Guinée : Occidentaux, Asiatiques, Maroc

Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.
Réunion du Groupe de Casablanca, rival du Groupe de Monrovia. De g. à dr.: prince héritier Moulay Hassan (futur Hassan II), Gamal Abdel Nasser, Kwame Nkrumah, Ferhat Abbass, Sékou Touré, Modibo Keita, roi Mohamed V. Casablanca, janvier 1961.

La question d’un éventuel trosième mandat du président Alpha Condé revient fréquemment sur le Web. C’est là une autre manière de  noyer le poisson dans l’eau. La présidence d’Alpha Condé se déroule  à son avantage, certes. Mais elle s’exerce au détriment de  la Guinée, où la pauvreté s’aggrave. L’embêtant pour M. Condé, c’est qu’après Sékou Touré (26 ans) et Lansana Conté (24 ans), le pays ne peut supporter un autre quart de siècle avec le même dictateur. Sur le site Africaguinee on lit le passage suivant :

« A l’occasion d’une session des assises sur l’eau au Maroc, le dirigeant guinéen a parlé de « continuité » citant en exemple le royaume chérifien, les pays asiatiques et occidentaux. »

Et Guinee7 renchérit :

« Pourquoi les pays occidentaux n’ont jamais demandé aux pays asiatiques de limiter les mandats », s’interroge Alpha Condé au Maroc.

La question est ridicule et hors-sujet. Car il ne s’agit ni des pays cccidentaux, ni de ceux asiatiques. Eux, ils se  conforment à leur Constitution et ils appliquent  leurs lois. Ainsi:

  • François Hollande n’aura exercé qu’un seul mandat. Une ultra-nationaliste comme Marine Le Pen pourrait bien lui succéder.
  • Les USA viennent de remplacer Barack Obama par Donald Trump.
  • La Corée du Sud vient de destituer une présidente, la fille d’un ancien président-dictateur, pour arrogance et corruption.

Monsieur Condé ne se rend pas compte combien il est naif de comparer la Guinée à des pays fonctionnels et prospères, d’Europe et d’Asie. Il devrait se concentrer sur l’Afrique, ne serait-ce qu’en sa qualité de président en exercice de l’Union Africaine pour 2017-18.
En attendant, son admiration pour la stabilité ou la « continuité » marocaine indique son inculture historique et politique. Car l’histoire de cette dynasite est marquée tour à tour par la continuité, la dépendance et les conflits internes.

Anciennete et continuité de la monarchie chérifienne alaouite

Selon Wikipédia la dynastie alaouite :

« règne sur le Maroc depuis la seconde moitié du xviie siècle. Venus du Hejaz2, ils s’installent au Tafilalet, les Alaouites deviennent sultans du Maroc à la suite d’une période d’instabilité ayant suivi le décès du dernier sultan de la dynastie des Saadiens en 1659 et durant laquelle le pays est morcelé en plusieurs États indépendants, l’autorité centrale échouant aux mains des Dilaïtes. Moulay Rachid, troisième prince alaouite du Tafilalet, réunifie le pays entre 1664 et 1669 et réinstaure un pouvoir central, marquant ainsi le début de la dynastie alaouite du Maroc, qui est toujours à la tête du royaume de nos jours. »

Impérialisme français et Protectorat français

« Mis en place par le traité franco-marocain conclu à Fès, le 30 mars 1912, entre la Troisième République française et Moulay Abd El Hafid2, éphémère sultan marocain, il était officiellement nommé Protectorat français dans l’Empire chérifien dans le traité de Fès, publié quelques mois après dans le premier bulletin officiel du pays, qui avait pour en-tête : « Empire chérifien : Protectorat de la République française au Maroc ». La fin de ce protectorat, dont l’arrivée fut annoncée au Maroc par le sultan Sidi Mohammed ben Youssef — futur roi Mohammed V — lors de son discours du trône du 18 novembre 19553 (date retenue pour la Fête nationale de l’indépendance), fut actée avec la Quatrième République française le 2 mars 19563.
Parallèlement, fut instauré un protectorat espagnol au MarocN 2 à compter du 27 novembre 1912, sur la base d’une convention franco-espagnole, et le retour à la souveraineté du Maroc fut officiellement reconnu par l’Espagne près d’un mois après la France, le 7 avril 1956. »

Conflits internes

C’est donc seulement en 1956 que le royaume du Maroc redevint souverain. Sous le règne des deux premier monarques — Mohamed V et Hassan II — un agent de la France, le général Mohamed Oufkir, joua un rôle de premier plan. Consultons Wikipédia :

« En 1950, (Oufkir) est “détaché au cabinet du général commandant supérieur des troupes du Maroc”, le général Duval au côté duquel il devient un spécialiste des services de renseignement français. »
« En 1955, les autorités françaises l’imposent comme aide de camp du roi Mohammed V dès son intronisation au lendemain de l’indépendance du Maroc. Son rôle est de réduire l’influence de l’armée de libération nationale marocaine (ALN), d’atténuer le plébiscite autour de la légitimité des partis nationalistes, notamment l’Istiqlal et l’UNFP, et de construire les structures policières et de surveillance officielles (notamment les FAR Forces Armées Royales) et parallèles. »

Général Oufkir dirige ainsi la répression contre “le soulèvement du Rif entre 1957 et 1959 (cette répression exécutée avec zèle lui vaut le surnom de ‘Boucher du Rif’, le ‘complot de juillet’ que le régime attribue en 1963 à la gauche marocaine et les émeutes de Casablanca du 23 mars 1965 où, à bord d’un hélicoptère, il tire à la mitraillette sur la foule.”

En 1965, Oufkir et le roi Hassan II sont impliqués dans la disparition de Mehdi ben Barka, enlevé et assassiné en France. “La justice française  condamne Oufkir par contumace … aux travaux forcés à perpétuité.”

Peu importe. A Rabat Oufkir continue de monte en flèche. Il devient commandant en chef des Forces armées royales et ministre de la défense en 1971. C’est fort de cette position qu’il tente successivement de liquider le roi Hassan. Son premier coup d’Etat date de 1971. Il échoue. Pareil pour celui de 1972. L’échec de cette deuxième tentative entraîne sa mort : suicide,  exécution ?

Alpha Condé et la Guinée

L’interrogation plus haut est ainsi superflue. La vraie question est  plutôt la suivante:

Pourquoi ne pas respecter  la Constitution guinéenne, qui limite le nombre de mandats présidentiels consécutifs à deux ?

La réponse est claire. L’autocratie et son corollaire, le narcissisme, ainsi que la cupidité et sa compagne, la corruption, conduisent monsieur le président-commis voyageur à mépriser son pays au point de laisser circuler des spéculations sur un troisième mandat. Alors que sa politique inarticulée, brouillonne a — en 10 ans bientôt — ruiné  l’économie et enfoncé le pays davantage dans la pauvreté.

Qu’il n’oublie pas cependant que la république et la monarchie sont des systèmes différents. Et que la république de Guinée n’est pas le royaume du Maroc. S’il existe de vagues ressemblances, il n’y a, par contre, pas de correspondance entre les deux pays.

Deux mandats consécutifs sont suffisants pour un président intègre, rassembleur et travailleur. Dix mandats sont insuffisants pour un dictateur assoiffé de pouvoir pour soi. En conséquence, la Guinée doit fermement appliquer le principe de l’alternance, qui est nécessaire et indispensable à l’exercice de la démocratie, même électoraliste.
Elle doit le faire par-delà les plans machiavéliques et les manoeuvres sournoises du président Alpha Condé. Qui voudrait s’accrocher indéfiniment et futilement au fauteil.

Tierno S. Bah

Bâ Mamadou. Qui est Sékou Touré ?

Les dés en sont jetés. En collusion avec l’Assemblée nationale, le pouvoir exécutif et le “coalition” politique d’Alpha Condé vont légiférer la justice pour lui mettre des bâtons dans les roues. Dans quelques jours ou semaines ils vont proclamer une loi instaurant une commission Vérité, Justice et Réconciliation. Et pourtant un brin d’honnêteté et de réflexion aurait pu les conduire à omettre le mot JUSTICE. Car celle-ci relève de l’autorité de la troisième banche de l’Etat : le pouvoir judiciaire. Hélas ! Toutefois, que les autorités de Conakry sachent qu’elles perdent leur temps. Ils ne feront que frapper des coups d’épée dans l’eau.…
Entretemps, la majorité et l’opposition devraient lire et relire le texte de feu Bâ Mamadou, que je publie ci-bas. L’histoire est plus têtue et plus imprévisible que les hommes. Au bout du compte, la fuite en avant et les magouilles politiciennes devront cesser. “L’élite” guinéenne sera alors confrontée à la réalité. Celle-ci dicte qu’aussi longtemps que les magistrats assermentés et leurs collègues de tous ordres du cadre judiciaire n’auront pas le champ libre pour enquêter, juger, acquitter ou condamner conformément aux lois en vigueur — et en toute indépendance — la Guinée continuera de s’embourber dans la corruption, la violence et  l’impunité. Est-il besoin de rappeler qu’un tel contexte est peu incitateur aux investissments. Et qu’il ne peut que faire sombrer le pays davantage dans la pauvreté et la médiocrité.

Tierno S. Bah


Bâ Mamadou (1930-2009)
Bâ Mamadou (1930-2009)

Qui est Sékou Touré par El-Hadj Mamadou Bâ, président d’honneur de l’UFDG ?

Sékou Touré le Héros devenu Tyran Sanguinaire et Dictatorial

I. Qui est Sékou Touré ? Les jeunes doivent connaître la vérité

Il n’y a pas eu beaucoup d’écrits sur Sékou Touré, sur sa vie, ses activités, son œuvre. Il est vrai qu’il était le seul à écrire ses fameux tomes (une quinzaine) et il ne laissait personne parler et exprimer librement ce qu’il pensait et souhaitait. La presse n’existait pratiquement pas.
Personnellement (et avec Momory Camara), nous avons écrit des articles sur les finances et la monnaie qu’il a purement et simplement signé en son nom.
Il ne se sentait pas à l’aise dans les problèmes économiques et financiers et il sollicitait des « Nègres » pour rédiger des articles qu’il publiait dans ses tomes en son nom.
A mon avis, il est temps d’écrire maintenant sur la vie de Sékou Touré et ne pas continuer à faire simplement le griot. Comme l’a dit le Professeur Djibril Tamsir Niane :

« Il y a surtout qu’aussi bien en Guinée qu’hors de la Guinée, les études, les recherches sur le temps de Sékou Touré, n’ont pas avancé ».

Dans sa perplexité, Alsény Réné Gomez jetait un coup d’œil sur ce passé récent, pose le problème de bilan de la 1ère République. Il ajoute encore :

« Cinquante ans n’ont pas cicatrisé la plaie ; le devoir de mémoire qu’il pose devient incontournable ; il semble bien que les non-dits et autres silences sur les prisons de la 1ère République, constituent un blocage psychologique sur les Guinéens ».

II. Le préalable de la réconciliation nationale

« Il faudra bien crever l’abcès un jour. La réconciliation nationale l’exige. L’invite de Alsény Réné Gomez sera-elle entendue ? »

Citons encore Djibril Tamsir Niane :

« Quand un pays a été ébranlé par un drame aussi poignant, il est établi que « sans une réconciliation », sans un pardon, rien ne peut marcher. Nous avons vu le cas de l’Afrique du Sud ; Nelson Mandela a réussi à réconcilier, à rapprocher les composantes d’une société déchirée par un demi siècle d’Apartheid. Nous connaissons le cas de l’Espagne ; malgré « un pacte d’oubli » soixante dix ans après la guerre civile, le passé rattrape les hommes et la plaie s’ouvre à nouveau. En Afrique, les conférences nationales dans les années 1990 ont aidé à évacuer le « temps du kaki couronné »

La Guinée n’a pas encore trouvé l’opportunité de crever l’abcès des non-dits d’antan. Pourtant le développement est à ce prix. Si l’on n’ouvre pas le débat sur le drame de la 1ère République, si l’on n’exorcise pas le passé, il sera difficile d’entretenir une paix sociale.

1. Une conférence de réconciliation nationale

Une conférence de réconciliation nationale est indispensable et son objectif sera de :

  • Faire le bilan de toutes les violences commises par et sur les Guinéens de 1954 à 2008 sur les plans politiques, économiques et culturels.
  • Permettre à ceux qui ont participé directement ou indirectement à une violence, à ceux qui en ont été témoins, à ceux qui en ont été les victimes ou qui ont perdu des êtres chers, de s’expliquer et de comprendre ce qui s’est passé.
  • Restitution de tous les charniers sur toute l’étendue du territoire pour y ériger des monuments à la mémoire des disparus
  • Obtenir des excuses publiques et le repentir de ceux qui ont été coupables ou complices et aussi des réparations pour les victimes ainsi que leurs pardons.
  • Sceller la réconciliation par la mise en place d’un cadre permanent de concertation, d’échanges et de prévention des conflits.

Il faut peut être profiter du cinquantenaire pour ouvrir les débats et savoir si Sékou Touré est un héros ou un simple tyran sanguinaire et dictatorial.

La Deuxième République a systématiquement refusé de faire la lumière sur les années sombres de la Première République.

Comme le dit Niane Tamsir « sournoisement, les gens de l’ancien régime ont détruit le Camp Boiro jusque dans ses fondements, sous les yeux des dirigeants de la 2ème République. »

Le fameux Livre blanc préparé par le Colonel Faciné Touré qui avait réussi à récupérer les archives de l’Etat n’est jamais sorti.

[Erratum. — Une commission de préparation du Livre blanc fut désignée. A supposer qu’elle siégea, il n’en reste pas moins qu’elle ne s’attela pas à la tâche. Des décennies plus tard, il est douteux que les membres encore en vie de cette commission puissent déclarer l’existence d’une ébauche ou d’un brouillon de ce document. Bâ Mamadou omet de dire la Deuxième république fut dirigée par certains des principaux tortionnaires et hommes de  main de Sékou Touré : les colonels Lansana Conté et Diarra Traoré. Les deux officiers étaient compères et complices. Ils durent leur rapide avancement en grade à leur zèle dans la purge violente de leurs supérieurs formés dans l’armée de Keita Fodéba. Ils participèrent physiquement à la pendaison des Suppliciés du Pont du 8 novembre le 25 janvier 1971. Diarra et Conté étaient respectivement capitaine et lieutenant en fin 1970. Moins de dix ans plus tard, chacun d’eux avait reçu le grade de Colonel et obtenu un siège au Comité central du Parti. Comparez cette évolution à la stagnation de la carrière du Commandant Ousmane Sow, qui intégra l’armée à ce rang et le demeura pendant les 26 ans de règne de Sékou Touré !  Lire (a) “La pendaison” par Lieutenant-colonel Kaba 41 Camara (b)  “Armée guinéenne : écuries d’Augias” (c) La déplorable interview du Général Ousmane SowTierno S. Bah]

III. Célébration du cinquantenaire ou glorification de la 1ère République

Aujourd’hui, nous avons le malheur d’avoir un Premier Ministre (Lansana Kouyaté) qui, au lieu de s’occuper de sa lettre de mission, préfère réhabiliter la 1ère République qu’il considère comme une période de gloire pour la Guinée et son leader doit être honoré et glorifié pour son œuvre exceptionnelle… Il semble vouloir oublier ce qui est arrivé à tous les compagnons de Sékou Touré qui ont été assassinés, emprisonnés, exilés ou poussés au suicide comme Saïfoulaye Diallo qui s’est laissé mourir.

Sékou Touré a liquidé tous ses compagnons sauf ses parents et ceux de sa femme.

Malheureusement pour lui, la 2ème république a terminé la tâche pour lui en sacrifiant ceux qu’il a voulu protéger. (Dieu sait venger les innocents).

Vouloir profiter du cinquantenaire pour mettre les bourreaux et leurs victimes dans le même sac et les honorer ensemble, est d’une malhonnêteté qu’on ne pourra jamais pardonner au Premier Ministre.

Il faut qu’il sache que ce n’est pas la position qui aurait été choisie par son beau-père qui, à cette époque, a été écoeuré par ce qui s’est passé sous la 1ère République. (Il me l’a dit à plusieurs reprises même en présence de Sékou Touré). Il fait partie de ceux qui ne lui pardonneraient jamais cette forfaiture.

[Note. — Le beau-père en question était Lamine Condé, ancien gouverneur de la Banque centrale. — Tierno S. Bah]

On parle de réhabiliter Sékou Touré alors qu’il n’a jamais été ni jugé, ni condamné.

Cependant, si l’on veut le célébrer et l’honorer, il est bon de faire son bilan afin qu’on sache ce qu’il a fait ou, comme l’a dit le Professeur Ibrahima Baba Kaké, s’il est un héros ou un tyran.

On peut commémorer un événement : (le vote du 28 Septembre, la proclamation de l’indépendance, la mort d’un Président, etc.)

Cependant, si à cette occasion on veut glorifier et honorer les artisans de cet événement, il faut le faire avec discernement après avoir fait un bilan pesant les avantages et les inconvénients qui s’y rattachent.

Le Premier Ministre a déclaré qu’il faudra donner des noms de rues à des personnalités, les décorer (je ne sais comment justifier cette décoration).

Décorer quelqu’un qui a été condamné par un tribunal (même révolutionnaire) n’est pas une réhabilitation mais une véritable imposture, surtout à titre posthume.

Avant que les historiens n’entreprennent ce que l’avenir retiendra de lui, ceux qui ont vécu avec lui ont le devoir d’apporter leur témoignage pour éclairer le débat.

Il est vraiment regrettable que ses compagnons n’aient pas laissé d’écrits. Des personnes comme El Hadj Mamadou Fofana, Keita Fodéba, Dr. Accar Roger, etc. auraient pu faire connaître le personnage sous tous ses angles. Malheureusement, ils ont préféré se taire malgré tout ce qu’ils savaient.

[Note. — Fodéba n’en a pas eu le temps matériel. Il en savait énormément des secrets et des faits. Mais il fut fusillé à l’âge de 48 ans. Elhadj Fofana, quant à lui, s’emmura dans un silence obstiné. En 2001 je demandai à Bakary Keita, frère cadet de Fodéba Keita et voisin d’Elhadj Fofana à Landréah (Conakry), de faciliter un rendez-vous pour moi avec l’ancien collaborateur, soutien financier de Sékou Touré et survivant du Camp Boiro. Il me répondit que cela ne valait pas la peine, car Elhadj ne dirait rien. Quant à Dr. Accar, il aurait dû prendre la plume à retour d’exil. Hélas ! Il confia tout de même des bribes à André Lewin, auquel il  révéla comment il échappa de justesse au tueur à gages que Sékou Touré dépêcha pour l’éliminer en France. — Tierno S. Bah]

IV. La stratégie de violence chez Sékou Touré

Ceux qui ont vécu avec Sékou Touré, l’ont toujours décrit comme un homme violent, brutal, rancunier et méchant. C’est le cas, par exemple, de Sangaré Toumany ou de Camara Damantang.
Déjà à l’école primaire il s’est singularisé en organisant des groupes qui s’attaquaient aux maîtres jusqu’à ce qu’il soit licencié.
Il a été récupéré de justesse par M. Fodé Maréga, son parent Sarakollé, qui lui a permis au moins d’aller à l’Ecole d’apprentissage de Georges Poiret. (Section Menuiserie).

[Note. — Lire à ce sujet le témoignage de Hadja Maimouna Bâ, soeur cadette de Bâ Mamadou et veuve de Dr. Bocar Maréga. — T. S. Bah]

Aux PTT où il fut affecté, il n’a cessé de pousser les ouvriers contre les patrons et de prôner des grèves et des bagarres sauvages quand les syndicats n’étaient pas encore organisés.
Quand il a pu rentrer au chemin de fer par le syndicat, il n’a cessé de fomenter des révoltes jusqu’à ce qu’il réussisse à organiser la fameuse grève de 1947.
A partir de ce moment, il a été remarqué par la CGT qui l’a pris en main, ayant découvert en lui un manipulateur des foules.
La CGT lui a assuré un minimum de formation et en a fait un syndicaliste professionnel, ce qui correspondait parfaitement à ses souhaits et le fera connaître dans toute l’AOF. Son caractère de syndicaliste professionnel ne l’a jamais quitté même quand il a eu le pouvoir. ; il n’a jamais eu pour objectif de construire le pays et ne s’intéressait nullement au développement et à la pauvreté des citoyens.

Une seule chose l’intéressait ; son pouvoir absolu sans partage.

[Note. — Lire Dr. Charles Diané, Sékou Touré et son régime. — T.S. Bah]

Il ne fait pas partie des fondateurs du PDG/RDA et ne s’intéressait en premier temps qu’au syndicat USTG (Union des Syndicats des Travailleurs de Guinée)

[Note. — Sékou Touré ne fit pas partie du goupe initial chargé de rédiger le Mémorandum préparatoire du Congrès de Bamaka, qui créa, en octobre 1946, le Rassemblement démocratique africain. Mais Sékou Touré participa effectivement aux assises de Bamako en tant que membre de la délégation de l’Union du Manding. Le Fuuta-Jalon fut representé par les membres de l’Amicale Gilbert Vieillard. Par la suite Sékou Touré occupa un rang secondaire dans la direction du PDG, la section guinéenne du RDA. Il se plaçait derrière les cadres moyens diplômés de l’Ecole normale William Ponty (Sénégal) ; spécifiquement le triumvirat Madeira Keita-Amara Soumah-Saifoulaye Diallo. Sékou Touré n’avait que le certificat d’études primaires. Il dut manoeuvrer pour émerger comme le leader du parti à partir de 1951.
Voir la composition du Comité directeur du PDG-RDA en 1947 et en 1948. — Tierno S. Bah]

Quand le RDA rompit son alliance avec le Parti communiste, on lui demanda de créer un syndicat africain pour rompre avec la CGT. Il créa avec d’autres syndicalistes, la CGTA.

Quand il prit le Secrétariat Général du PDG en 1951, après le départ des premiers dirigeants affectés par le pouvoir colonial, il commencera tout de suite à former des loubards qu’il contrôlait comme une milice.
Pendant cette période (1954-1956), tous les moyens étaient bons (bastonnades, incendies de cases et de maisons, provocations, intimidations, bagarres, grèves du lit par les épouses, etc.) pour se débarrasser de ceux qui essayaient de lui résister ou limiter son pouvoir. La violence a toujours été au cœur de la stratégie de conquête du pouvoir par Sékou Touré.
Cela aboutit aux émeutes de 1953, 1954 où, grâce à ses hommes de main dirigés par Momo Joe, Momo Koulikandji et des jeunes dévoués, pendant lesquelles il put liquider des centaines de Guinéens qui ne voulaient pas adhérer au PDG.

Des hommes comme David Soumah, Sadou Bobo etc… durent s’exiler à Dakar.

L’administration coloniale, pour le calmer et le contrôler le fit élire (par un trucage honteux, contre un autre Guinéen très populaire) Conseiller territorial de Beyla (1951).
A partir de ce moment, il prit de l’assurance et s’attaqua à tous ceux qui lui résistaient à Conakry jusqu’à ce qu’il devienne Maire de Conakry (1955).
C’est à ce moment que le Haut Commissaire de l’AOF décide de le prendre en main pour en faire un Député à l’Assemblée Nationale Française.
Lorsqu’il fut nommé Vice Président du Conseil du Territoire de la Guinée française (1956), son premier objectif fut de liquider la chefferie coutumière de cantons afin de n’avoir aucune structure pouvant s’opposer à son pouvoir. En effet, pendant son ascension, les chefs de cantons l’avaient méprisé, lui mettaient les bâtons dans les roues et ne lui permettaient pas de réunir les foules pour les haranguer.

Le gouverneur Ramadier lui facilita la tâche et lui permit de supprimer la chefferie de cantons.

Libéré de ceux-là, il entreprit alors de faire du nettoyage ethnique à Conakry en 1956,1957 et 1958 pour chasser les Peuls de Conakry et effrayer les Malinkés en prenant appui sur les Soussous qu’il avait réussi à embrigader totalement.

Voici comment en 1958 il avait un contrôle total sur le Parti et les populations du pays malgré l’existence d’autres Partis : BAG de Barry Diawadou et PSG de Barry III regroupés au sein du PRA.

A maintes reprises, le Procureur Général a menacé de le traduire en justice mais il était Député et avait l’immunité parlementaire qui le protégeait.

En réalité la stratégie de Sékou Touré pour la conquête du pouvoir a toujours été de recourir à la violence par l’intermédiaire de loubards préparés et encadrés pour régler les comptes de ceux qui s’opposaient à lui.

Cependant, cette stratégie n’était pas approuvée par la Direction générale du RDA.
La portée politique de ce qui se jouait en Guinée n’avait pas échappé non plus aux dirigeants du RDA à l’échelle de l’Afrique.
Le responsable politique du Comité de coordination, Ouezzin Coulibaly, se rendit en Guinée. Sa venue et les instructions en sept points qu’il adressa le 12-2-55 aux responsables du PDG, constituèrent un véritable cran d’arrêt…provisoire. Citation :

« Le RDA a un organisme directeur…auquel tous les adhérents doivent obéissance. Le RDA est un parti de gouvernement…Il tient donc avant tout au respect de la légalité républicaine et à l’ordre…Ses responsables doivent enseigner… que la possession d’une carte RDA ne confère à personne le droit de se soustraire à la légalité…Le RDA est loin d’être un parti d’agitation… Le RDA interdit toutes les manifestations à caractère fasciste, telle la création de groupes de choc des dénommés commissaires et gendarmes avec port de brassards et galons sur la voie publique…Il doit enseigner le respect de la liberté aux citoyens…Personne n’a le droit de se rendre justice… »

Sékou Touré dût, de plus ou moins bon gré, s’incliner et répercuter ces instructions dans un communiqué du bureau exécutif du PDG. Il y était affirmé « avec vigueur que le programme du RDA ne peut comporter rien de subversif et que ses activités ne peuvent tendre à provoquer du désordre ou des incidents. Ce ne fut qu’un court répit avant de reprendre sa stratégie de violence.

V. Sékou Touré le raciste, xénophobe et génocidaire

Une autre facette de la personnalité de Sékou Touré ne doit pas être négligée. En effet, on peut facilement condamner Sékou Touré pour :

  • Propos et attitudes racistes contre les Peuls
  • Xénophobie dans ses discours
  • Incitation au génocide et à la haine raciale notamment contre les Peuls.

On peut se référer à ses discours des 9 août et 28 août 1976 qui ont été publiés dans Horoya le quotidien du PDG.
De plus, il y a de nombreux cadres peulhs qui ont dû écrire pour « regretter leur foulanité» et se mettre à la disposition du Responsable Suprême de la révolution ;
D’autre part, les étudiants peulhs à qui on a officiellement refusé des bourses à l’extérieur peuvent aussi témoigner. On peut donc constituer un bon dossier d’instruction judiciaire.
Quand un Président déclare que 40 % de ses citoyens sont des traîtres et des étrangers, il doit être dénoncé comme un criminel qui est contre l’unité nationale.
Quand le même Président se permet de dire officiellement qu’il supprime les bourses de ses citoyens, il doit être sanctionné.
Quand il condamne les enfants et les veuves de ceux qu’il a exécutés, cela est impardonnable et inacceptable.

5. Sékou Touré et la violence officielle après l’indépendance

Ayant obtenu le pouvoir total (Président de la République, président du Parti) devenu omnipotent et omniprésent, Sékou Touré a réussi à neutraliser tous ceux qui peuvent s’opposer à lui ; il s’organise pour constituer un Etat totalitaire (Parti Etat) sur le modèle des pays de l’est à qui il demande une assistance technique (notamment la Tchécoslovaquie où le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité était un ami de Kéita Fodéba pendant qu’ils étaient en France). Commence alors la période de complots :

Une quinzaine de complots ont été recensés, dénoncés de 1958 à 1984 avec toujours le même scénario.

  1. On prend prétexte d’un événement que Sékou Touré monte en épingle dans ses discours fleuves.
  2. On procède à des arrestations massives de nuit avec un grand déploiement de militaires
  3. On fait avouer les coupables sous les tortures qui s’accusent de tous les maux et se déclare agent Français, Américains et Allemands en même temps.
  4. On condamne par le tribunal révolutionnaire et on exécute les sentences.

VI – Sékou Touré le « Héros de l’indépendance »

Aboubacar Somparé, le Président de l’Assemblée Nationale a déclaré en 2007 :

« Quelle que soit la volonté affichée d’occulter le rôle éminent joué par les compagnons de notre indépendance, on ne saurait par exemple, sans une forte dose de mauvaise foi, parler de l’OUA sans mentionner feu le Président Ahmed Sékou Touré et le rôle qu’il a joué dans la libération de la Guinée et dans l’émancipation des peuples africains. »

Il ne faut pas oublier qu’il était Ambassadeur de Sékou Touré à Paris. Comme l’a dit Djibril Tamsir Niane :

« Sékou Touré a conduit la Guinée à l’indépendance, il a réhabilité l’homme noir et la culture africaine, a donné une audience internationale à un pays dont ni la superficie ni la population ne sont significatives. Mais ce bénéfice extraordinaire justifie-t-il l’existence du Camp Boiro et d’autres prisons antichambres de la mort ? »

  • Peut-on parler de l’OUA et de l’audience internationale de la Guinée sans parler de Diallo Telli, Premier Ambassadeur de la Guinée aux Nations Unies et aux USA, Premier Secrétaire Général de l’OUA ?
  • Peut-on parler de la réhabilitation de la culture africaine sans mentionner Kéita Fodéba ?
  • Peut-on parler du vote du 28 Septembre 1958 sans mentionner le rôle de Barry Diawadou, Barry III, Kéita Koumandian et bien d’autres ?
  • Peut-on parler de l’indépendance de la Guinée sans chercher à savoir ce que sont devenus les responsables politiques de cette indépendance ?
  • Peut-on ignorer le fait que tous les compagnons de l’indépendance ont été exécutés par Sékou Touré sauf ses parents et ceux de sa femme ?
  • Va-t-on tourner la page de tous les crimes commis sans lire cette page ?

Jusqu’au Congrès tenu au cinéma Vox le 14 Septembre 1958, Sékou Touré hésitait entre indépendance et communauté franco-africaine chère à Houphouet. Il a fallu une énorme pression interne et externe pour qu’il optât pour le NON au référendum.

Certains ont essayé de nous faire croire que Sékou Touré n’était pas au courant de ce qui se passait au Camp Boiro et qu’il s’agissait d’une opération montée par Ismaël Touré et ses compagnons.
Heureusement, Alsény Réné Gomez et l’Ambassadeur André Lewin ont montré que Sékou Touré était bien au courant et que c’est lui qui organisait toutes les opérations et on lui rendait compte régulièrement.
Sékou Touré s’adressait par téléphone ou par note à des détenus en interrogation pour leur demander d’aider la révolution en avouant leur complot.

Les Maliens qui sont les organisateurs du fameux symposium sur la vie et les œuvres du Président Sékou Touré se gardent bien de parler du Camp Boiro, de Madeira Kéita et autres prédécesseurs de Sékou Touré.

Ils oublient de parler de Modibo Kéita qui est le père de l’indépendance du Mali et qui a lâchement été assassiné par Moussa Traoré à qui ils ne semblent rien reprocher.

[Note. — Modibo Keita fut le premier à commettre le crime de sang en 1964. Il fit assassiner Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko à la Prison de Kidal. C’est là qu’il finit ses jours. Les autorités maliennes l’ont désormais réhabilité. Mais elles piétinent la mémoire des martyres et des victimes du premier président du Mali. Lire “In Memoriam Fily Dabo Cissoko (1900-1964)” et “Le bâton et le caïman, ou Fily Dabo Sissoko et la France.”— Tierno S. Bah]

S’ils se présentent en Guinée, ce sera une provocation que les victimes du Camp Boiro ne laisseront pas passer sans réagir.
Il faut être de mauvaise foi pour refuser de voir la réalité en face et ne pas interroger les Samba Lamine, Koniba Pleah, Madeira Kéita, etc. sur leur vie en Guinée au sein du PDG.

VII – La responsabilité de Sékou Touré dans les tueries

Sékou Touré s’est fait appelé Responsable Suprême de la Révolution par une résolution du 8ème Congrès en 1968 lue par Mamady Kéita. De ce fait, il doit endosser la responsabilité des crimes, des tortures, des massacres et des assassinats commis en son nom par ceux qu’il a nommé au Comité révolutionnaire et au tribunal révolutionnaire.

A notre avis, ce problème ne mérite aucune contestation et il nous semble inutile de discuter sur les causes de dérapages (marabouts, fétichistes, mégalomanes).

Certains ont essayé de faire croire qu’il était malade et rongé par la syphilis ou traqué par Foccart et les espions français de la DST.

[Note. — Lire  André Lewin, “Sékou Touré : la mort américaine.” — Tierno S. Bah]

Tout cela ne peut expliquer ce qu’il a fait , les crimes qu’il a commis, le retard du pays et la disparition de l’élite guinéenne.
D’autre part, ce n’est pas parce que quelqu’un a été le Père de l’indépendance qu’il peut se permettre d’avoir droit de vie et de mort sur les citoyens.
Le système colonial avait certainement des côtés positifs mais cela ne nous a pas empêché de voter Non le 28 Septembre 1958, tout en choisissant la pauvreté.
L’Apartheid a transformé l’Afrique du Sud en un Etat développé, prospère (par/pour les blancs) avec des infrastructures modernes et des entreprises puissantes, etc. Ce n’est pas une raison pour que les Noirs fassent son apologie et considèrent le raciste Vorster comme un Héros national qu’il faut glorifier.
Ce n’est pas parce que Hitler a modernisé, unifié et bâti un réseau routier extraordinaire pour l’époque, créé des entreprises et des industries puissantes (complexe économico-militaire) qu’il faut éviter de le condamner avec le Nazisme qui a fait trop de mal.
Ce n’est pas parce que Pétain, le héros de la grande guerre 1914/18, bien qu’ayant été élevé à la dignité de Maréchal, sacré comme un Héros, que cela l’a empêché d’être jugé et condamné comme un traître en 1945.
Les exemples sont nombreux qui montrent qu’un homme d’Etat doit être jugé dans tous ses actes et s’il commet des fautes et des crimes, il doit être sanctionné sans aucune circonstance atténuante, malgré son passé glorieux.

VIII. — Conclusion

Nous invitons les responsables du cinquantenaire à revoir leur programme pour ne pas créer des problèmes qui vont diviser le pays. Ils doivent plutôt veiller à rechercher la réconciliation nationale à travers le processus, vérité, pardon, réconciliation, réhabilitation, condamnation et réparation des préjudices subis.

Dans ces conditions, on pourra tourner la page et se consacrer enfin au développement politique, économique et social du pays dans l’unité, la paix, la justice et la solidarité.

El Hadj Bâ Mamadou
Conakry, le 26 mars 2008

Colonisation, littérature et livre

Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L'Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération Littérature guinéenne N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages
Revue du Livre : Afrique noire, Maghreb, Caraïbes, Océan Indien. L’Harmattan. Paris. 2005. 175 p. Avec le concours du Ministère des Affaires étrangères et du Ministère de la Coopération
Littérature guinéenne
N° 88/89 Juillet septembre 1987. 203 pages

En préparation de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, le rouleau publicitaire s’est mis en marche depuis le début du mois. Jeune Afrique, par exemple, a fait son publireportage usuel. A Conakry, menés tambour battant par L’Harmattan-Guinée, des éditeurs de la place ont associé des auteurs. La plupart de ceux/celles-ci écrivent des romans — dont certains à prétention littéraire —, des ouvrages d’histoire et des biographies. Qu’en est-il des dizaines d’autres genres : science (nature, vie, société), métiers, technologie, arts, etc. ?
La désignation de Conakry comme matrice planétaire du Livre pour 2017 est incompréhensible parce qu’elle manque de considérations adéquates et de justifications logiques. Les critères de ce choix relèvent de la cécité de la bureaucratie UNESCO et dela fuite en avant perpétuelle des régimes guinées, toujours prêts à paraître sans être. Ajoutons à cela l’entregent commercial et le marketing local tous azimuts de la succursale de L’Harmattan, la maison d’édition parisienne.
En vérité, il manque à la Guinée l’essentiel de l’infrastructure et des ressources qui auraient pu faire de l’évènement un succès relatif. Il s’agit notamment de:

  • La production et la distribution suffisantes d’énergie électrique, d’eau, de nourriture et de soins
  • Un taux national d’alphabétisation supérieur à 75 %
  • Une industrie de fabrication et de circulation de la chose imprimée :  livres, journaux,  revues. En français et dans les langues du pays !
  • Des écoles et universités équipées de bibliothèques à jour
  • Des associations actives d’auteurs dans des domaines divers
  • Un réseau public de bibliothèques, d’archives et de musées couvrant tout le territoire
  • La participation à la Révolution numérique, qui concurrence le livre imprimé et impose les publications électroniques

    Fardeaux historiques

Dans le domaine névralgique de la création et de la distribution du savoir, des fardeaux historiques lourds pèsent sur l’Afrique, en général, et la Guinée, en particulier. Je veux parler de:

  • La colonisation européenne marquée par la domination politique, l’exploitation économique, et l’aliénation culturelle.
  • La post-colonisation, qui, comme l’a correctement prédit Frantz Fanon, a consisté à la substitution d’une bourgeoisie exploiteuse étrangère par son ersatz domestique.

En l’occurrence, le président guinéen, Alpha Condé, est plus soucieux d’effectuer de fréquents voyages. Il ne lui vient pas l’idée de se sédentariser à Conakry, de séjourner dans le pays profond au contact des paysans, ou de rebrousser les manches pour chercher comment combler le retard de plus en plus accusé de la Guinée.

Président Condé tient à noyer le poisson dans l’eau. Soutenu par un Parlement chambre-à-écho de ses diktats et desiderata, il viole et violente la Constituton. Et impose une loi scélérate. Rédigée par des plumes serviles aux ordres du “professeur” autocrate, elle vise à étouffer la justice. Et elle entérine l’impunité. Des personnalités civiles, des religieux (l’Imam et l’Archevêque de Conaky) se prêtent à la mascarade. Ce faisant, ils amplifient la confusion et participent, délibérément et obséquieusement, à une autre trahison de la Guinée par ses fils et filles. Qu’ils soient hommes de la soutane ou du turban, du chapelet ou de la croix, les prêtres savent pourtant que la Bible et le Qur’an proclament les Dix Commandements du Créateur. Le premier de ces ordres divins dit : “Tu ne tueras point !” Il se trouve malheureusement que depuis 1958 l’Etat guinéen transgresse impunément ce commandement. Le meurtre de citoyens est devenu chez lui un réflexe naturel et un recours permanent. Rien qu’en mars dernier une dizaine de personnes ont péri par la violence d’Etat.
Il revient au système judiciaire seul d’enquêter et de juger ces crimes, qui remontent à plus d’un demi-siècle, y inclus le massacre du 28 septembre 2009.

Colonisation : savoir d’où l’on vient

On ne peut pas savoir où l’on va si l’on ne sait d’où on vient, rappelle le dicton. Pour tenter de cerner les dilemmes et les défis qui se posent aux organisateurs de “Conakry, capitale mondiale du Livre”, je soumets à l’attention des lecteurs et lectrices les publications et compilations suivantes :

Monologue élitiste et analphabétisme des masses

L’élite francophone se démène comme un beau diable pour la réussite de “Conakry, capitale mondiale du Livre”. Jouissant d’une maîtrise variable de la langue française, elle s’enferme dans un monologue narcissique, se parlant et s’écoutant parler seule. A l’exclusion et en totale disjonction d’avec la majorité “afriphone” de la population.  Son comportement ne leurre qu’elle seule. Car après un demi-siècle d’indépendance et de souveraineté, les masses populaires ont peut-être perdu tout espoir d’émancipation, clouées qu’elles sont dans l’analphabétisme culturel et fonctionnel. Et les langues nationales en pâtissent, bien sût. Non par le choix des administrés, mais du fait de la dictature pérenne et de la faillite coupable des dirigeants.

Tierno S. Bah

The N’ko Alphabet: Then and Now

Dianne White Oyler. The History of the N'ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons.
Dianne White Oyler. The History of the N’ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons. Cherry Hill, N.J. : Africana Homestead Legacy, 2005, 2007. xiv, 241 p. : ill., map

Dianne White Oyler
Dianne White Oyler

Dianne White Oyler’s article on the N’ko Alphabet   includes my contextual annotations and corrections. The paper appeared in 2001, four years before the same author’s book named The History of the N’ko Alphabet and Its Role in Mande Transnational Identity. Words as Weapons. I focus here on the article below, which Dianne wrote based on her fieldwork in Conakry and Kankan, back in 1994. As the saying goes one is entitled to one’s opinion but not to one’s facts, lest they are the “alternative facts”  per Ms. Kellyanne Conway now infamous TV statement. In this case, it is normal and routine  to study and even support cultural activism and language revival efforts around the world. However, does such an activity and commitment permit to publish fabricated facts or falsifications of the historical record? I don’t think so. Dianne correctly points out that “Sékou Touré’s archival documents, including personal papers and correspondence, were either destroyed or hidden after his death. Consequently, there are no currently existing archives of the First Republic and the papers that are hidden are inaccessible.” However, it is counterproductive to try to fill in that void with superficial documents and inaccurate information. Such a shortcut circumvents academic deontology. Worse, it ends up hurting the cause championed, here the N’ko Alphabet. And it lowers considerably the quality and the value of the output. That explains —but does not justify— why Dianne’s article “A cultural revolution in Africa:  literacy in the Republic of Guinea since independence” is replete  with errors and exaggerations. Again, I react contextually below on those shortcomings.
That said, and for the record, my track record in the Guinea national language debate dates back to the mid-1970s. I was then a young faculty in the Linguistics and African Languages department of the School of Humanities and Social Sciences. I also headed the Pular section of the Academy of National Languages, in close collaboration with a competent and elder deputy in the person of  the late Mamadou Gangue (a survivor of the “Teachers Plot”). The work environment was quite collegial, and I was great professional rapport with the head of the Sosokui section, the late Kanfory Bangoura.
In 1975 I wrote a lengthy descriptive and analytical paper titled “La politique linguistique du Parti démocratique de Guinée,” in Miriya, Revue des Sciences économiques et sociales, of which I was co-publisher with Bailo Teliwel Diallo. My article generated positive verbal comments from my colleagues, Yolande Joseph-Nöelle, for example, and from her husband, Senainon Béhanzin, the de facto intellectual guru of Sékou Touré
During the 2010 presidential election campaign, relying heavily on the Maninka electorate of Haute-Guinée, the RPG candidate, Alpha Condé, vowed his support for the ongoing N’ko campaign. He subsequently “won” the second round. But his regime did little to translate the promises into funded programs. Having managed to gain a second term in 2015, Mr. Condé does not give cultural activities the priority they deserve. His former deputy, the late Ahmed Tidiane Cissé, lamented the lack of governmental support for his ministry of culture.… In sum, N’ko has not fared  well under any of the three Maninka presidents of Guinea: Sékou Touré, Sékouba Konaté and Alpha Condé. Ditto for the heritage of each of the other 15 ethnic cultures of the country.
See also my article “The cultural policy of the PDG.” and “Are Fulɓe Disappearing? And Is Adlam Their Savior?
Overall, I was an active participant-observer of cultural life under the dictatorship of Sékou Touré. For instance, I was a prominent member of the National Film Censorship Commission (1971-1981). We screened, discussed, authorized or rejected movies imported for distribution around the country. Given the nature of the police-state the pro-bono function was not risk-free. Thus, in August 1978 Sékou Touré admonished the sub-commission I led was on the air waves of the Voice of the Revolution. For what reason ? We had signed our names for the approval of the film Midnight Cowboy. Unfortunately, the regime’s secrete police filed a report slamming the content of the R-rated movie. Subsequently, when I visited him with the late Zainoul A. Sanoussi, President Sékou Touré somewhat downplayed privately his public communiqué blaming us by name on the radio. It was a meager consolation for us, and particularly for our families and friends. They had been alarmed by the fact that Sékou Touré and the Bureau politique national of the PDG decided to disavow our official action so openly. They did not even watch themselves the incriminated movie, in the first place ! Although a screening session was held after the facts, in presence of Mamadi Keita, member of the Politbureau, and Senainon Behanzin, memer of the Central committee. The two officials acknowledged that despite its implicit sexual content, the film had artistic and substantive quality.… After all, it won the Motion Picture Academy Best Picture award for 1969.
Another record worth mentioning, from 1975 to 1977, I was, first co-host then sole host, of a radio show called “Voyage à travers la Guinée”. Still teaching at the University, I decide to explore radio-broadcasting. My mentor was veteran journalist Odilon Théa. We featured a different region  each week, presenting its history, culture, economy, touristic potential, etc. And we had fun preparing and airing the weekly (every Tuesday) program. For nearby Dubréka, I recall that we rented a cab and visited the town to collect information from residents. Later on, Marcelin Bangoura joined us. And, feeling confident in my performance, Odilon graciously bowed out and let me do the show alone. There too, an incident reminded of the peril involved in living and working under Sékou Touré. Having scheduled the town of Boffa (northwestern coast) I produced the show by going to the archives. There I dug out files about Nyara Gbèli, a mulatto female slave-trader. I aired selections of her biography and historical record. It turned out that Sékou Touré and all members of the Politbureau were tuned in. At the end the show, some were not please to hear about the slavery piece of the show. They suggested that I be summoned for explanations. Luckily, Sékou Touré agreed with those who opposed the idea, arguing that it would not be a boost to my confidence in exploring the country’s past. How did I know what happened in the higher echelon of the government? Well, Léon Maka, National Assembly president attended the meeting. His daughter, Madeleine, was a colleague and a good friend of mine at Voix de la Révolution. He told her about the discussion they had had. And she, in turn, shared with me, saying: “Tierno, careful! Last you were nearly dragged before Sékou Touré and the Bureau politique!”

Tierno S. Bah


Dianne White Oyler
A cultural revolution in Africa:
literacy in the Republic of Guinea since independence

The International Journal of African History. Vol. 34, No. 3 (2001), pp. 585-600

Contents

Introduction
Guinea and Decolonization
The N’ko Alphabet
Guinea’s Cultural Revolution
The Role of Literacy in Cultural Revolution
Souleymane Kante’s Indigenous Approach to Literacy
The Contest: Sékou Touré vs. Souleymane Kanté
Conclusion

Introduction

At independence most African nations attempted a process of decolonization in the three spheres of European imperialism: political, economic, and cultural. While progress in the political and economic arenas is apparent decolonization of the cultural area is much harder to define because European cultural impositions had usurped the areas of language, socialization through education, and technology from simple writing to electronic media. However, the approach of the Republic of Guinea to cultural decolonization can be analyzed in light of the more formal “Cultural Revolution” launched by its independence leader Sékou Touré in 1958 as a policy of the First Republic.

Erratum. — That program’s official name and acronym were “La révolution culturelle socialiste” and RCS, respectively. And it was not launched in 1958. To the contrary, it was declared ten years later at the improvised Conseil national de la révolution held in Kankan in 1968. — T.S. Bah

Touré’s objective was to validate the indigenous cultures that had been denigrated by the Europeans while at the same time creating a Guinean national consciousness 1. In other words, Touré launched a countrywide campaign to recapture indigenous culture by formally focusing on language and education. His specific intent was to validate indigenous culture by using maternal language education to achieve better control of European science and technology. This action, he believed, would lead Guinea into creating global economic partnerships within the modem world’s economy.

An unanticipated consequence of Touré’s campaign, however, was the cultural awakening of the Maninka speakers who consider themselves to be the direct descendants of the ancient empire of Mali. Although dispersed through the countries of West Africa (including Guinea, Mali, Mauritania, Senegal, Côte d’Ivoire, Niger, Burkina Faso, Benin, Liberia, Sierra Leone, and Nigeria), the Maninka speakers constitute roughly 40 percent of Guinea’s population. Many of them live in the region of Haute-Guinée, which makes up about two-fifths of Guinea’s territory.

Errata. — (1) Ms. Oyler shows here the first sign of her sole reliance on verbal informants at the exclusion of available written sources. Thus it is plain wrong for her and her informers to state that Sékou Touré did not anticipate a “Maninka cultural awakening.” Actually, he was an hands-on president who exhausted himself micro-managing every aspect of social and, indeed, family and personal life. Accordingly, it’s just valid to speak of a social movement like the N’ko, that he would not have predicted, and more or less tolerated.
(2) In percentage the Maninka demography comes second to the Fulɓe (Peul, Fula, Fulani) in Guinea. The former stands at approximately 35% of the population while the Fulɓe actually hold 40%. Given their respective size, the two groups weigh heavily in the political sphere. — T.S. Bah

The Maninka cultural revolution that began within Touré’s larger “Cultural Revolultion” continues today in the Second Republic of Lansana Conté, which began in 1984. The cultural revival of the Maninka language, its oral literature, and its connection to the heroic/historic past has been juxtaposed to any official policy of creating a Guinean national consciousness since 1958.

Note. —Guinea’s quest for “national consciousness” in the wake of the independence declaration stemmed from the heritage of all 16 ethnic communities, not that of the Maninka alone, especially in the first decade of the republic. Take for instance, the various musical traditions — either from sizable groups, like the Kisi of Forest Guinea with the Kebendo danse and song (see my review of Sia Tolno’s My Life album, or fom minorities, such the Koniagui (Unyëy) of Koundara with the rhythm Sampacthe. Everyone  contributed and enjoyed the celebration of the birth of the new nation. Alas, the euphoria lasted no more than two years!
— T.S. Bah

This article specifically addresses Guinea’s internal revolt against European cultural imperialism as evidenced in the issues of language and literacy that have dominated the political landscape in post-1958 Guinea 2.

Note. — This passage reads like a militant statement. But it lacks a specific to lend it credence. Where, when, how, and who staged the so-called revolt? How was it actually expressed? — T.S. Bah

It further addresses the concept of maternal language learning that became central to decolonization, and particularly the policy Sékou Touré developed and implemented with the support of UNESCO—the National Language Program (1968-1984) 3.

Erratum. — Beginning in the late 1960 UNESCO assisted the cultural policy of the Sékou Touré regime. However, the first illiteracy campaign was supported by the government of Mohammad Reza Pahlavi, Shah of Iran, in 1964-66. — T.S. Bah

More importantly, however, the article documents one result of Touré’s program that has acquired a life of its own outside government control, a grassroots literacy movement that centers on an alphabet called N’ko. The dissemination of N’ko shows the growth of a literacy movement that is currently spreading across international boundaries throughout West Africa. A salient aspect of the issue of language and literacy was the involvement of Souleymane Kanté (1922-1987), a Maninka-speaking “vernacular intellectual” who invented the N’ko alphabet in 1949. Souleymane Kanté was born in Soumankoyin-Kölönin about thirteen kilometers from Kankan. He was the son of the famous Quranic school teacher Amara Kanté. When Souleymane had finished his Quranic school education, he could read and write Arabic and translate Islamic texts. After his father’s death in 1941, Kanté left Guinea for Côte d’ Ivoire to make his fortune as an entrepreneur in a more cosmopolitan urban setting. Becoming an autodidact there, he read extensively, learned other languages, and became renowned as a scholar.

Guinea and Decolonization

Under Sékou Touré’s leadership, the Republic of Guinea ended political imperialism in 1958 when 95 percent of the voters cast a “No” vote in a referendum addressing the country’s wish to join the “French Community.” Thus began a real struggle for autonomy in the political, economic, and cultural spheres of national life.
At that time the reality of political independence meant indigenous leadership; in Guinea’s case, it also meant an inexperienced leadership. Sékou Touré’s experience offers a salient example of the under-preparation of emerging African leaders.

Note. — There is no such thing leadership preparation for independence. Colonialism meant hegemony, domination, exploitation, racisme, alienation. The colonizer did not —and would never— intend to genuinely associate the colonized in power-sharing. Read Albert Memmi’s Portrait du Colonisateur. — T.S. Bah

Possessing an eighth grade, French-style colonial education, plus a bit of training supplied by French communist trade unionists, and the experience of ten years in governmental service, Touré deliberately created an eclectic form of government that drew upon the strengths of his equally eclectic education. In the Cold War period Touré chose the political path of African Socialism and the diplomatic path of nonalignment. The type of government he called “positive neutralism” allowed him to open Guinea to all manner of foreign investment without committing himself to any specific ideology 4.
Inherent in the political independence of Guinea, however, was the problem of a revenue shortfall; France had withdrawn both its economic aid to Guinea and also its trade partnership. At the same time, Guinea lost its trade connections with many of France’s trading partners, especially among France’s NATO allies.
Guinea’s sister colonies within French West Africa (AOF) continued to trade with her unofficially, however.
As a Third World country producing raw materials to supply the First World industrial complex, Guinea produced many of the same products as other Third World nations that were constantly being encouraged to increase production. One result was a decrease in Guinea’s share of the world market, forcing the new nation to find alternative markets. With its doors closed to Western capitalist markets, Guinea became a trading partner with the Eastern bloc nations. Trade with Second World nations, however, exacerbated Guinea’s economic shortfall, as these nations were unable to purchase Guinea’s raw materials with foreign exchange, substituting instead manufactured goods. They then sold Guinea’s raw materials on the world market, thus gaining foreign exchange that improved their own economies to the detriment of Guinea’s. Although Guinea received Second World technology, she never did receive the support system that would have allowed her to maintain and expand upon that technology.

Today Guinea is one of the poorest nations in West Africa.

In the cultural sphere of Guinea’s national life, Sékou Touré opted to keep the French language; all documents would be written in French in the Roman alphabet, Guinea’s official language. It seems that Touré chose the colonial language with an eye to national unity in order to avoid the conflicts that would arise over choosing one of the twenty ethnic languages as the country’s official language.
French also served Guinea in the international marketplace where buyers and sellers were not likely to learn an African language. Guinea also continued to use the French system of education. However, university training for Guineans was now sought in First and Second World countries. Students received scholarships in the United States as well as a “free” education in the Soviet Union.

Although Touré had earlier implied that Guinea would be an Islamic state after independence, he imposed religious toleration instead in a country of Muslims, Christians, and African traditional religions; this eclecticism became one method of promoting national unity.

Note. — Since the above assertion provides no reference to  written sources, or to verifiable quotes, it appears pretty much groundless.
— T.S. Bah

Nevertheless, in the years following Guinea’s political independence, a large segment of Guinea’s Maninka-speaking population has tried to return the cultural initiative to African hands by utilizing an indigenous alphabet created by an indigenous scholar and cultural leader named Souleymane Kanté. While Sékou Touré, a Maninka-speaker himself, had encouraged Kanté in this initiative, he preferred not to allow the use of the writing system known as N’ko as a national language/writing system. Ultimately, though, Kanté’s research and promotion of learning in the maternal languages may have directly influenced Touré, who had addressed the issues of indigenous languages/writing systems as a way to reclaim African culture by implementing a National Language Program (1968-1984).

Notes. — (1) The above paragraph is too general and vague. How does the expression “large segment” translate numerically, statistically?
(2) It is hypothetical to write Souleymane Kanté “may have directly influenced” Sékou Touré’s language policy. Adverse, one can argue, the former did not inspire the latter. In the absence of any evidence from the author, I am enclined to think that Guinea’s adventurous linguistic initiatives had little to do with the efforts of Souleymane Kanté.
T.S. Bah

The N’ko Alphabet

According to informants, Souleymane Kanté created the N’ko alphabet both in response a media-based challenge 6 that Africans have no culture because they have no indigenous system of writing, and because of his growing realization that foreign writing systems could not fully express the meaning of such tonal languages as Maninka, his maternal language. Kanté responded to the allegation that “Africans have no culture” by creating an alphabet that would transcribe the twenty languages of the Mande language group as well as other tonal languages.
Thus, in his role as a “vernacular intellectual,” 7 Kanté campaigned against ignorance and illiteracy by providing a writing system that would allow his countrymen to acquire knowledge without having to depend upon outside interpretation. According to informants, he expressed the idea that Africans needed to learn their own maternal languages first, because learning in a second or third language often obfuscated the cultural meaning of the text 8. The potential for indigenous literacy would enable illiterates to read and write, even though they had been excluded from the colonial education system. Kanté devoted four years (1945-1949) to research and application, trying to write the Maninka language first in Arabic script and then in the Roman alphabet. In both cases he found that foreign alphabets could not transcribe all the tones produced by the spoken Mande languages. While still living in Cote d’Ivoire, he thus embarked on an entirely new project—the creation of a writing system that would reflect the specific characteristics of Mande languages, especially their tonality. The result was the N’ko alphabet. Having developed the alphabet, he called together children and illiterates and asked them to draw a line in the dirt; he noticed that seven out of ten drew the line from right to left 9. For that reason, he chose a right-to-left orientation. In all Mande languages the pronoun n- means “I” and the verb ko represents the verb “to say.” By choosing the name N’ko, “I say” in all Mande languages, Kanté had united speakers of Mande languages with just one phrase.

Furthermore, all Mande speakers share the heroic past recounted in the tale of Sundiata, an epic of Mande history—reflecting the cultural dominance of men of valor who say “N’ko,” the clear language of Mali (Niane, 1989:87) 10.
After Souleymane Kanté had perfected his alphabet, informants recall his becoming absorbed in creating reading materials in the N’ko script. Kanté’s lifelong passion then became the production of N’ko texts to highlight knowledge that should be written in the maternal language. Kanté worked assiduously after returningt o his native Guineai n 1958. He translated and transcribed Islamic texts and also works of history, sociology, linguistics, literature, philosophy, science, and technology. Then he wrote textbooks for teaching the N’ko alphabet, and, like Samuel Johnson and Noah Webster before him, he created a dictionary for the written form of the Maninka language. There are no dates for the translations of any of the above mentioned texts. Other than the fact that religious works were translated and transcribed first, informants are not aware of the order in which other texts were renderedi n N’ko. After hand-writing these texts, an arduous task in itself, Kanté would then create copies to give as gifts to teachers, thus encouraging N’ko literacy within the Mande community. Teachers then made these texts available to students, who in turn reproduced additional books by copying them.
Consequently, Kanté directly touched the lives of many of those who became literate in N’ko, and he was the prime mover of a type of cultural nationalism that gave people the pride of sharing a language that could stand in words and script alongside any other.

Guinea’s Cultural Revolution

When Sékou Touré called upon all Guineans to return home to help build the new nation after Guinea achieved independence in 1958, Kanté returned from Côte d’Ivoire to a new social order 11.

From the 1940’s through the 1960’s, Guinea was in the process of reinventing itself politically and culturally at the local, regional, and national levels 12.

In the midst of this cultural upheaval, nationalist leaders professed a desire to shed colonial trappings and to tap into their heroic/historic African past. Since the ethnic groups within Guinea’s national borders had never before been joined together, a nationalist rhetoric was developed that sent mixed messages about loyalty to the past. Harking back to the grandeur of an African heritage, however, also tempted each group to focus their allegiance internally rather than to a greater Guinean nationalism. At the national level, the Partie Democratique Guineen (PDG) agitated for a Guinean “national consciousness,” 13 while local ethnic groups continued the cultural re-identification process that had begun in the mid-1940s 14.

The Maninka speakers of Haute-Guinée, for example, had established the Union Manden in 1946 as a voluntary mutual aid association organized around a linguistic, ethnic, and regional base 15. That action kindled interest in the glorious Mande past.

This mutual aid association had been founded by such Maninka speaking political activists as Sékou Touré and Framoi Bérété. The association had also served as a regional political party with the ability to launch candidates in national elections, something the Maninka speakers had been unable to do in the 1945 elections.

Despite the desire of the Union Manden to give national expression to Mande discontent, it never developed beyond its regional, cultural base 16.

The conflict between Guinean nationalism and regional, ethnic/cultural nationalism continued to manifest itself throughout the First Republic, particularly in the implementation of the National Language Program (1968-1984).

The Role of Literacy in Cultural Revolution

Souleymane Kanté introduced Sékou Touré to the idea of maternal language literacy and education in 1958 17. Although Sékou Touré had praised the Mande styled alphabet, he rejected the idea of its becoming the national alphabet of Guinea 18 because he believed it could not improve written communication among Guinea’s ethnic groups, and he knew that it would also obstruct communication with the outside world 19.

Nevertheless, Touré rewarded Kanté’s scholarly achievement by honoring him with a 200,000 CFA gift from the Guinean peoplefor indigenous excellence 20. But he still refused to support or promote the alphabet unless Kanté could prove that more than half the population of Haute-Guinée used the technology 21. Touré further requested that Kanté and his family return to his home country 22.

Answering the call, Kanté went to the area of Treicheville in Abidjan, where he was met by a military truck sent overland by Touré to collect the Kanté family 23.

The Kanté family moved to Kankan where Souleymane Kanté then became a merchant who taught N’ko on the side 24. Interestingly, however, the alphabet preceded Kanté’s arrival in Kankan; many of the initial students of N’ko had been merchants who had carried the new alphabet with them along trade routes throughout Mande-speaking West Africa 25. Informant family members reminisced that Souleymane had visited them in Guinea, and that they had visited him in Côte d’Ivoire. He had taught them the alphabet, and they in turn had taught their neighbors.

Although Sékou Touré had rejected Kanté’s Mande-styled alphabet as the national alphabet, he did eventually accept the concept of maternal language education 26.

Touré is reported to have introduced Kanté to his national education minister, Barry Diawadou, and to his minister of national defense, Fodéba Keita 27.

Touré excluded Kanté from policy making sessions, however, as he worked together with his minister of ideology and information, Senainon Béhanzin, to produce the model for a maternal language program that would accommodate Guinea’s multilingual society 28. Touré’s final proposal was then submitted to the rank and file of the PDG membership at the cell level within villages and urban districts 29.

One informant from Haute-Guinée had participated as a member of the party cell at the village level voting on the proposal for teaching in the maternal language. A teacher who had also been involved in standardization the Maninka language in the Roman alphabet, this informant explained that in 1958 Guinea was struggling to regain its political, economic, and cultural independence. The country chose to free itself culturally through a National Language Program: Congress established a National Education Commission to formulate government policy, and teachers were called upon to contribute to the effort in two ways-to standardize their specific, spoken language in the Roman alphabet and to translate into the national languages modem scientific knowledge that had been written in French. Finally, the government intended to use its publishing house, Imprimerie Patrice Lumumba, to print textbooks for the project 30.

Informants who had participated in implementing these educational reforms reminisced about the rationale behind the new policy. Literacy acquisition in French had been discarded as too complicated a procedure, as students would have had to learn both a new alphabet and a new language. The process would be simplified if people first learned a new alphabet to which they could apply the familiarm aternall anguage 31. The government established two autonomous agencies to deal with the National Language Program, the Institut de Recherche Linguistique Appliquée (IRLA) and the Service National de l’Alphabétisation (SNA) 32.
Eight of the twenty different languages spoken in Guinea were selected on the basis of the numbers of people using them as a primary or secondary language:

Maninka, Susu, Pular, Kissi, Guerzé (Kpelle), Tome (Loma), Oneyan, and Wamey.

Each either was or would become a lingua franca in its region or sub-region. Although Mande languages were widely used in all four regions, the Maninka form was selected to be the dominant language to be taught only in Haute-Guinée. According to the National Language Program, an illiterate adult Mande-speaking family in Kankan would be taught the Maninka language written in the Roman alphabet; adults would be taught at work while children would be taught at school. Likewise, a Pular-speaking family living in Kankan would have the same experience; even though they were non-Mande speakers, the language of instruction would be Maninka 33.
Financial constraints delayed the immediate implementation of the National Language Program 34. The regional education directors for Haute-Guinée believed that the infrastructure did not exist for a massive assault on illiteracy; despite the government’s commitment to provide free public primary education, it had failed to anticipate the additional funds necessary to generate materials written in the newly formulated and standardized national languages 35. Teachers themselves had to finance the standardization of the national languages by giving their time to the endeavor. In 1965 Touré applied for and received UNESCO funding for a maternal language education program called “Langue Nationale,” which the government implemented in 1967 36. UNESCO sent experts to assist the Guinean government in standardizing local languages in the Roman alphabet 37. Although the preparation for the National Language Program had begun in 1959, the actual campaign for adults did not begin in 1967, and in 1968 the campaign entered the schools. Both programs were associated with Sdkou Touré’s larger social program, “La Révolution Culturelle Socialiste.” 38
The reforms implemented in 1968 consisted of two coexisting educational tracks—one for schools and one for adults and school leavers. From 1968 to 1984 students in the public elementary schools were taught all subjects in the maternal language 39. During the First Cycle, in grades one through three, the language of instruction was the maternal language 40. At grade four, they were introduced to an academic course in French, which they continued each year through grade six. Academic subjects were still taught in the maternal language. In the Second Cycle, affecting the lower secondary grades seven through nine, students continued the program with an academic course in French and with the maternal language as the language of instruction. To advance to the upper secondary level, students had to pass an exam, the Brevet Elémentaire du Second Cycle Technique. During the Third Cycle, students experienced a change in the language of instruction, and the language of instruction at the lycée gradually became French 41. To be admitted to the university level—the Fourth Cycle—students had to pass the exam for the Baccalauréat Unique.

In 1973 the Ministry of Education added a thirteenth grade that bridged the third and fourth cycles, and exams were administered at the end of the thirteenth level 42. The second track consisted of adults and school leavers who were given the opportunity to acquire literacy (alphabétisation) by attending literacy programs in the maternal language before or after work either at their places of employment or at schools after the normal school day 43.

In preparation for the 1968 implementation of the National Language Program, each ethnic group was charged with standardizing the spoken language into a written form in the Roman alphabet. Educators in Kankan, the capital of Mande-speaking Haute-Guinée, looked for people who possessed a rich vocabulary and who were generally well informed who could participate in translating the diverse curricula into the maternal language.

It was then that the committee invited Souleymane Kanté to participate in the standardization process 44. They considered him an expert because while inventing the N’ko alphabet he had spent years trying to find the best way to write the Mande languages in the Roman alphabet. Kanté agreed to participate unofficially in the project.

Souleymane Kanté’s Indigenous Approach to Literacy

Although Souleymane Kanté assisted the government with the standardization of his maternal language, Maninka, he did not abandon his own literacy program.
Kanté disapproved of Touré’s National Language Program because it depended upon a foreign alphabet and on foreign constructions. In fact, he held that if there were to be a cultural revolution that drew upon the African past, then African cultural forms should be its foundation. Kanté’s goal was to control Mande and modern knowledge through the use of a Mande language and literacy program. He thus offered an indigenous alternative to the official National Language Program. The two literacy initiatives, he believed, were not mutually exclusive.
Touré’s state-funded literacy campaign dominated the formal education scene, drawing upon the existing infrastructure, its curricula and its personnel. Kanté is remembered as having taught N’ko in the marketplace. He had taught the members of his own extended family and had recommended that others do the same 45. The “each one teach one” policy was actually a recommendation for each person to teach at least seven others. Informants recalled that Kanté attracted many followers by demonstrating N’ko at social functions, such as funerals,  where he opened his Qur’an written in N’ko and read the Word of God 46. Kanté suggested that everyone should learn N’ko and that those who refused would later regret their error. Kanté’s literacy movement slowly gained support as it operated on the fringes in an informal educational environment that paralleled Touré’s state system. Kanté’s movement possessed no infrastructure, enjoyed no financial assistance, had no texts except the ones students copied for themselves. The engine that powered the movement was a person’s desire to repossess Mande culture by controlling knowledge through Mande language and literacy.
Teachers were the key to this grassroots movement. Some teachers were drawn from the existing state-funded pool of personnel. Others were businessmen and workers who taught N’ko at their businesses or in their homes. Most in the N’ko teaching force contributed their time without remuneration. In some cases the students’ families gave gifts to their teachers at the end of the service in order to help support the teacher or the school. The process of learning N’ko took about four months. Each N’ko teacher could teach three groups per year. In the beginning,  students were mostly adults, who later saw to it that their children were also educated in N’ko. Armed with a blackboard, a tripod, and a piece of chalk, the N’ko teachers employed a methodology similar to that of Quranic school—memorization, imitation, and utilization. Students would congregate at the compound of a teacher where they would copy the alphabet on slate or paper and then would use oral recitation as a tool for memorization and reinforcement. The teacher conducted the class, but students, regardless of age, had the responsibility for leading the recitations. Students who were quick and adept were recruited as assistants and eventually became teachers themselves. Students copied the texts that Kanté had translated and transcribed to produce personal or family copies. Those who became N’ko literate were well equipped to read the literature Kanté had generated, were able to communicate with others literate in N’ko, and could keep records and accounts for their businesses. Some students undertook the task of recording the oral histories of older members of their families to preserve in writing first-hand knowledge 47.

The Contest: Sékou Touré vs. Souleymane Kanté

An informal competition over the recasting of Mande culture developed as Sékou Touré and Souleymane Kanté seemed to wrestle with each other for the number of Mande speakers in Haute-Guinée who acquired literacy in the maternal language.

Maternal language literacy was the goal, but the choice of alphabet seemed to become a personal issue. Touré appeared to have the advantage because his program was heir to the already existing state program. His selection of the Roman alphabet was prudent because the alphabet was already used throughout much of the world, and local typesetting existed and was in place. While a few maternal language textbooks were published, the translation and publication of other works in the maternal languages never materialized 48. Kanté worked at a disadvantage. From the standpoint of infrastructure and funding, he lacked resources, and N’ko required an innovation in typesetting that was not locally available. Yet he continued to produce handwritten translated texts in the N’ko alphabet. These translations systematically spread throughoutt he Mande-speaking community as students hand copied them so as to have their personal copies for reading and teaching.

The two Mande-speaking competitors had developed opposing teaching methodologies. Sékou Touré imposed the Roman alphabet upon children and adults through the state-supported literacy program. The concept of a National Language Program had been supported by the PDG rank and file. But some educators observed that the program had a negative effect on learning French as an international language of diplomacy and economics 49. Because the educational system was universal only at the elementary level, students who failed the exams at the end of the Second Cycle never had the opportunity to continue French language instruction. In addition, adults who were acquiring literacy through the program never had the opportunity to learn French because they were limited to the maternal language. The goal was national literacy, and children and adults were becoming literate in the maternal language, limiting them to regional participation. By using the educational process in this manner, the government had effectively restricted the numbers of participants in the national arena, and, by so doing, restricted access to full knowledge of the French language itself.
On the other hand, Souleymane Kanté had attracted students by focusing upon Mande culture. Adults and children learned the alphabet voluntarily because it was culturally important to them. Having learned the alphabet, students used it for correspondence and business, and they amassed handwritten translations of religious, historical, and modem scientific texts. The significance of N’ko literacy led to a personal understanding of a wide variety of knowledge. Learning N’ko became a form of self-improvement because it was not promoted as the acquisition of knowledge for advancement in the political or economic structure of the nation. Touré had clung to a limited vision—that of the European—conceived nation-state that while striving for a Guinean national consciousness could not leave the designated borders of the Guinean nation. Kanté’s arena had been regional; he created a Mande consciousness that eventually drew together Guinea’s resident Mande speakers of Haute-Guinée and Guinée Forestière, and, more importantly, ultimately connected all the Mande speakers in West Africa.
Although Touré’s motives cannot be wholly known 50, in formants have characterized his relationship to Kanté based on conversations with either or both men and through the events the informants themselves witnessed.

It appears that in the 1960s Touré had hoped to isolate Kanté from his work by coopting him into the National Language Program. Kanté would not abandon his own work, however, and continued teaching the N’ko alphabet and translating texts into N’ko. Informants relate that Kanté wrote out texts by hand and used a Renault duplication machine capable of producing books of ten to twenty pages. In 1971 when the machine broke down, he journeyed to Conakry to ask the government for financial assistance in establishing a larger-scale print shop capable of duplicating works such as the N’ko version of the Qur’an 51.

In Conakry, Al-Hajj Kabiné Diané helped Kanté as much as he could by printing small runs at this Arabic printing press 52. Touré did nominate Kanté to the Conseil Islamique National (charged with defending Islam and its principles in Guinea) 53, but Kanté declined the appointment, saying that the committee meetings would interfere with the time he needed to translate texts into N’ko 54. Making his home in Conakry in the early 1970s, Kanté continued to write documents by hand; then he took them to Al-Hajj Kabiné Diané for printing 55. Kanté sold the printed manuscripts for a small sum in order to promote further literacy in N’ko in all segments of the community 56.

His family and friends reported that the relationship between the two men continued to deteriorate until Sékou Touré’s death in 1984. Thus, from the late 1970s through mid-1980’s, Kanté was forced to leave Guinea on several occasions and to reside in neighboring countries under the threat of being arrested or killed by Touré’s government 57.

During this self-imposed exile, Souleymane Kanté continued to translate works into N’ko and to compile a text of Mande healing arts 58.

Sékou Touré’s National Language Program from 1968 to 1984 had produced people who were literate in their spoken maternal language.

Under the leadership of Lansana Conté, the Second Republic implemented a new language program: French became the single national language and the language of literacy.
Although maternal language radio programs occurred during the Touré regime, the new government has systematically supported learning in the maternal languages by producing radio and television programs of cultural and news content spoken in only three of Guinea’s maternal languages—Susu, Maninka, and Pular.

After his return home to Guinea in 1985, Souleymane Kanté lived in Conakry teaching his alphabet until his death from diabetes in 1987 59.

Statistics on the number of adults and children who know how to read and write N’ko have not been established.

Under Kanté’s direction, his disciples established the Association pour l’Impulsion et la Coordination des Recherches sur l’Alphabet N’ko (ICRA-N’KO) in 1986. ICRA-N’KO was officially sanctioned by the government in 1991 as a non-governmental organization (NGO) 60. Only since then has the group actively begun to compile statistics based on the current number of students enrolled in N’ko classes. Each teacher turns in a list of students to the local ICRAN’KO association, which records the numbers and sends them on to the Service National d’Alphabétisation to be included in the year’s literacy statistics.

By looking at the numerical fragments, it can be seen that the number of students in N’ko classes had steadily increased from 1989 to 1994; however, it is not possible to say whether or not this was the result of an increase in the number of students or the result of better record-keeping.

A literacy survey of Kankan I conducted in 1994 presents the first literacy statistics for the city 61. Canvassers interviewed each household about the languages spoken and about the alphabets used to transcribe those languages. One would expect a competitive percentage of those who were able to read and write the Maninka language in the Roman alphabet after sixteen years of Touré’s National Language Program.

The results of the survey are enlightening because they show that only 3.1 percent of the 128,000—plus indigenous inhabitants (men, women, and children above the age of five) knew how to read and write in French, while 8.8 percent knew how to read and write N’ko 62.

Other figures show that among the people of Kankan, 8.5 percent could read Arabic and 14.1 percent could read and write French. The “langue nationale” appears to have been discarded, while the N’ko alphabet appears to be blossoming.

Kanté’s N’ko seems to have become more widely accepted in Kankan. Thus the ultimate advantage seems to lie with Kanté’s approach rather than Touré’s.

Conclusion

Since independence the Maninka speakers of Guinea have struggled against what they perceived to be Western cultural imperialism in the area of language and literacy. As a conflict within the nation-state, it reflects the ongoing struggle for autonomy. Being literate in N’ko has become an important part of the current Mande cultural revival because the possession of N’ko signifies the reclaiming of the area’s cultural integrity.

The N’ko alphabet has offered Maninka speakers a renewed capacity to make culturally significant choices, and they seem to have chosen N’ko as an indigenous alternative to the education of language/literacy promoted by the Western-influenced Mande speakers who have controlled government and religion since Touré’s time.

Persons seeking to learn N’ko have steadily created enthusiasm and support for learning the alphabet, which has spread from Mande-speaking Kankan both to other Mande speakers throughout Guinea and also to Mande speakers residing in neighboring states.

* This article is based on the research in Kankan, Republic of Guinea in 1991, 1992-1993, and 1994, with the assistance of a Fulbright Dissertation Research Scholarship for 1992-1993 and a West African Research Association Fellowship for the summer of 1994.

Notes
1. In the same year in the British colony of Nigeria, Chinua Achebe also validated indigenous culture by writing his classic novel, Things Fall Apart (1958).
2. It is difficult to divorce the broader issues of Guinea’s “Cultural Revolution” from ethnic ones, however, particularly the view that during the Touré and Conté periods (1958-1984 and 1984 to the present, respectively), Maninka speakers may have been progressively disfranchised from the nation’s political process. Touré did not empower all Maninka speakers but gave preference to the ones from his own area of Faranah. Conté is a Susu speaker who has systematically alienated the Maninka speakers since taking power in 1984. However, his support of the Maninka based grassroots literacy movement might be an attempt to change this.
3. Sékou Touré’s archival documents, including personal papers and correspondence, were either destroyed or hidden after his death. Consequently, there are no currently existing archives of the First Republic and the papers that are hidden are inaccessible. With regard to the personal relationship between Sékou Touré and Souleymane Kanté, interviews provide some insights.
4. André Lewin, La Guinée: [Que Sais-je?] (Paris, 1984), 67.
5. By 1990 there were approximately 16 million speakers of the 20 languages classified as Mande, radiating out from the Mande heartland across the borders of ten West African countries. The Maninka speakers of Guinea reside in the region of Upper Guinea adjacent to the Mande heartland, which lies just across Guinea’s border with Mali.
6. Informants explained that Kanté accepted a 1944 challenge posed by the Lebanese journalist Kamal Marwa in an Arabic-language publication, Nahnu fi Afrikiya [We Are in Africa]. Marwa argued that Africans were inferior because they possessed no indigenous written form of communication. His statement that “African voices [languages] are like those of the birds, impossible to transcribe” reflected the prevailing views of many colonial Europeans. Although the journalist acknowledged that the Vai had created a syllabary, he discounted its cultural relevancy because he deemed it incomplete. Personal Interviews 08 in Karifamoriah, 46 in Kankan, and 70 in Conakry, 1993. To protect the identity of the informant or informants, interview citations include only the interview number, date, and location. The informants are equally divided between N’ko practitioners and those outside the N’ko community, some of whom have never heard of the alphabet. All interviews took place with the author and research assistant in in Guinea unless otherwise indicated. Interviews were conducted randomly as informants were available, or as travel arrangements could be made I have in my possession the audiotapes in Maninka and the written translations in French.
7. See Steven Feierman’s stimulating use of the term in Peasant Intellectuals: Anthropology and History in Tanzania (Madison, 1990).
8. Group Interview 18, 5 April 1993, Balandou, Guinea. Kanté emphasizes the integration of local knowledge with foreign knowledge by preserving both in the maternal language in a script that he himself creates. For that reason, one should characterize him as a vernacular intellectual.
9. Interviews 62 (14 July 1993) and 70 (18 July 1993), in Conakry, and Interview 09, 11 March 1993, Kankan. Souleymane Kanté’s experiments, reinforced by his acquisition of Arabic literacy as an Islamic scholar, were responsible for the selection of this right to left orientation. It might also have been a political statement rejecting African deculturation by Europeans.
10. Interview 70, 8 July 1993, Conakry. It is evident that this informant associates Kanté with his own ethnic pride in the heroic/historic Mande past as descendants of the ancient kingdom of Mali.
11. Odile Goerg, “La Guinée,” in Catherine Coquery-Vidrovitch with Odile Goerg, L’Afrique Occidentale au temps des Français Colonisateurs et Colonisé (c. 1860-1960) (Paris, 1992), 365.
12. R.W. Johnson, “Guinea,” in John Dunn, ed., West Africa States, Failure and Promise A Study in Comparative Politics (Cambridge, 1978), 38.
13. Defined by Victor Du Bois as “a feeling among the citizens of the young republic that their destiny is somehow linked to that of other peoples with whom in the past they have never shared a sense of kinship or identity.” Du Bois, “Guinea,” in James S. Coleman and Carl. Rosberg, Jr.,e ds., Political Parties and National Integration in Tropical Africa (Berkeley, 1964), 199.
14. Ibid., 186.
15. Ruth Schachter Morgenthau, Political Parties in French-speaking West Africa (Oxford, 1964), 224.
16. Jean Suret-Canale, La République de Guinée (Paris, 1970), 144.
17. In Interview 60, 9 July 1993, in Conakry, the informant said that as a Mande speaker himself, Sékou Touré sincerely admired Kanté’s invention but that he was a political man wanting to promote national unity. In Interview 80, 20 July 1994, in Conakry, a personal friend of Touré said that the latter wanted to support N’ko but that the other members of the Political Bureau, and his cabinet, did not.
18. Choosing Mande as the national language or even institutionalizing the Mande-styled alphabet for orthography would have caused dissension between Mande speakers and the other ethnic groups in Guinea. Furthermore, while Mande speakers could write the Mande language in N’ko, Susu speakers could write the Susu language in N’ko, and Pular speakers could write the Pular language in N’ko, they would not be able to read each other’s texts; although the script was the same, the languages would not be mutually intelligible. The former regional director of education in Kankan commented that the rejection of Kanté’s alphabet was divisive among the leaders of Touré’s government. Interview 64, 64, 15 July 1993, in Conakry.
19. Interview 09, 11 March 1993, in Kankan; Interview 60, 9 July 1993, in Conakry; Interview 68, 7 July 1993, in Conakry; Interview 80, 20 July 1994, in Conakry; Interview 59, 28 June 1993, in Kankan; and Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, Côte d’Ivoire.
20. In Group Interview 43, 18 May 1993, in Kankan, one informant stated that Sékou Touré had promised Souleymane Kanté that he would build a school for N’ko.
21. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana; Interview 59, 28, June 1993, in Kankan.
22. There is some confusion about the manner in which this occurred. Some informants have said that Sékou Touré sought out Souleymane Kantd in Abidjan after hearing about the alphabet through the grapevine. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana. Others insisted that Souleymane Kanté went on his own to Conakry to present the alphabet to Touré. Interview 59, 28 June 1993, in Kankan. One informant claimed to have taught Sékou Touré N’ko, after which Touré told the informant to invite Kanté to visit him in Conakry. Interview 80, 20 July 1994, in Conakry. Regardless of who initiated the interview, informants concur on the rest of the story. In Interview 81, 9 August 1994, in Conakry, the informant reasserted the claim that the informant in Interview 80 had in fact taught N’ko to Sékou Touré, but that Sékou abandoned his studies when the political arena heated up. In Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, we visited the house where the Kanté family shared a room and spoke with neighbors who witnessed the military truck moving the family back to Guinea.
23. Interview 51, 22 June 1993, in Djankana.
24. According to the informants in Group Interview 08, 8 March 1993, in Karifamoriah, at the time only Maninka-speaking long-distance traders were merchants in Abidjan. When the exploitation of the Sefadou diamond mines in Sierra Leone began, many of these merchants carried the ability to write and teach N’ko with them into the new marketplace.
25. Prior to independence, many Guineans were dispersed throughout West Africa. Some were employed by the French as bureaucrats, teachers, or as railroad transportation workers. Others, such as a large number of Maninka speakers, were dispersed along West African trade routes. For example one informant’s father had been the railroad station-master at Bobo Dioulasso, Burkina Faso, in 1944. Interview 07, 6 March 1993, Kankan; Niane, Sundiata, 93.
26. Sékou Touré, “Débat culturel: Le Chef de l’Etat sur les langues africaines,” Horoya 2889, 25-31 Octobre 1981, 13-16.
27. Interview 68, 17 July 1993, in Conakry.
28. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry.
29. Johnson, “Guinea,” 55. In Touré’s attempt to reconnect to the African past, he organized the party structure to imitate the organization of village councils. The system appeared to consult the common man on every major government decision. Ideally, the idea originated at the cell level and gained acceptance as it moved to the high-ranking leaders of the Bureau Politique National (BPN). In this case the idea originated at the top and was presented for approval to the Comités d’Unité de l’Education. Du Bois describes the organization of the PDG in his political commentary, “Guinea,” 200-205. UNESCO, The Experimental World Literacy Programme: A Critical Assessment (Paris, 1976), 26-30.
30. Interview 34, 10 May 1993, in Kankan, and Interview 55, 24 June 1993, in Kankan.
31. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry; Interview 60, 9 July 1993, in Conakry; and Interview 55, 24, June 1993, in Kankan.
32. Interview 66, 16 July 1993, in Conakry. The informant was a Directeur Régional de l’Education in Kankan.
33. Mohamed Lamine Sano, “Aperçu Historique sur l’Utilisation des Langues Nationales en République de Guinée,” unpublished paper (1992), 3-4.
34. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry.
35. UNESCO, World Literacy Programme, 42.
36. Interview 64, 15, July 1993, in Conakry.
37. UNESCO considered its program separate from the government’s national campaign. Interestingly enough, the UNESCO funds were not used for a pilot project in Haute-Guinée. The program targeted 3,500 illiterate and newly literate industrial workers in Conakry and 75,000 illiterate farmers living in lower Guinea (the Susu language), middle Guinea (the Pular language), and the forest region (the Kissi, Guerzé, and Toma languages). UNESCO, World Literacy Programme, 42-43.
38. Interview 64, 15 July 1993, in Conakry; Group Interview 46, 19 June 1993, in Kankan; and Interview 55, 24 June 1993, in Kankan. See Ministère du Domaine de l’Education et de la Culture, La Reforme de l’Enseignement en Republique de Guinée Novembre 1958-Mai 1977 (Conakry, 1977), 6-8.
39. Kamori Traoré, “Guinée,” in Alfâ Ibrâhîm Sow, ed., Langues et Politiques de Langues en Afrique Noire: l’Experience de l’UNESCO (Paris, 1976), 265.
40. Interview 60, 9 July 1993, in Conakry.
41. Ministry of Education and Culture, Cultural Policy in the Revolutionary People’s Republic of Guinea (Paris, 1979), 36.
42. Ibid., 9-10.
43. Interviews 34 and 55, 10 May 1993 and 24 June 1993, respectively in Kankan were with one informant.
44. Interviews 34 (10 May 1993) and 55 (24 June 1993), in Kankan.
45. Souleymane Kante’s recommendations were that each person should teach seven other people. Group Interview, 08, 8 March 1993, in Karifamoriah. In Interview 05, 3 March 1993, in Kankan, the informant said that the instructions were to teach the family, so he taught all of his children.
46. Interview 60, 9 July 1993, in Conakry.
47. Those who were literate in N’ko were spoken of as preserving for posterity the oral histories of elders. Interview 05, 3 March 1993, in Kankan.
48. Secretariat d’Etat à l’Idéologie-Service National d’Alphabétisation, Sori ni Mariama (Teheran, n.d.) and Académie des Langues Conakry, Maninkakan Sariya, Grammaire Maninka 2e et 3e cycle (Conakry, 1980) are examples of texts produced for the literacy program.
49. Interview 66, 16 July 1993, in Conakry.
50. According to this informant, the government could not fight the N’ko alphabet directly. It was necessary to formulate a political strategy to eliminate N’ko, either to isolate the creator so that he would abandon it or to exile him so that the population would forget about it. Interview 59, 28 June 1993, in Kankan. In Interview 68, 17 July 1993, in Conakry, the informant stated that the government used Kanté in the National Language Program because he was the only one who could translate all of the necessary terminologies.
51. A local merchant, Sékou Diané, is remembered as having given Souleymane Kanté money to buy this machine in Abidjan. Interview 29, 3 May 1993, and Interview 49, 20 June 1993, in Kankan; Interview 68, 17 July 1993, in Conakry.
52. Interview 82, 10 August 1994, in Conakry. El Hadj Kabiné Diané was a prominent businessman from Kankan who also owned a business in Conakry and was a part of the National Islamic Council.
53. In Interview 09, 11 March1 993, in Kankan, the informant established the date as 1973.
54. Interview 62, 14 July1 993, in Conakry.
55. Ibid.; and Interview 32, 8 May 1993, in Kankan.
56. Interview 32, 8 May 1993, in Kankan.
57. Interview 80, 20 July 1994, in Conakry, the informants described Touré as being troubled by leadership problems he was experiencing with Guinea’s intellectuals. In Interview 59, 28 June 1993, in Kankan, the informant told a story he heard from Souleymane Kanté: The government had supplied Kanté with transportation to Romania for treatment of his diabetes in 1974. Assisting the Guinean government, th e Romanian government institutionalized Kanté in a psychiatric facility, where an attempt was made on his life by lethal injection. Kanté refused the treatment and escaped death. Kanté convinced the doctors to release him, since, in the end, his condition itself was a death sentence. Later in Conakry he met the person who had been the Guinean ambassador to Romania at the time of his incarceration, wh o thought that Kanté was deceased. Interview 31, 8 May 1993, in Kankan, Interview 62, 14 July 1993, in Conakry and Group Interview 46, 19 June 1993, in Kankan.
58. Interview 31, 8 May 1993, in Kankan, Interview 51, 22 June 1993, in Djankana; Interview 62, 14 July 1993, in Conakry; Interview 59, 28 June 1993, in Kankan; Group Interview 30, 4 May 1993, in Bamako. Group Interview 84, 15 August 1994, in Abidjan, the informants recalled that Kanté told them that he had returned to Côte d’Ivoire in political exile and said that Touré was jealous of his invention. Theye estimated that he spent eight years with them in Côte d’Ivoire, two years in Bouake and six in Abidjan, interspersed with trips to Bamako.
59. Interview 62, 14, July 1993, in Conakry.
60. Interview 68, 17 July 1993, in Conakry, and Interview 69, July 18, 1993, in Conakry.
61. Literacy Survey of Kankan, 4 August 1994. There are no complete literacy statistics at any level. The numbers represented in the survey offer a beginning point at which literacy statistics can be assessed and can be later measured in percentages. I conducted another Literacy Survey of Kankan in July 2000. When I have finished entering the data, I will be able to determine growth in the numbers who are literate in N’ko over the last six years.
62. The literacy survey showed that 14.1 percent of the population knew how to read and write French, 8.5 percent of the population knew how to read and write Arabic, 8.8 percent of the population knew how to read and write [the Maninka language] in N’ko, and 3.1 percent of the population knew how to read and write [Maninka] in the Roman alphabet [Langue Nationale].

Une peinture terne et simpliste de l’Afrique

Béchir Ben Yahmed
Béchir Ben Yahmed

L’éditorial de Béchir Ben Yahmed (BBY) intitulé “Sombre tableau du continent” offre une peinture terne et simpliste de la situation du continent. La substance de l’article prête ainsi le flanc à la critique et à l’objection sur trois points :

  • Les clichés et la dichotomie artificielle
  • Les statistiques de routine
  • L’approche décontextualisée

Clichés et dichotomie

D’entrée de jeu, Béchir Ben Yahmed évoque le cliché de l’afro-optimisme, dont le revers est, on le sait, “l’afro-pessismisme”.  Ces expressions équivalent certes à l’euro-pessimisme et à l’euro-optimisme. Mais la comparaison est déplacée et l’on doit admettre que l’application de ces mots à l’Afrique est plus significative. Pourquoi ? Parce que les pays européens ont, indéniablement, des économies, des infrastructures sociale et des institutions culturelle plus solides. Alors que l’Afrique, elle, ne parvient pas à se dégager de la tutelle et de l’hégémonie occidentales. Les fluctuations boursières, les contradictions politiques, etc. fondent l’optmisme des uns et le pessimisme des autres sur le “Vieux Continent”, certes. Mais les populations et les élites n’en bénéficient pas moins de niveaux de vie élevés.
Cela n’est pas le cas en Afrique, où tous les pays sont des entités à deux niveaux ; à la base se trouvent des masses paupérisées depuis des décennies, au sommet trônent des élites politiques récentes, qui, en général, sont à la remorque de l’Europe. Les sociétés africaines vivent en permanence dans cette disjonction entre dirigeants et dirigés. Un  exemple majeur concrétise ce fossé ; d’un côté les populations ont “leur langue maternelle ; c’est-à-dire une langue ni écrite ni lue, qui ne permet que l’incertaine et pauvre culture orale” ; de l’autre, les dirigeants “n’entendent et n’utilisent” que les langues europénnes. Je cite ici Portrait du Colonisé par Albert Memmi, compatriote Tunisien de Béchir Ben Yahmed. En un mot, afro-optimisme et afro-optimisme sont des concepts et des expressions de l’élite africaine (francophone, anglophone, lusophone). Ces mots n’appartiennent pas au répertoire lexical et ne relèvent pas du comportement linguistique des populations. Autant dire que la distinction entre Africains optimistes et pessimistes constitute plutôt une dichotomie artificielle et superficielle.

Les statistiques habituelles

M. Yahmed continue avec une sélection de statistiques qui confirment sa son opinion présente, mais pas son parcours de combattant et sa vision originelle de l’Afrique. On relève les passages suivants :

  • Le produit intérieur brut du Nigeria et de l’Afrique du Sud, respectivement de 415 milliards et de 280 milliards de dollars par an.
  • La position économique de ces deux pays
    • 46,7% de la production totale de l’Afrique subsaharienne
    • 31,9% de la production africaine en général
  • Le poids démographique de quatre pays :
    • Nigéria, 184 millions d’habitants
    • Ethiopie : 91 millions
    • Egypte : 91 millions
    • RDC, 85 millions

Béchir Ben Yahmed évoque ensuite, sans pause ni transition, des faits d’actualité dominants au Nigéria et en Afrique du Sud. Ainsi, parlant du Nigéria, il écrit que le président Muhammadu Buhari est “malade et … ne dit rien — ni à son peuple ni aux Africains — du mal qui l’a maintenu éloigné de son pays pendant deux longs mois et l’empêche de reprendre son travail à un rythme normal”. Mais BBY aurait dû rappeler l’acte de transfert provisoire du pouvoir au vice-président Yemi Osinbajo, signé par Buhari et approuvé par la branche judiciaire (Sénat et Assemblée fédérale). De la sorte, l’équipe Buhari n’a pas totalement répété l’indécision du gouvernement de Umaru Yar’adua en 2008.

Quant à l’Afrique du Sud, l’éditorial dénonce le comportement du président Jacob Zuma “notoirement corrompu et dont l’obsession est de voir son ex-femme lui succéder au terme de son deuxième et dernier mandat. Pour se protéger d’éventuelles poursuites judiciaires”. L’article met ici en exergue un mal plus étendu, à savoir, la mal-gouvernance des héritiers de Nelson Mandela. Car avant les scandales financiers de Zuma, le pays de l’Arc-en-ciel a connu l’incompétence et l’affairisme de Thabo Mbeki. Négociateur dans le conflit ivoirien dans les années 2004-2005, il essuya la contestation de son rôle par les opposants du président Gbagbo, qui se plaignirent de son zèle à placer plutôt les produits d’exportation de son pays, et de sa partialité.

Cela dit, les économies du Nigéria et de l’Afrique du Sud sont —à l’image du reste du continent — exocentrées et dépendent de l’exploitation pétrolière et de l’extraction minière, respectivement. Pire, les deux sont loin de panser les plaies profondes de leur passé et de corriger les handicaps de leur présent. Pour le Nigeria, ce sont la guerre civile du Biafra, (1966-1970), la confiscation du pouvoir par l’armée pendant trois décennies environ, la corruption, les insurrections armées du  MEND dans le Delta du Sud-est, les ravages encore plus criminels de Boko Haram dans le Nord-est. En Afrique du Sud,  la libération et l’élection du président Mandela marquèrent la fin de l’Apartheid, certes, et le changement de régime politique. Mais, les rênes du pouvoir économique n’ont pas changé de main. Par exemple, citons le massacre en 2012 de 34 mineurs grévistes de la mine de platine de Marikana. Les forces de l’ordre au service du gouvernement de l’ANC commirent une tragédie qui rappelle la boucherie de Sharpeville en 1960. L’ex-couple Jacob et Nkosazana Dhlamini Zuma réussira-t-il là où le duo Bill et Hillary Clinton a échoué ? Leur plan tient-il en compte la crise endémique de la société africaine, dont certaines couches affichent une xénophobie d’autant plus regrettable que la lutte contre l’Apartheid fut soutenue par la plupart des pays africains ?

Un éditorial qui décontextualise l’Afrique

L’éditorial de BBY contient seulement le nom de l’Afrique. Il ne désigne nommément ni l’Asie, ni l’Amérique, ni l’Europe. Et pourtant l’auteur sait à quel point les autres parties du monde sont redevables à l’Afrique en  matières premières. Que font-ils, au nom de la solidarité humaine, pour prévenir les dérives récurrentes ou pour aider à punir les auteurs de crimes de sang et de guerre ? L’Afrique est le seul continent à ne pas siéger en permanence au Conseil de sécurité de l’ONU. A-t-elle une chance d’en être membre un jou ? Voire.
En attendant, la pendule de l’Histoire marche sans arrêt. Elle balance entre la paix et la guerre, la prospérité et la misère, la droiture et la corruption. La stagnation et les revers de l’Afrique sont évidents. Mais en même temps l’on note des efforts de correction et de prévention. Ainsi, des magistrats du continent siégeant dans les Chambres africaines extraordinaires, (CAE), et en vertu d’un accord entre l’Union africaine (UA) et le Sénégal, ont jugé, reconnu coupable et condamné l’ex-dictateur tchadien Hissène Habré, le 9 janvier dernier. De même, sous la menace d’une intervention militaire coordonnée et d’une arrestation par les forces de la CEDEAO, Yahya Jammeh a dû céder le pouvoir à Adama Barrow, son successeur démocratiquement élu.
Il y a donc une dynamique positive que l’éditorial de Béchir Ben Yahmed ne mentionne pas. L’article réflète une vision en tunnel qui ne sied guère au fondateur de l’hebdomadaire Jeune Afrique et président du Groupe éponyme. Pis, aucune ébauche de solution n’est indiquée. Et Le ton  pessimiste persiste du début à la fin. Il ne sert à rien d’énumérer les faillites du continent, si l’on ne le replace dans le contexte de son passé historique négatif, c’est-à-dire l’esclavage, la colonisation, la néo-colonisation et la perpétuation des hégémonies étrangères nonobstant les indépendances nominales, juridiques et politiques. De même, l’Afrique souffre le plus, certes. Mais les autres contients ne s’en tirent pas non plus à bon compte. Du Brésil aux USA, en passant par la Chine, l’Inde, la Russie, l’Union Européenne, le ras-le-bol des laissés-pour compter et la réprobration contre les politiciens et les élites économiques se manifestent, ouvertement, ou en sourdine.Et la mondialisation en porte la responsabilité. L’environnement global du 21è siècle est un géant aux pieds d’argiles. Sa tête (les économies avancées) est dans les nuages post-industriels et cybernétiques. Mais une grande partie de son corps (les damnés de la terre, Fanon) vit 20e siècle, voire au 19e. En particulier, l’Afrique gémit entre le marteau des hégémonies extérieures et l’enclume d’élites nationales défaillantes et dans certains criminelles. Toutefois, l’épidemie Ebola (2013-2014) a montré à quel point la fragilité de l’être humain et la nécessité de la solidarité planétaire.

Pour terminer, il est étonnant de la part de Béchir Ben Yahmed, auteur du livre Les années d’espoir : 1960-1979, d’appliquer à l’Afrique des oeillères réductrices, simplificatrices et simplistes. Engagé dans les tranchées depuis son départ du gouvernement de Habib Bourguiba en 1957, il continue de jouer un rôle prééminent dans la presse francophone. Pour ma part, je réitère ici mes remerciements à Jeune Afrique pour sa dénonciation infatigable de la dictature de Sékou Touré, président de la Guinée (1958-1984). Je compte republier sur mon site Camp Boiro Mémorial le dossier élaboré que BBY et son équipe exposèrent au public durant le « Complot Peul », qui aboutit à la liquidation atroce de Telli Diallo, premier secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine, devenue l’Union Africaine.

Ce qui manque à l’éditorial “Sombre tableau du continent”, c’est la longue expérience, la sagacité et la largesse de vue d’un acteur avéré et d’un témoin émérite de l’Afrique contemporaine.

Tierno S. Bah