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Pas de réconciliation sans justice – 2015

Portail du bloc de la prison politique et mouroir du Camp Boiro, 1984
Portail du bloc de la prison politique et mouroir du Camp Boiro, 1984

Peut-il y avoir réconciliation sans qu’au préalable la justice soit faite ? J’ai déjà répondu clairement à cette question, qui a été reposée encore hier sur Facebook. Aujourd’hui comme hier, mon avis est catégoriquement NON !
Et je crois savoir et pouvoir dire que toute démarche dans ce sens est d’avance vouée à l’échec.

Des milliers de Guinéens, d’Africains et d’étrangers furent torturées, exécutée, et jettées dans des fosses communes, sans sépulture. Depuis, leurs âmes rôdent autour et hantent le pays, demandant, exigeant JUSTICE.

Tant que le cri et l’imploration posthumes de ces martyrs et victimes ignominieusement assassinés n’auront pas été entendus et satisfaits, que l’on ne s’étonne pas des calamités, malheurs et  tourments qui s’abattent sur la Guinée.

Cela dit, les crimes commis ne concernent pas que les familles. Ils continuent d’affecter toute la société. Il ne faudrait donc pas réduire les tragédies au niveau des torts familiaux subis et aux dispositions du droit et du Code CIVILS.

Au-dessus de cet aspect, il y a la dimension sociale qui est basée sur l’accusation indéniable portant sur des crimes de sang et des crimes contre l’humanité. On en arrive ainsi niveau du droit CRIMINEL, qui juge les accusés et impose des peines punitives proportionnelles.

Pour avoir commis des forfaitures similaires —à moindre échelle— Charles Taylor a écopé 50 ans de prison après un procès public et équitable. Durant et après son appel il chercha à éviter son sort en faisant état de l’utilité de la réconciliation. A son avis, une telle démarche aurait servi à panser les blessures mortelles qu’il infligea au peuple libérien. La Cour ne daigna même pas répondre à cette tentative de contourner la justice. La logique, ici, est que Charles Taylor aura tout le loisir de chercher la réconciliation à sa sortie de prison. Il sera alors âgé de plus de cent ans.

De même, entouré de ses avocats et faisant face aux juges de la CPI, Laurent Gbagbo attend son tour de comparaître devant le tribunal. S’il est condamné, ses partisans et lui-même devront différer la réconciliation et attendre qu’il purge sa peine d’abord.

Telle est la voie que la Guinée doit NECESSAIREMENT suivre.

Pas de deux poids deux mesures. La justice pour le Liberia et la Côte d’Ivoire doit être la même que pour la Guinée, qui doit punir ses bourreaux, conformément aux lois et traités nationaux et internationaux.

C’est la seule manière de mettre fin à l’impunité qui sévit dans le pays.

 Tierno S. Bah

PS. Messages postés sur ma page Facebook

1. Je voudrais demander a tous nos compatriotes de se donner des idees comment aborder cette phase finale qui mettrait en demeure notre gouvernement a commencer a consulter  les familles de ces victimes pour une eventuelle reconciliation nationale.

2. C’est tout le combat de l’Association des victimes du Camp Boiro et des autres organisations de la société civile. Mais, nous avons de plus en plus de difficultés  à nous faire entendre.

3. [On a] construit trois latrines à l’emplacement où nous devions poser la 1ère pierre du futur Mémorial du  Camp Boiro (pose qui nous a été refusée)…. Oser poser ces trois WC sur ce lieu sacré, en plein milieu du terrain réservé aux familles de victimes dans le Camp !!

 

Ousmane Baldet : victime-martyr de Sékou Touré

Baldet Ousmane (1924-1971), ancien gouverneur de la Banque Centrale, ancien ministre. Pendu à Conakry le 25 janvier 1971. (Source: Oumar Diaby)
Baldet Ousmane (1924-1971), ancien gouverneur de la Banque Centrale, ancien ministre. Pendu à Conakry le 25 janvier 1971. (Source: Oumar Diaby)

Ousmane Baldet (ou Baldé) est issu de la lignée des  Uururɓe Kulunnaaɓe ou Kulunnanke (Mbal-Balde), fondatrice et régnante du diiwal (province) de Koyin dans la Confédération musulmane du Fuuta-Jalon (1725-1897). L’administration coloniale française déplaça le siège de la région  à Tougué vers 1915.

L’étudiant Ousmane termina ses études à l’Ecole William Ponty de Gorée avec un diplôme d’administrateur en 1944.

Après la proclamation de la république, le 2 octobre 1958, sa formation et son expérience sont des atouts précieux pour le jeune Etat cruellement dépourvu de cadres. En 1960, Sékou Touré décide abruptement de transformer la Guinée en zone monétaire indépendante de la zone CFA. Ousmane Baldet est nommé Gouverneur de la Banque centrale.

Premier Franc guinéen, lancé en mars 1960 (ici le billet de 100 frs côté face)
Premier Franc guinéen, lancé en mars 1960 (ici le billet de 100 frs. côté face).
Premier Franc guinéen, lancé en mars 1960 (ici le billet de 100 frs. côté arrière).
Premier Franc guinéen, lancé en mars 1960 (ici le billet de 100 frs. côté arrière).

Compétent et intègre, il occupe une place prépondérante dans le domaine des finances et des banques.

Le diplôme d'administration de l'Ecole William Ponty
(Source: Oumar Diaby)

Successivement gouverneur de la BCRG, secrétaire d’Etat aux Finances; au Contrôle financier ; et au Commerce,  il est au courant des magouilles financières  Sékou Touré. Sa connaissance intime des manipulations économiques du chef de l’Etat explique que le président l’implique sans preuves dans l’attaque guinéo-portugaise contre le régime.

Arrêté en décembre, il est jugé en son absence — le comble du déni de justice — comme tous les autres accusés.

Ousmane Baldet est pendu le 25 janvier 1971 avec Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita au Pont Tombo. La même nuit enregistra des dizaines d’exécution par le fusil ou la corde à travers la Guinée. Ce fut le paroxysme du réflexe assassin et de la folie meurtrière de Sékou Touré.

Baldet Ousmane, médaille d'honneur du Travail
(Source: Oumar Diaby)

Les extraits suivants sur la fin tragique d’Ousmane Baldet proviennent de témoignages de survivants du Camp Boiro.

 « M. Ousmane Baldé est d’une dignité et d’une discrétion irréprochables. Sa hauteur de vue et son courage font de lui un homme exceptionnel. A aucun moment, il n’a tapé à sa porte, ni quémandé le moindre service. Il était entouré de respect et d’une déférente considération de la part des geôliers même les plus intraitables. »
Kindo Touré. Unique Survivant du “Complot Kaman-Fodéba

« Baldet Ousmane fut pendu parce qu’il était un bon technicien des finances et en savait long sur les méthodes par lesquelles le Clan Touré s’était  approprié le trésor du pays. »
 Mahmoud Bah. Construire la Guinée après Sékou Touré.

« La création d’un Ministère du Contrôle Financier en 1967 avait suscité beaucoup d’espoirs. A sa tête avait été nommé Baldet  Ousmane, haut fonctionnaire compétent et honnête. De nombreuses missions de contrôle furent envoyées à travers le pays. Leurs rapports dévoilèrent beaucoup de malversations mettant en cause les plus hautes autorités de l’Etat. Il fallait se débarrasser de ces gêneurs du Ministère du Contrôle Financier. La purge sanglante consécutive aux évènements du « 22 novembre 1970 » fut l’occasion  de les éliminer, notamment Baldet Ousmane, pourtant fidèle serviteur du régime qui finit pendu sous le pont « Fidel Castro Ruz ».
Maurice Jeanjean. Sékou Touré, un totalitarisme africain

« Je finis par me pencher sur le questionnaire du ministre : il comporte douze feuilles dactylographiées, avec un tel nombre de questions que j’en suis surpris. Je les feuillette au hasard et je lis :
« Vous êtes le membre le plus influent, avec Baldet Ousmane, du Front anti-guinéen qui se fait pompeusement appeler Front de libération nationale, et qui veut libérer la Guinée de sa liberté, comme l’a dit le Responsable suprême de la Révolution. De plus, vous êtes membre fondateur en Guinée du réseau foccardien 16. Dites-nous… ? »
Baldet Ousmane, plusieurs fois ministre, l’un des meilleurs spécialistes guinéens des Finances publiques, a été pendu dans la nuit du 24 au 25 janvier 1971. En me mettant sur un pied d’égalité avec lui, dans le cursus honorum [l’échelle des honneurs] de la contre-révolution, le comité a du même coup, déterminé la sanction qui va me frapper : la peine capitale. Je ne me fais aucune illusion. Seulement, je souhaiterais être fusillé plutôt que pendu. »
Alpha-Abdoulaye ‘Portos’ Diallo. La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré

Décembre 1970, Baldet Ousmane, prisonnier torturé au Camp Boiro, avant la pendaison en janvier 1971
Décembre 1970, Baldet Ousmane, prisonnier torturé au Camp Boiro.
Baldet Ousmane, pendu le 25 janvier 1971, sur ordre de Sékou Touré
Baldet Ousmane, pendu le 25 janvier 1971, sur ordre de Sékou Touré

Tierno S. Bah

Du slogan éploré au combat justicier

La chute du régime de Sékou Touré et la fermeture du Camp Boiro inspirèrent en avril 1984 le slogan “Plus jamais ça !” La sincérité et la validité de ce cri humain sont évidentes. Elles expriment les sentiments de  parents, époux et épouses, flles et fils, familles élargies, amis et collègues …

Témoignages écrits et documents photographiques à l’appui, je survole dans ce blog, d’abord, la situation des droits de l’homme en Guinée durant les 44 ans écoulés. Ensuite je suggère un élargissement de l’optique et un renforcement de la stratégie.

Témoignages et photos

La date du 25 janvier de chaque an marque d’une pierre noire la pendaison à Conakry et à l’intérieur du pays de dizaines d’innocents citoyens: fonctionnaires, professionnels, hommes d’Etat, politiciens, etc.

Le martyre de ces braves hommes eut lieu au pont Tombo; une construction qui délimite les deux presqu’îles constitutives de la capitale, Conakry:

  1. La presqu’île de Tombo, qui constitue le centre-ville et que l’on appelle erronément appelé Kaloum
  2. La presqu’île de Kaloum, c’est-à-dire la banlieue, qui s’étend de Camayenne et Moussoudougou à la baie de Sangaréa, près de Dubréka, où le grand fleuve Konkouré verse dans l’Océan Atlantique,

Dans Prison d’Afrique, chapitre “La ballade des Pendus”, Jean-Paul Alata témoigne :

« L’accablement se fait plus pesant pour moi. Je n’avais gardé aucune relation avec Barry III depuis mon ralliement au RDA, que le chef de la DSG n’avait pas pardonné.
Mais mon ancienne amitié se révolte à l’évocation du supplice infamant que je sais tellement immérité.
Certes, Barry n’avait jamais été un sincère RDA. Il conservait ses attaches socialistes mais jamais il n’aurait pris les armes contre son pays. On aurait pu l’écarter de la vie politique, mais l’exécuter ainsi ?Il y a trois mois, il s’en est donc bien allé vers la mort. Lui, dont l’ambition était de diriger son peuple vers la liberté, il s’est balancé au bout d’une corde, en plein centre de Conakry. Un cercle de voyous et de catins ont insulté son pauvre cadavre. J’apprendrai plus tard tous les détails de l’exécution. La mort miséricordieuse a épargné à son visage la grimace affreuse des suppliciés de la corde, Ibrahima, vaincu de la politique, est resté vainqueur de son dernier combat. Il est mort en regardant l’horreur en face. Musulman sincère il a accepté l’au-delà comme sa demeure choisie. Il est mort en homme.
Qui sait? Les générations futures chanteront-elles, peut-être, la geste des pendus du Pont Tumbo, des martyrs morts dans l’ ignorance de leur crime. Parmi eux, peut-être, glorifieront-elles le courage de Barry le Sérianké 3, qui, à l’ultime minute, réconforta ses compagnons et mourut la tête haute…, la geste de Barry III qui, cette nuit du 25 janvier 1971 et toute la longue journée du lendemain, se balança sinistrement sur l’autoroute, appelant la malédiction divine sur ses assassins. »

[Une erreur de plume (lapsus calami) se glisse dans le texte d’Alata. Barry III n’avait pas à être un “sincère” du RDA. C’était un rival du PDG. Il avait  sa propre philosophie politique et se battait sur une plateforme progressiste.
Par contre, le texte désigne correctement Barry III comme Seeriyanke ou Seeriyaaɓe. Descendant de cette prestigineuse lignée des pontifes du Fuuta (selon le mot adéquat de Paul Marty), Barry III appartenait au top échelon de la noblesse dans l’Etat théocratique du Fuuta-Jalon (1725-1897). Les branches Seediyaaɓe et Seeriyaaɓe descendent d’Alfa Kikala dit Seydi, qui eut deux enfants à Timbo : Alfa Nouhou (père des Alfaya) et Alfa Maliki (père des Soriya). C’était la province (diiwal) des  Seydiyaaɓe.
Fixé à Fougoumba, Foduye Seeri, frère de Kiikala, fonda la lignée  des Seeriyaaɓe. Entre autres privilèges, le diiwal de Fugumba détenait le droit exclusif de couronner le nouvel Almaami.  — T.S. Bah]

Dans Guinée, les cailloux de la mémoire, Thierno Mouctar Bah révèle à Nadine Bari les circonstances du retour de Barry III en Guinée et de son engagement dans la politique :

« En 1954 meurt Yacine Diallo, premier député de la Guinée à l’Assemblée nationale française. Il faut lui trouver un remplaçant.
Les chefs Peuls proposent mon frère Tierno Ibrahima Dalaba, qui décline l’offre. Ils le mandatent alors pour aller trouver Barry III, encore étudiant à Montpellier, et le convaincre d’accepter l’investiture pour la députation. Barry III y consent et revient au Fouta où il est reçu en grande pompe. Mais suite à la rivalité des deux almamys de Mamou (Alfaya) et de Dabola (Soriya), et à la tentative de réconciliation en 1954, les chefs Peuls décident finalement de l’investiture de Barry Diawadou, fils de l’almamy de Dabola. Que faire alors de Barry III, rappelé de France ?
L’almamy de Mamou le convoque et lui présente les excuses du Fouta qui a décidé de choisir son aîné pour la députation et de le laisser, lui, sur la liste d’attente. Barry III le prend mal mais se résigne. Il ne continue pas ses études mais reste à Conakry où il ouvre un cabinet d’avocat, adhère à la SFIO et se lance dans l’arène politique. »

Les deux pendus de Dalaba : deux des dizaines de victimes de Sékou Touré en ce 25 janvier 1971 à travers la Guinée
Les deux pendus de Dalaba : deux des dizaines de victimes de Sékou Touré en ce 25 janvier 1971 à travers la Guinée

Au total, quelque 90 victimes de la répression aveugle furent mis à mort ce 25 janvier 1971. En majorité composée d’hommes, la liste comprenait au moins une femme, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de Loffo Camara, infirmière, membre du bureau politique et du gouvernement. Mme Camara, Habib Tall, et d’autres furent passés par les armes au champ de tir de l’armée à Matoto. Dans l’escadron de la mort qui les assassina, figurait Mamadi Keita, membre du bureau politique du PDG et du gouvernement

Dans le chapitre “Rétrospectives” de son livre La vérité du La vérité du ministre. Dix ans dans les geôles de Sékou Touré, Alpha-Aboulaye “Portos” Diallo, ancien ministre, témoigne :

« Il est à peu près certain que d’autres responsables politiques ont participé aux massacres de 1971 comme membres du peloton d’exécution.
Ancien professeur de philosophie, Mamadi Keita, alors ministre de l’Education nationale et membre du B.P.N., au lendemain de l’exécution de Mme Loffo Camara, disait avec fanfaronade, à qui voulait l’entendre en langue maninka :
« An ka boun han an ka sisi bo a noun n’na »
Traduction : « Nous avons tellement tiré sur eux que nous avons fait sortir la fumée de leur nez. »

Mme. Loffo Camara, membre du Bureau politique et du gouvernement. Mitraillée à bout portant par un peloton d'exécution qui incluait Mamadi Keita, son ancien collègue au BPN et au gouvernement.
Mme. Loffo Camara, membre du Bureau politique et du gouvernement. Mitraillée à bout portant par un peloton d’exécution qui incluait Mamadi Keita, son ancien collègue au BPN et au gouvernement.

 

La cabine technique (salle de torture) du Camp Boiro
La cabine technique (salle de torture) du Camp Boiro
Le bureau de <strong><a href="http://www.campboiro.org/perpetrateurs/toure_siaka/index.html">Siaka Touré, commandant du Camp Boiro</a></strong>. Les documents officiels et archives de ce centre concentrationnaire ont disparu, privant ainsi la justice des preuves matérielles des crimes commis par le régime.
Le bureau de Siaka Touré, commandant du Camp Boiro. Les documents officiels et archives de ce centre concentrationnaire ont disparu, privant ainsi la justice des preuves matérielles des crimes commis par le régime.

Aux quatre suppliciés de Conakry, Sékou Touré ajouta des dizaines d’autres condamnés qui furent pendus ou fusillés à Matoto et à travers le pays.

Les exécutés de Conakry expirèrent au bout de la corde que Capitaine Diarra Traoré, futur colonel et Premier ministre, leur passa lui-même au cou.

Dans son livre-témoignage intitulé Dans la Guinée de Sékou Touré : cela a bien eu lieu, Lt-colonel Kaba 41 Camara tente de masquer le nom de Diapra Traoré en l’appellant capitaine Mamady. Mais cette tentative d’anonymat est annulée par l’indication selon laquelle “le capitaine Mamady [était] président du Comité militaire du camp Almamy Samory.”
Tout Guinéen de ma génération peut aisément établir la correspondance entre le pseudonyme “capitaine Mamady” et l’identité de l’officier-bourreau en cette nuit fatidique de janvier 1971. C’était irréfutablement Diarra Traoré.

Et voici comment Lt-colonel Kaba 41 Camara présente le rôle négatif de Diarra Traoré.

Le capitaine Mamady

« Mieux que les deux premiers officiers [Toya Condé et Kolipé Lama], je connais le capitaine Mamady. Je me souviens encore de lui, à l’école d’Enfants de troupe de Saint-Louis, quand il jouait du banjo devant sa chambre d’internat en compagnie de celui qui allait être président du Mali, Moussa Traoré. J’étais tout jeune et les notes de son instrument me restent encore. Je revois le beau et long cou annelé de Moussa Traoré ; son ami Mamady était de contact facile, comique, bon causeur, bon camarade, excellent officier. Je me demande à l’heure où j’écris, comment Sékou a pu transformer cet homme bon en assassin car Mamady est devenu un assassin. Savez-vous, soldats guinéens, que Mamady est à la base de l’élimination de tous les officiers disparus dans les pseudo « complots » de 1969 et de 1971 ?
Vous vous souvenez sans doute que Sékou Touré a introduit la politique dans l’Armée en 1969.
Le premier président de comité fut le capitaine Sékou Kalil Mara.
Mamady jouera pour l’éliminer et prendre sa place. Mara se retrouvera à Labé comme commandant du camp. Président de comité, Mamady va servir Sékou avec lequel, par interposition, il a des alliances. Mamady est originaire de Kankan. Il est lié à la famille de Moussa Diakité qui a des alliances avec Sékou, comme on le sait. En outre, civils et militaires, tous ceux qui sont de Kankan sont protégés par Siaka Touré. Et Siaka, après la suppression du 2ème Bureau dans l’Armée, est devenu le patron des services de renseignements de la République. L’homme fort du régime après Fodéba, c’est Siaka Touré. Et Mamady est son ami, pour ne pas dire son frère.

« Les douteux »

Sékou avait donné les pleins pouvoirs aux comités militaires nouvellement créés, dont la plupart des présidents étaient des soldats ou des sous-officiers. Mamady va aider à décimer l’armée guinéenne. C’est lui qui dressera de sa main la liste de tous les « douteux » de l’Armée, qui seront tous arrêtés. En avril 1971, Sékou envoya un document ultraconfidentiel demandant aux fédérations, sections, comités de base, entreprises, enfin à tout l’appareil de l’Etat et du Parti, de faire parvenir au Comité révolutionnaire, la liste des « douteux ». Ce procédé va permettre aux haineux de vider leur venin. Par simple rancune ou jalousie, tout citoyen guinéen pouvait se retrouver à Boiro : quelqu’un a fait la cour, il y a vingt ans, à votre femme et vous avez eu à réagir, eh bien, devenu membre d’un comité du Parti en 1971, ce quelqu’un vous enverra à Boiro ! Quelqu’un a voulu épouser votre fille et vous vous y êtes opposé, il y a de cela dix ans, eh bien, vous êtes « douteux » et fait pour aller à Boiro ! Vous avez soufflé une fille à un membre d’un comité de base, vous devenez « douteux », « douteux » pour la Révolution de Sékou Touré et c’est Boiro ! Les 95 % des dizaines de milliers de Guinéens qui se sont retrouvés à Boiro, c’est pour un problème de femme !
Au sein de l’Armée, Mamady, président du Comité militaire du quartier général du Camp Samory, c’est-à-dire président du Comité du siège du Ministère et de l’Etat-Major, se considéra comme le porte-parole de tous les autres présidents de toute l’Armée.
Puisqu’il y a suprématie du politique sur l’administratif, Sékou ira même jusqu’à désigner les présidents de comité des camps comme adjoints des commandants de ces camps. Je vous ai dit que la plupart de ces présidents étaient des soldats. Ainsi, par exemple, après le capitaine commandant un camp, c’est le caporal président de comité qui a voix au chapitre avant les lieutenants et sous-lieutenants. Mieux, le capitaine doit lui rendre compte de sa gestion.
Je dois dire que les soldats guinéens prirent vite conscience de la situation. Beaucoup ne suivirent pas les nouvelles recommandations qui mettaient officiellement la pagaille dans l’Armée. Mamady, lui, exécuta ces recommandations à la lettre. Devenu l’adjoint du ministre de l’Armée, Sagno Mamady à l’époque, parce que président du comité du Quartier Général, il s’en prit sans aucune retenue à celui-ci.
Sagno refusa que Mamady vérifiât sa gestion. Il y eut un scandale. Une bouche ouverte au niveau des Forces armées eut lieu au Palais du Peuple. Sagno Mamady et le commandant Zoumanigui, commandant de la Gendarmerie, se défendirent en vain : Sékou soutint ses hommes de main contre ceux qui ont contribué à faire de lui ce qu’il est, tel un Sagno Mamady qui a facilité l’adhésion de la région N’Zérékoré au RDA. Vieux militant, intègre, modeste, Sagno Mamady sera pris et mourra à Boiro. »

Les cinq maires PDG-RDA élus à la tête des communes de plein exercice, 1956. De gauche à droite: Nfamara Keita (Kindia), Saifoulaye DIallo (Mamou), Sékou Touré (Conakry), Mamadi Sagno (Nzérékoré), Moriba Magassouba (Kankan). Sékou Touré tua les deux derniers. Nfamara mourut en prison à Kindia en 1986 (?).
Guinée française, 1956. Les cinq maires PDG-RDA élus à la tête des communes de plein exercice. De gauche à droite: Nfamara Keita (Kindia), Saifoulaye DIallo (Mamou), Sékou Touré (Conakry), Mamadi Sagno (Nzérékoré), Moriba Magassouba (Kankan). Sékou Touré tua les deux derniers. Nfamara mourut en prison à Kindia en 1986. Saifoulaye échappa de justesse au Camp Boiro. Sékou mourut à la clinique de Cleveland, USA. Un an après sa disparition, en juillet 1985, le CMRN dirigé par Général Lansana Conté mit à mort dix-neuf membres et alliés mâles de la famille de l’ancien dictateur. Les exécutions eurent lieu au pied du mont Gangan (Kindia) au même endroit où Sékou Touré fit fusiller des centaines d’accusés innocents.

Tous les accusés de 1971-72 et ceux des “complots” précédents le furent sans preuves. Comble de parodie de justice, ils étaient reconnus coupables dès l’instant où l’accusation tombait. Ensuite, forcés aux aveux compromettants sous la torture, ils étaient « jugés » en leur absence, en violation flagrante de leur droit à la défense, prescrit par la Constitution.

L’Assemblée nationale populaire qui les condamna à mort était extra-judiciaire. Elle n’était pas compétente en matière de prestation de la justice. Cette fonction revient aux magistrats appuyés par les officiers de la police judiciaire. Le rôle de l’Assemblée était de voter les lois et non pas de les appliquer. En conséquence, le tribunal révolutionnaire était illégitime et illégal. L’Histoire enregistre ses sentences comme des violations grossières et des crimes contre l’humanité.

Au lendemain du coup d’Etat du 3 avril 1984, le Comité militaire de libération nationale (CMRN) relaxa les derniers détenus du Goulag Tropical. Il décida la fermeture de cette prison sinistre, située dans l’enceinte du Camp Mamadou Boiro de la Garde républicaine, en face de l’hôpital Donka, quartier Camayenne, à Conakry.

Feignant d’oublier son rôle actif dans le pourrissement de l’armée, Colonel Diarra Traoré, Premier ministre déclara les forces armées étaient devenues “un foutoir.”

Dans le gouvernement qu’il dirigeait, le portefeuille de la justice fut attribué au capitaine Kolipé Lama, un tortionnaire notoire sous la dictature de Sékou Touré

Témoin oculaire de la scène, voici comment Lt-colonel Kaba 41 rapporte la torture de Barry III et Moriba Magassouba en décembre 1970 :

« Le capitaine Zézé [en réalité capitaine Jean Kolipé Lama], qui deviendra ministre dans le gouvernement Diarra Traoré est le chef de la cabine technique à Alpha Yaya. C’est un officier de valeur, comme par ailleurs tous les soldats formés par la France. Zézé est d’apparence affable. Court et trapu, il a l’air bon tout comme Mamady.
A voir tous ces tueurs évoluer dans la société, personne ne peut déceler en eux la bête innommable qui sommeille. Ces gens-là ne savent pas écrire « pitié » à plus forte raison la ressentir. A les voir en besogne, simplement en besogne, on a le vertige.
En visite au Camp Alpha Yaya, Sagno Mamadi et Marcel Bama Mato, respectivement ministre de la défense et de l’intérieur, avaient le vertige. Ceux qui traînaient là, amarrés du cou aux chevilles, étaient leurs frères, leurs collègues, ministres il y a encore une semaine, comme eux. Aujourd’hui, ils sont là, véritables loques humaines aux 3/4 morts de faim et de soif.
Depuis leur arrestation, Magassouba et Barry III, qui se traînent là, n’avaient ni mangé ni bu. Zézé s’amusait et riait. Il avait jeté aux deux hommes une orange non épluchée. C’est la première fois depuis plus d’une semaine qu’ils ont quelque chose qui ressemble à de la nourriture, qu’on peut mettre dans la bouche, qu’on peut avaler. Ils n’en croyaient pas leurs yeux. Mais comment se saisir d’une orange non épluchée, placée à deux mètres environ lorsqu’on n’est pas une limace, lorsque les mâchoires ne répondent plus à la volonté ? Je vous demande d’imaginer la scène car je n’ai pas le coeur de vous la décrire. Je me demande seulement pourquoi le créateur de toute chose a créé le ventre parlant la faim ? Ceux qui se trémoussent là, dans la poussière, après une orange insaisissable, sous les yeux de leurs collègues, furent grands. Ils ont commandé des années durant. Ils ont contribué à la grandeur de la Guinée par son indépendance.
Quelques jours plus tard, après leur avoir arraché la « vérité », ils seront pendus, et la corde leur sera passée au cou par Mamady. »

C’est le même Kolipé Lama qui chargé de transférer Abdoulaye Djibril Barry de Kankan à Conakry. Son seul crime avait été de chercher à rejoindre sa femme, Nadine, et ses enfants en France. Arrêté à la frontière ivoiro-guinéenne il fut mortellement torturé au Camp Soundiata Keita et mourut sur le plancher de la Jeep où les sbires l’avaient jeté.

Dans le premier communiqué radiodiffusé la junte militaire affirma, entre autres, que nul ne serait plus inquiété en Guinée à cause de ses opinions politiques.

Nous verrons qu’il n’en fut rien.

A suivre, Compléter le slogan “Plus jamais ça” et exiger la justice.

Tierno S. Bah

Fulbe and Africa

Dealing with the Fulbe or Fulɓe, this paper first appeared under the title “Fulɓe” in Ethnic Groups of Africa and the Middle East. An Encylopedia. (pp. 96-100). John A. Shoup, ed. ABC-CLIO. Santa Barbara/Denver/Oxford. 2011. 377 pages.
This version has been edited, updated and expanded. It includes content from my “Fulbe Identity and Cultural Heritage” Project (exhibition, festival, conference, education, publishing).

Ethnic Groups of Africa and the Middle East. An EncylopediaFulɓe (plural) and Pullo (singular) are the proper names of this pastoral people of West and Central Africa. They specialize in cattle herding. Roaming the Sahel and the Savanna expanses, these nomadic cattle herders are named differently by their hosts or neighbors: Peul, Fula, Ful Fula, Fule, Fulani, Fellatah, and Silmiga, among others. Today, the majority of Fulɓe are sedentary and live in more than 18 African countries, from Senegal to Darfur, and from Mauritania to Cameroon. However, some groups, e.g., the Woɗaaɓe of Niger, northern Nigeria and Cameroon remain nomads.
The main Fulɓe regions are:

  1. Fuuta Tooro (Senegal/Mauritania)
  2. Fuuta Ɓundu (Senegal)
  3. Fuuta-Jalon (Guinea)
  4. Maasina (Mali)
  5. Sokoto (Nigeria)
  6. Adamawa (Cameroon)

The major Fulɓe urban centers are:

  • Podor (Senegal)
  • Labe (Guinea)
  • Dori (Niger)
  • Sokoto (Nigeria)
  • Maroua (Cameroon)

The overall population (Fulɓe and related communities) is estimated at 35 million people.

Cow's head and horns drawing by <strong><a href="http://www.webfuuta.net/bibliotheque/gilbert_vieillard/index.html">Gilbert Vieillard</a></strong> (1936). In Fulbe cosmogony <strong><a href="http://www.webpulaaku.net/defte/ahb/kumen/index.html">Kumen</a></strong> —the bearded, shape-shifting dwarf and keeper of the secrets of cattle herding— rides around his vast domains while seated between the two horns. <strong>Foroforondu</strong>, his wife, is the guardian of the milk and the custodian of its processing into butter, cream, sour milk, etc.
Cow’s head and horns drawing by Gilbert Vieillard (1936). In Fulbe cosmogony Kumen —the bearded, shape-shifting dwarf and keeper of the secrets of cattle herding— rides around his vast domains while seated between the two horns. Foroforondu, his wife, is the guardian of the milk and the custodian of its processing into butter, cream, sour milk, etc.

Fulɓe speak a noun-class language split into two dialectal regions; Pular (also Pulaar) is spoken west of the Niger River Bend, whereas Fulfulde extends east of that line; hence the Pular-Fulfulde compound name. Some dialects have up to 25 noun-classes, or substantive categories that are declined with suffixes:

Radical Suffix Class Substantive English
debb- / gork- -o on debbo / gorko woman / man
ndiy- -an ɗan ndiyan water
hend- -u ndu hendu wind
kamm- -u ngu kammu sky
leyd- -i ndi leydi country, land
nagg- -e nge nagge cow
hoor- -e nde hoore head
legg- -al ngal leggal tree
kaak- -ol ngol kaakol leaf

The noun-class system’s function is not limited to ordinary talk and informal communication. It extends beyond the boundary of the substantive to provide ample expressiveness resources. Thus, the suffix is relayed along the sentence and it influences the pronunciation of all dependent elements, whether grammatical (articles, pronouns) or lexical (adjectives). By chaining and repeating itself, the noun-class produces a redundant yet alliterative and rhythmic flow. This effective mechanism is recurrent in esthetic speech and verbal art performance. It is a mainstay in the folklore and lay genres (songs, tales, proverbs, legends, epics, riddles, tongue-twisters, lullabies), as well as in the sacred categories: written ajamiyya and its oral renditions (incantations, tajwid, chants, psalms, hymns).

UNESCO ranks it among Africa’s top 10 languages for numbers of speakers.

Pular Fulfulde language map

A wealth of linguistic resources enable the continued renewal of genres in both the oral (myths, legends, tales, epics, proverbs) and written ajami (meaning written in their language using Arabic script) literature. They shape and proceed from the quest for beauty, knowledge, and understanding: a hallmark of Fulɓe culture.
Folklore masters, court poets (griots) and scholars tap them to carry on a vibrant cultural heritage.

Puuto. Male coffure. Fuuta-Jalon
Puuto. Male coffure. Fuuta-Jalon

Bedho (lefa). Meal-cover, plate
Bedho (lefa). Meal-cover, plate

Theories on Fulɓe origins abound. And they range from outlandish and superficial to plausible and heuristic. They have been varyingly called “distinguished Semites,” “negricized” Caucasians, mysterious Hamites, a lost tribe of Israel, 12th-century dynasty Egypt, or Dravidian descendants.

Bos taurus africanus. Proto-Fulɓe participated in the domestication of this bovine species in Africa.
Bos taurus africanus. Proto-Fulɓe participated in the domestication of the ancestor of this bovine species more than 12,000 years ago. In so doing, they contributed to “one of humanity’s first leap forward” (Anselin, 1981) and into civilization.

Fulɓe civilization rests on four major groupings identified by the four family names: Baa, Bari, Jallo, and Soo, which correspond to the four natural elements (earth, water, fire, wind) and to the cardinal points (north, south, east, west). In contrast, ‘Haal-Pular are non-ethnic Fulɓe communities who natively speak Pulaar/Fulfulde. In Fuuta-Tooro, sociologist Yaya Wane (1969) lists hundreds of family names. Conversely, while retaining the four-tiered naming system, some Fulɓe communities (Wasulu, Khasonke) speak Mande, not Pular/Fulfulde.

Original naming matrix Fula Wasulu correspondents
Diallo Diallo
Bah Diakité
Barry Sangaré
Sow Sidibé

The Fulɓe population displays physical traits (skin tone, hair, facial features) characteristic of a phenotype. Typically the Fulɓe skin shade is copper-like, with a lower melanin complexion. The Pular/Fulfulde language reflects awareness of the phenomenon, hence Fulɓe consider themselves non-blacks and call their neighbors ɓaleeɓe (blacks). Yet, despite some phenotype peculiarities, it is quite certain that Fulɓe are indigenous to Africa. Accordingly, the timeline of their civilization breaks down into four periods :

  • Prehistory (12,000 BCE)
  • Antiquity (0-1450 CE)
  • The Middle Ages (5th-15th century CE)
  • Modern Times (16th – 21st century)

Fulɓe prehistory is embedded in the domestication of cattle.
In 2010, led by Dr Christine Elsik, professor of computational biology and bioinformatics at Georgetown University (Washington, DC), a team of scientists published their report on the genome sequencing or description of the cow. The genetic sequencing proved that the bovine made a genetic switch some 15,000 years ago. The mutation meant the processing of low-quality food intake into high-grade output (milk, meat).
The taming of the bovine constituted “one of humanity’s first leap forward” (Anselin 1981). It was a watershed achievement that spurred humans’ march into civilization.
Boubacar Diallo, cattle farming engineer (ingénieur d’élevage) from Guinea, participated in the landmark effort. Not that he enjoys a modern research infrastructure in his country. However, as a Fuuta-Jalon Pullo, his cooperation had a technical aspect and a symbolic value.
Between 12,000 and 5,000 year ago it is likely that M. Dialllo’s distant ancestors, the “Proto-Fulɓe”, adopted this ruminant as a lasting companion. In effect, the Pullo and the cow bonded together and became interdependent. A dictum warns that “the strength of the Pullo is in the bovine; if he loses it, he will face distress.”
Fulɓe devotion to their cattle started in the Sahara, when that region was a well-watered land with abundant green pastures. Fulɓe were among the area’s likely inhabitants. Ever since, the Pullo has stuck to the cow like a stick. As the desert advanced, they both migrated westward, leaving behind engravings of their pastoral lifestyle and hints of their cosmogony.

Neolithic Sahara. Jabbaren archeological station (Tassili n'Ajer, Algeria). Rock Art painting called  “Young Fulɓe women”; it shows the profile of two women, one with the Phrygian hairstyle still in use among  Fulɓe in Mali's Bandiagara region …
Neolithic (10,200 BC to 2,000 BC) in what is today’s Sahara. Jabbaren archeological station (Tassili n’Ajer, Algeria). Rock Art painting called “Young Fulɓe women”; it shows the profile of two women, one with the Phrygian hairstyle still in use among Fulɓe in Mali’s Bandiagara region …
Fulbe Rock Art engravings
Fulbe Rock Art engravings dating from 5,000 years ago

Archeologist Lhote (1959) was the first to associate contemporary Fulɓe with his findings in the caves of Tassili n’Ajjer (Algeria). Amadou Hampate Bâ and Germaine Dieterlen (2009, 1961) agreed. They pointed to similarities between today’s Fulɓe pastoral rites and some rock drawings. However, since rock art predates writing considerably, its analysis entails guesswork and, hence, warrants caution. Thus, scholars have expressed reservation about any Fulɓe Saharan legacy. However, they have not yet come up with a published refutation of the Bâ-Dieterlen-Lhote hypothesis.

Decorated calabash (Horde)
Decorated calabash (Horde)

The Bovidian period (4,500-2,500 BCE) sealed the connection between Fulɓe pastoral society and cattle herding.
Like Ancient Egyptians, Prehistory and Antiquity Fulɓe gave the cow and the sun a central role in their liturgy. Profoundly esoteric and filled with poetic metaphors, the Kumen text goes beyond the one physical sun. It has two main characters: Kumen, the bearded and dwarf “angel” is the protector of the herds; his wife, Foroforondu, is the “goddess” of milk and butter. They both make frequent references to “the adorable seven suns.
However, unlike the Egyptians, the Fulɓe belief in Geno was monotheist through and through. Their credo was that Geno, the Supreme Being, created the universe from a drop of milk. A pantheon of adjunct deities (laareeji) oversaw animal husbandry and partook with herders in the animals’ well-being. Geno then created:

  • Kiikala, the first man
  • Naagara, the first woman
  • Ndurbeele, the first bovine, a hermaphrodite who procreated the first cattle of 22 animals. They multiplied to populate the world with herds

This other version of Fulɓe creation myth is found in La Femme, La Vache, La Foi (The Woman, The Cow, The Faith), Alfâ Ibrâhim Sow, ed. (1966), who writes:

In a pastoral society such as the Fulbe, the woman and the cow are inseparable; they are to be loved together because according to the legend “God created the Cow. He created the Woman, He created the Pullo. He put the Woman behind the Cow and the Pullo behind the Woman” thus creating the intimate trilogy.

Other sources call this ternary bonding a symbiosis.

Bull worship was widespread some 6,000 years ago. Both the Hebrew Bible and the Qur’an relate, differently, the incident of “The Sin of the Calf“. While Moses was up on Mount Sinai to seek God’s guidance, the Israelites, led by Aaron, sculpted a golden calf to worship. When Moses returned with the Ten Commandments and found his people around the altar, he became angry and threw down the two Tablets of Stone…

Strikingly, millennia later, leading Muslim Fulɓe thinkers (Tierno S. Mombeya, Usman ɓii Fooduye, circa 1780), A. H. Bâ (1940) and mystic Sufis would interchange the name Geno and Allah, thereby acknowledging God’ Oneness, above human diversity and beyond language barriers.

In his thoughtful Introduction of Oogirde Malal, stanza 13th, Tierno Samba writes:

Geno On wi’a: « Kallaa ! ɗum waɗataa The Eternal will say: « No! That shall not be.
Nafataa han nimse e wullitagol! » It is needless to regret and to complain. »
Type of Ardo holding his command stick. Pre-Islam men and women, all with braided hair.
Type of Ardo holding his command stick. Centuries after their Islamic conversion, Fulbe men, like women, braided their hair. In Guinea the tradition ended with French colonization around 1930. (Arcin, 1911)
Almami Ahmadu. 13th ruler (1873-1895), from the Alfaya Branch of the Fuuta-Jalon Bari Seediyaaɓe dynasty. His braided hair and groomed beard highlight the etiquette of male elegance in the theocratic state. Pressed by French envoys to sign a protectorate treaty, he declined by framing the diplomatic relations between the two countries in a memorable phrase: « France to the French; Fuuta-Jalon to the Fulɓe. »
Almami Ahmadu. 13th ruler (1873-1895), from the Alfaya Branch of the Fuuta-Jalon Bari Seediyaaɓe dynasty. The crisp braids and groomed beard typify male aristocratic    elegance in the theocratic state. Pressed by French envoys to sign a protectorate treaty, he declined by framing the diplomatic relations between the two countries in a memorable phrase: « France to the French; Fuuta-Jalon to the Fulɓe. »
Neene Mariama Djelo, spouse of Almami Ibrahima Sori Daara II
Neene Mariama Djelo, spouse of Almami Ibrahima Sori Daara II, mother of Hadiatou and Kesso Barry. She is wearing a superb jubaade hairdo. Art historian and critic Jacqueline Delange compares the jubaade to a “Calder mobile: the braids and loops are extended forward and sometimes backward by a sort of enormous black butterfly bow; the hair of the upper part is braided in the shape of a transparent crest stretched on an arched strip of bamboo; crowns with fine rings and pieces of silver ending in twisted cardrops add their delicate glimmer to this astonishing architecture.” For mundane appearance women wore a scaled-down and flatter style of the jubaade.

Moving in on the bank of the Senegal River, Fulɓe eventually achieved a dual specialization: nomadic pastoralism and sedentary agriculturalist. Between the 5th and the 13th centuries, Fulɓe rulers led the centralized state of Takrur (mispronounced Tukulor). Running a standing army, they led the first state to convert to Islam in the sub-Saharan region. They engaged in domestic slavery and they alternated between vassalhoold and rivalry with the Ghana Empire. Takrur probably was the result of an alliance between nomadic leaders (silatigi), trail-heads (arɓe, sing. arɗo) and blacksmiths. In Kaydara Hammadi wonders aloud:

ko waɗi afo baylo wonti aga
faa aga waylitii baylo;

how the eldest son of the blacksmith becomes a shepherd
and how the shepherd becomes a blacksmith.(verses 2,177-2,178)

But in the footnotes we learn that « the Blacksmith/Herder pair is embedded in the myth of the origin of the Fulani and the legend of Buytorin, their ancestor. » (note 156). It is also stated the denɗiraaku or joking relation that exists between blacksmiths and the Fulɓe (note 157).

A.H. Bâ elaborates further on this topic in Aspects de la civilisation africaine.

And in 1936, with the assistance of Tierno Shayku Baldé, Béatrice Appia carried out a detailed ethnographic fieldwork on the blacksmiths of the Fuuta-Jalon and the influence of Islam on their iron-smith tradition.

Anyhow, the above trio transformed its power into a pastoral monarchy dominated by the herder-in-chief, the Aga, symbol of wealth, might, and wisdom. King Yero Jaaje was one such ruler in the ninth century, approximately.

Pullo woman facing the bovine companion of her tradition, i.e., that of the People of the Cow and the Book. It carries the <strong><em>Kaggu</em></strong>: portable home and pastoral altar.
Pullo woman facing the bovine companion of her tradition, i.e., that of the People of the Cow and the Book. It carries the Kaggu: portable home and pastoral altar.

Islam became religion of the court but was not practiced by the rest of the people.
Historical record indicates that a Takrur Fulɓe regiment participated in the Almoravid conquest of Southern Spain (Niane, 1984). At the peak of its hegemony, Takrur designated generically all sub-Saharan Africans in the Arabic literature.

In the 13th century, Sundiata Keita, emperor of Mali, vanquished both Ghana and Takrur. Fulɓe scattered throughout the region —all the way to Gobir, Nigeria— during an interregnum that took place with the rise of the Koli Teŋella Baa dynasty in the West. They also marched eastward, and by 1200 CE, they had arrived in Hausa country. Until circa 1600, these non-Muslim rulers controlled non-contiguous territories, from northern Senegal to western Guinea. Approximately three meters-long, the grave of one Teŋella successor is located in Telimele (Guinea).

Hymn to the Deniyaaɓe dynasty founded by Koli Teŋella Baa (Baaba Maal & Daande Leñol)

Samba Gelaajo by Ali Farka Touré & Toumani Diabaté, 2001.
Samba Gelaajo Jeegi is the archetype of chivalrous hero in the Fulbe culture of the Middle Ages, namely the Deeniyaaɓe dynasty of Koli Teŋella (12th-16th century). Read the special issue of Etudes Guinéennes about the Fulakunda who live on the Guinea-Senegal border. And the legend around his exemplary deeds lives on. It inspires traditional and modern contemporary artists: Baaba Maal, Mansour Seck, etc. Here, Ali Farka Touré and Toumani Diabaté perform the ode to Samba. Notwithstanding his Mande family name, Ali Farka Touré was a leading cultural icon among Fulbe. Actually, entire Mande communities have retained their ethnic family name (Camara, Keita, Sylla, Touré, etc.) while adoping Fulbe language and/or culture throughout the Western Sudan. Exactly the inverse experience of the Wasulu Fula.

From the 17th century to the 19th century, Muslim Fulɓe scholars launched an Islamic hegemony that placed them to the forefront of history in the Western Sudan. The Jihad-driven movement began around 1625 in Fuuta-Ɓundu (Senegal). Then it spread out south, north, and east to Fuuta-Jalon (1725-1896), Fuuta-Tooro (1775-1885), Maasina (1804-1865), Sokoto (1814-1908), Adamawa (1815-1909), and to lesser dominions and chiefdoms. The main leaders of these Sunni theocracies were: the Sisiiɓe (Sy), Karamoko Alfa, Sulayman Baal, Sheyku Amadu, Shehu Usman ɓii Fooduye (aka Uthman dan Fodio), Moodi Adama, and last but not the least, Al-Hajj ‘Umar Taal, arguably the most erudite of these leaders, he spent twenty years learning and lecturing in the Middle-East.
Imitating the model of the Prophet Muhammad, these warriors-priests mastered the intellectual (esoteric and exoteric) and the aesthetic dimension of Islam. They proselytized and built empires. Their states ruled over stratified societies of aristocrats, free communities, castes, and captives. Critics have emphasized the practice of slavery under Fulɓe hegemony. But, on one hand, although time-immemorial, dehumanizing and reprehensible, slavery remains a universal activity. On the other hand, slavery under Fulɓe rule should not deny or negate the achievements of those leaders, who learned, taught, wrote, and upheld the spiritual and temporal duality of their system of government.

“Juuloowo” by Baaba Maal & Daande Leñol. (Hymn to Al-Hajj Umar Taal)

For a description of Fuuta-Jalon’s educational system and knowledge infrastructure, read my translation of Chapter 7. “La Doctrine et le Culte” in L’Islam en Guinée : Fouta-Djallon (Paul Marty, 1921) done for the filming of Prince Among Slaves, in 2006

Oogirde Malal -ajamiyya-
The title of Tierno M. Samba Mombeya’s classic ajamiyya poem, Oogirde Malal (The Lode of Eternal Bliss), circa 1790. The Arabic alphabet was adapted to the phonological system (vowels, consonants) of Pular..
<a title="webPulaaku. L'Empire toucouleur" href="http://www.webpulaaku.net/defte/yves-saint-martin/empire-toucouleur/illustrations/Pages/5.html" target="_blank">Bornu Pullo cavalryman</a>, Nigeria. Source : Major Denham, Captain Clapperton &amp; Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, John Murray, 1826.
Bornu Pullo cavalryman, Nigeria. Source : Major Denham, Captain Clapperton & Dr. Oudney. Narrative of Travels and Discoveries of Northern and Central Africa in the years 1822, 1823, and 1824. London, John Murray, 1826.

At the peak of the Fulɓe state , two great minds, Tierno Muhammadu Samba Mombeya and Usman ɓii Fooduye (aka Usman dan Fodio), separately took Pular-Fulfulde ajami literature to new heights. Yet, at the same time, Muslim Fulɓe supremacy significantly altered pre-Islamic traditions, for example, by replacing indigenous names (people, places) with Arabic words. Furthermore, the Muslim rulers’ narrative sought to give Fulɓe an Arab ancestry. However, this move was a secular construct purposely invented by the elites to strengthen their grisp on power.

Ayuba Sulayman Jacob SolomonSuleiman Jacob Diallo, Fuuta-Ɓundu Abdul-Rahman, prince slave, Muslim, American heroAbdul-Rahman, Timbo, Fuuta-Jalon
Muhamad Saad Abubakr, Sultan of Sokoto, spiritual leader of the Muslim Fulani and Hausa community in northern Nigeria. Descendent of <strong><a href="http://www.webpulaaku.net/ubf/index.html">Shaihu Usman dan Fodio</a></strong>, Amir al-Mu'minin, Lamiɗo Julɓe, and the founder of the dynasty of Sokoto State and of the Fulani Empire
Muhamad Saad Abubakr, Sultan of Sokoto, spiritual leader of the Muslim Fulani and Hausa community in northern Nigeria. Descendent of Shaihu Usman dan Fodio, Amir al-Mu’minin, Lamiɗo Julɓe, and the founder of the dynasty of Sokoto State and of the Fulani Empire. He preached and wrote extensively in Fulfulde, Hausa and Classical Arabic. His brother, Abdullah, his son Muhammad, his daughter Asmau, were theologians, educators and authors in their own right.

Nonetheless, in the 18th century, some leading scholars questioned the prevalent rote learning in Arabic. They advocated the meaningful teaching of the masses in Pular. A fierce debate erupted between partisans and opponents of this (ajamiyya) localization. The tension was not unlike the divide between the Latin and the vulgar languages camps in medieval Europe. To make his case, Tierno Muhammadu Samba Mombeya, the standard-bearer, composed his masterwork: Oogirde Malal (The Lode of Eternal Bliss). Theologian, philosopher, artful teacher, his superb poetry flows through Classical Arabic metrics. But it yields rhymed and alliterative verses that heighten the redundancies of Pular’s rich noun class system and nuanced verbal framework. They lend themselves to regular reading, declaim, chant and recital. Their content synthesizes the dogmas and canons, codes and laws, rules and regulations of life and living in the theocratic Confederacy.

In the Introduction, verses 11-14 he asserts :

Sabu neɗɗo ko haala mu’um newotoo The use of one’s own tongue is the best way
nde o fahminiraa ko wi’aa to ƴi’al. To understand what is said in the Essence
Yoga Fulɓe no tunnda ko jannginiraa Many Fulɓe struggle with their education
Arabiyya o lutta e sikkitagol. In Arabic and remain uncertain.

Tierno Samba and his opus became instantly popular. They gained respectively the status of an emblem and an anthem, which keeps growing with time.
Alfâ Ibrâhîm Sow (1971) captured the essence of this chef d’oeuvre when he wrote:

« If one hundred years following his composition, the Lode of Eternal Bliss continues to move readers of our country, it’s chiefly because of the literary vocation it bestows on Pular/Fulfulde, because of its balance, sure and elegant versification, its healthy, erudite and subtle language, and because of the national will of cultural assertion it embodies as well as the desire for linguistic autonomy and dignity that it expresses. »

Hajja Mariama Keso Bah, my elder and learned sister, reading Oogirde Malal

As “West Africa’ master cattle herders,” the Fulɓe created an original material art and a universal intangible culture. Today that dual heritage truly stands out as a shining component of Africa’s contribution to the dialog of civilizations.
Pulaaku, the bosom Fulɓe/Haal-Pular identity, is acknowledged throughout the world. It evolves with each stage: nomadic, Islamic, modern.
Pulaaku encompasses more than what cursive definitions say. For instance, Monteil (1963) breaks down Pulaaku (aka fulanité) to: courage, excellence and reserve. In reality, Pulaaku runs deeper. It echoes Fulɓe eras and worldviews that are long lost.

Fugumba Mosque (1870)
The Fugumba Mosque, circa 1870. Seat of the pontiffs of the Fuuta-Jalon, i.e. the Bari Seeriyaaɓe lineage —primary cousin of the ruling Seediyaaɓe dynasty of Timbo. Among other privileges they had the exclusive rights to the crowning of the new Almami.

The Fulɓe creation myths and millennia-old way of life point to a perpetual quest for enlightenment and wisdom, as expressed in verbal art, speech mastery, and abundant poetry. Hence, in the epic poem Kaydara, the journey of the hero, Hammadi, evokes the pre-Christian and Arthurian quest for the “Holy Grail,” or the search for the unattainable.

In-between the two world wars colonial ethnographers collected and published extensive records on Fulɓe history and culture. Following up on brilliant precursors, colonial administrator Gilbert Vieillard championed Fulɓe studies. After extensive fieldwork he published pioneering ethnographic works. Upon his death on the World War II front, Fulɓe Ponty graduates from Fuuta-Jalon formed the Amicale Vieillard to carry on Gilbert’s legacy. Eventually, the group switched to partisan politics in Guinea, at the dawn of the French Fourth Republic in 1946.

Its leaders (Yacine Diallo, Mamadou Dia, Hamadoun Dicko (Soudan/Mali), Diawadou Barry, Saifoulaye Diallo, Amadou Babatoura Ahidjo) were among the forerunners of the emancipation struggle that led to political sovereignty in the aftermath of 1958 constitutional referendum proposed by General Charles de Gaulle.

Slavery and colonialism were altogether aberrant and violent. And the independence series of the 1960s were supposed to reverse Europe’s Scramble for Africa in the 1880. Unfortunately, given its dismal record, African writers now that independence and the post-colonial experience have been as much a blessing as a bane. Nonetheless, Hampâté Bâ championed the promotion of Fulɓe and African oral tradition. Drawing on serendipity, tireless fieldwork and privileged access to secretive pastoral initiation rites, he wrote Kumen (1961) with G. Dieterlen.
Although short, the masterpiece fuses the Verb with the Spirit, the Act with the Idea. Thus, it nurtures the Mind and the Soul. Its form is so pristine and its substance so genuine that a critic compared “the striking poetry of the text” to “the most beautiful pages of the Bible.” (Hubert Deschamps, 1961)
Then, A.H. Bâ composed the beautiful Kaydara (1969) and Layteere Koodal (1974) epics.

Photo montage Fulɓe Woɗaaɗe gold flute musician tie-dying weaving couture sculpture jubaade
A snapshot of Fulɓe culture and artists.
First row: Woɗaaɓe man and woman (Niger), Aisha Diallo’s gold earrings (Maasina, Mali)
Second row: Flutist Bailo Bah, indigo tie-dye cloth (Guinea), weavers’ artwork (Mali)
Third row: Couturist Oumou Sy (Senegal), Ousmane Sow‘s sculpture (Senegal), Neene Djelo‘s hairdo (jubaade) (Fuuta-Jalon)

<strong><a href="http://www.webfuuta.net/bibliotheque/kesso_barry/index.html">Kesso Barry</a></strong>, Pioneer model, author. True princess, daughter of <strong><a href="http://www.webfuuta.net/colonial/collaboration/almami-ibrahima-sori-daara-2.html">Almami Ibrahima Sori Daara II</a></strong> and Neene Mariama Djelo Barry
Kesso Barry, Pioneer model, author. True princess, daughter of Almami Ibrahima Sori Daara II and Neene Mariama Djelo Barry

<strong><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Katoucha_Niane">Katoucha Niane</a></strong> (1960-2008), aka <em>The Peul Princess,</em> super-model, actress, activist, author, daughter of <a href="http://www.webguinee.net/bibliotheque/histoire/dtn/index.html">Pr. Djibril Tamsir Niane</a> and Hadja <strong>Aissatou Diallo</strong>
Katoucha Niane (1960-2008), aka The Peul Princess, super-model, actress, activist, author, daughter of Pr. Djibril Tamsir Niane and Hadja Aissatou Diallo from Kula-Mawnde, Labe.

Bâ’s memorable phrase « In Africa , when an elder dies, it’s a library that burns down, » was greeted around the world. UNESCO has etched it in marble at its Paris headquarters. His indefatigable efforts earned him the moniker of “pope of African oral tradition.”

An expanding pantheon and scores of modern authors, novelists and researchers follow on the footsteps of the late Master of the Pulaaku: Tierno Chaikou Baldé, Cheikh Hamidou Kane, Oumar Bâ, Mariama Bâ, Eldridge Mohammadou, Tierno Abdourahmae Bah, Boubou Hama, Ousmane Poreko Diallo, Telli Diallo, Djibril Tamsir Niane, Alfâ I. Sow, Yaya Wane, Ismael Balogun, Thierno Diallo, Boubacar Barry, Thierno Mouctar Bah, Tierno Mamadou Bah, Dioulde Layya, Bintou Sanankoua, Alioune Traoré, Cheick Bâ, Ismael Barry, Tierno Monenembo, Amadou Oumar Dia, Njeuma, etc.

Arab travelers, European explorers and conquerors, colonial administrators and researchers (Faidherbe, Clapperton, Mage, Gaden, Bayol, Labouret, Vieillard, Arcin, Marty,Demougeot, Tauxier, Appia, Brandt, Lacroix, Alexandre, Oswald Durand, etc.), post-colonial researchers (Monteil, Dieterlen, Dupire, Kesteloot, Seydou, Arnott, Delange, Stenning, Lhote, Last, Johnston, Saint-Martin, Hiskett, Hogben, Kirk-Greene, Boyd, Suret-Canale, Ducoudray, Dumont, Kane, Watt, Meyer, Harrison, Robinson, Mouser, Devey, Harris, Nilsson & Dauber, Boutrais, Schmitz, Botte, Salvaing, Pondopoulo, Brenner, Chavane, Beauvilain, Bovin, Baumgardt, etc.) have contributed an impressive body of literature dealing with the Fulbe/Halpular (See the webPulaaku Library catalog)

In the arts, the creativity is as vibrant, as names such as Sori Bobo, Hamidou Balde, Ali Farka Touré, Bintal Laali Sow, Baaba Maal, Aly Wagué, Oumou Sy, Mamar Kassé, Cole Arɗo Sow, Oumane Sow, Oumou Sangaré, etc. contribute significantly to the vitality of the culture.

The overall roster is long. And the above listings are just indicative and by no means exhaustive. They mix living and departed authors. To the latter, Ad perpetuam rei memoriam. To the former, cheers and keep at it! To all, thank you for making Fulbe one of the most studied, published and celebrated people in Africa and perhaps in the whole world.

George Colinet. Afro-Pop Worldwide. Fula Music

Finally, Fulɓe politicians participated in the birth and the expansion of post-World War II African nationalism. In 1963, Guinea’s Telli Diallo became the first Secretary general of the Organization of African Unity (now the African Union).

Macky Sall, president of Senegal since April, 2, 2012, is a Haal-Pular. Likewise for <strong><a href="http://en.wikipedia.org/wiki/Mamadou_Dia">Mamadou Dia</a></strong> (1910-2009), the country’s first Prime minister (1957-1962), and <strong>Habib Thiam</strong>, who headed the gouvernment in the 1980s and 1990s, under the presidency of Abdou Diouf.
Macky Sall, president of Senegal since April, 2, 2012, is a Haal-Pular. Likewise for Mamadou Dia (1910-2009), the country’s first Prime minister (1957-1962), and Habib Thiam, who headed the gouvernment in the 1980s and 1990s, under the presidency of Abdou Diouf.

Nigeria, Cameroon, Mali, Mauritania have had Fulɓe/Halpular heads of state. Macky Sall, the current president of Senegal, is a Halpular.

See past Fulɓe Heads of state

 Grammy Award-winning Malian singer, aka “The Songbird of Wassoulou”
Oumou Sangare, Grammy Award-winning Malian singer, aka “The Songbird of Wassoulou.”

“Denko” by Oumou Sangare.

Yet, like elsewhere on the continent, the economic prospects are bleak. Missed priorities, wrong policies and environmental disasters combine to threaten the Fulɓe way of life (Pulaaku). But various grassroots associations are active in each country and region. They fight to stem the negative trends and they strive to rise to colossal challenges.

On the Internet, dozens of Web sites publish Fulɓe content in Pular/Fulfulde and/or in European languages.

Last but not least, the Wodaaɓe face painting and male beauty contests (jeerewol ) inspire educational literature and are a main stay in world tourism. It is a fitting tribute to the originality vitality and universality of Fulɓe/Haal-Pulaar civilization.

Caveats, failures, prospects

This blog only scratches the surface of a complex and permanent field of investigation. Fulɓe’s African roots range among the deepest. Their prehistoric and contemporary presence spans at least three out of the five regions of the continent. This somewhat near ubiquity in Africa inspired the coinage of such expressions as Fulɓe Planet, Peul Archipelago… Despite the dispersion dictated by nomadism, they retained their cultural identity through time. They built alliances and complementarity with agriculturalists and other toolmakers: blacksmiths, leather workers, woodcarvers, etc. They valued fusion in Takrur, and they experienced fission with Wasulu. They faced adversity, overcame rivalry, and fought hostility
But “life is an unfinished business” that unfolds as an imperfect —even non-perfectible process. Those truisms apply equally to individuals and communities. And Fulɓe/Halpular fit right in.

Therefore an objective, positive or upbeat account must to be balanced by an awareness of the shortcomings and failures in the Fulɓe/Halpular —past and ongoing—experience.

The failings and gaps are found in history and in present times.

Historically, Fulɓe and Africa have been stuck in the subsistence economy mode for millennia.
We learn increasingly why and how Western Europe made the – lengthy and painful — capitalist switch from subsistence economy to a wealthy society through the Industrial Revolution (18th century). The transformation was evolutionary. It dates back from the Middle Ages and it leveraged the wheel, literacy, the clock (an early automaton that has made its way into the heart of today’s digital computing and networking systems), etc.
Why the process did not spread elsewhere in the world? Why did it elude the other continents, especially Africa. Moral and psychological arguments (work ethic) and ideological claims (racial supremacy) are inconclusive and controversial. As a result, an objective and satisfactory answer is yet to be formulated. Meanwhile, the discrepancy in development between continents takes on tragic and vexing dimensions with slavery and colonialism. Those two phenomena do not simply linger on. They never ended and are still alive. And today Fulɓe and Africa find themselves between a rock and a hard place.
On one hand, rich countries (Western Europe, North America, Japan and now China) are unwilling to share their knowledge, technology and financial resources. On the other, leadership —Fulɓe and African— is unwilling or unable to conquer and indigenize those prerequisites for development. Anthropologists and social scientists diagnose this behavior as “technological somnambulism”, in this case, a lack of policies aimed at embedding technology, effective and innovative tool-building processes into these societies.

Concretely, for Fulɓe this attitude translates into:

  • The inability to process, store and distribute dairy products (cheese, butter, meat)
  • The non-adoption of crops-growing techniques useful, for instance, in hay cultivation
  • The failure to cross-breed bovine species for enhanced milk and meat productivity
    In a paper titled “The Fulani and cattle breeds: crossbreeding and heritage strategies” Jan Boutrais (2007) writes that Fulɓe “cross and change cattle breeds in order to adapt to new ecological or sociopolitical conditions.” But he focuses on grassroots practices in two ares of Cameroon and Burkina Faso. Here, I am suggesting a continental strategy and broader policies aiming to improve cattle species.
  • ………………………………………………………

Bad habits die hard. But let’s hope for a revolution in the mindset and the attitude of African and Fulɓe economic, political, social and religious leaders. May they realistically embrace the world, reduce consumerism, increase production, lessen dependency so that, in unison, they can show the way in carving out Africa’s rightful place in the globalization era.

Tierno Siradiou Bah

  • Anthropologist, Fulɓe Studies
  • Smithsonian Institution Research Associate, National Museum of African Art. Washington, DC. (2006-2012)
  • Producer/Developer/Publisher since 1997: webFuuta, webPulaaku, webMande, webCôte, webForêt, webGuinée, Camp Boiro Memorial, Semantic Africa, webAfriqa , webAmeriqa
  • Pioneer member, Internet Society (1992)
  • Rockefeller Foundation Fellow. Anthropology Department. UT Austin (1988)
  • Ph.D. (ABD), Linguistic Antropology, Anthropology Department. UT Austin (1988)
  • Fulbright-Hayes Senior Scholar. The University of Texas at Austin (1982-83)
  • Director, University Library, IPGAN,  Conakry (1980-1982)
  • Co-publisher, Miriya, Economic and Social Sciences Journal. IPGAN, Conakry (1975-1982)
  • Linguistics & African languages faculty, Social Sciences Department, Polytechnic Institute G.A. Nasser, Conakry (1972-1982)

Further Reading

  • Adepegba, C.O. Decorative Arts of the Fulani Nomads. Ibadan: lbadan University Press, 1986.
  • Aherne, T. D. Gude Ngara: Exploring the Dynamics of the Creation, Use and Trade in Guinea’s Indigo Cloths. Bloomington: Indiana Univer ity, 2002.
  • Al-Naqar. ‘Umar. “Takrur, the History of a Name.” Journal of African History 10. no. 3 (1969): 365- 74.
  • Arnott, D., ed. “Literature in Fula” in Literatures
    in African Languages. Cambridge: Cambridge University Press, 1985.
  • Bâ, Amadou Hampâté, and G. Dieterlen. Koumen. Texte initiatique des Pasteurs Peul. Cahiers de l’Homme. Dakar: IFAN, 2009; originally published 1961.
  • Boser-Sarivaxenivanis, R. Woven Blanket: Fulani, Yuvaru, Niger Bend, Mali, Wood, White Dots, Cotton Patterns in Brocade Tapestry. Basel. Birkhäuser Verlag, 1979.
  • Bourdier, J.-P., and T. M.-H. Trinh. “A Drop of Milk (Fulɓe).” In African Dwellings, by J.-P. Bourdier. Bloomington: Indiana University Press, 1996.
  • Bovin, M. Nomads Who Cultivate Beauty: Wodaabe Dances and Visual Arts in Niger. Uppsala. Sweden: Nordiska Afrika Institute, 2001.
  • Brain, R. “The Art of Fishermen and Cattle Herder,” In Art and Society in Africa. London: Longman, 1980.
  • Brenner, Louis. West African Sufi. The Religious Heritage and Spiritual Search of Cerno Bokar Saalif Taal. Berkeley and
    Los Angeles : University of California Press, 1984.
  • Brown, David. “Scientists Unravel Genome of the Cow. Sign of Human Intervention Seen.” Washington Post, April 24, 2009.
  • Brown, K. H. Fulani Textiles: An Annotated Bibliography. Bloomington: Indiana University Press. 1983.
  • Cohen, William. Rulers of Empire: The French Colonial Service in Africa. Stanford, CA: Hoover Institution Press, 1971.
  • Delange, J. “Fulɓe Art.” In The Arts of the Peoples of Africa. New York: E. P. Dutton & Co, 1974
  • Elsik, Christine G., Ross L. Tellam, and Kim C. Worley. “The Genome Sequence of Taurine Cattle: A Window to Ruminant Biology and Evolution. The Bovine Genome Sequencing and Analysis Consortium.” In Science 324, no. 522 (2009).
  • Fisher, A. Africa Adorned. New York: Harry N. Abram , Inc, 1984.
  • Gann, L. H. and Peter Duignan, ed . African Proconsuls. European Governors in Africa. New York: Free Press Collier Macmillan Publisher and Hoover Institution, 1978.
  • Imperato, P. J . “Wool Blankets Known a Khasa, Woven by Male Fulɓe Weaver.” African Arts 6, no. 3 ( 1973): 40-47.
  • Johnston, H. A. S. The Fulani Empire of Sokoto. London: Oxford University Press, 1967.
  • Kane, Cheikh Hamidou. Ambiguous Adventure. Paris: Plon, 1961.
  • Kirk-Greene, A. H. M., and Caroline Sassoon. The Cattle People of Nigeria. London: Oxford Univer ity Press, 1959.
  • Kueper. K. Fulani Gold Earrings: Kwattene Kaŋŋe, a Selected Bibliography. Washington, DC: Smithsonian Institution, National Museum of African Art, 1985.
  • Last, Murray. The Sokoto Caliphate. Ibadan: Ibadan History Series. Humanities Press, 1967.
  • Lhote. H. The Search for the Tassili Frescoes: The Story of the Prehistoric Rock Paintings of the Sahara. New York: E. P. Dutton & Co., 1959.
  • Loftdöttir, Kristin. The Bush Is Sweet: Identity, Power and Development among Woɗaaɓe Fulani in Niger. Uppsala: Nordika Afrikainstitutet, 2008.
  • Loftu , T. Ronan, David E. Machugh, et al. “Evidence for two independent domestications of cattle …” Evolution 91 (1994):2757-61.
  • Yaya Wane. Les Toucouleur du Fouta Tooro (Sénégal). Stratification sociale et structure familiale. Université de Dakar. Institut Fondamental d’Afrique Noire. Collection Initiations et Etudes Africaines. N°XXV. Dakar. 1969. 250 p.

Point de vue caduc et falsificateur (2e partie)

Après lecture de “Mon point de vue. Il faut sauver la Guinée du multipartisme désintégrateur” par Sidiki Kobélé Keita, je trouve le document caduc et falsificateur.

Le texte est accessible dans la rubrique Documents.

Poursuivant sa diatribe contre le Comité militaire de Redressement National (CMRN – 1984-1991), Kobéé écrit :

ils ont tenté aussi de salir l’image rayonnante de la Guinée sur le plan international sous prétexte de salir la mémoire d’Ahmed Sékou Touré, alors qu’il s’agissait de faire plaisir « à ceux qui les ont aidés à prendre le pouvoir » (interview d’un membre du CMRN); une pratique que nous revivons depuis le 21 décembre 2010.

“salir l’image rayonnante de la Guinée”

Sidiki Kobélé Keita emploie le verbe “salir” deux fois dans le même paragraphe. Il l’applique d’abord à la Guinée, dont “certains membres du CMRN” auraient “tenté de salir l’image rayonnante.”
Notons, une fois de plus, le recours à l’anonymat. Kobélé ne se rend pas compte ce que ce style dévalue son écrit. Il eût été plus courageux et plus fiable de nommer ces membres-là. Il a préféré s’abriter derrière un cliché cher aux orphelins du PDG et de Sékou Touré, qui ne ratent aucune occasion pour se lamenter de la perte de prestige de la Guinée. Ils racontent à tous vents que celle-ci jouissait d’une “image rayonnante” à l’époque. Mais ils sont obligés de préciser “sur le plan international.” Car, en dépit de leur adolâtrie de Sékou Touré, ils savent qu’au plan intérieur, le régime était réduit à l’échec, à l’oppression et à la répression.
Toutefois, Kobélé perd de vue qu’un régime ne peut pas rayonner à l’extérieur s’il est terne et lugubre à l’intérieur. Qu’elle soit économique, politique, culturelle ou militaire, la diplomatie réflète la politique domestique du pouvoir en place.
Et bien avant la mort de Sékou Touré, la flamme du prestige extérieur du pays s’était éteinte. Allumée au lendemain du référendum du 28 septembre 1958 et du Non à la communauté franco-africaine proposée par le général Charles de Gaulle, l’aura de la Guinée avait rapidement sombré. Dès 1961, les cadres  d’Europe et des Caraibes venus au secours de l’Etat, avaient plié bagages suite à l’emprisonnement de leurs collègues dans le “complot des enseignants”.
Sékou Touré réagit avec exaggération et  violence contre les revendications salariales et du syndicat des enseignants. Cette organisation était dirigée par un membre du leadership du Bloc Africain de Guinée (BAG) dirigé par Koumandian Keita. Le BAG était le principal rival du PDG dans la lutte pour le pouvoir à la fin des années 1950.
A tort, Kobélé affirme que Koumandian en était le leader. Non, c’est Diawadou Barry qui assumait la direction de ce parti, dont les principaux dirigeants périrent au Camp Boiro, par exemple, Karim Bangoura, Baba Camara, etc.

“salir la mémoire d’Ahmed Sékou Touré”

Cette expression est jumelle de la précédente. Toutes deux sont aussi usagées que vides. Celle-ci suscite les questions suivantes :

  • Peut-on salir ce qui est déjà malpropre et malodorant, souillé et impur, purulent et putréfiant, coulant de larmes de veuves et d’orphelins, dégoulinant du sang d’innocents ?
  • Peut-on seulement tuer un cadavre ? Ou alors le resusciter ?

Dans les deux cas, la réponse est négative.

Sekou Toure Ce qu'il fut ce-qu'il faut defaireSékou Touré s’était chargé, lui-même, de ruiner son bilan. Tout un peuple lui avait confiance. Et qu’a-t-il fait de ce précieux capital ? Il fit tout pour se ranger, selon le mot adéquat de Alpha Abdoulaye “Portos” Diallo, dans la “galerie des maudits” de l’Histoire.

Et ne croyons pas que les rescapés du Camp Boiro soient les seuls à tirer cette conclusion. Pour saisir l’ampleur de la débâcle nommée Sékou Touré, il faut lire :

Kobélé poursuit :

“… sur le plan interne, le CMRN et ses alliés civils se sont attelés à détruire ou à bazarder tous les acquis économiques de la Première République à leur profit pour retarder le développement de la Guinée en imposant une privatisation mafieuse.”

“L’enfer, c’est l’autre” a dit le philosophe français Jean-Paul Sartre. Effectivement, le CMRN dilapida les avoirs de l’Etat. Lansana Conté avait déclaré en avril 1984 :
— Nous sommes venus au pouvoir pauvres. Si vous nous voyez avec des voitures, des villas et de l’argent, sachez que nous les aurons volés.
Reniant cette confession initiale, il décida de s’accaparer des biens de l’Etat pour lui-même et sa famille. Il aggrava la corruption instaurée par Sékou Touré ; il renforça la criminalité d’Etat et légitima l’impunité. Devant la caméra de la télévision, il conseilla aux préfets de “prendre un peu”, mais de “ne pas trop prendre”, c’est-à-dire : volez modérément, ne volez pas exaggérément !

Mais le CMRN ne faisait qu’imiter Sékou Touré. Car c’est le premier président guinéen qui détruisit l’infrastructure matérielle laissée par la France coloniale.

Pire, Sékou Touré ruina la ressource la plus précieuse et la plus indispensable : les forces humaines. Il fit périr les cadres les plus brillants au Camp Boiro. Et il détruisit l’école guinéenne. Qui ne s’est pas encore relevée de la pagaille instaurée par le “Reponsable suprême de la révolution”.

Sentant sa fin venir, Sékou Touré avait remplacé le slogan “Prêt pour la révolution” par un autre, aussi vide, “Prêt pour la production.” C’était en 1982, et trop tard pour lui et son régime. Sa dictature avait mis la Guinée à genoux et poussé des millions à l’exil. Elle avait enraciné l’ignorance, la paresse, la médiocrité, la démagogie, la flagornerie, le mensonge, et la pauvreté.

Kobélé se veut plus royaliste que le roi. Mais Sékou Touré, lui, était parfaitement conscient de son échec.

André Lewin rapporte l’information suivante :

Dès les années 60, il [Dr. Najib Roger Accar] avait décelé un risque d’anévrisme chaque fois que Sékou parlait fort ou se mettait en colère, et avait à plusieurs reprises conseillé une opération préventive, mais en vain. Peu d’années avant son décès, Sékou Touré — qui détestait consulter des médecins  et ne l’avait pratiquement jamais fait lui-même à l’étranger, contrairement à la plupart des responsables guinéens et de membres de sa famille, comme Madame Andrée — avait fait venir le docteur Mario d’Amato de l’hôpital régional de Fria — largement financé, équipé et géré en liaison avec le groupe aluminier animé par Pechiney.
Celui-ci avait tout de suite diagnostiqué, plutôt que des problèmes cardiaques (ou en plus de ceux-ci), de très sérieux signes de tumeur ou de cancer de l’appareil digestif.
Alerté sur la gravité réelle de son état, Sékou Touré avait demandé à son interlocuteur, qu’il revit à plusieurs reprises, quelles étaient ses chances de survie — en cas d’opération ou s’il n’y en avait pas — et en particulier “si j’ai des chances de vivre assez longtemps pour réparer le mal que j’ai pu faire à mon peuple

Comme en écho, Ibrahima Baba Kaké souligne dans Sékou Touré, le héros et le tyran :

“…à deux ans de sa mort, il ne pouvait plus tromper personne sur son destin à jamais manqué.”

 A suivre

Tierno S. Bah