La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique
Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique

Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno S. Bah

 Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35

Président Sékou Touré, 22 août 1976
Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976

Table des matières

Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits

Le marxisme-tribalisme

Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).

Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d'Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite - T.S. Bah)
Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)

Note. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes, “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
De 1947 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah. Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move. »…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à persécuter et à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry. Déjà en 1971, Sékou avait décapité et décimé les rangs de la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye.  D’abord formé par son père, Tierno Mamadou, Tierno Aliyyu eut ensuite pour maîtres Shayku Umaru Rafiyu et Tierno Abdourahmane Sombili Diallo. Ils lui transmirent tour à tour le wird tijaniyya.
En 1976 la haine de Sékou Touré décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Kadidiatou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.… Saifoulaye avait conclu à la faillite irrémédiable du régime qu’il avait tant contribué à ériger.
Le 28 août 1977, au lendemain de la marche des femmes révoltées, il fit ce constat en privé dans son bureau. C’était devant des parents visiteurs, deux professeurs à la Faculté des sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry, en l’occurrence Bailo Teliwel Diallo (économiste) et moi-même (linguiste). Amer et impuissant, il admit : « Le pouvoir avait été culbuté par la rue hier. Il était devenu vacant.… Ce n’est pas ce que le PDG avait promis au peuple ! »

Lire André Lewin “La marche des femmes du marché rappelle à Sékou Touré les dures réalités de la vie quotidienne des Guinéens.” – T.S. Bah

“Toute l’ethnie est coupable”

Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :

  • des étrangers
  • des suppôts du colonialisme
  • ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.

Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.

Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), devenue l'Union Africaine, au siège de l'organisation. Addis-Abeba, 1966
Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine, au siège de l’organisation. Addis-Abeba, 1966

De violents brassages de populations

L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.

L'aveu de Telli Diallo sous la torture
L’aveu de Telli Diallo sous la torture

Peuls, victimes et non agents du colonialisme

Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.

L’exil des Peuls

Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.

Extraits des discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré en août 1976

« Nous parlons de Révolution et nous faisons la Révolution. Mais il faut admettre et comprendre que tous les hommes et toutes les femmes habitant un pays ne constituent pas forcément le peuple de ce pays (…).
A la naissance du Parti démocratique de Guinée (PDG), le Fouta était menacé tragiquement, menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait réellement la population du Fouta, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu, alors, le critère de l’évolution.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié.
C’est également le Parti démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué la débauche dans le Fouta.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol, devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant un tribunal, l’on comptait au moins huit ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol. (…) »

Le navétanat

« Le navétanat, cette forme d’exode rural, a toujours été combattu par le Parti démocratique de Guinée ; mais sur ce point, il faut l’avouer, le Parti démocratique de Guinée a échoué. En effet, la première tentative de mettre définitivement fin au navétanat avait consisté, dès les premières heures de l’indépendance, à débloquer une somme de 100 millions de francs pour installer alors, dans la zone de Youkounkoun, Saréboïdo et Koundara, 10 000 travailleurs peuls. Nous avions alors mis à leur disposition des vêtements, des outils de travail, des denrées alimentaires et les semences pour toute la période agricole en leur disant : “Au lieu d’aller au Sénégal humilier la nation, voilà ce que le peuple de Guinée met gratuitement à votre disposition pour valoriser votre sol.”
Malgré cela, le navétanat n’a pas cessé pour autant et d’aucuns, bien au contraire, disaient : “Laissez ces gens, ce sont des maudits !” Nous avions alors répondu : “ Non ! On ne naît pas maudit. Aucun homme n’est maudit à sa naissance. Il faut continuer la lutte, connaître les causes déterminantes d’une telle attitude illogique et amener l’homme à un réflexe correspondant à sa dignité, à son progrès et au bonheur de son peuple. Cette lutte, le Parti démocratique de Guinée entend la mener jusqu’à la victoire totale. Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane peuls, c’est un devoir qui sera assumé ! »

Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux

« La situation particulière du Fouta pose donc des devoirs à la Révolution. Et ces devoirs, nous devons en être conscients. Mais qu’est-ce qui a desservi la prise de conscience générale des populations de la Moyenne-Guinée ? C’est l’attitude opportuniste de la plupart de ses cadres intellectuels ! (…)
Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peuls, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du Parti démocratique de Guinée. Et, très souvent, ceux qui venaient au parti étaient bannis de leur famille, isolés de leurs collègues originaires du Fouta, parce que considérés comme étant à la remorque des “étrangers”. L’étranger, c’était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée, tandis que l’on faisait très bon ménage avec le colonisateur. L’on s’acoquinait avec le colon blanc et l’on se prostituait avec lui.
L’on a inculqué au Peul l’idée qu’il n’est pas noir et certains vont jusqu’à la recherche de leur origine en Somalie, en Ethiopie ou ailleurs et refusent de vivre leur temps, leur espace et de comprendre leur peuple. Cet esprit raciste a eu une influence néfaste sur beaucoup d’intellectuels. Mais quelle en était la réalité ? C’est que, intellectuels qu’ils étaient, ils n’étaient pas avec les masses populaires, lesquelles étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils cherchaient plutôt, de manière opportuniste, à vivre en bons termes avec les chefs de village et de canton, avec le régime colonial et certains d’entre eux n’ont obtenu de grands diplômes qu’au prix de leur obséquiosité.
Pour nous, le nom ne fait pas l’homme. Et nous affirmons qu’est bien petit d’esprit celui qui veut que les valeurs de son père, de son grand-père lui soient reconnues. L’homme intelligent est celui qui sait qu’il n’y a de valeur, de réelle valeur, que celle engendrée par le mérite de l’homme. (…)
Quand un homme, comme le faisait le raciste intellectuel peul, se vante d’être intelligent, c’est qu’il est tout simplement bête. Quand un homme se vante d’être un cadre, c’est qu’il n’a jamais été un véritable cadre. Quand un homme se vante du grand nombre de sa famille ou de son ethnie, c’est qu’il manque alors la vraie qualité à ce groupe-là. Car, en effet, le nombre, pour avoir quelque valeur, doit être à la dimension de la valeur sociale. (…)
Nous disons donc que toutes les régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, ta force brutale ! »

“Un esprit raciste très néfaste”

Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour le déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux qui croient que les responsables du PDG ont peur n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais. Nous voulons, partout. croiser le fer avec eux ! (…)
Aujourd’hui, au lieu de les prévenir que demain leur donnera tort, nous leur indiquons qu’aujourd’hui même ils ont tort ! (…)
Le peuple suit l’attitude raciste de certains cadres qui, une fois à la tête d’une société, d’une entreprise, d’un service, ne recrutent que les seuls Peuls.
S’agit-il d’avancement ou de mutation, c’est la même couleur raciste qui détermine les attitudes. Quand il s’agit de mettre à la retraite, il suffit d’observer ; on trie sérieusement pour que ceux considérés comme parents puissent encore rester en service ; alors, on alignera le nom des autres qui doivent être mis à la retraite.
Et quand les cadres peuls sont nombreux dans un service, c’est tout de suite la paralysie totale. Nous le disons en vous donnant un exemple que vous connaissez bien parce que vous le vivez.
Si nous nous vantons d’avoir formé beaucoup d’ingénieurs des travaux publics, prenez la liste et vous verrez que ce sont nos frères Peuls qui sont les plus nombreux. Mais regardez, à Conakry même, quel est l’état des routes. Les choses sont claires !
Une tactique était adoptée par la plupart d’entre eux : sur le plan verbal, il faut être révolutionnaire au maximum, il faut faire les plus longs rapports, faire usage des propos les plus flatteurs, mais, dans l’action concrète, l’on reste assis et l’on sabote tout (…)
Certains professeurs Peuls, à l’heure de la Révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l’élève avant de donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peuls honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons, nous en avons les preuves. Et si vous les voulez, nous vous les fournirons à tout moment. Nous ne nous livrerons jamais à la démagogie, au mensonge, car si l’homme ne peut pas payer, Dieu, lui, paiera si nous ne disons pas la vérité ! Certains notent en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés. Pendant ce temps, l’on dit à ses parents peuls : “Venez à la maison !” Et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs vont jusqu’à refuser à des étudiants non-peuls le prêt de livres précieux pour les réserver aux seuls étudiants de leur race.
Ces pratiques sont connues et ont cours même à l’Institut polytechnique ; des étudiants sont venus nous en donner des preuves irréfutables. (…) »

“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”

« Comme nous l’avons dit, de longues années durant, la Guinée a subi la dictature raciste peule dans l’attribution de bourses d’enseignement supérieur à l’extérieur. Nous trouvions cela normal, pensant que c’étaient, malgré tout, des jeunes du pays qui, fussent-ils de la même famille, à l’heure de la Révolution auraient servi Je peuple avec dévouement. Mais nous constatons aujourd’hui le contraire. Notre regret est d’avoir tant laissé faire.
Et nous savons aussi que 360 anciens étudiants guinéens devenus médecins, pharmaciens, professeurs, comptables, électroniciens, administrateurs, ingénieurs, économistes, pilotes, etc., ont refusé de rejoindre la patrie. Ils sont en France, aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale, en Suisse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre et ne ces-sent de baver à longueur de journée sur le peuple de Guinée qui a financé leurs études. Ils entourent le régime de haine et méprisent le peuple de Guinée. Ils le calomnient à longueur de journée.
Et quand bien même le Français, l’Américain, l’Allemand, l’Ivoirien, le Zaïrois, le Sénégalais ou des citoyens d’autres pays essaient de dire la vérité sur la Guinée, ils les traitent de propagandistes de M. Sékou Touré, alléguant qu’eux seuls disent la vérité et ceux-là sont dans l’erreur. Lisez dans le journal Jeune Afrique les articles sous leur plume et vous verrez que, tous les jours, des mensonges ignominieux sont diffusés.
Aussi, nous vous posons la question : puisque, dans plusieurs familles peules, le pays a attribué des bourses à un, deux, trois, voire quatre de leurs enfants qui, au terme de leurs études, ont trahi la nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen, devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?

Réponse unanime de l’assistance : non !

Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peuls aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.

(Applaudissements enthousiastes et prolongés de rassistance.)

Alors, nous proclamons sans détour : racisme = racisme. Et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : “Lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps piétinez-le pour qu’il sache qu’il n’est pas seul !”
Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et jusqu’à la fin de l’Université, tous les camarades sont à égalité : peuls, soussous, malinkés, guerzés, kissiens, tomas, bassaris, koniaguis, etc. (…)

“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”

Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres peuples, les peuples d’Afrique, les peuples européens, les peuples américains, quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le colonialisme, parce que, se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. (…)
Or, intellectuels Peuls, relisez la conférence d’octobre 1975 à Labé ! D’entrée de jeu, nous avons déclaré que la trahison ne paie pas et avons ajouté : “Prenons en témoignage les vieilles générations de Labé et du Fouta. Tous ceux qui connaissent véritablement l’histoire de notre ville de Labé se rappelleront aussitôt la fin tragique qui a été celle d’Alpha Gassimou Diallo, cet homme honnête, instruit, d’attitude noble, honteusement trahi.”
Nous avons ·encore pris Labé en témoignage pour inviter ses habitants à faire l’inventaire des familles, de toutes les vieilles familles de Labé qui avaient trempé dans cette trahison. Ils constateront qu’elles sont toutes en train de s’éteindre, car Dieu paie toujours les traîtres avec ce qu’ils méritent. (…)
Et maintenant, nous posons la question : qui était le grand résistant dont on n’a jamais assez parlé, qui appartenait à la famille la plus représentative du patriotisme guinéen et peul, l’incarnation de la farouche volonté de liberté, de dignité et de progrès ?· Eb bien, c’était l’almamy Bokar Biro Barry de Timbo (Mamou) qui fut roi du Fouta. Les famille Sorya et Alphaya alternaient tous les deux ans au trône du Fouta. Le roi Bokar Biro Barry appartenait au clan Sorya et résidait à Timbo, capitale de la fédération du Fouta.
Ce fut lors de la grande bataille, désormais historique, de Porédaka (village natal de Diallo Telli) que l’almamy Bokar Biro fut victime de la défection traîtresse de la province de Labé, d’une part, et de l’action désorganisatrice d’une cinquième colonne intérieure constituée par des rivaux d’autre part. Ce fut cette cinquième colonne intérieure qui organisa la destruction de la poudrière de Porédaka. C’était un frère ennemi du clan Sorya, du nom de Sory Yillili, qui fut l’âme de cette trahison. Ainsi, l’almamy Bokar Biro Barry avait été trahi, ignoblement trahi. Et trahi encore au Fouta, par les Peuls, alors que ses alliances avec les Soussous, les Malinkés, les Djallonkés avaient été respectées par ces ethnies. Les familles peules avaient trahi l’almamy du Fouta et l’avaient livré ·à l’ennemi commun de l’Afrique, le colonialisme français.

“Les fils aussi félons que leurs pères”

La trahison, encore une fois, ne paie pas. Et ceux qui avaient trahi Alpha Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité si ceux-ci ne se confient pas au PDG, l’organisation révolutionnaire capable d’extirper de leur être, jusqu’à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d’une tare et d’un sceau indélébilos la personne et la. vie des individus. (…) Ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ont aussi trahi Alpha Yaya, et par trois fois ; vous le savez vous-mêmes. Le roi du Wassoulou, le roi de Boké, le roi de Macenta, eux, n’ont pas été trahis par les leurs. Pour les vaincre, eux, il y a eu seulement la supériorité des armes ile destruction utilisées par les colons. Mais, au Fouta, toutes les défaites de l’empire du Fouta relevèrent de la. trahison des Peuls à l’endroit de leur propre Etat. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous aurions été à l’aise si nous nous appelions Amadou Sékou Barry ou Amadou Sékou Diallo pour dire toute la vérité et nous faire comprendre par nos frères peuls. Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peul. (…)
Si, aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peuls ! Mais soyez sûrs que lorsque le peuple ivoirien, le peuple sénégalais accéderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peuls qui habitent Abidjan ou Dakar.

“Peuls, racistes forcenés sans patrie”

Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous ces gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères, débitées à longueur de journée à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du peuple guinéen.
Ils sont sans patrie, ces racistes Peuls forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des noirs. Ils sont encore et toujours à la recherche de leur patrie. Ils ne peuvent plus avoir de patrie parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. (…)
Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes.
Aussi faut·il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin non pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le oui pour signifier honteusement : “Nous voulons rester soumis au colonialisme !” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de oui. Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendence. Cela ne se fera plus jamais. Et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en main pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités. C’est la déclaration de guerre. Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien ! nous, nous sommes prêts ; quant à nous, nous sommes d’accord et nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale.

Nous allons donc passer à l’offensive et utiliser l’anne de la fermeté révolutionnaire et nous sommes convaincus que les cadres Peuls révolutionnaires, les cadres Peuls militants sincères, assumeront, au sein. du parti, leurs responsabilités pour détruire tous les peuls racistes afin que la Guinée vive enfin dans la paix. C’est pourquoi chaque cadre doit se définir, non pas par rapport à tous les militants, mais par rapport à la collectivité peule qui a été induite en erreur, ou alors se démettre et démissionner du parti-Etat. Chaque cadre du parti-Etat doit s’engager à détruire le racisme ou alors qu’il se dévoile comme un parfait raciste, ennemi du progrès guinéen. (…)

Nous répétons que si le Fouta n’a pas été libéré le 28 septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avions pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais pour que notre peuple vive en paix et poursuive sa Révolution.

“Pour que continue la Révolution”

Camarades, il faut donc être vjgilants : au niveau des pouvoirs révolutionnaires locaux (PRL), surveillez tous les comportements. Dons les services, sociétés, entreprises, restez attentifs. Tout le pouvoir est au peuple.
Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, vous avez le pouvoir, camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée.
Dans les PRL, c’est souvent à l’occasion des baptêmes, des mariages, des cérémonies coutumières qu’ils se regroupent pour se passer les mots d’ordre de destruction de la Révolution. Désormais, aucune manifestation de ce genre ne doit se faire, dans un PRL, que sous la présidence du maire ou d’un membre du bureau du PRL.
Un autre fait que vous avez dû observer et qui est à l’honneur de la femme Peule, c’est qu’elle épousera volontiers le Soussou, le Malinké, le Forestier, mais par contre rarement l’homme Peul épousera une Soussou, une Malinké, une Forestière ! Est-ce vrai ou faux ?

(Réponse unanime de l’assistance : c’est vrai !)

Cette attitude constitue-t-elle du racisme oui ou non ?

(Réponse unanime : oui, c’est du racisme !)

— Alors, camarades, faites confiance à la Révolution qui écrasera tous les racistes ! (…)
Nous ajoutons que vendredi prochain (27 août), dans Jes mosquées de chaque PRL, la Fatiha sera récitée collectivement pour maudire les racistes et les conduire à l’échec retentissant, pour maudire ceux qui les soutiennent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et dans le monde afin qu’ils aient toujours honte et que la Révolution guinéenne, au sein de la communauté progressiste, ne connaisse que le triomphe et la victoire.

Les Hubbu du Fuuta-Jalon : lecture critique

Introduction

Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz
Figures peules, sous la direction de Roger Botte, Jean Boutrais, Jean Schmitz

Je propose ici une lecture critique de l’article “Révolte, pouvoir, religion : les Hubbu du Fuuta-Jalon” par l’anthropologue et historien Roger Botte. Relativement fouillé et long, le document est le fruit de recherches d’un membre du Groupe d’Études comparatives des sociétés peules (GREFUL). Créé et animé depuis les années 1990, ce cercle groupe d’éminents chercheurs français. Roger Botte, Jean Boutrais et Jean Schmitz pilotent le GREFUL. Ensemble, ils  supervisèrent la publication de Figures peules (1999). Cet ouvrage de 534 pages est remarquable par la diversité des contributions qui le composent.
On peut visiter webPulaaku pour la bio-bibliographie des auteurs sus-nommés.

Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau iconique du berger pullo et prêtant son serment sur le Qur'an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.
Hamat Bah, ministre du Tourisme et de la Culture de la République de Gambie, coiffé du chapeau icotnique du pâtre  pullo et prêtant son serment sur le Qur’an avant sa prise de service. Banjul, 8 février 2017.

A l’instar d’initiatives similaires, le GREFUL fait un apport considérable aux études et à la connaissance du monde Fulɓe. Je  leur tire ici mon chapeau cônique de bouvier-vacher Pullo en signe de reconnaissance et d’hommage !

Pour plus de détails lire Fulɓe and Africa

En matière recherche le consensus — basé sur l’évidence des faits et l’adéquation de l’argumentation — est plus fréquent, voire plus important, que  l’unanimité. Et les sciences sociales sont soumises aux mêmes lois et règles de logique que leurs jumelles formelles et expérimentales. Victor Hugo formule éloquemment les astreintes et contraintes de la recherche scientifique lorsqu’il écrit : « La science est l’asymptote de la vérité. Elle approche sans cesse, et ne touche jamais. »
La republication sur webPulaaku des travaux collectifs et individuels de l’équipe du GREFUL  et de milliers d’autres sources (livres, périodiques, photos) épouse cette dynamique. Elle vise à enrichir la recherche, les connaissances culturelles, et l’éducation. Souscrivant à l’aphorisme de Hugo ci-dessus, l’objectif est de reconstruire sur le Web, autant que possible, la profonde et vaste expérience du monde fulɓe, alias “archipel peul”. Le contenu du site réflète différentes hypothèses, methodologies, théories, travaux de terrain, et opinions. Ces tensions sont inévitables.  On les retrouve présentes dans l’article de Roger Botte. J’en esquisse ici une lecture critique et constructive, certes. Mais là où c’est requis, ma démarche va aussi droit au but ; elle appelle les choses par leur nom en signalant les failles et les erreurs du document. Ce faisant, mon propos est de contribuer à la réflexion mûrie et à la communication positive. En définitive, surmontant les divergences inhérentes à la profession, espérons que la coopération permettra d’impulser les études fulɓe dans la voie de la recherche et de la publication
Mes remarques se rangent dans trois catégories :

  • Le contexte de préparation de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur
  • Le fond
  • La forme

Lecture critique : contexte, méthodologie, sources citées

Le contexte de l’article, la méthodologie et les sources citées par l’auteur

Racines lointaines et contexte récent

Aucune indication n’est fournie sur les recherches et les ressources mises en oeuvre dans la préparation de l’article, notamment l’étendue du travail sur le terrain en Guinée. Il faut cependant de relever la date de publication, 1988, qui se situe dans la période postérieure à la mort du président Sékou et au renversement de son régime par l’armée le 3 avril 1984.

La dictature “révolutionaire” étrangla la recherche scientifique. Elle déclara son chef omniscient, et proclama l’idéologie —versatile et à géométrie variable— du PDG comme le summum de la connaissance. La présence des chercheurs africains et étrangers fut découragée. Une autarcie intellectuelle débilitante s’installa. Elle plongea l’université et la recherche professionnelle et civile dans la sclérose et la médiocrité. Et Roger Botte n’aurait pas été autorisé à travailler sur le terrain. J’en sais un peu en tant que professeur et co-rédacteur en chef — avec mon collègue et ami Bailo Teliwel Diallo — de Miriya, revue des sciences économiques et sociales de l’Université guinéenne, de 1975 à 1982, année de mon départ pour l’Université du Texas à Austin en tant que Fulbright-Hayes Senior Scholar. Malgré les obstacles matériels et financiers, l’édition universitaire réapparut péniblement en Guinée à travers cet organe. En effet Miriya était médiocrement appuyé par les autorités, et sa parution dépendait d’un équippement vétuste, cadeau de l’Allemagne de l’Est. Auparavant, de 1959-1965, la revue Recherches Africaines reprit le flambeau de la publication scientifique. Elle fut, elle-même, le prolongement d’Etudes Guinéennes (1947-1955), lancée par Georges Balandier dans le cadre du programme du Centre-IFAN de Guinée.

Balandier commença donc sa carrière en Guinée, où il connut et appuya intellectuellement la percée de Sékou Touré. Afrique ambiguë, son livre-référence, inclut la Guinée, en général, et le Fuuta-Jalon, en particulier. Après 1958, il poursuivit ses recherches ailleurs sur  le continent, avant de rentrer à Paris, où il émergea comme l’une figure de proue de l’Université française. Face à la politique répressive du leader, il devint, jusqu’à sa mort, un critique irréductible du régime guinéen.

Recherches Africaines bénéficia de l’apport d’éminents administrateurs, chercheurs et auteurs : Tierno Chaikou Baldé, Laye Camara, Ousmane Poreko Diallo, Mamadou Traoré Ray Autra, Jean Suret-Canale, Djibril Tamsir Niane, Nenekhaly Condetto Camara, etc. Ce succès suscita la jalousie de Sékou Touré, qui condamna la revue à l’asphyxie et à une mort silencieuse en 1965. Cinquante-deux plus tard, en cette année 2017, et Camp Boiro oblige, la recherche scientifique ne s’est pas remise de cette politique obscurantiste et destructrice.
En 1984 le régime militaire du CMRN ouvrit les portes de Boiro et de la Guinée aux contacts et aux visites des voisins et des étrangers. La chute du PDG intervint huit ans après le « complot peul »,  du nom de la conspiration montée contre les Fulɓe par Sékou Touré en 1976-77.

Lire La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls.

L’affaire souffla un vent hostile et meurtrier sur le Fuuta-Jalon. Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé (Sarakolé haalpular), et des dizaines de co-accusés périrent dans le Goulag guinéen. Pour asseoir le mensonge, Sékou Touré prononça trois discours incendiaires sur l’histoire du Fuuta, l’implantation difficile du PDG, la malhonnêteté, le manque d’intégrité, bref la moralité douteuse des habitants de la région, etc. Il fit des allégations, parfois rocambolesques, destinées à minimiser le rôle historique des Fulɓe sur leur propre sol ancestral. A contre-coeur, il concéda toutefois : « C’est l’intelligence, c’est la culture. Et les Peulhs avaient de leur côté, un stock culturel plus avancé. »
Trop tard, car il avait répandu le venin de la suspiscion,  et semé les graines de la division. Le pays frôla la haine inter-communautaire et les affrontements inter-ethniques armés. Exactement comme le PDG enflamma les relations entre Fulɓe et Sose dans sa marche forcée et ensanglantée vers le pouvoir.

Lire à ce sujet Bernard Charles. Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58).

Ancien officier et l’un des hommes des sales besognes de Sékou Touré, Général Lansana Conté utilisa la même stratégie de la violence afin de diviser pour régner. Deux de ces incitations sont consignées dans les annales douloureuses de l’histoire guinéenne : en 1985 avec son fameux “Wo fatara” (vous avez bien fait) lancé aux gones et aux loubards qui pillaient les propriétés maninka à Conakry, et en 1991 lorsque Conté poussa les Forestiers à massacrer des centaines de Maninka à Nzérékoré et ailleurs.

A partir de 1978 donc, on note le début de la révision de l’histoire de l’Etat théocratique du Fuuta-Jalon aux fins de réduire l’importance de l’hégémonie fulɓe. Ce révisonnisme fantaisiste se manifesta durant l’élection présidentielle de 2010. Il prit d’abord la forme de pogroms anti-fulɓe en Haute-Guinée ainsi que de campagnes d’intimidation par des donso (confrérie de chasseurs maninka).  Ces renégats violaient ouvertement l’antique code d’honneur de l’association. Ils n’étaient que des mercenaires aux ordres d’Alpha Condé et d’extrémistes de son parti, le RPG. Ensuite, au seuil de la présidentielle de 2015, le politicien et député Mansour Kaba — aujourd’hui relégué aux oubliettes — se démena comme un beau diable au nom d’un Manden-Jalon hypothétique et illusoire. Fruit de l’ignorance, figment d’une imagination sevrée  de l’Histoire, ces divagations parlaient  de noyauter et d’occulter la tradition de tolérance et la riche expérience de la nation pré-coloniale Fuutanke ; une communauté bâtie par l’Etat  théocentrique islamique supra-ethnique ; une société  pluri-éthnique  “structurée et disciplinée” (Telli Diallo 1957), incluant Fulɓe, Toroɓɓe, Jalonke, Sarakole, Jakanke, Sose, Maninka, Tyapi, Landuma, Nalu, Koniagui, Bassari, Badiaranke, Serer, Wolof, Bamana, etc.

Sory Kandia Kouyaté
Sory Kandia Kouyaté

C’est le lieu d’honorer la mémoire de Sori Kandia Kouyaté, l’un des plus illustres Jeli du 20è siècle, fils de Ditinn (Dalaba), et porteur émérite des cultures fulɓe et mande.

Hellaya. Sori Kandia Kouyaté chante en pular, son autre langue maternelle. Il est accompagné par l’orchestre Kélétigui Traoré et ses Tambourini.

Enfin, l’article de Roger Botte se fait un peu l’écho d’agitations idéologiques et politiciennes récentes et lointaines, ainsi que de la manipulation de l’histoire contre le Fuuta-Jalon. Le papier inclut ainsi des passages qui ne résistent pas à l’étude approfondie et à l’analyse professionnelle du passé. Roger Botte reprend, par exemple, la notion d’une certaine parité numérique Fulɓe-Mande parmi les fondateurs de la théocratie. Mais la liste qu’il en donne est plutôt vague et peu convaincante.

A suivre.

Tierno S. Bah

Les Hubbu du Fuuta-Jalon : lecture critique (2ème partie)

L’article “Révolte, pouvoir, religion : les Hubbu du Fuuta-Jalon”, de l’anthropologue et historien Roger Botte, date de 1988. Après en avoir revu le  contexte de publication, je consacre cette deuxième partie  de ma lecture critique à la méthode de rédaction et aux sources citées et/ou exploitées par l’auteur.

Méthode et sources

Paul Guébhard. Au Fouta-Dialon. Elevage. Agriculture. Commerce. Régime Foncier. Religion. 1910

Méthode

La méthode adoptée par l’auteur pêche sur les points suivants :

  • l’inversion de l’ordre des termes du titre
  • un aplatissement des structures sociales fuutaniennes
  • l’amalgame entre la description et l’analyse
  • un traitement isolé du phénomène Hubbu

Titre : ordre inversé des termes

Au lieu de “Révolte, Pouvoir, Religion : les Hubbu du Fuuta-Jalon”, l’article aurait s’intituler “Religion, Pouvoir, Révolte : les Hubbu du Fuuta-Jalon”. Il aurait fallu (a) placer la religion au début pour en marquer la prééminence et la priorité, (b) finir par Révolte et maintenir Pouvoir au milieu. En inversant la position des termes Religion et Révolte, Roger Botte met en quelque sorte la charrue avant les boeufs. Car dans un Etat théocentrique, la Religion reste le fondement et la justification du Pouvoir. Et c’est, en partie, le mauvais exercice du Pouvoir qui a engendré la Révolte, en l’occurrence celle des Hubbu. Dans Notes sur les Coutumes des Peuls au Fouta-Dialon Gilbert Vieillard rapporte ainsi la formule d’intronisation de l’Almaami prononcée par le doyen des Grands Electeurs et des Grands Feudataires :

« Nous avons maintenant un successeur des Almamis. Nous lui confions la religion, les misérables, les voyageurs, les vieillards. Il ne doit pas admettre qu’il soit fait tort impunément à qui que ce soit. Qu’il accueille la plainte de tous les meurtris, et rende à tous justice. Le Fouta est sur ta tête comme un vase de lait frais. Ne trébuche pas, sinon le lait se répandrait. Dans la communauté musulmane, que tous soient justes et équitables : si tous ne peuvent l’être, qu’au moins les chefs le soient. Dans la communauté musulmane que tous soient résignés et patients ; si tous ne peuvent l’être, qu’au moins les gouvernés le soient ».

Aplatissement des structures sociales

L’article aurait dû dégager la stratification de la société fuutanienne. Ce faisant, Roger Botte aurait exposé aux lecteurs les structures sociales complexes du Fuuta-Jalon. Malheureusement, il se limite à l’opposition entre trois couches : aristocrates, hommes libres et captifs. Mais la hiérarchie n’était pas ternaire. Elle était quinaire, c’est-à-dire à qu’elle avait cinq niveaux :

  • Aristocratie (et clergé)
  • Hommes libres
  • Castes
  • Captifs
  • Etrangers

Cette structure fonctionnait de manière plus compliquée que ne l’établit Roger Botte. Ainsi, au sein de chacune de ces couches, il existait des échelons hiérarchisés et un statut gradué. Par exemple, dans la caste des griots on distinguait le membre ordinaire (gawlo) et maître-griot (farba). L’activité de ces maîtres de la parole s’accordait au contexte de la performance. Ainsi le verbe luukude désignait les louanges chantés par le gawlo ordinaire. Par contre, le verbe askude s’appliquait aux récits épiques composés et/ou déclamés par le farba.
Au début des années 1980 le duo Farba Ibrahima Njaala et Farba Abbaasi  enregistra à Freetown une version de l’épopée (asko) du prince et général d’armée Alfaa Abdurahmani Koyin, un des héros de la victoire du Fuuta-Jalon contre Janke Wali à la bataille de Turuban en 1867.
Le passage ci-dessous montre l’interaction de représentants de trois couches (aristocratie, castes, captifs) dans le protocole en usage à la cour des seigneurs des provinces (diiwe) et de l’Almaami à Timbo. La scène décrit la montée du cheval de guerre. Elle associe l’aristocrate (Alfaa Abdourahmane), le captif-palefrenier (Simiti), le forgeron, le cordonnier et le boisselier :

Farba Ibrahiima Njaala — Simiti haɓɓi ndimaagu makko ngun haa ngu bui tati e nder reedu maggu.
Farba Abbaasi — Naamu.
— O tippi e Bayillo, Garanke pooɗi mo.
— Naamu.
— O ƴeewi e hoore Maama Labbo.
— Naamu.
— O piyi ngu njanɗe o hucci e Labe.
— Eyyo!
(transcription Tierno S. Bah 1983, département d’Anthropologie de l’Université du Texas à Austin)

Traduction

— Farba Ibrahiima Njaala : Simiti sella l’étalon si fort que celui-ci pèta trois fois dans son ventre.
— Farba Abbaasi : Oui.
— Il (Alfaa Abdurahmane Koyin) s’appuya sur le forgeron, et le cordonnier l’éleva.
— Oui.
— Il se hissa par-dessus Maama-le-boisselier.
— Oui.
— Il éperonna et s’élança en direction de Labé.
— Parfait !

Cet extrait souligne un aspect culturel —et martial — du système politique fuutanien. Il contredit ou atténue l’opinion de Roger Botte, qui affirme que “l’antagonisme entre l’esclave et le maître apparaît comme le clivage social fondamental, la survie du pouvoir islamique reposant sur l’esclavagisme.” Malheureusement, il ne fournit ni preuves ni arguments pour étayer cette assertion aussi sommaire que tranchante. Pis, le jugement de valeur de Roger s’applique encore davantage à l’hégémonie de l’Europe occidentale, en général, et celle française, en particulier, sur l’Afrique, l’Asie et l’Amérique. Et cela du 16è siècle à la mondialisation actuelle, en passant par la Conférence de Berlin en 1884-5.

A cause des expéditions militaires du jihad, le cheval acquit droit de cité au Fuuta-Jalon, où sa réputation coranique de monture des saints le précéda. On peut voir l’almaami Sori Yillili paradant au trot de son cheval blanc sur webFuuta. A Labé le stade sportif est bâti sur l’emplacement de Kolla Pucci (Plaine des chevaux), c’est-à-dire l’ancien champ de courses hippiques du diiwal. La tradition rapporte que le jeune Alfa Yaya y excellait dans les compétitions, du fait de sa vigueur physique, de son aptitude sportive et de sa dextérité dans cet art.

Amalgame entre description et analyse

L’article aurait gagné en clarté si Roger Botte avait traité séparément la description et l’analyse. Malheureusement l’article passe de l’une à l’autre sans transition, et parfois dans le même paragraphe. Le chevauchement est fréquent entre la présentation des faits historiques et l’opinion de l’auteur a de ceux-ci. Je cite deux passages en exemples :

 « Les populations de l’ouest et du nord-ouest, notamment dans le Labe, se révélaient plus ferventes que celles de l’est, dont la foi n’avait pas été ravivée par l’influence des clercs Jakanke et Toroɓɓe. »

Roger Botte ne dit pas quand et comment “les populations de l’ouest et du nord-ouest, notamment dans le Labe” sont devenues “plus ferventes que celles de l’est”. De même, il parle de “l’influence des clercs Jakanke et Toroɓɓe” sur les croyants du Fuuta occidental et septentrional. Mais il ne cherche pas à corroborer cette affirmation par des références précises, notamment les noms de ces prédicateurs et la date de leur intervention.…

« La shadiliyya originelle, telle qu’appliquée au Maghreb, comportait un ensemble de règles qui ne différaient pas sensiblement de celles des confréries voisines ; mais au Fuuta, les Peul en exagérèrent certaines formes… »

On est en droit de demander ici en quoi les variations de culte sont une exagération. Par rapport à une norme maghrébine ? Etranger, car nous savons que ni les dogmes de la religion (Islam, Christianisme), ni les règles des ordres religieux n’échappent à leur interprétation en fonction de l’expérience historique, des us et coutumes de la société réceptrice. Celle-ci imprime toujours son identité ethnique, son héritage culturel, son tempérament, etc. aux principes généraux de la foi.

Traitement isolé du phénomène Hubbu

L’auteur aurait dû extraire de son arsenal intellectuel la méthode comparative. Et l’utiliser pour se pencher sur des rebellions ayant eu lieu dans d’autres pays. Roger Botte a plutôt choisi de traiter son sujet de façon isolée et sui generis, alors qu’il aurait pu faire des rapprochements avec des évènements similaires dans l’histoire de l’Islam. Sans pour autant perdre de vue l’avertissement qui dit comparison n’est pas raison, et que ressemblance n’est pas correspondance. Cela ne s’applique toutefois qu’aux généralisations abusives, faites à partir d’observations superficielles, et qui ne cherchent pas à vérifier les similitudes empiriques. Autrement dit, qu’elle soit centrale ou complémentaire, la démarche comparative permet d’élargir le champ d’investigation et de dégager des lessons plus riches de l’enquête menée.

Sources

Roger Botte s’appuie sur une bibliographie détaillée dans son article. Il mentionne plusieurs auteurs et cite de nombreuses sources. Toutefois, quantité ne signifie pas toujours qualité. En l’occurrence, j’identifie trois failles dans la liste bibliographique de l’article :

  • la critique et la déférence à Paul Marty
  • l’endorsement de Hyacinthe Hecquard
  • l’inexplicable erreur avec Paul Guébhard

Critique et déférence A Paul Marty

La note no. 2 suggère que Paul Marty a tort de parler de “tribu Ourourbé”. Et pourtant de nombreuses sources considèrent les quatre patronymes Baa, Bari, Jallo, Soo comme équivalents de tribus selon le tableau suivant :

Générique Patronymes
Uururɓe, sing. Uururo Baa, Bah, Balde, etc.
Dayeeɓe, sing. Dayeejo Bari, Barry, Barrie, etc.
Jalluɓe, sing. Jalloojo Jallo, Diallo, Jalloh, Jallow, etc.
Feroɓɓe, sing. Pereejo  Soo, Sow, etc.

Le premier sous-titre place entre guillemets l’expression ‘complot islamique’, parce qu’elle est vraisemblablement empruntée à Paul Marty. On la trouve en effet au chapitre 5 de L’islam en Guinée. Fouta-Diallon (1921). Marty l’y emploit au sujet de Tierno Ibrahima Diallo, Karamoko Dalen. Roger Botte ne relève pas la contradiction de Marty, qui fait naître Karamoko Dalen à Satina !

Tierno Ibrahima Diallo, Karamoko Dalen
Tierno Ibrahima Diallo, Karamoko Dalen

Sans explication. Evoluant à la cour d’Almami Bokar Biro à partir de 1894, cet érudit venu donc du diiwal de Labé était un disciple de Tierno Aliyyu Buuɓa Ndiyan. Après la bataille de Poredaaka, il fut menacé par la répression qui s’abattit sur les partisans du souverain vaincu. Il parvint à y échapper en s’engageant au service du gouverneur Noel Ballay.…
La note 40 ajoute que “Sur le jaaroore et la shadiliyya en général, l’enquête de Marty … reste pertinente.” Mais compte non-tenu de la négligence ci-dessus, le livre de Paul Marty est largement tributaire des archives d’Ernest Noirot. Lire la présentation qu’en fait Gabriel Debien. Cela ne l’empêche pas Marty de créer ou de reproduire des erreurs de tableaux généalogiques, en particulier à propos de l’ascendance de l’Almaami Sori Yillili, grand-père de Diawadou Barry.

Endorsement de Hecquard

Hyacinthe Hecquard (1814-1866). Voyage sur la côte et dans l'intérieur de l'Afrique occidentale

La note 26 au bas de l’article reprend des passages extraits du livre de l’explorateur Hyacinte Hecquard (1814-1866), “… en 1851 … ‘la principale richesse des Peuhls consiste en captifs et en bestiaux’”. Botte poursuit : “il indique que ‘le nombre des esclaves est égal sinon supérieur à celui des hommes libres’” (Voyage sur la côte et dans l’intérieur de l’Afrique occidentale, Paris, 1855). Il est frappant, qu’écrivant en 1988, c’est-à-dire 133 ans après la publication du livre de Hecquard, Roger Botte n’ajoute pas une seule note de vérification ou d’avertissement. Et qu’il ne soumette cette estimation vague d’un lointain précurseur au peigne de la critique. En l’absence de chiffres fiables et de statistiques au moins approximatives, il est exagéré de prétendre que la richesse du Fuuta-Jalon reposait d’abord sur les serfs captifs et ensuite sur l’élevage du bovin, qu’il appelle vulgairement bestiaux. C’est une manière éloquente d’afficher son ignorance de la société faisant l’objet de son livre. La même remarque s’applique à l’évaluation démographique établissant une parité et même une supériorité numérique de la population des serfs sur celles des hommes libres. Face à ces lacunes et à ces affabulations, il suffira, peut-être, rappeler la célèbre boutade du sénateur américain Patrick Moynihan : “Everyone is entitled to his own opinion, but not to his own facts.” (Chacun a droit à son opinion, mais à ses propres faits.)

Inexplicables méprises avec Guébhard

Louis Tauxier. Moeurs et histoire des Peuls. 1937
1937

Louis Tauxier (1871-1942)
Louis Tauxier (1871-1942)

Roger Botte cite l’administrateur des colonies Paul Guébhard deux fois. Il n’émet aucune réserve sur l’auteur ou le contenu du passage cité. Est-ce une omission, une erreur, ou une faute ? Peu importe. Et pourtant la bibliographie de l’article inclut l’ouvrage du comte Louis Tauxier, également ancien administrateur colonial, et l’auteur, entre autres, de Mœurs et histoire des Peuls ci-dessus. Méthodique bien que paternaliste, Tauxier passe en revue ses prédécesseurs. Dans le chapitre 4, intitulé “La synthèse de Guébard”, il commence par une remarque courtoise. “… j’ai eu le plaisir de le connaître en 1907…” cet “administrateur au Fouta-Djallon.”

Ensuite il avertit le lecteur :

« Il (Guébhard) est intéressant par les détails qu’il a recueillis de la bouche de ses renseigneurs, mais il ignore malheureusement l’histoire véritable et la chronologie du Fouta, n’ayant pas consulté les sources. »

Et il enfonce le clou : ce “n’est pas un auteur sûr.” C’est tout dire ! Tout en prenant soi de reproduire fidèlement de larges extraits de Guébhard, il le réfute systématiquement dans les notes en bas de chapitre. Voici quelques examples :

Note 2. L’lbrahima Sambégou dont il est ici question est Karamokho Alfa (alias Ibrahima Moussou) et son cousin Sory est celui qui devait devenir plus tard le fameux Ibrahima Sori Maoudo (le grand). Comme on le voit, Guébhard ignore complètement les origines du Fouta-Djallon peuhl et son histoire de 1694 à 1730 environ.

Note 7. Je passe ici quelques lignes, évidemment fausses, où Guébhard représente les Peuls du Fouta-Djallon comme un amas indistinct de races diverses. En fait, le gros noyau était constitué par les Peuls venus du Macina vers 1694.

Note 9. Mais Sory n’était pas le frère, c’était le cousin de Karamokho-Alfa.

Note 11. Toute cette légende sur Timbo est fausse. La première capitale du Fouta-Djallon fut Fougoumba ou Fougoumba, et Timbo, d’abord village Dialonke, puis devenu un gros établissement peuhl, ne devint capitale qu’à la fin du règne d’Ibrahima Sory Maoudo (après 1776).

Note 22. Guébhard est déplorable dans sa chronologie et ne s’est pas donné la peine d’étudier sérieusement l’histoire du Fouta-Djallon, aimant mieux nous raconter des histoires enjolivées et les légendes de ses renseigneurs.

A suivre.

Tierno S. Bah

Chiffres, histoire et politicards

Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932
Béatrice Appia, Gouverneur Louis Blacher, en famille. France 1932

Les chiffres des deux tableaux ci-dessous sont contenus dans un document intitulé “Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé”. Il est conservé aux Archives nationales à Conakry, où je l’ai scanné en 2002. Il s’agit là de données matérielles l’histoire de la Guinée Française durant la première moitié du 20è siècle. Elles contredisent et annulent les agitations stériles de certains politicards guinéens du 21ème siècle. En l’occurrence Mansour Kaba, l’auteur de la chimère du Manden-Jalon et son ancien allié et complice : président Alpha Condé.

Parmi les nombreux rapports de l’inspecteur général 2ème Classe des Colonies  Huet, figure le document intitulé “Situation Economique du Cercle de Kankan”, publié également en 1937. Huet effectua sa mission sous le gouvernement du Front Populaire. L’alliance comprenait :

Le règne du FP prit fin en 1938, alors que les nuages du fascisme s’épaississaient. Hitler et ses alliés de l’Axe plongeront le monde dans la deuxième guerre mondiale à partir de 1939.

En Guinée Française le FP nomma l’Antillais Louis Blacher comme gouverneur du Territoire. Mais les rigueurs et les exactions de l’Indigénat continuèrent leurs ravages jusqu’à l’abolition de cet infâme régime en 1946. L’épouse du gouverneur Blacher était la brillante Béatrice Appia, intellectuelle, peintre et chercheuse. En collaboration avec Tierno Chaikou Baldé, elle prépara la remarquable étude intitulée “Les Forgerons du Fouta-Djalon”.  Cette monographie souligne, entre autres, les influences culturelles réciproques entre Fulɓe et Mande. On n’y trouve nulle trace des tensions que Mansour Kaba chercha vainement à attiser avec son Manden-Jalon.
Lisons donc le rapport no. 27 de M. Huet. Il founit des renseignements succints sur l’économie et la démographie du Cercle de Labé en 1937.

Tierno S. Bah


Rapport de 1937 sur la situation économique du Cercle de Labé.

Conakry, le Cinq Mai 1937
L’Inspecteur Général des Colonies, Chef de Mission

J’ai l’honneur de transmettre à M. le Lieutenant-Gouverneur de la Guinée Française le rapport de détail concernant la vérification au point de vue économique du Cercle de Labé.

Signé : Huet

Chapître 1er. Renseignements généraux sur le Cercle

Situation et étendue

Le cercle de Labé est situé en moyenne Guinée en plein centre du Fouta-Djalon.
Plus grande longueur du Nord au Sud : 150 km ; plus grande largeur de l’Est à l’Ouest : 200 km.
Superficie : 23.800 km2

Caractéristiques générales
  1. Au point de vue physique : Pays accidenté, formé de plateaux généralement latéritiques séparés par de profondes vallées, plaines normalement de faible étendue, altitudes variant de 170 à plus de 1.500 m. Région très arrosée, origine d’importantes rivières ou fleuves : Gambie, Rio Gaba, Kakrima-Konkouré, Bafin, Falémé.
    Les géographes ont d’ailleurs qualifié le Fouta-Djalon de “véritable château d’eau de l’Afrique occidentale”.
  2. Au point de vue poltique : pays calme paraissant bien en main, commandé par de bons chefs européens et indigènes qui, du fait de la tranquilité politique, se consacrent principalement au développement économique des territoires placés sous leur autorité.
  3. Au point de vue économique : pays d’agriculture et d’élevage. Le Foulah n’est plus exclusivement pasteur comme on a coutume de le représenter. L’agriculture dans le Foutah, prend une place chaque année plus importante ; les cultures se développent sur les plateaux, dans les plaines et sur les pentes montueuses. La terre est généralement pauvre ; la culture la plus étendue est celle du fonio, pauvre graminée d’un faible rendement qui exige de grandes surfaces ; le fonio est en outre d’une faible valeur alimentaire. Où se developpe quelque peu la végétation arbustive, le riz de montagne, de meilleur rendement et de valeur alimentaire plus sérieuse est cultivé. Le riz de marais n’est cultivé que dans les rares plaines très humides.  Dans les régions septentrionales plus chaudes, domine la culture type du climat soudanais : le mil.
    Il n’y a de richesse culturale que dans les carrés familiaux, couverts de fumures et d’engrais naturels, grâce au bétail (bovins, ovins, caprins). Sans bétail, le carré familial est pauvre. Aussi, tous les efforts de l’Administration, avec l’aide de la Société de Prévoyance, tendent-ils à la reconstitution d’ailleurs en bonne voie, du cheptel, qui permet l’extension des carrés familiaux et le développement des culture qui y sont pratiquées.

Population

Européens et assimilés 125
Français 37
Etrangers
Levantins (Libano-Syriens) 85
Américains 3
Fonctionnaires 25,6 %
Planteurs et employés de plantation 4 %
Commerçants Levantins 68 %
Missionnaires (Américains – protestants) 2,4 %
Indigènes
Foulahs 344.226 (96 %)
Dialonkés 5.240
Diakankés 3.230
Sarakolés 821
Malinkés 102
Toucouleurs 80
Bambaras 40
Ouolofs 26
Guerzés 7
Tomas 6
Divers 10
Total 353.788

Chapître II. Agriculture

Situation et production du Cercle. — Calendrier saisonnier — Cultures à encourager.

Culture Superficie cultivée (hectares) Production : tonnes/an
Riz 7.500 4.500 environ
Maïs 20.000 20.000 environ
Mil 5.000 4.900 environ
Fonio 150.000 60.000 environ
Arachides 6.000 17.000 environ
Sésame 200 95 environ
Taros 12.500 25.000 environ
Patates
Manioc
Igname
Gombo

The N’ko Alphabet: Then and Now

Dianne White Oyler. The History of the N'ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons.
Dianne White Oyler. The History of the N’ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons. Cherry Hill, N.J. : Africana Homestead Legacy, 2005, 2007. xiv, 241 p. : ill., map

Dianne White Oyler
Dianne White Oyler

Dianne White Oyler’s article on the N’ko Alphabet   includes my contextual annotations and corrections. The paper appeared in 2001, four years before the same author’s book named The History of the N’ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons. I focus here on the article below, which Dianne wrote based on her fieldwork in Conakry and Kankan, back in 1994. As the saying goes one is entitled to one’s opinion but not to one’s facts, lest they are the “alternative facts”  per Ms. Kellyanne Conway now infamous TV statement. In this case, it is normal and routine  to study and even support cultural activism and language revival efforts around the world. However, does such an activity and commitment permit to publish fabricated facts or falsifications of the historical record? I don’t think so. Dianne correctly points out that “Sékou Touré’s archival documents, including personal papers and correspondence, were either destroyed or hidden after his death. Consequently, there are no currently existing archives of the First Republic and the papers that are hidden are inaccessible.” However, it is counterproductive to try to fill in that void with superficial documents and inaccurate information. Such a shortcut circumvents academic deontology. Worse, it ends up hurting the cause championed, here the N’ko Alphabet. And it lowers considerably the quality and the value of the output. That explains —but does not justify— why Dianne’s article “A cultural revolution in Africa:  literacy in the Republic of Guinea since independence” is replete  with errors and exaggerations. Again, I react contextually below on those shortcomings.
That said, and for the record, my track record in the Guinea national language debate dates back to the mid-1970s. I was then a young faculty in the Linguistics and African Languages department of the School of Humanities and Social Sciences. I also headed the Pular section of the Academy of National Languages, in close collaboration with a competent and elder deputy in the person of  the late Mamadou Gangue (a survivor of the “Teachers Plot”). The work environment was quite collegial, and I was great professional rapport with the head of the Sosokui section, the late Kanfory Bangoura.
In 1975 I wrote a lengthy descriptive and analytical paper titled “La politique linguistique du Parti démocratique de Guinée,” in Miriya, Revue des Sciences économiques et sociales, of which I was co-publisher with Bailo Teliwel Diallo. My article generated positive verbal comments from my colleagues, Yolande Joseph-Nöelle, for example, and from her husband, Senainon Béhanzin, the de facto intellectual guru of Sékou Touré
During the 2010 presidential election campaign, relying heavily on the Maninka electorate of Haute-Guinée, the RPG candidate, Alpha Condé, vowed his support for the ongoing N’ko campaign. He subsequently “won” the second round. But his regime did little to translate the promises into funded programs. Having managed to gain a second term in 2015, Mr. Condé does not give cultural activities the priority they deserve. His former deputy, the late Ahmed Tidiane Cissé, lamented the lack of governmental support for his ministry of culture.… In sum, N’ko has not fared  well under any of the three Maninka presidents of Guinea: Sékou Touré, Sékouba Konaté and Alpha Condé. Ditto for the heritage of each of the other 15 ethnic cultures of the country.
See also my article “The cultural policy of the PDG.” and “Are Fulɓe Disappearing? And Is Adlam Their Savior?
Overall, I was an active participant-observer of cultural life under the dictatorship of Sékou Touré. For instance, I was a prominent member of the National Film Censorship Commission (1971-1981). We screened, discussed, authorized or rejected movies imported for distribution around the country. Given the nature of the police-state the pro-bono function was not risk-free. Thus, in August 1978 Sékou Touré admonished the sub-commission I led was on the air waves of the Voice of the Revolution. For what reason ? We had signed our names for the approval of the film Midnight Cowboy. Unfortunately, the regime’s secrete police filed a report slamming the content of the R-rated movie. Subsequently, when I visited him with the late Zainoul A. Sanoussi, President Sékou Touré somewhat downplayed privately his public communiqué blaming us by name on the radio. It was a meager consolation for us, and particularly for our families and friends. They had been alarmed by the fact that Sékou Touré and the Bureau politique national of the PDG decided to disavow our official action so openly. They did not even watch themselves the incriminated movie, in the first place ! Although a screening session was held after the facts, in presence of Mamadi Keita, member of the Politbureau, and Senainon Behanzin, memer of the Central committee. The two officials acknowledged that despite its implicit sexual content, the film had artistic and substantive quality.… After all, it won the Motion Picture Academy Best Picture award for 1969.
Another record worth mentioning, from 1975 to 1977, I was, first co-host then sole host, of a radio show called “Voyage à travers la Guinée”. Still teaching at the University, I decide to explore radio-broadcasting. My mentor was veteran journalist Odilon Théa. We featured a different region  each week, presenting its history, culture, economy, touristic potential, etc. And we had fun preparing and airing the weekly (every Tuesday) program. For nearby Dubréka, I recall that we rented a cab and visited the town to collect information from residents. Later on, Marcelin Bangoura joined us. And, feeling confident in my performance, Odilon graciously bowed out and let me do the show alone. There too, an incident reminded of the peril involved in living and working under Sékou Touré. Having scheduled the town of Boffa (northwestern coast) I produced the show by going to the archives. There I dug out files about Nyara Gbèli, a mulatto female slave-trader. I aired selections of her biography and historical record. It turned out that Sékou Touré and all members of the Politbureau were tuned in. At the end the show, some were not please to hear about the slavery piece of the show. They suggested that I be summoned for explanations. Luckily, Sékou Touré agreed with those who opposed the idea, arguing that it would not be a boost to my confidence in exploring the country’s past. How did I know what happened in the higher echelon of the government? Well, Léon Maka, National Assembly president attended the meeting. His daughter, Madeleine, was a colleague and a good friend of mine at Voix de la Révolution. He told her about the discussion they had had. And she, in turn, shared with me, saying: “Tierno, careful! Last you were nearly dragged before Sékou Touré and the Bureau politique!”

Tierno S. Bah


Dianne White Oyler
A cultural revolution in Africa:
literacy in the Republic of Guinea since independence

The International Journal of African History. Vol. 34, No. 3 (2001), pp. 585-600

Contents

Introduction
Guinea and Decolonization
The N’ko Alphabet
Guinea’s Cultural Revolution
The Role of Literacy in Cultural Revolution
Souleymane Kante’s Indigenous Approach to Literacy
The Contest: Sékou Touré vs. Souleymane Kanté
Conclusion

Introduction

At independence most African nations attempted a process of decolonization in the three spheres of European imperialism: political, economic, and cultural. While progress in the political and economic arenas is apparent decolonization of the cultural area is much harder to define because European cultural impositions had usurped the areas of language, socialization through education, and technology from simple writing to electronic media. However, the approach of the Republic of Guinea to cultural decolonization can be analyzed in light of the more formal “Cultural Revolution” launched by its independence leader Sékou Touré in 1958 as a policy of the First Republic.

Erratum. — That program’s official name and acronym were “La révolution culturelle socialiste” and RCS, respectively. And it was not launched in 1958. To the contrary, it was declared ten years later at the improvised Conseil national de la révolution held in Kankan in 1968. — T.S. Bah

Touré’s objective was to validate the indigenous cultures that had been denigrated by the Europeans while at the same time creating a Guinean national consciousness 1. In other words, Touré launched a countrywide campaign to recapture indigenous culture by formally focusing on language and education. His specific intent was to validate indigenous culture by using maternal language education to achieve better control of European science and technology. This action, he believed, would lead Guinea into creating global economic partnerships within the modem world’s economy.

An unanticipated consequence of Touré’s campaign, however, was the cultural awakening of the Maninka speakers who consider themselves to be the direct descendants of the ancient empire of Mali. Although dispersed through the countries of West Africa (including Guinea, Mali, Mauritania, Senegal, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Benin, Liberia, Sierra Leone, and Nigeria), the Maninka speakers constitute roughly 40 percent of Guinea’s population. Many of them live in the region of Haute-Guinée, which makes up about two-fifths of Guinea’s territory.

Errata. — (1) Ms. Oyler shows here the first sign of her sole reliance on verbal informants at the exclusion of available written sources. Thus it is plain wrong for her and her informers to state that Sékou Touré did not anticipate a “Maninka cultural awakening.” Actually, he was an hands-on president who exhausted himself micro-managing every aspect of social and, indeed, family and personal life. Accordingly, it’s just valid to speak of a social movement like the N’ko, that he would not have predicted, and more or less tolerated.
(2) In percentage the Maninka demography comes second to the Fulɓe (Peul, Fula, Fulani) in Guinea. The former stands at approximately 35% of the population while the Fulɓe actually hold 40%. Given their respective size, the two groups weigh heavily in the political sphere. — T.S. Bah

The Maninka cultural revolution that began within Touré’s larger “Cultural Revolultion” continues today in the Second Republic of Lansana Conté, which began in 1984. The cultural revival of the Maninka language, its oral literature, and its connection to the heroic/historic past has been juxtaposed to any official policy of creating a Guinean national consciousness since 1958.

Note. —Guinea’s quest for “national consciousness” in the wake of the independence declaration stemmed from the heritage of all 16 ethnic communities, not that of the Maninka alone, especially in the first decade of the republic. Take for instance, the various musical traditions — either from sizable groups, like the Kisi of Forest Guinea with the Kebendo danse and song (see my review of Sia Tolno’s My Life album, or fom minorities, such the Koniagui (Unyëy) of Koundara with the rhythm Sampacthe. Everyone  contributed and enjoyed the celebration of the birth of the new nation. Alas, the euphoria lasted no more than two years!
— T.S. Bah

This article specifically addresses Guinea’s internal revolt against European cultural imperialism as evidenced in the issues of language and literacy that have dominated the political landscape in post-1958 Guinea 2.

Note. — This passage reads like a militant statement. But it lacks a specific to lend it credence. Where, when, how, and who staged the so-called revolt? How was it actually expressed? — T.S. Bah

It further addresses the concept of maternal language learning that became central to decolonization, and particularly the policy Sékou Touré developed and implemented with the support of UNESCO—the National Language Program (1968-1984) 3.

Erratum. — Beginning in the late 1960 UNESCO assisted the cultural policy of the Sékou Touré regime. However, the first illiteracy campaign was supported by the government of Mohammad Reza Pahlavi, Shah of Iran, in 1964-66. — T.S. Bah

More importantly, however, the article documents one result of Touré’s program that has acquired a life of its own outside government control, a grassroots literacy movement that centers on an alphabet called N’ko. The dissemination of N’ko shows the growth of a literacy movement that is currently spreading across international boundaries throughout West Africa. A salient aspect of the issue of language and literacy was the involvement of Souleymane Kanté (1922-1987), a Maninka-speaking “vernacular intellectual” who invented the N’ko alphabet in 1949. Souleymane Kanté was born in Soumankoyin-Kölönin about thirteen kilometers from Kankan. He was the son of the famous Quranic school teacher Amara Kanté. When Souleymane had finished his Quranic school education, he could read and write Arabic and translate Islamic texts. After his father’s death in 1941, Kanté left Guinea for Côte d’ Ivoire to make his fortune as an entrepreneur in a more cosmopolitan urban setting. Becoming an autodidact there, he read extensively, learned other languages, and became renowned as a scholar.

Guinea and Decolonization

Under Sékou Touré’s leadership, the Republic of Guinea ended political imperialism in 1958 when 95 percent of the voters cast a “No” vote in a referendum addressing the country’s wish to join the “French Community.” Thus began a real struggle for autonomy in the political, economic, and cultural spheres of national life.
At that time the reality of political independence meant indigenous leadership; in Guinea’s case, it also meant an inexperienced leadership. Sékou Touré’s experience offers a salient example of the under-preparation of emerging African leaders.

Note. — There is no such thing leadership preparation for independence. Colonialism meant hegemony, domination, exploitation, racisme, alienation. The colonizer did not —and would never— intend to genuinely associate the colonized in power-sharing. Read Albert Memmi’s Portrait du Colonisateur. — T.S. Bah

Possessing an eighth grade, French-style colonial education, plus a bit of training supplied by French communist trade unionists, and the experience of ten years in governmental service, Touré deliberately created an eclectic form of government that drew upon the strengths of his equally eclectic education. In the Cold War period Touré chose the political path of African Socialism and the diplomatic path of nonalignment. The type of government he called “positive neutralism” allowed him to open Guinea to all manner of foreign investment without committing himself to any specific ideology 4.
Inherent in the political independence of Guinea, however, was the problem of a revenue shortfall; France had withdrawn both its economic aid to Guinea and also its trade partnership. At the same time, Guinea lost its trade connections with many of France’s trading partners, especially among France’s NATO allies.
Guinea’s sister colonies within French West Africa (AOF) continued to trade with her unofficially, however.
As a Third World country producing raw materials to supply the First World industrial complex, Guinea produced many of the same products as other Third World nations that were constantly being encouraged to increase production. One result was a decrease in Guinea’s share of the world market, forcing the new nation to find alternative markets. With its doors closed to Western capitalist markets, Guinea became a trading partner with the Eastern bloc nations. Trade with Second World nations, however, exacerbated Guinea’s economic shortfall, as these nations were unable to purchase Guinea’s raw materials with foreign exchange, substituting instead manufactured goods. They then sold Guinea’s raw materials on the world market, thus gaining foreign exchange that improved their own economies to the detriment of Guinea’s. Although Guinea received Second World technology, she never did receive the support system that would have allowed her to maintain and expand upon that technology.

Today Guinea is one of the poorest nations in West Africa.

In the cultural sphere of Guinea’s national life, Sékou Touré opted to keep the French language; all documents would be written in French in the Roman alphabet, Guinea’s official language. It seems that Touré chose the colonial language with an eye to national unity in order to avoid the conflicts that would arise over choosing one of the twenty ethnic languages as the country’s official language.
French also served Guinea in the international marketplace where buyers and sellers were not likely to learn an African language. Guinea also continued to use the French system of education. However, university training for Guineans was now sought in First and Second World countries. Students received scholarships in the United States as well as a “free” education in the Soviet Union.

Although Touré had earlier implied that Guinea would be an Islamic state after independence, he imposed religious toleration instead in a country of Muslims, Christians, and African traditional religions; this eclecticism became one method of promoting national unity.

Note. — Since the above assertion provides no reference to  written sources, or to verifiable quotes, it appears pretty much groundless.
— T.S. Bah

Nevertheless, in the years following Guinea’s political independence, a large segment of Guinea’s Maninka-speaking population has tried to return the cultural initiative to African hands by utilizing an indigenous alphabet created by an indigenous scholar and cultural leader named Souleymane Kanté. While Sékou Touré, a Maninka-speaker himself, had encouraged Kanté in this initiative, he preferred not to allow the use of the writing system known as N’ko as a national language/writing system. Ultimately, though, Kanté’s research and promotion of learning in the maternal languages may have directly influenced Touré, who had addressed the issues of indigenous languages/writing systems as a way to reclaim African culture by implementing a National Language Program (1968-1984).

Notes. — (1) The above paragraph is too general and vague. How does the expression “large segment” translate numerically, statistically?
(2) It is hypothetical to write Souleymane Kanté “may have directly influenced” Sékou Touré’s language policy. Adverse, one can argue, the former did not inspire the latter. In the absence of any evidence from the author, I am enclined to think that Guinea’s adventurous linguistic initiatives had little to do with the efforts of Souleymane Kanté.
T.S. Bah

The N’ko Alphabet

According to informants, Souleymane Kanté created the N’ko alphabet both in response a media-based challenge 6 that Africans have no culture because they have no indigenous system of writing, and because of his growing realization that foreign writing systems could not fully express the meaning of such tonal languages as Maninka, his maternal language. Kanté responded to the allegation that “Africans have no culture” by creating an alphabet that would transcribe the twenty languages of the Mande language group as well as other tonal languages.
Thus, in his role as a “vernacular intellectual,” 7 Kanté campaigned against ignorance and illiteracy by providing a writing system that would allow his countrymen to acquire knowledge without having to depend upon outside interpretation. According to informants, he expressed the idea that Africans needed to learn their own maternal languages first, because learning in a second or third language often obfuscated the cultural meaning of the text 8. The potential for indigenous literacy would enable illiterates to read and write, even though they had been excluded from the colonial education system. Kanté devoted four years (1945-1949) to research and application, trying to write the Maninka language first in Arabic script and then in the Roman alphabet. In both cases he found that foreign alphabets could not transcribe all the tones produced by the spoken Mande languages. While still living in Cote d’Ivoire, he thus embarked on an entirely new project—the creation of a writing system that would reflect the specific characteristics of Mande languages, especially their tonality. The result was the N’ko alphabet. Having developed the alphabet, he called together children and illiterates and asked them to draw a line in the dirt; he noticed that seven out of ten drew the line from right to left 9. For that reason, he chose a right-to-left orientation. In all Mande languages the pronoun n- means “I” and the verb ko represents the verb “to say.” By choosing the name N’ko, “I say” in all Mande languages, Kanté had united speakers of Mande languages with just one phrase.

Furthermore, all Mande speakers share the heroic past recounted in the tale of Sundiata, an epic of Mande history—reflecting the cultural dominance of men of valor who say “N’ko,” the clear language of Mali (Niane, 1989:87) 10.
After Souleymane Kanté had perfected his alphabet, informants recall his becoming absorbed in creating reading materials in the N’ko script. Kanté’s lifelong passion then became the production of N’ko texts to highlight knowledge that should be written in the maternal language. Kanté worked assiduously after returningt o his native Guineai n 1958. He translated and transcribed Islamic texts and also works of history, sociology, linguistics, literature, philosophy, science, and technology. Then he wrote textbooks for teaching the N’ko alphabet, and, like Samuel Johnson and Noah Webster before him, he created a dictionary for the written form of the Maninka language. There are no dates for the translations of any of the above mentioned texts. Other than the fact that religious works were translated and transcribed first, informants are not aware of the order in which other texts were renderedi n N’ko. After hand-writing these texts, an arduous task in itself, Kanté would then create copies to give as gifts to teachers, thus encouraging N’ko literacy within the Mande community. Teachers then made these texts available to students, who in turn reproduced additional books by copying them.
Consequently, Kanté directly touched the lives of many of those who became literate in N’ko, and he was the prime mover of a type of cultural nationalism that gave people the pride of sharing a language that could stand in words and script alongside any other.

Guinea’s Cultural Revolution

When Sékou Touré called upon all Guineans to return home to help build the new nation after Guinea achieved independence in 1958, Kanté returned from Côte d’Ivoire to a new social order 11.

From the 1940’s through the 1960’s, Guinea was in the process of reinventing itself politically and culturally at the local, regional, and national levels 12.

In the midst of this cultural upheaval, nationalist leaders professed a desire to shed colonial trappings and to tap into their heroic/historic African past. Since the ethnic groups within Guinea’s national borders had never before been joined together, a nationalist rhetoric was developed that sent mixed messages about loyalty to the past. Harking back to the grandeur of an African heritage, however, also tempted each group to focus their allegiance internally rather than to a greater Guinean nationalism. At the national level, the Partie Democratique Guineen (PDG) agitated for a Guinean “national consciousness,” 13 while local ethnic groups continued the cultural re-identification process that had begun in the mid-1940s 14.

The Maninka speakers of Haute-Guinée, for example, had established the Union Manden in 1946 as a voluntary mutual aid association organized around a linguistic, ethnic, and regional base 15. That action kindled interest in the glorious Mande past.

This mutual aid association had been founded by such Maninka speaking political activists as Sékou Touré and Framoi Bérété. The association had also served as a regional political party with the ability to launch candidates in national elections, something the Maninka speakers had been unable to do in the 1945 elections.

Despite the desire of the Union Manden to give national expression to Mande discontent, it never developed beyond its regional, cultural base 16.

The conflict between Guinean nationalism and regional, ethnic/cultural nationalism continued to manifest itself throughout the First Republic, particularly in the implementation of the National Language Program (1968-1984).

The Role of Literacy in Cultural Revolution

Souleymane Kanté introduced Sékou Touré to the idea of maternal language literacy and education in 1958 17. Although Sékou Touré had praised the Mande styled alphabet, he rejected the idea of its becoming the national alphabet of Guinea 18 because he believed it could not improve written communication among Guinea’s ethnic groups, and he knew that it would also obstruct communication with the outside world 19.

Nevertheless, Touré rewarded Kanté’s scholarly achievement by honoring him with a 200,000 CFA gift from the Guinean peoplefor indigenous excellence 20. But he still refused to support or promote the alphabet unless Kanté could prove that more than half the population of Haute-Guinée used the technology 21. Touré further requested that Kanté and his family return to his home country 22.

Answering the call, Kanté went to the area of Treicheville in Abidjan, where he was met by a military truck sent overland by Touré to collect the Kanté family 23.

The Kanté family moved to Kankan where Souleymane Kanté then became a merchant who taught N’ko on the side 24. Interestingly, however, the alphabet preceded Kanté’s arrival in Kankan; many of the initial students of N’ko had been merchants who had carried the new alphabet with them along trade routes throughout Mande-speaking West Africa 25. Informant family members reminisced that Souleymane had visited them in Guinea, and that they had visited him in Côte d’Ivoire. He had taught them the alphabet, and they in turn had taught their neighbors.

Although Sékou Touré had rejected Kanté’s Mande-styled alphabet as the national alphabet, he did eventually accept the concept of maternal language education 26.

Touré is reported to have introduced Kanté to his national education minister, Barry Diawadou, and to his minister of national defense, Fodéba Keita 27.

Touré excluded Kanté from policy making sessions, however, as he worked together with his minister of ideology and information, Senainon Béhanzin, to produce the model for a maternal language program that would accommodate Guinea’s multilingual society 28. Touré’s final proposal was then submitted to the rank and file of the PDG membership at the cell level within villages and urban districts 29.

One informant from Haute-Guinée had participated as a member of the party cell at the village level voting on the proposal for teaching in the maternal language. A teacher who had also been involved in standardization the Maninka language in the Roman alphabet, this informant explained that in 1958 Guinea was struggling to regain its political, economic, and cultural independence. The country chose to free itself culturally through a National Language Program: Congress established a National Education Commission to formulate government policy, and teachers were called upon to contribute to the effort in two ways-to standardize their specific, spoken language in the Roman alphabet and to translate into the national languages modem scientific knowledge that had been written in French. Finally, the government intended to use its publishing house, Imprimerie Patrice Lumumba, to print textbooks for the project 30.

Informants who had participated in implementing these educational reforms reminisced about the rationale behind the new policy. Literacy acquisition in French had been discarded as too complicated a procedure, as students would have had to learn both a new alphabet and a new language. The process would be simplified if people first learned a new alphabet to which they could apply the familiarm aternall anguage 31. The government established two autonomous agencies to deal with the National Language Program, the Institut de Recherche Linguistique Appliquée (IRLA) and the Service National de l’Alphabétisation (SNA) 32.
Eight of the twenty different languages spoken in Guinea were selected on the basis of the numbers of people using them as a primary or secondary language:

Maninka, Susu, Pular, Kissi, Guerzé (Kpelle), Tome (Loma), Oneyan, and Wamey.

Each either was or would become a lingua franca in its region or sub-region. Although Mande languages were widely used in all four regions, the Maninka form was selected to be the dominant language to be taught only in Haute-Guinée. According to the National Language Program, an illiterate adult Mande-speaking family in Kankan would be taught the Maninka language written in the Roman alphabet; adults would be taught at work while children would be taught at school. Likewise, a Pular-speaking family living in Kankan would have the same experience; even though they were non-Mande speakers, the language of instruction would be Maninka 33.
Financial constraints delayed the immediate implementation of the National Language Program 34. The regional education directors for Haute-Guinée believed that the infrastructure did not exist for a massive assault on illiteracy; despite the government’s commitment to provide free public primary education, it had failed to anticipate the additional funds necessary to generate materials written in the newly formulated and standardized national languages 35. Teachers themselves had to finance the standardization of the national languages by giving their time to the endeavor. In 1965 Touré applied for and received UNESCO funding for a maternal language education program called “Langue Nationale,” which the government implemented in 1967 36. UNESCO sent experts to assist the Guinean government in standardizing local languages in the Roman alphabet 37. Although the preparation for the National Language Program had begun in 1959, the actual campaign for adults did not begin in 1967, and in 1968 the campaign entered the schools. Both programs were associated with Sdkou Touré’s larger social program, “La Révolution Culturelle Socialiste.” 38
The reforms implemented in 1968 consisted of two coexisting educational tracks—one for schools and one for adults and school leavers. From 1968 to 1984 students in the public elementary schools were taught all subjects in the maternal language 39. During the First Cycle, in grades one through three, the language of instruction was the maternal language 40. At grade four, they were introduced to an academic course in French, which they continued each year through grade six. Academic subjects were still taught in the maternal language. In the Second Cycle, affecting the lower secondary grades seven through nine, students continued the program with an academic course in French and with the maternal language as the language of instruction. To advance to the upper secondary level, students had to pass an exam, the Brevet Elémentaire du Second Cycle Technique. During the Third Cycle, students experienced a change in the language of instruction, and the language of instruction at the lycée gradually became French 41. To be admitted to the university level—the Fourth Cycle—students had to pass the exam for the Baccalauréat Unique.

In 1973 the Ministry of Education added a thirteenth grade that bridged the third and fourth cycles, and exams were administered at the end of the thirteenth level 42. The second track consisted of adults and school leavers who were given the opportunity to acquire literacy (alphabétisation) by attending literacy programs in the maternal language before or after work either at their places of employment or at schools after the normal school day 43.

In preparation for the 1968 implementation of the National Language Program, each ethnic group was charged with standardizing the spoken language into a written form in the Roman alphabet. Educators in Kankan, the capital of Mande-speaking Haute-Guinée, looked for people who possessed a rich vocabulary and who were generally well informed who could participate in translating the diverse curricula into the maternal language.

It was then that the committee invited Souleymane Kanté to participate in the standardization process 44. They considered him an expert because while inventing the N’ko alphabet he had spent years trying to find the best way to write the Mande languages in the Roman alphabet. Kanté agreed to participate unofficially in the project.

Souleymane Kanté’s Indigenous Approach to Literacy

Although Souleymane Kanté assisted the government with the standardization of his maternal language, Maninka, he did not abandon his own literacy program.
Kanté disapproved of Touré’s National Language Program because it depended upon a foreign alphabet and on foreign constructions. In fact, he held that if there were to be a cultural revolution that drew upon the African past, then African cultural forms should be its foundation. Kanté’s goal was to control Mande and modern knowledge through the use of a Mande language and literacy program. He thus offered an indigenous alternative to the official National Language Program. The two literacy initiatives, he believed, were not mutually exclusive.
Touré’s state-funded literacy campaign dominated the formal education scene, drawing upon the existing infrastructure, its curricula and its personnel. Kanté is remembered as having taught N’ko in the marketplace. He had taught the members of his own extended family and had recommended that others do the same 45. The “each one teach one” policy was actually a recommendation for each person to teach at least seven others. Informants recalled that Kanté attracted many followers by demonstrating N’ko at social functions, such as funerals,  where he opened his Qur’an written in N’ko and read the Word of God 46. Kanté suggested that everyone should learn N’ko and that those who refused would later regret their error. Kanté’s literacy movement slowly gained support as it operated on the fringes in an informal educational environment that paralleled Touré’s state system. Kanté’s movement possessed no infrastructure, enjoyed no financial assistance, had no texts except the ones students copied for themselves. The engine that powered the movement was a person’s desire to repossess Mande culture by controlling knowledge through Mande language and literacy.
Teachers were the key to this grassroots movement. Some teachers were drawn from the existing state-funded pool of personnel. Others were businessmen and workers who taught N’ko at their businesses or in their homes. Most in the N’ko teaching force contributed their time without remuneration. In some cases the students’ families gave gifts to their teachers at the end of the service in order to help support the teacher or the school. The process of learning N’ko took about four months. Each N’ko teacher could teach three groups per year. In the beginning,  students were mostly adults, who later saw to it that their children were also educated in N’ko. Armed with a blackboard, a tripod, and a piece of chalk, the N’ko teachers employed a methodology similar to that of Quranic school—memorization, imitation, and utilization. Students would congregate at the compound of a teacher where they would copy the alphabet on slate or paper and then would use oral recitation as a tool for memorization and reinforcement. The teacher conducted the class, but students, regardless of age, had the responsibility for leading the recitations. Students who were quick and adept were recruited as assistants and eventually became teachers themselves. Students copied the texts that Kanté had translated and transcribed to produce personal or family copies. Those who became N’ko literate were well equipped to read the literature Kanté had generated, were able to communicate with others literate in N’ko, and could keep records and accounts for their businesses. Some students undertook the task of recording the oral histories of older members of their families to preserve in writing first-hand knowledge 47.

The Contest: Sékou Touré vs. Souleymane Kanté

An informal competition over the recasting of Mande culture developed as Sékou Touré and Souleymane Kanté seemed to wrestle with each other for the number of Mande speakers in Haute-Guinée who acquired literacy in the maternal language.

Maternal language literacy was the goal, but the choice of alphabet seemed to become a personal issue. Touré appeared to have the advantage because his program was heir to the already existing state program. His selection of the Roman alphabet was prudent because the alphabet was already used throughout much of the world, and local typesetting existed and was in place. While a few maternal language textbooks were published, the translation and publication of other works in the maternal languages never materialized 48. Kanté worked at a disadvantage. From the standpoint of infrastructure and funding, he lacked resources, and N’ko required an innovation in typesetting that was not locally available. Yet he continued to produce handwritten translated texts in the N’ko alphabet. These translations systematically spread throughoutt he Mande-speaking community as students hand copied them so as to have their personal copies for reading and teaching.

The two Mande-speaking competitors had developed opposing teaching methodologies. Sékou Touré imposed the Roman alphabet upon children and adults through the state-supported literacy program. The concept of a National Language Program had been supported by the PDG rank and file. But some educators observed that the program had a negative effect on learning French as an international language of diplomacy and economics 49. Because the educational system was universal only at the elementary level, students who failed the exams at the end of the Second Cycle never had the opportunity to continue French language instruction. In addition, adults who were acquiring literacy through the program never had the opportunity to learn French because they were limited to the maternal language. The goal was national literacy, and children and adults were becoming literate in the maternal language, limiting them to regional participation. By using the educational process in this manner, the government had effectively restricted the numbers of participants in the national arena, and, by so doing, restricted access to full knowledge of the French language itself.
On the other hand, Souleymane Kanté had attracted students by focusing upon Mande culture. Adults and children learned the alphabet voluntarily because it was culturally important to them. Having learned the alphabet, students used it for correspondence and business, and they amassed handwritten translations of religious, historical, and modem scientific texts. The significance of N’ko literacy led to a personal understanding of a wide variety of knowledge. Learning N’ko became a form of self-improvement because it was not promoted as the acquisition of knowledge for advancement in the political or economic structure of the nation. Touré had clung to a limited vision—that of the European—conceived nation-state that while striving for a Guinean national consciousness could not leave the designated borders of the Guinean nation. Kanté’s arena had been regional; he created a Mande consciousness that eventually drew together Guinea’s resident Mande speakers of Haute-Guinée and Guinée Forestière, and, more importantly, ultimately connected all the Mande speakers in West Africa.
Although Touré’s motives cannot be wholly known 50, in formants have characterized his relationship to Kanté based on conversations with either or both men and through the events the informants themselves witnessed.

It appears that in the 1960s Touré had hoped to isolate Kanté from his work by coopting him into the National Language Program. Kanté would not abandon his own work, however, and continued teaching the N’ko alphabet and translating texts into N’ko. Informants relate that Kanté wrote out texts by hand and used a Renault duplication machine capable of producing books of ten to twenty pages. In 1971 when the machine broke down, he journeyed to Conakry to ask the government for financial assistance in establishing a larger-scale print shop capable of duplicating works such as the N’ko version of the Qur’an 51.

In Conakry, Al-Hajj Kabiné Diané helped Kanté as much as he could by printing small runs at this Arabic printing press 52. Touré did nominate Kanté to the Conseil Islamique National (charged with defending Islam and its principles in Guinea) 53, but Kanté declined the appointment, saying that the committee meetings would interfere with the time he needed to translate texts into N’ko 54. Making his home in Conakry in the early 1970s, Kanté continued to write documents by hand; then he took them to Al-Hajj Kabiné Diané for printing 55. Kanté sold the printed manuscripts for a small sum in order to promote further literacy in N’ko in all segments of the community 56.

His family and friends reported that the relationship between the two men continued to deteriorate until Sékou Touré’s death in 1984. Thus, from the late 1970s through mid-1980’s, Kanté was forced to leave Guinea on several occasions and to reside in neighboring countries under the threat of being arrested or killed by Touré’s government 57.

During this self-imposed exile, Souleymane Kanté continued to translate works into N’ko and to compile a text of Mande healing arts 58.

Sékou Touré’s National Language Program from 1968 to 1984 had produced people who were literate in their spoken maternal language.

Under the leadership of Lansana Conté, the Second Republic implemented a new language program: French became the single national language and the language of literacy.
Although maternal language radio programs occurred during the Touré regime, the new government has systematically supported learning in the maternal languages by producing radio and television programs of cultural and news content spoken in only three of Guinea’s maternal languages—Susu, Maninka, and Pular.

After his return home to Guinea in 1985, Souleymane Kanté lived in Conakry teaching his alphabet until his death from diabetes in 1987 59.

Statistics on the number of adults and children who know how to read and write N’ko have not been established.

Under Kanté’s direction, his disciples established the Association pour l’Impulsion et la Coordination des Recherches sur l’Alphabet N’ko (ICRA-N’KO) in 1986. ICRA-N’KO was officially sanctioned by the government in 1991 as a non-governmental organization (NGO) 60. Only since then has the group actively begun to compile statistics based on the current number of students enrolled in N’ko classes. Each teacher turns in a list of students to the local ICRAN’KO association, which records the numbers and sends them on to the Service National d’Alphabétisation to be included in the year’s literacy statistics.

By looking at the numerical fragments, it can be seen that the number of students in N’ko classes had steadily increased from 1989 to 1994; however, it is not possible to say whether or not this was the result of an increase in the number of students or the result of better record-keeping.

A literacy survey of Kankan I conducted in 1994 presents the first literacy statistics for the city 61. Canvassers interviewed each household about the languages spoken and about the alphabets used to transcribe those languages. One would expect a competitive percentage of those who were able to read and write the Maninka language in the Roman alphabet after sixteen years of Touré’s National Language Program.

The results of the survey are enlightening because they show that only 3.1 percent of the 128,000—plus indigenous inhabitants (men, women, and children above the age of five) knew how to read and write in French, while 8.8 percent knew how to read and write N’ko 62.

Other figures show that among the people of Kankan, 8.5 percent could read Arabic and 14.1 percent could read and write French. The “langue nationale” appears to have been discarded, while the N’ko alphabet appears to be blossoming.

Kanté’s N’ko seems to have become more widely accepted in Kankan. Thus the ultimate advantage seems to lie with Kanté’s approach rather than Touré’s.

Conclusion

Since independence the Maninka speakers of Guinea have struggled against what they perceived to be Western cultural imperialism in the area of language and literacy. As a conflict within the nation-state, it reflects the ongoing struggle for autonomy. Being literate in N’ko has become an important part of the current Mande cultural revival because the possession of N’ko signifies the reclaiming of the area’s cultural integrity.

The N’ko alphabet has offered Maninka speakers a renewed capacity to make culturally significant choices, and they seem to have chosen N’ko as an indigenous alternative to the education of language/literacy promoted by the Western-influenced Mande speakers who have controlled government and religion since Touré’s time.

Persons seeking to learn N’ko have steadily created enthusiasm and support for learning the alphabet, which has spread from Mande-speaking Kankan both to other Mande speakers throughout Guinea and also to Mande speakers residing in neighboring states.

* This article is based on the research in Kankan, Republic of Guinea in 1991, 1992-1993, and 1994, with the assistance of a Fulbright Dissertation Research Scholarship for 1992-1993 and a West African Research Association Fellowship for the summer of 1994.

Notes
1. In the same year in the British colony of Nigeria, Chinua Achebe also validated indigenous culture by writing his classic novel, Things Fall Apart (1958).
2. It is difficult to divorce the broader issues of Guinea’s “Cultural Revolution” from ethnic ones, however, particularly the view that during the Touré and Conté periods (1958-1984 and 1984 to the present, respectively), Maninka speakers may have been progressively disfranchised from the nation’s political process. Touré did not empower all Maninka speakers but gave preference to the ones from his own area of Faranah. Conté is a Susu speaker who has systematically alienated the Maninka speakers since taking power in 1984. However, his support of the Maninka based grassroots literacy movement might be an attempt to change this.
3. Sékou Touré’s archival documents, including personal papers and correspondence, were either destroyed or hidden after his death. Consequently, there are no currently existing archives of the First Republic and the papers that are hidden are inaccessible. With regard to the personal relationship between Sékou Touré and Souleymane Kanté, interviews provide some insights.
4. André Lewin, La Guinée: [Que Sais-je?] (Paris, 1984), 67.
5. By 1990 there were approximately 16 million speakers of the 20 languages classified as Mande, radiating out from the Mande heartland across the borders of ten West African countries. The Maninka speakers of Guinea reside in the region of Upper Guinea adjacent to the Mande heartland, which lies just across Guinea’s border with Mali.
6. Informants explained that Kanté accepted a 1944 challenge posed by the Lebanese journalist Kamal Marwa in an Arabic-language publication, Nahnu fi Afrikiya [We Are in Africa]. Marwa argued that Africans were inferior because they possessed no indigenous written form of communication. His statement that “African voices [languages] are like those of the birds, impossible to transcribe” reflected the prevailing views of many colonial Europeans. Although the journalist acknowledged that the Vai had created a syllabary, he discounted its cultural relevancy because he deemed it incomplete. Personal Interviews 08 in Karifamoriah, 46 in Kankan, and 70 in Conakry, 1993. To protect the identity of the informant or informants, interview citations include only the interview number, date, and location. The informants are equally divided between N’ko practitioners and those outside the N’ko community, some of whom have never heard of the alphabet. All interviews took place with the author and research assistant in in Guinea unless otherwise indicated. Interviews were conducted randomly as informants were available, or as travel arrangements could be made I have in my possession the audiotapes in Maninka and the written translations in French.
7. See Steven Feierman’s stimulating use of the term in Peasant Intellectuals: Anthropology and History in Tanzania (Madison, 1990).
8. Group Interview 18, 5 April 1993, Balandou, Guinea. Kanté emphasizes the integration of local knowledge with foreign knowledge by preserving both in the maternal language in a script that he himself creates. For that reason, one should characterize him as a vernacular intellectual.
9. Interviews 62 (14 July 1993) and 70 (18 July 1993), in Conakry, and Interview 09, 11 March 1993, Kankan. Souleymane Kanté’s experiments, reinforced by his acquisition of Arabic literacy as an Islamic scholar, were responsible for the selection of this right to left orientation. It might also have been a political statement rejecting African deculturation by Europeans.
10. Interview 70, 8 July 1993, Conakry. It is evident that this informant associates Kanté with his own ethnic pride in the heroic/historic Mande past as descendants of the ancient kingdom of Mali.
11. Odile Goerg, “La Guinée,” in Catherine Coquery-Vidrovitch with Odile Goerg, L’Afrique Occidentale au temps des Français Colonisateurs et Colonisé (c. 1860-1960) (Paris, 1992), 365.
12. R.W. Johnson, “Guinea,” in John Dunn, ed., West Africa States, Failure and Promise A Study in Comparative Politics (Cambridge, 1978), 38.
13. Defined by Victor Du Bois as “a feeling among the citizens of the young republic that their destiny is somehow linked to that of other peoples with whom in the past they have never shared a sense of kinship or identity.” Du Bois, “Guinea,” in James S. Coleman and Carl. Rosberg, Jr.,e ds., Political Parties and National Integration in Tropical Africa (Berkeley, 1964), 199.
14. Ibid., 186.
15. Ruth Schachter Morgenthau, Political Parties in French-speaking West Africa (Oxford, 1964), 224.
16. Jean Suret-Canale, La République de Guinée (Paris, 1970), 144.
17. In Interview 60, 9 July 1993, in Conakry, the informant said that as a Mande speaker himself, Sékou Touré sincerely admired Kanté’s invention but that he was a political man wanting to promote national unity. In Interview 80, 20 July 1994, in Conakry, a personal friend of Touré said that the latter wanted to support N’ko but that the other members of the Political Bureau, and his cabinet, did not.
18. Choosing Mande as the national language or even institutionalizing the Mande-styled alphabet for orthography would have caused dissension between Mande speakers and the other ethnic groups in Guinea. Furthermore, while Mande speakers could write the Mande language in N’ko, Susu speakers could write the Susu language in N’ko, and Pular speakers could write the Pular language in N’ko, they would not be able to read each other’s texts; although the script was the same, the languages would not be mutually intelligible. The former regional director of education in Kankan commented that the rejection of Kanté’s alphabet was divisive among the leaders of Touré’s government. Interview 64, 64, 15 July 1993, in Conakry.
19. Interview 09, 11 March 1993, in Kankan; Interview 60, 9 July 1993, in Conakry; Interview 68, 7 July 1993, in Conakry; Interview 80, 20 July 1994, in Conakry; Interview 59, 28 June 1993, in Kankan; and Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, Côte d’Ivoire.
20. In Group Interview 43, 18 May 1993, in Kankan, one informant stated that Sékou Touré had promised Souleymane Kanté that he would build a school for N’ko.
21. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana; Interview 59, 28, June 1993, in Kankan.
22. There is some confusion about the manner in which this occurred. Some informants have said that Sékou Touré sought out Souleymane Kantd in Abidjan after hearing about the alphabet through the grapevine. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana. Others insisted that Souleymane Kanté went on his own to Conakry to present the alphabet to Touré. Interview 59, 28 June 1993, in Kankan. One informant claimed to have taught Sékou Touré N’ko, after which Touré told the informant to invite Kanté to visit him in Conakry. Interview 80, 20 July 1994, in Conakry. Regardless of who initiated the interview, informants concur on the rest of the story. In Interview 81, 9 August 1994, in Conakry, the informant reasserted the claim that the informant in Interview 80 had in fact taught N’ko to Sékou Touré, but that Sékou abandoned his studies when the political arena heated up. In Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, we visited the house where the Kanté family shared a room and spoke with neighbors who witnessed the military truck moving the family back to Guinea.
23. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana.
24. According to the informants in Group Interview 08, 8 March 1993, in Karifamoriah, at the time only Maninka-speaking long-distance traders were merchants in Abidjan. When the exploitation of the Sefadou diamond mines in Sierra Leone began, many of these merchants carried the ability to write and teach N’ko with them into the new marketplace.
25. Prior to independence, many Guineans were dispersed throughout West Africa. Some were employed by the French as bureaucrats, teachers, or as railroad transportation workers. Others, such as a large number of Maninka speakers, were dispersed along West African trade routes. For example one informant’s father had been the railroad station-master at Bobo Dioulasso, Burkina Faso, in 1944. Interview 07, 6 March 1993, Kankan; Niane, Sundiata, 93.
26. Sékou Touré, “Débat culturel: Le Chef de l’Etat sur les langues africaines,” Horoya 2889, 25-31 Octobre 1981, 13-16.
27. Interview 68, 17 July 1993, in Conakry.
28. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry.
29. Johnson, “Guinea,” 55. In Touré’s attempt to reconnect to the African past, he organized the party structure to imitate the organization of village councils. The system appeared to consult the common man on every major government decision. Ideally, the idea originated at the cell level and gained acceptance as it moved to the high-ranking leaders of the Bureau Politique National (BPN). In this case the idea originated at the top and was presented for approval to the Comités d’Unité de l’Education. Du Bois describes the organization of the PDG in his political commentary, “Guinea,” 200-205. UNESCO, The Experimental World Literacy Programme: A Critical Assessment (Paris, 1976), 26-30.
30. Interview 34, 10 May 1993, in Kankan, and Interview 55, 24 June 1993, in Kankan.
31. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry; Interview 60, 9 July 1993, in Conakry; and Interview 55, 24, June 1993, in Kankan.
32. Interview 66, 16 July 1993, in Conakry. The informant was a Directeur Régional de l’Education in Kankan.
33. Mohamed Lamine Sano, “Aperçu Historique sur l’Utilisation des Langues Nationales en République de Guinée,” unpublished paper (1992), 3-4.
34. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry.
35. UNESCO, World Literacy Programme, 42.
36. Interview 64, 15, July 1993, in Conakry.
37. UNESCO considered its program separate from the government’s national campaign. Interestingly enough, the UNESCO funds were not used for a pilot project in Haute-Guinée. The program targeted 3,500 illiterate and newly literate industrial workers in Conakry and 75,000 illiterate farmers living in lower Guinea (the Susu language), middle Guinea (the Pular language), and the forest region (the Kissi, Guerzé, and Toma languages). UNESCO, World Literacy Programme, 42-43.
38. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry; Group Interview 46, 19 June 1993, in Kankan; and Interview 55, 24 June 1993, in Kankan. See Ministère du Domaine de l’Education et de la Culture, La Reforme de l’Enseignement en Republique de Guinée Novembre 1958-Mai 1977 (Conakry, 1977), 6-8.
39. Kamori Traoré, “Guinée,” in Alfâ Ibrâhîm Sow, ed., Langues et Politiques de Langues en Afrique Noire: l’Experience de l’UNESCO (Paris, 1976), 265.
40. Interview 60, 9 July 1993, in Conakry.
41. Ministry of Education and Culture, Cultural Policy in the Revolutionary People’s Republic of Guinea (Paris, 1979), 36.
42. Ibid., 9-10.
43. Interviews 34 and 55, 10 May 1993 and 24 June 1993, respectively in Kankan were with one informant.
44. Interviews 34 (10 May 1993) and 55 (24 June 1993), in Kankan.
45. Souleymane Kante’s recommendations were that each person should teach seven other people. Group Interview, 08, 8 March 1993, in Karifamoriah. In Interview 05, 3 March 1993, in Kankan, the informant said that the instructions were to teach the family, so he taught all of his children.
46. Interview 60, 9 July 1993, in Conakry.
47. Those who were literate in N’ko were spoken of as preserving for posterity the oral histories of elders. Interview 05, 3 March 1993, in Kankan.
48. Secretariat d’Etat à l’Idéologie-Service National d’Alphabétisation, Sori ni Mariama (Teheran, n.d.) and Académie des Langues Conakry, Maninkakan Sariya, Grammaire Maninka 2e et 3e cycle (Conakry, 1980) are examples of texts produced for the literacy program.
49. Interview 66, 16 July 1993, in Conakry.
50. According to this informant, the government could not fight the N’ko alphabet directly. It was necessary to formulate a political strategy to eliminate N’ko, either to isolate the creator so that he would abandon it or to exile him so that the population would forget about it. Interview 59, 28 June 1993, in Kankan. In Interview 68, 17 July 1993, in Conakry, the informant stated that the government used Kanté in the National Language Program because he was the only one who could translate all of the necessary terminologies.
51. A local merchant, Sékou Diané, is remembered as having given Souleymane Kanté money to buy this machine in Abidjan. Interview 29, 3 May 1993, and Interview 49, 20 June 1993, in Kankan; Interview 68, 17 July 1993, in Conakry.
52. Interview 82, 10 August 1994, in Conakry. El Hadj Kabiné Diané was a prominent businessman from Kankan who also owned a business in Conakry and was a part of the National Islamic Council.
53. In Interview 09, 11 March1 993, in Kankan, the informant established the date as 1973.
54. Interview 62, 14 July1 993, in Conakry.
55. Ibid.; and Interview 32, 8 May 1993, in Kankan.
56. Interview 32, 8 May 1993, in Kankan.
57. Interview 80, 20 July 1994, in Conakry, the informants described Touré as being troubled by leadership problems he was experiencing with Guinea’s intellectuals. In Interview 59, 28 June 1993, in Kankan, the informant told a story he heard from Souleymane Kanté: The government had supplied Kanté with transportation to Romania for treatment of his diabetes in 1974. Assisting the Guinean government, th e Romanian government institutionalized Kanté in a psychiatric facility, where an attempt was made on his life by lethal injection. Kanté refused the treatment and escaped death. Kanté convinced the doctors to release him, since, in the end, his condition itself was a death sentence. Later in Conakry he met the person who had been the Guinean ambassador to Romania at the time of his incarceration, wh o thought that Kanté was deceased. Interview 31, 8 May 1993, in Kankan, Interview 62, 14 July 1993, in Conakry and Group Interview 46, 19 June 1993, in Kankan.
58. Interview 31, 8 May 1993, in Kankan, Interview 51, 22 June 1993, in Djankana; Interview 62, 14 July 1993, in Conakry; Interview 59, 28 June 1993, in Kankan; Group Interview 30, 4 May 1993, in Bamako. Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, the informants recalled that Kanté told them that he had returned to Côte d’Ivoire in political exile and said that Touré was jealous of his invention. Theye estimated that he spent eight years with them in Côte d’Ivoire, two years in Bouake and six in Abidjan, interspersed with trips to Bamako.
59. Interview 62, 14, July 1993, in Conakry.
60. Interview 68, 17 July 1993, in Conakry, and Interview 69, July 18, 1993, in Conakry.
61. Literacy Survey of Kankan, 4 August 1994. There are no complete literacy statistics at any level. The numbers represented in the survey offer a beginning point at which literacy statistics can be assessed and can be later measured in percentages. I conducted another Literacy Survey of Kankan in July 2000. When I have finished entering the data, I will be able to determine growth in the numbers who are literate in N’ko over the last six years.
62. The literacy survey showed that 14.1 percent of the population knew how to read and write French, 8.5 percent of the population knew how to read and write Arabic, 8.8 percent of the population knew how to read and write [the Maninka language] in N’ko, and 3.1 percent of the population knew how to read and write [Maninka] in the Roman alphabet [Langue Nationale].