Bauxite. Alpha Condé accélère le bradage

Obsédé par un troisième — illégal et illégitime — mandat, Président Alpha Condé accélère le bradage de la bauxite du pays. Il s’est résigné de la perte du fer des monts Simandou, qu’il ne pourra pas transformer en une poule aux œufs d’or ou en vache à lait. Il mise désormais sur les réserves de bauxite du littoral nord-ouest de la Basse-Guinée et du plateau central du Fuuta-Jalon.

Tokyo, 5 décembre 2017. Signature de contrat de transport de bauxite guinéenne valable pour cinq ans. A gauche, Bernard Pryor, CEO d'Alufer Mining Limited, à droite, Toshiaki Tanaka, directeur du Cargo Sec de Mitsui O.S.K. Lines Ltd. L'accord porte sur la mine de bauxite de Bel-Air, dans la préfecture de Boffa, (Guinée). Il ne s'est pas trouvé un demi-ministre ou un quart de haut-fonctionnaire venu de Conakry pour prendre part à la cérémonie. Les partenaires étrangère doivent se féliciter de tant de laisser-faire qui leur confère autant d'autonomie.
Tokyo, 5 décembre 2017. Signature de contrat de transport de bauxite guinéenne valable pour cinq ans. A gauche, Bernard Pryor, CEO d’Alufer Mining Lyimited, à droite, Toshiaki Tanaka, directeur du Cargo Sec de Mitsui O.S.K. Lines Ltd. L’accord porte sur la mine de bauxite de Bel-Air, dans la préfecture de Boffa, (Guinée). Il ne s’est pas trouvé un demi-ministre ou un quart de haut-fonctionnaire venu de Conakry pour prendre part à la cérémonie. Les partenaires étrangers  doivent se féliciter de  ce laisser-faire qui leur confère autant d’autonomie.

Bauxite et désenchantement

Nombre d’alliés politiques du candidat Alpha Condé (en 2010 et en 2015) ont  déchanté et se mordent aujourd’hui les doigts. Trop tard ! Ils se font fait rouler dans la farine comme des enfants de choeur, et ils se retrouvent dans le désenchantement. Parmi ces laissés-pour-compte malmenés par Alpha le boulanger — c’est son sobriquet  sur Facebook — on compte Elhadj Mamadou Sylla, dirigeant du parti UDIBAG. Dans une interview récente, il a révélé qu’Alpha, un natif de Boké comme lui, considère les investissements miniers dans cette préfecture comme relevant de son domaine exclusif, et comme étant  “sa chose privée” et sa chasse gardée ! Il aurait lancé un “Bas les pattes” menaçant à un petit groupe de visiteurs, parmi lesquels M. Sylla, qui fut le  partenaire privilégié en affaires de Lansana Conté.

Inauguration du chantier de la mine de bauxite de Bel-Air par Alufer. Boffa, janvier 2017
Inauguration du chantier de la mine de bauxite de Bel-Air par Alufer. Boffa, janvier 2017

Mines guinéennes : une malédiction  ?

Il y a belle lurette qu’un soi-disant professeur s’est recyclé dans l’entreprenariat en intermédiation (services divers, alimentation, import). M. Condé a, depuis, mordu à l’appât du gain et à l’enrichissement personnel. Arrivé à la tête de l’Etat faible et fébrile de Guinée, il s’est transformé en corrupteur actif. Il s’est engagé notamment à amasser et à engrenger les maigres derniers de l’Etat. Dans un unique but :  acheter la prochaine élection présidentielle. Il sait que les mains se tendront fiévreusement  dans ce pays dont il a accentué la misère. Un pays qui subit, depuis un demi-siècle, la loi implacable des conséquences inattendues. En l’occurrence, une loi qui inverse les termes de la  formule — retentissante, rhétorique, illogique et fatidique — du 25 août 1958 :

Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage. (Sékou Touré, 25 août 1958)

Cette loi démontre au quotidien, à la Guinée, à l’Afrique et au  monde, qu’il n’y pas de dignité dans la pauvreté, et que seule l’oppulence s’accomode de la liberté. Il est difficile aujourd’hui de ne pas se poser la question de savoir si les mines de Guinée ne sont pas sous le coup de la malédiction.…

La passion minière du professeur-président

En réalité, Alpha Condé, ci-devant professeur-président, étend son champ d’activité minière hors du Kakandé (Boké) — terre des Landuma, Nalu, Tyapi, Jakanke. selon le site d’Alufer, depuis 2011, il a planté ses drapeaux d’occupant-exploitant minier (a) à Boffa, c’est-à-dire au coeur du Bagatay ou pays des Baga, et (b) à Labé, la capitale du Fuuta-Jalon. Alufer, qui dit adhérer au Code miner JORC, fournit l’information suivante :

Alufer Mining Limited is an independent mineral exploration and development company with significant bauxite interests in the Republic of Guinea.
The Company is currently focused on the development of the Bel Air project, with production expected to commence in 2018.
Significant capital has been invested in exploration since January 2011 and substantial work programs have identified a JORC compliant resource in excess of 3 billion tonnes of high quality bauxite at Bel Air and Labé.
Alufer places a great deal of importance on sustainability and is committed to ensure that it operates in line with the highest social and environmental standards.
The Company’s Board and management team have an in-depth knowledge of Guinea and the bauxite markets and have extensive experience in managing and operating exploration, development and production stage mining assets.

Exportation de la bauxite de Bel-Air en 2018

Aluminium News Today a annoncé aujourd’hui l’obtention des permis gouvernementaux requis pour la construction d’une mine d’extraction et de transport maritime de la bauxite à Bel-Air (Boffa). Non loin de l’une des plus belles plages de la Basse-Côte. Le communiqué est muet sur l’impact des investissements sur l’écosystème terrestre et marin. Peu importe, bien sûr! L’essentiel pour M. Condé est de s’offrir une autre source de revenus qui viendra alimenter ses coffre-forts  et son budget de guerre pour un 3e mandat. Toutes les fibres de son être sont tendues vers ce plan et cette visée. Tout comme son ami Blaise Compaoré, il utilisera tous les moyens nécessaires et (in)imaginables, toutes les recettes pour s’agripper au fauteuil, s’incruster à la présidence et satisfaire sa boulimie du pouvoir.

Travaux de forage de la mine de bauxite de Bel-Air, dans Boffa.
Travaux de forage de la mine de bauxite de Bel-Air, dans Boffa.

L’auteur de l’article d’Aluminium International Today, Nadine Bloxsome, indique que les travaux de construction de la mine ont débuté en janvier dernier.

La mine de Bel-Air se trouve à 15km de la mer, près du Cap Verga, à 120km au nord de Conakry. La qualité du minerai, précise-t-on, est basée sur sa faible teneur en silica réactif.

Futur port de chargement de la bauxite de Bel-Air (Boffa)
Futur port de chargement de la bauxite de Bel-Air (Boffa)
Des ouvriers au travail sur le site de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Des ouvriers au travail sur le site de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)

Une fois les   travaux de construction terminés, Alufer gérera les nouvelles installations d’exportation du Cap Verga. Celles-ci permetront le chargement de navires miniers ancrés au large, à 32km de la côte.
Le communiqué précise que la production de bauxite brute débutera au troisième trimestre 2018 et qu’elle atteindra 5.5 million tonnes par an. L’administration du projet sera assurée par Mitsui O.S.K .Lines Ltd. spécialisès dans le fret océanique.

Fiche signalétique de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Fiche signalétique de la mine de bauxite de Bel-Air (Boffa)
Carte d'emplacement des sites de mines de bauxite de Boffa et de Labé (source Alufer)
Carte d’emplacement des sites de mines de bauxite de Boffa et de Labé (source Alufer)

Sur le financement d’Alufer visiter le site de Resources Capital Funds

Industrie extractive et pollution

L’industrie extractive est de nature polluante. Le contrat inclut-il des mesures préventives et correctives de protection de la santé des riverains de l’usine. A-t-on établi un plan de défense des espèces animales et végétales face à la menace posée par l’extraction de la bauxite ?

Responsabilité partagée

Qu’est-ce l’Assemblée nationale sait de tout cela ? Que fait-elle ? Comment réagit-elle ? Mmes. et Messieurs les honorables député(e)s ne devraient pas se contenter de leurs modestes allocations et privilèges, et fermer les yeux, se taire face à la mauvaise gouvernance et aux micmacs de la branche exécutive de l’Etat. Elles/ils sont co-responsables, redevables —voire justiciables — de la gabegie publique et de la dérive du pays.

Entretemps, les enseignants réclament des salaires décents, ajustés au taux d’inflation. Les routes du pays continuent de se dégrader. Et le monde rural —majoritaire — devient de plus en plus marginal face à l’appétit minier du régime du président Alpha Condé.

Tierno S. Bah

Sidya : Sékouba frauda pour Alpha

Sidya Touré, candidat de l'UFR
Sidya Touré, candidat de l’UFR

Décidemment, les élections présidentielles n’ont pas fini de livrer leur secret. Dans une interview accordée à nos confrères ivoiriens, le président de l’UFR est revenu sur les sujets brûlants de l’actualité politique Guinéenne. Intégralité de cette interview

Fraternité Matin: Le Premier ministre, comment va la Guinée ?

Plutôt mal, dans la mesure où nous sommes dans une situation difficile, à tout point de vue. D’abord au niveau politique. Comme vous le savez, nous n’arrivons pas à tenir d’élections législatives pratiquement deux ans après la présidentielle. Deuxièmement, sur le plan économique. Nous avons eu une opportunité avec ces élections, et je crois que les financements qui se sont orientés vers la Guinée, qui étaient d’une ampleur sans précédent depuis l’indépendance du pays, sont en train d’être perdus, complètement. Sur le plan de l’état de la nation, il y a une déchirure profonde entre les communautés et les groupes ethniques dans le pays, résultat de la politique menée par le régime actuel. Prenons point par point.

Fraternité Matin : Sur le plan économique, comment cela se fait-il qu’avec toutes ces potentialités et opportunités dont vous venez de parler, avec le nouveau pouvoir démocratiquement élu, la Guinée n’arrive pas à décoller ?

D’abord, à cause de la précarité institutionnelle qui prévaut dans le pays. Il n’y a pas d’Assemblée Nationale. La perception que les gens ont aujourd’hui de la Guinée, est celle d’un pays qui n’a pas encore fini sa transition, et donc qui est encore capable de soubresauts. La deuxième raison, ce sont les politiques mises en place au plan économique par ce gouvernement, qui sont basées sur l’allégeance des responsables aux centres de décision, au lieu de la compétence.

Général Sekouba Konaté, vice-président du CNDD, ministre de la défense
Général Sekouba Konaté, vice-président du CNDD, ministre de la défense

Les résultats sont totalement désastreux, et je peux vous donner des exemples précis. Aujourd’hui, en Guinée, la Société nationale des télécommunications a fait faillite, la Caisse nationale de sécurité sociale est en voie d’être dans la même situation. L’unique société de transformation [Fria — T.S.Bah] présente dans le secteur minier a arrêté ses activités depuis huit mois pour cause de grève et le gouvernement est incapable de résoudre ce genre de questions. Le taux de croissance dans un pays qui ne part de presque rien, dans la mesure où la Guinée a connu des situations assez calamiteuses par le passé, traîne aux alentours de 3,5 ou 4%.

Dans un pays où les miniers s’étaient engagés à investir 10 milliards de dollars dans les cinq années à venir. Mais ils ont tous reculé, en raison des incohérences des politiques mises en place par le gouvernement ainsi que des changements permanents de décisions qui font que ni le code minier ni les conventions ne sont respectés.

Fraternité Matin : Vous avez parlé du tissu social et du pays qui est divisé entre différentes communautés.

C’est un problème sérieux en Guinée et on s’en est servi, lors des élections, pour diviser les populations, les dresser les unes contre les autres. J’estime que quand vous avez un pays comme la Guinée, qui revient de si loin, et que vous avez des réformes structurelles profondes à faire et une volonté réelle de dynamiser les choses, il vous faut obtenir un consensus national. Or, ce consensus, on ne le recherche pas. Au contraire, on continue d’exacerber les tensions tous les jours, je me demande pour quelles raisons. En tout cas, mon parti, l’Union des forces républicaines, ne s’inscrit pas dans cette voie. Nous estimons que, pour que la Guinée progresse rapidement, il faut qu’elle s’unisse, que l’on se tende la main, que l’on discute, que le consensus soit obtenu, et que toutes les communautés guinéennes se sentent concernées par le développement économique et social qui doit être boosté par les investissements tant privés que publics. Nous pensons qu’il faut aller de l’avant dans ce sens. Ma campagne électorale a été basée sur cette façon de voir notre pays. Voilà pourquoi l’un de mes slogans était « Sidya Touré, symbole de l’unité nationale ».

Fraternité Matin : Vous avez évoqué l’Assemblée nationale qui n’est toujours pas élue. D’où vient le blocage ?

C’est un problème assez simple et en même temps assez compliqué. Nous avons eu une élection présidentielle en 2010. Après, nous devrions aller aux législatives. Vous ne pouvez pas imaginer un pays où, quand on a fini la présidentielle, c’est le parti qui est censé l’avoir gagné qui réclame qu’on change, et la Ceni (Commission électorale nationale indépendante) et le fichier électoral. Voilà d’où vient le blocage. Une société sud-africaine a été envoyée en Guinée pour refaire le recensement, contrairement à la loi qui prévoit, dans ce cas-là, une révision. Cette société n’a été choisie ni par appel d’offres ni par consensus avec les partis politiques. La Commission électorale a été, de son côté, complètement restructurée, surtout dans ses démembrements, là où se trouvent 95% des électeurs, sans que nous en ayons été informés. Nous avons donc dit que cela ne pouvait pas se faire et qu’il fallait s’asseoir autour d’une table pour discuter de la mise en place, s’il le faut, d’une Ceni restructurée, mais qui soit paritaire conformément à la loi. Nous avons également demandé que la société sud-africaine Way Mark, qui est venue en catimini pour faire le recensement, soit mise de côté et qu’on se base sur le fichier électoral à partir duquel a été organisée l’élection présidentielle que le Rpg du président Alpha Condé, est censé avoir gagnée. Nous n’arrivons pas à nous mettre d’accord, depuis deux ans, sur ce qui a été changé. Si l’on n’avait touché ni à la Ceni ni au fichier électoral, on aurait pu faire les élections. Ceux qui ont posé ces actes ne veulent pas que les élections aient lieu. Après, c’est facile de crier dehors : l’opposition ne veut pas aller aux législatives ! La réalité est que le pouvoir en place n’est pas prêt pour ces élections, dans la mesure où la coalition même au pouvoir qui était minoritaire au second tour, mais qui a gagné dit-on, la élection présidentielle, a volé en éclats. Le parti gouvernemental est donc tout seul, avec ses 18% de voix du premier tour de ce scrutin, face à l’ensemble des partis politiques qui sont pratiquement tous passés dans l’opposition. C’est une situation ingérable pour le pouvoir, mais qu’on essaie de couvrir par des discours.

Fraternité Matin : Le ministre Alhassane Condé de l’Administration du territoire accuse l’opposition de bloquer le processus, puisqu’elle n’arriverait pas à s’accorder sur les dix membres à envoyer à la Commission. Qu’en est-il ?

J’ai entendu cela et j’en ai souri. Dans la mesure où le parti au pouvoir n’est pas chargé de définir l’opposition. L’opposition se définit par elle-même, c’est celle qui manifeste, qui s’est battue pour avoir une commission nationale indépendante paritaire comme prévu par la loi, pour que le fichier électoral soit révisé, au lieu de procéder à un nouveau recensement. Ce collectif des partis pour la finalisation de la transition avec l’Adp, s’est réuni et a donné les dix noms qu’il fallait pour aller à la Ceni. Le gouvernement, entre temps, comme cela se fait toujours avec les socialo-communistes, a créé une centaine de partis politiques qu’on a affectés un peu partout en désignant ceux-ci comme étant du centre, ceux-là comme étant de l’opposition. Nous avons dit que ces partis, nous ne les connaissons pas, nous voulons que les dix sièges réservés à l’opposition soient partagés entre nous et ces partis que le pouvoir a créés. C’est assez simple. En 2007, on était face à un tel problème et c’est à ce moment qu’on a créé la Ceni, avec le général Conté. Quand ce problème s’est posé, il a dit qu’il ne se mêlait pas des difficultés de l’opposition, parce que cela ne le concernait pas. Et nous avons déposé, avec Alpha Condé à l’époque, la liste de l’opposition, nonobstant les partis qui réclamaient des sièges mais qui n’étaient pas représentatifs dans le pays. En réalité, c’est le rêve d’Alpha Condé, de faire en sorte que nous nous retirions de la Ceni parce que nous n’arriverions pas à un accord, et que, pourquoi pas, nous refusions d’aller aux législatives. Cela lui permettrait de mettre en place une Assemblée aux ordres et, en ce moment-là, il serait l’homme le plus heureux. Seulement, nous ne lui offrirons pas ce plaisir, parce que nous préparons les élections, nous irons aux élections et la Ceni sera revue comme nous l’avons souhaité.

Fraternité Matin : Et si le pouvoir refuse ?

Cela fait deux ans qu’il refuse et deux ans que nous manifestons. Et plus on avance, plus les manifestations prennent de l’ampleur, parce qu’à cela s’ajoute la situation des populations qui sont dans les pires difficultés dans notre pays. On n’a pas beaucoup parlé du volet économique, mais la Guinée est dans une situation désastreuse. Vous savez, c’est un pays qui n’exporte plus de produits agricoles, la seule société de transformation minière a arrêté ses activités depuis des mois. C’est un pays qui servait de base commerciale à la sous-région, mais tout ceci a disparu avec une réorganisation du port dont on ne comprend pas très bien les objectifs. Aujourd’hui, l’activité à Conakry est inexistante. Les infrastructures de base comme l’eau et l’électricité, choses sur lesquelles je m’étais penché quand j’étais Premier ministre en 1996 — en 6 mois, on avait réglé ces questions [à Conakry, T.S. Bah] —, deux ans après l’avènement de l’actuel pouvoir, nous en sommes au même niveau. Là où cela fonctionne le mieux, dans les quartiers les plus huppés de la ville, vous avez six heures d’électricité par jour ! Ces difficultés font qu’aujourd’hui, ces législatives vont être des élections à mi-mandat, puisque les gens ont eu le temps de se faire une idée, entre les promesses et la réalité quotidienne de la gestion d’un parti prônant l’idéologie socialo-communiste. Plus on avance, moins les gens vont aller dans ce sens. Cette question électorale est devenue un réel problème pour le Président.

Fraternité Matin : Peut-on soutenir, aujourd’hui, que l’armée est totalement sortie de la scène politique guinéenne ?

Non. Parce que le gouvernement actuel cherche à l’impliquer un peu plus. Il y a eu une mise à la retraite de près de 4000 militaires qui avaient un certain âge, ce qui est normal, à mon sens. Mais, en contrepartie, ce sur quoi nous insistons, c’est que de jeunes gens sont recrutés uniquement dans une certaine communauté, sont envoyés en Angola pour être formés, et tous les six mois, vous avez des contingents de 300 à 400 jeunes qui vont et viennent et qui sont intégrés dans l’armée. On veut remplacer les militaires partis à la retraite par de nouveaux militaires qui sont, en réalité, des militants. De plus en plus, on essaie de caporaliser l’armée.

Fraternité Matin : Que devient Dadis Camara ? A-t-il encore une place sur la scène politique en Guinée ?

Je crois qu’il est à la retraite à Ouagadougou. Je ne sais pas s’il est encore dans la vie politique, je ne le crois pas. Il est certain que chacun de nous a, au moins, un village. Peut-être qu’il y a des gens qui ont encore des idées de ce genre, mais pour le moment, il est vraiment à l’écart de la vie publique.

Fraternité Matin : Et le général Sékouba Konaté ?

Je ne sais pas. Je crois que lui aussi, il est dans la nature. Je ne sais pas où il est d’ailleurs. Quand on sait le rôle qu’il a joué dans ces élections, au premier tour et au second, on se demande pourquoi il n’est pas là.

Fraternité Matin : Que rôle a-t-il joué ?

Il a aidé au changement des résultats de l’élection. Au premier tour, on a pris en compte des résultats du Rpg qui n’étaient pas ceux de la Ceni, puisque ce sont des documents qui n’ont été visés ni par les partis politiques ni par la représentation de la Cour suprême. C’est ce qui nous a valu de nous retrouver en troisième position, tandis que d’autres [Alpha Condé] ont été propulsés à la deuxième place. Au second tour, les problèmes ont été identiques. On a mis quatre mois entre les deux tours, le temps pour le Rpg de mettre en place les structures nécessaires pour gagner les élections.

Fraternité Matin : Qu’avez-vous fait contre cela ?

Nous avons manifesté, à l’époque, mais nous sortions d’une crise très difficile, la communauté internationale a beaucoup pesé sur cette décision. J’ai saisi la Cour suprême, une première fois, mais nous avons été sous pression. La communauté internationale voulait que ces élections se terminent et qu’on se rattrape aux législatives.

Fraternité Matin : Quels sont vos rapports, aujourd’hui, avec Cellou Dalein Diallo que vous avez soutenu au second tour de la présidentielle de 2010 ?

Nous avons de bons rapports. D’abord nous sommes des libéraux. Ensuite, nous avons constitué en Guinée avec lui, le Premier ministre Kouyaté, Abé Sylla et d’autres partis, le collectif de finalisation de la transition, avec pour objectif d’obtenir des élections législatives libres, transparentes et crédibles. C’est ce mouvement qui organise des manifestations pour exiger des législatives crédibles. Nous travaillons tous ensemble dans ce cadre, et nous étions tous ensemble ici, à Abidjan, au congrès de l’Internationale libérale.

Fraternité Matin : Parlons de ce congrès auquel vous avez pris part. Qu’est-ce que le libéralisme peut apporter à l’Afrique ?

Il n’y a que le libéralisme qui puisse apporter quelque chose à l’Afrique. Qu’est-ce que le libéralisme ? C’est la capacité qui est donnée à chacun d’entre nous de s’exprimer et d’entreprendre. Pour créer de la richesse, il faut qu’il y ait ces capacités dans nos pays ; les entreprises privées représentent l’essentiel de la création des richesses partout, pas uniquement dans nos pays. Si vous prenez un cas typique comme celui de la Côte d’Ivoire, j’écoutais votre projet de développement économique à moyen terme, avec des investissements colossaux. Mais, au mieux, l’Etat va y prendre 40%, ce qui est un taux extrêmement élevé. Sinon, dans des pays comme les nôtres, ce devrait être 25 à 30% le reste est financé par le secteur privé. Dans des pays comme la Chine, l’Inde, ce sont les Ide (investissements directs étrangers) qui font l’essentiel des investissements, parce que c’est là que la richesse se crée. Et cela, il n’y a que le libéralisme qui puisse le faire. La socialisation des biens de production, on en connaît les résultats. En 1989, quand l’Union soviétique est tombée, personne ne l’a poussée, elle est tombée toute seule, parce qu’il n’y avait pas cette création de richesses, cette croissance économique, cette capacité des gens à aller de l’avant que vous retrouvez dans le système libéral. La liberté qu’on offre aux gens d’entreprendre n’a pas d’équivalent dans le système socialo-communiste.

L’Afrique a donc tout intérêt à s’inspirer de cela. Mais quand on dit entreprises privées, chez nous, les gens ont toujours en tête de grandes entreprises qui s’intéressent au pétrole ou aux mines. Ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Dans certains pays, comme Taïwan, 70-80% des entreprises sont des Pme. Ce sont de petites entreprises que chacun de nous peut créer. Je crois qu’un pays comme le Ghana est sur cette voie. Il faut qu’on le comprenne bien : c’est tout cela qui fait qu’on peut créer de la richesse. Sans création de richesse, il n’y a rien du tout. On veut s’orienter tous vers le social.

Mais comment voulez-vous faire du social, si vous n’avez pas d’argent ?

Je me souviens que le Président Houphouët, disait : « Nous ne sommes pas un Etat socialiste, mais nous comptons faire le social le plus hardi », parce qu’il y avait des revenus pour cela. Et les revenus, c’est le privé, les planteurs, les entreprises, les Pme agricoles qui peuvent devenir des Pme de transformation, des coopératives… Quelqu’un comme Zadi Kessy a entrepris de faire cela dans son village. On produit le cacao, on le transforme sur place…

Fraternité Matin : Le libéralisme poussé à l’extrême ne crée-t-il pas des injustices ?

C’est clair, le libéralisme poussé à l’extrême n’est plus le libéralisme mais le capitalisme. Un système sans idéologie. Le libéralisme a une idéologie qui veut qu’on crée de la richesse et qu’on fasse de telle sorte que tous ceux qui partagent cet espace ne soient pas mis dans une situation difficile qui les empêche d’accéder au minimum vital. Le libéralisme est une idéologie très éloignée du capitalisme qui en est une déformation. Pourquoi ? Parce qu’on se sert tous du marché, mais le marché n’est qu’un mécanisme pour gagner des bénéfices ou favoriser la croissance. L’utilisation de ce qu’on gagne est définie dans le libéralisme de manière différente du capitalisme.

Fraternité Matin : La crise financière mondiale récente a remis en cause le libéralisme, avec les interventions massives des Etats pour sauver les banques en déphasage avec les thèses sacrées de cette idéologie.

Non, rien n’est sacré. Nous disons qu’il faut donner la primauté aux investissements privés. Les crises économiques sont cycliques. Même les pères de la macroéconomie, entre autres, John Maynard Keynes, ont recommandé que l’Etat intervienne quand le marché est perturbé. Et nous l’avons vu aux Etats-Unis pendant la grande crise, les grands travaux qui ont été effectués l’ont été sur des fonds publics. Quand Barack Obama reprend le secteur automobile, y met de l’ordre et, trois ans après, se retire, c’est juste du pragmatisme, il ne s’agit pas d’une nationalisation qui est un transfert de propriété à l’Etat. Là, il s’agit de participation en vue de rééquilibrer un certain nombre de choses, après les distorsions qu’on a constatées. Ceci n’a jamais été interdit. L’Etat a forcément son rôle à jouer quand il y a des distorsions. L’économie ne peut pas être en croissance permanente. Il peut arriver des crises et la souplesse de ce régime veut que des mesures correctives soient prises, même si c’est par l’État, de manière provisoire.

Fraternité Matin
24 octobre 2012

Le CNT soupçonne le premier ministre

Rabiatou Diallo, présidente du Conseil national de Transition
Rabiatou Diallo, présidente du Conseil national de Transition

Le Premier ministre guinéen, Jean- Marie Doré, est soupçonné par le Conseil national de transition (CNT, organe législatif provisoire) de vouloir violer la Constitution par une “tentative de modification” des attributions de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et une “implication excessive” du ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques dans l’organisation du second tour de l’élection présidentielle.

Lors d’une “réunion extraordinaire” tenue vendredi, la plupart des conseillers ont porté un doigt accusateur sur Jean-Marie Doré qui tenterait de faire signer, par le président par intérim Sékouba Konaté, un projet de décret et un projet d’ordonnance sur la modification des attributions de la CENI.

Pour les conseillers, il s’agit d’une tentative de changement de la Constitution guinéenne promulguée le 17 mai dernier et du Code électoral, qui font de la CENI l’organe chargé d’organiser les élections avec l’appui technique du ministère de l’Administration du territoire et des Affaires politiques (MATAP).

Premier ministre Jean-Marie Doré
Premier ministre Jean-Marie Doré

“Nous voulons dire ici haut et fort qu’il y a une tentative de surprendre la vigilance du président de la République par intérim, pour le pousser à violer certaines dispositions de la loi”, a déclaré le rapporteur de la commission constitutionnelle du CNT, Eric Thiam.

“Cela est grave au moment où nous nous apprêtons à aller au second tour de l’élection présidentielle” prévue le 19 septembre, a-t-il souligné.

Pour le conseiller El Hadji Salif Sylla, le Premier ministre guinéen cherche à “s’éterniser au pouvoir”.

“Sinon pourquoi cherche-t-il à s’infiltrer dans l’organisation du second tour en souhaitant modifier la Constitution guinéenne et le Code électoral?”, s’interroge-t-il.

Après plus de deux heures de travaux, le bureau exécutif du CNT a proposé de prévenir le président de la République par intérim du danger qui résulterait d’une modification par décret ou ordonnance de la Constitution ou du code électoral.

Le CNT a décidé de le faire, soit à travers une déclaration, soit par une conférence de presse ou encore par une rencontre d’explication avec le Premier ministre ou une lettre officielle adressée à la présidence de la République pour exprimer la position du CNT.

Xinhua

Conseil National de Transition, prélude et horizon

Prélude

L’Intersyndicale a voulu organiser le 20 courant la cérémonie d’investiture de la présidente du Conseil national de Transition (Cnt). Elle comptait sur la présence du président intérimaire, général Sékouba Konaté,  et du Premier ministre transitionnel, Jean-Marie Doré.

Mais ni l’un, ni l’autre n’étaient disponibles pour l’événement. Le premier participait à Banjul au 40e anniversaire de “l’indépendance” de la Gambie, le second était occupé à autre chose à Conakry. Enfin, le corps diplomatique n’avait pas été convié. Pourquoi donc, devant tant d’improvisation et de manque de coordination, avait-on convoqué la rencontre ? Est-ce un signe avant-coureur d’un amateurisme à venir ? Mystère.
Quoiqu’il en soit, avec la présidence de l’exécutif et la primature, le Cnt est la troisième institution de la Transition. Mais, avant même sa formation, elle suscite plus d’interrogations. La raison d’être des trois composantes de la transition est l’organisation d’élections dans les six prochains mois.

En attendant les tractations et la publication de sa composition j’examine ici le prélude et l’horizon du Cnt.

Datant du 17 courant, la Lettre de mission de général Sékouba Konaté contient les fondements du Conseil national de la Transition.

De fait, ce document résume les opportunités et les dangers, l’espoir et la fragilité de l’après-Dadis Camara.

La lettre comporte deux parties distinctes :

  • Les quotas numériques assignés à différentes catégories sociales devant désigner des représentants
  • Les consignes du président intérimaire à la présidente Rabiatou Diallo et à ses deux collègues, Mgr. Albert Gomez (frère cadet de Alsény René Gomez et ancien footballeur) et Elhadj Mamadou Saliou Camara.

Je commence par l’examen du deuxième point. Tout d’abord, se référant vraisemblablement aux 6 mois impartis à la transition, général Konaté parle du “respect scrupuleux du calendrier électoral”.  En fait, il est prématuré pour lui de parler de calendrier. Il appartient plutôt à la Commission électorale d’établir un échéancier, dont l’exécution dépendra de la bienveillance des bailleurs de fonds et des partenaires. Car la trésorerie de l’Etat est vide et ses recettes fiscales anémiées.
Ensuite, la lettre énumère les tâches principales du Cnt. Ce sont, dit-elle :

  1. La relecture des lois organiques et des textes électoraux nécessaires à la normalisation de la vie politique
  2. Le suivi et l’évaluation de l’action gouvernementale
  3. La poursuite de l’évolution du processus électoral en particulier, des activités de la CENI
  4. Tout rôle législatif en rapport avec le processus de transition
  5. La contribution à la réconciliation nationale

Comme on le voit, la Lettre de mission est vague car :

  • Elle ne fait aucune mention explicite d’une nécessité primordial et d’une condition sine qua non : la rédaction d’une nouvelle constitution marquant une rupture radicale les précédentes lois fondamentales du pays. En effet, qu’il s’agisse de la Loi de 1958 révisée et amendée en 1968 et en 1978, ou de celle de 1990, modifiée en 2003, les constitutions guinéennes ont ceci de commun: elles sont taillées sur mesure pour satisfaire la boulimie du pouvoir, la volonté autocratique et la politique tyrannique du chef de l’Etat. Dans chacun des cas antérieurs, la préparation de la constitution s’est faite sous l’autorité d’un président de la république, qui s’y est taillé la part du lion, supprimant ou laissant la portion congrue aux branches législative et juridique de l’Etat. Cette fois-ci, au 21e siècle, l’élection présidentielle sera postérieure au processus constitutionnel. Malheureusement, la lettre de Konaté passe sous silence cette démarche fondamentale. Il se borne à parler d’une “relecture” de routine. En réalité, il faut plus qu’un survol. Au contraire, il est essentiel de procéder à une refonte totale des textes fondamentaux, à commencer par la Constitution.
  • Tout en se renforçant mutuellement, les points 2 et 4 contredisent le premier point. D’une part, ils confèrent au Cnt un rôle de supervision de l’action gouvernementale ; ce dont la Primature de Jean-Marie Doré aura à s’accommoder ou bien qu’elle cherchera à contester et à torpiller. D’autre part, ces deux points  assignent un statut législatif aux délibérations du Cnt. Rabiatou et ses collègues seront-ils à la hauteur de leur mission et des attentes des Guinéens ?
    Toujours est-il que leurs travaux devraient déboucher sur la présentation de cette éventuelle et nouvelle Constitution.
  • Considérant le 3e point, le Cnt devrait revoir la composition de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) afin d’éradiquer les contradictions et les tares héritées du régime de Lansana Conté.
  • Dernier point et non le moindre, général Sékouba Konaté joue à l’autruche, qui enfouit son visage dans un trou et se croit ainsi invisible bien que le corps et le derrière soient exposés. Il ne peut pas y avoir de réconciliation en Guinée sans justice. Mais vu que son nom figure sur la liste des personnes ciblées pour enquête supplémentaire par le rapport de l’Onu, Konaté s’est résigné à une attitude suspecte, cynique et inacceptable. Car, en dernière instance, la Cour pénale internationale rejettera toute tentative d’obstruction de la justice au nom d’une prétendue réconciliation nationale.

Qualité et quantité, catégories et quotas

L’autre aspect de la Lettre de mission porte sur la composition du Cnt, portée à 101 membres, répartis ainsi qu’il suit.

Corps/Institution Représentants
Partis politiques 30
Syndicats 15
Armée et sécurité 10
Société civile 9
Guinéens étranger 8
Femmes 4
Jeunesse 4
Coordinations régions 4
Professions 3
Patronat 3
Médias privés 3
Droits humains 2
Paysannat 2
Artisanat 2
Religieux 2
Total 101

Tout d’abord je note  qu’à l’image du gouvernement de transition de Jean-Marie Doré, la composition du Cnt est pléthorique.

Ensuite, la catégorisation sociale est inadéquate et exagérée, bâclée et superficielle, et cela pour les raisons suivantes :

On n’a pas besoin d’être économiste ou sociologue pour savoir que l’artisanat relève du paysannat.

Les coordinations régionales font partie de la société civile

Les professions appartiennent soit aux syndicats, soit à la société civile.

L’activité corporative des médias privés relève de prérogatives déjà reconnues aux organisations syndicales.

La même remarque s’applique aux organisations des droits de l’homme, dont le rôle s’intègre et renforce la société civile.

Les clergés (musulmans et chrétiens) sont des corps spécialisés, non laïcs. En tant que tels, leur place n’est pas au Cnt. Elle est ailleurs, dans les mosquées et dans les églises, dans les qibla et les qutba, les pupitres et les sermons. Leur présence au Cnt ne servirait qu’à affaiblir la laïcité nécessaire de l’Etat et la séparation indispensable des pouvoirs spirituel et temporel.

L’armée est une institution spécialisée de l’Etat, qui n’a pas non plus sa place au Cnt. Pis, depuis 1960 — de Fodéba Keita à Moussa Dadis Camara, en passant par Sékou Touré et Lansana Conté — elle réprime, opprime, viole, pille, et tue les citoyens. Du fait même de son comportement scélérat et criminel, elle a perdu la confiance des populations guinéennes ; elle s’est dépouillée de toute crédibilité, légalité et légitimité. Au point que la communauté africaine et internationale envoie des vrais militaires pour réformer les forces armées guinéennes. En réalité, dans leur complexion actuelle, et en raison des virus qui la rongent, cette institution ne peut pas s’améliorer. Il faudrait plutôt l’abolir entièrement et repartir à neuf avec des critères professionnels de recrutement.  En attendant, et à l’heure où le pays  marque un nième nouveau départ, il faut exiger que les forces armées rentrent dans les casernes et qu’elles obéissent aux dirigeants civils.

En conséquence, je suggère une réduction de la composition du Cnt à 80 membres, ainsi qu’il suit :

Corps/Institution Représentants
Partis politiques 20
Syndicats 15
Société civile 12
Guinéens étranger 10
Paysannat 4
Jeunesse 4
Femmes 4
Professions 3
Patronat 3
Médias privés 3
Total 80

 

Horizon de la Transition

Peu importe que l’on prenne en compte les réflexions et propositions présentes. Le fond du problème, c’est l’horizon et les perspectives de la transition. Ce n’est pas la première fois que l’histoire offre à la Guinée une occasion de ré-inventer et d’améliorer son sort. Ce fut le notamment cas successivement le :

  • 2 octobre 1958
  • 3 avril 1984
  • 23 décembre 2008

A chaque étape, sous la forme d’une dictature ethnocratique et individuelle, la montagne d’espoir a accouché d’une souris pernicieuse, nocive et meurtrière.

Qu’en sera-t-il cette fois-ci ? Verrons-nous le retour au passé ? Ou alors — préférablement — la rupture avec celui et la marche résolue vers un futur de justice, de liberté, de paix et de développement ?

Pour terminer, je voudrais rappeler que tout éclopé et perclus qu’il est,  Moussa Dadis Camara est toujours le président en titre et que le Cndd est tapi dans l’ombre, mais n’a pas dit son dernier mot.

Tierno S. Bah

Pré-élections : Lansana Conté s’accroche au pouvoir

Contexte pré-électoral: Lansana Conté s’accroche au pouvoir

A quelques semaines des élections présidentielles prévues le 21 décembre 2003, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH) a mandaté une mission internationale d’enquête en Guinée-Conakry, du 8 au 15 novembre 2003.

Lansana Conté, en 2003
Lansana Conté, en 2003

FIDH. Rapport d’une mission internationale d’enquête

La mission a eu pour objectif de: dresser un état des lieux de la situation politique et sociale au regard des droits de l’Homme; s’informer de la situation de l’administration de la justice; s’enquérir de la situation des défenseurs des droits de l’Homme, ainsi que du sort des réfugiés.
Les chargés de mission ont rencontré les représentants des autorités officielles, les dirigeants des partis politiques d’opposition, les acteurs de la société civile et les représentants de missions diplomatiques.
Au cours de sa mission, la FIDH a pu constater de vives crispations et tensions à la veille des élections présidentielles :

Grève des enseignants

Le 10 novembre, les enseignants sont entrés en grève après l’échec des négociations visant à la mise en œuvre des promesses signées en janvier 2002 par les autorités guinéennes compétentes. Il s’agissait d’une revalorisation salariale sensible pour faire face à l’augmentation du coût de la vie. Dès le premier jour de la grève, Louis M’Bemba Soumah, dirigeant syndical, a été interpellé par la police afin d’être entendu. Le lendemain, six dirigeants syndicaux (membres du SLECG et de la FSPE ont été interpellés. Ils ont passé une nuit au poste de gendarmerie avant d’être libérés.

Arrestation de Jean-Marie Doré

Le 13 novembre 2003, Jean-Marie Doré, président de l’Union pour le Progrès de la Guinée (UPG), parti d’opposition, a été arrêté. Cette interpellation a fait suite à une interview sur Radio France International le matin même, lors de laquelle M.Jean-Marie Doré a évoqué la maladie du Président Lansana Conté et accusé ses médecins d’avoir produit un faux certificat médical pour son dossier de candidature. L’annonce de cette interpellation, illégale au regard du droit guinéen, a provoqué un début de rassemblement qui a été promptement dispersé par les forces de l’ordre.
Le 14 novembre, une demande de levée d’immunité parlementaire de Jean-Marie Doré a été adressée au Président de l’Assemblée Nationale. Toutefois, cette question n’a pas été mise à l’ordre du jour de l’Assemblée. Jean-Marie Doré a été libéré dans la nuit du 14 au 15 novembre, à la suite d’une forte mobilisation.

Préparatifs d’élections

S’agissant de la préparation des élections, la FIDH a constaté la décision des partis d’opposition de boycotter l’élection présidentielle. Cette situation est le résultat direct de la rupture du dialogue national, initié en juillet 2003, sur les questions électorales et générales. Ce dialogue, auquel avait pris part des membres du gouvernement, des représentants des partis politiques (mouvance présidentielle et opposition et des représentants de la société civile, a été définitivement suspendu fin octobre après l’annonce unilatérale, par les autorités, de l’adoption d’un décret fixant la date des élections présidentielles pour le 21 décembre 2003.

Enfin, sur huit candidatures présentées (pratiquement toutes issues de la mouvance présidentielle, la Cour Suprême n’en a retenu que deux écartant les autres arguant de vices de procédure. Ainsi, cette élection se jouera uniquement entre Lansana Conté, président actuel, et Mamadou Bhoye Barry, député de l’Assemblée Nationale.

Cette situation confirme les craintes de la FIDH s’agissant de la volonté du pouvoir actuel de se maintenir en place à tout prix. Les quelques signes positifs que constituaient l’amorce de dialogue national et la loi d’amnistie du 9 novembre 2003 — au bénéfice des opposants politiques et notamment d’Alpha Condé, leader du Rassemblement du peuple de Guinée — seront restés au final lettre morte.

Les récents événements témoignent d’un climat de vive tension politique, aggravé par une situation économique préoccupante (pauvreté croissante, inflation en forte augmentation…) et un climat de violence lié la présence de groupes armés en Guinée forestière.
Cette situation est d’autant plus inquiétante qu’elle s’inscrit dans un contexte particulièrement tendu dans la sous-région, dû notamment aux conflits en Côte d’Ivoire, Libéria et Sierra Leone (la Guinée devant en outre accueillir chaque jour un nombre croissant de réfugiés) (partie supprimée).

La FIDH craint, au regard des faits constatés au cours de sa mission, une dégradation de la situation à l’approche de l’élection présidentielle.
La FIDH appelle les autorités guinéennes à instaurer les conditions nécessaires à la reprise du dialogue national et à garantir le déroulement d’élections présidentielles libres et démocratiques dans le respect des valeurs inhérentes à un Etat de droit. La FIDH les appelle en outre à garantir, en toutes circonstances, le respect des droits de l’Homme et des libertés fondamentales en Guinée.