution sommaire nocturne  au sinistre PM3 de la gendarmerie à Conakry.
  8. Que Bah Oury prenne donc ses démêlés avec humilité et un brin de sagesse. Qu’il n’oublie pas comment, à la fin des années 1990, au sein de l’Union des Forces Démocratiques (UFD), il torpilla feu Alfâ Ibrahîm Sow, notre maître à tous et l’intellectuel du Pular/Fufulde. Lire :

Unité politique : tirer les leçons de l’histoire

Après la mort —subite et suspecte— de Yacine Diallo en 1954, le Fuuta-Jalon se mit en quête d’un successeur pour porter le flambeau du pionnier et doyen de la politique partisane en Guinée. Dans les Cailloux de la mémoire Nadine Bari publie le témoignage valide des tractations, rapporté par feu Thierno Mouctar Bah. Le choix des Almami et des chefs de canton se porta sur Diawadou Barry, au détriment de Ibrahima Barry dit Barry III. Il s’en suivit une rivalité ardue entre les deux hommes, qui étaient pourtant des cousins lignagers. Dans le système de parenté quadrangulaire des Fulɓe le patronyme Bari est réservé aux Dayeeɓe. Les trois autres noms sont Ba (Ururuɓe), Soo (Feroɓɓe) et Jallo (Jalluɓe). Diawadou est du sous-clan des Seediyaaɓe, Barry III appartient à celui des Seeriyaaɓe. Mais la quête du pouvoir n’a souvent cure des liens familiaux, personnels, etc.
A la tête de leurs partis respectifs : le Bloc Africain de Guinée (Diawadou) et le Mouvement Socialiste Africain (Barry III), les deux hommes se combattirent vigoureusement donc. Cela jusqu’en 1957. Date à laquelle ils se réconcilièrent et s’unirent au sein du Parti du Regroupement Africain (PRA). Leur commun rival était le PDG-RDA, dirigé par Sékou Touré et Saifoulaye Diallo
Cellou Dalein et Bah Oury devraient étudier, réfléchir et tirer les leçons de cet épisode crucial de l’histoire politique au Fuuta-Jalon et en Guinée. Pour les appuyer des sources authentiques et des documents idoines sont accessibles sur mes sites webFuuta et webGuinée.

Tierno S. Bah

Habré coupable ! Dadis à la barre !

Tchad. La Plaine des Morts
Tchad. La Plaine des Morts

Le glaive de la justice a doublement frappé l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré aujourd’hui à Dakar. Dirigeant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), le magistrat burkinaɓe Gberdao Gustave Kam, assisté des juges sénégalais Amady Diouf et Moustapha Bâ, a en effet reconnu l’accusé coupable de crimes contre l’humanité. Sujette à appel, la sentence de la cour est exemplaire et méritée : la prison à vie.
Ce jour est à marquer d’une pierre blanche, car il représente une victoire —maintes fois différée— des victimes sur les bourreaux dans l’Afrique post-coloniale.
Ce verdict constitue un jalon important dans la lutte contre l’impunité sur le continent. Mais il s’agit seulement d’une étape dans une course de fond et relai, d’une bataille dans une guerre permanente contre la tyrannie. D’autres despotes sont déjà tombés dans les filets de la justice. Exemples : l’ex-président du Libéria, Charles Taylor. Reconnu coupable de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’autres violations sérieuses de lois humanitaires internationales, il purge une peine de 50 ans de prison en Grande-Bretagne.

Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara

Le procès de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, s’est ouvert le 26 janvier dernier. Il répond à quatre chefs d’accusation relevant de crimes contre l’humanité — meurtre, viol et autres formes violence sexuelle, persécution et autres acts inhumains.
Comme on le voit les cas Habré et Ggagbo sont similaires aux crimes perpétrés en Guinée, de 1958 à nos jours.
Prenons le document intitulé “Report of the United Nations International Commission of Inquiry mandated to establish the facts and circumstances of the events of 28 September 2009 in Guinea”.

Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009
Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009

Le rapport accuse le chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, alors capitaine, et ses collaborateurs d’être responsables de :

  • Crimes contre l’humanité
  • Crimes spécifiques : meurtre, emprisonnement et autres atteintes sérieuses contre la liberté physique
  • Tortures et de traitements cruels, dégradants et inhumains
  • Viols, esclavage sexuel, et violences sexuelles
  • Disparitions forcées
  • Actes inhumains
  • Persécution sexuelle, politique et ethnique
  • Violations des droits fondamentaux
Hissène Habré, ex-président du Tchad
Hissène Habré, ex-président du Tchad

M. Alpha Condé est soi-disant le président démocratiquement élu de la Guinée depuis 2010. Utilisant différentes méthodes et tactiques dilatoires, il retarde et/ou bloque l’enquête sur les massacres de 2009. Paradoxalement, des opposants politiques de M. Condé (UFDG, Bloc Libéral) ont voulu associer Dadis —exilé à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso— à la campagne électorale de 2015, lui offrant ainsi une exonération éventuelle —extra-judiciaire et politicienne— face aux suspicions qui pèsent contre lui.
Mais les crimes énumérés ci-dessus restent punissables, quelque soit le délai mis pour déférer les accusés devant la justice. Il fallut 16 ans pour arrêter et juger Hissène Habré. Sept années se sont écoulées depuis la boucherie au stade du 28 septembre de Conakry. Il est temps que Moussa Dadis Camara passe à la barre.

Tierno S. Bah

Lire également :
A la barre. Hissène Habré condamné à la perpétuité : un procès pour l’histoire, mais des parts d’ombre
In landmark trial, former Chad dictator found guilty of crimes against humanity
La Plaine des Morts. Le Tchad de Hissène Habré

Vidéo : Reed Brody: The Dictator Hunter

Coup KO contre la Constitution ?

On le sait, en Guinée le slogan “Un coup KO” sous-entendait la programmation et annonçait — bien avant le vote du 11 octobre — la victoire du candidat Alpha Condé. Et, sans surprise, les institutions à sa solde —CENI et Cour constitutionnelle — l’ont donné gagnant du premier et unique round d’une élection présidentielle ravalée métaphoriquement au niveau d’un match de boxe.
Cela dit, la loi fondamentale limite  à deux le nombre de mandats consécutifs du président de la république. Elle abaisse aussi la barre d’âge des candidats. Malgré ces obstacles, faudrait-il pour autant exclure que M. Condé envisage une révision constitutionnelle en 2020 pour “briguer” un troisième mandat… Et un quatrième… ainsi de suite… Il détiendrai ainsi le pouvoir à vie, ne le cédant  qu’à l’inévitable Mort.
L’appétit vient en mangeant, avertit le dicton.
Exilé et condamné à mort par contumace par Sékou Touré, condamné à la prison par Lansana Conté, le candidat-président-candidat Alpha Condé a adopté ses défunts prédécesseurs et tourmenteurs comme ses modèles à imiter. On ne saurait faire preuve de plus de cynisme et d’électoralisme !
Après avoir frauduleusement remporté deux mandats, il ne faudrait  pas exclure que, comme ses deux devanciers, M. Condé cherche, lui aussi, à boucler un quart de siècle à la tête de l’Etat, corrompu, incompétent, décadent et violent de Guinée.
Aux précédents propres à la Guinée, M. Condé pourrait trouver des exemples externes pour s’accrocher aussi longtemps que possible au fauteuil. En l’occurrence, il pourrait s’inspirer des révisions constitutionnelles envisagées et/ou opérées dans d’autres pays africains. Cela lui permettrait d’instaurer une “monarchie présidentielle” et de “s’éterniser”. Quitte, ensuite, à passer le bâton à son fils !
Dis-mois qui tu hantes, je te dirai qui tu es, rappelle un autre proverbe. Ces derniers temps, Alpha Condé s’affiche avec des dictateurs notoires : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) et Denis Sassous-Nguesso (République du Congo). Or ces potentats rejettent toute alternance démocratique. Ils monopolisent l’Etat et confisquent la direction de leurs pays. La tentation pourrait être grande de les copier. Dans tous les cas, la Guinée est soumise à une telle sclérose depuis 1958.
Il y a pire. En plus de l’Afrique centrale, voilà que l’Afrique de l’Est entre dans la danse.  Emulant Robert Mugabe du Zimbabwe, les présidents Paul Kagamé (Rwanda) et Yoweri Museveni (Ouganda) ont réarrangé la Constitution afin d’obtenir carte blanche pour une longevité présidentielle sine die.
Le malheur n’arrive pas qu’aux autres, conclut un troisièm adage. Et la Guinée pourrait bien être la prochaine victime de la boulimie du pouvoir d’un président “démocratiquement élu”.
Tierno S. Bah
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi. Selon l’Agence de presse africaine (AP) la Guinée et l’Inde ont signé des accords dans le domaine agricole et celui de la santé, en marge du Sommet Inde-Afrique qui se tient à New Delhi depuis le 26 octobre et auquel prend part une délégation guinéenne conduite par le président Alpha Condé. Le volet agricole porte sur la modernisation de l’agriculture pour une enveloppe de 55 millions de dollars, tandis que l’accord sur la santé concerne la construction de deux hôpitaux pour un coût de 35 millions de dollars. (APA)

La nature, les motivations et les mobiles, l’efficience et le bilan des contacts entre les pays émergents (BRICS) et l’Afrique font l’objet d’analyses constantes, plus ou moins adéquates et profondes. Lire, par exemple, BRICS-Africa Cooperation: A Myth
Vijay Prashad. The Poorer Nations. A Possible History of the Global South
Pour sa part, professeur d’études internationales à Trinity College (Connecticut), Vijay Prashad est l’auteur, entre autres, de deux excellents livres :  The Darker Nations: A People’s History of the Third World (2008) et The Poorer Nations: A Possible History of the Global South (2014), qui réflètent une grande maîtrise de cette question épineuse. Sa conclusion sceptique remet en cause les clichés et les idées reçues à propos de ce thème politique et économique, à l’honneur depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (1939-1945).

Après son “Coup KO” contre l’opposition, la réélection validée du président Condé au 1er tour présage-t-elle d’un KO contre la Constitution en 2020 ?

La Cour constitutionnelle guinéenne a validé samedi soir la réélection au premier tour du président sortant Alpha Condé, après avoir rejeté l’ensemble des recours en annulation présentés par trois de ses sept adversaires, lors d’une audience publique retransmise en direct.

Le président de la Cour, Kèlèfa Sall, a donné lecture de l’arrêt, en réponse aux trois requêtes en annulation du premier tour le 11 octobre. La Cour a les a toutes déclarées recevables sur la forme, mais rejetées sur le fond, concluant le plus souvent à l’absence de preuve ou d’influence sur les résultats.

Il a ensuite énuméré les résultats définitifs par candidat, très légèrement amendés par rapport aux résultats provisoires proclamés le 17 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

La Cour “déclare en conséquence M. Alpha Condé, candidat présenté par le RPG Arc-en-ciel (Rassemblement du peuple de Guinée, au pouvoir), ayant obtenu 2.284.827 des suffrages exprimés, soit 57,84 %, élu président de la République pour la mandature allant du 21 décembre 2015 au 21 décembre 2020”.

Trois des huit candidats, arrivés 4e, 5e et 6e, avec un peu plus d’1 % des voix chacun, avaient saisi la Cour constitutionnelle.

Ils invoquaient notamment l’autorisation par la Céni, du vote sans enveloppe, l’expulsion de leurs délégués de nombreux bureaux de vote, et alléguant d’irrégularités dans la distribution des cartes d’électeur et de la participation de mineurs dans les zones favorables au pouvoir.

Dès le lendemain du scrutin, les sept adversaires de M. Condé ont dénoncé une “mascarade” et refusé par avance d’en reconnaître les résultats.

Mais le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, arrivé deuxième avec 31,45% des voix, avait prévenu le 17 octobre qu’il ne saisirait pas la Cour constitutionnelle, récemment créée, dont il conteste l’indépendance.

Les différentes missions d’observation électorales, notamment européenne et africaines, avaient constaté une série de problèmes logistiques et d’organisation mais salué la forte participation et l’absence de violences le jour du vote.

Au moins 13 personnes avaient été tuées et quelque 80 blessées dans les violences électorales, selon Amnesty International.

Ancien opposant, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, dirigée jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

AFP

5 Things about Guinea’s peaceful election

Guinea’s National Independent Electoral Commission has released the provisional results of the first round of the presidential election held October 11. See Le “Coup KO” n’est pas OK.
I reprint this blog post from the Washington Post because it provides an overview of the voting process. Also, the 5-point ordered list may be just the length of text and type of content that casual readers may need. However, the author proposes a historical review of Guinea’s electoral politics that falls way short for the following reasons:

  1. Tyson Roberts jumps to a hasty conclusion and uses  “peaceful” inappropriately. In reality, and according to an Amnesty International report, “Unarmed people shot in back and beaten to death by security forces in Conakry.” The human rights group  condemns the “clear evidence that members of Guinea’s security forces were responsible for the death and injury of unarmed civilians. There could be no justification for firing at these unarmed people, and no excuse for failing to hold those suspected of criminal responsibility to account.
  2. The author over-simplifies his picture of the situation by reducing the contest to a rivalry between Alpha Condé and Cellou Dalein Diallo. In fact, Guinea’s political landscape extends beyond these two leaders, notwithstanding the fact they —mainly but exclusively — represent  the main communities: Fulbe and Maninka
  3. As a result, the name and role of a solid contender such as Sidya Touré appears nowhere
  4. The successive dictatorships of Sékou Touré (1958-1984) and Lansana Conté (1984-2008) are merely and leniently described as rules. Yet, the author points out that Alpha Condé was sentenced to death in absentia. With such a hint, he should have logically concluded that Guinea was run by a tyrant. Furthermore, M. Condé was not the only person to receive a death penalty. Twenty other Guineans exiles suffered the same fate. Read the verdict of the Tribunal révolutionnaire suprême on the Camp Boiro Memorial.
  5. The author is silent on the rigged results of the second round of the 2010 presidential. Soundly beaten on the first round, Alpha Condé was dubiously proclaimed the victor in the second round. Most serious observers remain puzzled by the reversal of fortune of the two candidates. Ever since, details have emerged linking Waymark Infotech, the company that tallied the ballots, to South African intelligence circles.
    Read High Noon at the Guinea Corral
    Tierno S. Bah

Which Guinea, you ask? There are 4 countries whose name includes “Guinea” (named for the Guinea region in West Africa), including Equatorial Guinea (formerly Spanish Guinea), Guinea-Bissau (formerly Portuguese Guinea), and Papua New Guinea (in Oceania rather than Africa – a Spanish explorer apparently thought the natives resembled people he had seen on the Guinea coast of Africa).

Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)
Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)

The country that had the election a week and a half ago was just plain “Guinea,” officially “the Republic of Guinea,” formerly known as “French Guinea,” and sometimes referred to as “Guinea-Conakry” (Conakry is the capital) to differentiate it from the other Guineas.

What is special about Sunday’s election?

  1. Incumbent Alpha Condé was the first president in Guinea to come to power (in 2010) through a democratic election.
    At independence from France in 1958, Guinea was led by Ahmed Sékou Touré, who went on to “win” uncontested presidential elections from 1961 to 1982. Days after Sékou Touré died in 1984, Lansana Conté took power in a military coup and won three multiparty elections in what observers described as a “facade” of democracy.
    Days after Conté died in 2008, Capt. Moussa Dadis Camara took power in a military coup. Following a massacre of opposition members in a meeting in 2009, one of Camara’s aides shot him in the head. Camara survived and went into exile. Condé won the multiparty presidential election that followed in 2010.
  2. Sunday’s election was the fourth presidential contest Condé has competed in, but the first time he has run as an incumbent.
    Condé, 77, has been in politics for a long time, but the presidential term he is finishing is the first political office he has ever held. As an opposition activist during Sékou Touré’s rule, he was sentenced to death in absentia. He placed second and third in presidential elections that Conté was accused of stealing in 1993 and 1998. Conté’s government threw Condé into jail in 2000 for “undermining the authority of the state”; after his release in 2001 he boycotted the election of 2003. In his third presidential contest in 2010, Condé placed second in the first round with 18 percent (behind Cellou Dalein Diallo with 44 percent), and then won the presidency in the second round with 53 percent.
  3. In Guinea’s highly fractionalized political system, success relies on making (sometimes surprising) alliances.
    In the 2010 presidential election, 24 candidates from 24 different parties competed. Although he won a mere 18 percent in the first round, Condé was able to win in the second round by gaining endorsements from at least twelve of the other competing parties.
    In the campaign for this most recent election on Oct. 11, Diallo formed an alliance with the party led by former junta leader Camara, currently in exile and indicted in absentia for the 2009 massacre of the opposition, including members of Diallo’s party. Notwithstanding that surprising alliance, Condé was predicted by observers to win last week’s election because of the ethnic and personal rivalries that divide his opposition (as well as some accomplishments such as completion of a Chinese-built hydroelectric dam). Eight candidates (considerably fewer than in 2010) competed in the first (and only) round of this year’s presidential election.
  4. The election’s main contestants come from two of the larger ethnic groups in the country, but neither group is large enough to deliver electoral victory alone.
    The largest ethnic group in Guinea is the Fulani, with more than 40 percent of the population; followed by the Malinké, with 30 percent; and the Sossou, with 20 percent. The remaining 10 percent comes from more than 20 smaller ethnic groups.
    In the first round of the 2010 presidential election, Diallo, a Fulani, won 44 percent of the vote vs. 18 percent for the Malinké candidate, Condé.
    Some observers believe that Condé successfully united most of the other parties against Diallo by uniting the non-Fulani ethnic groups against the Fulani.  Diallo, however, argued that Condé rigged the 2010 result. Despite being the largest and economically dominant ethnic group, no Fulani has been president of Guinea.
  5. Although Guinea has a history of troubled elections, and Diallo has rejected this year’s result, election observers described the election as valid (if disorganized).
    Guinea’s first three multiparty elections, under Lansana Conté, were described by observers as fraudulent. In response to major candidates being ruled ineligible to run, most opposition parties boycotted the 2003 election (including Condé’s party), which was also considered fraudulent.
    The first round of the 2010 election was open, transparent and peaceful, but before the runoff election in 2010, violent clashes between supporters of Condé and Diallo led the election to be postponed three times. Diallo accused Condé of fraud but conceded when the Supreme Court ruled against him.
    In the run-up to this October’s election, Diallo complained about the Independent Electoral Commission over a number of issues, including disorganized distribution of voter cards, and he demanded a five-day delay for the election, which was not granted. Nonetheless, Diallo chose not to follow through on his threat to boycott the election.
    This election was peaceful. Observers say the vote was transparent and valid, despite such logistical problems as insufficient materials. In response to early returns that indicate another victory for Condé, Diallo’s supporters accused the president of fraud and called for the election to be repeated. Last Wednesday, Diallo withdrew from the election, alleging fraud, and said he would not recognize the results.
    On Saturday, the Independent Electoral Commission declared Condé the winner with 58 percent of the vote, which makes a run-off election unnecessary (pending confirmation by the Constitutional Court). Diallo, with 31 percent of the vote, still refuses to recognize the result, but said he would not appeal.

Tyson Roberts
Reprinted from The Washington Post