La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique
Siradiou Diallo (1939-2003), rédacteur-en-chef, Jeune Afrique

Ce dossier est le premier d’une série publiée en 1976 par Jeune Afrique sur le complot monté et les accusations mensongères propagées par Sékou Touré, président de la république de Guinée, contre les Fulɓe ou Peuls, ethnie pluralitaire du pays. Je re-publie ces documents quarante-un après la tragédie qui emporta Telli Diallo et ses compagnons, tous faussement inculpés de complot contre l’Etat.  La rédaction de l’hebdomadaire — dirigée à l’époque par feu mon neveu Siradiou Diallo —passe au peigne fin et réfute les allégations du leader guinéen. A l’appui de son argumentation Jeune Afrique reproduit de larges extraits des propos incendiaires de Sékou Touré. J’invite les lecteurs à appliquer leur esprit critique sur ces passages. En particulier sa caricature de l’histoire du Fuuta-Jalon, et ses racontars sur la bataille de Poredaka et la fin de l’Almaami Bokar Biro en 1896. Car il s’agit là d’affabulations grossières et de calomnies indignes d’un chef d’Etat. Je compte apporter plus tard des corrections aux élucubrations du président. J’attire pour le moment l’attention sur son interprétation moralisatrice et péjorative de l’Histoire, concernant (a) la rivalité entre les cousins Sori Yillili et Bokar Biro et (b) les résultats du référendum de 1958. La lutte pour le pouvoir est une question d’intérêts et de rapports de forces. Ainsi, lorsqu’il se sentit en position de faiblesse, Daye Kaba, noble de Kankan, fit appel au lieutenant-colonel Archinard contre Samory en 1891. Ce fut le début de la fin pour l’Empereur du Mande … En rétrospective, Sori Yillili et Daye Kaba eurent tort  de pactiser avec les troupes de conquête françaises… Dans son délire anti-fuutanien Sékou Touré n’eut pas  l’honnêteté de rappeler la faillite identique des deux hommes.…  Et il eut l’arrogance de faire des remontrances et des reproches aux dirigeants et familles du Fuuta ! Alors que depuis 1954, il avait déjà fait empoisonner, fusiller, pendre, égorger, enterrer vivants et mourir de faim des dizaines de milliers de Guinéens. Alors que depuis 1958, sa politique ruineuse avait forcé plus deux millions de citoyens à s’exiler. En août 1976 il avait décidé d’assassiner Telli Diallo, qui — avec ses co-accusés, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alhassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté, etc. — mourra atrocement de privation totale d’eau et de nourriture (diète noire) au Camp Boiro au premier trimestre de 1977. Sékou détruisit physiquement Telli (voir photo plus bas). Mais le martyre du premier secrétaire général de l’OUA a gravé son nom et son palmarès au fronton lumineux de l’histoire de l’Afrique. Professeur-docteur Charles Diané témoigne que Sékou Touré  “guettait depuis toujours (un Telli), qui l’écrasait de sa culture, de son rayonnement et de son port : Telli Diallo, baptisé bien sûr éminence grise de ce nouveau complot. Celui dont l’arrestation avait motivé toute la mise en scène.”
En 2010 le candidat Alpha Condé ne manquait pas d’éloges pour Sékou Touré. Il alla jusqu’à dire qu’il reprendrait la Guinée là où le tyran l’avait laissée. D’une pierre deux coups. D’un côté, il snobbait ainsi le règne de Lansana Conté. De l’autre, il courtisait et flattait un électorat malinké pris — comme celui des trois autres régions naturelles — dans les filets du piège ethnique politicien. La ruse consista alors à se faire passer pour un héritier politique de Sékou Touré ! Je paraphraserai un proverbe bien connu : « Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es ! » Par démagogie électoraliste, M. Condé avait “oublié” ou “pardonné” sa condamnation à mort par contumace en 1971. Toutefois, après sa réélection en 2015, il jetta bas le masque. Tout en évitant de nommer ses cibles, Alpha Condé s’attaqua vicieusement “à certains” cadres de la Haute-Guinée. Dans un discours inflammatoire — à l’image de Sékou, son “idole” —, il dénonça leur duplicité et leur opportunisme. C’est exactement ainsi — en fait pire — que le “Responsable suprême de la révolution” renia, et souvent élimina, ceux qui l’avaient aidé à monter au pouvoir.…
Le texte complet des discours  de Sékou Touré est accessible à la bibliothèque de webGuinée.
Tierno Siradiou Bah

 Sékou Touré : “Je déclare la guerre aux Peuls”
Jeune Afrique, no. 827 du 12 novembre 1976, pp.30-35

Président Sékou Touré, 22 août 1976
Président Sékou Touré, Conakry, 22 août 1976

Table des matières

Le marxisme-tribalisme
Toute l’ethnie peule est coupable
De violents brassages de populations
Peuls : victimes et non agents du colonialisme
L’exil des Peuls
Discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré : extraits

Le marxisme-tribalisme

Ce n’est pas la première fois que le président Sékou Touré part en guerre contre les Peuls en Guinée. En mai 1958 notamment, le secrétaire général du PDG (Parti démocratique de Guinée) n’avait pas hésité à dresser les chômeurs de Conakry, soutenus par des renforts du même genre recrutés à Freetown (Sierra Leone), contre ceux qu’il désignait alors du terme de saboteurs. Officiellement, il visait tous les militants du parti adverse, ceux du BAG (Bloc africain de Guinée). En fait, les commandos de tueurs, dirigés par le célèbre Momo Jo Soumah, s’en prenaient essentiellement aux Peuls. Motif ? Le leader du BAG, M. Barry Diawadou, appartenait à leur ethnie.
Le parti de M. Sékou Touré, solidement implanté en Basse-Guinée, n’avait jusqu’alors rencontré qu’un succès mitigé au Fouta-Djalon. L’origine sociale du leader du PDG, son style plébéien et ses méthodes directes avaient été à l’origine de sa popularité à Conakry et ailleurs ; ils constituaient autant de handicaps dans la société aristocratique, hiérarchisée, aux normes et aux manières feutrées, du Fouta-Djalon, du Moria (en Basse-Guinée) ou de Kankan (chef-lieu de la Haute-Guinée).

Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d'Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite - T.S. Bah)
Conakry, 1968, de gauche à droite, Saifoulaye Diallo, ministre d’Etat, président Sékou Touré, Hadja Mafory Bangoura, ministre. La légende de la photo par Jeune Afrique dit : Pour le Malinké Sékou Touré, le portefeuille des Affaires sociales que détient le Peul Saifoulaye Diallo : une caution sans intérêt. (La Soussou Mafory Bangoura est à droite – T.S. Bah)

Note. — Le processus de  marginalisation de Saifoulaye (mon cousin maternel) par Sékou Touré fut graduel et inversement proportionnel au rôle politique pionnier et à l’importance centrale de celui-ci dans l’évolution du PDG.
François Mitterand (1962) évoque “La forte et intéressante personnalité de M. Saifoulaye Diallo, dont le rôle en Guinée est considérable…”
Sur place à Conakry, Pr. Bernard Charles (1963) s’interroge et se rend compte de l’autorité et du prestige du président Diallo. « Il prend rarement la parole, accorde peu d’interviews. Mais il est toujours présent. »
Ameillon (1964) souligne que “Le rôle principal dans (la) réforme (du parti) revint à Diallo Saifoulaye, grand Foula dégingandé, supérieurement intelligent, esprit froid et systématique. C’est lui qui avait le mieux assimilé l’enseignement politique, qu’ils avaient tous trois reçu dans la cellule” des Groupes d’études communistes (G.E.C.), “créée à Conakry dans les années 1945-1946, par quelques instituteurs européens communistes,” dont Jean Suret-Canale.
Précisément, dans son ouvrage Les groupes d’Études Communistes en Afrique noire (1943-1951) Jean Suret-Canale note à la page 65 : « Saïfoulaye Diallo, d’origine guinéenne, d’une famille de l’aristocratie peule de la région de Labé, fut le premier secrétaire général du G.E.C. de Niamey, élu en février 1947. Il sera un moment secrétaire général du Parti progressiste nigérien, section locale du R.D.A. Il sera, au moment de l’indépendance de la Guinée, Président de l’Assemblée nationale, puis Ministre d’État. »
De 1948 à 1951 Saifoulaye partagea les commandes du parti successivement avec Madeira Keita et Amara Soumah (tous deux membres du G.E.C de Conakry). Durant cette période Sékou Touré venait au quatrième rang dans la hiérarchie du leadership. En 1951, il usurpa le secrétariat général suite à la démission de Soumah et à l’affectation de Keita et Diallo au Dahomey (Bénin) et en Haute-Volta (Burkina Faso), respectivement. Saifoulaye retourna à Conakry en 1953.  Affaibli par la tuberculose, il continua néanmoins ses activités et réoccupa sa fonction antérieure de secrétaire politique du PDG. Mais, entretemps, les ambitions de Sékou avaient pris de l’envol, surtout grâce au financement  d’Houphouët-Boigny, président du RDA, et à l’appui de Bernard-Cornut Gentille, gouverneur général de l’Afrique occidentale française, basé à Dakar. Il n’empêche. L’ascendant de Saifoulaye sur les cadres du parti demeura intact.
R. W. Johnson (1970) note : « Throughout the PDG Saifoulaye Diallo was widely regarded as a more “intellectual” leader than Touré and of greater moral stature. Indeed, there were persistent rumours of a putsch to replace Touré with Saifoulaye Diallo at the head of the PDG, rumours which never came to anything because Saifoulaye Diallo was apparently unwilling to involve himself in such a move. »…
Saifoulaye cumula les fonctions de secrétaire politique et de président de l’Assemblée, territoriale d’abord, de 1957 à 1958, puis nationale, de 1958 à 1963. Le bicéphalisme battit son plein à la tête de l’Etat durant les premières années de l’indépendance. Les portraits des deux hommes décoraient les bureaux et les lieux publics. Et la presse domestique et nationale couvrait les présidents Touré et Diallo. Toutefois, Ibrahima Baba Kaké (1987) souligne qu’au séminaire des cadres tenu à Foulaya, Kindia, en  1962, une majorité simple se prononça en faveur de l’élection de Saifoulaye comme secrétaire général. On demanda à Sékou Touré de se consacrer seulement à la présidence de la république. Mais Saifoulaye déclina et se désista en faveur de Sékou Touré. Cet incident dramatique au plus haut échelon du parti raviva la rivalité qui avait toujours existé entre les deux hommes. La réaction de Sékou fut prompte. Dès janvier 1963 il parvint à supprimer le poste de secrétaire politique, qui faisait de Saifoulaye le numéro 2 officiel du parti. Et il l’enleva de l’Assemblée nationale en le nommant ministre d’Etat. Le parlement était, certes, une simple chambre à échos des décisions du Bureau politique national — dont Saifoulaye était la cheville ouvrière. Mais, en raison de sa stature historique et de son influence réelle, la présence de ‘Saifon’ à la tête de la branche législative constituait en même temps, de jure et de facto, un contrepoids au pouvoir exécutif, exercé par Sékou Touré.…
Si en 1976 le complot peul visait Telli Diallo au premier chef, Sékou Touré n’avait en rien oublié Saifoulaye, son camarade, alter ego et adversaire de toujours. Il avait commencé à persécuter et à humilier cet arrière-petit fils du grand Shayku Umaru Rafiyu Daara-Labe Barry. Déjà en 1971, Sékou avait décapité et décimé les rangs de la famille de Tierno Aliyyu Buuɓa-Ndiyan, grand-oncle maternel de Saifoulaye.  D’abord formé par son père, Tierno Mamadou, Tierno Aliyyu eut ensuite pour maîtres Tierno Abdourahmane Sombili Diallo et Shayku Umaru Rafiyu. Ils lui transmirent tour à tour le wird tijaniyya.
En 1976 la haine de Sékou Touré décupla. Il enferma au Camp Boiro de nombreux parents et alliés de Saifoulaye : Hadja Dienabou Bobo Diallo, soeur cadette, Elhadj Amadou Lariya, oncle, Abdou Bangoura, chauffeur de longue date, etc.… Saifoulaye avait conclu à la faillite irrémédiable du régime qu’il avait tant contribué à ériger.
Le 28 août 1977, au lendemain de la marche des femmes révoltées, il fit ce constat en privé dans son bureau. C’était devant des parents visiteurs, deux professeurs à la Faculté des sciences sociales de l’Institut Polytechnique de Conakry, en l’occurrence Bailo Teliwel Diallo (économiste) et moi-même (linguiste). Amer et impuissant, il admit : « Le pouvoir avait été culbuté par la rue hier. Il était devenu vacant.… Ce n’est pas ce que le PDG avait promis au peuple ! »

Lire André Lewin “La marche des femmes du marché rappelle à Sékou Touré les dures réalités de la vie quotidienne des Guinéens.” – T.S. Bah

“Toute l’ethnie est coupable”

Les actions violentes organisées par le PDG et qui devaient se traduire par plusieurs centaines de morts froidement abattus dans les rues de Conakry visaient un double but : d’une part, intimider les dirigeants du BAG et saper le moral de leurs troupes ; d’autre part, donner un pouvoir sans partage à M. Sékou Touré. En mettant fin aux rivalités politiques de l’ère coloniale, le référendum du 28 septembre 1958 scellait du même coup l’unité nationale autour du president guinéen. Depuis, avec le creuset du parti unique où se fondaient tous les particularismes sociaux et régionaux, les relents tribalistes semblaient s’estomper au profit de l’impératif unitaire.
Aux yeux des Guinéens, l’arrestation et la liquidation physique de tous les anciens leaders peuls ainsi que d’un grand nombre d’intellectuels de la même ethnie ne pouvaient être considérées comme une entreprise d’essence tribale. D’autant que chaque vague d’arrestations emportait des ressortissants d’autres ethnies: soussous, malinkés, tomas, guerzés, etc. Tout au plus pouvait-on noter une forte proportion de Peuls dans chacune des charrettes empruntant le chemin du camp Boiro. Mais cette ethnie représentant à elle seule plus des deux cinquièmes des habitants du pays, avec un rapport encore plus élevé parmi les intellectuels, n’était-il pas logique que la fraction la plus nombreuse de la population soit également la plus représentée en prison ? En outre, comment soupçonner le président guinéen, auréolé du fameux non de septembre 1958 et qui affiche un progressisme militant, de menées tribalistes ? A l’intérieur et, à plus forte raison, à l’extérieur de la Guinée, il présentait, au contraire, le visage charismatique d’un leader entièrement tendu vers la réalisation d’objectifs supranationaux, pour ne pas dire universels. Bref, l’opinion semblait dominée par un syllogisme qui s’articule ainsi : Sékou Touré est révolutionnaire et anti-impérialiste ; la révolution et l’antiimpérialisme sont incompatibles avec le tribalisme ; donc, Sékou Touré ne peut pas être accusé de tribalisme.
Seulement voilà ; aujourd’hui, le président ne s’en prend plus à tel ou tel « agent du colonialisme » et à la « cinquième colonne » comme il en avait coutume. Il déclare ouvertement la guerre à une communauté considérée globalement. A supposer que M. Diallo Telli soit coupable des crimes qui lui sont reprochés, pourquoi étendre sa culpabilité à l’ensemble de son ethnie ? Comment concilier en tout cas le concept de responsabilité collective avec les principes révolutionnaires et généreux dont se réclame le président ? Comment le marxisme-léninisme peut-il s’accommoder de la guerre ethnique ? Car, cette fois, il s’agit bel et bien d’une guerre dirigée contre les Peuls. Entreprise dangereuse s’il en fut puisqu’elle met en cause l’un des piliers de l’Etat : l’unité nationale.
Les dirigeants africains sont généralement si conscients de ce danger qu’ils ne se hasardent pas sur ce terrain marécageux.
L’attitude du président Sékou Touré paraît sans précédent. Alors que tous ses homologues s’efforcent de rassembler les diverses ethnies composant leurs pays respectifs et, par là même, de consolider les bases de leurs nouveaux Etats, comment a-t-il été amené à donner dans le tribalisme, au risque de ruiner l’essentiel de l’oeuvre unificatrice de son parti et de s’aliéner bien des sympathies à l’étranger ? Toujours est-il que sa déclaration de guerre aux Peuls se fonde sur trois arguments. Ils sont :

  • des étrangers
  • des suppôts du colonialisme
  • ils déshonorent leur pays en choisissant le chemin de l’exil.

Pour ce qui est du premier point. les Peuls de Guinée sont arrivés au Fouta-Djalon par petits groupes à partir du 10è siècle, sinon avant. Les vagues les plus importantes se sont échelonnées entre le XVe et le XVIe siècle. A l’issue d’une courte guerre avec les autochtones, en l’occurreoce les Dialounkés, les nouveaux venus conquirent le pays, réduisant ceux-ci en esclavage.

Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA), devenue l'Union Africaine, au siège de l'organisation. Addis-Abeba, 1966
Mme Kadidiatou et M. Telli Diallo, secrétaire général de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue l’Union Africaine, au siège de l’organisation. Addis-Abeba, 1966

De violents brassages de populations

L’histoire universelle fourmille d’exemples analogues. En Afrique, rares sont les peuples qui n’ont jamais été impliqués dans un courant migratoire. En Guinée, qu’il s’agisse des Malinkés ou des Soussous et même de certains peuples de la région forestière, tous ont dû en bousculer d’autres, à un moment de leur histoire, pour s’installer. Dialounkés, Bagas, Landoumas, Tomas, Guerzés et quelques autres sont peut-être les seuls « vrais » autochtones. Et encore.
Au demeurant, le président Sékou Touré est fui-même issu d’une famille venue à une date relativement récente du Mali. Seul son père, Alpha Touré, est né en Guinée ; son grand-père était un Dioula natif de Kayes (Mali), fixé par la suite à Siguiri, puis à Faranah, au gré des vicissitudes de son petit commerce. Les Guinéem ne l’on cependant jamais considéré comme un étranger, même lorsqu’il était l’objet, à l’époque coloniale, des campagnes les plus violentes.
Du reste, sous l’effet conjugué des courants migratoires et des guerres précoloniales, les brassages de populations sont tels, en Afrique de l’Ouest. notamment dans la zone soudano-sahélienne, qu’il faudrait beaucoup de prétention — ou d’ignorance — pour affirmer qu’un peuple occupe encore sa terre d’origine et qu’il n’en a pas bougé.
S’agissant du comportement des Peuls — ou plus exactement de leurs chefs — sous le colonialisme, en Guinée comme ailleurs, l’administration s’est toujours accommodée de la féodalité ou l’a utilisée à ses propres fins. Ce qui est curieux, c’est que le président Sékou Touré, qui gouverne le pays en maître absolu depuis bientôt vingt ans, ne s’en aperçoive qu’aujourd’hui. Et, surtout, qu’il mette ce fait historique à profit pour engager une guerre tribale.

L'aveu de Telli Diallo sous la torture
L’aveu de Telli Diallo sous la torture

Peuls, victimes et non agents du colonialisme

Si des chefs féodaux se sont autrefois compromis, on ne voit aucune raison de s’en prendre aujourd’hui à leurs anciens sujets. Dans la logique de M. Sékou Touré, ces derniers n’étaient-ils pas, dans leur écrasante majorité, des victimes et non des agents du système féodal d’abord, du colonialisme ensuite ? Alors, en dernière analyse, ne sont-ils pas des alliés objectifs des révolutionnaires ? Mais non, le président guinéen rend les Peuls collectivement responsables de tous les maux passés et présents du pays et entend les exterminer en tant que “classe”. Il semble bien qu’on ait affaire à une variété tribale du marxisme !
A entendre le chef de l’Etat guinéen, l’observateur non averti serait tenté de croire qu’au référendum du 28 septembre 1958 le Fouta-Djalon a voté d’un bloc en faveur du oui. La réalité est tout autre. Sur les vingt-six cercles administratifs (préfectures) que comptait la Guinée de l’époque, aucun n’avait donné une majorité de oui. Que ce soit au Fouta-Djalon ou dans les autres régions. C’est à Labé qu’il y eut le plus de votes positifs (27 000 oui sur 113 349 inscrits). Par contre, avec 455 bulletins, Mamou, deuxième ville du Fouta-Djalon, fournit moins de oui que Conakry (991), Kankan (693)et N’Zérékoré (2 158), situées respectivement en Basse-Guinée, en Haute-Guinée et en Guinée forestière.
Si, à l’étranger, les résultats de ce scrutin historique furent considérés comme une preuve de maturité politique des Guinéens, dans le pays nul ne put s’y tromper : le triomphe du non découlait plus de la volonté des dirigeants du PDG et des partis d’opposition, appuyés par les jeunes, les syndicats et les étudiants, que d’une détermination claire des masses paysannes et urbaines en faveur de l’indépendance. En réalité, les électeurs ne purent exprimer leurs suffrages que dans de très rares bureaux de vote. En général, on se contenta de remplir les procès-verbaux sans prendre la peine d’ouvrir les bureaux. Ces vérités sont connues des Guinéens. Et si l’on évite de les rappeler à Conakry, c’est parce qu’elles risquent de ternir la légende tissée autour du non.

L’exil des Peuls

Nous en venons au troisième grief invoqué par le président guinéen contre les Peuls. Considérer l’exil volontaire comme déshonorant pourrait se défendre. Encore faut-il préciser que les émigrants se recrutent dans toutes les ethnies et couches sociales. Chez les Malinkés, les Peuls, les Soussous, les Tomas, les Guerzés, etc., chacun choisit le pays étranger le plus proche de sa région. Les Peuls, plus nombreux dans le pays comme à l’extérieur, vont au Sénégal, en Sierra Leone et en Guinée-Bissau ; les Malinkés au Mali et en Côte d’Ivoire, etc. Traditionnellement, il s’agissait de courts séjours (le « navétanat » ). Après avoir travaillé au Sénégal le temps nécessaire à la constitution d’un modeste pécule, les Peuls ne manquaient pas de rentrer chez eux pour se marier et se fixer dans leur village. Ayant ordonné à l’armée et à la milice de tirer à vue sur ceux qui franchissent, dans les deux sens, la frontière sénégalo-guinéenne, le président Sékou Touré ne peut s’étonner que les Peuls soient restés si nombreux dans les pays voisins.
La présence d’émigrés chaque jour plus nombreux à l’étranger témoigne d’un échec gênant pour le président. Faute de développer l’économie guinéenne, de créer des emplois et de garantir la sécurité des citoyens, il est évident qu’aucune mesure administrative ne saura mette un terme à la fuite des bras et des cerveaux.
Voici donc le président Sékou Touré engageant la guerre non plus contre une « cinquième colonne » plus ou moins diffuse, mais contre les Peuls en chair et en os. Les extraits que nous publions du discours à peine croyable qu’il a prononcé au mois d’août 1976 ne laissent aucun doute à ce sujet. Ils contiennent des appels au meurtre répétés. Heureusement, il ne semble pas que, plus de deux mois après, ces appels aient été entendus par les autres ethnies.

Extraits des discours anti-peuls prononcés par Sékou Touré en août 1976

« Nous parlons de Révolution et nous faisons la Révolution. Mais il faut admettre et comprendre que tous les hommes et toutes les femmes habitant un pays ne constituent pas forcément le peuple de ce pays (…).
A la naissance du Parti démocratique de Guinée (PDG), le Fouta était menacé tragiquement, menacé de nombreux travers sociaux. Nous avions visité cette province guinéenne de long en large et nous nous étions aperçu que l’alcoolisme menaçait réellement la population du Fouta, y compris les marabouts qui remplissaient leurs bouilloires de bière ou de vin. Ne parlons pas des jeunes et encore moins des intellectuels : consommer l’alcool était devenu, alors, le critère de l’évolution.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a mis fin à ce mal, qui l’a dénoncé sans pitié.
C’est également le Parti démocratique de Guinée qui, sans arriver à la détruire, a beaucoup atténué la débauche dans le Fouta.
C’est le Parti démocratique de Guinée qui a dénoncé le vol, devenu alors chose courante. A Conakry, à cette époque, lorsque dix voleurs se trouvaient devant un commissaire ou devant un tribunal, l’on comptait au moins huit ressortissants de la Moyenne-Guinée. C’est un fait vécu et vous pouvez consulter la statistique des condamnés pour vol. (…) »

Le navétanat

« Le navétanat, cette forme d’exode rural, a toujours été combattu par le Parti démocratique de Guinée ; mais sur ce point, il faut l’avouer, le Parti démocratique de Guinée a échoué. En effet, la première tentative de mettre définitivement fin au navétanat avait consisté, dès les premières heures de l’indépendance, à débloquer une somme de 100 millions de francs pour installer alors, dans la zone de Youkounkoun, Saréboïdo et Koundara, 10 000 travailleurs peuls. Nous avions alors mis à leur disposition des vêtements, des outils de travail, des denrées alimentaires et les semences pour toute la période agricole en leur disant : “Au lieu d’aller au Sénégal humilier la nation, voilà ce que le peuple de Guinée met gratuitement à votre disposition pour valoriser votre sol.”
Malgré cela, le navétanat n’a pas cessé pour autant et d’aucuns, bien au contraire, disaient : “Laissez ces gens, ce sont des maudits !” Nous avions alors répondu : “ Non ! On ne naît pas maudit. Aucun homme n’est maudit à sa naissance. Il faut continuer la lutte, connaître les causes déterminantes d’une telle attitude illogique et amener l’homme à un réflexe correspondant à sa dignité, à son progrès et au bonheur de son peuple. Cette lutte, le Parti démocratique de Guinée entend la mener jusqu’à la victoire totale. Il faut sauver le voleur, la prostituée, l’alcoolique, le navétane peuls, c’est un devoir qui sera assumé ! »

Sékou Touré accuse le Fouta de tous les maux

« La situation particulière du Fouta pose donc des devoirs à la Révolution. Et ces devoirs, nous devons en être conscients. Mais qu’est-ce qui a desservi la prise de conscience générale des populations de la Moyenne-Guinée ? C’est l’attitude opportuniste de la plupart de ses cadres intellectuels ! (…)
Du temps de la colonisation, ils avaient démissionné du camp de la lutte ; car ils se comptaient au bout des doigts, les Peuls, jeunes ou vieux intellectuels, qui militaient ardemment dans les rangs du Parti démocratique de Guinée. Et, très souvent, ceux qui venaient au parti étaient bannis de leur famille, isolés de leurs collègues originaires du Fouta, parce que considérés comme étant à la remorque des “étrangers”. L’étranger, c’était le Soussou, le Malinké, le Forestier, les camarades des autres régions de la Guinée, tandis que l’on faisait très bon ménage avec le colonisateur. L’on s’acoquinait avec le colon blanc et l’on se prostituait avec lui.
L’on a inculqué au Peul l’idée qu’il n’est pas noir et certains vont jusqu’à la recherche de leur origine en Somalie, en Ethiopie ou ailleurs et refusent de vivre leur temps, leur espace et de comprendre leur peuple. Cet esprit raciste a eu une influence néfaste sur beaucoup d’intellectuels. Mais quelle en était la réalité ? C’est que, intellectuels qu’ils étaient, ils n’étaient pas avec les masses populaires, lesquelles étaient abandonnées à elles-mêmes. Ils cherchaient plutôt, de manière opportuniste, à vivre en bons termes avec les chefs de village et de canton, avec le régime colonial et certains d’entre eux n’ont obtenu de grands diplômes qu’au prix de leur obséquiosité.
Pour nous, le nom ne fait pas l’homme. Et nous affirmons qu’est bien petit d’esprit celui qui veut que les valeurs de son père, de son grand-père lui soient reconnues. L’homme intelligent est celui qui sait qu’il n’y a de valeur, de réelle valeur, que celle engendrée par le mérite de l’homme. (…)
Quand un homme, comme le faisait le raciste intellectuel peul, se vante d’être intelligent, c’est qu’il est tout simplement bête. Quand un homme se vante d’être un cadre, c’est qu’il n’a jamais été un véritable cadre. Quand un homme se vante du grand nombre de sa famille ou de son ethnie, c’est qu’il manque alors la vraie qualité à ce groupe-là. Car, en effet, le nombre, pour avoir quelque valeur, doit être à la dimension de la valeur sociale. (…)
Nous disons donc que toutes les régions de la Moyenne-Guinée doivent vivre désormais l’atmosphère de la Révolution populaire et démocratique. En plus de la force de nos arguments que partagent les intellectuels militants honnêtes de la Moyenne-Guinée, nous utiliserons la force brutale contre ceux qui ont des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre. Ils sauront qu’on n’a jamais eu peur d’eux, qu’on les respectait, mais que, comme ils n’aiment pas le respect, nous leur présenterons ce qu’ils aiment, ta force brutale ! »

“Un esprit raciste très néfaste”

Puisque c’est le racisme qui est utilisé pour mettre le pays à la disposition de l’impérialisme néo-colonialiste, nous devons tout faire pour le déraciner. Nous ne prions plus personne, nous nous imposons ; cela est clair ! Ceux qui croient que les responsables du PDG ont peur n’ont rien compris à l’histoire. La peur réelle qui nous étreint, la peur que nous avons partout, c’est la peur d’avoir peur ! Et c’est pourquoi l’adversité des racistes, nous la recherchons désormais. Nous voulons, partout. croiser le fer avec eux ! (…)
Aujourd’hui, au lieu de les prévenir que demain leur donnera tort, nous leur indiquons qu’aujourd’hui même ils ont tort ! (…)
Le peuple suit l’attitude raciste de certains cadres qui, une fois à la tête d’une société, d’une entreprise, d’un service, ne recrutent que les seuls Peuls.
S’agit-il d’avancement ou de mutation, c’est la même couleur raciste qui détermine les attitudes. Quand il s’agit de mettre à la retraite, il suffit d’observer ; on trie sérieusement pour que ceux considérés comme parents puissent encore rester en service ; alors, on alignera le nom des autres qui doivent être mis à la retraite.
Et quand les cadres peuls sont nombreux dans un service, c’est tout de suite la paralysie totale. Nous le disons en vous donnant un exemple que vous connaissez bien parce que vous le vivez.
Si nous nous vantons d’avoir formé beaucoup d’ingénieurs des travaux publics, prenez la liste et vous verrez que ce sont nos frères Peuls qui sont les plus nombreux. Mais regardez, à Conakry même, quel est l’état des routes. Les choses sont claires !
Une tactique était adoptée par la plupart d’entre eux : sur le plan verbal, il faut être révolutionnaire au maximum, il faut faire les plus longs rapports, faire usage des propos les plus flatteurs, mais, dans l’action concrète, l’on reste assis et l’on sabote tout (…)
Certains professeurs Peuls, à l’heure de la Révolution culturelle socialiste, regardent le nom de l’élève avant de donner la note que mérite sa race. Nous nous excusons auprès des Peuls honnêtes qui pourraient penser à une exagération. Mais tout ce que nous disons, nous en avons les preuves. Et si vous les voulez, nous vous les fournirons à tout moment. Nous ne nous livrerons jamais à la démagogie, au mensonge, car si l’homme ne peut pas payer, Dieu, lui, paiera si nous ne disons pas la vérité ! Certains notent en fonction de la race ; et même les cours sont sabotés. Pendant ce temps, l’on dit à ses parents peuls : “Venez à la maison !” Et là on leur donne un complément de formation. Certains professeurs vont jusqu’à refuser à des étudiants non-peuls le prêt de livres précieux pour les réserver aux seuls étudiants de leur race.
Ces pratiques sont connues et ont cours même à l’Institut polytechnique ; des étudiants sont venus nous en donner des preuves irréfutables. (…) »

“Plus de bourses à l’étranger pour les étudiants Peuls”

« Comme nous l’avons dit, de longues années durant, la Guinée a subi la dictature raciste peule dans l’attribution de bourses d’enseignement supérieur à l’extérieur. Nous trouvions cela normal, pensant que c’étaient, malgré tout, des jeunes du pays qui, fussent-ils de la même famille, à l’heure de la Révolution auraient servi Je peuple avec dévouement. Mais nous constatons aujourd’hui le contraire. Notre regret est d’avoir tant laissé faire.
Et nous savons aussi que 360 anciens étudiants guinéens devenus médecins, pharmaciens, professeurs, comptables, électroniciens, administrateurs, ingénieurs, économistes, pilotes, etc., ont refusé de rejoindre la patrie. Ils sont en France, aux Etats-Unis, en Allemagne fédérale, en Suisse, au Sénégal, en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Zaïre et ne ces-sent de baver à longueur de journée sur le peuple de Guinée qui a financé leurs études. Ils entourent le régime de haine et méprisent le peuple de Guinée. Ils le calomnient à longueur de journée.
Et quand bien même le Français, l’Américain, l’Allemand, l’Ivoirien, le Zaïrois, le Sénégalais ou des citoyens d’autres pays essaient de dire la vérité sur la Guinée, ils les traitent de propagandistes de M. Sékou Touré, alléguant qu’eux seuls disent la vérité et ceux-là sont dans l’erreur. Lisez dans le journal Jeune Afrique les articles sous leur plume et vous verrez que, tous les jours, des mensonges ignominieux sont diffusés.
Aussi, nous vous posons la question : puisque, dans plusieurs familles peules, le pays a attribué des bourses à un, deux, trois, voire quatre de leurs enfants qui, au terme de leurs études, ont trahi la nation pour se réfugier ailleurs et combattre le régime guinéen, devons-nous continuer à leur accorder des bourses ?

Réponse unanime de l’assistance : non !

Cependant, pour l’extérieur, il ne sera plus attribué de bourses aux Peuls aussi longtemps que ceux restés à l’extérieur n’auront pas rejoint la patrie.

(Applaudissements enthousiastes et prolongés de rassistance.)

Alors, nous proclamons sans détour : racisme = racisme. Et pour l’illustrer, nous vous rappelons ce proverbe africain qui dit : “Lorsque vous dansez avec un aveugle, de temps en temps piétinez-le pour qu’il sache qu’il n’est pas seul !”
Ainsi nous réaffirmons notre position qu’en Guinée, et jusqu’à la fin de l’Université, tous les camarades sont à égalité : peuls, soussous, malinkés, guerzés, kissiens, tomas, bassaris, koniaguis, etc. (…)

“Un roi trahi par les Peuls du Fouta”

Ce sont ces traîtres qui induisent toujours en erreur les autres peuples, les peuples d’Afrique, les peuples européens, les peuples américains, quand il s’agit d’apprécier la situation guinéenne. Ils font plus de mal à la Guinée que l’impérialisme et le colonialisme, parce que, se réclamant de la Guinée, ils donnent un semblant d’authenticité à leurs mensonges flagrants. (…)
Or, intellectuels Peuls, relisez la conférence d’octobre 1975 à Labé ! D’entrée de jeu, nous avons déclaré que la trahison ne paie pas et avons ajouté : “Prenons en témoignage les vieilles générations de Labé et du Fouta. Tous ceux qui connaissent véritablement l’histoire de notre ville de Labé se rappelleront aussitôt la fin tragique qui a été celle d’Alpha Gassimou Diallo, cet homme honnête, instruit, d’attitude noble, honteusement trahi.”
Nous avons ·encore pris Labé en témoignage pour inviter ses habitants à faire l’inventaire des familles, de toutes les vieilles familles de Labé qui avaient trempé dans cette trahison. Ils constateront qu’elles sont toutes en train de s’éteindre, car Dieu paie toujours les traîtres avec ce qu’ils méritent. (…)
Et maintenant, nous posons la question : qui était le grand résistant dont on n’a jamais assez parlé, qui appartenait à la famille la plus représentative du patriotisme guinéen et peul, l’incarnation de la farouche volonté de liberté, de dignité et de progrès ?· Eb bien, c’était l’almamy Bokar Biro Barry de Timbo (Mamou) qui fut roi du Fouta. Les famille Sorya et Alphaya alternaient tous les deux ans au trône du Fouta. Le roi Bokar Biro Barry appartenait au clan Sorya et résidait à Timbo, capitale de la fédération du Fouta.
Ce fut lors de la grande bataille, désormais historique, de Porédaka (village natal de Diallo Telli) que l’almamy Bokar Biro fut victime de la défection traîtresse de la province de Labé, d’une part, et de l’action désorganisatrice d’une cinquième colonne intérieure constituée par des rivaux d’autre part. Ce fut cette cinquième colonne intérieure qui organisa la destruction de la poudrière de Porédaka. C’était un frère ennemi du clan Sorya, du nom de Sory Yillili, qui fut l’âme de cette trahison. Ainsi, l’almamy Bokar Biro Barry avait été trahi, ignoblement trahi. Et trahi encore au Fouta, par les Peuls, alors que ses alliances avec les Soussous, les Malinkés, les Djallonkés avaient été respectées par ces ethnies. Les familles peules avaient trahi l’almamy du Fouta et l’avaient livré ·à l’ennemi commun de l’Afrique, le colonialisme français.

“Les fils aussi félons que leurs pères”

La trahison, encore une fois, ne paie pas. Et ceux qui avaient trahi Alpha Yaya, Gassimou Diallo, ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ne peuvent pas avoir des enfants ayant une conduite de dignité si ceux-ci ne se confient pas au PDG, l’organisation révolutionnaire capable d’extirper de leur être, jusqu’à la racine, la félonie de leurs pères, car il y a une continuité historique qui marque d’une tare et d’un sceau indélébilos la personne et la. vie des individus. (…) Ceux qui avaient trahi Bokar Biro Barry ont aussi trahi Alpha Yaya, et par trois fois ; vous le savez vous-mêmes. Le roi du Wassoulou, le roi de Boké, le roi de Macenta, eux, n’ont pas été trahis par les leurs. Pour les vaincre, eux, il y a eu seulement la supériorité des armes ile destruction utilisées par les colons. Mais, au Fouta, toutes les défaites de l’empire du Fouta relevèrent de la. trahison des Peuls à l’endroit de leur propre Etat. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous aurions été à l’aise si nous nous appelions Amadou Sékou Barry ou Amadou Sékou Diallo pour dire toute la vérité et nous faire comprendre par nos frères peuls. Mais disons-nous la vérité. Il faut que la trahison soit extirpée et bannie définitivement du comportement du Peul. (…)
Si, aujourd’hui, la Guinée ne peut s’entendre ni avec la Côte d’Ivoire ni avec le Sénégal, la responsabilité principale en incombe vraiment à qui ? A eux seuls, cadres Peuls ! Mais soyez sûrs que lorsque le peuple ivoirien, le peuple sénégalais accéderont à la liberté, ils écraseront et conduiront à leurs tombeaux tous les cadres racistes Peuls qui habitent Abidjan ou Dakar.

“Peuls, racistes forcenés sans patrie”

Ce sont eux également qui induisent toujours en erreur les gouvernements français, américain, allemand. Tous ces gouvernements désireux de traiter avec la Guinée sont intoxiqués par leurs informations mensongères, débitées à longueur de journée à la seule fin de décourager ces pays dans leurs intentions louables vis-à-vis du peuple guinéen.
Ils sont sans patrie, ces racistes Peuls forcenés, parce qu’ils se disent ne pas être des noirs. Ils sont encore et toujours à la recherche de leur patrie. Ils ne peuvent plus avoir de patrie parce qu’ils n’ont pas une ligne de conduite exigeant l’accomplissement de devoirs sacrés. Aliénés qu’ils sont, ils ne pensent qu’à l’argent, et pour eux. (…)
Que ceux qui sont restés toujours fidèles au régime veuillent nous excuser, mais puisqu’il s’agit de parler d’une collectivité, nous déplorons que, pour le cas précis, l’élément dominant soit constitué de racistes.
Aussi faut·il souligner qu’au référendum du 28 septembre 1958, quand toute la Guinée brandissait le bulletin non pour l’indépendance et la dignité, c’était encore le Fouta qui brandissait le oui pour signifier honteusement : “Nous voulons rester soumis au colonialisme !” Ils ne voulaient pas de l’indépendance, ces Peuls, et ils ont humilié notre peuple avec un vote massif de oui. Au lieu d’en avoir honte, ils veulent encore détruire notre indépendence. Cela ne se fera plus jamais. Et s’il faut que toute la Guinée se mette encore debout, couteaux, marteaux et fusils en main pour les supprimer, les amener au tombeau et les ensevelir, la Guinée assumera ses responsabilités. C’est la déclaration de guerre. Ils veulent d’une guerre raciale ? Eh bien ! nous, nous sommes prêts ; quant à nous, nous sommes d’accord et nous les anéantirons immédiatement non par une guerre raciale, mais par une guerre révolutionnaire radicale.

Nous allons donc passer à l’offensive et utiliser l’anne de la fermeté révolutionnaire et nous sommes convaincus que les cadres Peuls révolutionnaires, les cadres Peuls militants sincères, assumeront, au sein. du parti, leurs responsabilités pour détruire tous les peuls racistes afin que la Guinée vive enfin dans la paix. C’est pourquoi chaque cadre doit se définir, non pas par rapport à tous les militants, mais par rapport à la collectivité peule qui a été induite en erreur, ou alors se démettre et démissionner du parti-Etat. Chaque cadre du parti-Etat doit s’engager à détruire le racisme ou alors qu’il se dévoile comme un parfait raciste, ennemi du progrès guinéen. (…)

Nous répétons que si le Fouta n’a pas été libéré le 28 septembre 1958, désormais il sera libéré par la Révolution. Pour ceux qui sont à l’extérieur, nous n’avions pas voulu jusqu’ici les liquider, mais nous allons le faire désormais pour que notre peuple vive en paix et poursuive sa Révolution.

“Pour que continue la Révolution”

Camarades, il faut donc être vjgilants : au niveau des pouvoirs révolutionnaires locaux (PRL), surveillez tous les comportements. Dons les services, sociétés, entreprises, restez attentifs. Tout le pouvoir est au peuple.
Quiconque violera désormais les consignes de l’honnêteté sociale, de la justice sociale en se livrant à des manifestations racistes, vous avez le pouvoir, camarades militants, de l’égorger sur place et nous en assumons la responsabilité devant le peuple de Guinée.
Dans les PRL, c’est souvent à l’occasion des baptêmes, des mariages, des cérémonies coutumières qu’ils se regroupent pour se passer les mots d’ordre de destruction de la Révolution. Désormais, aucune manifestation de ce genre ne doit se faire, dans un PRL, que sous la présidence du maire ou d’un membre du bureau du PRL.
Un autre fait que vous avez dû observer et qui est à l’honneur de la femme Peule, c’est qu’elle épousera volontiers le Soussou, le Malinké, le Forestier, mais par contre rarement l’homme Peul épousera une Soussou, une Malinké, une Forestière ! Est-ce vrai ou faux ?

(Réponse unanime de l’assistance : c’est vrai !)

Cette attitude constitue-t-elle du racisme oui ou non ?

(Réponse unanime : oui, c’est du racisme !)

— Alors, camarades, faites confiance à la Révolution qui écrasera tous les racistes ! (…)
Nous ajoutons que vendredi prochain (27 août), dans Jes mosquées de chaque PRL, la Fatiha sera récitée collectivement pour maudire les racistes et les conduire à l’échec retentissant, pour maudire ceux qui les soutiennent en Côte d’Ivoire, au Sénégal et dans le monde afin qu’ils aient toujours honte et que la Révolution guinéenne, au sein de la communauté progressiste, ne connaisse que le triomphe et la victoire.

Slavery: Carson, Trump, and the Misuse of American History

Dr. Ben Carson, Secretary, Housing and Urban Development
Dr. Ben Carson, Secretary, Housing and Urban Development

I am re-posting here Jelani Cobb’s article (The New Yorker) written around the blunder of Housing and Urban Development Secretary, Dr. Ben Carson, whereby he compared African slaves to immigrants. This is the same person who, out of the blue, claimed in 2013 that: “Obamacare is really … the worst thing that has happened in this nation since slavery.” The +20 million people who got insurance thanks to the Affordable Care Act (aka Obamacare) would beg to differ.
Anyhow, Dr. Carson will, most likely, not become president of the United States. The world will thus be probably a better place. Because despite his  acknowledged skills as a neurosurgeon, Carson is a mediocre student of history. Should he want to remedy that self-inflicted intellectual handicap, he would have to rethink slavery. And first of all, he must admit that the Slave Trade is “America’s Original Sin.” Consequently, it was not some migratory itch or urge that uprooted millions of Africans and dumped them on the shores of the “New World.” On the contrary, they were taken out and across the Atlantic Ocean in chains. Upon landing, and as Edward E. Baptist put it best, they toiled, from dawn to dusk and in sweat, tears and blood, for the “Making of American Capitalism.”

Tierno S. Bah


In referring to slaves as “immigrants,” Ben Carson followed a long-standing American tradition of eliding the ugliness that is part of the country’s history.

Earlier this week, Ben Carson, the somnolent surgeon dispatched to oversee the Department of Housing and Urban Development on behalf of the Trump Administration, created a stir when he referred to enslaved black people—stolen, trafficked, and sold into that status—as “immigrants” and spoke of their dreams for their children and grandchildren. In the ensuing hail of criticism, Carson doubled down, saying that it was possible for someone to be an involuntary immigrant. Carson’s defenses centered upon strict adherence to the definition of the word “immigrant” as a person who leaves one country to take up residence in another. This is roughly akin to arguing that it is technically possible to refer to a kidnapping victim as a “house guest,” presuming the latter term refers to a temporary visitor to one’s home. Carson had already displayed a propensity for gaffes during his maladroit Presidential candidacy, and it might be easy to dismiss his latest one as the least concerning element of having a neurosurgeon with no relevant experience in charge of housing policy were it not a stand-in for a broader set of concerns about the Trump Administration.

A week earlier, Betsy DeVos, the Secretary of Education, had described historically black colleges and universities as pioneers in school choice—a view that can only co-exist with reality if we airbrush segregation into a kind of level playing field in which ex-slaves opted to attend all-black institutions rather than being driven to them as a result of efforts to preserve the supposed sanctity of white ones. The Trump Administration is not alone in proffering this rosy view of American racial history. Last week, in a story about changes being made at Thomas Jefferson‘s estate, Monticello, the Washington Post referred to Sally Hemings, the enslaved black woman who bore several of Jefferson’s children, as his “mistress”—a term that implies far more autonomy and consent than is possible when a woman is a man’s legal property. Last fall, the textbook publisher McGraw-Hill faced criticism for a section of a history book that stated, “The Atlantic Slave Trade between the 1500s and 1800s brought millions of workers from Africa to the southern United States to work on agricultural plantations.” The word “worker” typically carries the connotation of remuneration rather than lifelong forced labor and chattel slavery.

One part of the issue here is the eliding of the ugliness of the slave past in this country. This phenomenon is neither novel nor particularly surprising. The unwillingness to confront this narrative is tied not simply to the miasma of race but to something more subtle and, in the current atmosphere, more potentially treacherous: the reluctance to countenance anything that runs contrary to the habitual optimism and self-anointed sense of the exceptionalism of American life. It is this state-sanctioned sunniness from which the view of the present as a middle ground between an admirable past and a halcyon future springs. But the only way to sustain that sort of optimism is by not looking too closely at the past. And thus the past can serve only as an imperfect guide to the troubles of the present.

In his 1948 essay “The Gangster as Tragic Hero,” Robert Warshow wrote about the mid-century efforts to pressure studios to stop producing their profitable gangster movies. The concerns focussed partly upon the violence of the films but more directly upon the fear that these films offered a fundamentally pessimistic view of life and were therefore un-American. There is a neat through-line from those critics to Ronald Reagan’s “Morning in America” idealism to the shopworn rhetoric of nearly every aspirant to even local public office that the nation’s “best days are ahead of us.” We are largely adherents of the state religion of optimism—and not of a particularly mature version of it, either. This was part of the reason Donald Trump’s sermons of doom were seen as so discordant throughout last year’s campaign. He offered followers a diet of catastrophe, all of it looming immediately if not already under way. He told an entire nation, in the most transparently demagogic of his statements, that he was the only one who could save it from imminent peril. And he was nonetheless elected President of the United States.

Strangely enough, many of us opted to respond to Trump’s weapons-grade pessimism in the most optimistic way possible, conjuring best-case scenarios in which he would simply be a modern version of Richard Nixon, or perhaps of Andrew Jackson. But he is neither of these. Last summer, as his rallies tipped toward violence and the rhetoric seemed increasingly jarring, it was common to hear alarmed commentators speak of us all being in “uncharted waters.” This was naïve, and, often enough, self-serving. For many of us, particularly those who reckon with the history of race, the true fear was not that we were on some unmapped terrain but that we were passing landmarks that were disconcertingly familiar. In response to the increasingly authoritarian tones of the executive branch, we plumbed the history of Europe in the twentieth century for clues and turned to the writings of Czeslaw Milosz and George Orwell. We might well have turned to the writings of W. E. B. Du Bois and James Baldwin for the more direct, domestic version of this question but looked abroad, at least in part, as a result of our tacit consensus that tragedy is a foreign locale. It has been selectively forgotten that traits of authoritarianism neatly overlap with traits of racism visible in the recent American past.

The habitual tendency to excise the most tragic elements of history creates a void in our collective understanding of what has happened in the past and, therefore, our understanding of the potential for tragedy in the present. In 1935, when Sinclair Lewis wrote “It Can’t Happen Here,” it already was happening here, and had been since the end of Reconstruction. In 1942, the N.A.A.C.P. declared a “Double V” campaign—an attempt to defeat Fascism abroad and its domestic corollary of American racism.

Similarly, it was common in the days immediately following September 11th to hear it referred to as the nation’s first large-scale experience with terrorism—or at least the worst since the 1995 Oklahoma City bombing, staged by Timothy McVeigh. But the nation’s first anti-terrorism law was the Ku Klux Klan Act of 1871, designed to stall the attempts to terrorize emancipated slaves out of political participation. McVeigh’s bombing, which claimed the lives of a hundred and sixty-eight people, was not the worst act of terrorism in the United States at that point—it was not even the worst act of terrorism in the history of Oklahoma. Seventy-four years earlier, in what became known as the Tulsa Race Riot, the city’s black population was attacked and aerially bombed; at least three hundred people were killed. Such myopia thrives in the present and confounds the reasoning of the director of the FBI, James Comey, who refused to declare Dylann Roof’s murder of nine black congregants in a South Carolina church, done in hopes of sparking a race war, as an act of terrorism—a designation he did not withhold from Omar Mateen’s murderous actions in the Pulse night club, in Orlando.

The American capacity for tragedy is much broader and far more robust than Americans—most of us, anyway—recognize. Our sense of ourselves as exceptional, of our country as a place where we habitually avert the worst-case scenario, is therefore a profound liability in times like the present. The result is a failure to recognize the parameters of human behavior and, consequently, the signs of danger as they become apparent to others who are not crippled by such optimism. A belief that we are exempt from the true horrors of human behavior and the accompanying false sense of security have led to nearly risible responses to Trumpism.

It has become a cliché of each February to present the argument that “black history is American history,” yet that shopworn ideal has new relevance. A society with a fuller sense of history and its own capacity for tragedy would have spotted Trump’s zero-sum hustle from many miles in the distance. Without it, though, it’s easy to mistake the overblown tribulations he sold his followers for candor, not a con. The sense of history as a chart of increasing bounties enabled tremendous progress but has left Americans—most of us, anyway—uniquely unsuited to look at ourselves as we truly are and at history for what it is. Our failure to reckon with this past and the centrality of race within it has led us to broadly mistake the clichés of history for novelties of current events.

Jelani Cobb
The New Yorker

France. Guerre et paix, colonialisme et racisme

Gouverneur général Felix Eboué et général de Gaulle s'entretiennent Brazzaville en 1943 pendant que les troupes coloniales présentent les honneurs.
Gouverneur général Felix Eboué et général de Gaulle s’entretiennent Brazzaville en 1943 pendant que les troupes coloniales présentent les honneurs.

Le court article (en anglais) reproduit plus bas révèle la duplicité et le racisme de la France gaulliste. Hitler déclara la guerre à la France en 1940. Il l’envahit et en occupa la partie nord de l’Hexagone. Il céda le sud du pays au maréchal Philippe Pétain, fascisant et collaborateur, qui installa son régime à Vichy. A la tête des Forces françaises libres (FFL), général Charles de Gaulle engagea la lutte contre Pétain, dont il fut un protégé. Il trouva les bases arrière et les troupes de combat en Afrique centrale. Il lui  fut impossible de mettre le pied à Dakar où Pierre Boisson, gouverneur général, s’était rallié à Vichy. Par contre, de Gaulle trouva l’appui tant cherché auprès de Félix Eboué — de la Guyane française, compatriote de René Maran et beau-père de Léopold Sédar Senghor. Eboué fut successivement gouverneur d’Oubangui-Chari (Centrafrique) et gouverneur général d’Afrique Equatoriale, avec siège à Brazzaville. Il coordonna donc l’effort de guerre anti-nazi en Afrique française. Et il fut l’hôte en 1944 de la réunion de Brazzaville, la première tentative de réforme du système colonial. La rencontre se tint deux ans avant le Congrès fondateur du Rassemblement démocratique africain (RDA) en octobre 1946 à Bamako, sous l’égide de Félix Houphouët-Boigny. Ce mouvement joua un rôle clé dans la lutte contre le colonialisme, après l’effondrement de l’Empire colonial de la 3è république française (1870-1940), et à l’orée de la 4è république (1946-1958).

Racisme et répression

Toutefois, une fois le nazisme vaincu et la paix revenue, général de Gaulle et les Alliés (Américains, Anglais) décideront d’exclure les troupes noires du défilé triomphal sur les Champs Elysées. L’évènement marqua la libération de Paris en 1945. Cette mesure fut un comble d’ingratitude et de racisme. Mais elle présageait surtout la série de répressions féroces perpétrées par la France dans l’immédiat après-guerre 1949-1945. Citons notamment :

Honneur à Félix Eboué

A noter toutefois que Charles de Gaulle exprima sa reconnaissance posthume à Félix Eboué, qui mourut subitement en 1944. Il fit inhumer Eboué au Panthéon, où il repose aux côtés de grandes figures françaises : Voltaire, Victor Hugo, Emile Zola, André Malraux, etc.

Tierno S. Bah

The whitewashing of French forces in the liberation of Paris

Senegalese troops prisoners of war in Europe. They fought for the liberation of France from Hitler.
Senegalese troops prisoners of war in Europe. They fought for the liberation of France from Hitler.

A short account of how American and British commanders ensured that the liberation of Paris was orchestrated by a “whites only” force.

Operations

The BBC uncovered documents revealing that black colonial soldiers, who made up the majority of General De Gaulle’s Free French army were removed from the unit that led the Allied recapture of the city.

In the planning of the liberation exercise, Charles de Gaulle wanted to ensure his Free French force led the operation. He was anxious to assert his authority in post-Nazi France, to avoid the Resistance — much of which was made up by communists and working class radicals — taking power.

Allied High Command agreed, but on the condition that the division which did so should not contain any black soldiers.

Eisenhower’s Chief of Staff, Major General Walter Bedell Smith, wrote in a confidential memo:

It is more desirable that the division mentioned above consist of white personnel.
This would indicate the Second Armoured Division, which with only one fourth native personnel, is the only French division operationally available that could be made one hundred percent white.

British General, Frederick Morgan wrote:

It is unfortunate that the only French formation that is 100% white is an armoured division in Morocco.
Every other French division is only about 40% white. I have told Colonel de Chevene that his chances of getting what he wants will be vastly improved if he can produce a white infantry division.

Due to the fact that African conscripts made up 65% of the Free French army, finding an all-white division proved impossible

Mike Thompson for the BBC reported that as a result:

Allied Command insisted that all black soldiers be taken out and replaced by white ones from other units.
When it became clear that there were not enough white soldiers to fill the gaps, soldiers from parts of North Africa and the Middle East were used instead.

Indeed, the shortage of white French soldiers was one of the reasons for using the 9th Company, of Spanish anarchist and Republican exiles in the mission.

Celebrations

Black fighters were not just barred from the military operation, some were also rejected from the liberation celebrations.

French resistance fighter Georges Dukson, near General De Gaulle during the official celebrations. Paris, 1945
French resistance fighter Georges Dukson, near General De Gaulle during the official celebrations. Paris, 1945

Dukson had enrolled in the French army in 1940, and lived underground during the Nazi occupation. He was part of the resistance, and played an important role during the Paris insurrection in 1944, where he was put in charge of the unit for his bravery. He was then promoted to Sublieutenant and was wounded in action when he was shot in the arm.

Shortly after the above photograph was taken, he was marched away from the event at gunpoint.

Aftermath

17,000 of France’s black soldiers had previously died resisting the Nazi invasion.

But after being excluded from the liberation, many of them just had to return their uniforms and were sent home. Even the method of repatriation was brutal.

In late November, 1944, around 1300 former Senegalese servicemen who had been prisoners of war in Europe and had been returned home protested against poor treatment and lack of pay. Dozens of them were massacred by French troops, and some of the survivors were subsequently jailed for 10 years.

To add insult to injury, their pensions were frozen in 1959.

One former French colonial soldier, Issa Cisse from Senegal, told the BBC:

We, the Senegalese, were commanded by the white French chiefs.
We were colonised by the French. We were forced to go to war. Forced to follow the orders that said, do this, do that, and we did. France has not been grateful. Not at all.

This story of the racism, colonialism and violence of the Allies, is just one of many similar tales — like the Bengal famine, the Hitler Stalin pact, the British massacre of anti-fascist Greeks — which give weight to the perspective that World War II was not a fight against racism and for democracy, but more a battle between rival empires.

This idea is explored much further in the excellent book, Unpatriotic History of the Second World War, by James Heartfield .

Steven Johns
Libcom

Sources
1. Mike Thompson. “Paris liberation made ‘whites only’” 
2. Matthew Cobb. The lost lion of Paris: the extraordinary story of George Dukson
3. Hervé Mbouguen. “1er Décembre 1944: Le massacre du Camp de Thiaroye”.

Trump, Africa and Obama

The primary season precedes the general campaign for the 2016 presidential election. Launched February 1st with the Iowa caucus, it is now well under way. Votes have been cast in some 26 states, territories and the District of Colombia. Dozens of would-be presidents vie, in the shadow of the Democratic and Republican candidates, for the office of President of the United States of America. By the end of tomorrow, two or four peoples will emerge as the likely rivals for this year ballot.
On the Republican side, Donald J. Trump  has rewritten the rules of the republican campaign. His relatively strong following has forced  former Governor Jeb Bush out. For the Democrats, Bernie Sanders is the articulate messenger and challenger to Hillary Clinton’s aura of inevitability. Secretary Clinton is a political household name. She has, predictably, returned to the campaign trail where Barack Obama defeated her in 2007. While he was unknown to most Americans a few months ago, Bernie Sanders —the Independent Senator from Vermont who caucuses with Democrats on Capitol Hill—has launched a formidable movement. His message and oratory have reawakened the passion of millions of voters in a fashion reminiscent of Obama’s surge eight years ago.
The Chicagoan and the Vermonter share the ability to deliver an inspirational discourse that speaks to the hearts and minds of college students and young professionals.…
On May 11,  2011 Trump made an early exit from the 2012 race by releasing the following statement: “After considerable deliberation and reflection, I have decided not to pursue the office of the presidency. This decision does not come easily or without regret, especially when my potential candidacy continues to be validated by ranking at the top of the Republican contenders in polls across the country.
However, Trump’s current political fortune seems to confirm his 2011 parting comment about his “ranking at the top.” Mr. Trump has repeatedly proven wrong the predictions of his eventual stumble and decline. He has risen to the top and stayed there ever since. His momentum continues to baffle the pundits, pollsters and the Republican establishment. The Party of Abraham Lincoln and Ronald Reagan may well be forced to accept him as its nominee. Time will tell within 24 hours.
Here, I would like to draw the attention of the readers on three points:

  • Donald Trump, the African Union and the International Criminal Court
  • Should and can Africa be recolonized?
  • The connection between the “Birther” movement and Trump’s rise

When Trump echoes Tutu

Donald J. Trump, August 19, 2015
Donald J. Trump, August 19, 2015

Last month, Donald Trump condemned a proposed African withdrawal from the International Criminal Court. His words went viral on social media. Lumping all African presidents together, Mr.  Trump  strongly rejected the isolationist maneuver when he declared:

« When I saw them gang up against ICC yet they can’t even find an amicable solution for the ongoing quandary in Burundi, I thought to myself these people lack discipline and humane heart. They can’t lead by example. The only thing they are interested in is accumulating wealth from poor tax payers. Before they think of exiting from ICC, they should first restore peace in Burundi and other war-torn countries rather than gathering like hyenas with the aim of finishing the poor people. »

Anti-Trump protesters. Chicago, March 12, 2106. Many critics of Donald Trump consider the rally cancellation in Chicago a victory, but the candidate's divisive rhetoric and seeming encouragement of violence against protesters could spiral out of control in the months ahead. (Photo: Jabin Botsford / The Washington Post via Getty)
Anti-Trump protesters. Chicago, March 12, 2106. Many critics of Donald Trump consider the rally cancellation in Chicago a victory, but the candidate’s divisive rhetoric and seeming encouragement of violence against protesters could spiral out of control in the months ahead. (Photo: Jabin Botsford / The Washington Post via Getty)

Mr. Trump is entitled to his opinion. And in this case, despite the scornful tone, he is right to reject the move outlined recently at the African Union summit in Addis Ababa. And those African regimes deserve to be denounced. the st he strenuously scold . Luckily, Africans didn’t have to wait for Donald’s reaction before registering their strong opposition to the anti-ICC initiative. In fact, it is gaining no traction and it could well be shelved for good. Already in 2014  someone with a higher moral authority than Mr. Trump can ever dream of, had rejected the idea. That’s what Rev. Desmond Tutu did when he wrote “In Africa Seeking a License To Kill.” The article denounces the suspicious mobiles and dreadful motivations of the proponents of the walk-out from the ICC. Consequently, Mr. Trump’s reply to the South African reporter merely echoes a better and previously view answer by the 1984 Nobel Peace Prize laureate.

Should and can Africa be recolonized?

In the same exchange, Donald Trump opined:

« It is shameful for African leaders to seek exit from ICC. In my view, these leaders want to have all the freedom to oppress their poor people without anyone asking them a question. I think there is no shortcut to maturity and in my view, Africa should be recolonized because Africans are still under slavery. Look at how those African leaders change constitutions in their favor so that they can be live presidents. They are all greedy and do not care about the common people. »

Mr. Trump’s message is bombastic and vain. Furthermore, it  conveys:

  • Implicit racism
  • An empty threat
  • An impossible proposition

1. Implicit racism

Mr. Trump’s provocative words harken back to the 19th century literature and propaganda of European imperialism and supremacist ideology. They conjure up Rudyard Kipling‘s racist White Man’s Burden slogan. They take us back to the so-called civilizing mission of the West. Unfortunately, the same world unleashed the hell and genocides of two planetary wars. And it is now forging ahead with globalization and its alarming Earth warming trend, with almost total disregard for the grave consequences entailed.

2. An empty threat

It is useless to brandish the specter of Africa’s recolonization.  It is an empty threat given that Europe  carried out only a token  decolonization of the continent in the 1960s. In reality, Europe  never relinquished its hegemonic stranglehold on Africa. To the contrary, they groomed and left behind surrogate regimes that —in collusion with the former foreign rulers— have fared worse that direct colonial domination. And even those strongmen and charismatic leaders who advocated Pan-Africanism did so with an explosive and self-defeating mixture of megalomania and repressive intolerance. Read Maya Angelou’s All God’s Children Need Traveling Shoes, Victor Du Bois’s The Death of Kwame Nkrumah, Procès Habré, une justice au nom de l’Afrique, inter alia. Also, visit the Camp Boiro Memorial

An impossible proposition

Last, but not least, a new colonization is so late as to be impossible. Times have changed. Donald Trump, himself, cannot bring back the “good” old days of straight colonialism and outright domination foreign domination. And even if Europe wanted to become again the Master of Africa, it can no longer afford it.  With huge power come enormous responsibilities. But Europe does not have the resources to rule both and itself and the so-called Third World. Hence, it barricades itself into a fortress that is both incapable and unwilling  to shelter in the millions of refugees —sailing from the former colonies— who are trying to reach its shores or to get a foothold onto its soil.

Obama and Trump

Notwithstanding his superficial foray into African affairs, Mr. Trump has a bigger fish to fry here in the USA. For the last five years, he has led the groundless suspicion that President Barack Obama was not born in America. Despite the release of official administrative birth certificate proving them wrong,  Donald and the members of the so-called Birther movement claim that the sitting president was born in Kenya. The false rumor has gained a life of its own. And it is feeding part of the primary electoral campaign of Mr. Trump.
Yesterday, Jamelle Bouie, journalist at Slate, published “How Trump Happened”, an insightful analysis of the interaction between the anti-Obama zealots and the rise of Donald Trump. The full text of the article can be found below.

Tierno S. Bah


How Trump Happened

It’s not just anger over jobs and immigration. White voters hope Trump will restore the racial hierarchy upended by Barack Obama.

Jamelle Bouie. Slate's chief political correspondent
Jamelle Bouie. Slate‘s chief political correspondent

“First they ignore you, then they laugh at you, then they fight you, then you win,” goes the line attributed to Mahatma Gandhi. Typically, you’ll find this pearl adorning a classroom or splashed across a motivational poster. But last month, on the eve of Super Tuesday—when a dozen states cast ballots for the Republican presidential nomination—you could find it on Donald Trump’s Instagram page, the caption to a photograph of a massive rally in Alabama the day before.

Perverse as it may seem for the belligerent real estate magnate to channel even apocryphal Gandhi wisdom, the line is apt. First, we did ignore him—as a buffoon who wouldn’t survive past the summer. Then, we laughed at him—as a buffoon who wouldn’t survive through fall. Eventually, Republicans began to fight him, terrified of his traction with voters. Now, he’s winning, with more votes and delegates than anyone left in the field. On the eve of another critical Tuesday slate of votes, Trump is on the verge of an even greater victory. Polls show him in command both in the smaller states that will award their delegates proportionally, and in the larger, winner-take-all prizes of Ohio and Florida. By Wednesday morning, Trump could be a stone’s throw from the Republican presidential nomination.

We’ve learned, by now, not to underestimate Donald Trump, but we’re still struggling to understand his rise. Why now? Why, when the United States is stronger and wealthier than it’s been since the Great Recession, are some voters suddenly receptive to nativist demagoguery? How is Trump—who has been described as a proto-fascist, if not an outright fascist—just a few steps away from leading the Grand Old Party?

For some on the left, Trump is the result of decades of divisive politics—the inevitable outcome of a Republican political strategy that stoked white racial resentment to win elections. “Trump’s campaign can best be understood not as an outlier but as the latest manifestation of the Southern Strategy, which the Republican Party has deployed for a half-century to shore up its support in the old Confederate states by appeals to racial resentment and white solidarity,” writes Jeet Heer in the New Republic.

For some on the right, Trump is the grassroots response to Republican elites who have abandoned their working-class voters to the whims of laissez-faire capitalism. “The Republican Party, and the conservative movement, offer next to nothing to working-class Trump supporters,” writes Michael Brendan Dougherty in the Week. “There are no obvious conservative policies that will generate the sort of growth needed to raise the standard of living for these working-class voters.”

These explanations aren’t mutually exclusive; each touches on an important element of the Trump phenomenon. The Republican Party does have a tradition of harnessing white racial resentment to win elections, from the infamous “welfare queen” rhetoric of Ronald Reagan to Newt Gingrich labeling Barack Obama the “food stamp president” during the 2012 presidential election. GOP elites have failed to offer solutions to struggling working-class whites, who have suffered keenly from the collapse of the industrial economy. And it is true that rapid, disorienting economic and cultural change has led a substantial group of Americans to turn to someone who disdains feckless politicians and pledges to restore the country’s strength.

But none of these theories answer the question why now. Each of these forces has been in play for years. Wages for working-class Americans have long been stagnant, and the collapse of job opportunities for workers without a college degree was apparent in the 1990s, long before the Great Recession. What’s more, economic and social decline—as well as frustration with foreign competition, which Trump has channeled in his campaign—isn’t unique to white Americans. Millions of Americans—blacks and Latinos in particular—have faced declining economic prospects and social disintegration for years without turning to a demagogue like Trump.

Race plays a part in each of these analyses, but its role has not yet been central enough to our understanding of Trump’s rise. Not only does he lead a movement of almost exclusively disaffected whites, but he wins his strongest support in states and counties with the greatest amounts of racial polarization. Among white voters, higher levels of racial resentment have been shown to be associated with greater support for Trump.

All of which is to say that we’ve been missing the most important catalyst in Trump’s rise. What caused this fire to burn out of control? The answer, I think, is Barack Obama.

There have been some conservative writers who have tried to hang Trump’s success on the current president, pointing to his putatively extreme positions. But in most respects, Obama is a conventional politician—well within the center-left of the Democratic Party. Or at least, he’s governed in that mode, with an agenda that sits safely in the mainstream. Laws like the American Recovery and Reinvestment Act and the Affordable Care Act weren’t impositions from the far left; they were built out of proposals from the right and left, passed by a majority of Congress that was elected to pursue solutions on health care and the economy. Barack Obama is many things, but conservative rhetoric aside, he’s no radical.

We can’t say the same for Obama as a political symbol, however. In a nation shaped and defined by a rigid racial hierarchy, his election was very much a radical event, in which a man from one of the nation’s lowest castes ascended to the summit of its political landscape. And he did so with heavy support from minorities: Asian Americans and Latinos were an important part of Obama’s coalition, and black Americans turned out at their highest numbers ever in 2008.

For liberal observers, this heralded a new, rising electorate, and—in theory—a durable majority. “The future in American politics belongs to the party that can win a more racially diverse, better educated, more metropolitan electorate,” wrote Harold Meyerson in the Washington Post after the 2008 election. “It belongs to Barack Obama’s Democrats.”

For millions of white Americans who weren’t attuned to growing diversity and cosmopolitanism, however, Obama was a shock, a figure who appeared out of nowhere to dominate the country’s political life. And with talk of an “emerging Democratic majority,” he presaged a time when their votes—which had elected George W. Bush, George H.W. Bush, and Ronald Reagan—would no longer matter. More than simply “change,” Obama’s election felt like an inversion. When coupled with the broad decline in incomes and living standards caused by the Great Recession, it seemed to signal the end of a hierarchy that had always placed white Americans at the top, delivering status even when it couldn’t give material benefits.

In a 2011 paper, Robin DiAngelo—a professor of multicultural education at Westfield State University—described a phenomenon she called “white fragility.” “White Fragility is a state in which even a minimum amount of racial stress becomes intolerable, triggering a range of defensive moves,” she writes. “These moves include the outward display of emotions such as anger, fear, and guilt, and behaviors such as argumentation, silence, and leaving the stress-inducing situation. These behaviors, in turn, function to reinstate white racial equilibrium.”

DiAngelo was describing private behavior in the context of workplace diversity training, but her diagnosis holds insight for politics. You can read the rise of Obama and the projected future of a majority nonwhite America as a racial stress that produced a reaction from a number of white Americans—and forced them into a defensive crouch. You can see the maneuvering DiAngelo describes in the persistent belief that Obama is a Muslim—as recently as last fall, 29 percent of Americans held this view, against all evidence. It is a way to mark Obama as “other” in a society where explicit anti-black prejudice is publicly unacceptable. Consistent with this racialized fear and anxiety is the degree to which white Americans now see “reverse discrimination” as a serious problem in national life. For its American Values Survey, the Public Religion Research Institute asks respondents whether “discrimination against whites is a significant problem.” In last year’s survey, 43 percent of Americans—including 60 percent of working-class whites—said discrimination against whites had become as big a problem as discrimination against blacks and other minorities.

The anxieties DiAngelo describes, and the fears cataloged by the American Values Survey, have real political impact. In a 2014 study, political scientists Maureen Craig and Jennifer Richeson tried to measure “perceived status threat” from a shift in racial demographics, surveying how people responded when informed that California is now home to more blacks, Hispanics, and Asians than non-Hispanic whites. In other words, how do white Americans react to unrelated political questions when exposed to news of a “majority-minority” future? The results were clear. “Making the majority-minority shift in California salient led politically unaffiliated white Americans to lean more toward the Republican Party,” wrote Craig and Richeson. Likewise, “making the changing national racial demographics salient led white Americans (regardless of political party affiliation) to endorse both race-related and relatively race-neutral conservative policy positions more strongly.”

The Obama era didn’t herald a post-racial America as much as it did a racialized one, where millions of whites were hyper-aware of and newly anxious about their racial status. For example, during a Marco Rubio rally before the New Hampshire primary in February, I spoke to a voter who, in her way, gave voice to this hyper-awareness. “I think he’s divided this country in many ways,” said Lori, an older white woman, of Obama. “I know in a lot of places in America there’s a divide in color … like, when I walk up to someone in the stores”—she looked at me to emphasize what she means—“I feel that they’re wondering if I like them. … I didn’t feel that before. I was accepting of everyone, and I hate that he brought that.”

This isn’t the first time in our history that whites have worried about losing their preeminent status. In the early 20th century, massive Southern and Eastern European immigration, as well as Chinese immigration in the American West, fueled nativism and white racism, and helped lead to the resurrection of the Ku Klux Klan. The revived Klan organized millions of white Americans in a movement against immigrants, blacks, and religious minorities like Catholics. This, along with a broader nativist movement, had an enormous impact on American politics—entire states, like Indiana, were controlled by Klan-backed politicians while national lawmakers passed harsh, restrictive immigration laws. Our current burst of nativism and racial anxiety is proving to be a similarly potent force.

“The election of the country’s first black president had the ironic upshot of opening the door for old-fashioned racism to influence partisan preferences after it was long thought to be a spent force in American politics,” wrote Brown University political scientist Michael Tesler in a 2013 paper titled “The Return of Old Fashioned Racism to White Americans’ Partisan Preferences in the Early Obama Era.” For Tesler, “old-fashioned racism” isn’t a rhetorical term; it refers to specific beliefs about the biological and cultural inferiority of black Americans. His work suggests that there are some white Americans who, in his words, have “concerns about the leadership of a president from a racial group whom they consider to be intellectually and socially inferior.”

Other research points to the degree to which Obama’s election seems to have exacerbated racial animus among white voters. In a paper titled “The Impact of Anti-Black Racism on Approval of Barack Obama’s Job Performance and on Voting in the 2012 Presidential Election,” a trio of researchers found a substantial increase in the number of voters with anti-black attitudes, which rose from 47.6 percent in 2008 to 50.9 percent in 2012. “The proportion of people expressing anti-Black attitudes,” they write, “was 32 percent among Democrats, 48 percent among independents, and 79 percent among Republicans.”

What does anti-black racism in the Obama era have to do with Donald Trump, who crashed the 2016 campaign with a wave of anti-Latino rhetoric?

Trump may have started this campaign by denigrating Latinos and Muslims, but his first appearance in the Obama era was in the context of anti-black racism. In 2011, Trump took the “birtherism” conspiracy—the belief that Obama is foreign-born and thus an illegitimate president—and turned it into a full-fledged movement. Even now, his supporters believe Obama is illegitimate—62 percent say he is a Muslim, and 61 percent that he was born in another country. I spoke to a voter who echoed this sort of othering anti-Obama rhetoric in Las Vegas, at a Trump event the day before the Nevada caucuses. “In my opinion, Obama is the most anti-American president that I have experienced. He bows down to every other country. He puts other countries before America,” explained Martin, a staunch backer of the real estate mogul.

More recently, anti-black racism has returned to the fore, with behavior that attracts those who would like to see the old racial hierarchy restored. He shares racist memes on Twitter and has built a symbiotic relationship with white nationalists, refusing a chance to repudiate former Klan leader David Duke during one interview and offering his son for an interview with a white-nationalist radio host. And in recent weeks, Trump supporters have attacked black protesters at his rallies. At an event in North Carolina, a protester was punched in the face by an audience member, while another yelled a racist slur. Afterwards, Trump condoned the behavior. “He was swinging, he was hitting people, and the audience hit back,” he said, despite no evidence of any attack from the protester. “That’s what we need more of.”

In St. Louis, Missouri, a Trump rally collapsed into scuffles between supporters and opponents, with multiple arrests. At a Kentucky rally—the same day Trump promised to defend supporters in court if they fought with demonstrators—two protesters were assaulted by members of a white-supremacist group. On Friday evening, demonstrators in Chicago held a mass rally against an impending Trump event, forcing the campaign to cancel. Trump blamed the ensuing melee on “thugs.”

None of this is to discount the material facts behind Trump’s appeal to working-class whites. The collapse of the industrial economy in the wake of the Great Recession caused real devastation. The middle class has been losing ground for a long time, and there are few jobs for people without college degrees—or at least, few jobs that hold a path to mobility. Even in places where new factories have cropped up, unions are sparse and wages are low, following a race-to-the-bottom among the towns and cities that vie for the remaining manufacturing jobs. When economic desperation meets hopelessness—as we saw in the 1980s, when an earlier wave of de-industrialization ravaged the inner cities—the results are tragic.

The effects of these trends were highlighted in a widely analyzed study released last fall that showed rising mortality rates among middle- and working-class white Americans, the group that makes up Trump’s main body of support. Princeton University professor Anne Case and co-author Angus Deaton found that white working-class Americans are increasingly dying from suicide, alcohol abuse, and drugs. “In 1999,” writes Case for Quartz, “people in this group died from accidental drug and alcohol poisonings at four times the rate of Americans with a bachelor’s degree or more. By 2013, they were dying at seven times the rate of their better-educated peers. In 2013, they also committed suicide at more than twice the rate of people with more education, and died from alcoholic liver disease and cirrhosis at five times the rate of those with a college degree.”

These spikes in mortality are so large that, for whites aged 45 to 54, they’ve lowered overall life expectancy. Young whites, meanwhile, face rising rates of addiction and a corresponding increase in mortality.

Canvas a Trump event and you’ll meet people who have seen these changes up close. They are teachers, police officers, small-business owners, and city employees who hold the closest thing to middle-class jobs in the rural towns and older suburbs where Trump draws his most ardent support. In the Michigan primary, for example, Trump won most of his votes from voters with incomes less than $50,000; in New Hampshire, he dominated among voters making less than $100,000. Everywhere, in fact, Trump is winning Republicans with modest middle-class incomes.

These somewhat better-off Americans have seen their friends and family fall into dependency, whether to drugs or alcohol or welfare. They are both sympathetic to this plight—which is why Trump’s call for more help for veterans and seniors resonates with them—but also frustrated and angry. The country, and its leaders, made a promise: If you worked hard, you would get ahead. But that didn’t happen. Instead, for millions of Americans, it was the reverse: They worked hard and fell behind. They’re afraid, for themselves and for their children. Trump speaks for them. “What do we all want?” Trump asked at a rally on the eve of the Nevada caucus. “We want security. We want a strong country.” Those who feel insecurity most acutely have turned out to back the real estate mogul en masse.

With that said, perceptions of race inform their embrace of Trump as well. In the recent past, holding the favored spot in our racial hierarchy brought benefits. As historian and political scientist Ira Katznelson details in When Affirmative Action Was White: An Untold History of Racial Inequality in Twentieth-Century America, being white was traditionally a pathway to middle-class security, the key that won access to vital mortgage and education programs, as the federal government worked to build a white middle-class in the middle part of the 20th century. Even after the civil rights movement and the end of formal discrimination against black Americans, it was still true that being white and middle-class offered protection from the worst of our economy’s ravages. Drugs, ghettos, and dependency existed among whites in pockets of the country, but they were popularly understood as black and Latino problems, not white ones. Now, that isn’t true. Now, middle-class whites face addiction and dependence, which adds a racial element to economic anxiety, as the security provided by whiteness no longer exists for many Americans.

There are objections to this narrative. It’s possible, for example, that Obama’s decision to push forward with liberal policies and to galvanize a liberal base produced an inevitable partisan backlash, of which Trump is part. Had Obama governed more moderately, had he tried to find a space in his coalition for white working-class voters, then Trumpism might have stayed in the deep.

But this analysis ignores the extent to which Trump reflects specific choices by Republican and conservative elites. From indulging anti-Obama conspiracy theories to attacking him as an enemy of the United States, conservatives chose to nurture resentment and anxiety and distill it into something potent. You can draw a direct line to the rise of Trump from the racial hysteria of talk radio—where figures like Rush Limbaugh, a Trump booster, warned that Obama would turn the world upside down. “The days of [minorities] not having any power are over and they are angry,” said Limbaugh to his audience. “They want to use their power as a means of retribution.”

It also ignores the degree to which these voters likely would have found this hypothetical partnership inimical to their conception of their interests. Even if Obama had reached out, they would be mere partners in a larger coalition, when what they want is to be its driving force. Trump speaks to that desire, signaling—in ways subtle and otherwise—that he plans to “Make America Great Again” by making the white American worker the center of his universe.

Throughout our history, a substantial minority of whites has responded to America’s always-shifting racial and economic terrain with a primal fear of being dominated, of finding themselves at the bottom of the hierarchy. It’s one of the strongest forces in American life, and politicians and demagogues of many partisan stripes channeled it long before Donald Trump; it’s so strong that researchers have found a direct and robust connection between a given county’s proportion of enslaved people before emancipation and its present-day Republican vote share. The more slaves held in a given area, the more Republican votes.

The good news is that movements like Trump’s tend to fade away. The bad news is that, even in defeat, they are influential. One antecedent to Trump—Alabama Gov. George Wallace—never won a national party nomination. But he had massive impact on the direction of national politics, giving Richard Nixon raw materials for his “Southern Strategy” of racial resentment that would shape and define American politics for the next four decades.

For Americans opposed to Trump, it’s tempting to believe that his base is a shrinking part of America; that these are the death throes of racial reaction. Eventually, goes the thinking, they’ll fade from view too.

That is wishful thinking. America is a diverse country. But it’s still a predominantly white one, where a Trumpist movement can still encompass millions of voters. And “eventually” might be a while. In the space between now and then, Trumpism—the potent mix of open prejudice, nationalist aggression, and heterodox economic policy—could thrive. In fact, it likely will, since the trends that produced Trump—a brittle economy, an ailing white working-class, an insecure white middle-class, a rising nonwhite population, political gridlock, and growing minority political power—are ongoing.

Given the more than uphill climb he would face in a general election, Trump the person might have an expiration date. But Trumpism will enter the firmament of modern politics, a powerful current that will shape the future of the Republican Party, and the Democratic one too. Trump came on the stage as a clown. But whenever he leaves, he’ll do it as a new icon of a familiar movement in American life.

Jamelle Bouie