Aboubacar Somparé. Cacique sékou-touréen

Président Sékou Touré reçoit à l'ambassade de Guiné à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l'ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Cissé née Sow (Tountouroun, Labé), membre du Comité central et de l'organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Camara et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — T.S. Bah
Président Sékou Touré reçoit à l’ambassade de Guiné à Paris, 17 septembre 1982. Assis et au milieu du divan, il a à sa droite, Mamadi Keita, membre du Bureau politique, ministre, et à sa gauche, Aboubacar Somparé, l’ambassadeur en France. André Lewin, ancien ambassadeur de France en Guinée siège en face. Au second plan, Mme Mariama Cissé née Sow (Tountouroun, Labé), membre du Comité central et de l’organisation des femmes du PDG. Les journalistes Aboubacar Camara et Modi Sori Barry sont au fond. (Source : collection André Lewin) — T.S. Bah
Le 22 décembre 1978, le président français Valéry Giscard d'Estaing quitte Conakry à l'issue de trois jours d'une intense visite officielle à travers la Guinée. On le voit ici devant le salon d'honneur de l'aéroport de la capitale guinéenne, en compagnie du président Ahmed Sékou Touré et de l'ambassadeur de France en Guinée André Lewin. Au deuxième plan, Madame Andrée Touré, l'épouse du président guinéen.
Le 22 décembre 1978, le président français Valéry Giscard d’Estaing quitte Conakry à l’issue de trois jours d’une intense visite officielle à travers la Guinée. On le voit ici devant le salon d’honneur de l’aéroport de la capitale guinéenne, en compagnie du président Ahmed Sékou Touré et de l’ambassadeur de France en Guinée André Lewin. Au deuxième plan, Madame Andrée Touré, l’épouse du président guinéen.

Le mot cacique est d’ origine caraïbéenne. Il désigne, entre autres, une personne occupant une place importante dans un régime. Ses synonymes incluent : dirigeant, chef, gouvernant, hiérarque, etc.

Aboubacar Somparé s’est éteint le 2 novembre à l’hôpital sino-guinéen de Conakry. Il avait 73 ans. Sa disparition réduit le nombre des anciens caciques du régime dictatorial de Sékou Touré. Parmi ces derniers Somparé faisait partie des apologues irréductibles du premier président de la république de Guinée. Ces orphelins politiques de Sékou Touré se divisent en trois tendances rivales :

  • Les membres de la famille biologique et leurs alliés claniques et matrimoniaux qui ont survécu au procès secret et aux exécutions extra-judiciaires ordonnées par Général Lansana Conté à la tête du Comité militaire de redressement national (CMRN) en juillet 1985
  • Le carré des compagnons, sans affiliation parentale, mais se réclamant du parcours politique du “Responsable suprême de la révolution”
  • Les individus animés principalement par leur attachement à la personne du tyran.

Aboubacar Somparé appartenait à cette dernière catégorie. Il affichait un  grand dévouement à son mentor. Aujourd’hui défunts, les deux hommes jouissaient des qualités communes évidentes : intelligence, énergie, ambition, combativité, extraversion, bagout, sens de la famille (nucléaire et élargie), etc. Toutefois l’envers de la médaille est négatif et sombre. On y retrouve des traits tels que égocentrisme, intellectualisme, cynisme, populisme, mégalomanie, mythomanie,  etc.

La  carrière de Somparé couvrit quatre volets entrelacés et interdépendants : l’enseignement, l’administration, la politique et et la diplomatie. Elle  évolua de façon contrastée : d’abord météorique, ensuite contrariée. Elle connut trois phases successives, également imbriquées :

  1. Aboubacar Somparé et Sékou Touré
  2. Aboubacar Somparé et Lansana Conté
  3. Aboubacar Somparé seul

Et cette carrière se déroula dans trois villes : Labé, Conakry, Paris.

Lire également :

Première partie
Aboubacar Somparé et Sékou Touré

La génération d’Aboubacar Somparé eut une prise de conscience politique précoce à cause de la dictature naissante.

Lycéen révolté

La collaboration du duo Sékou Touré-Aboubacar Somparé débute officiellement en 1969. Auparavant, au commencement des années 1960, le lycéen Somparé, âgé de 17 ans, avait participé au soulèvement des élèves et étudiants contre le prétendu Complot des enseignants. Il fut cité dans les  manifestations. Il joua apparemment un rôle secondaire, et évita de paraître comme un des meneur de la révolte. Dans l’annexe 3, chapitre 49, volume 4 de la biographie intitulée Ahmed Sékou Touré (1922-1984). Président de la Guinée de 1958 à 1984, André Lewin rapporte en ces termes le témoignage d’Amadou Tidiane Traoré, un promotionnaire de Somparé qui s’exila à Dakar après le cachot au Camp Camayenne (actuel Camp Boiro) :

Ce témoignage est confirmé par Aboubacar Somparé, alors condisciple de Traoré, et qui l’a accompagné pour “mobiliser les jeunes filles” ; mais, plus en retrait, il ne fut pas dénoncé par celles-ci comme meneur lorsqu’elles furent interrogées après leur arrestation (entretien d’Aboubacar Somparé avec l’auteur, Paris, 25 novembre 2002).
Natif de Boké comme Somparé, Sydia Touré (futur premier ministre, actuel opposant politique et rallié personnel au président Alpha Condé) était de la même  promotion. Ses parents choisirent la route de l’exil après la répression du faux complot des enseignants. Ils s’établirent en Côte d’Ivoire. La tempête finit par se calmer, après fortes bastonnades et dures représailles par la milice, et l’interruption de l’année scolaire.

En mai-juin 1960, le premier faux complot du nouvel état-policier avait coûté la vie à l’avocat Ibrahima Diallo et à ses deux co-accusés : Fodé ‘Legros’ Touré, pharmacien, et Elhadj Mohammed Lamine Kaba, imam de Coronthie, quartier nord de Conakry. On relève ici le dosage ethnique cynique de l’inculpation : un Pullo de Mamou, un Soso du Moriya (Forécariah) et un Maninka-Mori de Kankan. Pour avoir déposé les statuts d’un parti d’opposition au PDG, les trois hommes furent accusés d’atteinte à la sûreté de l’état. Ils furent torturés à mort et fusillés. Le silence de la classe politique resta assourdissant. Enhardi, Sékou Touré monta, en 1961, son complot contre les enseignants. Ainsi démarrèrent les premiers rouages de la répression, qui vida la Guinée de ses meilleurs hommes et femmes et brisa net l’élan du pays.

Le bilan et l’impact de la réaction gouvernementale continuent marquèrent négativement la Guinée. Une dizaine de lycéens “meneurs” furent fusillés par un peloton d’exécution aux ordres de Fodéba Keita et Sékou Touré. Et le système d’enseignement commença sa plongée irréversible, suite aux lourdes peines de prison infligées aux éducateurs et au départ massif des intellectuels et technocrates de nombreux pays d’Afrique, d’Europe et des Antilles, qui avaient volé au secours de la jeune république en 1959. …

La jeune Maryse Condé vivait à Conakry à l’époque avec sa famille. Elle y connut quatre années intenses, qui inspireront son génie littéraire. D’où, entre autres, ses deux premiers romans (Heremakhonon, Une saison à Rihata) et son autobiographie (La vie sans fards).

Pourquoi Somparé ne fut-il pas inquiété ? Etait-il un vrai manifestant spontané, ou bien, au contraire, un infiltré par les autorités dans les rangs des élèves en colère ? Aboubacar emporte la réponse à ces questions dans sa tombe. Mais l’examen de son chemin après l’université indique la participation de cet homme d’appareil aux réseaux sécuritaires et coercifs de Sékou Touré et du PDG. En effet il fut membre de la terrible Commission d’enquête du Camp Boiro. Pis, une tentative de kidnapping d’un intellectuel guinéen eut lieu sous son mandat d’ambassadeur  à Paris. Voir plus loin.

Labé : poste-clé et rampe de lancement

Primo, frais émoulu de l’Institut Polytechnique G.A. Nasser de Conakry, Somparé fut affecté comme directeur régional de l’éducation à Labé. Cette nomination n’était pas fortuite. Au contraire, Sékou Touré exigait  des fonctionnaires, en général, et ceux travaillant à Labé, en particulier, la surveillance et l’envoi régulier de rapports secrets.

Secundo, pour plusieurs mobiles et motifs, Sékou Touré nourissait rancune et hostilité à l’encontre de Labé. Pourquoi ? C’est, par exemple, la région natale d’un précurseur prestigieux, Yacine Diallo (1897-1954), d’un rival de fait, Saifoulaye Diallo (1923-1981), d’un dénonciateur infatigable, Siradiou Diallo, en tant que journaliste puis édacteur-en-chef de Jeune Afrique, et d’un adversaire irréductible, commandant Thierno Ibrahima Diallo, cheville ouvrière de l’attaque du 22 novembre 1970.
Sékou Touré jalousait les deux premières personnalités pour leur naissance, leur éducation, et leur prestige. Ainsi, la rumeur l’accusa d’avoir fait empoisonner Yacine à mort en mars 1954. Aussi grave, il humilia et envisagea de tuer Saifoulaye au Camp Boiro. Il n’y renonça que sur l’injonction de ses féticheurs, qui lui dirent que son étoile astrologique (son destin) était liée à celle de Saifoulaye.… Et que la mort de son ex-alter ego entraînerait immédiatement la sienne.
Quant au commandant Thierno Diallo, après avoir décidé de démissioner de l’armée française pour se mettre à la disposition de la jeune république de Guinée en 1958, il fut rejetté — avec d’autres soldats, sous-officiers et officiers — par le nouveau régime guinéen. Il fut ainsi contraint à l’exil, d’abord à Dakar, ensuite en France.…

Au plan politique, Sékou Touré reprochait à Labé la proportion élevée de bulletins Oui de la région au réferendum du 28 septembre. Dans son allocution de clôture de la 2è Conférence nationale des cadres du PDG, le 27 novembre 1958, il déclarait :

« A chacune des consultations populaires, Labé a toujours été le seul lieu de déception. Il faut en rechercher la cause au niveau de la direction et non au niveau des masses. Quand je dis au niveau de la direction, ce n’est pas un problème d’homme mais un problème de méthode de travail. Il faut reprendre les méthodes de travail et les adapter aux conditions de la ville de Labé, afin que cette localité cesse d’être la gangrène du Parti. »

Sékou Touré faisait semblant d’ignorer que les 56.000 votes positifs de Labé reflétaient ceux des 12 autres territoires qui formaient l’Afrique occidentale et l’Afrique équatoriale francaises d’Afrique. Il ne savait pas non plus qu’il retounerait dans le giron de la FrançAfrique au crépuscule de son règne ténébreux et douloureux. Du reste, depuis 1954 il était sorti du peuple et était devenu “un envahisseur intérieur”, selon la formule adéquate d’Alioum Fantouré. Sékou Touré, en somme, s’était transformé en un virus carcinogène agressif à l’assaut du pays. Par la suite, l’infection se propagea, se métastasant dans l’Etat et dans la société de Guinée. Et il n’y a malheureusement toujours pas de cure.

Lire Bernard Charles (a) Cadres politiques et administratifs dans la construction nationale en Guinée (b) Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58)

Toujours est-il qu’au fil des ans, de 1959 à 1984, Labé paya, en termes relatifs et absolus, le tribut le plus lourd de la dictature. Qu’ils fussent natifs ou simplement ayant travaillé à Labé, toutes ethnies (Fulbe, Mande, Soninke, Jakanke, Jalonka, etc.) et tous rangs confondus (aristocrates, technocrates, politiciens, secrétaires féderaux et de section, gouverneurs, ministres-délégués, fonctionnaires, ménagères, anciens serfs, érudits, Jeli, etc.) payèrent par leur liberté et/ou leur vie d’avoir été associés à Labé.

L’hécatombe fut dévastatrice. Elle fut basée sur les renseignements (faux ou exagérés) d’agents de Sékou Touré à tous les niveaux. Le plus néfaste d’entre fut, sans doute, Emile Cissé. Il commença à sévir au collège de Thindel, au sud-est de la ville de Labé. Puis il étendit son reseau à toute la région. Il se tailla même un petit fief dans les locaux de l’ancienne école normale de Popodara, baptisée Kaledu. Il y était entouré d’adolescentes qui lui servaient de garde personnelle et de harem…

Après Labé, Emile Cissé ravagea et endeuilla successivement Kankan et Kindia. A Kankan il eut le se vengea cruellement de Samba Safé Barry, ancien secrétaire fédéral de Labé. Bien que né dans une famille de runnde (haaɓe, maccuɓe, c’est-à-dire les serfs de l’état théocratique du Fuuta-Jalon et de la colonisation française), cet instituteur doté d’une forte personnalité s’opposa ouvertement à la corruption des moeurs des élèves par Emile Cissé. Il força le départ de celui-ci, qui fut affecté à Kankan. Comme l’indique lieutenant-colonel Kaba 41 Camara, c’est Emile Cissé qui mit dans l’oreille de Sékou Touré la rumeur infondée d’un coup d’Etat par les parachutistes de la garnison de Labé. Ce fut le faux Complot militaire Kaman-Fodéba, qui, en 1969, emporta les civils Diawadou Barry, Karim Fofana, Baydi Guèye, Dr. Maréga Bocar, Dr. Bah Thierno, etc. et décapita l’armée créée par Fodéba.

Comme par hasard (?!) Samba Safé rejoint Emile Cissé à Kankan en 1969 en qualité de gouverneur de la région. En 1972, il fut arrêté et conduit au Camp Soundiata Keita, où Emile Cissé présidait aux tortures des prisonniers politiques. Avec cruauté et sadisme, il tortura Samba Safé à mort, en le mutilant sexuellement et en le découpant à l’arme blanche. Après Kankan, Emile fut nommé gouverneur de Kindia. Et c’est dans cette ville qu’Emile fut finalement arrêté. Il fut enchaîné, battu et transféré au Camp Boiro, où il mourut de la diète noire.… Emile Cissé agit avec l’accord tacite et l’approbation de Sékou Touré, qu’il appellait son Papa adoptif…

Tel est donc le contexte — lointain et rapproché — dans lequel Aboubacar Somparé prit la charge de la direction régionale d’éducation de Labé. Il cumula vite ses fonctions techniques avec des responsabilités politiques, en  devenant membre du bureau fédéral du Parti démocratique de Guinée à Labé. Marié, fils et père de famille, il n’avait rien de commun avec l’extravagance et les mises en scène grotesques d’Emile Cissé. Somparé avait le sourire aisé et l’entregent accueillant. Apparemment à l’aise dans sa peau, il dut évoluer sans effort dans la société courtoise et discrète de la capitale du Fuuta-Jalon.

Malheureusement, ces atouts personnels ne changeaient en rien la donne, c’est-à-dire la terreur ambiante, les traumatismes profonds, et la douleur engourdissante de familles pansant leurs plaies et pleurant leurs morts. Les dispositions sociales de Somparé n’empêchaient surtout pas sa dévotion   au Reponsable suprême de la révolution. Elles n’entravaient pas sa disponibilité à exécuter fidèlement les ordres, missions, tâches et besognes du dictateur.

Quel fut le bilan souterrain et secret de Somparé à Labé ? Cela reste à établir dans un pays sans archives, ni mémoire du passé, lointain ou récent.

Au bout de quatre ans, en 1973, Somparé quittait Labé pour Conakry. Aux yeux de Sékou Touré, la première manche du plan de carrière de son protégé s’était bouclée de façon satisfaisante. Pour Somparé, Labé avait servi de rampe solide de lancement. Il y avait bâti un bouclier pouvant  le protéger contre les pièges d’une révolution cannibale de ses dirigeants. Et sur cette base, Aboubacar Somparé continuera son irrésistable ascension de cacique du régime, sous l’oeil bienveillant de Sékou Touré.

A suivre.

Tierno S. Bah

Almanach Guinée 1969

Année africaine, 1969

Année Africaine
Centre d’etude d’Afrique noire
(Institut d’etudes politiques de Bordeaux). Paris, Editions A. Pedone

Voici la livraison 1969 de l’alamach sur la Guinée. La source est l’Année Africaine (1963-1987). J’ai revu, corrigé et augmenté le document par des hyperliens.
Consulter également l’Année Africaine 1968.
Tierno S. Bah

2 janvier. — Discours radiodiffusé du President Sékou Touré, révélant que des « manifestations contre-révolutionnaires », ont eu lieu à Conakry.

9-12 janvier. — Session ordinaire annuelle du C.N.R. (Conseil National de la Révolution), à Conakry.
Déclaration du Président Sékou Touré à la séance d’ouverture :

  • L’armée guinéenne interviendra bientôt dans la production agricole, artisanale et industrielle.
  • Les militaires seront assimilés aux fonctionnaires de l’Administration générale.
  • L’armée guinéenne, révolutionnaire et anti-impérialiste, n’est pas assimilable aux armées traitresses de certains pays.
  • II faut se défier d’une certaine opposition contre la milice.
  • La milice est nécessaire à la révolution. C’est grâce à elle que de nombreux fonctionnaires malhonnêtes ont été arrêtés. Malgré quelques erreurs, la milice est restée sous le contrôle du P.D.G. (Parti Démocratique de Guinée).

Décisions :

  • Nomination de M. Ahmed Sékou Touré, Président de la République, secrétaire général du P.D.G. et Responsable suprême de la Révolution, comme « fidèle et suprême serviteur du peuple ».
  • Poursuite et amplification de l’action révolutionnaire.
  • Transformation de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (C.N.T.G.) en « section spéciale » dépendant plus étroitement du P.D.G. pour combattre la « désaffection progressive » des travailleurs à son égard.
  • Adoption de douze nouveaux points de la loi-cadre de la Révolution.
  • Le délai accordé aux commerçants étrangers qui doivent cesser leurs activités est porté de un à deux ans.
  • Maintien de la milice. L’âge des miliciens se situe entre dix-sept et trente-cinq ans.
  • Réorganisation de l’armée :
    • installation d’un comité de base du P.D.G. dans chaque camp militaire
    • création d’un état-major par force armée (terre, air, marine, gendarmerie, police)
    • création d’un Conseil supérieur de la Défense présidé par le chef de l’Etat et chargé de coordonner les activités des divers états-majors
    • fusion du statut des militaires et du statut des fonctionnaires civils
    • rattachement du service civique à l’armée
    • rattachement de la milice à la gendarmerie et aux organismes fédéraux du P.D.G.

Commentaire des douze nouveaux points de la loi-cadre par M. Sékou Touré :

  • La loi-cadre du 8 novembre 1964 avait pour but d’éviter la formation d’une bourgeoisie en Guinée.
  • Les douze nouveaux points adoptés le 8 novembre 1968 visent à radicaliser davantage la révolution.
  • Ils prévoient notamment : la réduction à trois ans de la durée de l’exercice de la fonction de diplomate, l’institution des « Conférences de la bouche ouverte » (critique des dirigeants), la répression de la corruption, des crimes d’espionnage et de trahison.

12 janvier. — Attaques contre la France par M. Sékou Touré au cours d’un meeting populaire à Conakry.

  • Alors que la Grande-Bretagne a accepté de reprendre les relations diplomatiques avec la Guinée, la France continue à opposer un silence absolu à l’offre guinéenne.
  • De plus elle refuse de payer plus de 7.000.000.000 de frs CFA de dettes qu’elle a contractées à l’égard de la Guinée.
  • Les tentatives de désorganisation de la Guinée ont échoué.

14 janvier. — Nouvelle réunion du Conseil National de la Révolution après sa session ordinaire, à Conakry.
Déclaration de M. Sékou Touré :

  • Des conciliabules sur la Guinée ont eu lieu lors de la dernière réunion de l’O.C.A.M.
  • On a décidé de renverser le régime guinéen après celui du Mali.
  • Des informations provenant d’une autorité qualifiée de l’O.C.A.M. font état de préparatifs de complot contre la Guinée, dans lesquels sont impliquées les autorités actuelles du Mali et certaines autorités françaises.
  • Le gouvernement détient des photocopies de lettres envoyées à des cadres guinéens vivant à l’étranger pour leur demander de ne pas rentrer immédiatement en Guinée, la chute du régime étant imminente.

Remaniement ministériel décidé à l’issue de la session du Conseil National de la Révolution, annoncé par Radio-Conakry captée à Dakar.

4 février. — Déclenchement d’une « campagne de démystification » du gaullisme, annoncé par la « Voix de la Révolution » à Conakry.
Critique du gaullisme : « Le gaullisme soi-disant bon et généreux est une mystification, une simple image d’Epinal pour enfants de choeur. »
— Libération et remise à la Côte d’Ivoire des deux chalutiers (ivoirien et grec) arraisonnés dans les eaux territoriales guinéennes, annoncée par Radio-Conakry.

1er mars. — Séjour d’une délégation gouvernementale conduite par M. Mamouna Touré, ministre de la Santé, en Bulgarie.

5 mars. — Annonce par Radio-Conakry captée à Dakar de l’arrestation à Maleya (près de la frontière malienne) de trois militaires « contre-révolutionnaires » qui tentaient de fuir la Guinée.
— Signature d’un contrat de travail avec le bureau d’études belge « Traction et Electricité » annoncée à Bruxelles.

12 mars. — Découverte d’un complot contre-révolutionnaire, annoncée par le tribunal révolutionnaire spécial à Conakry.
But du complot :

  • Assassiner les principaux responsables du Parti Démocratique de Guinée.
  • Les comploteurs ont été dénoncés par les trois militaires arrêtés le 26 février à Labé.
  • La complicité de la France et de certains gouvernements africains est clairement établie.

13 mars. — Signature d’un accord de prêt d’un montant de 25.000.000 de dollars avec l’Export-Import Bank des Etats-Unis, à Washington.

14 mars. — Décision prise par les Imams de Conakry d’organiser des prières dans les mosquées de la ville pour « maudire les ennemis de la révolution guinéenne ».

19 mars. — Arrestation des principaux responsables du « complot impérialiste » annoncée par Radio-Conakry.
Précision donnée :
— Les parachutistes de Labé n’étaient que de simples exécutants d’un complot organisé à partir de Conakry.

21 mars. — « Marche révolutionnaire » organisée à Conakry par le Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.) pour condamner le dernier complot.

29 mars. — Dénonciation par Radio-Conakry de la petite localité française de Rivesaltes (Pyrénées orienta les) comme centre d’entraînement de mercenaires guinéens (tirailleurs d’origine guinéenne) recrutés par la France pour renverser le régime de M. Sékou Touré.
La complicité de certains Etats voisins :
— Certains Etats limitrophes abritent des mercenaires guinéens qui s’apprêtent à pénétrer en Guinée.
— Un premier groupe qui devait s’infiltrer en Guinée a été envoyé au Biafra.

9 mai. — Session extraordinaire à Conakry du Conseil National de la Révolution, annoncée par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
Ordre du jour :
Examen de l’affaire du « complot impérialiste » découvert en mars dernier.

10 mai. — Diffusion par la « Voix de la Révolution » du rapport de l’enquête effectuée par le Comité Révolutionnaire Guinéen sur le dernier « complot impérialiste » à Conakry.

11 mai. — Décision du Conseil National de la Révolution de s’ériger en « tribunal révolutionnaire » annoncée par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
— Elargissement de ses assises en raison de l’importance du complot.
— Audition de représentants des fédérations régionales, des organisations de femmes et de jeunes du P.D.G., des travailleurs, de l’état-major de l’armée populaire, de l’Assemblée et du gouvernement.
—M. Léon Maka, président de l’Assemblée nationale.

16 mai. — Remaniement ministériel décidé par le Président Ahmed Sékou Touré, à Conakry.

19-22 mai. — Cinquième congrès de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (C.N.T.G.), à Conakry.
Discours d’ouverture de M. Sékou Touré :
L’épuration sera poursuivie dans le Parti, l’Etat et les syndicats.

3 juin. — Discours du Président Sékou Touré devant les cadres de l’armée réunis à Conakry, diffusé par Radio-Conakry captée à Dakar.

13 juin. — Annonce par Radio-Conakry de nouvelles condamnations dans l’affaire du complot de mars dernier.

15-20 juin. — Séjour de Mamouna Touré, membre du bureau politique du P.D.G. et ministre des Echanges extérieurs, en République Arabe Unie.

Message de remerciement envoyé par M. Georges Pompidou, Président de la République française, au Président Sékou Touré qui l’avait félicité pour sa victoire à l’élection présidentielle.

18 juin. — Signature d’un accord commercial avec l’Algérie, à Alger.
Termes de l’accord :
— L’Algérie exporte vers la Guinée du cuir, des produits agricoles et industriels.
— Elle importera de la Guinée des bois tropicaux, des bananes, rle l’arachide, du café et d’autres produits guinéens.

24-27 juin. — Visite officielle de M. Kenneth Kaunda, Président de la République de Zambie.
Communiqué conjoint :
— Les deux présidenls soulignent la nécessité de renforcer la coopération entre leurs pays et ce dans tous les domaines.
— Ils réaffirment leur soutien aux « mouvements authentiques de libération ».
— Ils soulignent « la responsabilité » de la Grande-Bretagne dans la situation actuelle de la Rhodésie.
— Ils condamnent et dénoncent le régime d’apartheid.

27 juin. — Annonce par Radio-Conakry captée à Dakar d’un attentat perpétré contre le Président Sékou Touré, lors de l’arrivée du Président Kaunda.

7 juillet. Message de M. Diallo Telli, secrétaire général de l’O.U.A., à M. Sékou Touré, publié à Abidjan.
Démenti :
M. Diallo Telli dément formellement les accusations selon lesquelles il aurait été mêlé au dernier complot découvert en Guinée.
— Arrivée à Conakry d’une mission sénégalaise d’amitié et de bonne volonté, conduite par M. Karim Gaye, ministre des Affaires étrangères de la République du Sénégal.

7-29 juillet. — Visite du Président de la République de Mauritanie en Guinée.
Communiqué conjoint :

  • Relations bilatérales : les deux chefs d’Etat expriment leur détermination de développer davantage la coopération dans tous les domaines : politique, économique, social et culturel, et se félicitent des relations étroites et fraternelles existant
    déjà entre les deux pays.
  • Afrique : Ils renouvellent leur attachement aux principes de la charte d’Addis-Abeba et leur détermination d’unir leurs efforts pour la consolidation de l’O.U.A., ainsi que des groupements régionaux dans le cadre de l’O.U.A.
  • O.E.R.S. : ils renouvellent leur attachement à son statut et expriment leur volonté de tout mettre en oeuvre pour réaliser les objectifs de ce sous-groupement régional.
  • Relations internationales : ils soutiennent totalement « la lutte légitime du peuple palestinien » et réaffirment leur adhésion à la politique de non-alignement.

12 juillet. — Communiqué du ministère des Affaires extérieures, diffusé par la « Voix de la Révolution » captée à Dakar.
Accusations contre le Portugal :
— Les forces armées portugaises stationnées en Guinée Bissao ont bombardé deux villages guinéens : Katoli et Kandiafara, dans la nuit du 4 juin et entre le 24 ct le 29 mai.
— Le gouvernement guinéen autorise le retour en Guinée du Peace Corps, expulsé en 1966.

19 juillet. — Incursion portugaise à la frontière de Guinée faisant trois morts guinéens.

1er août. — Autorisation accordée au gouvernement par le Fonds Monétaire International de retirer l’équivalent de 3.800.000 dollars sous forme de yen japonais, annoncée à Washington.

2 août. — Projet de consortium pour l’exploitation des mines de fer du Mont Nimba (Mifergui).
Caractéristiques principales :
— 50 % du capital pour la Guinée, 50 % pour un groupe de compagnies australiennes, américaines, italiennes et yougoslaves.
— Une compagnie japonaise obtiendrait l’autorisation de commercialiser la moitié de la production.

2 septembre. — Communiqué officiel de Radio-Conakry faisant état de l’attaque d’une vedette guinéenne par les forces portugaises basées en Guinée Bissao.

7 septembre. — Annonce de la découverte d’un complot contre le régime guinéen par Radio-Conakry.

19 septembre. — Conclusion d’un accord de prêt d’un montant de 10 millions de dollars U.S. entre la Compagnie des Bauxites de Guinée et la Société Financière Européenne de Paris, annoncée à Paris.

28 septembre. — Célébration du 11e anniversaire de l’Indépendance de la Guinée, à Conakry.
Commentaires de Radio-Conakry :
— Violentes attaques contre l’impérialisme français et ses valets « les Houphouët qui ne pourront plus longtemps échapper aux glaives justiciers ».
— « L’impérialisme trouvera son tombeau en Guinée ».

2 octobre. — Début officiel des travaux aux usines d’alumine de Boke.
Financement :
— Compagnie des Bauxites de Guinée ; capitaux : Etat guinéen 49 % ; Consortium Halco (Mining) Inc. 51 %.
— Coût des travaux : 160 millions de dollars.

12 octobre. — Onzième anniversaire de la déclaration de la République en Guinée, célébré à Conakry.
Mesures administratives annoncées par le Président Sékou Touré :
Suppression de la distinction entre les fonctionnaires civils et les militaires et éligibilité des militaires à toutes les responsabilités politiques.

15 octobre. — Déclaration d’attachement à I’O.E.R.S. prononcée par le Président Sékou Touré à Conakry.

17 octobre. — Signature d’un protocole d’accord commercial entre la Pologne et la Guinée, a Varsovie.

18 octobre. — Léger remaniement gouvernemental en Guinée, annoncé par Radio-Conakry.

—  Adhésion au Fonds Monétaire International (F.M.I.).

31 octobre. — Communiqué relatif aux travaux de la dernière réunion du Bureau politique national du P.D.G., diffusé par Radio-Conakry, captée à Dakar.
La rencontre ministérielle guinéo-malienne de Kayes (Mali) :
— Des recommandations qui tendent au renforcement de l’Organisation des Etats Riverains du Sénégal (O.E.R.S.) et de l’Organisation de l’Unité Africaine (O.U.A.) ont été adoptées.
— Des mesures ont été prises afin de renforcer les liens existant entre les deux pays.

10 novembre. — Réunion du Comité Central du Parti Démocratique de Guinée (P.D.G.), à Conakry.
Rapport du Président Sékou Touré sur les principaux points de l’ordre du jour :
— Le gouvernement vient de prendre une série de mesures anti-inflationnistes, et notamment à caractère fiscal.
—Certains problèmes fondamentaux tels que le ravitaillement des campagnes, les vols, détournements et trafics, n’ont pas été encore définitivement résolus.

27 novembre. — Signature d’un accord soviéto-guinéen portant sur l’établissement à Kindia (150 km de la capitale) d’une entreprise nationale guinéenne d’exploitation des bauxites.

1er décembre. — Signature à Madrid d’un contrat de 6.000.000 de livres sterling avec l’Espagne.

A suivre.