Ambition, querelles et histoire politiques

Yacine Diallo (1897-1954)
Yacine Diallo (1897-1954)

Le site Libreopinionguinee publie une interview de Bah Oury maladroitement intitulée “Cellou Dalein c’était opposé à ce que je soit le candidat de l’UFDG pour briguer la Primature (sic!)”

Les tiraillements entre Messieurs Bah et Diallo concrétisent l’implosion de la politique en Guinée. En témoignent la personnalisation outrancière de la fonction dirigeante, l’égocentrisme pathologique et le culte de la personnalité du chef du parti ou de l’Etat.
Après lecture de l’article, je tiens à rappeler les points suivants.

  1.  Cellou Dalein Diallo et Bah Oury sont des sanaku, ou cousins à plaisanterie dans la tradition du Fuuta-Jalon. Mieux, leurs noms relèvent du stock  authentique des Fulbe et précèdent de milliers d’années l’influences arabo-islamique sur l’onomastique (système des noms propres) de la société. Cellou (Sellu) vient de sellude (être en bonne santé),  Oury (Wuuri) dérive de wuurude (être vivant). L’usage élévé de ces noms est un acte votif. Le jour du baptême les parents formulent un voeu et un souhait et fondent l’espoir pour le nouveau-né à travers le nom positif choisi et imposé, tels que les deux exemples ci-dessus.
    Cela dit, Messieurs Bah et Diallo sont tous deux responsables du déchirement public au sommet de l’UFDG.  Ils détiennent le rôle principal dans cet inélégant et déplorable roman-photo. Il est vrai que les divergences (personnelles et idéologiques) sont inévitables dans toute association politique. Mais Messieurs Diallo et Bah auraient dû débattre à huis clos et trouver un consensus à leurs différends et conflits. Hélas, au lieu d’une approche intelligente et constructive dans la gestion de leur parti, ils ont préféré s’offrir en spectacle et barouder en duels verbaux. Conséquence, des tiraillements physiques eurent lieu au siège du parti en  février 2016. Et le journaliste Mohamed Diallo fut abattu à bout portant. L’appareil judiciaire guinéen étant pourri, il est probable que le meurtrier ne sera jamais identifié et jugé.
  2. Les propos de Bah Oury suggèrent qu’il ne tient pas compte du fait que le passé et  les défis actuels du pays dépassent nettement la querelle de personnes et le conflit d’ambitions qui l’opposent aujourd’hui à  Cellou Dalein.
  3. Il semble ignorer aussi que la Guinée souffre  toujours de la malédiction que la politique de Sékou Touré a appelée sur le pays. En conséquence, Bah Oury rêve et se berce d’illusions hypothétiques. Car en tant que Pullo, il n’avait absolument aucune chance d’accéder à la Primature en 2010. Pour preuve, il n’a qu’à se rappeler la brève et catastrophique expérience de Cellou à la tête du gouvernement en 2004-2006 sous la dictature de Lansana Conté.
  4. Ethnocentrisme oblige, le Président de la Transition, Général Sékouba Konaté, avait jetté son dévolu sur le candidat du RPG, Alpha Condé. Il était résolu à le faire élire, coûte que coûte, vaille que vaille. Dès lors la désignation d’un vice-président de l’UFDG à la Primature aurait contrecarré les plans de Konaté. Là également, que Bah Oury se souvienne que même la syndicaliste Rabiatou Sira Diallo fut rejettée pour diriger le gouvernement. Pour Konaté, le seul nom de famille et l’appartenance ethnique de la dame étaient inacceptables.
  5. D’où la désignation de Jean-Marie Doré: un ancien agent secret de Sékou Touré, prêt à manger à tous les râteliers. Rusé et cynique, il joua le jeu en faveur d’Alpha Condé. Et son gouvernement accompagna toutes les violations du code électoral et tous les coups bas du second tour de l’élection présidentielle.
  6. Bah Oury n’aurait peut-être pas toléré qu’on accuse son ethnie, les Fulɓe, d’empoisonner des boissons en vente publique.
  7. Cela ne l’a pas empêché d’accepter, au nom de l’UFDG, le portefeuille bidon de ministre de la “réconciliation nationale” (sans justice !) au sein du gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré. Acculé, ce dernier capitula rapidement face au criminel capitaine Moussa Dadis Camara. Cela ne lui évita pas les harcèlements, l’emprisonnement, et un simulacre d’exécution sommaire nocturne  au sinistre PM3 de la gendarmerie à Conakry.
  8. Que Bah Oury prenne donc ses démêlés avec humilité et un brin de sagesse. Qu’il n’oublie pas comment, à la fin des années 1990, au sein de l’Union des Forces Démocratiques (UFD), il torpilla feu Alfâ Ibrahîm Sow, notre maître à tous et l’intellectuel du Pular/Fufulde. Lire :

Unité politique : tirer les leçons de l’histoire

Après la mort —subite et suspecte— de Yacine Diallo en 1954, le Fuuta-Jalon se mit en quête d’un successeur pour porter le flambeau du pionnier et doyen de la politique partisane en Guinée. Dans les Cailloux de la mémoire Nadine Bari publie le témoignage valide des tractations, rapporté par feu Thierno Mouctar Bah. Le choix des Almami et des chefs de canton se porta sur Diawadou Barry, au détriment de Ibrahima Barry dit Barry III. Il s’en suivit une rivalité ardue entre les deux hommes, qui étaient pourtant des cousins lignagers. Dans le système de parenté quadrangulaire des Fulɓe le patronyme Bari est réservé aux Dayeeɓe. Les trois autres noms sont Ba (Ururuɓe), Soo (Feroɓɓe) et Jallo (Jalluɓe). Diawadou est du sous-clan des Seediyaaɓe, Barry III appartient à celui des Seeriyaaɓe. Mais la quête du pouvoir n’a souvent cure des liens familiaux, personnels, etc.
A la tête de leurs partis respectifs : le Bloc Africain de Guinée (Diawadou) et le Mouvement Socialiste Africain (Barry III), les deux hommes se combattirent vigoureusement donc. Cela jusqu’en 1957. Date à laquelle ils se réconcilièrent et s’unirent au sein du Parti du Regroupement Africain (PRA). Leur commun rival était le PDG-RDA, dirigé par Sékou Touré et Saifoulaye Diallo
Cellou Dalein et Bah Oury devraient étudier, réfléchir et tirer les leçons de cet épisode crucial de l’histoire politique au Fuuta-Jalon et en Guinée. Pour les appuyer des sources authentiques et des documents idoines sont accessibles sur mes sites webFuuta et webGuinée.

Tierno S. Bah

Habré coupable ! Dadis à la barre !

Tchad. La Plaine des Morts
Tchad. La Plaine des Morts

Le glaive de la justice a doublement frappé l’ancien dictateur tchadien Hissène Habré aujourd’hui à Dakar. Dirigeant les Chambres africaines extraordinaires (CAE), le magistrat burkinaɓe Gberdao Gustave Kam, assisté des juges sénégalais Amady Diouf et Moustapha Bâ, a en effet reconnu l’accusé coupable de crimes contre l’humanité. Sujette à appel, la sentence de la cour est exemplaire et méritée : la prison à vie.
Ce jour est à marquer d’une pierre blanche, car il représente une victoire —maintes fois différée— des victimes sur les bourreaux dans l’Afrique post-coloniale.
Ce verdict constitue un jalon important dans la lutte contre l’impunité sur le continent. Mais il s’agit seulement d’une étape dans une course de fond et relai, d’une bataille dans une guerre permanente contre la tyrannie. D’autres despotes sont déjà tombés dans les filets de la justice. Exemples : l’ex-président du Libéria, Charles Taylor. Reconnu coupable de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’autres violations sérieuses de lois humanitaires internationales, il purge une peine de 50 ans de prison en Grande-Bretagne.

Moussa Dadis Camara
Moussa Dadis Camara

Le procès de Laurent Gbagbo, ancien président de la Côte d’Ivoire, s’est ouvert le 26 janvier dernier. Il répond à quatre chefs d’accusation relevant de crimes contre l’humanité — meurtre, viol et autres formes violence sexuelle, persécution et autres acts inhumains.
Comme on le voit les cas Habré et Ggagbo sont similaires aux crimes perpétrés en Guinée, de 1958 à nos jours.
Prenons le document intitulé “Report of the United Nations International Commission of Inquiry mandated to establish the facts and circumstances of the events of 28 September 2009 in Guinea”.

Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009
Cadavres et survivants du massacre au stade du 28 septembre, le 28 septembre 2009

Le rapport accuse le chef de la junte militaire, Moussa Dadis Camara, alors capitaine, et ses collaborateurs d’être responsables de :

  • Crimes contre l’humanité
  • Crimes spécifiques : meurtre, emprisonnement et autres atteintes sérieuses contre la liberté physique
  • Tortures et de traitements cruels, dégradants et inhumains
  • Viols, esclavage sexuel, et violences sexuelles
  • Disparitions forcées
  • Actes inhumains
  • Persécution sexuelle, politique et ethnique
  • Violations des droits fondamentaux
Hissène Habré, ex-président du Tchad
Hissène Habré, ex-président du Tchad

M. Alpha Condé est soi-disant le président démocratiquement élu de la Guinée depuis 2010. Utilisant différentes méthodes et tactiques dilatoires, il retarde et/ou bloque l’enquête sur les massacres de 2009. Paradoxalement, des opposants politiques de M. Condé (UFDG, Bloc Libéral) ont voulu associer Dadis —exilé à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso— à la campagne électorale de 2015, lui offrant ainsi une exonération éventuelle —extra-judiciaire et politicienne— face aux suspicions qui pèsent contre lui.
Mais les crimes énumérés ci-dessus restent punissables, quelque soit le délai mis pour déférer les accusés devant la justice. Il fallut 16 ans pour arrêter et juger Hissène Habré. Sept années se sont écoulées depuis la boucherie au stade du 28 septembre de Conakry. Il est temps que Moussa Dadis Camara passe à la barre.

Tierno S. Bah

Lire également :
A la barre. Hissène Habré condamné à la perpétuité : un procès pour l’histoire, mais des parts d’ombre
In landmark trial, former Chad dictator found guilty of crimes against humanity
La Plaine des Morts. Le Tchad de Hissène Habré

Vidéo : Reed Brody: The Dictator Hunter

Coup KO contre la Constitution ?

On le sait, en Guinée le slogan “Un coup KO” sous-entendait la programmation et annonçait — bien avant le vote du 11 octobre — la victoire du candidat Alpha Condé. Et, sans surprise, les institutions à sa solde —CENI et Cour constitutionnelle — l’ont donné gagnant du premier et unique round d’une élection présidentielle ravalée métaphoriquement au niveau d’un match de boxe.
Cela dit, la loi fondamentale limite  à deux le nombre de mandats consécutifs du président de la république. Elle abaisse aussi la barre d’âge des candidats. Malgré ces obstacles, faudrait-il pour autant exclure que M. Condé envisage une révision constitutionnelle en 2020 pour “briguer” un troisième mandat… Et un quatrième… ainsi de suite… Il détiendrai ainsi le pouvoir à vie, ne le cédant  qu’à l’inévitable Mort.
L’appétit vient en mangeant, avertit le dicton.
Exilé et condamné à mort par contumace par Sékou Touré, condamné à la prison par Lansana Conté, le candidat-président-candidat Alpha Condé a adopté ses défunts prédécesseurs et tourmenteurs comme ses modèles à imiter. On ne saurait faire preuve de plus de cynisme et d’électoralisme !
Après avoir frauduleusement remporté deux mandats, il ne faudrait  pas exclure que, comme ses deux devanciers, M. Condé cherche, lui aussi, à boucler un quart de siècle à la tête de l’Etat, corrompu, incompétent, décadent et violent de Guinée.
Aux précédents propres à la Guinée, M. Condé pourrait trouver des exemples externes pour s’accrocher aussi longtemps que possible au fauteuil. En l’occurrence, il pourrait s’inspirer des révisions constitutionnelles envisagées et/ou opérées dans d’autres pays africains. Cela lui permettrait d’instaurer une “monarchie présidentielle” et de “s’éterniser”. Quitte, ensuite, à passer le bâton à son fils !
Dis-mois qui tu hantes, je te dirai qui tu es, rappelle un autre proverbe. Ces derniers temps, Alpha Condé s’affiche avec des dictateurs notoires : Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Guinée équatoriale) et Denis Sassous-Nguesso (République du Congo). Or ces potentats rejettent toute alternance démocratique. Ils monopolisent l’Etat et confisquent la direction de leurs pays. La tentation pourrait être grande de les copier. Dans tous les cas, la Guinée est soumise à une telle sclérose depuis 1958.
Il y a pire. En plus de l’Afrique centrale, voilà que l’Afrique de l’Est entre dans la danse.  Emulant Robert Mugabe du Zimbabwe, les présidents Paul Kagamé (Rwanda) et Yoweri Museveni (Ouganda) ont réarrangé la Constitution afin d’obtenir carte blanche pour une longevité présidentielle sine die.
Le malheur n’arrive pas qu’aux autres, conclut un troisièm adage. Et la Guinée pourrait bien être la prochaine victime de la boulimie du pouvoir d’un président “démocratiquement élu”.
Tierno S. Bah
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l'Inde, Narendra Modi
New Delhi. 29 octobre 2015 — President Alpha Condé rencontre le Premier ministre de l’Inde, Narendra Modi. Selon l’Agence de presse africaine (AP) la Guinée et l’Inde ont signé des accords dans le domaine agricole et celui de la santé, en marge du Sommet Inde-Afrique qui se tient à New Delhi depuis le 26 octobre et auquel prend part une délégation guinéenne conduite par le président Alpha Condé. Le volet agricole porte sur la modernisation de l’agriculture pour une enveloppe de 55 millions de dollars, tandis que l’accord sur la santé concerne la construction de deux hôpitaux pour un coût de 35 millions de dollars. (APA)

La nature, les motivations et les mobiles, l’efficience et le bilan des contacts entre les pays émergents (BRICS) et l’Afrique font l’objet d’analyses constantes, plus ou moins adéquates et profondes. Lire, par exemple, BRICS-Africa Cooperation: A Myth
Vijay Prashad. The Poorer Nations. A Possible History of the Global South
Pour sa part, professeur d’études internationales à Trinity College (Connecticut), Vijay Prashad est l’auteur, entre autres, de deux excellents livres :  The Darker Nations: A People’s History of the Third World (2008) et The Poorer Nations: A Possible History of the Global South (2014), qui réflètent une grande maîtrise de cette question épineuse. Sa conclusion sceptique remet en cause les clichés et les idées reçues à propos de ce thème politique et économique, à l’honneur depuis la fin de la deuxième guerre mondiale (1939-1945).

Après son “Coup KO” contre l’opposition, la réélection validée du président Condé au 1er tour présage-t-elle d’un KO contre la Constitution en 2020 ?

La Cour constitutionnelle guinéenne a validé samedi soir la réélection au premier tour du président sortant Alpha Condé, après avoir rejeté l’ensemble des recours en annulation présentés par trois de ses sept adversaires, lors d’une audience publique retransmise en direct.

Le président de la Cour, Kèlèfa Sall, a donné lecture de l’arrêt, en réponse aux trois requêtes en annulation du premier tour le 11 octobre. La Cour a les a toutes déclarées recevables sur la forme, mais rejetées sur le fond, concluant le plus souvent à l’absence de preuve ou d’influence sur les résultats.

Il a ensuite énuméré les résultats définitifs par candidat, très légèrement amendés par rapport aux résultats provisoires proclamés le 17 octobre par la Commission électorale nationale indépendante (Céni).

La Cour “déclare en conséquence M. Alpha Condé, candidat présenté par le RPG Arc-en-ciel (Rassemblement du peuple de Guinée, au pouvoir), ayant obtenu 2.284.827 des suffrages exprimés, soit 57,84 %, élu président de la République pour la mandature allant du 21 décembre 2015 au 21 décembre 2020”.

Trois des huit candidats, arrivés 4e, 5e et 6e, avec un peu plus d’1 % des voix chacun, avaient saisi la Cour constitutionnelle.

Ils invoquaient notamment l’autorisation par la Céni, du vote sans enveloppe, l’expulsion de leurs délégués de nombreux bureaux de vote, et alléguant d’irrégularités dans la distribution des cartes d’électeur et de la participation de mineurs dans les zones favorables au pouvoir.

Dès le lendemain du scrutin, les sept adversaires de M. Condé ont dénoncé une “mascarade” et refusé par avance d’en reconnaître les résultats.

Mais le chef de l’opposition Cellou Dalein Diallo, arrivé deuxième avec 31,45% des voix, avait prévenu le 17 octobre qu’il ne saisirait pas la Cour constitutionnelle, récemment créée, dont il conteste l’indépendance.

Les différentes missions d’observation électorales, notamment européenne et africaines, avaient constaté une série de problèmes logistiques et d’organisation mais salué la forte participation et l’absence de violences le jour du vote.

Au moins 13 personnes avaient été tuées et quelque 80 blessées dans les violences électorales, selon Amnesty International.

Ancien opposant, Alpha Condé est le premier président démocratiquement élu de cette ex-colonie française d’Afrique de l’Ouest, dirigée jusqu’alors par des pouvoirs autoritaires ou dictatoriaux.

AFP

Victoire annoncée d’Alpha Condé

Tierno Monenembo
Tierno Monenembo

L’écrivain guinéen Tierno Monenembo  a réagi suite à la victoire annoncée du président Alpha Condé en Guinée.Très amer, cet écrivain explique les dessous de la victoire d’Alpha Condé et les erreurs commises par l’opposition. Explications…

En  Afrique, les comédies électorales  sont encore plus cocasses que les pitreries de Bokassa et d’Amin Dadda. On y meurt de rire au sens littéral du terme puisque hélas, les larmes de sang y submergent au moindre mouvement de foule celles, de joie. Les dernières présidentielles guinéennes en sont un exemple  édifiant en dépit du parti-pris de ceux-ci et de la fabulation de ceux-là.

Mais peut-on parler de mascarade quand le match est truqué d’avance, le score affiché avant l’ouverture du stade et le nom du vainqueur connu avec ou sans bulletin de vote ? Non, il n’y a eu ni problèmes techniques ni irrégularités dans cette élection. Tout a été programmé dans le moindre détail et avec un cynisme à faire frissonner la dépouille de Machiavel. Dès 2014, les ministres, les préfets, les sous-préfets ont reçu l’ordre de faire passer Alpha Condé coûte que coûte et dès le premier tour. Ils savaient, les pauvres que leur carrière dépendrait non pas de leur compétence mais du zèle qu’ils mettraient à s’y exécuter.

Monsieur Alpha Condé était « si sûr de sa victoire » qu’en violation de la loi, il a catégoriquement refusé que les élections municipales se passent avant les présidentielles. Normal, des délégués désignés par le pouvoir sont bien plus accommodants que des énergumènes bénéficiant de la légitimité des urnes ! Il était « si sûr de sa victoire », ce chouchou de la Françafrique, qu’il s’est opposé à l’assainissement de la liste électorale pourtant manifestement truffée d’erreurs et de malversations. Il a fait distribuer les cartes du même nom en fonction des bureaux de vote. Le taux de participation le prouve : plus de 90% dans les fiefs qui lui sont favorables, parfois moins de 40% ailleurs. Dans certains cas, à peine dix électeurs pouvaient effectivement voter.

Mais tout cela ne pouvait suffire tant la tâche s’avérait ardue au vu du bilan morose de son quinquennat. Pour que le tour fût joué, il fallait aussi distribuer des pots de vin, bourrer les urnes et surtout virer les petits curieux de l’opposition des bureaux de vote les plus sensibles. Bref, rien de nouveau dans le paysage politique africain malgré le discours de La Baule et les conférences nationales, malgré les nombreux martyrs de Conakry, de Ouagadougou et d’ailleurs ! Les élections d’aujourd’hui ont la même couleur et la même odeur qu’au temps de Mobutu, de Sékou et d’Eyadema. Les mêmes méthodes : l’ethno-stratégie et la fraude ! Le même discours : les fausses promesses et la calomnie ! Le même stupéfiant résultat : des scores à la soviétique.

A l’heure où nous écrivons ces lignes, les médias prévoient déjà un triomphe avoisinant les 60%. Ce qui serait tout simplement ridicule si l’on n’était en Afrique où justement le ridicule — dans les allées du pouvoir tout au moins — est si naturel qu’il tue dix fois plus que les épidémies.

Tout le monde (que l’on soit citoyen ou diplomate, journaliste ou politologue) sait que la configuration actuelle de l’électorat guinéen ne permet à personne (fût-il Alpha Condé ou Cellou Dalein Diallo !) de l’emporter régulièrement au premier tour. Nous sommes en 2015 ! Pinochet est mort ! Le mur de Belin est tombé ! Pol-Pot n’est plus ! Les systèmes politiques du monde entier convergent vers la démocratie, c’est-à-dire vers la relativité du pouvoir ! Aujourd’hui, une élection au premier tour est forcément suspecte et celle à 60%, simplement abjecte !

Il faut être vraiment  cinglé pour imaginer le contraire ! Je ne sais pas si Alpha Condé est cinglé mais il est manifeste que comme tous les enfants gâtés, il n’a aucun sens des réalités. Oui, Alpha Condé est un enfant gâté ! Il est convaincu, le bougre, qu’il peut tout se permettre puisqu’il a l’armée avec lui, la Ceni et la Cour Suprême sous ses ordres, et cette funeste communauté internationale à ses petits soins. Il peut brûler le pays, falsifier la mémoire, démanteler les ethnies et même brûler le pays. Il sait qu’il a plein de chefs d’Etat véreux, de diplomates galeux et de journalistes lèchent-culs pour le couvrir et changer ses plus belles conneries en miracles de Lourdes.

Cette imposture électorale ne découragera personne, elle ne remettra pas en cause notre unité nationale multiséculaire et notre sens renommé de l’histoire. Alpha Condé et sa mafia internationale n’aiment ni les Malinkés ni les Peuls, ni les Soussous, ni les Guerzés, ni les Tomas ni les Kissis etc. C’est notre bauxite qu’ils convoitent. C’est notre mort collective qui les intéresse.

Non, mes chers compatriotes, ce jour n’est pas un jour de deuil. C’est le  matin d’un soleil nouveau où conscients du terrible danger qui nous guette, et des monumentales erreurs du passés, tous les Guinéens sont déterminés à changer leur sort dans l’unité et dans la paix autant que cette noble idée animera le camp adverse.

Beaucoup d’entre nous aurons malheureusement tendance à mettre cette simili-défaite sur le dos de l’opposition. Ces serait commettre une grave erreur. Partout où nos opposants se sont déplacés pour faire campagne, il n’y a eu ni guerre ethnique ni chien écrasé. Au contraire à Nzérékoré comme à Conakry, c’est Alpha Condé soutenu par la mafia internationale qui a orchestré les violences. Par chance, l’histoire, aujourd’hui est filmée et tôt ou tard, tout cela sera enregistré dans la mémoire de nos descendants.

Je dois le reconnaître, notre opposition n’est pas idéale. Elle a un défaut, un gros défaut : elle est trop légaliste, trop démocrate dans un pays où ces notions passent pour des billevesées dans le camp présidentiel.

Oh, j’allais oublier, elle a un défaut encore plus grave à mon goût : elle croit trop en la communauté internationale, cette mafia sicilienne qui aide Alpha Condé à affûter le couteau acheté pour lui couper la gorge.

La Guinée est une République libre et indépendante. Elle ne sera jamais la salle de bain ni des puissances nucléaires ni des douteuses officines de New-York, d’Harlem ou d’Addis-Abeba.

Chers frères opposants, fermez la porte à cette saloperie d’internationale bureaucratique, tournez-vous vers votre peuple. Il n’existe pas d’autre solution quand on se trouve en face de gens sans vergogne, qui ne respectent rien : ni la loi ni la vie humaine, rien que leurs sordides intérêts.

C’est ce qu’a fait De Gaulle devant les nazis. C’est ce qu’a fait l’Algérie devant le colonisateur français. C’est ce qu’a fait la Tunisie devant Ben- Ali. C’est  ce qu’a fait le Burkina devant Compaoré.

Tierno Monénembo

5 Things about Guinea’s peaceful election

Guinea’s National Independent Electoral Commission has released the provisional results of the first round of the presidential election held October 11. See Le “Coup KO” n’est pas OK.
I reprint this blog post from the Washington Post because it provides an overview of the voting process. Also, the 5-point ordered list may be just the length of text and type of content that casual readers may need. However, the author proposes a historical review of Guinea’s electoral politics that falls way short for the following reasons:

  1. Tyson Roberts jumps to a hasty conclusion and uses  “peaceful” inappropriately. In reality, and according to an Amnesty International report, “Unarmed people shot in back and beaten to death by security forces in Conakry.” The human rights group  condemns the “clear evidence that members of Guinea’s security forces were responsible for the death and injury of unarmed civilians. There could be no justification for firing at these unarmed people, and no excuse for failing to hold those suspected of criminal responsibility to account.
  2. The author over-simplifies his picture of the situation by reducing the contest to a rivalry between Alpha Condé and Cellou Dalein Diallo. In fact, Guinea’s political landscape extends beyond these two leaders, notwithstanding the fact they —mainly but exclusively — represent  the main communities: Fulbe and Maninka
  3. As a result, the name and role of a solid contender such as Sidya Touré appears nowhere
  4. The successive dictatorships of Sékou Touré (1958-1984) and Lansana Conté (1984-2008) are merely and leniently described as rules. Yet, the author points out that Alpha Condé was sentenced to death in absentia. With such a hint, he should have logically concluded that Guinea was run by a tyrant. Furthermore, M. Condé was not the only person to receive a death penalty. Twenty other Guineans exiles suffered the same fate. Read the verdict of the Tribunal révolutionnaire suprême on the Camp Boiro Memorial.
  5. The author is silent on the rigged results of the second round of the 2010 presidential. Soundly beaten on the first round, Alpha Condé was dubiously proclaimed the victor in the second round. Most serious observers remain puzzled by the reversal of fortune of the two candidates. Ever since, details have emerged linking Waymark Infotech, the company that tallied the ballots, to South African intelligence circles.
    Read High Noon at the Guinea Corral
    Tierno S. Bah

Which Guinea, you ask? There are 4 countries whose name includes “Guinea” (named for the Guinea region in West Africa), including Equatorial Guinea (formerly Spanish Guinea), Guinea-Bissau (formerly Portuguese Guinea), and Papua New Guinea (in Oceania rather than Africa – a Spanish explorer apparently thought the natives resembled people he had seen on the Guinea coast of Africa).

Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)
Supporters of candidate Alpha Conde gather in a street in Conakry on Saturday to celebrate after it was announced that he had won the elections. (Youssouf Bah/AP)

The country that had the election a week and a half ago was just plain “Guinea,” officially “the Republic of Guinea,” formerly known as “French Guinea,” and sometimes referred to as “Guinea-Conakry” (Conakry is the capital) to differentiate it from the other Guineas.

What is special about Sunday’s election?

  1. Incumbent Alpha Condé was the first president in Guinea to come to power (in 2010) through a democratic election.
    At independence from France in 1958, Guinea was led by Ahmed Sékou Touré, who went on to “win” uncontested presidential elections from 1961 to 1982. Days after Sékou Touré died in 1984, Lansana Conté took power in a military coup and won three multiparty elections in what observers described as a “facade” of democracy.
    Days after Conté died in 2008, Capt. Moussa Dadis Camara took power in a military coup. Following a massacre of opposition members in a meeting in 2009, one of Camara’s aides shot him in the head. Camara survived and went into exile. Condé won the multiparty presidential election that followed in 2010.
  2. Sunday’s election was the fourth presidential contest Condé has competed in, but the first time he has run as an incumbent.
    Condé, 77, has been in politics for a long time, but the presidential term he is finishing is the first political office he has ever held. As an opposition activist during Sékou Touré’s rule, he was sentenced to death in absentia. He placed second and third in presidential elections that Conté was accused of stealing in 1993 and 1998. Conté’s government threw Condé into jail in 2000 for “undermining the authority of the state”; after his release in 2001 he boycotted the election of 2003. In his third presidential contest in 2010, Condé placed second in the first round with 18 percent (behind Cellou Dalein Diallo with 44 percent), and then won the presidency in the second round with 53 percent.
  3. In Guinea’s highly fractionalized political system, success relies on making (sometimes surprising) alliances.
    In the 2010 presidential election, 24 candidates from 24 different parties competed. Although he won a mere 18 percent in the first round, Condé was able to win in the second round by gaining endorsements from at least twelve of the other competing parties.
    In the campaign for this most recent election on Oct. 11, Diallo formed an alliance with the party led by former junta leader Camara, currently in exile and indicted in absentia for the 2009 massacre of the opposition, including members of Diallo’s party. Notwithstanding that surprising alliance, Condé was predicted by observers to win last week’s election because of the ethnic and personal rivalries that divide his opposition (as well as some accomplishments such as completion of a Chinese-built hydroelectric dam). Eight candidates (considerably fewer than in 2010) competed in the first (and only) round of this year’s presidential election.
  4. The election’s main contestants come from two of the larger ethnic groups in the country, but neither group is large enough to deliver electoral victory alone.
    The largest ethnic group in Guinea is the Fulani, with more than 40 percent of the population; followed by the Malinké, with 30 percent; and the Sossou, with 20 percent. The remaining 10 percent comes from more than 20 smaller ethnic groups.
    In the first round of the 2010 presidential election, Diallo, a Fulani, won 44 percent of the vote vs. 18 percent for the Malinké candidate, Condé.
    Some observers believe that Condé successfully united most of the other parties against Diallo by uniting the non-Fulani ethnic groups against the Fulani.  Diallo, however, argued that Condé rigged the 2010 result. Despite being the largest and economically dominant ethnic group, no Fulani has been president of Guinea.
  5. Although Guinea has a history of troubled elections, and Diallo has rejected this year’s result, election observers described the election as valid (if disorganized).
    Guinea’s first three multiparty elections, under Lansana Conté, were described by observers as fraudulent. In response to major candidates being ruled ineligible to run, most opposition parties boycotted the 2003 election (including Condé’s party), which was also considered fraudulent.
    The first round of the 2010 election was open, transparent and peaceful, but before the runoff election in 2010, violent clashes between supporters of Condé and Diallo led the election to be postponed three times. Diallo accused Condé of fraud but conceded when the Supreme Court ruled against him.
    In the run-up to this October’s election, Diallo complained about the Independent Electoral Commission over a number of issues, including disorganized distribution of voter cards, and he demanded a five-day delay for the election, which was not granted. Nonetheless, Diallo chose not to follow through on his threat to boycott the election.
    This election was peaceful. Observers say the vote was transparent and valid, despite such logistical problems as insufficient materials. In response to early returns that indicate another victory for Condé, Diallo’s supporters accused the president of fraud and called for the election to be repeated. Last Wednesday, Diallo withdrew from the election, alleging fraud, and said he would not recognize the results.
    On Saturday, the Independent Electoral Commission declared Condé the winner with 58 percent of the vote, which makes a run-off election unnecessary (pending confirmation by the Constitutional Court). Diallo, with 31 percent of the vote, still refuses to recognize the result, but said he would not appeal.

Tyson Roberts
Reprinted from The Washington Post