L’impunité version Sidya Touré

Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

Sous la plume de Boubacar 1 Diallo Africaguinée rapporte  des extraits d’une interview de Sidya Touré sur les ondes d’une radio de Conakry. L’article est intitulé  “Un soutien de taille pour Dadis Camara”.  Comme d’ordinaire le journaliste se comporte comme une simple caisse de résonnance de la personne interviewée. On enregistre passivement. Il n’y ni contradiction ni suggestion d’alternative à l’opinion de l’invité(e). Pas la moindre réflexion même sur des évènements aussi tragiques que ceux du 28 septembre 2009.

M. Sidya Touré rejoint ici d’autres dirigeants de l’opposition qui ont des attitudes ambiguës sur l’inculpation, l’enquête et le procès des accusés du massacre au stade de Conakry. Ainsi Cellou Dalen Diallo, Faya Millimouno et Mouctar Diallo ont soit rendu  visite à Moussa Dadis Camara, soit cherché à lénifier le rôle d’un Toumba Diakité durant les violences sur le terrain. Autant d’actes qui, objectivement, renforcent l’esprit d’impunité qui prévaut en Guinée. Et qui contribuent à noyer les crimes de l’Etat guinéen dans l’eau.

Mais en l’occurrence Sidya Touré émerge par un  comportement singulier. Il est comme une girouette qui tourne au gré du vent de la scène publique. Ainsi hier, il était membre de l’opposition et il dénonçait vigoureusement le mépris et le viol de la Constitution par le président Alpha Condé. Aujourd’hui, il est le Haut Représentant du chef de l’Etat. Dans quel domaine et à quelle fin représente-t-il le président ? Il ne saurait lui-même le dire !

Responsabilité indirecte

Sidya Touré est l’un des leaders qui convoquèrent le meeting au stade de Donka le 28 septembre 2009. Les milliers de participants furent invités et encouragés à se mobiliser pour marquer l’opposition du pays à la candiature du chef de la junte militaire à l’élection présidentielle de 2010. A son arrivée au pouvoir en décembre 2008, par un coup d’Etat programmé par feu Lansana Conté, Dadis avait juré sur la Bible et le Coran qu’il n’exercerait le pouvoir que temporairement.  Mais au cours de l’année suivante, il changea d’avis, parla de démissionner de l’armée pour convoiter, en tant que civil, le fauteuil présidentiel, conformément à son droit de citoyen !… Le problème fut que le pays ne l’entendait pas ainsi et rejettait absolument son parjure et son ambition. Ce qui devait arriver arriva. Et, en ce jour fatidique du 28 septembre, en quelques heures, une assemblée pacifique et joyeuse, devint un carnage : des centaines de militants furent abattus par balles ou à l’arme blanche. Des dizaines de femmes et de jeunes filles furent violées. La barbarie et l’horreur suscitèrent la condamnation universelle. La rage et la violence n’épargnèrent pas non plus M. Touré et ses collègues politiciens. Ils reçurent des soins pour les coups et blessures subis aux mains de la soldatesque et des miliciens du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci est exilé depuis 2010 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Mais la conscience des dirigeants politiques devrait les amener à admettre leur responsabilité indirecte dans la tragédie. Par exemple, avaient-il élaboré un plan de sécurité en cas d’actes de répression par la junte ? Disposaient-ils de services ou d’agents de renseignements postés autour des casernes militaires, notamment le Camp Alfa Yaya Diallo, siège du Comité militaire our la démocratie et le développement (CNDD). Si la réponse à ces questions est négative, alors les politiciens devraient se le reprocher aujourd’hui. lls devraient accepter leur imprévoyance et admettre leur responsabilité indirecte dans l’affaire. Car s’ils avaient infiltré le CNDD et/ou posté des informateurs autour du Camp Alfa Yaya, ceux-ci auraient pu les alerter par cellphone du départ du convoi des tueurs vers le stade. Ainsi avertis, les organisateurs auraient eu le temps d’évacuer le stade avant l’arrivée dess hordes de tueurs dirigées par Moussa Tiégboro et Tomba Diakité. Et une telle mesure aurait permis d’éviter le bain de sang et les cruautés.

Des années se sont écoulées depuis la perpétuation du massacre. Le gouvernement tient des promesses vagues, mais n’offre rien de concret sur l’éventualité d’un procès des personnes impliquées dans la tuerie. De son côté, au lieu de lutter sans relâche pour que justice soit faite, la classe politique cherche plutôt à créer la diversion ou à disculper les accusés, au détriment et au grand dam des survivants et des familles des disparus !

Diabolisation de la CPI

Au lieu d’agir en démocrates convaincus de la nécessité absolue de la séparation des trois branches de l’Etat : le Législatif, le Judiciaire, l’Exécutif. Alpha Condé et ses opposants (naguère ses alliés) s’immiscent en permanence dans le processus de la justice. Et refusent d’admettre le principe de l’indépendance de celle-ci.
C’est une approche qui vise à détacher la Guinée et l’Afrique du principe de l’universalité de la justice. Il faut au contraire se souvenir et souscrire à l’avertisssement immortel du Révérend Martin Luther King, Jr, qui, du fond de sa cellule de prison à Birmingham, Alabama, lança : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere! » (Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout.)
De son côté l’Archevêque Desmond Tutu a formellement dénoncé les manoeuvres d’hommes d’Etat africains qui diabolisent la Cour Pénale Internationale (CPI) afin de se soustraire aux poursuites judiciaires. Il s’agit, par exemple, des présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Pierre Nkurunziza (Burundi), de l’ex-président Yahya Jammeh (Gambie), etc. C’est là une stratégie évidente visant à perpétuer l’impunité des crimes politiques en Guinée et en Afrique.

Lire In Africa, Seeking A Licence To Kill

Une girouette nommée Sidya Touré

Bien qu’étant en perte de temps et de vitesse pour la course à la présidence, Sidya Touré vient de s’inscrire dans le club des détracteurs de la CPI. Dans son interview d’hier sur Espace FM il déclare :

« Je crois qu’on devrait laisser le capitaine (Dadis Camara) rentrer à Conakry. L’histoire de la CPI n’est pas une solution. Ce sont des procès qui peuvent durer dix ans. On devrait faire en sorte qu’il vienne ici et qu’il défende son honneur, c’est vraiment mon souhait. »

Primo, la CPI n’est pas “une histoire”. Malgré ses ressources modestes, elle a une mission mondiale et elle exerce des fonctions réelles. Si Sidya en doute, il n’a qu’à se rappeler le sort de Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, et consorts. Sans omettre, bien sûr, l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, ses compatriotes Ivoiriens. La CPI est ainsi effectivement  une solution.
Secundo, la justice peut et doit prendre tout le temps requis pour aboutir. Non astreinte aux contraintes temporelles, elle range un dossier seulement en cas de disparition  physique établie d’une personne accusée de crimes. Une telle règle est particulièrement valable pour les accusations de crimes de sang, de crimes de guerre et contre l’humanité. Cela explique que des Nazis soient toujours visés par des inculpations pour leur rôle dans les crimes commis sous la dictature d’Hitler, notamment l’Holocauste.

La “famille” : apologie du crime et promotion de l’impunité

Sidya Touré poursuit :

« Je crois que chacun de nous a quelque chose à dire par rapport à ça. Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire. ».

La première phrase se termine par l’expression “par rapport à ça”. Sidya effectue là un changement de code linguistique et s’exprime dans le vague parler franco-africain (Côte d’Ivoire, Guinée, etc.). Cette tactique lui permet de parler sans rien dire de substantiel. Il  confirme son choix par l’affirmation suivante : “Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire.” Un propos désolément vague et vide.

Sidya enchaîne :

« C’est nous qui savons comment est-ce que nous allons laver notre linge sale en famille. Mais aussi c’est là aussi qu’on pourrait avoir des débats sereins. »

L’invocation de la Guinée comme étant une famille ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux premières années de l’après Sékou Touré. La question brûlante à l’époque était de savoir comment sortir du vide politique instauré par le CMRN et le CTRN sous la férule de Lansana Conté.  Comment instaurer le pluralisme politique après la chute du PDG et l’autocratie militaire ? Quelqu’un  avança la phrase : “La Guinée est une famille.” Mais il se trouve qu’il s’agit d’un cliché artificiel et d’un mythe creux.
Mamadou Bâ y a objecté de façon convaincante dans “La Guinée est une république, pas une famille”.
Hélas, Sidya Touré nous ramène en arrière avec son histoire de “laver notre linge sale en famille”. En lieu et place d’une cour de justice et d’un tribunal, il voudrait balayer le massacre du 28 septembre sous une natte. Comment ? Cela serait à travers “des débats sereins.” C’est incroyable ! Des assassinats et des viols ont été commis. Et aujourd’hui, Sidya propose des “débats” groupant les auteurs, les survivants et les parents des victimes du massacre. Cela est inadmissible de la part d’un politicien qui se veut d’envergure nationale !

Noirs et Blancs : une fausse dichotomie

Sidya Touré s’enfonce davantage par ces mots :

« Il faut faire les assises en Guinée mais sur l’ensemble du problème, comme ça on appréhendera ce que les uns et les autres ont pu faire. »

Tout d’abord Sidya Touré doit garder en mémoire, et pour de bon, qu’au cas où — et cela n’est pas sûr — “des assises” de tiendraient en Guinée au sujet du massacre du 28 septembre 2009, seule la magistrature du pays devra siéger. Et le contexte sera un cour de justice, un tribunal réunissant des juges, des accusés et des avocats. Il n’y aura pas de place pour “des débats sereins”. Si les accusés peuvent prouver leur innocence à l’appui de faits et de témoins valables, la justice les disculpera. Si, au contraire, le procureur convainc la cour de la culpabilité des prévenus, la loi s’appliquera à eux. Quoiqu’en pensent ou disent les politiciens du gabarit de Sidya Touré. Les palabres africaines, les discours sur la “réconciliation nationale” viendront après. Ils prendront la forme et le temps  que l’on voudra. Mais seulement après que le verdict de la justice, prioritaire et suprême, et sur la base des lois en vigueur.

« Seuls les guinéens peuvent sortir de cet embrouillamini. »

Cela est archi-faux. La justice est un impératif national et international. Si elle s’applique au sein des Etats, elle aussi  tracés frontaliers et requiert le concours de tous et de toutes. La justice est  un régime indispensable à l’exercice de la vraie démocratie. Cela étant, les Guinéens ne peuvent pas s’enfermer dans un vase clos et vivre en autarcie. Au contraire, pour vaincre sa pauvreté — matérielle, morale, industrielle, scientifique, technologique —, la Guinée a cruellement besoin de l’apport d’autres pays et des institutions multilatérales. Surtout dans le domaine de la justice, où le régime d’Alpha Condé traîne la patte, fait des promesses, et tient la dragée haute à ses partenaires dans l’organisation du procès de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité et leurs co-accusés (Tiegboro Camara, Pivi Togba, Sékouba Konaté, etc.)

« Mais si on commence à expliquer ça à la Haye, les blancs ne comprendraient même pas comment des gens peuvent se comporter de la sorte. »

Prenant la couleur de la peau comme critère, ce passage révèle une conception superficielle et vulgaire de la gestion des affaires publiques. Une vision aussi épidermique ravale l’Africain encore plus bas que le fameux slogn de la Négritude : “Si la Raison est Hellène (grecque), l’Emotion est Nègre.” En effet elle est pire dans la mesure où, d’une part, elle suggère que l’énormité du masscre guinéen dépasse l’entendement des Blancs, et, d’autre part, prétend que les Noirs sont habitués et donc immunisés contre ces atrocités. Sidya Touré oublié qu’en matière de droit international et selon les normes de l”ONU, l’affaire du 28 septembre est classée comme un crime contre l’Humanité. Or la Guinée fait partie de cette humanité-là. Il ne saurait donc y avoir deux poids, deux mesures.
Mais Sidya Touré ne fait qu’appliquer la vieille tactique du “diviser pour régner”. En l’occurrence, Nous les Noirs contre Eux les Blancs. Que Sidya Touré veuille bien se remémore la boutade célèbre de Frantz Fanon : Peau noire, masque blanc ! On peut être noir de peau mais être aliéné et déraciné. Au point de s’assimiler à l’Europe coloniale et post-coloniale. Mes objections spécifiques contre le propos ci-dessus sont au nombre de deux :
Primo, le Camp Boiro, les répressions sanglantes cycliques opérées par Lansana Conté, le massacre du 28 septembre ne se réduisent pas à une fausse dichotomie entre Noirs (Guinéens, Africains) et Blancs (Européens). La vraie justice est impartiale et aveugle quant à l’origine, la “race”, le sexe, la religion d’un prévenu.
Secundo, Fatou Bensouda, la procureure en chef de la CPI, est une magistrate gambienne. Elle est Noire ou, de préférence, sud-Saharienne. Sidya Touré se tromperait lourdement s’il croit être plus Africain que Ms Bensouda ! Ou bien qu’elle est devenue Blanche du fait de son mandat à la tête de la CPI !

Auparavant Sidya fait la caricature des procédures de la CPI en ces termes :

« La CPI est très loin, on envoi des témoins qu’on cache derrière les rideaux qui racontent des choses qu’on ne peut pas vérifier. »

Cela est également archi-faux. Les séances de la CPI sont présidées par trois juges triés sur le volet et nommés pour une durée limitée. La fonction de la procureure consiste à convaincre la cour de la culpabilité des accusés, qui sont flanqués de leurs avocats. En cas de négligence ou violation des procédures, la procureure peut perdre un procès. La sentence de tout prisonnier (Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, etc.) reposent sur des preuves matérielles, irréfutables pour les faits reprochés. La protection des témoins est une mesure préventive pour la sécurité physique des intervenants. La mascarade dont fait état Sidya Touré n’existe que dans son imagination.
Sidya Touré conclut :

« Mais nous, on connait qui nous sommes. Donc, nous pouvons trouver des solutions ici. »

Cela fait huit ans que les militants de l’UFR (et ceux des autres partis politiques) victimes du massacre attendent que l’Etat guinéen organise un procès. Le souhait — ou la proposition — de Sidya Touré rappelle la métaphore du chien malade, qui ne peut pas manger son plat, et qui ne veut pas laisser un autre chien manger le consommer à sa place. Les dirigants guinéens se comportent de la même manière. Au lieu de remplir leur devoir primordial et sacré de justice, ils ont recours à toutes sortes de prétextes et de méthodes dilatoires pour retarder et, en réalité, empêcher la tenue du jugement des prévenus. A l’heure actuelle on parle vaguement de la fin de l’année, sans fixer une date. Nous verrons bien. En attendant de quelle solution Sidya Touré parle-t-il ?

La moralité à tirer de l’interview de M. Sidya Touré tient dans la comparaison entre les domaines de la santé et de la justice. En dépit de différences apparentes, ils ont un dénominateur commun  communs.
Le premier terme recouvre le domaine de la santé personnelle et collective. Là, les soins des malades physiques et mentaux relève de la compétence de la profession médicale. Ainsi durant la crise de l’épidémie Ebola, la Guinée bénéficia de la coopération avec des dizaines pays, de l’OMS, de Médecins Sans Frontières, de volontaires individuels, etc. Il y a avait péril en la demeure. Pour stopper les ravages du virus, on n’a pas cherché à faire des “débats” entre Guinéens. Il y eut certes des campagnes d’éducation sanitaire. Mais elles furent guidées par des experts et des agents formés et encadrés.
Le second terme concerne la justice. Son virus s’appelle l’impunité. Infaillible, son pronostic s’appelle le déni de justice. L’Etat guinéen en est l’originateur et le vecteur principal. Ce virus s’est propagé.  Il affecte désormais toute la société. On note ainsi la fréquence de scènes de “vindicte populaire” et d’actes de vengeance (torture, immolation par le feut, etc) au niveau des populations. L’impunité est endémique et épidémique dans le pays. Et ses consequences sont plus dévastatrices que celles des maladies corporelles et des troubles mentaux. Car, si l’on remonte à 1958, on constatera que le bilan de l’impunité est plus négatif que celui de toutes les épidemies qui frappé la Guinée, y compris celle du virus Ebola. Comment doit-on s’y prendre pour remédier à cette situation catastrophique. Très simple : la Guinée doit pratique la même politique que celle qui permit de vaicre Ebola entre 2014 et 2015. Cela signifie trois choses : (a) l’obligation de laisser le champ libre aux spécialistes de la profession judicaire, (b) la formation et la surformation du personnel (c) la renonciation aux commissions dites de “réconciliation” (d) le retrait de la classe politique — en quête d’électeurs — du domaine de la justice.
La branche judiciaire est théoriquement assez bien charpentée en Guinée. Ainsi la loi fondamentale, les codes et les règlements existent. Une hiérachie pyramidale est en place. Malheureusement presque tout est pourri au plan pratique. Notamment à cause de l’étranglement de la magistrature par le pouvoir exécutif depuis 1959. Et en raison de la corruption — grande, moyenne et petite — alimentée par la pauvreté et la médiocrité des salaires. Enfin, pour éradiquer le virus de l’impunité, l’Etat doit s’ouvrir à la coopération franche avec (a) la Cour Pénale Internationale (b) les pays dotés de solides traditions judiciaires (c) les ONG de défense et de promotion des droits de l’homme.

Tierno S. Bah

Claude Rivière : un article hautement contestable

 

Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.
Pr. Claude Rivière. Ancien Doyen de la Faculté des Lettres, Conakry.

Investissements éducatifs en Guinée

PProfesseur de sociologie, Claude Rivière fut, dans les années 1960, doyen de la Faculté des Lettres de l’Institut Polytechnique, devenu Université de Conakry. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages et articles sur la Guinée. Mentionnons quelques titres :

En 1965, Claude Rivière était à mi-chemin de sa carrière sur le terrain en Guinée. C’est l’année de  publication de son papier intitulé “Les investissements éducatifs en République de Guinée” dans Cahiers d’études africaines. 1965(5): 20  pp. 618-634. Le texte complet est accessible sur Semantic Africa.

Lecture et réflexion faites, je trouve ce document hautement contestable. En conséquence, je prends ici le contrepied de certains passages. Et je réfute l’adéquation et la validité de l’article de Claude Rivière. Ma démarche s’articule sur deux plans : les considérations et objections générales, d’une part,  et les remarques sur des points spécifiques, d’autre part.

Considérations et objections générales

Rivière introduit l’article en ces termes :

Pour le Guinéen, la date la plus mémorable reste celle de son indépendance effective. Le 28 septembre 1958 marque en effet le tournant le plus décisif dans les destinées de sa nation qui a comme le sentiment de se relever d’un opprobre de soixante ans, puisque le 28 septembre 1898 s’effondrait l’empire Wassoulou soutenu par la résistance de l’Almamy Samory Touré, ancêtre du leader bien connu du pays : Sékou Touré.

Je reste perplexe devant le passage ci-dessus pour la raison suivante : l’auteur projette sur la Guinée de 1964-65 l’image et les sentiments que les citoyens nourissaient au lendemain du référendum du 28 septembre 1958. Mais cinq à six ans se sont écoulés entre la proclamation de la souveraineté guinéenne le 2 octobre 1958 et l’année de rédaction de cet article. Entretemps, comme on dit, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Et Rivière aurait réffléter une telle évolution. Hélas, au lieu de faire état de l’évolution compliquée du jeune, il se limite à évoquer l’euphorie des premières années de la république de Guinée.
Dans cette première partie, je me contenterai de rappeler le tournant crucial que l’année 1965 imprima à l’histoire politique de la Guinée. On lira donc ci-dessous quelques repères extraits de “Chronologie de la Guinée”, la section finale du Volume 8 de la biographie de Sékou Touré par André Lewin.

  • Du 7 au 13 janvier : Visite simultanée en Guinée du président du Sénégal, Léopold Sédar Senghor, et de Che Guevara, Guerillero Heroico et ministre cubain de l’économie et du commerce et d’une délégation de l’Union soviétique. Après Conakry, président Sékou Touré leur fait visiter successivement Labé, Pita et Dalaba.
  • 19 janvier : président Sékou Touré à Bamako pour présenter ses condoléances au président Modibo Keita, qui venait de perdre son père
  • 15 janvier : Doudou Thiam, ministre sénégalais des affaires étrangères, obtient à Conakry l’expulsion de Guinée des militants du Parti Africain de l’Indépendance (P.A.I.)
  • 21 janvier : une rencontre Senghor-Houphouët-Sékou Touré prévue ce jour-là est annulée, essentiellement en raison des attaques de la Guinée contre le projet de création de l’Organisation de la Communauté Africaine et Malgache (OCAM)
  • 30 janvier : Sékou Touré, Houphouët et Modibo Keita se rencontrent à Nzérékoré
  • 14-15 mars : Sékou Touré, Nkrumah, Ben Bella et Modibo Keita se retrouvent en réunion secrète à Bamako, pour parler des suites à donner à la création de l’OCAM
  • 14-22 mai : réunion de la commission mixte franco-guinéenne (créée par les accords de mai 1963). Signature d’un arrangement sur le contentieux financier franco-guinéen, dont Nabi Youla est l’un des principaux artisans.
  • 24-30 mai : Le ministre d’Etat Saïfoulaye Diallo conduit une délégation ministérielle à Brazzaville
  • 3 juin : remaniement du gouvernement
  • 5 juin : Sékou Touré fait un discours à Labé fustigeant l’OCAM, qu’il qualifie d’Organisation Commune Africaine des Menteurs, mais il loue le général de Gaulle.
  • 19 juin : à Alger, Ben Bella est renversé par le colonel Houari Boumedienne, qui forme un nouveau gouvernement le 5 juillet
  • 20 juin : le Bureau politique national exprime sa profonde consternation.
  • 21 juin : Sékou Touré envoie Keita Fodéba à Alger (via Paris)
  • 4 juillet : nomination du premier général guinéen, Noumandian Keita, chef d’état major; son adjoint Kaman Diaby est nommé colonel
  • 10 août : Sékou Touré séjourne au Caire comme invité personnel de Gamal Abdel Nasser pour assister le 10 août au mariage de sa fille.
  • 30 juillet : Keita Fodéba préside une réunion sur les menées anti-guinéennes au Sénégal. Carvalho, l’ambassadeur du Sénégal, y assiste.
  • 11-13 août : le ministre algérien des affaires étrangères, Abdelaziz Bouteflika, en visite à Conakry
  • 3 septembre : Conakry fait connaître son accord sur le rapatriement des militaires guinéens restés dans l’armée française.
  • 2 octobre : le général de Gaulle envoie un message à l’occasion de la fête de l’indépendance. Plusieurs personnalités françaises assistent à la réception donnée par l’ambassadeur de Guinée à Paris.
  • 6-8 octobre : Mennen Williams, secrétaire d’État américain adjoint pour l’Afrique, en Guinée. Le 7, il se rend avec Sékou Touré à Labé. A Conakry, il inaugure cinq génératrices thermiques fournies par l’aide américaine à la centrale électrique de la capitale.
  • 9 octobre : Mamadou Touré dit “Petit Touré”, directeur du Centre Guinéen du Commerce Intérieur, dépose les statuts d’un nouveau parti politique, le PUNG (Parti de l’Unité Nationale de Guinée), ainsi que Sékou Touré en avait encouragé le principe.
  • 11-12 octobre : arrestation de “Petit Touré”. Il sera accusé de complot en même temps que Bengaly Camara et Tounkara Jean Faraguet. Il décèdera le 31 octobre 1965 au Camp Camayenne (futur Camp Boiro). Sa veuve, Alamdia Keita, expulsée en 1970 vers son Niger natal, est décédée à Paris en 2009.
  • 29 octobre : à Paris, enlèvement de l’opposant marocain Mehdi Ben Barka. Il ne sera jamais retrouvé.
  • 1-5 novembre : le président égyptien Nasser en visite en Guinée. Il se rend à Kissidougou, Nzérékoré, Kankan et Labé.
  • 9 novembre : Radio Conakry annonce la découverte d’un complot autour de “Petit Touré”. La France, le Niger, la Haute-Volta et la Côte-d’Ivoire sont impliqués. A Paris, la France dément toute implication.
  • 12-13 novembre : Sékou Touré en Mauritanie pour le Sommet de Nouakchott des États riverains du fleuve Sénégal  — OERS : Sénégal, Mauritanie, Mali, Guinée.
  • 15 novembre: à Conakry, session du Conseil National de la Révolution. Léon Maka accuse de complot deux ministres français et l’ambassadeur de France, et met en cause Houphouët-Boigny.
  • 16 novembre: arrestation de l’ivoirien François Kamano; la Guinée dépose plainte contre la Côte d’Ivoire à l’OUA
  • 17 novembre : la Guinée demande à l’OUA d’enquêter sur les activités subversives financées par Houphouët. Le Conseil national de la Révolution établit un comité révolutionnaire permanent.
    Paris rappelle l’ambassadeur Koenig, qui a refusé sur instructions d’assister à une réunion du corps diplomatique au ministère des affaires étrangères, et notifie à l’ambassadeur de Guinée l’obligation de quitter la France. Le rappel coïncide avec la décision des autorités guinéennes d’expulser l’ambassadeur. Koenig quitte Conakry par avion dans l’après-midi.
    Le président  Maurice Yaméogo, depuis Paris, estime que les accusations guinéennes mettent en cause l’OUA et affirme que Sékou Touré veut démolir le Conseil de l’Entente. Le même jour, à Abidjan, Houphouët-Boigny dit qu’il y a une collusion entre Sékou Touré et Nkrumah pour masquer leur faillite politique, économique et humaine.
    Sur instructions personnelles du général de Gaulle à Jacques Foccart, les transferts de francs servant à rembourser le Trésor guinéen des pensions versées en monnaie nationale aux anciens combattants et pensionnés guinéens sont suspendues.
  • 18 novembre : Radio Conakry mentionne trois récentes tentatives d’assassinat contre Sékou Touré.
  • 19 novembre : remaniement ministériel. Keita Fodéba quitte le ministère de la Défense nationale et de l’Intérieur et devient ministre de l’Économie rurale et de l’Artisanat, Lansana Diané le remplace aux armées, Magassouba Moriba à l’intérieur et à la sécurité. Nabi Youla, secrétaire d’état à l’information, est nommé ambassadeur à Bonn pour la deuxième fois. Nenekhali Condetto devient secrétaire général de la Présidence. Commandant Zoumanigui, chef du cabinet militaire de Sékou Touré, devient commandant de la Gendarmerie.
  • 20 novembre : Conakry exige le départ de tous les membres de l’ambassade de France, qui quittent Conakry entre le 24 et le 26, à l’exception du chargé d’affaires Rey-Coquais.
  • 21 novembre : Senghor donne son accord pour que le Sénégal représente à Conakry les intérêts de la France. II préfère renoncer à cette mission le 25 novembre.
  • 26 novembre : le ministre de l’éducation reçoit Jean Cellier, président de l’Amicale des enseignants français en Guinée. Nombre de ces derniers veulent rester en Guinée. Sékou Touré s’adresse à eux le 29 novembre à l’Institut polytechnique.
  • 29 novembre : l’Italie donne son accord pour représenter les intérêts français en Guinée.
  • 6 décembre : Sékou Touré envoie à François Mitterrand un message de soutien pour l’élection à la présidence de la République.
  • 7 décembre : à New York, le représentant permanent de la Guinée, Achkar Marof, déclare devant le comité politique de l’Assemblée générale que la Guinée a été victime d’un complot permanent depuis 1958. Le délégué français réfute ces “calomnies incroyables”. A Conakry, Sékou Touré met en cause Jacques Foccart.
  • 8 décembre : à Rome, pendant le Concile Vatican II, Mgr Tchidimbo est reçu en audience privée par le Pape Paul VI, à qui il fait part de son souhait de quitter son poste en 1975 après le Centenaire de l’église catholique en Guinée, pour laisser son poste à un “Guinéen authentique”.
  • 19 décembre : au 2ème tour, le général de Gaulle est réélu président de la République française contre François Mitterrand (que Sékou Touré avait soutenu).
  • 31 décembre: par décret, la Guinée étend à 200 milles marins la limite de ses eaux territoriales

A suivre.

Tierno S. Bah

Guinée : Occidentaux, Asiatiques, Maroc

Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.
Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.

La question d’un éventuel trosième mandat du président Alpha Condé revient fréquemment sur le Web. C’est là une autre manière de  noyer le poisson dans l’eau. La présidence d’Alpha Condé se déroule  à son avantage, certes. Mais elle s’exerce au détriment de  la Guinée, où la pauvreté s’aggrave. L’embêtant pour M. Condé, c’est qu’après Sékou Touré (26 ans) et Lansana Conté (24 ans), le pays ne peut supporter un autre quart de siècle avec le même dictateur. Sur le site Africaguinee on lit le passage suivant :

« A l’occasion d’une session des assises sur l’eau au Maroc, le dirigeant guinéen a parlé de « continuité » citant en exemple le royaume chérifien, les pays asiatiques et occidentaux. »

Et Guinee7 renchérit :

« Pourquoi les pays occidentaux n’ont jamais demandé aux pays asiatiques de limiter les mandats », s’interroge Alpha Condé au Maroc.

La question est ridicule et hors-sujet. Car il ne s’agit ni des pays cccidentaux, ni de ceux asiatiques. Eux, ils se  conforment à leur Constitution et ils appliquent  leurs lois. Ainsi:

  • François Hollande n’aura exercé qu’un seul mandat. Une ultra-nationaliste comme Marine Le Pen pourrait bien lui succéder.
  • Les USA viennent de remplacer Barack Obama par Donald Trump.
  • La Corée du Sud vient de destituer une présidente, la fille d’un ancien président-dictateur, pour arrogance et corruption.

Monsieur Condé ne se rend pas compte combien il est naif de comparer la Guinée à des pays fonctionnels et prospères, d’Europe et d’Asie. Il devrait se concentrer sur l’Afrique, ne serait-ce qu’en sa qualité de président en exercice de l’Union Africaine pour 2017-18.
En attendant, son admiration pour la stabilité ou la « continuité » marocaine indique son inculture historique et politique. Car l’histoire de cette dynasite est marquée tour à tour par la continuité, la dépendance et les conflits internes.

Anciennete et continuité de la monarchie chérifienne alaouite

Selon Wikipédia la dynastie alaouite :

« règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du xviie siècle. Venus du Hejaz2, ils s’installent au Tafilalet, les Alaouites deviennent sultans du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants, l’autorité centrale échouant aux mains des Dilaïtes. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours. »

Impérialisme français et Protectorat français

« Mis en place par le traité franco-marocain conclu à Fès, le 30 mars 1912, entre la Troisième République française et Moulay Abd El Hafid2, éphémère sultan marocain, il était officiellement nommé Protectorat français dans l’Empire chérifien dans le traité de Fès, publié quelques mois après dans le premier bulletin officiel du pays, qui avait pour en-tête : « Empire chérifien : Protectorat de la République française au Maroc ». La fin de ce protectorat, dont l’arrivée fut annoncée au Maroc par le sultan Sidi Mohammed ben Youssef — futur roi Mohammed V — lors de son discours du trône du 18 novembre 19553 (date retenue pour la Fête nationale de l’indépendance), fut actée avec la Quatrième République française le 2 mars 19563.
Parallèlement, fut instauré un protectorat espagnol au MarocN 2 à compter du 27 novembre 1912, sur la base d’une convention franco-espagnole, et le retour à la souveraineté du Maroc fut officiellement reconnu par l’Espagne près d’un mois après la France, le 7 avril 1956. »

Conflits internes

C’est donc seulement en 1956 que le royaume du Maroc redevint souverain. Sous le règne des deux premier monarques — Mohamed V et Hassan II — un agent de la France, le général Mohamed Oufkir, joua un rôle de premier plan. Consultons Wikipédia :

« En 1950, (Oufkir) est “détaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes du Maroc”, le général Duval au côté duquel il devient un spécialiste des services de renseignement français. »
« En 1955, les autorités françaises l’imposent comme aide de camp du roi Mohammed V dès son intronisation au lendemain de l’indépendance du Maroc. Son rôle est de réduire l’influence de l’armée de libération nationale marocaine (ALN), d’atténuer le plébiscite autour de la légitimité des partis nationalistes, notamment l’Istiqlal et l’UNFP, et de construire les structures policières et de surveillance officielles (notamment les FAR Forces Armées Royales) et parallèles. »

Général Oufkir dirige ainsi la répression contre “le soulèvement du Rif entre 1957 et 1959 (cette répression exécutée avec zèle lui vaut le surnom de ‘Boucher du Rif’, le ‘complot de juillet’ que le régime attribue en 1963 à la gauche marocaine et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965 où, à bord d’un hélicoptère, il tire à la mitraillette sur la foule.”

En 1965, Oufkir et le roi Hassan II sont impliqués dans la disparition de Mehdi ben Barka, enlevé et assassiné en France. “La justice française  condamne Oufkir par contumace … aux travaux forcés à perpétuité.”

Peu importe. A Rabat Oufkir continue de monte en flèche. Il devient commandant en chef des Forces armées royales et ministre de la défense en 1971. C’est fort de cette position qu’il tente successivement de liquider le roi Hassan. Son premier coup d’Etat date de 1971. Il échoue. Pareil pour celui de 1972. L’échec de cette deuxième tentative entraîne sa mort : suicide,  exécution ?

Alpha Condé et la Guinée

L’interrogation plus haut est ainsi superflue. La vraie question est  plutôt la suivante:

Pourquoi ne pas respecter  la Constitution guinéenne, qui limite le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux ?

La réponse est claire. L’autocratie et son corollaire, le narcissisme, ainsi que la cupidité et sa compagne, la corruption, conduisent monsieur le président-commis voyageur à mépriser son pays au point de laisser circuler des spéculations sur un troisième mandat. Alors que sa politique inarticulée, brouillonne a — en 10 ans bientôt — ruiné  l’économie et enfoncé le pays davantage dans la pauvreté.

Qu’il n’oublie pas cependant que la république et la monarchie sont des systèmes différents. Et que la république de Guinée n’est pas le royaume du Maroc. S’il existe de vagues ressemblances, il n’y a, par contre, pas de correspondance entre les deux pays.

Deux mandats consécutifs sont suffisants pour un président intègre, rassembleur et travailleur. Dix mandats sont insuffisants pour un dictateur assoiffé de pouvoir pour soi. En conséquence, la Guinée doit fermement appliquer le principe de l’alternance, qui est nécessaire et indispensable à l’exercice de la démocratie, même électoraliste.
Elle doit le faire par-delà les plans machiavéliques et les manoeuvres sournoises du président Alpha Condé. Qui voudrait s’accrocher indéfiniment et futilement au fauteil.

Tierno S. Bah

L’Afrique reste le continent de la pauvreté

Béchir ben Yahmed
Béchir ben Yahmed

Je re-publie ici l’article “L’Afrique reste le continent de la pauvreté” par Béchir Ben Yahmed. De la part de ce pionnier et vénérable journaliste, c’est un constat réaliste et amer. C’est surtout un témoignage de valeur qui résume quelque soixante-dix ans d’indépendance africaine — la Tunisie cessa d’être un protectorat français et obtint sa souveraineté en 1956.
Après son départ du gouvernement de Habib Bourguiba, premier président de la Tunise, Béchir ben Yahmed fonda le magazine Afrique Action en 1960. L’année suivante, la publication devint Jeune Afrique. Je me souviens vaguement avoir été témoin de la présence et d’une conversation de Béchir ben Yahmed à Conakry, au milieu des années 1960.  C’était au dancing La Paillotte, dont le décor et l’ambiance était rehaussée en l’occurrence par François Luambo Makiadi (Franco) et le Tout-Puissant OK Jazz.

Pour mémoire, La Paillote devint le bercail de feu maître Kélétigui Traoré et ses Tambourinis.  Un autre orchestre congolais — le nom n’échappe — avait élu domicile et jouait régulièrement au dancing Jardin de Guinée. Après le départ des Congolais, le night-club  accueillit  en permanence feu maître Balla Onivogui et ses Balladins. C’était quatre ans environs avant la création du Bembeya Jazz de Beyla, avec le soutien d’Emile Condé, gouverneur de la région.

Béchir ben Yahmed avait donc rompu avec le despote de sa Tunisie natale. De même, il devint tout aussi indésirable dans la Guinée, qui pâlissait graduellement la dictature d’Ahmed Sékou Touré. La brouille était prévisible et inévitable entre celui-ci et un Béchir attaché aux principes de la démocratie, dont celui de la liberté de la presse.

Siradiou Diallo (1936-2004)
Siradiou Diallo (1936-2004)

Pour autant, Béchir ben Yahmed ne renonça, ni ne délaissa la Guinée à son sort dans les mains sanguinaires de Sékou Touré. Au contraire, il embaucha feu Siradiou Diallo —mon propre neveu— dans sa rédaction. Mieux,  il récompensa le talent du jeune Guinéen en l’intégrant progressivement à la direction de l’hebdomadaire, et cela jusque dans des fonctions de décision au sommet. Ben Yahmed, Siradiou Diallo, et toute l’équipe de Jeune Afrique, s’attelèrent méthodiquement à l’accomplissment de leur délicate mission. Guidé par une politique éditoriale lucide, ils livrèrent à l’Afrique et au monde des reportages clés. Et des révélations implacables sur les dictatures du continent. Jeune Afrique devint une plateforme nouvelle, solide et fiable de diffusion des nouvelles du continent : bonnes ou mauvaises, encourageantes ou déprimantes.… Autant les interdictions frappaient la revue, autant les exemplaires —et les articles — de ses numéros étaient fièvreusement attendus et, souvent, secrètement partagés.
En particulier, les Guinéens doivent une fière chandelle à Jeune Afrique. En effet, durant deux décennies, la revue publia des informations rares, vitales, au moment où le terrorisme d’Etat et la peur paralysaient le pays. Imaginaires ou/et rééls, les complots furent exposés de manière précise,  professionnelle.
Autant de raisons pour lire et méditer sur le papier de Béchir ben Yahmed. C’est un rappel bref et alarmant du rayonnement continu des “soleils des indépendances”.

Lire de la part de Jeune Afrique, le journal et la maison d’édition : (a) Plus dure est la chute … Guinée : dix-neuf ans après le “non” du 28 septembre 1958, le mythe et les réalités  (b)Guinée, la carpe et le lapin (c)
Sékou Touré. Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire (d) Le diplomate et le tyran (e) Sékou tel que je l’ai connu (f) Diallo Telli. Le destin tragique d’un grand Africain

Merci, Béchir !

Tierno S. Bah


La démocratie, la vraie, est-elle en train de progresser en Afrique ? La pauvreté y est-elle en régression ? À ces deux questions, les plus importantes qu’on puisse et doive se poser, la réponse est, hélas, négative.

  1. Malgré certaines apparences, la démocratie africaine, au lieu de progresser, s’est mise à régresser.
  2. La pauvreté ? Elle a reculé partout dans le monde et de façon spectaculaire en Asie, mais guère en Afrique.

Une trop grande partie de la population de la majorité des cinquante-quatre pays du continent est encore engluée dans un état de grande pauvreté.

C’est là le résultat de la mauvaise gouvernance et de l’absence de toute industrialisation digne de ce nom, contrastant avec la richesse du sous-sol d’un continent où l’électricité fait encore défaut et qui donne l’impression de n’être pas sorti du XIXe siècle.

La situation de la démocratie

Tout le monde sait, et en premier lieu ceux qui y aspirent, que le pouvoir ne s’acquiert plus par des coups d’État. L’on y accède durablement, et l’on ne s’y maintient désormais que par les urnes.

Mais celles-ci sont capricieuses, et leur verdict est aléatoire. Que faire quand on veut le pouvoir à tout prix ?

On triche, et, dès lors que tous les candidats ou presque s’adonnent à cet exercice, ce qui est le cas, l’emporte celui qui triche le plus et le mieux.

Il le fait trois fois de suite : lors de l’établissement des listes, le jour du vote et au moment du dépouillement.

Ceux qui détiennent le pouvoir et veulent s’y maintenir ont appris, en outre, à contrôler la commission électorale (censée être indépendante) et à faire en sorte que ce juge suprême qu’est le Conseil constitutionnel arbitre en leur faveur.

L’alternance est ainsi quasi impossible.

La Constitution dont vous avez hérité ou que vous avez vous-même fait élaborer limite le nombre de vos mandats ? Qu’à cela ne tienne ! Vous cherchez et trouvez le moyen de la modifier.

Vos concurrents crient à la fraude ? Leurs contestations sont trop bruyantes ? Vous avez les moyens, dont la prison ou même pire, de les faire taire.

Et si eux-mêmes, leurs avocats et leurs partisans protestent, vous répondez sans ciller : « Nous sommes dans un État de droit, la justice est indépendante… »

Et vous jouez la montre, attendez que le temps fasse son œuvre. On se lassera de protester, et « le fait accompli » viendra confirmer votre victoire : au bout de quelques semaines, vous voilà « un président démocratiquement élu ».

Ces pratiques ont pour principale victime la démocratie africaine elle-même : est-elle « morte-née » ?

Oui, tant que l’opinion publique africaine acceptera cette situation, que l’Union africaine (UA) et ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale » ne seront pas plus sévères à l’endroit de ces présidents faussement élus et qui ne sont, en réalité, que des dictateurs qui se défendent de l’être.

Il suffirait de refuser de reconnaître « les assassins de la démocratie » et de s’abstenir de traiter avec eux. N’est-ce pas de cette manière qu’on a combattu les coups d’État au point de leur enlever tout intérêt et de les faire ainsi disparaître ?

Un signe qui ne trompe pas : la pauvreté

Début octobre, la Banque mondiale en a donné les derniers chiffres disponibles : dans le monde, 767 millions d’hommes, de femmes et d’enfants, soit un peu plus de 10 % des êtres humains, ne disposent (en parité de pouvoir d’achat) que de 1,90 dollar par jour au maximum, juste de quoi ne pas mourir de faim.

Ce chiffre et ce pourcentage ont beaucoup baissé en vingt ans (entre 1993 et 2013), car ces malheureux étaient près de 2 milliards en 1993, soit le tiers de l’humanité.

En Inde et en Chine, respectivement plus de 200 millions et plus de 300 millions de personnes sont sorties de la pauvreté au cours de la dernière décennie.

Quid de l’Afrique ? La même Banque mondiale donne les pourcentages disponibles par pays. On note tout d’abord l’absence de chiffres pour une quinzaine d’entre eux : on ne sait pas ! Dans une dizaine d’autres, plus de la moitié de la population vit dans la pauvreté.

Dans d’autres États enfin, qui forment la moitié du continent et sont les mieux lotis, la proportion de pauvres se situe entre 20 % et 40 %.

Nous sommes, comme vous le voyez, le continent de la pauvreté : elle est plus répandue chez nous que partout ailleurs…

Si l’on s’aventure à comparer avec les pays riches ou assez riches, membres de l’OCDE, on doit tout d’abord changer de critère : dans ces trente-cinq pays sont décomptés comme pauvres ceux dont le revenu est inférieur à la moyenne nationale.

Le pourcentage des personnes dites pauvres est en même temps indicatif de l’inégalité qui règne dans les pays considérés.

Béchir Ben Yahmed
fondateur de Jeune Afrique (17 octobre 1960 à Tunis)
Président-directeur général du groupe Jeune Afrique.

The Trial of Mamadou Dia, Dakar 1963. Part I

Senegalese paratroopers guarding the street leading to the Palace of Justice during the trial of Mamadou Dia. Dakar, december 1962. (Photos courtesy Dakar-Matin, Senegalese Ministry of Information, and Photo Bracher, Dakar) — BlogGuinée
Senegalese paratroopers guarding the street leading to the Palace of Justice during the trial of Mamadou Dia. Dakar, december 1962. (Photos courtesy Dakar-Matin, Senegalese Ministry of Information, and Photo Bracher, Dakar) — BlogGuinée

Whereas the coups d’etat plague affected the African political landscape for decades, Senegal has avoided state takeover and government downfall, whether military-staged or civilian-led. As a result, it has gained the reputation of a beacon of democracy on the continent. However, the republic of Senegal was not immune from the domination of single-party rule.  Indeed, the Parti démocratique sénégalais (PDS) remained firmly in control, again, for decades, despite challenges from opponents like Abdoulaye Wade. Worse, in 1960 (the collapse of the Mali Federation), and in 1962 —discussed here—, the political class experienced deep, but non-violent crises. In the second case, irreconcilable differences broke out between the three main political leaders: National Assembly President Lamine Guèye, President Leopold Sedar Senghor, Prime minister Mamadou Dia. The dissensions led to the arrest and trial of Prime minister Mamadou Dia along with three of his cabinet members (Valdiodio Ndiaye, Ibrahima Sarr, Alioune Tall), on charges of attempting a coup d’état. The late American anthropologist and political scientist, Victor Du Bois, was present at the trial. He gives us a first-hand account of the court’s proceedings. In the end the Haute Cour de Justice convicted and sentenced Mamadou Dia and his three co-accused to heavy prison terms.

Read also The Emergence of Black Politics in Senegal: 1900-1920

Tierno S. Bah


Victor D. Du Bois
The Trial of Mamadou Dia. Part I: Background of the Case.

American Universities Field Staff Reports. West Africa Series, Vol. VI No. 6 (Senegal), pp. 1-8

Dakar, July 1963

On May 7, 1963, the trial of Mamadou Dia opened in Dakar.
The former premier of Senegal and four of his ministers were being tried on charges arising from an attempted coup d’état last December 17. On this day the Avenue Pasteur leading to Dakar’s starkly modern Palace of Justice was crowded with chattering, gesticulating Senegalese making their way in small groups up the sun-drenched street. Lines of cars, sleek Citroëns and Mercedes, crawled toward the waiting soldiers who guarded all approaches to the building. Cars with the “CD” plates of the diplomatic corps were waved through; the others were stopped until their occupants produced the red invitation cards to show that they, too, had been invited to witness the drama which was to unfold that day.

For the foreign observer, already cynical about the quality of African justice, the sight of hundreds of soldiers with Tommy guns slung over their shoulders was not reassuring. Their presence seemed to detract from the claims of the Senegalese government that this would be an open and impartial trial worthy of a free democracy.

Running the gantlet of troops that lined the corridor to the courtroom, visitors were asked again and again to show their red cards. The final test came at the door of the courtroom itself, where a Senegalese lieutenant scrutinized each arrival’s credentials.

Inside, the situation was a little better. The 50-odd soldiers, grouped in a solid phalanx at the rear of the chamber, somehow did not seem quite so conspicuous. On one side of the long rectangular room-where the jury would sit in an American court- were members of the press, a majority of them foreigners. Opposite sat representatives of the diplomatie corps. In the middle were about 40 rows of seats for the witnesses and for grave-faced functionaries who were important enough to have been invited to the trial.

At the head of the courtroom, well elevated, stood a horseshoe shaped table of polished mahogany behind which were high-backed leather chairs for the judges. Sorne five yards in front of the judges’ table stood the symbolic bar of justice; behind it were the benches for the accused; and behind them, were desks from which the defense attorneys would plead their case. Far to the rear of the room, back of the soldiers , crowded two hundred or so ordinary citizens of Senegal.

It was strange to see Mamadou Dia sitting on the prisoner’s bench. It was difficult to believe that this man who had been a leader in Senegalese politics for the last 14 years and had held the second highest office in the land was on trial for an attempted coup d’état.

How did it happen and why? Origins of the Conflict

The reasons are as complex as Senegalese politics itself. Vested financial interests, local power rivalries, and entrenched privilege all played a part. The conflict, at least initially, was not so much between Dia and President Léopold Senghor as between persons lower on the political scale—men who used Dia and Senghor as shields behind which to fight their private battles and to defend their own interests.

Central to the conflict was Dia’s plan for the gradual socialization of the economy and the institution of reforms in the social sector. Both programs threatened established interests. A more immediate cause, however, was the growing estrangement over the past year between members of Mamadou Dia’s govemment and certain deputies in the National Assembly who were critical of Dia’s policies. This estrangement reflected a deeper crisis: the alienation of party from parliament.
Although in theory Senegal is a multiparty state, in fact the ruling Union Progressiste Sénégalaise (UPS) holds such preponderance of authority that it is the only real power in the land.
Of the 80 seats in the National Assembly, the UPS controls 79.
The deputies to the Assembly are nominated by the party and as such are theoretically its agents in parliament. However, many of the present deputies are men of substance whose positions of prominence date back to the colonial period. These men feel relatively little obligation toward their party. They feel even less obligation toward the younger party militants, who today occupy many positions of authority in the party’s lower echelons and who are eagerly waiting to replace them in their jobs .

These younger rnembers of the UPS are the most dynamic element in the party. They are also the group most desirous of pushing the economie and social changes in the direction envisioned by Mamadou Dia. The parliamentarians, on the other hand, are allied with the conservative interests in the country: the urban bourgeoisie, the European business community, the Marabouts (Muslim religious leaders), and local oligarchs. Many, with important financial intere sts in the sale and transport of peanuts (Senegal’s principal crop), have much to gain from keeping economie and social conditions as they are now. Viewing any change with misgiving, they have tended to act as a brake on the socialist programs advocated by Dia and by the younger party militants.

Differences between party and parliament were evidenced by their taking opposite sides on the issue of socialisrn and on the role to be accorded private enterprise . These differences were also manifested in frequent and sometimes bitter struggles in regional politics and over political appointments at every level. Each side sought to reinforce its standing by placing as many of its own men as possible in positions of power.

Aware of the dissension within the party, President Senghor tried to mediate between the two sides. But his role as arbiter was impossible to maintain, for neither side was willing to accept it. Senghor’s own position was ambivalent. Though sympathetic with Dia and his aims, he was impatient with Dia’s reluctance to stamp out corruption in high places, particularly among some of his own ministers.
Moreover, Dia’s attempts to curb the influence of the powerful Marabouts threatened to jeopardize the President’s own cordial relations with this important element of his political support.

Thus dragged into the controversy, the President unwittingly became the symbol of the anti-Dia forces. Although he had not summoned them, around him rallied all the conservative elements in the nation. Against the wishes of both opponents, it became a contest of Dia vs. Senghor .

Prelude to the Attempted Coup d’État

The National Council, highest organ of the UPS met at Rufisque on October 21, 1962. Several days before, rumors of an open rift between President Léopold Senghor and Prime Minister Mamadou Dia had circulated widely, but a communiqué issued at the end of that meeting categorically denied any such rift. A certain malaise was nevertheless felt to exist within the ranks of the party, and it was decided that special delegations should be sent to various subsections of the UPS to allay it.

On November 12, 1962, Mamadou Dia reorganized his government. The most important innovation was his assumption of the Ministries of Defense and Security.

  • Valdiodio N’Diaye, former Minister of the Interior, became head of Finance
  • Ibrahima Sarr, former Minister of Public Functions, became Minister of Development
  • Joseph M’Baye, former Minister of Rural Economy, replaced Alioune Tall as Minister of Commerce
  • Tall was named Minister of Information.

On December 14, 1962, the real crisis began. On the afternoon of that day, Théophile James, a deputy, deposited with Lamine Gueye, President of the National Assembly, a motion of censure against the Dia government signed by himself and 40 of his colleagues. Accompanying the motion was a statement by the deputies denouncing the “fetters to the free exercise of parliamentary prerogatives” which, they claimed, the Dia government had fastened on the Assembly. They declared that the “state of emergency law,” which had been in force in Senegal since the breakup of the Mali Federation in order to better assure national solidarity, had become an excuse for suspending the provisions and defeating the purposes of the Constitution and “an instrument of blind repression.” The signatories where therefore withdrawing their support from the government.

Because of the impending governmental crisis, an extraordinary meeting of the Council of Ministers was called on Saturday, December 15, 1962, to discuss the impasse between the government and the Assembly. But no solution was found acceptable to both sides. The cabinet itself was split over whether, in view of the state of emergency still legally existing in the country, the deputies had the right to file a censure motion at all. Part of the cabinet supported Prime Minister Dia’s view that the deputies could not do so; the rest of the cabinet sided with the Assembly, arguing that they could. Because it was impossible to reach agreement, Prime Minister Dia suggested to President Senghor that the Supreme Court be asked to decide the issue. Senghor rejected this proposal.

The next day (December 16, 1962), the party’s Political Bureau (the UPS’s highest executive body) met in an effort to resolve the crisis. But again no compromise was reached between the Dia government and the parliamentary group sponsoring the censure motion. It was decided, therefore, to convoke a special meeting of the 300-member National Council of the UPS at Rufisque on December 20 to settle the issue. In the meantime, the Political Bureau ordered the deputies to withdraw their censure motion, and President Senghor, approving the Political Bureau’s decision, personally appealed to certain influential deputies to withdraw their signatures. The deputies, however, fearing that they would not be backed by the National Council, yet equally certain that they could carry the censure motion in the Assembly, refused to obey the Political Bureau’s orders.

The Events of December 17, 1962

At 9:30a.m. on December 17, the heads of the various commissions of the National Assembly met to set the hour at which the Assembly should convene to consider the censure motion. At this meeting the Dia government was represented by lbrahima Sarr, Minister of Development. It was decided that at 10:00 a.m. there should be a meeting of the Political Bureau of the UPS and the parliamentary group sponsoring the censure motion.

10:00 a.m. First Mamadou Dia, then President Senghor arrived at the National Assembly for the proposed meeting. Dia explained briefly to Senghor that he saw no point in remaining, since the deputies had already decided to disregard the Political Bureau’s orders and proceed with their deposition of the censure motion. Dia then left; President Senghor himself departed a few minutes later.

Shortly thereafter gendarmes and police arrived and ordered the heads of the parliamentary commissions to leave the building. Lamine Gueye, President of the National Assembly, insisted that the parliamentarians’ debate should not be disturbed, but his protest was disregarded. Again the deputies were ordered to evacuate the Assembly at once. In the meantime the building had been surrounded by gendarmes, presumably taking orders from Dia. As the deputies filed out of the building, four of them, including Fofana Abdoulaye, a former minister, Ousmane N’Gom, Vice-President of the Assembly, and two others active in pressing for the censure motion, were arrested and taken to central police headquarters . The other deputies followed Lamine Gueye to his home near the President’s palace. Once there, Lamine Gueye, as President of the Assembly, dispatched a message to the President of the Republic reporting what had taken place. He asked the President, as “guardian of the Constitution,” to authorize the Assembly to hold an extraordinary session in his house to consider the censure motion.

Meanwhile, Dia forces had taken control of Radio Senegal and of the Administration Building, seat of the national government.

10:00 a.m.-12:00 a.m. President Senghor, forced now to choose between backing Dia and supporting the Assembly, decided on the latter course. He authorized the Assembly to meet at Lamine Gueye’s house. He also issued a requisition order, assuming direct command of the nation’s armed forces. A company of parachutists stationed at Rufisque was summoned to Dakar to protect the President’s palace.

1:00 p.m. Prime Minister Mamadou Dia at this time seemed still to have the upper hand. The Dakar police and gendarmerie had put themselves under his orders . Even the Senegalese Chief of Staff, General Fall, declared that he would respect Dia’s authority as Minister of Defense (in effect, disregarding the President’s requisition order).
Alioune Tall, Minister of Information (and a Dia supporter), announced over Radio Senegal that measures had been taken in agreement with the Secretary-General of the UPS (i.e., President Senghor) to prevent certain deputies (signers of the censure motion) from subverting the government. Tall promised that at eight o’clock that evening, the Prime Minister would address the nation.

The parachutists from Rufisque had now arrived in Dakar and surrounded the presidential palace, displacing the police and gendarmes previously sent there by Dia. It was announced shortly afterward that General Fall had been stripped of his command and replaced by Colonel Alfred Diallo, chief of the parachutists. By this time Dia and his ministers had barricaded themselves on the ninth floor of the Administration Building. Outside, Dia’s gendarmes continued to mount guard.

By 3:00 p.m. the Administration Building was surrounded by parachutists under the command of Colonel Diallo. Both the gendarmes and the parachutists, anxious to avoid bloodshed, held their fire. Left to themselves while their officers conferred over the situation, the troops within a remarkably short time were smiling, snapping their fingers, and patting each other on the back.

At 5:00p.m. the deputies convened at the house of Lamine Gueye. Some 40 members of the National Assembly were present, among them five ministers who had chosen to resign from the Dia government rather than follow him. All those present, including Boubakar Gueye, sole deputy of the opposition Bloc des Masses Sénégalaises (BMS), voted in favor of the censure motion, which was carried. The Assembly then proposed to authorize the President to submit a constitutional amendment to popular referendum. The amendment would do away with the office of prime minister and establish a presidential regime. This proposal was unanimously approved and President Senghor was immediately notified of the Assembly’s action.

At this moment it was announced to the deputies that parachutists had surrounded Radio Senegal in Dakar. In the meantime the radio station at Rufisque had passed into the hands of President Senghor’s paratroopers. Under orders from Joseph M’Baye, Dia’s Minister of Commerce, all telephone lines leading from the President’s palace were cut. Senghor, fearing that the direct confrontation of the opposing forces might lead to bloodshed, ordered the paratroopers to withdraw from the Administration Building, where Dia and his ministers still remained barricaded.

At 8:00 p .m. President Senghor attempted to address the nation. After a few minutes his voice was cut off the air and that of Mamadou Dia was heard. Then Dia, too, was cut off. It was evident that within Radio Senegal itself there were partisans of both sides.

By 3:00 a.m. of the following day (December 18, 1962), the entire capital had learned of the Assembly’s vote and of Colonel Diallo’s appointment as commander of all forces in the Dakar-Rufisque area. It was now clear that the coup d’état had no chance of success. Accordingly, the chiefs of the gendarmerie and of the Dakar police went to the President’s palace and placed themselves under his direct orders. Mamadou Dia, abandoned by the few forces that earlier had supported him, left the Administration Building. With the four ministers still loyal to him, he returned to his home in the Medina. Throughout the early hours of the morning, Radio Senegal, now firmly held by Senghor forces, broadcast the full text of the President’s earlier message.

At 9:00a.m. the deputies returned to the National Assembly Building, which was restored to them. Now numbering 55, they voted unanimously in favor of the amendment, filed with the Assembly the previous day, which would abolish the office of prime minister. They also granted Mr. Senghor full powers to govern the country pending the change-over to a presidential form of government.

That afternoon President Senghor broadcast from his palace an appeal to the Senegalese people to maintain their national unity. In the evening, a detachment of paratroopers went to Mamadou Dia’s house in the Medina with an order for his arrest issued by the High Court of Justice . Warrants were also issued for the arrest of the four ministers who had stuck by Dia. When Mr. Dia heard that the warrant for his arrest had been signed by Doudou Thiam, his former Minister of Justice, he at first told the arresting officer that he refused to follow him. But Mr. Tall, Dia’s Minister of Information, pleaded for a moment to talk with the Prime Minister. He succeeded in convincing Dia that further resistance was futile and that he owed it to his people and his friends to go along peaceably. The Prime Minister consented, thus averting a possible tragedy, and the five men were taken to a private villa where they were put under guard. Mamadou Dia’s contest of power with the National Assembly had failed.

Next, The Trial of Mamadou Dia. Part II: The Proceedings in Court, May 7, 1963