Président brouillon et pion

Président de la Guinée et président en exercice de l’Union Africaine (2017-2018), Alpha Condé suggère, d’une réunion à l’autre, de couper le cordon ombilical entre l’Afrique et l’Europe. Il ne faut surtout pas le prendre à ses mots. Car il dit le contraire de ce qu’il pense, et pense le contraire de ce qu’il dit. M. Condé ne formule pas là un souhait sincère, ni même un voeu pieux. Il se lance plutôt dans une rengaine  cynique, une manoeuvre fourbe et une tactique trompeuse.

Président bavard et brouillon

Alpha Condé voudrait faire accroire l’Afrique est désormais majeure. Malheureusement il ne fournit pas de données pour étayer son bavardage et sa démagogie. Pis, il feint d’ignorer la dépendance systématique de son régime vis-à-vis de pilleurs tels que le Groupe Bolloré. Par dessus-tout le “professeur” refuse de tenir compte de la faiblesse systémique du continent par rapport aux économies étrangères. En effet tous les voyants clignotent au rouge vif en Afrique :

  • Analphabétisme
  • Déclin des systèmes d’éducation et de recherche
  • Marginalisation du paysannat
  • Affaiblissement du réseau de santé
  • Non-industrialisation, avec pour causes et conséquences : la faiblesse de la production énergétique (domestique et industrielle), le manque d’eau potable, etc.
  • Exclusive et excessive présence des industries extractives (mines, pétrole, bois)
  • Importation déséquilibrée des produits (principaux et secondaires) de consommation
  • Mise à l’écart de l’ordre financier mondial et des marchés de capitaux

M. Condé a donc beau jeu de se démener et voyager. Il parle et se déplace dans le vide. Déboussolé et déphasé, il brandit le spectre maudit de Sékou Touré, qu’il voudrait imiter —comme le tueur Moussa Dadis Camara —, de manière sélective, oppressive et versatile.

Président pion

Le discours pseudo-nationaliste de M. Conté expose son manque de stratégie. Brouillon à souhait, il enfonce la Guinée dans la paupérisation, et ce, au nom de ses médiocres intérêts personnels et familiaux.
Mais sa rhétorique est contredite et annulée par l’appauvrissement croissant de l’Afrique et de la Guinée. Mais son idéologie tronquée jure avec le quotidien des Guinéens. Les citoyens ploient sous les calamités : mauvaise gouvernement, violations des droits de l’homme, corruption, impunité, etc.
En dernière analyse, Président Alpha Condé n’est qu’un pion. Consentant dans ce rôle, il accepte allégrément la manipulation par ses tuteurs et bailleurs globaux et/ou régionaux.

Il suffit de lire l’article ci-dessous, publié hier par Jeune Afrique, pour mesurer l’ampleur des machinations du chef de l’Etat et de son entourage, ainsi que l’étendue de la débâcle et de la désespérance de ses populations guinéennes.

Le journaliste Mathieu Olivier est le signataire du document. Il n’a pas honte d’employer la désignation “palais Sékoutouréya” : illégitime et imméritée, illicite et illégale. Il devrait plutôt écrire Palais de la présidence de la république. Comme l’Elysée à Paris, l’immeuble est le siège d’une institution : la branche exécutive de l’Etat. Propriété publique et impersonnelle, aucun nom individuel ne doit lui être attaché. Surtout pas celui de Sékou Touré !

Tierno S. Bah


Bras de fer de titans entre Soros et Steinmetz autour d’une mine géante en Guinée

En plaçant ses apôtres de la transparence au plus près du cabinet présidentiel de la Guinée, George Soros a écarté un de ses ennemis jurés. Une stratégie bien rodée dont Jeune Afrique dévoile les coulisses.

« J’essaie de t’appeler mais tu ne réponds à aucun de tes numéros, y compris ton portable. » Ce 27 avril 2013, Alpha Mohamed Condé est inquiet. Le fils du chef de l’État guinéen tente de joindre Scott Horton, avocat américain de DLA Piper, pour l’entretenir d’une histoire que l’agence Bloomberg s’apprête à écrire, et qui semble embarrasser la présidence. La ligne ne passe pas. « Alpha Mohamed » se rabat sur sa messagerie électronique, en espérant être plus chanceux. Un reporter de Bloomberg à Conakry travaille en effet sur un article concernant un accord passé entre la Guinée et le Liberia pour l’évacuation, via Monrovia, d’une partie du minerai issu du mont Nimba.

Or, Conakry veut éviter que cette information ne revienne aux oreilles des grandes sociétés minières présentes en Guinée, qui sont elles aussi tentées d’utiliser la voie libérienne plutôt que de financer un « corridor central » menant à Conakry – ce que souhaiteraient les autorités guinéennes. « Il est extrêmement important que cette histoire ne sorte pas », explique Scott Horton dans un e-mail au fils du président et au ministre des Mines, Mohamed Lamine Fofana, ce même 27 avril. Son objectif : corriger le tir en ajustant les déclarations du ministre, et ne pas donner l’impression d’un « feu vert » pour la potentielle exportation du fer de la mine de Simandou par le Liberia.

Dans les secrets du cabinet DLA

DLA Piper n’est pas n’importe quel cabinet. Il a parmi ses clients George Soros, le célèbre milliardaire américain, qui en a fait son relais en Guinée. Quant à Scott Horton, il n’est pas non plus n’importe quel avocat. Collaborateur de Soros, ce natif de Greenville, en Caroline du Sud, a connu le milliardaire il y a trente ans, à l’époque où ce dernier avait le regard porté sur l’Europe de l’Est.

C’est d’ailleurs George Soros qui, en avril 2011, a fait en sorte que la route de Scott Horton croise celle d’Alpha Condé, le nouveau président guinéen, élu en décembre 2010. Ce dernier et George Soros se connaissent déjà. Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire de Bernard Kouchner, ancien ministre français des Affaires étrangères.

Le milliardaire n’hésite donc pas à demander à son ami Horton, 55 ans à l’époque, d’aller rencontrer « Alpha », fraîchement installé au palais de Sékoutoureya. Le président, explique Soros, veut lancer des réformes, notamment dans les mines, secteur qu’il soupçonne d’avoir alimenté les caisses noires de son prédécesseur Lansana Conté, et il faut l’y aider. Le rôle de DLA Piper en Guinée est officiellement, et avec l’appui des ONG « sorosiennes », d’accompagner le gouvernement dans ses réformes. Il lance pour cela des enquêtes, dont une partie est menée par un certain Steven Fox, ancien du département d’État américain qui a travaillé pour la CIA, dirigeant de la société d’évaluation des risques Veracity Worldwide.

Les investigations mettent au jour des faits de corruption dans le passage des contrats miniers, qui sont donc réétudiés. DLA Piper, qui a rédigé le rapport, pointe en particulier le groupe minier BSGR, du Franco-Israélien Beny Steinmetz, accusé d’avoir obtenu les droits sur le gisement de Simandou par « corruption apparente ». Or Steinmetz n’est, lui non plus, pas n’importe qui : il est l’ennemi juré de George Soros.

La rivalité entre les deux hommes remonte à près de vingt ans, en Russie, en 1998. Depuis, les épisodes se succèdent, avec d’un côté le groupe Steinmetz, qui utilise jusqu’en 2012 l’agence de communication FTI, et de l’autre les hommes de Soros. DLA Piper a-t-il été l’instrument du milliardaire américain dans une guerre personnelle ? Toujours est-il que, dès le début de la présidence d’Alpha Condé, l’affrontement gagne la Guinée, où, chez DLA Piper, on s’emploie à contrer la menace BSGR, n’hésitant pas à « inspirer » la stratégie de la présidence guinéenne.

Une cellule est mise en place. En font partie Alpha Mohamed Condé, Mohamed Lamine Fofana, ministre des Mines, et Ibrahima Kalil Kaba, le directeur de cabinet du président, proposé comme coordinateur. Leur « coach » : Scott Horton. Le 1er juin 2013, c’est lui qui fait le point, par e-mail, à cette petite équipe sur la stratégie à adopter dans le secteur minier. Ce diplômé de l’université du Texas, qui échange de façon régulière avec George Soros, va droit au but.

« La Guinée passe constamment à côté d’opportunités en étant trop lente à réagir et en étant instrumentalisée par des personnes comme M. Steinmetz », estime-t-il. Et de leur conseiller une offensive fondée sur le fait que « la Guinée est une victime de Steinmetz ». Il va plus loin : « Nous sommes très proches maintenant d’obtenir des informations selon lesquelles Steinmetz finance et radicalise l’opposition, les poussant à envisager un changement de régime sans élections. […] Je pense que ce serait un coup majeur de la part de la présidence. »

Info ou intox ? À l’époque, cela fait en tout cas plusieurs mois que DLA Piper réfléchit à une stratégie, notamment via les médias, visant à contrer « les attaques de BSGR ». Alors que le gouvernement est empêtré dans l’affaire du prêt guinéen contracté auprès de la société Palladino, c’est par exemple une nouvelle fois Scott Horton qui intervient. Le 21 mars 2013, il met en relation deux communicants engagés par la présidence guinéenne, Célia Grémy, du cabinet Momentum Consulting, et Chris McShane, de Hillingdon Cresswell, avec les conseillers presse de Palladino, Lawrence Dore et Locksley Ryan.

Contre-Attaque

Objectif : déminer le possible scandale Palladino et présenter le prêt entre le gouvernement guinéen et Palladino plus transparent, notamment en le publiant sur internet. Moins d’un mois plus tard, les équipes touchent au but. Lawrence Dore propose d’écrire un communiqué dans lequel il serait clair que quelqu’un, « comme BSGR, a cherché à dénaturer le prêt Palladino pour discréditer le gouvernement ».

À la même période, BSGR est peu à peu écarté de Simandou. Sous le régime du président Lansana Conté, le groupe avait en effet réussi à obtenir la moitié des concessions de la mine. Elle les avait revendues en 2009 au groupe brésilien Vale, pour 2,5 milliards de dollars. Mais, en avril 2013, après les accusations de corruption contre BSGR, Vale rompt l’accord, moyennant l’abandon de son avance de 500 millions de dollars.

Le 16 juin 2013, une rencontre réunit à Londres Sam Walsh, président-directeur général de Rio Tinto, Jin-Yong Cai, son homologue de la Société financière internationale (IFC, filiale de la Banque mondiale), et Alpha Condé, présent au Royaume-Uni à l’occasion du G8. L’hôte de cette réunion extraordinaire n’est autre que George Soros, un habitué des rendez-vous en marge des sommets internationaux.

Cette rencontre n’est pas anodine : elle confirme les dispositions prises par l’État guinéen pour abroger les permis détenus par BSGR, alors que Rio Tinto, associé au chinois Chinalco, obtient le droit d’exploitation totale de Simandou. Depuis, la guerre par réseaux interposés n’a pas faibli. Le Franco-Israélien, assigné à résidence en Israël, est aujourd’hui accusé de corruption par la Guinée, le FBI et le canton de Genève. Un de ses anciens collaborateurs, Frédéric Cilins, a été condamné à deux ans de prison aux États-Unis. Au cœur de plusieurs enquêtes, Beny Steinmetz ne se prive toutefois pas de contre-attaquer : le 14 avril, il a déposé plainte à New York contre Soros et sa fondation Open Society Foundations, qu’il accuse d’avoir fait échouer ses projets à Simandou.

Mathieu Olivier
Jeune Afrique

Culpabilisation désuète et blâme démagogique

Président Alpha Condé
Président Alpha Condé

Le site Africaguinee.com publie un entrefilet — sans lieu, date et  signature — qui reproduit des citations du président Alpha Condé. On ne sait pas quand, où et devant qui le chef de l’Etat guinéen a proféré ces mots. Mais le “professeur-président” et le rédacteur du site sont légers dans le maniement de la langue française. Alpha Condé donne le ton du comportement fautif en n’accordant pas au pluriel le sujet et le verbe dans la phrase suivante :

« Les conditions dans lesquelles la Guinée a pris son indépendance A été l’une des causes de notre retard. »

Le “Professeur” aurait dû dire :

« Les conditions dans lesquelles la Guinée a pris son indépendance ONT été l’une des causes de notre retard. »

Culpabilisation désuète du duel Sékou Touré-Charles de Gaulle

Alpha Condé poursuit :

« La Guinée a été le seul pays qui a osé dire non en 1958 au Général De gaulle (sic) ; Ce dernier a estimé qu’il fallait punir la Guinée pour que ce mauvais exemple ne se repende pas. »

En écrivant REPENDE, Africaguinée trébuche sur l’orthographie de ce verbe, qui s’épelle RÉPANDE.

Alpha Condé revient de façon démagogique sur la rupture franco-guinéenne de 1958. Pour comprendre cette vieille chanson et se libérer de son piège, il faudrait lire les ouvrages biographiques d’André Lewin sur Sékou Touré. Ambassadeur de France en Guinée (1975-1979), cet ami personnel de Sékou Touré consacre quelques chapitres aux évènements et aux réactions — immédiates et subséquentes — du Général de Gaulle face au discours de Sékou Touré. Il expose les nuances et crève les mythes. Ce faisant, Lewin lève le voile sur plusieurs aspects du duel fatidique et destructeur (pour la Guinée) entre les deux présidents.

Blâme démagogique : archives et mémoire collective

Alpha Condé déclare :

« Après l’indépendance de la Guinée, le Gouvernement du Général De gaulle (sic) a fait partir toutes les archives. La Guinée s’est retrouvée sans mémoire. C’est le Japon qui est venu pour faire une nouvelle cartographie pour la Guinée »

Les anciens administrateurs coloniaux cachèrent mal leur dépit après la proclamation des résultats du référendum du 28 septembre 1958. Ils réagirent avec impulsivité et firent preuve de basses et déplorables mesquineries. En autres, ils emportèrent des équipements militaires et civils, des documents d’archives. S’ils avaient pu démanteler les bâtiments administratifs et les embarquer dans des navires, ils l’auraient peut-être fait ! C’était mal séant de la part de l’ancien colonisateur. Et, dans la mesure où les biens subtilisés provenaient de l’impôt des contribuables colonisés, c’était en fait du vol.

Mais, comme d’habitude, Alpha exagère et ment sur l’ampleur du “sabotage” français. Car les anciens colons ne dérobèrent pas toutes les archives. La bibliothèque et les archives conservèrent leurs locaux et l’essentiel de leur contenu. De 1964 (en tant que jeune collégien) à 1976 (en tant professeur de linguistique à la Faculté des sciences sociale de l’Institut Polytechnique G.A. Nasser), je passai pas mal de temps à consulter l’Institut national de la recherche et de la documentation (INRDG) situé alors Boulbinet. C’était le siège de la branche guinéenne de l’Institut Français d’Afrique Noire (devenu Institut Fondamental d’Afrique Noire). Cette organisation fut fondée en 1936 par Théodore Monod, ami intime de Gilbert Vieillard et protecteur d’Amadou Hampâté Bâ.

Continuation des Etudes guinéennes (1948-1955), la revue Recherches africaines parut —dans l’euphorie engendrée par le référendum — de 1960 à 1965. Après cette date, Sékou Touré ordonna sa disparition. Il fallut attendre dix ans pour la Guinée ait une publication de recherche. Ce fut Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l’Université guinéenne. (1975-1982). Les co-rédacteurs-en-chef en furent Bailo Teliwel Diallo et moi-même. L’édition de chaque numéro était une lutte où nous cumulions diverses fonctions et tâches :  enseignant, chercheur, rédacteur, dactylographe, editeur, distributeur, etc.

Après la proclamation de la république de Guinée, d’éminents auteurs et éducateurs s’attelèrent à relever le défi de la recherche et de la dissémination du savoir. Leur compétence professionnelle et leur dévouement firent respectivement de la bibliothèque et des archives  un appui à l’enseignement et à l’administration du pays et un conservateur de la mémoire collective. Parmi ces bâtisseurs, il faut citer  Tierno Chaikou Baldé, Ousmane Poréko Diallo, Laye Camara, Mamadou Traoré “Ray Autra”, Djibril Tamsir Niane, Mamadou Sampil, Jean Suret-Canale, Fanny Lalande-Isnard.

La politique obscurantiste de Sékou Touré et de son PDG plongea la bibliothèque et les archives un dépérissement à vue d’oeil. Mais les deux institutions subsistèrent et continuèrent de remplir leur fonction d’utilité publique. Je me souviens de la période 1974-76, durant laquelle j’animais —avec le vétéran journaliste Odilon Théa — l’émission culturelle hebdomadaire “Voyage à travers la Guinée” sur les antennes de la Voix de la Révolution. Mes préparatifs incluaient des visites fréquentes à la bibliothèque nationale et aux archives. J’ai indiqué ailleurs qu’une fois Sékou Touré et Bureau politique national étaient en réunion, et à l’écoute de mon émission.  (En fait, le président et responsable suprême de la révolution surveillait constamment les programmes de la radio.) Ils faillirent me convoquer ce jour-là pour me demander des explications sur mes références à la trafiquante d’esclaves Nyara Gbèli, de Boffa. La confrontation n’eut pas lieu. Mais si j’avais été amené à m’expliquer, j’aurais simplement indiqué que mes sources provenaient des documents d’archives disponibles à l’INRDG.

La région de Boffa ou Rio Pongo est la terre natale de feu Fodé Conté, inimitable chanteur, poète et charmeur.

Ce sont des Guinéens qui démantelèrent et/ou détruisirent la bibliothèque et les archives nationales. En l’occurrence, la junte militaire du Comité militaire de redressement national (CMRN) dirigée par Colonel, puis Général Lansana Conté entre 1984 et 1990. Les tentatives de reconstruction eurent lieu en deux phases.

Dans la première phase on s’occupa des Archives, qui furent re-localisées dans l’ancien hangar de la permanence nationale du PDG. Le bâtiment fut rénové, meublé, et placé sous la direction du jeune archiviste Almami Seth Conté, que je rencontrai quelques fois dans son bureau entre 2001 et 2003. Hélas, l’effort s’effondra avec la fin de l’assistance extérieure. La dégradation graduelle des archives traduisit une fois de plus le syndome de la dépendance mentale et matérielle du Guinéen vis-à-vis de l’extérieur. Ce comportement débilitant est l’une des causes du retard du pays. Et Alpha Condé en est l’incarnation déplorable… Il passe tout son temps à voyager, et revient toujours bredouille, ou chargé seulement de quelques miettes de dons !

La seconde phase a été réalisée avec la récente inauguration de la nouvelle bibliothèque nationale. Mais parions que l’Etat ne lèvera pas le plus petit doigt pour couvrir les dépenses de l’institution.  Il se contentera de tendre la main de la mendicité vers les partnenaires bi- et multilatéraux.

Le spectre de Félix Houphouët-Boigny et de Jacques Foccart

Alpha Condé reprend la autre vieille rengaine suivante :

« Le Ministre Focard (sic) avec la complicité de certains Chefs d’Etat de l’Afrique de l’ouest ont mis la Guinée en quarantaine, ce qui a fait de Sékou Touré comme un animal dans une cage. »

On note ici également le maniement maladroit du français, une langue qu’Alpha Condé parle pourtant depuis son enfance et son adolescence —passée en France. Il aurait dû omettre le COMME dans la phrase ci-dessus.

La question pour un voyageur n’est pas comment/quand/où il est tombé. Le problème est de savoir comment il va se relever. Alliant maquillage juridique, intense propagande d’Etat et forte campagne électorale, la réforme constitutionnelle, le Général de Gaulle —à travers son project pour la 5ème république — veillait au même objectif que ses prédécesseurs, à savoir maintenir l’hégémonie française en Afrique. Il appartenait à Sékou Touré et à sa génération de chercher à devenir des contrepoids de la domination et de l’exploitation. Au nom des populations africaines, et pas seulement au profit de leur pouvoir personnel et à l’avantage de leurs familles, alliés et courtisans. Hélas !

Alpha Condé compare Sékou Touré à un “animal en cage”. L’image est adéquate. Car le premier président guinéen se comporta comme un prédateur qui décima l’élite et ravagea l’économie d’un pays qu’il prétendait aimer.

Le comble est dans son dédoublement psychique (schizophrénie) et son cynisme pathologique. Ainsi, après avoir insulté Félix Houphouët-Boigny et Jacques Foccart, après les avoir fait vilipendé par les élèves, les étudiants, et les militants, il se réconcilia avec eux, toute honte bue.

Lire Foccart et Sékou : surprenantes retrouvailles
Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny

La conclusion du président Alpha Condé émane d’un cerveau qui a renoncé depuis longtemps à apprendre, à se cultiver et à s’améliorer. Elle concrétise sa myopie et sa cécité. Nous sommes en présence d’un non-voyant et d’aveugle incapable d’admettre sa propre incapacité à diriger, gérer et administer.

« Voici l’une des causes du retard de la Guinée, en plus des régimes militaires qui n’ont pas arrangé certaines. »

“L’enfer”, a dit Jean-Paul Sartre, “c’est les autres.” M. Condé a beau jeu de rejeter les causes de la misère de la Guinée sur la France du milieu du 20è siècle et sur ses devanciers miliaires putschistes. Il a adopté leur politique d’incompétence, de corruption, de répression et d’impunité. Il s’est recueilli sur la tombe de Lansana Conté. Et deux soudards de celui-ci : Colonels (ou Généraux) Pivi Togba et Moussa Tiégboro font partie de son gouvernement. En 2009, — s’exhibant dans ses shows télévisés comme un pantin et un pitre — Moussa Dadis Camara faisait recours à ce genre de faux arguments.

Alpha Condé partage avec ses prédécesseurs à la tête de l’Etat la culpabilisation désuète des autres et le blâme démagogique du passé. Il ne trompe que lui-même.

Tierno S. Bah

L’impunité version Sidya Touré

Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

Sous la plume de Boubacar 1 Diallo Africaguinée rapporte  des extraits d’une interview de Sidya Touré sur les ondes d’une radio de Conakry. L’article est intitulé  “Un soutien de taille pour Dadis Camara”.  Comme d’ordinaire le journaliste se comporte comme une simple caisse de résonnance de la personne interviewée. On enregistre passivement. Il n’y ni contradiction ni suggestion d’alternative à l’opinion de l’invité(e). Pas la moindre réflexion même sur des évènements aussi tragiques que ceux du 28 septembre 2009.

M. Sidya Touré rejoint ici d’autres dirigeants de l’opposition qui ont des attitudes ambiguës sur l’inculpation, l’enquête et le procès des accusés du massacre au stade de Conakry. Ainsi Cellou Dalen Diallo, Faya Millimouno et Mouctar Diallo ont soit rendu  visite à Moussa Dadis Camara, soit cherché à lénifier le rôle d’un Toumba Diakité durant les violences sur le terrain. Autant d’actes qui, objectivement, renforcent l’esprit d’impunité qui prévaut en Guinée. Et qui contribuent à noyer les crimes de l’Etat guinéen dans l’eau.

Mais en l’occurrence Sidya Touré émerge par un  comportement singulier. Il est comme une girouette qui tourne au gré du vent de la scène publique. Ainsi hier, il était membre de l’opposition et il dénonçait vigoureusement le mépris et le viol de la Constitution par le président Alpha Condé. Aujourd’hui, il est le Haut Représentant du chef de l’Etat. Dans quel domaine et à quelle fin représente-t-il le président ? Il ne saurait lui-même le dire !

Responsabilité indirecte

Sidya Touré est l’un des leaders qui convoquèrent le meeting au stade de Donka le 28 septembre 2009. Les milliers de participants furent invités et encouragés à se mobiliser pour marquer l’opposition du pays à la candiature du chef de la junte militaire à l’élection présidentielle de 2010. A son arrivée au pouvoir en décembre 2008, par un coup d’Etat programmé par feu Lansana Conté, Dadis avait juré sur la Bible et le Coran qu’il n’exercerait le pouvoir que temporairement.  Mais au cours de l’année suivante, il changea d’avis, parla de démissionner de l’armée pour convoiter, en tant que civil, le fauteuil présidentiel, conformément à son droit de citoyen !… Le problème fut que le pays ne l’entendait pas ainsi et rejettait absolument son parjure et son ambition. Ce qui devait arriver arriva. Et, en ce jour fatidique du 28 septembre, en quelques heures, une assemblée pacifique et joyeuse, devint un carnage : des centaines de militants furent abattus par balles ou à l’arme blanche. Des dizaines de femmes et de jeunes filles furent violées. La barbarie et l’horreur suscitèrent la condamnation universelle. La rage et la violence n’épargnèrent pas non plus M. Touré et ses collègues politiciens. Ils reçurent des soins pour les coups et blessures subis aux mains de la soldatesque et des miliciens du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci est exilé depuis 2010 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Mais la conscience des dirigeants politiques devrait les amener à admettre leur responsabilité indirecte dans la tragédie. Par exemple, avaient-il élaboré un plan de sécurité en cas d’actes de répression par la junte ? Disposaient-ils de services ou d’agents de renseignements postés autour des casernes militaires, notamment le Camp Alfa Yaya Diallo, siège du Comité militaire our la démocratie et le développement (CNDD). Si la réponse à ces questions est négative, alors les politiciens devraient se le reprocher aujourd’hui. lls devraient accepter leur imprévoyance et admettre leur responsabilité indirecte dans l’affaire. Car s’ils avaient infiltré le CNDD et/ou posté des informateurs autour du Camp Alfa Yaya, ceux-ci auraient pu les alerter par cellphone du départ du convoi des tueurs vers le stade. Ainsi avertis, les organisateurs auraient eu le temps d’évacuer le stade avant l’arrivée dess hordes de tueurs dirigées par Moussa Tiégboro et Tomba Diakité. Et une telle mesure aurait permis d’éviter le bain de sang et les cruautés.

Des années se sont écoulées depuis la perpétuation du massacre. Le gouvernement tient des promesses vagues, mais n’offre rien de concret sur l’éventualité d’un procès des personnes impliquées dans la tuerie. De son côté, au lieu de lutter sans relâche pour que justice soit faite, la classe politique cherche plutôt à créer la diversion ou à disculper les accusés, au détriment et au grand dam des survivants et des familles des disparus !

Diabolisation de la CPI

Au lieu d’agir en démocrates convaincus de la nécessité absolue de la séparation des trois branches de l’Etat : le Législatif, le Judiciaire, l’Exécutif. Alpha Condé et ses opposants (naguère ses alliés) s’immiscent en permanence dans le processus de la justice. Et refusent d’admettre le principe de l’indépendance de celle-ci.
C’est une approche qui vise à détacher la Guinée et l’Afrique du principe de l’universalité de la justice. Il faut au contraire se souvenir et souscrire à l’avertisssement immortel du Révérend Martin Luther King, Jr, qui, du fond de sa cellule de prison à Birmingham, Alabama, lança : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere! » (Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout.)
De son côté l’Archevêque Desmond Tutu a formellement dénoncé les manoeuvres d’hommes d’Etat africains qui diabolisent la Cour Pénale Internationale (CPI) afin de se soustraire aux poursuites judiciaires. Il s’agit, par exemple, des présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Pierre Nkurunziza (Burundi), de l’ex-président Yahya Jammeh (Gambie), etc. C’est là une stratégie évidente visant à perpétuer l’impunité des crimes politiques en Guinée et en Afrique.

Lire In Africa, Seeking A Licence To Kill

Une girouette nommée Sidya Touré

Bien qu’étant en perte de temps et de vitesse pour la course à la présidence, Sidya Touré vient de s’inscrire dans le club des détracteurs de la CPI. Dans son interview d’hier sur Espace FM il déclare :

« Je crois qu’on devrait laisser le capitaine (Dadis Camara) rentrer à Conakry. L’histoire de la CPI n’est pas une solution. Ce sont des procès qui peuvent durer dix ans. On devrait faire en sorte qu’il vienne ici et qu’il défende son honneur, c’est vraiment mon souhait. »

Primo, la CPI n’est pas “une histoire”. Malgré ses ressources modestes, elle a une mission mondiale et elle exerce des fonctions réelles. Si Sidya en doute, il n’a qu’à se rappeler le sort de Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, et consorts. Sans omettre, bien sûr, l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, ses compatriotes Ivoiriens. La CPI est ainsi effectivement  une solution.
Secundo, la justice peut et doit prendre tout le temps requis pour aboutir. Non astreinte aux contraintes temporelles, elle range un dossier seulement en cas de disparition  physique établie d’une personne accusée de crimes. Une telle règle est particulièrement valable pour les accusations de crimes de sang, de crimes de guerre et contre l’humanité. Cela explique que des Nazis soient toujours visés par des inculpations pour leur rôle dans les crimes commis sous la dictature d’Hitler, notamment l’Holocauste.

Lire également (a) Sidya : Sékouba frauda pour Alpha
(b) Sidya. “Si le droit est dit, je serai au second tour”

La “famille” : apologie du crime et promotion de l’impunité

Sidya Touré poursuit :

« Je crois que chacun de nous a quelque chose à dire par rapport à ça. Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire. ».

La première phrase se termine par l’expression “par rapport à ça”. Sidya effectue là un changement de code linguistique et s’exprime dans le vague parler franco-africain (Côte d’Ivoire, Guinée, etc.). Cette tactique lui permet de parler sans rien dire de substantiel. Il  confirme son choix par l’affirmation suivante : “Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire.” Un propos désolément vague et vide.

Sidya enchaîne :

« C’est nous qui savons comment est-ce que nous allons laver notre linge sale en famille. Mais aussi c’est là aussi qu’on pourrait avoir des débats sereins. »

L’invocation de la Guinée comme étant une famille ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux premières années de l’après Sékou Touré. La question brûlante à l’époque était de savoir comment sortir du vide politique instauré par le CMRN et le CTRN sous la férule de Lansana Conté.  Comment instaurer le pluralisme politique après la chute du PDG et l’autocratie militaire ? Quelqu’un  avança la phrase : “La Guinée est une famille.” Mais il se trouve qu’il s’agit d’un cliché artificiel et d’un mythe creux.
Mamadou Bâ y a objecté de façon convaincante dans “La Guinée est une république, pas une famille”.
Hélas, Sidya Touré nous ramène en arrière avec son histoire de “laver notre linge sale en famille”. En lieu et place d’une cour de justice et d’un tribunal, il voudrait balayer le massacre du 28 septembre sous une natte. Comment ? Cela serait à travers “des débats sereins.” C’est incroyable ! Des assassinats et des viols ont été commis. Et aujourd’hui, Sidya propose des “débats” groupant les auteurs, les survivants et les parents des victimes du massacre. Cela est inadmissible de la part d’un politicien qui se veut d’envergure nationale !

Noirs et Blancs : une fausse dichotomie

Sidya Touré s’enfonce davantage par ces mots :

« Il faut faire les assises en Guinée mais sur l’ensemble du problème, comme ça on appréhendera ce que les uns et les autres ont pu faire. »

Tout d’abord Sidya Touré doit garder en mémoire, et pour de bon, qu’au cas où — et cela n’est pas sûr — “des assises” de tiendraient en Guinée au sujet du massacre du 28 septembre 2009, seule la magistrature du pays devra siéger. Et le contexte sera un cour de justice, un tribunal réunissant des juges, des accusés et des avocats. Il n’y aura pas de place pour “des débats sereins”. Si les accusés peuvent prouver leur innocence à l’appui de faits et de témoins valables, la justice les disculpera. Si, au contraire, le procureur convainc la cour de la culpabilité des prévenus, la loi s’appliquera à eux. Quoiqu’en pensent ou disent les politiciens du gabarit de Sidya Touré. Les palabres africaines, les discours sur la “réconciliation nationale” viendront après. Ils prendront la forme et le temps  que l’on voudra. Mais seulement après que le verdict de la justice, prioritaire et suprême, et sur la base des lois en vigueur.

« Seuls les guinéens peuvent sortir de cet embrouillamini. »

Cela est archi-faux. La justice est un impératif national et international. Si elle s’applique au sein des Etats, elle aussi  tracés frontaliers et requiert le concours de tous et de toutes. La justice est  un régime indispensable à l’exercice de la vraie démocratie. Cela étant, les Guinéens ne peuvent pas s’enfermer dans un vase clos et vivre en autarcie. Au contraire, pour vaincre sa pauvreté — matérielle, morale, industrielle, scientifique, technologique —, la Guinée a cruellement besoin de l’apport d’autres pays et des institutions multilatérales. Surtout dans le domaine de la justice, où le régime d’Alpha Condé traîne la patte, fait des promesses, et tient la dragée haute à ses partenaires dans l’organisation du procès de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité et leurs co-accusés (Tiegboro Camara, Pivi Togba, Sékouba Konaté, etc.)

« Mais si on commence à expliquer ça à la Haye, les blancs ne comprendraient même pas comment des gens peuvent se comporter de la sorte. »

Prenant la couleur de la peau comme critère, ce passage révèle une conception superficielle et vulgaire de la gestion des affaires publiques. Une vision aussi épidermique ravale l’Africain encore plus bas que le fameux slogn de la Négritude : “Si la Raison est Hellène (grecque), l’Emotion est Nègre.” En effet elle est pire dans la mesure où, d’une part, elle suggère que l’énormité du masscre guinéen dépasse l’entendement des Blancs, et, d’autre part, prétend que les Noirs sont habitués et donc immunisés contre ces atrocités. Sidya Touré oublié qu’en matière de droit international et selon les normes de l”ONU, l’affaire du 28 septembre est classée comme un crime contre l’Humanité. Or la Guinée fait partie de cette humanité-là. Il ne saurait donc y avoir deux poids, deux mesures.
Mais Sidya Touré ne fait qu’appliquer la vieille tactique du “diviser pour régner”. En l’occurrence, Nous les Noirs contre Eux les Blancs. Que Sidya Touré veuille bien se remémore la boutade célèbre de Frantz Fanon : Peau noire, masque blanc ! On peut être noir de peau mais être aliéné et déraciné. Au point de s’assimiler à l’Europe coloniale et post-coloniale. Mes objections spécifiques contre le propos ci-dessus sont au nombre de deux :
Primo, le Camp Boiro, les répressions sanglantes cycliques opérées par Lansana Conté, le massacre du 28 septembre ne se réduisent pas à une fausse dichotomie entre Noirs (Guinéens, Africains) et Blancs (Européens). La vraie justice est impartiale et aveugle quant à l’origine, la “race”, le sexe, la religion d’un prévenu.
Secundo, Fatou Bensouda, la procureure en chef de la CPI, est une magistrate gambienne. Elle est Noire ou, de préférence, sud-Saharienne. Sidya Touré se tromperait lourdement s’il croit être plus Africain que Ms Bensouda ! Ou bien qu’elle est devenue Blanche du fait de son mandat à la tête de la CPI !

Auparavant Sidya fait la caricature des procédures de la CPI en ces termes :

« La CPI est très loin, on envoi des témoins qu’on cache derrière les rideaux qui racontent des choses qu’on ne peut pas vérifier. »

Cela est également archi-faux. Les séances de la CPI sont présidées par trois juges triés sur le volet et nommés pour une durée limitée. La fonction de la procureure consiste à convaincre la cour de la culpabilité des accusés, qui sont flanqués de leurs avocats. En cas de négligence ou violation des procédures, la procureure peut perdre un procès. La sentence de tout prisonnier (Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, etc.) reposent sur des preuves matérielles, irréfutables pour les faits reprochés. La protection des témoins est une mesure préventive pour la sécurité physique des intervenants. La mascarade dont fait état Sidya Touré n’existe que dans son imagination.
Sidya Touré conclut :

« Mais nous, on connait qui nous sommes. Donc, nous pouvons trouver des solutions ici. »

Cela fait huit ans que les militants de l’UFR (et ceux des autres partis politiques) victimes du massacre attendent que l’Etat guinéen organise un procès. Le souhait — ou la proposition — de Sidya Touré rappelle la métaphore du chien malade, qui ne peut pas manger son plat, et qui ne veut pas laisser un autre chien manger le consommer à sa place. Les dirigants guinéens se comportent de la même manière. Au lieu de remplir leur devoir primordial et sacré de justice, ils ont recours à toutes sortes de prétextes et de méthodes dilatoires pour retarder et, en réalité, empêcher la tenue du jugement des prévenus. A l’heure actuelle on parle vaguement de la fin de l’année, sans fixer une date. Nous verrons bien. En attendant de quelle solution Sidya Touré parle-t-il ?

La moralité à tirer de l’interview de M. Sidya Touré tient dans la comparaison entre les domaines de la santé et de la justice. En dépit de différences apparentes, ils ont un dénominateur commun  communs.
Le premier terme recouvre le domaine de la santé personnelle et collective. Là, les soins des malades physiques et mentaux relève de la compétence de la profession médicale. Ainsi durant la crise de l’épidémie Ebola, la Guinée bénéficia de la coopération avec des dizaines pays, de l’OMS, de Médecins Sans Frontières, de volontaires individuels, etc. Il y a avait péril en la demeure. Pour stopper les ravages du virus, on n’a pas cherché à faire des “débats” entre Guinéens. Il y eut certes des campagnes d’éducation sanitaire. Mais elles furent guidées par des experts et des agents formés et encadrés.
Le second terme concerne la justice. Son virus s’appelle l’impunité. Infaillible, son pronostic s’appelle le déni de justice. L’Etat guinéen en est l’originateur et le vecteur principal. Ce virus s’est propagé.  Il affecte désormais toute la société. On note ainsi la fréquence de scènes de “vindicte populaire” et d’actes de vengeance (torture, immolation par le feut, etc) au niveau des populations. L’impunité est endémique et épidémique dans le pays. Et ses consequences sont plus dévastatrices que celles des maladies corporelles et des troubles mentaux. Car, si l’on remonte à 1958, on constatera que le bilan de l’impunité est plus négatif que celui de toutes les épidemies qui frappé la Guinée, y compris celle du virus Ebola. Comment doit-on s’y prendre pour remédier à cette situation catastrophique. Très simple : la Guinée doit pratique la même politique que celle qui permit de vaicre Ebola entre 2014 et 2015. Cela signifie trois choses : (a) l’obligation de laisser le champ libre aux spécialistes de la profession judicaire, (b) la formation et la surformation du personnel (c) la renonciation aux commissions dites de “réconciliation” (d) le retrait de la classe politique — en quête d’électeurs — du domaine de la justice.
La branche judiciaire est théoriquement assez bien charpentée en Guinée. Ainsi la loi fondamentale, les codes et les règlements existent. Une hiérachie pyramidale est en place. Malheureusement presque tout est pourri au plan pratique. Notamment à cause de l’étranglement de la magistrature par le pouvoir exécutif depuis 1959. Et en raison de la corruption — grande, moyenne et petite — alimentée par la pauvreté et la médiocrité des salaires. Enfin, pour éradiquer le virus de l’impunité, l’Etat doit s’ouvrir à la coopération franche avec (a) la Cour Pénale Internationale (b) les pays dotés de solides traditions judiciaires (c) les ONG de défense et de promotion des droits de l’homme.

Tierno S. Bah

Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah

Un acte ignominieux de Damantang Camara

Damantang Camara, greffier de justice, membre du Bureau politique national, du Comité central et du gouvernement, ancien président de l'Assemblée populaire nationale, membre de la Commission d'Enquête du Camp Boiro et du Tribunal Populaire Révolutionnaire EXTRA-JUDICIAIRE. (Photo extraite d'une pose d'un groupe souriant de ministres du PDG après la victoire du Hafia Football Club sur le Mouloudia d'Alger en 1979 pour la Coupe des Clubs champions d'Afrique. — T.S. Bah)
Damantang Camara, greffier de justice, membre du Bureau politique national, du Comité central et du gouvernement, ancien président de l’Assemblée populaire nationale, membre de la Commission d’Enquête du Camp Boiro et du Tribunal Populaire Révolutionnaire EXTRA-JUDICIAIRE. (Photo extraite d’une pose d’un groupe souriant de ministres du PDG après la victoire du Hafia Football Club sur le Mouloudia d’Alger en 1979 pour la Coupe des Clubs champions d’Afrique. — T.S. Bah)

Un visiteur de BlogGuinée a soumis une question écrite sur le rôle de Damantang Camara dans la dictature de Sékou Touré (1958-1984). Il est difficile de répondre à ce type d’interrogation étant donné le vide de mémoire et l’amnésie entretenus par les régimes guinéens successifs. Toutefois, un acte, gratuit et ignominieux, de Damantang Camara a survécu au silence complice sur les crimes des dirigeants et de nombreux militants du PDG. En effet lors d’une mission à Prague, il se permit une démarche choquante à l’encontre de Milena, l’épouse Tchèque de Thierno Mouctar Bah, qui était détenu alors depuis 1971, successivement au Camp Boiro et à la Prison civile de Kindia. Lire le texte plus bas.

Notes. (1) Il est de notoriété publique que Damantang Camara était un petit-fils de Lankama N’Valy Kamara,  kèlètigi (chef de guerre ou général) de l’empereur Samori Touré. N’Valy mourut en 1888 devant le siège de Sikasso, où périt aussi Kèmè Bourema, le chef de la cavalerie (sótigi) et frère cadet maternel de Samori. Lire  Ibrahima Khalil Fofana sur webMande.
(2) Lankama N’Valy dirigea la colonne expéditionnaire dépêchée par Samori pour réduire la révolte des Hubbu du Fitaba (1849-1875 environ). A propos des Hubbus lire sur webFuuta  Tierno Mamadou Bah, Louis Tauxier, section 1 et section 2, Paul Marty, entre autres.
(3) Le Conseil supérieur de l’Etat théocratique du Fuuta (Teekun Mawɗo) avait en 1870 approuvé la décision conjointe d’Almaami Ibrahima Sori Daara Ier (1843-1873, Branche Alfaya, 11e souverain) et d’Almaami Umaru (1842-1871, Branche Soriya, 10e souverain) de conférer à Samori le titre d’Almami (Lire Tierno M. Bah). Reconnaissant pour l’insigne honneur, le conquérant manding appuya militairement par la suite les campagnes des Almaami pour venir à bout des dissidents Hubbus.

Le contenu du récit ci-dessous était faux. Il relevait de l’imagination malveillante et, surtout, de l’esprit du Mal et de la Méchanceté incarné en Sékou Touré et en son émissaire, Damantang Camara. Car Mouctar fut libéré et il survécut une quinzaine d’années à ses bourreaux et persécuteurs. Mais lisons plutôt l’extrait suivant, qui expose le sadisme et la cruauté de soi-disant hommes d’Etat.

Tierno S. Bah


 Horreur

La nuit tombe sur la ville. Milena vient de rentrer de sa journée de travail au domicile du général canadien. Certes, le couple traite bien sa femme de ménage, mais l’employée souffre de maux de dos qui la tourmentent souvent. La sonnerie du téléphone l’arrache brusquement à ses pensées. C’est une voix à l’accent africain qui lui demande de venir à l’Hôtel International dès que possible.
— C’est de la part de qui ? demande Milena.
— Monsieur Camara Damantang voudrait vous voir. Pouvez-vous venir vers 19 heures ?
— Oui, j’arrive.
Milena raccroche, le coeur battant : Damantang veut la voir. C’est un membre influent du BPN 2 qui a été ministre de la Justice. Il a sûrement quelque chose d’important à lui dire. Mon Dieu ! faites qu’il m’annonce le retour des enfants ! Peut-être mes démarches auprès du président Husak ont-elles fini par aboutir ?

L’hôtel est situé dans le quartier Praha 6, non loin de l’appartement de Milena. Au milieu des bâtisses anciennes, l’établissement détonne un peu par l’air trop moderne de ses grandes baies vitrées, mais l’hôtel est luxueux : il faut reconnaître que la Révolution guinéenne traite bien ses émissaires. Le groom en livrée introduit Milena dans un petit salon attenant au hall d’entrée. Il n’y a personne. Les quelques minutes d’attente lui paraissent un siècle. Soudain, trois Africains sont là, devant elle. Le plus grand s’avance. C’est Damantang, immense et noir, qui la salue. Elle bégaie un bonjour inaudible. Il penche sa grande carcasse vers elle, lui prend la main et la serre longuement dans les siennes. Puis, tout en gardant cette main, il attire Milena vers le canapé, la fait asseoir et lui dit dans un souffle :
— Il vous faut être courageuse, Madame. Je suis venu vous présenter mes condoléances. Je connaissais bien votre mari.
Elle a l’estomac au bord des lèvres. Les larmes l’aveuglent et derrière un voile elle entend cet homme lui murmurer des paroles de réconfort.
Mais qu’est-ce qu’il raconte ?
Que son mari est mort sous la torture, oui, et qu’il a dû manger trois mois durant comme un chien lapant son écuelle puisqu’on lui avait coupé les deux mains ! Qu’il a fini par mourir et que cela valait mieux pour lui que de vivre ainsi … Que la terre lui soit légère ! Amin.
Milena est assommée. Muette de stupeur. Mouctar, finir comme un chien … Damantang la relève et la raccompagne avec beaucoup d’égards à la porte de l’hôtel. Elle va s’asseoir sur un banc de la place et pleure longtemps. Puis elle se rend compte qu’elle a même oublié de demander des nouvelles des enfants !
Comment a-t-elle pu laisser échapper l’occasion de la visite à Prague de ce grand dignitaire ? Elle n’a vu que son mari dans le trou, devant son assiette …
Revenir à l’hôtel ? Rappeler Damantang ? Oh ! non, c’est au-dessus de ses forces ce soir. Alors elle continue à pleurer, seule dans la nuit.

Extrait de Guinée, les cailloux de la mémoire, par Nadine Bari.