Pas de Réconciliation sans Justice 2017 !

De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.
De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.

L’auteur de l’article « Ouagadougou : Papa Koly Kourouma chez Dadis Camara » affirme que “que les deux hommes étaient très proches”. Malheureusement il ne fournit aucune explication ou donnée à l’appui de ce “rappel”.
Cet entrefilet est typique du site Africaguinée, et de la presse électronique guinéenne, en général. On se contente de présenter le fait quotidien brut, détaché de ses antécédents chronologiques, historiques et/ou logiques.

Amnésie sélective, déni de justice et impunité

Au plan de la déontologie journalistique, il est à la fois condamnable et impardonnable de parler de Moussa Dadis Camara et d’omettre toute mention du massacre du 28 septembre 2009 au stade sportif de Conakry. C’est une manière de banaliser l’assassinat politique endémique en Guinée de 1954 (mort subite et suspecte de Yacine Diallo, premier député de la Guinée française) à nos jours (morts de manifestant civils sous les balles de policiers à Boké et à Conakry le mois dernier). C’est également une démonstration d’amnésie sélective, un déni de justice et la  perpétuation de l’impunité pour les crimes des officiels et agents de l’Etat guinéen, perpétrés sans relâche depuis 1958.

Si Ahmed Tounkara s’était donné la peine de fouiller il aurait enrichi son billet par des détails sur la gouvernance de Moussa Dadis Camara et de son Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd).
Il aurait aussi relevé la composition du gouvernement de Dadis au sein duquel les postes stratégiques revenaient en priorité aux fonctionnaires de l’ethnie guerzé (Kpèllè). A l’exception du ministère des Mines et de la Géologie, où Mahmoud Thiam trôna en corrupteur corrompu, et qui purge depuis août dernier une peine de 7 ans dans une prison fédérale américaine pour corruption et blanchiment d’argent.

Je me souviens d’un incident public entre janvier et février 2009 entre Dadis et Papa Koly Kourouma, qui sont liés par une parenté avunculaire, c’est-à-dire de neveu à oncle.
De retour d’une mission à Nzérékoré, Papa Koly voulut résumer sa mission en langue nationale kpèlèwö. Dadis le rabroua net et lui ordonna de s’exprimer en français. C’était un réflexe démagogique et un patriotisme de façade. Car son régime prit graduellement une complexion ethnocentrique. Et il finit par sombrer dans le crime de sang, de guerre, et contre l’humanité avec le massacre de centaines de manifestants pacifiques et le viol de dizaines de femmes et de jeunes filles, commis par la soldatesque menée par lieutenant Toumba Diakité et par des hordes de miliciens forestiers drogués.

Réconciliation avant la justice : la charrue devant les boeufs

Quant à Papa Koly Kourouma, il a récemment exprimé son regret d’avoir appuyé la candidature d’Alpha Condé en 2010 et en 2015. Trop tard ! « La mort et le remords se taillent le chemin à reculons. » (Nimse e mayde ko ɓaawo waɗirta ɗatal) enseigne Tierno Muhammadu Samba Mombeya dans son Filon du Bonheur Eternel (Oogirde Malal, composé vers 1830). Le manque de clairvoyance et la pauvreté de jugement nullifient le “repentir” tardif de M. Kourouma. Pire, ses déclarations politiciennes ne ressusciteront pas les quelques 90 personnes tuées sous la présidence d’Alpha Condé, son ex-allié politique.

Pour s’excuser réellement et faire honnête amende honorable, cependant, il devrait rebaptiser son parti. Au lieu de Générations pour la RÉCONCILIATION, l’Union et la Prospérité, il devrait l’appeler Générations pour la JUSTICE, l’Union et la Prospérité !
Ce serait un bon début sur la route de la sincérité et de la solidarité !

PAS de Réconciliation, d’Union et de Prospérité SANS JUSTICE !

Tierno S. Bah

L’impunité version Sidya Touré

Sidya Touré, leader de l'UFR
Sidya Touré, leader de l’UFR

Sous la plume de Boubacar 1 Diallo Africaguinée rapporte  des extraits d’une interview de Sidya Touré sur les ondes d’une radio de Conakry. L’article est intitulé  “Un soutien de taille pour Dadis Camara”.  Comme d’ordinaire le journaliste se comporte comme une simple caisse de résonnance de la personne interviewée. On enregistre passivement. Il n’y ni contradiction ni suggestion d’alternative à l’opinion de l’invité(e). Pas la moindre réflexion même sur des évènements aussi tragiques que ceux du 28 septembre 2009.

M. Sidya Touré rejoint ici d’autres dirigeants de l’opposition qui ont des attitudes ambiguës sur l’inculpation, l’enquête et le procès des accusés du massacre au stade de Conakry. Ainsi Cellou Dalen Diallo, Faya Millimouno et Mouctar Diallo ont soit rendu  visite à Moussa Dadis Camara, soit cherché à lénifier le rôle d’un Toumba Diakité durant les violences sur le terrain. Autant d’actes qui, objectivement, renforcent l’esprit d’impunité qui prévaut en Guinée. Et qui contribuent à noyer les crimes de l’Etat guinéen dans l’eau.

Mais en l’occurrence Sidya Touré émerge par un  comportement singulier. Il est comme une girouette qui tourne au gré du vent de la scène publique. Ainsi hier, il était membre de l’opposition et il dénonçait vigoureusement le mépris et le viol de la Constitution par le président Alpha Condé. Aujourd’hui, il est le Haut Représentant du chef de l’Etat. Dans quel domaine et à quelle fin représente-t-il le président ? Il ne saurait lui-même le dire !

Responsabilité indirecte

Sidya Touré est l’un des leaders qui convoquèrent le meeting au stade de Donka le 28 septembre 2009. Les milliers de participants furent invités et encouragés à se mobiliser pour marquer l’opposition du pays à la candiature du chef de la junte militaire à l’élection présidentielle de 2010. A son arrivée au pouvoir en décembre 2008, par un coup d’Etat programmé par feu Lansana Conté, Dadis avait juré sur la Bible et le Coran qu’il n’exercerait le pouvoir que temporairement.  Mais au cours de l’année suivante, il changea d’avis, parla de démissionner de l’armée pour convoiter, en tant que civil, le fauteuil présidentiel, conformément à son droit de citoyen !… Le problème fut que le pays ne l’entendait pas ainsi et rejettait absolument son parjure et son ambition. Ce qui devait arriver arriva. Et, en ce jour fatidique du 28 septembre, en quelques heures, une assemblée pacifique et joyeuse, devint un carnage : des centaines de militants furent abattus par balles ou à l’arme blanche. Des dizaines de femmes et de jeunes filles furent violées. La barbarie et l’horreur suscitèrent la condamnation universelle. La rage et la violence n’épargnèrent pas non plus M. Touré et ses collègues politiciens. Ils reçurent des soins pour les coups et blessures subis aux mains de la soldatesque et des miliciens du capitaine Moussa Dadis Camara. Celui-ci est exilé depuis 2010 à Ouagadougou, la capitale du Burkina Faso. Mais la conscience des dirigeants politiques devrait les amener à admettre leur responsabilité indirecte dans la tragédie. Par exemple, avaient-il élaboré un plan de sécurité en cas d’actes de répression par la junte ? Disposaient-ils de services ou d’agents de renseignements postés autour des casernes militaires, notamment le Camp Alfa Yaya Diallo, siège du Comité militaire our la démocratie et le développement (CNDD). Si la réponse à ces questions est négative, alors les politiciens devraient se le reprocher aujourd’hui. lls devraient accepter leur imprévoyance et admettre leur responsabilité indirecte dans l’affaire. Car s’ils avaient infiltré le CNDD et/ou posté des informateurs autour du Camp Alfa Yaya, ceux-ci auraient pu les alerter par cellphone du départ du convoi des tueurs vers le stade. Ainsi avertis, les organisateurs auraient eu le temps d’évacuer le stade avant l’arrivée dess hordes de tueurs dirigées par Moussa Tiégboro et Tomba Diakité. Et une telle mesure aurait permis d’éviter le bain de sang et les cruautés.

Des années se sont écoulées depuis la perpétuation du massacre. Le gouvernement tient des promesses vagues, mais n’offre rien de concret sur l’éventualité d’un procès des personnes impliquées dans la tuerie. De son côté, au lieu de lutter sans relâche pour que justice soit faite, la classe politique cherche plutôt à créer la diversion ou à disculper les accusés, au détriment et au grand dam des survivants et des familles des disparus !

Diabolisation de la CPI

Au lieu d’agir en démocrates convaincus de la nécessité absolue de la séparation des trois branches de l’Etat : le Législatif, le Judiciaire, l’Exécutif. Alpha Condé et ses opposants (naguère ses alliés) s’immiscent en permanence dans le processus de la justice. Et refusent d’admettre le principe de l’indépendance de celle-ci.
C’est une approche qui vise à détacher la Guinée et l’Afrique du principe de l’universalité de la justice. Il faut au contraire se souvenir et souscrire à l’avertisssement immortel du Révérend Martin Luther King, Jr, qui, du fond de sa cellule de prison à Birmingham, Alabama, lança : « Injustice anywhere is a threat to justice everywhere! » (Une injustice où qu’elle soit est une menace pour la justice partout.)
De son côté l’Archevêque Desmond Tutu a formellement dénoncé les manoeuvres d’hommes d’Etat africains qui diabolisent la Cour Pénale Internationale (CPI) afin de se soustraire aux poursuites judiciaires. Il s’agit, par exemple, des présidents Uhuru Kenyatta (Kenya), Pierre Nkurunziza (Burundi), de l’ex-président Yahya Jammeh (Gambie), etc. C’est là une stratégie évidente visant à perpétuer l’impunité des crimes politiques en Guinée et en Afrique.

Lire In Africa, Seeking A Licence To Kill

Une girouette nommée Sidya Touré

Bien qu’étant en perte de temps et de vitesse pour la course à la présidence, Sidya Touré vient de s’inscrire dans le club des détracteurs de la CPI. Dans son interview d’hier sur Espace FM il déclare :

« Je crois qu’on devrait laisser le capitaine (Dadis Camara) rentrer à Conakry. L’histoire de la CPI n’est pas une solution. Ce sont des procès qui peuvent durer dix ans. On devrait faire en sorte qu’il vienne ici et qu’il défende son honneur, c’est vraiment mon souhait. »

Primo, la CPI n’est pas “une histoire”. Malgré ses ressources modestes, elle a une mission mondiale et elle exerce des fonctions réelles. Si Sidya en doute, il n’a qu’à se rappeler le sort de Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, et consorts. Sans omettre, bien sûr, l’incarcération de Laurent Gbagbo et de Charles Blé Goudé, ses compatriotes Ivoiriens. La CPI est ainsi effectivement  une solution.
Secundo, la justice peut et doit prendre tout le temps requis pour aboutir. Non astreinte aux contraintes temporelles, elle range un dossier seulement en cas de disparition  physique établie d’une personne accusée de crimes. Une telle règle est particulièrement valable pour les accusations de crimes de sang, de crimes de guerre et contre l’humanité. Cela explique que des Nazis soient toujours visés par des inculpations pour leur rôle dans les crimes commis sous la dictature d’Hitler, notamment l’Holocauste.

Lire également (a) Sidya : Sékouba frauda pour Alpha
(b) Sidya. “Si le droit est dit, je serai au second tour”

La “famille” : apologie du crime et promotion de l’impunité

Sidya Touré poursuit :

« Je crois que chacun de nous a quelque chose à dire par rapport à ça. Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire. ».

La première phrase se termine par l’expression “par rapport à ça”. Sidya effectue là un changement de code linguistique et s’exprime dans le vague parler franco-africain (Côte d’Ivoire, Guinée, etc.). Cette tactique lui permet de parler sans rien dire de substantiel. Il  confirme son choix par l’affirmation suivante : “Il y en a dont on ne parle pas aujourd’hui peut-être qui sont autrement plus impliqués dans cette affaire.” Un propos désolément vague et vide.

Sidya enchaîne :

« C’est nous qui savons comment est-ce que nous allons laver notre linge sale en famille. Mais aussi c’est là aussi qu’on pourrait avoir des débats sereins. »

L’invocation de la Guinée comme étant une famille ne date pas d’aujourd’hui. Elle remonte aux premières années de l’après Sékou Touré. La question brûlante à l’époque était de savoir comment sortir du vide politique instauré par le CMRN et le CTRN sous la férule de Lansana Conté.  Comment instaurer le pluralisme politique après la chute du PDG et l’autocratie militaire ? Quelqu’un  avança la phrase : “La Guinée est une famille.” Mais il se trouve qu’il s’agit d’un cliché artificiel et d’un mythe creux.
Mamadou Bâ y a objecté de façon convaincante dans “La Guinée est une république, pas une famille”.
Hélas, Sidya Touré nous ramène en arrière avec son histoire de “laver notre linge sale en famille”. En lieu et place d’une cour de justice et d’un tribunal, il voudrait balayer le massacre du 28 septembre sous une natte. Comment ? Cela serait à travers “des débats sereins.” C’est incroyable ! Des assassinats et des viols ont été commis. Et aujourd’hui, Sidya propose des “débats” groupant les auteurs, les survivants et les parents des victimes du massacre. Cela est inadmissible de la part d’un politicien qui se veut d’envergure nationale !

Noirs et Blancs : une fausse dichotomie

Sidya Touré s’enfonce davantage par ces mots :

« Il faut faire les assises en Guinée mais sur l’ensemble du problème, comme ça on appréhendera ce que les uns et les autres ont pu faire. »

Tout d’abord Sidya Touré doit garder en mémoire, et pour de bon, qu’au cas où — et cela n’est pas sûr — “des assises” de tiendraient en Guinée au sujet du massacre du 28 septembre 2009, seule la magistrature du pays devra siéger. Et le contexte sera un cour de justice, un tribunal réunissant des juges, des accusés et des avocats. Il n’y aura pas de place pour “des débats sereins”. Si les accusés peuvent prouver leur innocence à l’appui de faits et de témoins valables, la justice les disculpera. Si, au contraire, le procureur convainc la cour de la culpabilité des prévenus, la loi s’appliquera à eux. Quoiqu’en pensent ou disent les politiciens du gabarit de Sidya Touré. Les palabres africaines, les discours sur la “réconciliation nationale” viendront après. Ils prendront la forme et le temps  que l’on voudra. Mais seulement après que le verdict de la justice, prioritaire et suprême, et sur la base des lois en vigueur.

« Seuls les guinéens peuvent sortir de cet embrouillamini. »

Cela est archi-faux. La justice est un impératif national et international. Si elle s’applique au sein des Etats, elle aussi  tracés frontaliers et requiert le concours de tous et de toutes. La justice est  un régime indispensable à l’exercice de la vraie démocratie. Cela étant, les Guinéens ne peuvent pas s’enfermer dans un vase clos et vivre en autarcie. Au contraire, pour vaincre sa pauvreté — matérielle, morale, industrielle, scientifique, technologique —, la Guinée a cruellement besoin de l’apport d’autres pays et des institutions multilatérales. Surtout dans le domaine de la justice, où le régime d’Alpha Condé traîne la patte, fait des promesses, et tient la dragée haute à ses partenaires dans l’organisation du procès de Moussa Dadis Camara, Toumba Diakité et leurs co-accusés (Tiegboro Camara, Pivi Togba, Sékouba Konaté, etc.)

« Mais si on commence à expliquer ça à la Haye, les blancs ne comprendraient même pas comment des gens peuvent se comporter de la sorte. »

Prenant la couleur de la peau comme critère, ce passage révèle une conception superficielle et vulgaire de la gestion des affaires publiques. Une vision aussi épidermique ravale l’Africain encore plus bas que le fameux slogn de la Négritude : “Si la Raison est Hellène (grecque), l’Emotion est Nègre.” En effet elle est pire dans la mesure où, d’une part, elle suggère que l’énormité du masscre guinéen dépasse l’entendement des Blancs, et, d’autre part, prétend que les Noirs sont habitués et donc immunisés contre ces atrocités. Sidya Touré oublié qu’en matière de droit international et selon les normes de l”ONU, l’affaire du 28 septembre est classée comme un crime contre l’Humanité. Or la Guinée fait partie de cette humanité-là. Il ne saurait donc y avoir deux poids, deux mesures.
Mais Sidya Touré ne fait qu’appliquer la vieille tactique du “diviser pour régner”. En l’occurrence, Nous les Noirs contre Eux les Blancs. Que Sidya Touré veuille bien se remémore la boutade célèbre de Frantz Fanon : Peau noire, masque blanc ! On peut être noir de peau mais être aliéné et déraciné. Au point de s’assimiler à l’Europe coloniale et post-coloniale. Mes objections spécifiques contre le propos ci-dessus sont au nombre de deux :
Primo, le Camp Boiro, les répressions sanglantes cycliques opérées par Lansana Conté, le massacre du 28 septembre ne se réduisent pas à une fausse dichotomie entre Noirs (Guinéens, Africains) et Blancs (Européens). La vraie justice est impartiale et aveugle quant à l’origine, la “race”, le sexe, la religion d’un prévenu.
Secundo, Fatou Bensouda, la procureure en chef de la CPI, est une magistrate gambienne. Elle est Noire ou, de préférence, sud-Saharienne. Sidya Touré se tromperait lourdement s’il croit être plus Africain que Ms Bensouda ! Ou bien qu’elle est devenue Blanche du fait de son mandat à la tête de la CPI !

Auparavant Sidya fait la caricature des procédures de la CPI en ces termes :

« La CPI est très loin, on envoi des témoins qu’on cache derrière les rideaux qui racontent des choses qu’on ne peut pas vérifier. »

Cela est également archi-faux. Les séances de la CPI sont présidées par trois juges triés sur le volet et nommés pour une durée limitée. La fonction de la procureure consiste à convaincre la cour de la culpabilité des accusés, qui sont flanqués de leurs avocats. En cas de négligence ou violation des procédures, la procureure peut perdre un procès. La sentence de tout prisonnier (Charles Taylor, Jean-Pierre Bemba, etc.) reposent sur des preuves matérielles, irréfutables pour les faits reprochés. La protection des témoins est une mesure préventive pour la sécurité physique des intervenants. La mascarade dont fait état Sidya Touré n’existe que dans son imagination.
Sidya Touré conclut :

« Mais nous, on connait qui nous sommes. Donc, nous pouvons trouver des solutions ici. »

Cela fait huit ans que les militants de l’UFR (et ceux des autres partis politiques) victimes du massacre attendent que l’Etat guinéen organise un procès. Le souhait — ou la proposition — de Sidya Touré rappelle la métaphore du chien malade, qui ne peut pas manger son plat, et qui ne veut pas laisser un autre chien manger le consommer à sa place. Les dirigants guinéens se comportent de la même manière. Au lieu de remplir leur devoir primordial et sacré de justice, ils ont recours à toutes sortes de prétextes et de méthodes dilatoires pour retarder et, en réalité, empêcher la tenue du jugement des prévenus. A l’heure actuelle on parle vaguement de la fin de l’année, sans fixer une date. Nous verrons bien. En attendant de quelle solution Sidya Touré parle-t-il ?

La moralité à tirer de l’interview de M. Sidya Touré tient dans la comparaison entre les domaines de la santé et de la justice. En dépit de différences apparentes, ils ont un dénominateur commun  communs.
Le premier terme recouvre le domaine de la santé personnelle et collective. Là, les soins des malades physiques et mentaux relève de la compétence de la profession médicale. Ainsi durant la crise de l’épidémie Ebola, la Guinée bénéficia de la coopération avec des dizaines pays, de l’OMS, de Médecins Sans Frontières, de volontaires individuels, etc. Il y a avait péril en la demeure. Pour stopper les ravages du virus, on n’a pas cherché à faire des “débats” entre Guinéens. Il y eut certes des campagnes d’éducation sanitaire. Mais elles furent guidées par des experts et des agents formés et encadrés.
Le second terme concerne la justice. Son virus s’appelle l’impunité. Infaillible, son pronostic s’appelle le déni de justice. L’Etat guinéen en est l’originateur et le vecteur principal. Ce virus s’est propagé.  Il affecte désormais toute la société. On note ainsi la fréquence de scènes de “vindicte populaire” et d’actes de vengeance (torture, immolation par le feut, etc) au niveau des populations. L’impunité est endémique et épidémique dans le pays. Et ses consequences sont plus dévastatrices que celles des maladies corporelles et des troubles mentaux. Car, si l’on remonte à 1958, on constatera que le bilan de l’impunité est plus négatif que celui de toutes les épidemies qui frappé la Guinée, y compris celle du virus Ebola. Comment doit-on s’y prendre pour remédier à cette situation catastrophique. Très simple : la Guinée doit pratique la même politique que celle qui permit de vaicre Ebola entre 2014 et 2015. Cela signifie trois choses : (a) l’obligation de laisser le champ libre aux spécialistes de la profession judicaire, (b) la formation et la surformation du personnel (c) la renonciation aux commissions dites de “réconciliation” (d) le retrait de la classe politique — en quête d’électeurs — du domaine de la justice.
La branche judiciaire est théoriquement assez bien charpentée en Guinée. Ainsi la loi fondamentale, les codes et les règlements existent. Une hiérachie pyramidale est en place. Malheureusement presque tout est pourri au plan pratique. Notamment à cause de l’étranglement de la magistrature par le pouvoir exécutif depuis 1959. Et en raison de la corruption — grande, moyenne et petite — alimentée par la pauvreté et la médiocrité des salaires. Enfin, pour éradiquer le virus de l’impunité, l’Etat doit s’ouvrir à la coopération franche avec (a) la Cour Pénale Internationale (b) les pays dotés de solides traditions judiciaires (c) les ONG de défense et de promotion des droits de l’homme.

Tierno S. Bah

Ambition, querelles et histoire politiques

Yacine Diallo (1897-1954)
Yacine Diallo (1897-1954)

Le site Libreopinionguinee publie une interview de Bah Oury maladroitement intitulée “Cellou Dalein c’était opposé à ce que je soit le candidat de l’UFDG pour briguer la Primature (sic!)”

Les tiraillements entre Messieurs Bah et Diallo concrétisent l’implosion de la politique en Guinée. En témoignent la personnalisation outrancière de la fonction dirigeante, l’égocentrisme pathologique et le culte de la personnalité du chef du parti ou de l’Etat.
Après lecture de l’article, je tiens à rappeler les points suivants.

  1.  Cellou Dalein Diallo et Bah Oury sont des sanaku, ou cousins à plaisanterie dans la tradition du Fuuta-Jalon. Mieux, leurs noms relèvent du stock  authentique des Fulbe et précèdent de milliers d’années l’influences arabo-islamique sur l’onomastique (système des noms propres) de la société. Cellou (Sellu) vient de sellude (être en bonne santé),  Oury (Wuuri) dérive de wuurude (être vivant). L’usage élévé de ces noms est un acte votif. Le jour du baptême les parents formulent un voeu et un souhait et fondent l’espoir pour le nouveau-né à travers le nom positif choisi et imposé, tels que les deux exemples ci-dessus.
    Cela dit, Messieurs Bah et Diallo sont tous deux responsables du déchirement public au sommet de l’UFDG.  Ils détiennent le rôle principal dans cet inélégant et déplorable roman-photo. Il est vrai que les divergences (personnelles et idéologiques) sont inévitables dans toute association politique. Mais Messieurs Diallo et Bah auraient dû débattre à huis clos et trouver un consensus à leurs différends et conflits. Hélas, au lieu d’une approche intelligente et constructive dans la gestion de leur parti, ils ont préféré s’offrir en spectacle et barouder en duels verbaux. Conséquence, des tiraillements physiques eurent lieu au siège du parti en  février 2016. Et le journaliste Mohamed Diallo fut abattu à bout portant. L’appareil judiciaire guinéen étant pourri, il est probable que le meurtrier ne sera jamais identifié et jugé.
  2. Les propos de Bah Oury suggèrent qu’il ne tient pas compte du fait que le passé et  les défis actuels du pays dépassent nettement la querelle de personnes et le conflit d’ambitions qui l’opposent aujourd’hui à  Cellou Dalein.
  3. Il semble ignorer aussi que la Guinée souffre  toujours de la malédiction que la politique de Sékou Touré a appelée sur le pays. En conséquence, Bah Oury rêve et se berce d’illusions hypothétiques. Car en tant que Pullo, il n’avait absolument aucune chance d’accéder à la Primature en 2010. Pour preuve, il n’a qu’à se rappeler la brève et catastrophique expérience de Cellou à la tête du gouvernement en 2004-2006 sous la dictature de Lansana Conté.
  4. Ethnocentrisme oblige, le Président de la Transition, Général Sékouba Konaté, avait jetté son dévolu sur le candidat du RPG, Alpha Condé. Il était résolu à le faire élire, coûte que coûte, vaille que vaille. Dès lors la désignation d’un vice-président de l’UFDG à la Primature aurait contrecarré les plans de Konaté. Là également, que Bah Oury se souvienne que même la syndicaliste Rabiatou Sira Diallo fut rejettée pour diriger le gouvernement. Pour Konaté, le seul nom de famille et l’appartenance ethnique de la dame étaient inacceptables.
  5. D’où la désignation de Jean-Marie Doré: un ancien agent secret de Sékou Touré, prêt à manger à tous les râteliers. Rusé et cynique, il joua le jeu en faveur d’Alpha Condé. Et son gouvernement accompagna toutes les violations du code électoral et tous les coups bas du second tour de l’élection présidentielle.
  6. Bah Oury n’aurait peut-être pas toléré qu’on accuse son ethnie, les Fulɓe, d’empoisonner des boissons en vente publique.
  7. Cela ne l’a pas empêché d’accepter, au nom de l’UFDG, le portefeuille bidon de ministre de la “réconciliation nationale” (sans justice !) au sein du gouvernement d’Ahmed Tidiane Souaré. Acculé, ce dernier capitula rapidement face au criminel capitaine Moussa Dadis Camara. Cela ne lui évita pas les harcèlements, l’emprisonnement, et un simulacre d’exécution sommaire nocturne  au sinistre PM3 de la gendarmerie à Conakry.
  8. Que Bah Oury prenne donc ses démêlés avec humilité et un brin de sagesse. Qu’il n’oublie pas comment, à la fin des années 1990, au sein de l’Union des Forces Démocratiques (UFD), il torpilla feu Alfâ Ibrahîm Sow, notre maître à tous et l’intellectuel du Pular/Fufulde. Lire :

Unité politique : tirer les leçons de l’histoire

Après la mort —subite et suspecte— de Yacine Diallo en 1954, le Fuuta-Jalon se mit en quête d’un successeur pour porter le flambeau du pionnier et doyen de la politique partisane en Guinée. Dans les Cailloux de la mémoire Nadine Bari publie le témoignage valide des tractations, rapporté par feu Thierno Mouctar Bah. Le choix des Almami et des chefs de canton se porta sur Diawadou Barry, au détriment de Ibrahima Barry dit Barry III. Il s’en suivit une rivalité ardue entre les deux hommes, qui étaient pourtant des cousins lignagers. Dans le système de parenté quadrangulaire des Fulɓe le patronyme Bari est réservé aux Dayeeɓe. Les trois autres noms sont Ba (Ururuɓe), Soo (Feroɓɓe) et Jallo (Jalluɓe). Diawadou est du sous-clan des Seediyaaɓe, Barry III appartient à celui des Seeriyaaɓe. Mais la quête du pouvoir n’a souvent cure des liens familiaux, personnels, etc.
A la tête de leurs partis respectifs : le Bloc Africain de Guinée (Diawadou) et le Mouvement Socialiste Africain (Barry III), les deux hommes se combattirent vigoureusement donc. Cela jusqu’en 1957. Date à laquelle ils se réconcilièrent et s’unirent au sein du Parti du Regroupement Africain (PRA). Leur commun rival était le PDG-RDA, dirigé par Sékou Touré et Saifoulaye Diallo
Cellou Dalein et Bah Oury devraient étudier, réfléchir et tirer les leçons de cet épisode crucial de l’histoire politique au Fuuta-Jalon et en Guinée. Pour les appuyer des sources authentiques et des documents idoines sont accessibles sur mes sites webFuuta et webGuinée.

Tierno S. Bah

Secrets No Longer Buried, Now Open

Beny Steinmetz
Beny Steinmetz

The Documents section of BlogGuinée now includes “Buried Secrets. How Beny Steinmetz, an Israeli billionaire, wrested control of one of Africa’s biggest prizes,” a 2013 New Yorker report on the Simandou iron deposit concession scandal.

During his first term in office, President Alpha Condé tried to dismantle the mining sector networks of corrupt intermediaries he found in place in 2010.  And, — with help from George Soros, Tony Blair, etc. — he fought Beny Steinmetz tooth and nail.… And his government has revoked the license of BSGR, the Israeli billionaire’s company.

Read (a) Soros Enmeshed in Bribery Scandal in Guinea
(b) Guinea Mining. Exploiting a State on the Brink of Failure
(c) Mining and corruption. Crying foul in Guinea
(d) High noon at the Guinea corral
(e) La belle Mamadie et les rapaces du Simandou
(f) Frenchman Cilins gets two years in U.S. prison for role in Guinea mine scandal

However, Mr. Condé’s policy and actions resulted only — and intentionally— in the replacement of previous go-betweens and “crooks” with his own henchmen —his son included. That’s the  preliminary — and valid — assessment from ongoing investigations against hedge funds giant Och-Davis by federal prosecutors in New York.

Read  Corruption minière : Afrique – USA

In other words, for Guinea, the more things change, the more they remain the same. Consequently, the country’s situation keeps worsening,  and the corruption and poverty get deeper.

Between Ahmed Sékou Touré (1958-1984), Lansana Conté (1984-2008), Moussa Dadis Camara (2009-2009), Sékouba Konaté (2010), and the sitting president, Alpha Condé, it’s Bonnet blanc et Blanc bonnet or “it’s six of one and half dozen of the other.”

Tierno S. Bah

Justice : interminable délai, insupportable déni

FIDH/OGDH. Guinee, justice en attente-justiceSous le titre “En attente de justice” un nouveau site web marque le 7è anniversaire du massacre du 28 septembre 2009. Il est conjointement publié par la Fédération internationale des Droits de l’Homme (FIDH) et l’Organisation guinéenne des Droits de l’Homme (OGDH). Toutefois, le titre me paraît inadéquat dans la mesure où il suggère l’éventualité et la possibilité de la tenue en Guinée d’un (ou plusieurs) procès pour juger les violations et crimes endémiques des droits de l’homme dans le pays. J’aurais choisi plutôt l’appellation suivante :  « Justice en Guinée : délai interminable, déni insupportable » Car il ne s’agit pas seulement d’une attente passive de la part des victimes. Non, la Guinée est confrontée à un délai imposé et à un déni criminel de justice, depuis le 28 septembre 1958. Une date célèbre, certes, mais ternie et salie désormais par les évènements de 2009.

Financé par la Délégation de l’Union européenne en République de Guinée, le contenu du site présente :

  • Une trentaine de témoignages et photos de victimes de la répression politique en Guinée, de 1970 à 2009
  • La présentation du site
  • Des déclarations de la part de l’OGDH et de la procureure de la  Cour pénale internationale (CPI), Fatou Bensouda
  • Une “interview croisée” de Souhayr Belhassen, présidente d’honneur de la FIDH et Asmaou Diallo, présidente de l’Association des victimes, parents et amis du 28 septembre 2009 (AVIPA).

Ce acte relève de la mission et des objectifs du bailleur européen et des  organisations guinéennes bénéficiaires du financement, à savoir la quête de la justice. On sait que celle-ci est le terreau de la démocratie, qui, à son tour, sert de ferment et d’éperon du développement. Malheureusement, pour louable que soit le but visé, les lacunes et la confusion affectent la dimension et la qualité du projet.

Couverture insuffisante

L’album photographique ne comporte que trente photos, dont une anonyme. Or des centaines de personnes périrent aux mains de la soldatesque du capitaine Moussa Dadis Camara et du soi-disant Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD). Davantage d’efforts de recherche et de contacts auraient dû être déployés pour couvrir au moins les 157 morts officiellement reconnues par le CNDD et la communauté internationale.

Confusion d’époques et de “complots”

Les trente témoignages mettent dans le même sac  des périodes différentes et actes distants de répression et de tueries. Ainsi, le rapport fait un mélange entre les victimes des dictatures successives de Sékou Touré (1958-1984), Lansana Conté (1984-2008)et Moussa Dadis Camara (2008-2009). L’album photo inclut en effet :

Compilation sans analyse

Comme indiqué plus haut, la compilation de trente témoignages est non seulement très incomplète, mais elle souffre aussi d’inexactitudes (manque de présentation de l’échantillon statistique) de manque d’analyse démographique et ethnolinguistique. La liste ne fait pas de distinction entre les victimes, d’une part, et les survivants de celles-ci (épouse, fille, fils).
Enfin, le recensement ne dégage ni l’âge, ni le sexe (même si les photos distinguent les femmes des hommes), l’occupation, l’ethnie et la langue maternelle des personnes indiquées. Or les noms de famille sont généralement —mais pas toujours — des indicateurs fiables de l’appartenance ethnique. A son toure, celle-ci est aussi bien une donnée anthropologique que judiciaire importante, en l’occurrence. Aussi bien pour le procureur que pour la défense. La modeste enquête de FDHI/OGDH aurait dû en tenir compte. Pour ma part, je donne ici un traitement sommaire des noms et l’ethnie des personnes interrogées :

Nom de famille Prénom Ethnie
Bah Mariama Thiouto Pullo
Baldé Idiatou Pullo 
Baldé Ousmane  Pullo
Barry Aissata  Pullo
Barry Aissatou Lamarana  Pullo
Barry Amadou Diouldé  Pullo
Barry Oumou  Pullo
Camara Mamaissata  Soso
Diallo Abdoulaye  Pullo
Diallo Hadja Rabi (épouse Baldé Ousmane)  Pullo
Diallo Ibrahima  Pullo
Diallo Mamadou Saliou  Pullo
Diallo Mamadou Taslima  Pullo
Diallo Thierno Ousmane  Pullo
Dramé Hawa (fille Alioune Dramé)  Sarakole
Guissé Mamadou Bilal  Tekrur/Fulɓe
 Haba  Moriba  Kpèlè
Kaba Oumou Maninka
Kanté Rouguiatou Mande
Keita Mohamed Lamine Maninka
Keita Capitaine Oussou Maninka
Mara Moussa Mande
Soumah Demba Baga/Soso
Sow Mohammed Lamine Pullo
Sow Oumar Pullo
Sow Thierno Hamidou Pullo
Sow Thierno Maadjou Pullo
Tounkara Ahmadou (fils Tibou Tounkara) Sarakole
Touré Amara Mande

On constate la prédominance des noms Fulɓe (Bah, Barry, Diallo, Sow) ; lire à ce propos “La politique du problème Peul”. Cette ethnie représente nettement plus de la moitié (62 %) du corpus étudié. Les Mande (désignation générique) / Maninka (appellation spécifique) suivent avec 20,6 %, les Soso et les Sarakole, 6,8 % chacun, etc.
Aux commandes du pays depuis 1958, la petite-bourgeoisie cherche à tromper la Guinée en prétendant se situer en dehors ou au-dessus de l’ethnie. Ce piège idéologique est si grossier qu’il crève les yeux. D’une part, les dirigeants guinéens proclament bruyamment leur rejet de l’ethnie. Sékou Touré alla plus loin, en proclamant son intention de créer un Homme nouveau. Mais, d’autre part, le comportement de “l’élite” contredit ses déclarations de foi. Ainsi, non content de procéder à purges cycliques et à des séjours sans retour au Camp Boiro, Sékou Touré érigea sa famille en véritable gouvernement et propagea le slogan nombriliste et trompeur “An gbansan le
Lire Mohamed Selhami, “Un seul gouvernement : la famille

A la tête du Comité militaire de redressement national, Lansana Conté déclara en 1984 que les Guinéens seraient traités désormais  sans distinction d’ethnie, de région ou de religion. Cela ne l’empêcha pas de lancer en 1985 un pogrom anti-Maninka pour assouvir sa vengeance contre son rival vaincu, Diarra Traoré. Il transforma l’Etat en une chasse gardée pour les cadres de la  Basse-Guinée (Soso, Baga, Nalu, Landuma, Jalonka, etc.) Les  nominations régionalistes devinrent scandaleuses. A tel point qu’un observateur attentif rappela Conté à la réalité dans des articles bien documentés. Lire Mamadou Kaly Bah. Regard Rétrospectif sur l’Armée Guinéenne

Sur les 17 postes clefs de la hiéarachie supérieure de l’armée, le décompte ethnique sous  Sékou Touré est le suivant :

Ethnie
Officiers supérieurs
Malinké (ethnie du Président Touré)
13
Soussou
4
Peulh
0
Forestier
0
Minorités
0

La projection graphique tableau précédent donne :

Hierarchie superieure de l'armee sous la présidence de Sékou Touré (1958-1984)
Hierarchie superieure de l’armee sous la présidence de Sékou Touré (1958-1984)

Sous la présidence de Lansana Conté la nomination aux 29 postes-clés est la suivante :

Ethnie
Officiers supérieurs
Soussou (ethnie du Président Conté)
20
Malinke
8
Peulh
1
Forestier
0
Minorités
0
Hierarchie superieure de l'armee sous la présidence de Lansana Conté (1984-2008)
Hierarchie superieure de l’armee sous la présidence de Lansana Conté (1984-2008)
Capitaine Ousmane Conté
Capitaine Ousmane Conté

Aux dernières années de son lugubre règne, il proposa à la hiérarchie militaire d’accepter qu’Ousmane, son fils aîné, devienne son successeur. On lui opposa une fin de non-recevoir. Alors, pour se venger — et adoptant la tactique du “Après moi, le déluge” —, il monta un de ses hommes de paille en épingle pour semer la pagaille. Son choix tomba, en l’occurrence, sur un obscur sous-officier, capitaine Moussa Dadis Camara, chargé du carburant de l’armée. On connait la suite… Ce fut, entre autres, le massacre du 28 septembre 2009.

Lire également Trafic de drogue. Président Obama désigne Ousmane Conté

Lieutenant Pivi Togba, un des instigateurs du coup d'Etat du 24 décembre 2008. On le voit ici au Camp Alfa Yaya, affublé de grigris et autres objets fétiches protecteurs. L'un d'eux évoque le “<a href="http://www.webguinee.net/bibliotheque/ethnographie/loma/pdgaisseau/03.html">diabolique trident de sorcier</a>”, décrit par Pierre-Dominique Gaisseau dans <a href="http://www.webguinee.net/bibliotheque/ethnographie/loma/pdgaisseau/tdm.html">Forêt sacrée : magie et rites secrets des Toma</a>. Cet ouvrage inspira <a href="http://www.campboiro.org/victimes/keita_fodeba.html">Fodéba Keita </a>dans la mise en scène du ballet <a href="http://www.webguinee.net/culture/danse/ballets_africains.html">Forêt sacrée</a>. L'humble lieutenant Pivi “Coplan” a continué son irrésistible et criminelle ascension. Il est aujourd'hui général de brigade et ministre sans portefeuille dans le gouvernement du président Alpha Condé. — BlogGuinée. Tierno S. Bah
Lieutenant Pivi Togba, un des instigateurs du coup d’Etat du 24 décembre 2008. On le voit ici au Camp Alfa Yaya, affublé de grigris et autres objets fétiches protecteurs. L’un d’eux évoque le “diabolique trident de sorcier”, décrit par Pierre-Dominique Gaisseau dans Forêt sacrée : magie et rites secrets des Toma. Cet ouvrage inspira Fodéba Keita dans la mise en scène du ballet Forêt sacrée. L’humble lieutenant Pivi “Coplan” a continué son irrésistible et criminelle ascension. Il est aujourd’hui général de brigade et ministre sans portefeuille dans le gouvernement du président Alpha Condé. — BlogGuinée. Tierno S. Bah

S’étant emparés du pouvoir avec la bénédiction de Conté,   Moussa Dadis Camara et ses compagnons firent d’abord la même confession nationaliste. Mais en même temps, empêtrés dans des contradictions et des complexes sans nom, ils étalèrent la coloration ethnique de leur équipe en se promenant avec des grigris et fétiches — décontextualisés et mystificateurs — de la Forêt sacrée. Et ce fut la ruée et la priorité des cadres Forestiers —militaires et civils— vers les portefeuilles gouvernementaux, les ambassades, et autres postes juteux.…

Réconciliation sans Justice ? Non !

Si la plupart des témoins réclament — en vain — la justice pour châtier les crimes commis, une minorité se singularise en mettant l’accent sur une certaine “réconciliation nationale”.

La présidente de l’AVIPA, Mme. Asmaou Diallo, se range résolument dans ce groupe. Dans l’interview sus-citée, elle déclare en effet :

« En plus de l’assistance judiciaire, nous avons mis en place, notamment au sein de l’AVIPA, différents projets d’accompagnement social des victimes. Les victimes de violences sexuelles, en particulier, ont souvent connu des situations d’exclusion après le 28 septembre 2009. En proposant des activités génératrices de revenus, nous avons tenté, modestement, de faire face aux difficultés rencontrées par ces victimes. Mais aujourd’hui, à l’approche du procès et d’un possible processus de réconciliation nationale, nous attendons davantage de l’État guinéen quant à la reconnaissance des victimes et l’accompagnement des plus démunies d’entre elles. »

La confusion consiste ici à rechercher simultanémentl’approche du procès” et la perspective “d’un possible processus de réconciliation nationale.” Pourquoi ne pas se consacrer entièrement au procès ? Sans se soucier de réconciliation, qui sert généralement de déguisement et de couverture à l’IMPUNITE en Guinée ? Car une fois la justice obtenue, on sera toujours libre d’entreprendre toutes sortes de salamalecs, de bénédictions et autres réconciliations…

Lire (a) L’AVIPA s’embourbe dans la présidentielle (b) Guinée : Le temps de la justice ?

Tierno S. Bah