Claude Rivière : hautement constestable (suite)

Guinée, 1960. Education et enseignement. Un instituteur dispense un cours de géographie.
Guinée, 1962. Education et enseignement. Un instituteur dispense un cours de géographie. (Source : Bernard Charles. Guinée)

Comme indiqué dans une livraison précédente, le contenu de l’article de Claude Rivière “Investissements éducatifs en Guinée”, invite, de bout en bout, à la contestation et à la réfutation. C’est ici précisément mon propos, faits à l’appui.
Je m’interroge d’abord sur  le(s) mobile(s) personnel(s) et/ou secret(s), ainsi que la motivation, discernable, de l’ancien doyen de la Faculté des Lettres et Sciences sociale de l’Institut Polytechnique —avant la dénomination Gamal Abdel Nasser en 1967. Qu’est-ce qui l’a poussé à rédiger ce papier, qui est, à mon avis, en flagrante contradiction avec l’histoire post-coloniale du pays ?
Le papier fut publié en 1965. Fut-il rédigé la même année ou bien en recul deux ou trois ans plus tôt. La question se pose sérieusement. Car la lecture de la Chronologie de Guinée par André Lewin dépeint un climat politique tendu, que Claude Rivière décide d’ignorer et d’occulter dans son écrit. Passant ainsi outre la réalité il se borne à un compte-rendu tiré par les cheveux sur les “investissements éducatifs”.
Par exemple, il ne mentionne que le nom de six personnes : Sékou Touré (3 fois), Louis Béhanzin (3 fois), Fodéba Keita, Camara Laye, Kandia Kouyaté (chacun 1 fois).

En réalité le nom Béhanzin ne paraît qu’une fois. Toutefois ses fonctions d’Inspecteur général sont soulignées deux fois. Et Rivière couvre le titulaire d’éloges. Il le défend face aux critiques des réformes improvisées du système d’éducation. Il minimise ce qu’il appelle “un échec relatif de la réforme de l’enseignement”. Il balaie de telles accusations comme inconsidérées. Au contraire, il avance que “des modifications” ont “été apportées pour revaloriser l’enseignement”. Et il déclare sommairement que “les perspectives sont plutôt encourageantes”. Enfin il enfonce le clou flatteur :

« Les étrangers le reconnaissent d’ailleurs. Un expert de l’O.N.U. m’avouait que le ministère de l’Education Nationale était celui qui fonctionnait le mieux en Guinée. Déjà structuré avant l’indépendance, il avait continué de recevoir des crédits et des professeurs. Il concentrait aussi une bonne partie des élites intellectuelles du pays. Ajoutons à cela que son essor est dû aux personnalités qui le dirigent. »

De quelle partie des élites intellectuelles de Guinée Claude Rivière veut-il parler ainsi en 1965?

L’auteur fait preuve ici d’un cynisme repoussant. Du coup, il devient un allié et un complice objectif de la dictature de Sékou Touré, dont Louis Sénainon Béhanzin fut l’une des éminences grises et âmes damnées. Car Rivière condamne  de facto et sacrifie délibérément ses collègues enseignants accusés de complot, arrêtés, jugés arbitrairement et condamnés à de lourdes peines de prison. Depuis 1961 ceux-croupissaient en prison au Camp Camayenne (rebaptisé Camp Boiro en 1968) et dans différents régions du pays. Il s’agit de :

  • Koumandian Keita
  • Djibril Tamsir Niane
  • Mamadou Traore dit Ray Autra
  • Mountaga Balde
  • Hassimiou Balde
  • Ibrahima Kaba Bah
  • Niang Seyni
  • Ibrahima Fofana
  • Sidi Diarra
  • Mamadou Gangue
  • Moumini Sow
  • Mamadou Kolon Diallo
  • Bahi Seck
  • Kenda Diallo, etc.

Claude Rivière vante les mérites de la politique de Sékou Touré et du PDG en matière d’éducation. Et pourtant en 1961 déjà les prétendus comploteurs sus-nommés avaient averti le régime sur la nécessité de donner la priorité absolue à la formation de la jeunesse. Leur Mémorandum historique épluche point par point les aspects humains, techniques, pédagogiques, financiers de l’art et du métier d’enseignant.

Guinée, 1960, un élève en examen (Source : Bernard Charles. Guinée)
Guinée, 1962, un élève en examen (Source : Bernard Charles. Guinée)

1961 : école, enseignants et faux complot

Rédigé par les membres du Bureau directeur du Syndicat national des enseignants de Guinée — membre de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée —, le Mémoire sur le statut des enseignants de Guinée de 1961 n’a rient de politique. Il n’est pas banal aussi. Du reste, Sékou Touré avait exprimé des points de vue similaires dans sdans un discours tenu aux enseignants à l’Assemblée nationale le 31 mars 1961 et reproduit le journal Horoya, numéro du 13 juillet 1961. Le président guinéen y disait :

« Nous pouvons, dès maintenant, dire, comme vous l’avez souligné au cours de votre congrès, que la revalorisation du corps enseignant est l’une des conditions indispensables à la rénovation de l’enseignement guinéen. Nous sommes entièrement d’accord avec vous sur ce point et s’il vous était donné de connaître les nombreuses délibérations de la direction du parti sur ce problème, vous seriez convaincus de l’intérêt qu’il porte et verriez qu’il est décidé, plus que jamais, à une reconversion dans la hiérarchie des valeurs relatives aux conditions matérielles et morales faites aux différents corps de métiers, en accordant à l’enseignement la place de choix qui lui revient. Comme nous voulons satisfaire entièrement notre désir de faire évoluer le plus rapidement possible notre pays, le problème général de la revalorisation de la fonction enseignante sera résolu, je crois, avant la rentrée prochaine : les nouveaux statuts particuliers paraîtront prochainement avec les grilles indiciaires correspondantes ».

Toutefois, e 13 octobre 1961, les enseignants lui répondent, poliment et avec déférence, clairement avec fermeté. A notre sens, écrivent-ils :

« … Le statut particulier des enseignants avait pour but fondamental de servir efficacement la révolution populaire guinéenne. De fait, pourtant, poursuivons-nous, il s’agit de l’utilisation extensive de l’école pour l’avènement d’une société nouvelle que le peuple guinéen est en train de construire sous l’égide de son parti ».
« … C’est donc dire qu’il s’agit bien d’un problème national débordant singulièrement le cadre étroit de revendications corporatives ».

Et l’argumentation du Mémoire continue :

« Ainsi le problème posé est loin d’être, pour nous, une question d’algèbre se soldant par des équations positives ou négatives. Nos luttes passées, présentes et futures se placent dans les perspectives bien plus élevées d’un idéal. Et cet idéal que nous voulons révolutionnaire et qui anime tous les enseignants progressistes du monde, idéal de liberté, de justice, de progrès, de démocratie et de bien-être pour tous, nous pensons qu’il ne saurait s’épanouir que dans une humanité expurgée des fléaux que constituent l’ignorance et l’obscurantisme.
Personne ne peut nier que la diffusion rapide de la culture scientifique moderne ne soit une condition nécessaire pour que les peuples, maintenus jusqu’ici dans un état de sous-développement, puissent rattraper ce retard historique. Personne ne peut nier que l’épanouissement de la démocratie exige que l’instruction soit accessible à l’ensemble du peuple. C’est ce que José Marti, héros de l’indépendance cubaine, exprimait magnifiquement en ces termes :
« C’est dans le peuple même que se situe la grande révolution : savoir lire, c’est savoir marcher. Savoir écrire, c’est savoir s’élever. Les humbles livres de l’école donnent à l’homme des pieds, des bras et des ailes ».
Il est donc inutile d’insister sur l’importance nationale du développement de l’éducation dans la phase actuelle de notre histoire. Tout le monde est d’accord là-dessus.
Mais cet accord de principe implique des conséquences que l’on n’a pas le droit d’éluder. Car si l’on admet que l’enseignement est un des besoins prioritaires dans le cadre de la révolution guinéenne, le corollaire est qu’il soit fait aux enseignants une situation qui les mette à même d’accomplir avec le maximum d’efficacité leur tâche. En d’autres termes, c’est dire que la nation ayant besoin des enseignants et de leur travail, il en résulte qu’il faut donner à ces mêmes enseignants des moyens matériels adéquats pour un rendement qualitatif. Que le gouvernement et le parti aient le souci de s’opposer à des gonflements abusifs de salaires qui assureraient à certains des possibilités d’embourgeoisement, les coupant des masses, c’est là un objectif avec lequel nous sommes pleinement d’accord. La discussion ne saurait porter sur le principe lui-même, mais seulement sur ses modalités d’application. Il convient en effet que les salaires, tout en restant modérés et en harmonie avec les moyens du pays, soient suffisants pour permettre à l’enseignant de se consacrer tout entier à sa tâche. Précisons ici ce que nous entendons concrètement par l’expression : tout entier. »

Hélas, le mal rongeait depuis la proclamation de la souveraineté en 1958. Et le feu couvait sous la cendre depuis 1960 sous la forme d’embourgeoisement des ministres et haut-cadres. Au détriment de l’encadrement des élèves, étudiants et enseignants. Ce processus alarmant avait inspiré à Djibril Tamsir Niane un poème satirique, qui mit à nu l’ambiguité de la soit-disant révolution guinéenne.

Guinée 1962. Eudiante prenant notes (Source : Bernard Charles. Guinée)
Guinée 1962. Eudiante prenant notes (Source : Bernard Charles. Guinée)

Paru en octobre 1961 dans la rubrique Divertissements de Aramè. Bulletin bi-mensuel d’information et d’éducation. Section PDG-RDA de Conakry II, le billet subtilement moqueur et dénonciateur de Djibril T. Niane disait :

« Camarade, je ne comprend pas.
Moi, j’ai dit non.
Toi aussi.
Et le méchant colon est parti.
Liberté est venue à sa place
Escortée par Démocratie.
Responsabilité suivait d’un pas grave.
Moi, j’ai dit non.
Toi aussi.
Richesse est venue en cachette
Et dans ta gibecière s’est logée.
Près de moi resta Pauvreté.
S’accordant sur Dignité.
Et pourtant j’avais bien dit NON.
Toi aussi d’ailleurs. »

Sékou Touré se sentit visé. Depuis son élection à la mairie de Conakry (1956), sa désignation comme vice-président du Conseil de Gouvernement de la Loi-cadre (1957-58), lui et ses proches collaborateurs avaient déjà accumulé des fortunes personnelles (notamment foncières et immobilières)

Lire  Dictature et domaines fonciers

Et au lieu de dialoguer avec ses frères —qui ne voulaient que le bien du pays sous sa direction —, Sékou Touré réagit avec fureur et impulsivité. Il accusa le coup. Autocrate vindicatif, il frappa en maître absolu des lieux. Après les victimes tragiques du faux Complot Ibrahima Diallo en 1960, le PDG et son leader jettèrent l’élite de l’éducation dans le système carcéral naissant — mais qui s’élargira et causera la ruine de la Guinée.

Claude Rivière reçut-il une congratulation ou un récompense pour cet article aberrant et absurde ? Difficile, tardif et inutile à savoir. Dans l’article suivant je releverai d’autres passages aussi flagorneurs qu’inadéquats
A suivre.

Tierno S. Bah

Claude Rivière : un article hautement contestable

 

Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.
Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.

Investissements éducatifs en Guinée

PProfesseur de sociologie, Claude Rivière fut, dans les années 1960, doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Polytechnique, devenu Université de Conakry. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la Guinée. Mentionnons quelques titres :

En 1965, Claude Rivière était à mi-chemin de sa carrière sur le terrain en Guinée. C’est l’année de  publication de son papier intitulé “Les investissements éducatifs en République de Guinée” dans Cahiers d’études africaines. 1965(5): 20  pp. 618-634. Le texte complet est accessible sur Semantic Africa.

Lecture et réflexion faites, je trouve ce document hautement contestable. En conséquence, je prends ici le contrepied de certains passages. Et je réfute l’adéquation et la validité de l’article de Claude Rivière. Ma démarche s’articule sur deux plans : les considérations et objections générales, d’une part,  et les remarques sur des points spécifiques, d’autre part.

Considérations et objections générales

Rivière introduit l’article en ces termes :

Pour le Guinéen, la date la plus mémorable reste celle de son indépendance effective. Le 28 septembre 1958 marque en effet le tournant le plus décisif dans les destinées de sa nation qui a comme le sentiment de se relever d’un opprobre de soixante ans, puisque le 28 septembre 1898 s’effondrait l’empire Wassoulou soutenu par la résistance de l’Almamy Samory Touré, ancêtre du leader bien connu du pays : Sékou Touré.

Je reste perplexe devant le passage ci-dessus pour la raison suivante : l’auteur projette sur la Guinée de 1964-65 l’image et les sentiments que les citoyens nourissaient au lendemain du référendum du 28 septembre 1958. Mais cinq à six ans se sont écoulés entre la proclamation de la souveraineté guinéenne le 2 octobre 1958 et l’année de rédaction de cet article. Entretemps, comme on dit, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Et Rivière aurait réffléter une telle évolution. Hélas, au lieu de faire état de l’évolution compliquée du jeune, il se limite à évoquer l’euphorie des premières années de la république de Guinée.
Dans cette première partie, je me contenterai de rappeler le tournant crucial que l’année 1965 imprima à l’histoire politique de la Guinée. On lira donc ci-dessous quelques repères extraits de “Chronologie de la Guinée”, la section finale du Volume 8 de la biographie de Sékou Touré par André Lewin.

  • Du 7 au 13 janvier : Visite simultanée en Guinée du président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, et de Che Guevara, Guerillero Heroico et ministre cubain de l’économie et du commerce et d’une délégation de l’Union soviétique. Après Conakry, président Sékou Touré leur fait visiter successivement Labé, Pita et Dalaba.
  • 19 janvier : président Sékou Touré à Bamako pour présenter ses condoléances au président Modibo Keita, qui venait de perdre son père
  • 15 janvier : Doudou Thiam, ministre sénégalais des affaires étrangères, obtient à Conakry l’expulsion de Guinée des militants du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.)
  • 21 janvier : une rencontre Senghor-Houphouët-Sékou Touré prévue ce jour-là est annulée, essentiellement en raison des attaques de la Guinée contre le projet de création de l’Organisation de la Communauté Africaine et Malgache (OCAM)
  • 30 janvier : Sékou Touré, Houphouët et Modibo Keita se rencontrent à Nzérékoré
  • 14-15 mars : Sékou Touré, Nkrumah, Ben Bella et Modibo Keita se retrouvent en réunion secrète à Bamako, pour parler des suites à donner à la création de l’OCAM
  • 14-22 mai : réunion de la commission mixte franco-guinéenne (créée par les accords de mai 1963). Signature d’un arrangement sur le contentieux financier franco-guinéen, dont Nabi Youla est l’un des principaux artisans.
  • 24-30 mai : Le ministre d’Etat Saïfoulaye Diallo conduit une délégation ministérielle à Brazzaville
  • 3 juin : remaniement du gouvernement
  • 5 juin : Sékou Touré fait un discours à Labé fustigeant l’OCAM, qu’il qualifie d’Organisation Commune Africaine des Menteurs, mais il loue le général de Gaulle.
  • 19 juin : à Alger, Ben Bella est renversé par le colonel Houari Boumedienne, qui forme un nouveau gouvernement le 5 juillet
  • 20 juin : le Bureau politique national exprime sa profonde consternation.
  • 21 juin : Sékou Touré envoie Keita Fodéba à Alger (via Paris)
  • 4 juillet : nomination du premier général guinéen, Noumandian Keita, chef d’état major; son adjoint Kaman Diaby est nommé colonel
  • 10 août : Sékou Touré séjourne au Caire comme invité personnel de Gamal Abdel Nasser pour assister le 10 août au mariage de sa fille.
  • 30 juillet : Keita Fodéba préside une réunion sur les menées anti-guinéennes au Sénégal. Carvalho, l’ambassadeur du Sénégal, y assiste.
  • 11-13 août : le ministre algérien des affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, en visite à Conakry
  • 3 septembre : Conakry fait connaître son accord sur le rapatriement des militaires guinéens restés dans l’armée française.
  • 2 octobre : le général de Gaulle envoie un message à l’occasion de la fête de l’indépendance. Plusieurs personnalités françaises assistent à la réception donnée par l’ambassadeur de Guinée à Paris.
  • 6-8 octobre : Mennen Williams, secrétaire d’État américain adjoint pour l’Afrique, en Guinée. Le 7, il se rend avec Sékou Touré à Labé. A Conakry, il inaugure cinq génératrices thermiques fournies par l’aide américaine à la centrale électrique de la capitale.
  • 9 octobre : Mamadou Touré dit “Petit Touré”, directeur du Centre Guinéen du Commerce Intérieur, dépose les statuts d’un nouveau parti politique, le PUNG (Parti de l’Unité Nationale de Guinée), ainsi que Sékou Touré en avait encouragé le principe.
  • 11-12 octobre : arrestation de “Petit Touré”. Il sera accusé de complot en même temps que Bengaly Camara et Tounkara Jean Faraguet. Il décèdera le 31 octobre 1965 au Camp Camayenne (futur Camp Boiro). Sa veuve, Alamdia Keita, expulsée en 1970 vers son Niger natal, est décédée à Paris en 2009.
  • 29 octobre : à Paris, enlèvement de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. Il ne sera jamais retrouvé.
  • 1-5 novembre : le président égyptien Nasser en visite en Guinée. Il se rend à Kissidougou, Nzérékoré, Kankan et Labé.
  • 9 novembre : Radio Conakry annonce la découverte d’un complot autour de “Petit Touré”. La France, le Niger, la Haute-Volta et la Côte-d’Ivoire sont impliqués. A Paris, la France dément toute implication.
  • 12-13 novembre : Sékou Touré en Mauritanie pour le Sommet de Nouakchott des États riverains du fleuve Sénégal  — OERS : Sénégal, Mauritanie, Mali, Guinée.
  • 15 novembre: à Conakry, session du Conseil National de la Révolution. Léon Maka accuse de complot deux ministres français et l’ambassadeur de France, et met en cause Houphouët-Boigny.
  • 16 novembre: arrestation de l’ivoirien François Kamano; la Guinée dépose plainte contre la Côte d’Ivoire à l’OUA
  • 17 novembre : la Guinée demande à l’OUA d’enquêter sur les activités subversives financées par Houphouët. Le Conseil national de la Révolution établit un comité révolutionnaire permanent.
    Paris rappelle l’ambassadeur Koenig, qui a refusé sur instructions d’assister à une réunion du corps diplomatique au ministère des affaires étrangères, et notifie à l’ambassadeur de Guinée l’obligation de quitter la France. Le rappel coïncide avec la décision des autorités guinéennes d’expulser l’ambassadeur. Koenig quitte Conakry par avion dans l’après-midi.
    Le président  Maurice Yaméogo, depuis Paris, estime que les accusations guinéennes mettent en cause l’OUA et affirme que Sékou Touré veut démolir le Conseil de l’Entente. Le même jour, à Abidjan, Houphouët-Boigny dit qu’il y a une collusion entre Sékou Touré et Nkrumah pour masquer leur faillite politique, économique et humaine.
    Sur instructions personnelles du général de Gaulle à Jacques Foccart, les transferts de francs servant à rembourser le Trésor guinéen des pensions versées en monnaie nationale aux anciens combattants et pensionnés guinéens sont suspendues.
  • 18 novembre : Radio Conakry mentionne trois récentes tentatives d’assassinat contre Sékou Touré.
  • 19 novembre : remaniement ministériel. Keita Fodéba quitte le ministère de la Défense nationale et de l’Intérieur et devient ministre de l’Économie rurale et de l’Artisanat, Lansana Diané le remplace aux armées, Magassouba Moriba à l’intérieur et à la sécurité. Nabi Youla, secrétaire d’état à l’information, est nommé ambassadeur à Bonn pour la deuxième fois. Nenekhali Condetto devient secrétaire général de la Présidence. Commandant Zoumanigui, chef du cabinet militaire de Sékou Touré, devient commandant de la Gendarmerie.
  • 20 novembre : Conakry exige le départ de tous les membres de l’ambassade de France, qui quittent Conakry entre le 24 et le 26, à l’exception du chargé d’affaires Rey-Coquais.
  • 21 novembre : Senghor donne son accord pour que le Sénégal représente à Conakry les intérêts de la France. II préfère renoncer à cette mission le 25 novembre.
  • 26 novembre : le ministre de l’éducation reçoit Jean Cellier, président de l’Amicale des enseignants français en Guinée. Nombre de ces derniers veulent rester en Guinée. Sékou Touré s’adresse à eux le 29 novembre à l’Institut polytechnique.
  • 29 novembre : l’Italie donne son accord pour représenter les intérêts français en Guinée.
  • 6 décembre : Sékou Touré envoie à François Mitterrand un message de soutien pour l’élection à la présidence de la République.
  • 7 décembre : à New York, le représentant permanent de la Guinée, Achkar Marof, déclare devant le comité politique de l’Assemblée générale que la Guinée a été victime d’un complot permanent depuis 1958. Le délégué français réfute ces “calomnies incroyables”. A Conakry, Sékou Touré met en cause Jacques Foccart.
  • 8 décembre : à Rome, pendant le Concile Vatican II, Mgr Tchidimbo est reçu en audience privée par le Pape Paul VI, à qui il fait part de son souhait de quitter son poste en 1975 après le Centenaire de l’église catholique en Guinée, pour laisser son poste à un “Guinéen authentique”.
  • 19 décembre : au 2ème tour, le général de Gaulle est réélu président de la République française contre François Mitterrand (que Sékou Touré avait soutenu).
  • 31 décembre: par décret, la Guinée étend à 200 milles marins la limite de ses eaux territoriales

A suivre.

Tierno S. Bah

Guinée : Occidentaux, Asiatiques, Maroc

Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.
Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.

La question d’un éventuel trosième mandat du président Alpha Condé revient fréquemment sur le Web. C’est là une autre manière de  noyer le poisson dans l’eau. La présidence d’Alpha Condé se déroule  à son avantage, certes. Mais elle s’exerce au détriment de  la Guinée, où la pauvreté s’aggrave. L’embêtant pour M. Condé, c’est qu’après Sékou Touré (26 ans) et Lansana Conté (24 ans), le pays ne peut supporter un autre quart de siècle avec le même dictateur. Sur le site Africaguinee on lit le passage suivant :

« A l’occasion d’une session des assises sur l’eau au Maroc, le dirigeant guinéen a parlé de « continuité » citant en exemple le royaume chérifien, les pays asiatiques et occidentaux. »

Et Guinee7 renchérit :

« Pourquoi les pays occidentaux n’ont jamais demandé aux pays asiatiques de limiter les mandats », s’interroge Alpha Condé au Maroc.

La question est ridicule et hors-sujet. Car il ne s’agit ni des pays cccidentaux, ni de ceux asiatiques. Eux, ils se  conforment à leur Constitution et ils appliquent  leurs lois. Ainsi:

  • François Hollande n’aura exercé qu’un seul mandat. Une ultra-nationaliste comme Marine Le Pen pourrait bien lui succéder.
  • Les USA viennent de remplacer Barack Obama par Donald Trump.
  • La Corée du Sud vient de destituer une présidente, la fille d’un ancien président-dictateur, pour arrogance et corruption.

Monsieur Condé ne se rend pas compte combien il est naif de comparer la Guinée à des pays fonctionnels et prospères, d’Europe et d’Asie. Il devrait se concentrer sur l’Afrique, ne serait-ce qu’en sa qualité de président en exercice de l’Union Africaine pour 2017-18.
En attendant, son admiration pour la stabilité ou la « continuité » marocaine indique son inculture historique et politique. Car l’histoire de cette dynasite est marquée tour à tour par la continuité, la dépendance et les conflits internes.

Anciennete et continuité de la monarchie chérifienne alaouite

Selon Wikipédia la dynastie alaouite :

« règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du xviie siècle. Venus du Hejaz2, ils s’installent au Tafilalet, les Alaouites deviennent sultans du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants, l’autorité centrale échouant aux mains des Dilaïtes. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours. »

Impérialisme français et Protectorat français

« Mis en place par le traité franco-marocain conclu à Fès, le 30 mars 1912, entre la Troisième République française et Moulay Abd El Hafid2, éphémère sultan marocain, il était officiellement nommé Protectorat français dans l’Empire chérifien dans le traité de Fès, publié quelques mois après dans le premier bulletin officiel du pays, qui avait pour en-tête : « Empire chérifien : Protectorat de la République française au Maroc ». La fin de ce protectorat, dont l’arrivée fut annoncée au Maroc par le sultan Sidi Mohammed ben Youssef — futur roi Mohammed V — lors de son discours du trône du 18 novembre 19553 (date retenue pour la Fête nationale de l’indépendance), fut actée avec la Quatrième République française le 2 mars 19563.
Parallèlement, fut instauré un protectorat espagnol au MarocN 2 à compter du 27 novembre 1912, sur la base d’une convention franco-espagnole, et le retour à la souveraineté du Maroc fut officiellement reconnu par l’Espagne près d’un mois après la France, le 7 avril 1956. »

Conflits internes

C’est donc seulement en 1956 que le royaume du Maroc redevint souverain. Sous le règne des deux premier monarques — Mohamed V et Hassan II — un agent de la France, le général Mohamed Oufkir, joua un rôle de premier plan. Consultons Wikipédia :

« En 1950, (Oufkir) est “détaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes du Maroc”, le général Duval au côté duquel il devient un spécialiste des services de renseignement français. »
« En 1955, les autorités françaises l’imposent comme aide de camp du roi Mohammed V dès son intronisation au lendemain de l’indépendance du Maroc. Son rôle est de réduire l’influence de l’armée de libération nationale marocaine (ALN), d’atténuer le plébiscite autour de la légitimité des partis nationalistes, notamment l’Istiqlal et l’UNFP, et de construire les structures policières et de surveillance officielles (notamment les FAR Forces Armées Royales) et parallèles. »

Général Oufkir dirige ainsi la répression contre “le soulèvement du Rif entre 1957 et 1959 (cette répression exécutée avec zèle lui vaut le surnom de ‘Boucher du Rif’, le ‘complot de juillet’ que le régime attribue en 1963 à la gauche marocaine et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965 où, à bord d’un hélicoptère, il tire à la mitraillette sur la foule.”

En 1965, Oufkir et le roi Hassan II sont impliqués dans la disparition de Mehdi ben Barka, enlevé et assassiné en France. “La justice française  condamne Oufkir par contumace … aux travaux forcés à perpétuité.”

Peu importe. A Rabat Oufkir continue de monte en flèche. Il devient commandant en chef des Forces armées royales et ministre de la défense en 1971. C’est fort de cette position qu’il tente successivement de liquider le roi Hassan. Son premier coup d’Etat date de 1971. Il échoue. Pareil pour celui de 1972. L’échec de cette deuxième tentative entraîne sa mort : suicide,  exécution ?

Alpha Condé et la Guinée

L’interrogation plus haut est ainsi superflue. La vraie question est  plutôt la suivante:

Pourquoi ne pas respecter  la Constitution guinéenne, qui limite le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux ?

La réponse est claire. L’autocratie et son corollaire, le narcissisme, ainsi que la cupidité et sa compagne, la corruption, conduisent monsieur le président-commis voyageur à mépriser son pays au point de laisser circuler des spéculations sur un troisième mandat. Alors que sa politique inarticulée, brouillonne a — en 10 ans bientôt — ruiné  l’économie et enfoncé le pays davantage dans la pauvreté.

Qu’il n’oublie pas cependant que la république et la monarchie sont des systèmes différents. Et que la république de Guinée n’est pas le royaume du Maroc. S’il existe de vagues ressemblances, il n’y a, par contre, pas de correspondance entre les deux pays.

Deux mandats consécutifs sont suffisants pour un président intègre, rassembleur et travailleur. Dix mandats sont insuffisants pour un dictateur assoiffé de pouvoir pour soi. En conséquence, la Guinée doit fermement appliquer le principe de l’alternance, qui est nécessaire et indispensable à l’exercice de la démocratie, même électoraliste.
Elle doit le faire par-delà les plans machiavéliques et les manoeuvres sournoises du président Alpha Condé. Qui voudrait s’accrocher indéfiniment et futilement au fauteil.

Tierno S. Bah

In Memoriam Fily Dabo Sissoko (1900-1924)

Fily Dabo Sissoko (1900-1964)
Fily Dabo Sissoko (1900-1964)

L’article intitulé “Le bâton et le caïman, ou Fily Dabo Sissoko et la France” est extrait d’Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig (Paris : Editions de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales, 1982). Le document est désormais  accessibles sur webAfriqa, de même que “Les armées peul de l’Adamawa au 19e siècle”, dont l’auteur est l’historien Thierno Mouctar Bah, et que j’introduis séparément.

Henri Brunschwig (1904-1989)
Henri Brunschwig (1904-1989)

Remarquable ouvrage, Etudes africaines : offertes à Henri Brunschwig est le fruit d’une préparation experte par des spécialistes de grande renommée : Jan Vansina, C. H. Perrot, R. Austen, Yves Person, et al.

Biographie de Fily Dabo Sissoko

Sous la plume de P. Brasseur l’article sur la carrière enseignante et politique de Fily Dabo Sissoko (1900-1964) est fouillé et riche. Fily fut l’un des premiers instituteurs d’école  dans l’Empire Colonial de la Troisième République (1870-1940).
Sous le régime du Front Populaire (1936-1938), il fut nommé chef de canton de cercle. A l’avènement de la Quatrième République (1946-1958), il inaugura — avec Félix Houphouët-Boigny, Lamine Guèye, Yacine Diallo, Léopold Sédar Senghor, etc. — l’ère de la politique partisane en Afrique Occidentale Française.

Dans Le congrès de Bamako, ou la naissance du RDA Pierre Kipré fait un compte-rendu partisan et  subjectif sur Fily. Il passe notamment sous silence la fin tragique et ignominieuse de cette grande figure sous la dictature de Modibo Keita, président de la République du Mali (ex-Soudan français).

La contribution de Paul Brasseur fourmille de détails sur le parcours de combattant de Fily Dabo Sissoko. Ce faisant, elle contre-balance le  jugement coloré et l’opinion réductrice de Pierre Kipré.

On est reconnaissant à l’aréopage d’intellectuels européens qui ont redigé et édité ce livre. D’une pierre, ils font plusieurs coups. Au prime abord leur travail  honore Henri Brunschwig, historien lucide de l’Afrique coloniale et post-coloniale. En même temps l’ouvrage dégage la personnalité et restitue partiellement l’action, l’oeuvre et la mémoire de Fily Dabo Sissoko.

Bibliographie de Brunschwig sur l’Afrique :

  • La Colonisation française, Paris, Calmann-Lévy, 1949.
  • Histoire de la colonisation, Paris, SDMOM, 1953.
  • L’Expansion allemande outre-mer du xve siècle à nos jours, Paris, 1957.
  • Mythes et réalités de l’impérialisme colonial français, 1871-1914, Paris, Armand Colin, 1960.
  • L’avènement de l’Afrique noire, Paris, Armand Colin, 1963.
  • Brazza explorateur. L’Ogooué 1875-1879, Paris, Mouton, 1966.
  • Le Partage de l’Afrique noire, Paris, Flammarion, “Questions d’histoire”, 1971.
  • Ed. : Brazza explorateur. Les traités Makoko, 1880-1882, Paris, Mouton, 1972.
  • Noirs et Blancs dans l’Afrique noire française, Paris, Flammarion, 1983.
  • L’Afrique noire au temps de l’impérialisme français, Paris, Denoël, 1988.

Tierno S. Bah

Jeanne-Martin Cissé (1926-2017)

Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, circa 1970
Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, vers 1970

Sous la plume de François-Xavier Freland Jeune Afrique reprend la nouvelle de la mort de Jeanne-Martin Cissé (1926-2017). Reflétant diverses sources d’information, l’hebdomadaire évoque, en quelque 532 mots, la vie de cette compagne de Sékou Touré.

  1. On y relève ainsi le tableau du cadre familial au crépuscule de la vie à Conakry. Il n’y est question toutefois que des filles de la disparue, alors qu’au moins trois de ses enfants sont des hommes. L’aîné, Cheick Mohammed ‘Papus’ Camara, est un de mes promotionnaires aux lycées de Conakry et de Labé. Notre dernière rencontre, vite transformée en une longue, amicale et intéressante conversation, remonte à 2003 à Dakar.
  2. Mais l’auteur reste vague sur la naissance, l’éducation et l’adolescence : noms et occupation des parents, un brin de généalogie, postes d’enseignement. Il néglige, par exemple, un détail important, à savoir comment peut-on naître “dans une famille musulmane modeste d’origine Soussou et Malinké” et s’appeler Jeanne-Martin ?
  3. L’article maquille et embellit le passage sur “la célèbre école normale de Rufisque”,  qu’il présente comme étant  un établissement “d’élite féminine qui s’était employée à faire de ces élèves venues de toutes l’Afrique coloniale française de futures enseignantes, attachées à leur africanité.” François-Xavier Freland aurait dû mettre un peu d’eau dans son vin, car dans l’ensemble le palmarès de l’école française n’est pas du tout rose. Surtout sous la Troisième République (1870-1940) qui imposa le déshumanisant Empire colonial et l”abominable régime de l’Indigénat.
  4. François-Xavier glisse le nom de Germaine Le Goff sans préciser qu’il est l’auteur de la biographie intitulée L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mythique.  Il aurait dû apporter la précision, ne serait-ce que pour élargir l’horizon des lecteurs.
  5. Certaines camarades de formation de Jeanne-Martin sont mieux introduites, notamment avec la mention d’Une si longue lettre, l’oeuvre principale de Mariama Bâ.
  6. Le portrait matrimonial de Jeanne-Martin se limite à son  mariage avec Bansoumane Touré. Cette victime du Camp Boiro fut en réalité le second époux de Mme. Jeanne. Sur les circonstances de la disparition de Bansoumane à la Prison de Kindia, lire Kindo Touré “La mort de Ban Ansoumane Touré”.
  7. Dans sa biographie de Sékou Touré André Lewin indique, à juste titre, que le premier mari de Jeanne-Martin s’appelait Camara. Malheureusement, il omet le prénom du défunt, qui mourut victime d’un accident de circulation en 1958. Lire Ahmed Sékou Touré (1922-1984). De Gaulle à Conakry,  25/26 août 1958 (volume 2, chapitre 25)
  8. L’article présente Bansoumane Touré comme “un des fondateurs du Parti Démocrate Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Très vite, elle (Jeanne-Martin) milite pour l’indépendance et œuvre pour l’émancipation des femmes en Afrique.” L’auteur va vite en besogne et commet ici deux erreurs aussi gratuites que légères :
    (a) Bansoumane ne figure pas parmi les membres fondateurs du PDG-RDA
    (b) Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les pionniers de l’activité politique visaient d’abord l’autonomie interne. Le régime colonial fit la sourde oreille et traîna la savate jusqu’en 1956, date de promulgation de la loi-cadre Gaston Deferre. Mais c’était trop tard. Le Viet-Minh avait déjà vaincu des milliers de troupes françaises en 1954 à Dien Bien Phu. Cette cinglante défaite militaire ainsi que le déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie accélérèrent le cours de l’Histoire. Les protectorats du Maroc et de la Tunisie devinrent des états souverains en 1956. En mai 1958, l’armée imposa le Général Charles de Gaulle au Parlement français. Cherchant à retarder l’implosion du domaine colonial de la France, le vieux guerrier,  intellectuel et homme d’Etat organisa le référendum de 1958 autour d’une nouvelle Constitution. Le projet de loi fondamentale proposait, entre autres, l’abolition de l’instable 4ème république (en place depuis 1946), l’avènement de l’actuelle 5è république,  et l’instauration de la Communauté franco-africaine, en lieu et place de l’Union française, elle-même héritière de l’Empire colonial.
  9. L’auteur effleure ensuite la carrière onusienne de Jeanne-Martin. François-Xavier Freland écrit : “… elle est désignée en 1972 au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient … même présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU, son pays étant alors membre non permanent de ce comité.”
    Lire également “Jeanne-Martin Cissé accepte une invitation de Louis de Guiringaud, ambassadeur de France auprès des Nations Unies”, A. Lewin, volume 6, chapitre 68
    Aucun mot sur Telli Diallo et Marof Achkar, autrement plus efficients et prestigieux que l’ambassadrice Cissé. Silence total aussi sur le sort des proches de Madame Sow Nima Bâ, ancienne détenue du Camp Boiro et dont Sékou Touré décima la famille en faisant assassiner :

Et en condamnant à mort par contumace le frère cadet, Bâ Mamadou.

  1. L’article cite Hadja Nima en ces termes : « Mais la période des purges l’avait rendu triste. » Peu importe que ma belle-soeur ait prononcé des mots. Le fait est qu’ils sont en porte-à-faux avec la réalité post-sékoutouréenne.
  2. Dirigeante ddu Conseil national des Femmes de Guinée, membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée, membre du Burean politique national et du Gouvernement, feue Jeanne-Martin fut, de bout en bout,  une collaboratrice fidèle et une porte-parole aussi “impénitente et non-repentante” de la dictature de Sékou Touré que Mme. Andrée Touré.

Pour conclure, je me propose de lire La fille du Milo. Après quoi, je  ferai une suite à cet article.

Tierno S. Bah