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Simandou, justice et rancoeur vaine

Publiés sur Aminata.com un certain Ibrahima Sory Touré a tenu des propos désobligeants et discourtois, qui dénotent la rancoeur, la mesquinerie, la perfidie, la méchanceté et l’ingratitude. En effet, dans le malheur, il se désolidarise, rejette et condamne sa demi-soeur, Mamadie Touré, qui fut la compagne du Général-Président Lansana Conté. Ce faisant, il apporte de l’eau au moulin de Beny Steinmez dans le scanndale des contrats miniers du Simandou. En effet le patron de BSGR avait, lui aussi, jeté un doute sur la relation conjugale entre Mme Mamadie et le défunt dictateur.

Mais la sorte verbale de M. Touré est tardive et vaine.

Et c’est dommage que Le Populaire — le journal de Conakry à la source de l’interview de M. Touré — n’ait pas cherché à vérifier les accusations auprès de sources tierces. Cela lui aurait permis  d’étoffer l’article et d’éclairer les lecteurs sur les querelles de famille et l’hostilité du sieur Sory contre sa parente.

Le journal aurait dû aussi corriger le titre en conjuguant le verbe au passé, car il ne saurait y avoir de mariage entre une personne morte et un être vivant. La relation conjugale prit fin à l’instant même du décès du vieux Général.

Ibrahima Sory semble évoluer en vase clos. Ainsi, il ne mentionne guère l’intervention de gouvernements étrangers visant à dénouer l’écheveau d’intrigues et de corruption entourant le dossier du Simandou, de 2008 à 2010.

Ainsi, par exemple, la justice de la Confédération Helvétique a ouvert une enquête à Genève.

Et les autorités fédérales américaines n’y sont pas allé de main morte. Dès que le FBI a constaté la violation de la loi dénommée Foreign Corrupt Practice Act, qui réprime la corruption étrangère sur le territoire US, les branches exécutive et judiciaires sont entrées en action. Depuis 2012, le scandale du Simandou a reçu l’attention qu’il mérite. Grâce à la diligence de la justice, les choses se sont précipitées et précisées ici aux Etats-Unis.
En conséquence, l’un des principaux acteurs impliqués dans l’affaire, le Français Frédéric Cilins, purge une peine de prison depuis l’année dernière.

[Lire Frenchman Cilins Gets Two Years ]

De même, les autorités fédérales ont procédé à la saisie des biens de Mme. Mamadie Touré en Floride. Elle a accepté aussi de coopérer avec le FBI dans la poursuite de l’enquête.

[Lire Florida Homes of Lansana Conté’s Wife Seized]

De son côté, flairant les risques pour ses activités, Beny Steinmetz a embauché des personnalités de poids comme consultants. Il s’agit de :

  1. Joe Liberman, ancien sénateur à la retraite de l’Etat du Connecticut et ancien candidat à la vice-présidence ; il fut le co-listier du candidat démocrate Albert Gore à la Maison Blanche en 2000,
  2. Louis Freeh, ancien directeur du FBI.

Du côté guinéen qu’a fait la justice  ? Que peut-elle faire aujourd’hui ?  Qu’envisage-t-elle de faire ? Réponse :  trois fois rien vraisemblablement.

Au lieu d’imiter le professionalisme et la probité des institutions étrangères, le régime du Président Alpha Condé — emp��tré dans l’incompétence —  a fini par libérer M. Touré et ne semble plus s’interesser aux racines et ramification locales du contentieux. Ceal permet à Ibrahima Sory de se livrer à toutes sortes d’insinuations.
Mais ses déclarations n’atténueront pas et n’effaceront pas sa implication présumée dans le scandale.
D’une part, il semble croire que l’énormité de l’escroquerie se ramène à des conflits de personnes et de famille. D’autre part, il évoque le rôle d’Alpha Condé. A propos de ce dernier, M. Touré divague sottement lorsqu’il suggère que l’actuel président aurait pu être le parrain du mariage de Lansana Conté et de sa demi-soeur !! La démarche est gauche, désespéré et stupide, car M. Condé n’était pas au pouvoir en 2007-2008.

Ibrahima Sory devrait se livrer à un examen de conscience. Il devrait  se repentir pour son rôle —si minime soit-il— dans le vol du 21e siècle que furent les tractations et transactions autour du Simandou.

Hélas, non. Il se complait dans une innocence qui reste à prouver. Et il diabolise sa demi-soeur, aujourd’hui acculée ici en Amérique.

A mon avis, il devrait plutôt la respecter et la soutenir en ces temps d’épreuve et de vaches maigres. Ne serait-ce qu’en reconnaissance pour les avantages qu’il tira de leur consanguinité aux beaux jours et durant les années grasses de BSGR-Guinée.

De toutes les façons, l’Histoire l’a déjà condamné à travers le milliardaire soudanais, Mohamed ‘Mo’ Ibrahim, qui déclara en 2011, à juste titre,  que les Guinéens qui participèrent à la signature du contrat minier du Simandou au profit de BSGR, sont “soit des  idiots, soit des criminels, ou les deux”.
Les Guinéens empochèrent des miettes, certes. En l’occurrence quelques dizanes millions de dollars dispensés par BSGR. Mais peu après le diamantaire Israélien vendit 51% de parts d’investissements au géant brésilien Vale en échange de US $2.5 milliards. Il reçut immédiatement un chèque de US$ 500 millions.

[Lire Mining And Corruption. Crying Foul In Guinea ]

M. Touré a beau jeu de nier aujourd’hui qu’il fut un beau-frère de Lansana Conté.  Il n’en fit probablement pas moins partie du groupe dénoncé par Mo Ibrahim. L’opinion de celui-ci fit le tour de la planète sur Internet. Frappante et adéquate, sa formule résume éloquemment la faillite guinéenne.

Qu’Ibrahima Sory Touré en soit conscient ou pas, peu importe.

Les mots de “Mo’’ sonnent comme un verdict. Et ils pourraient  coller à la face et au dos de M. Touré, et lui convenir comme une paire de gants — ou de menottes.

Tierno S. Bah

Mining and corruption. Crying foul in Guinea

Africa’s largest iron-ore mining project has been bedeviled by dust-ups and delays.

“An emblematic tragedy” is how Sir Paul Collier, an adviser to the British government, describes the situation in Guinea—referring not to the Ebola outbreak (awful though he considers that to be) but the saga of Simandou, a mining project mired in allegations of corruption, expropriation and corporate espionage.

Simandou, a mountainous area in southern Guinea (pictured), has been called the El Dorado of iron ore. It is the world’s largest known untapped deposit of the stuff, with enough ore to sustain annual production of 200m tonnes—7% of global iron-ore output—for more than a quarter of a century. Better still, the ore there has unusually high iron content. The potential project cost for the mine, and the railway and port that would be needed to get ore on to ships, is $20 billion, making it Africa’s largest ever proposed mining venture. Guinea could do with the investment: it ranks 179th out of 187 countries in the UN’s human-development index. Wags, alas, have taken to calling Simandou “Simandon’t”. Exploration rights were first granted in the 1990s, yet the earliest anyone expects production to begin is 2019.

The saga oozes intrigue. Among its cast of characters:

  • Two of the world’s biggest mining groups
  • The Anglo-Australian Rio Tinto and Vale of Brazil
  • Beny Steinmetz, an Israeli diamond tycoon
  • George Soros, a billionaire philanthropist
  • Mark Malloch-Brown, a former deputy head of the UN
  • The wife of Guinea’s former leader
  • And, possibly, members of South Africa’s elite and security services.

It is, as one lawyer involved in the case wryly puts it, “a slightly Hollywood story”.

The opening chapter was the awarding of exploration licences for four blocks at Simandou to Rio Tinto in 1997. The northern two blocks were snatched back from the company in 2008, as the then dictator, Lansana Conté, lay on his deathbed. The ostensible reason was that Rio was not developing the site quickly enough. Months later the rights to these blocks were assigned to BSG Resources (BSGR), a firm indirectly owned by a Steinmetz family trust. With no upfront payment required, the deal appeared to be very attractive for BSGR.

Guinea iron ore mines
Mo Ibrahim, an African billionaire, asked whether the Guinean officials who agreed to it were “idiots, or criminals, or both”. After Conté’s death, BSGR sold 51% of its interest to Vale for $2.5 billion, $500m of which was paid immediately.

A new government, led by Alpha Condé, took power in 2010, after Guinea’s first democratic elections, and set up a committee to review past contracts. This concluded that BSGR got its blocks through bribery. As a result, the firm was stripped of its concession earlier this year. The government signed a new deal with Rio and its Chinese partner, Chinalco, to develop the two southern blocks they had held onto.

This involved Rio having to pay $700m, part of which was upfront taxes.

This wrangling has generated lots of work for lawyers.
Rio has filed a racketeering suit in New York against BSGR and Vale, claiming they conspired to steal the northern blocks.
BSGR has an arbitration suit against Guinea; Vale has one against BSGR.
The latter is sealed but understood to argue that BSGR duped Vale into buying an asset that was presented as legitimate but had been corruptly obtained. (Vale never paid the remaining $2 billion to BSGR, but says it spent a further $700m on Simandou.)
In an interview with Piaui, a Brazilian magazine, Vale’s former boss, Roger Agnelli, said of the union with BSGR:

“A guy can marry a former hooker and only discover years later that his wife used to be a prostitute.”

On top of these actions, BSGR sued Global Witness last year. The firm claims that the group violated Mr Steinmetz���s privacy by publishing “personal” data in its investigative reports on the case, arguing that since Global Witness is not a bona fide journalistic outfit, but an advocacy group, it needs to comply with higher data-protection standards. Global Witness denies this. The case, which is before Britain’s information commissioner and the High Court, could break new legal ground on the free-speech rights of lobby groups.

Last year a related case was settled out of court when Mr Steinmetz received a portion of his costs—but no admission of fault—from Lord Malloch-Brown (a former employee of this newspaper) and FTI Consulting, the public-relations firm of which he was a regional chairman. The tycoon had sued for breach of contract and defamation, accusing Lord Malloch-Brown of persuading FTI to cancel a contract to represent BSGR, in response to pressure from Mr Soros (an associate, and a patron of Global Witness).

And then there are government investigations into Simandou, in America, Britain and elsewhere.
Last week a court in Florida allowed prosecutors to seize property owned by Mamadie Touré, the widow of Conté, the late dictator, including restaurant equipment and houses, which the prosecutors believe was bought with the proceeds of corruption.
The firm alleged to have given the bribes in the American government’s complaint is not named, but it is unmistakably BSGR.

The next legal development, expected any day, will be a ruling by a judge in New York on a motion by defendants to have Rio’s racketeering suit moved to London, where the bar for proving its allegations would be higher.

Rio’s legal complaint is spicy stuff. It alleges that BSGR doled out $100m in bribes and that Frédéric Cilins, an associate of Mr Steinmetz, befriended staff at the business centre of the Novotel hotel in Conakry, the Guinean capital, to obtain copies of faxes detailing Rio’s plans at Simandou. The complaint also claims that Vale feigned interest in buying assets from Rio, months after the Brazilian group had begun secret negotiations with BSGR, in order to hoodwink Rio into showing it confidential information about Simandou’s geology. Seeing an opportunity to wrest control of part of the site from its rival “on the cheap”, Vale shared this data with BSGR in violation of a confidentiality agreement, Rio alleges.

Testimony and surveillance transcripts from an FBI investigation, made public by the Guinean investigating committee, are particularly illuminating. Ms Touré (who has turned co-operating witness) says BSGR offered her millions of dollars, jewellery, two Toyota Land Cruisers and a 5% stake in the project to persuade her dying husband to sign over the Simandou rights. Some of her allegations are supported by photocopies of cheques. In one transcript, Mr Cilins, having flown to Florida to meet her, urges her to destroy apparently corrupt contracts: “You have to destroy everything, urgently, urgently, urgently.” He promises more money if she does, saying the message comes “directly from the number 1”. When she asks who that is, he whispers “Beny”. In March Mr Cilins pleaded guilty to obstruction of justice and received a two-year prison sentence.

BSGR denies wrongdoing. The company says the seemingly damning documents were “fabricated” and plays down its relationship with Mr Cilins, saying he never signed a formal contract to represent the firm. The Guinean committee was established “to provide a pretext to illegally seize our assets in Guinea”, the company states. BSGR says it “looks forward to testing the evidence” at a forthcoming arbitration tribunal.

As for Rio’s racketeering claims, a lawyer for BSGR describes them as “amazingly fictitious”. Nevertheless, the trust that controls BSGR is said to have hired Joe Lieberman, a former United States senator, and Louis Freeh, former head of the FBI, to conduct an internal probe of the bribery allegations—though the firm will not say whether they have begun their work.

Spooky

The narrative being pushed by BSGR became clearer when it filed its defence in the Rio suit and a request for arbitration. It alleges that the election that brought Mr Condé to power was rigged with help from South African interests. These provided Mr Condé with financial and other support—including altering voter registers—in return for a promised stake in the nation’s mining assets, including the blocks snatched from BSGR, its arbitration filing states.
In another document it names 83 individuals and companies, including South African politicians, businessmen and spies, who could have “discoverable information” that might support its claims.

A spokesman for Guinea’s government says of the alleged election-rigging:
— BSGR has never provided Guinea with any evidence to back its allegations.
A spokesman for the Rainbow Coalition, of which Mr Condé’s party is a member, says:
— The suggestion that an outsider like Alpha Condé rigged the elections against a military insider [Cellou Diallo] beggars belief.
Guinea’s supreme court certified the poll result, and the Carter Centre, which promotes democracy worldwide, said the electoral process was “broadly consistent with the country’s…obligations for genuine democratic elections.”

Mr Condé has insisted he is cleaning up government after many years of corrupt dictatorship.

But some of the regime’s dealings with business raise questions about its judgment.

In May, for instance, the Common Court of Justice and Arbitration, the highest tribunal of a west African body overseeing commercial law, ruled that the government acted illegally in tearing up a container-terminal management contract with Getma International, a French company, in 2011 and handing it shortly afterwards to Bolloré, another French firm. The panel awarded Getma $49m in damages.

Guinea scored just 25 out of 100 in Transparency International’s latest corruption-perceptions index, placing it below Ukraine.

The closest thing the drama has to a central character is Mr Steinmetz. But seen from another angle, the colourful individuals, and even BSGR, are a sideshow. The big-picture story is a titanic battle between the giants of iron-ore mining—a business in which BSGR is a minnow—for control of the world’s richest deposits.

Some analysts think Rio’s intention all along was to go slow with Simandou, holding it as a defensive play to frustrate global competitors.

The company may have grown less inclined to mine the site: the iron-ore price has fallen by 60% from record highs in 2011. But it is probably also loath to let it fall into the hands of a rival that could reap rewards once the price rebounds. Tellingly, Mr Agnelli said of the joint venture with BSGR:
—It was strategically important for Vale not to leave Rio Tinto alone with all that ore.
So important, in fact, that some of the contract terms with BSGR were rushed (or even agreed only verbally), leading to much executive disquiet at Vale.

Rio says it is committed to developing its two remaining blocks. It is less clear how keen it is to regain the other two. The firm has said it no longer wants to increase its exposure to Guinea, but not everyone believes that. If the government were to auction them off—it is preparing a tender—interest could come from, among others, Vale, ArcelorMittal and Glencore.

But prospective investors will have to weigh up the risks. One is the outstanding legal challenge from BSGR. Bigger ones are political uncertainty—a presidential election is due to be held next year—and Ebola.

Tunnel vision

Company accountants worry more about the project’s steep costs. Simandou sits in a thickly forested mountain range—difficult terrain that greatly raises the cost of building the 650km railway (with 35 bridges and 24km of tunnels) to the coast. I
t doesn’t help that Mr Condé has insisted the tracks run through Guinea to a domestic port, rather than taking a shorter, easier route through Liberia (see map).

The government had wanted to take a big stake in the infrastructure but could not afford to. With help from the World Bank’s International Finance Corporation (IFC), Simandou’s managers are now looking to assemble a private consortium to finance, build and operate the railway and port.
Roadshows for potential contractors begin this month. The estimated infrastructure costs are $13 billion. Whether the project is economically viable will depend on the future trajectory of the iron-ore price.

Simandou could do wonders for Guinea’s emaciated economy (GDP per person is a mere $530).

Tom Butler of the IFC, which has a 5% stake in Rio’s project, describes it as “potentially transformational”: even at today’s deflated iron-ore price, it would produce annual revenue for the state of “a multiple of the current annual budget”. It could generate tens of thousands of jobs and, thanks to the railway, make agri-business in the country’s interior competitive for export.
Moreover, success would encourage investment in Guinea’s sizeable deposits of other minerals, such as bauxite, graphite and manganese.

But nothing will come out of the ground for at least five years. It could be closer to ten. A recent presentation by Glencore, seen by Reuters, predicted that Rio will not rush to produce iron ore from Africa because its focus in coming years will be on growth projects in Australia.

Meanwhile, the legal skirmishes will continue. The arbitration cases, for instance, could grind on for up to five years—prolonging this cautionary tale of the ugly recriminations that can follow when the rights to vast mineral riches are handed out in questionable circumstances.

The beleaguered people of Guinea deserve better.

The Economist
Dec 6th 2014

Florida Homes of Lansana Conté’s Wife Seized

In the bad old days under Lansana Conté‘s dictatorship, natural resources were bartered away with trinkets and a few suitcases filled with cash.

The West African nation of Guinea, under a new president, is now trying to clean up the mess left by the previous regime by cancelling lucrative mining contracts allegedly bought in exchange for:

  • a diamond necklace
  • houses in Jacksonville, Florida
  • $5.3 million in cold cash
  • two Toyota Land Cruisers
  • an ice cream cooler
  • grills
  • some display cases for a catering business.

The gifts, lavished on the family of Guinea’s former head of state,

Mamadie Toure
Mamadie Toure

were seized last week by the U.S. Justice Department as part of a federal investigation into the corrupt practices of some multinationals still attempting to cart away Africa’s natural resources through lavish bribes and money laundering.

President Conte’s fourth wife, Mamadie Toure, who received much of the largess, is a cooperating witness in the current federal case.

According to Madame Toure, in exchange for getting her president husband to transfer contracts from one mining company to another, the money tap was turned full on.

Because some of the alleged bribery took place on U.S. soil, the Foreign Corrupt Practices Act of 1977 was invoked. It prohibits the payment of bribes to win business, or when the conduct involves U.S. soil or the U.S. banking system.

Rights to iron ore deposits in Guinea’s Simandou mountain range – have been a long sought-after prize by foreign multinationals. It’s been called the “jewel in the crown” of West Africa’s vast natural resources.

Shortly before his death in 2008, President Conté signed over multi-billion-dollar mining rights at Simandou to BSG Resources, owned by family trusts of the Israeli billionaire Beny Steinmetz. He canceled existing contracts with an Anglo-Australian firm prompting cries of outrage by that firm.

Neither Steinmetz nor his company BSGR are named in the current probe. But the possibility of such prompted Steinmetz Trust to hire former Senator and vice presidential candidate Joe Lieberman and former FBI head Louis Freeh to run an internal probe of the bribery allegations, a source told Bloomberg news.

Meanwhile, BSGR was stripped of the Simandou concessions in April this year when a Guinean government committee reviewing all mining contracts signed with the previous government, said it had established “with sufficient certainty the existence of ‘corrupt practices’ surrounding the granting of mining rights.”

Global Witness, a UK-based group which campaigns “to stop elites getting away with looting entire states, from armed factions militarizing the natural resource business, and for an end to the exploitation of our environment that is destroying lives, habitats and ecosystems,” has posted an extensive report on the bribe probe.

While billions in profits are seen for mining operators, benefits for ordinary Guinean could be small. Bauxite mining at the Sangaredi Mine in western Guinea, for example, has led to a collapse in local wildlife populations, dwindling forests, unemployment and landlessness

Global Witness & Global Information Network

Trouble looming in Guinea, and why that matters

While Washington remains preoccupied with the results of its own midterm election and its aftermath, U.S. policymakers might be forgiven for not having spared much thought recently for polls elsewhere. Just in Africa alone — which the Obama administration has described in strategy documents as “more important than ever to the security and prosperity” of the United States — there are nearly a dozen national elections in the next 12 months, the outcomes of which can have significant implications for U.S. policy in the region and for the wider international community. Few places is this more true than in the small West African state of Guinea.

Peter Pham, director of the Atlantic Council's Africa Center
Peter Pham, director of the Atlantic Council’s Africa Center

Hence it is not surprising that Guinea rarely receives much attention in Washington except when crisis erupts, as it did this year when the country, together with Sierra Leone and Liberia, became the epicenter of the Ebola outbreak. And while Guinea was a bulwark of relative stability as civil wars wracked those neighbors as well as Côte d’Ivoire in the 1990s and early 2000s, it may not be as lucky as it heads toward local elections slated for the coming months, culminating in next year’s presidential contest.

Recently, claims have emerged that the electoral victory of President Alpha Condé was rigged by South African intelligence. This come as current owners of the strategically important natural resource project Simandou — a large iron ore mineral development — claim their property rights were expropriated to reward politically connected allies. All while most Guineans live on less than a dollar a day and Guinea ranks 179 out of 187 countries surveyed in the most recent edition of the United Nations’ Human Development Index.
As Guinea readies for local elections as well as next year’s presidential vote, things may be coming to a head precisely because the country’s lack of social and economic progress is directly linked to its dysfunctional politics. At independence in 1958, the country’s first president, Ahmed Sékou Touré, severed ties with France and aligned himself with the Soviet Union, pursuing a Marxist revolutionary agenda that destroyed the economy while brutally repressing all opposition. During the dictator’s reign, tens of thousands of people disappeared into the regime’s African gulag, including the Roman Catholic archbishop of Conakry (the capital), Raymond-Marie Tchdimbo, who spent almost a decade in the notorious Boiro concentration camp.

After Sékou Touré died in 1984 — ironically enough, while receiving treatment for a heart condition at the private Cleveland Clinic — his onetime hangman, Lansana Conté, seized power in a military coup. While Conté abandoned his predecessor’s socialist experiment and, over time, grudgingly opened up the political space in the country, his own quarter-century in power (he died in 2008) saw little relief to the grinding poverty which was the lot in life of the vast majority of Guineans.

Elections were eventually held in 2010, which brought the current president, Alpha Condé, to power. The polls, marred by delays, ethnic divisions and various controversies, were accepted by a weary international community. Condé, the winner in the second round, had won only 18 percent of the vote in the first round, compared to the 44 percent support for Cellou Dalein Diallo, a former prime minister who hailed from Guinea’s largest ethnic group and who had an electoral pact with the third-place finisher, a member of third-largest ethnic group.

A political outsider, Condé came to power with little experience. He lived more of his life outside of Guinea than within the country, mainly in Paris, where he gave leftist university lectures on subjects like “an engaged African” (the title of one of his books) and “American neocolonialism” (the subtitle of another one of his works). And while the new president talked about “a new era” in Guinean politics, the makeup of his cabinet included several controversial figures from former juntas. Soon after his election, Condé turned to billionaire financier George Soros for help in rewriting the country’s mining laws, but this has led to a vicious cycle of delays in tapping the country’s extraordinary natural resources — among other things, it holds two-thirds of the world’s largest reserve of bauxite, and prodigious amounts of gold, diamonds, iron ore, graphite, manganese and other mineral resources which make Guinea potentially one of the richest nations in Africa — to jumpstart its development and create shovel-ready projects that would bring about jobs and spur economic growth.

The situation since Condé’s election has not inspired confidence. Members of former juntas have been welcomed back. Parliamentary elections, which were supposed to have been held within six months of the December 2010 inauguration, were repeatedly postponed. And now Condé is facing a multimillion-dollar action in a U.S. federal court seeking to enforce a May 2014 decision by the Common Court of Justice and Arbitration, the highest tribunal of a 16-member African regional body on commercial law to which Guinea belongs, ruling that the regime illegally ripped up a port management contract with French cargo company Getma International.

To be fair, Condé inherited a dismal macroeconomic situation. Both the civil service and military personnel have received multiple salary increases — the resulting budget deficits being financed largely by having the central bank increase the money supply, thus completing the vicious circle. After such a long malaise, Guinea desperately needs significant investment and sustained economic growth.

All of this sets the stage for 2015, when President Condé is expected to run for a second and final term. Not only will he face determined and well-organized opponents in a rematch of the previous tight race, but he will do so with not much better economic results — neither in terms of overall gross domestic product growth nor in poverty reduction (incidence of both urban and rural poverty have actually increased during the president’s tenure, according to his own finance ministry’s report to the International Monetary Fund) — than under the dictators who preceded him, exposing him to a real possibility of defeat notwithstanding the advantages of incumbency. Thus the battle will be hard-fought and, if the contest is not fair or if the winner fails to deliver on long-deferred promises of development, the situation will be increasingly dire not only for Guinea, where ethnic tensions are already being stoked, but also for a region whose borders were very recently shown by the rapid spread of the Ebola virus to be be extremely porous. (The outbreak, it should be recalled, is believed by researchers to have started in the Guéckédou prefecture of southeastern Guinea exactly one year ago.)

Given how Washington has lately become so keen on prioritizing improving economic and security ties with an increasingly geopolitically important Africa, policymakers need to pay more attention to the state of the rule of law and prospects for free and fair democratic elections in a regionally pivotal state like Guinea — either that or be prepared for the consequences should either of those basic governance conditions be found wanting.

Peter Pham
Africa Center director,  the Atlantic Council
The Hill

Ebola. Guéckédou, la course contre la mort

Au centre de traitement de Médecins sans Frontières à Guéckédou, un soignant en tenue sécurisée prend en charge un petit patient. Julien Ray-MSF
Au centre de traitement de Médecins sans Frontières à Guéckédou, un soignant en tenue sécurisée prend en charge un petit patient. Julien Ray-MSF

En Afrique de l’Ouest, l’épidémie gagne du terrain. Héroïques, les soignants risquent leur vie à chaque instant. Il faut traiter mais aussi remonter la piste du virus pour enrayer le mal. Reportage de notre envoyée spéciale.

L‘ambulance est arrivée à la nuit tombée. Six heures de piste épouvantables sous un soleil de plomb au coeur de la Guinée forestière pour gagner ce centre de traitement de Médecins sans Frontières (MSF) de Guéckédou, dans le sud du pays. Portières verrouillées, vitres remontées, les malades attendent qu’on vienne les délivrer. Combien sont-ils, entassés là-dedans ? On ne sait pas. Interdiction formelle d’ouvrir les portes. Terriblement contagieux, ils sont aussi dangereux que des charges d’explosifs. Un malade qui voudrait s’échapper ou qui vous agrippe le bras, et c’est la catastrophe.

Branle-bas de combat dans le centre de soins : personne n’a été averti de leur arrivée. Il reste des lits : ce matin encore, le centre était plein à craquer, mais une dizaine de patients sont morts dans la journée… Une équipe se prépare pour approcher l’ambulance, évacuer les corps de ceux qui sont morts durant le trajet ; trier les malades, en isolant les cas suspects des cas déclarés. Il faut enfiler la tenue sécurisée : bottes, combinaison étanche, tablier, gants fins, gants épais, masque, capuche. En attendant, impossible même d’entrouvrir la vitre pour donner aux malheureux un peu d’air…
— C’est ça qui est le plus terrible, avec cette maladie. Elle nous rend inhumains, dit Marie-Claire, jeune médecin de 36 ans.

Chacun, ici, en est désormais convaincu : le pire est à venir

Marie-Claire Lamah est originaire de la région de Sérédou, l’une des toutes premières sous-préfectures touchées par Ebola, pas très loin de la frontière du Liberia. Au contact des malades depuis six mois, six jours sur sept, dès 7h30 du matin, la jeune femme dégage une énergie rare, malgré la fatigue et la chaleur. Depuis début octobre, l’épidémie, que les autorités pensaient avoir endiguée en juillet, est repartie de plus belle. Avec quelque 1.000 morts pour un peu plus de 1.500 malades, la Guinée est le troisième pays le plus touché après le Liberia et la Sierra Leone. Plus aucune sous-préfecture n’est épargnée. Et chacun, ici, en est désormais convaincu : le pire est à venir.

Plusieurs membres de l’équipe soignante ont été contaminés. Deux sont morts. Le 23 octobre, le médecin américain Craig Spencer a été testé positif en rentrant de Guinée, alimentant un peu plus la psychose mondiale. Dans l’équipe, la tension et la fatigue sont palpables.
— On est submergés. Chaque jour qui passe apporte de nouvelles difficultés, constate Caroline Sholtes, infirmière et coordinatrice du centre de soins de Médecins sans Frontières à Guéckédou.
Ce matin-là, l’équipe a décidé de vider la tente qui hébergeait les familles des malades. Trop de monde, trop de pagaille, alors qu’il faut faire de la place pour les nouveaux patients contaminés. Décision difficile. Ils habitent souvent à des heures de route. Ils laissent leurs proches seuls, face à la mort. La plupart des malades sont couchés sous les deux grandes tentes dressées dans un périmètre de confinement, trop faibles pour bouger.

Ceux qui tiennent encore debout prennent l’air, emmitouflés dans des couvertures malgré la chaleur, tenus à distance des visiteurs par une double clôture. Quand ils réclament à boire ou à manger, on leur jette par-dessus les barrières des sachets d’eau ou de riz…

Depuis mars dernier, environ 1.000 personnes sont passées par ce centre pour subir le test Ebola ; 200 de ceux qui étaient infectés ont guéri, 300 sont morts. Mais, pour la centaine de soignants qui travaillent ici, toutes nationalités confondues, ces statistiques ne veulent rien dire. Chacun, ici, est hanté par le souvenir des cas les plus douloureux. Pour l’un, c’est cette jeune maman qui a accouché d’un bébé mort qu’elle a dû garder des heures entre les jambes en attendant que le placenta se détache, au risque d’une septicémie. Pour l’autre, c’est cet enfant arrivé dans un taxi, cramponné au sein de sa mère, morte durant le trajet. Ou encore cette femme décédée au lendemain de l’accouchement, dont le bébé, malgré un premier test négatif, a fini par succomber à son tour.
— On essaie de refouler nos espoirs pour ne pas souffrir, dit Caroline Sholtes.

Marie-Claire ne parle pas des morts. Elle préfère se souvenir des beaux moments, de Rose, “la première patiente guérie au centre”, qu’elle a pu prendre dans ses bras. De bébé Awa aussi, et de petite Louisette, deux “miracles”. Orphelines, mais vivantes. Chaque guérison donne lieu ici à une petite fête avec une remise de certificat en bonne et due forme : il faut aider le malade à rentrer au village, où il est souvent ostracisé, convaincre le chauffeur de bus de l’embarquer. Regonfler le moral des équipes aussi, mis à rude épreuve.
— Quand je suis arrivée, le taux de mortalité était de 80% à 90%. On a réussi, à un moment, à descendre à 30%. C’est une sacrée fierté, se souvient Marie-Claire.

 Marie-Claire Lamah (en tee-shirt rouge), médecin de 36 ans, arrivée de Conakry le 13 octobre.
Marie-Claire Lamah (en tee-shirt rouge), médecin de 36 ans, arrivée de Conakry le 13 octobre.

Il y a la peur omniprésente, même si beaucoup la nient

Le jeune médecin en a connu, des épidémies. Le choléra, la malaria, la rougeole… Mais Ebola, “c’est différent”. Parce qu’il y a la mort, bien sûr. Violente, soudaine, quotidienne, elle emporte plus d’un malade sur deux. Impossible de s’y habituer.
— Tu rentres sous la tente d’isolement : trois morts. Un patient te demande à boire. Tu reviens, il est mort. Ca va très vite, ajoute Takis, un infirmier belge.
Il y a la peur omniprésente, même si beaucoup la nient. Et puis, enfin, ce rapport aux patients qu’Ebola rend si spécial, avec ces tenues sécurisées, qui protègent mais interdisent tout contact. Les enfiler pour pénétrer dans les tentes de confinement, surchauffées par le soleil, est déjà une expérience pénible. Pour les retirer, c’est pire : vingt minutes de déshabillage qui obéissent à un protocole très précis tant le risque d’être contaminé par un vêtement souillé est grand. Limitées à une heure, les tournées des malades s’effectuent toujours à deux.

Il faut aller vite, économiser chaque geste. Avec les doubles gants, les actes médicaux les plus simples, poser une perfusion, prendre une tension, sont non seulement difficiles, mais risqués.
— C’est épuisant. On a peur de s’évanouir. Il faut se surveiller mutuellement, dit Takis.
La solitude des malades le glace :
— Ils nous voient, et ils se disent qu’ils vont mourir.
Comment les rassurer, manifester de l’empathie avec ces masques qui laissent juste voir les yeux ? Même parler est difficile :
— Tu te retrouves vite avec de la buée sur ton masque, c’est l’horreur.
Et puis il y a les enfants…

Tous ces petits malades, placés en quarantaine avec les adultes, et que l’on ne peut consoler. Il faut écouter Alexis Tounkara, psychologue du centre :
— Tu vois ce petit garçon de 4 ans qui crie, qui pleure, et tu ne peux pas le prendre dans tes bras. Sa mère, son père, d’autres encore sont morts sous ses yeux, et croyez-moi, les morts d’Ebola ne sont pas des morts douces. Personne ne le console, personne ne parle sa langue sous cette tente. Il ne comprend pas qui sont ces adultes aux tenues terrifiantes. Il est seul. Et quand il meurt, la dernière chose qu’il voit, c’est le visage du diable.
La semaine dernière a été éprouvante pour les équipes.
— Les enfants mouraient les uns après les autres.
Reine, psychologue canadienne, prend chaque jour en photo les morts sous la tente noire dressée au bout du camp. Elle organise une cérémonie d’hommage, rapide, avec un pauvre bouquet de fleurs en plastique. Une manière de laisser une trace, de maintenir la dignité quand tout est balayé.

Mais il faut aller vite, très vite pour faire disparaître les cadavres. Quand les malades meurent, la charge virale devient extrêmement concentrée. Le corps est alors une bombe, qu’il faut enterrer dans un sac hermétique dans les heures qui suivent le décès. Dans cette région, où les rites funéraires sont si importants, pas étonnant que les familles résistent, que des malades tentent de s’évader des centres de traitement. Le gouvernement a beau avoir formellement interdit le transport des corps et les enterrements communautaires, des familles persistent à nier la maladie, à cacher leurs morts, pour pouvoir leur rendre hommage comme ils l’entendent
— Ebola va à l’encontre de ce qui fait notre identité, constate Cheikh Mbaye, manager de l’ONG Waha, qui tente d’imposer des “cercueils transparents sécurisés”, pour concilier tradition et impératifs sanitaires :
— Chez nous, rien n’est plus important que le rapport aux ancêtres. Les chrétiens animistes doivent veiller le corps plusieurs jours. Pour les musulmans, la toilette funéraire est essentielle. Il y a un métrage très précis du linceul, une prière commune à faire autour du mort, que chacun doit toucher pour que l’âme du défunt repose en paix.

Dans un village dont l’imam a été emporté par la maladie, toute la communauté a ainsi bu une gorgée de l’eau qui a servi à nettoyer le corps… Consternant ?
— Chez nous, la peur des ancêtres est plus grande que la peur d’Ebola.

Les folles rumeurs se propagent plus vite que le virus

Les équipes de soins et de prévention tentent bien de faire appel à des ethnologues, mais, dans ces villages du bout du monde, où l’on n’arrive que par moto-brousse après plusieurs heures de route, la communication a du mal à passer. Un centre de Médecins sans Frontières a été attaqué près de Macenta au printemps dernier. Dans la même région, une délégation comprenant un préfet et des journalistes venus faire de la prévention a été accueillie, en septembre, à coups de pierres et de machettes : sept morts. Aujourd’hui encore, deux préfectures, au moins, restent totalement inaccessibles à tout type d’intervention. Il est trop dangereux d’y pénétrer.

Et comment s’en étonner ? Les premières équipes de la Croix-Rouge qui débarquaient dans les villages en tenue de cosmonautes arrachaient les corps aux familles, embarquaient des malades qu’on ne revoyait jamais, pulvérisaient un produit mystérieux (des solutions chlorées) ont nourri tous les fantasmes. Qui étaient ces gens ? Venaient-ils pour les empoisonner ? D’ailleurs, quelques jours après leur intervention, de nouveaux malades sont apparus dans le village… Comment expliquer qu’ils avaient été en réalité contaminés avant l’intervention ? Ici, les folles rumeurs se propagent plus vite que le virus. Pour beaucoup, Ebola reste une épidémie inoculée par les Blancs pour piller le pays, exterminer les Noirs, ou encore voler leurs organes. En allant chercher un malade avec une équipe de MSF, Marie- Claire, la jeune médecin guinéenne, a été accueillie à coups de pierres : “Ils étaient convaincus qu’on allait brûler les corps.” Et s’il n’y avait que les villages reculés de brousse pour propager ce genre de croyances…

Même à Conakry, au plus haut niveau, les fantasmes circulent. Un membre de l’équipe de lutte contre Ebola ne nous a-t-il pas clairement expliqué que le virus était né d’une guerre bactériologique que se seraient livrée les géants miniers mondiaux Rio Tinto et Vale pour le contrôle des gisements guinéens [tels que le Simandou] ? Et n’allez pas lui parler de ce bébé de Méliandou mordu par une chauve-souris que les épidémiologistes considèrent comme le patient zéro :
— Vous n’allez quand même pas croire à cette fable pour gogos occidentaux !”

Et pourtant C’est bien à Méliandou, dans ce minuscule village de cases noyé dans une végétation luxuriante, que tout aurait commencé. Comptez près d’une heure de piste entre chèvres, grappes d’enfants et nids-de-poule, pour parcourir les 17 kilomètres qui le séparent de Guéckédou. Ici, près d’une habitation sur deux, hermétiquement murée, témoigne de la tragédie qui s’est déroulée en décembre dernier… Tout le monde se souvient d’Emile, ce bébé d’à peine 2 ans. A-t-il été mordu par une chauve-souris ? A-t-il touché le corps d’un animal malade ? Les avis divergent.

Dans le village, la viande de brousse, la chauve-souris comme le singe, probablement à l’origine de l’épidémie, reste très prisée. Reste que, le 26 décembre dernier, Emile est mort en quarante-huite heures d’une fièvre inexpliquée. Deux jours plus tard, sa mère succombait à son tour, puis d’autres membres de sa famille, des voisins…
Une hécatombe qui finira par emporter 19 personnes. Les habitants ont d’abord cru qu’on leur avait jeté un sort Mais le guérisseur du village voisin, venu chasser les esprits, est mort à son tour. Un infirmier de l’hôpital préfectoral, qui avait soigné certains malades, va ensuite apporter la maladie à Guéckédou, sans que personne ne comprenne ce qui était en train de se passer :
— Ebola a pris tout le monde par surprise. On ne s’y intéressait pas et on n’était pas armés pour y faire face, reconnaît Dr Saliou Bella Diallo, pédiatre à l’hôpital de Donka à Conakry.
Les symptômes du virus — fièvre, diarrhées, vomissements — ne ressemblent-ils pas à ces maladies qui traînent ici, le choléra ou le paludisme ?
Le 21 mars, le jour où l’unité lyonnaise de l’Institut Pasteur identifie officiellement le virus, l’épidémie a déjà fait plus de 60 victimes et gagné Conakry. Elle a taillé son chemin dans de nombreuses préfectures de brousse, touché le Liberia et la Sierra Leone, où, les systèmes de soins étant plus défaillants encore, elle va faire des ravages.

La polygamie complique un peu plus les choses

MSF va rapidement installer deux centres de soins pour accueillir les malades. Mais la priorité des équipes, c’est de contenir l’épidémie. Une course contre la montre semée d’obstacles. Principale difficulté, les mouvements de population. “Contrairement aux épidémies précédentes, celle-ci touche des communautés extrêmement mobiles”, constate William Pereia, de l’OMS. On passe d’un pays à l’autre sans même s’en apercevoir, on s’entasse dans des microbus pour se rendre à un enterrement à l’autre bout du pays. La polygamie complique un peu plus les choses, avec quelquefois une femme dans un pays, une autre ailleurs. Lors de la première vague d’Ebola, au Zaïre, dans ces villages ultra-isolés où l’on n’accédait qu’en pirogue, les épidémiologistes avaient réussi à contenir rapidement l’épidémie, en cantonnant la population.

Infographie Source OMS/AFP
Infographie Source OMS/AFP

En Afrique de l’Ouest, il faut se livrer à une enquête policière monstre. Tout malade qui arrive au centre de soins est longuement questionné :

  • Avec qui a-t-il mangé depuis le début des symptôme ?
  • Qui a dormi avec lui ?
  • Qui l’a lavé, qui l’a soigné ?
  • Avec qui a-t-il partagé les latrines ?

Il faut ensuite retrouver tous ces contacts, qui vivent quelquefois à plusieurs heures de route, identifier un responsable dans le village pour établir un contact quotidien avec eux, et ce pendant vingt et un jours, toute la durée de l’incubation.
— C’est un système de toile d’araignée, explique Caroline Sholtes. Seulement voilà, quelquefois les malades ne veulent pas dire d’où ils viennent Ils ne savent pas, ou bien ils veulent protéger leurs proches de l’inévitable stigmatisation.

Dans un village, un immeuble ou un bidonville, une simple suspicion peut vous condamner au bannissement
— Pris de vomissements, mon neveu est allé se faire tester. Quand ses voisins l’ont su, ils lui ont barré l’accès au village. Ses résultats ont montré qu’il n’avait pas la maladie et pourtant il n’a pas encore pu revoir ses enfants, raconte l’épidémiologiste guinéen Pepe Bilivogui.
Thérèse, institutrice guérie, n’a jamais pu retrouver son travail. Même malades, certains préfèrent se cacher. Convaincus que la médecine ne peut rien pour eux, ils vont s’en remettre au guérisseur, à l’eau salée ou à l’oignon cru, réputés miraculeux.
Les premiers messages des autorités martelant qu'”Ebola est mortel” n’ont rien arrangé.
Et, malgré les promesses, les moyens ne sont pas sur la table : il y a quelques jours, un médecin contaminé dans un village de brousse n’a pu être évacué, faute de carburant.

De nouvelles chaînes de contamination, en quelques jours

Dans cette guerre inégale face à un ennemi invisible, rien n’est perdu. Le Nigeria voisin, où il n’y a eu, c’est vrai, qu’une vingtaine de cas, en est la preuve : le 21 octobre, les autorités y ont déclaré l’épidémie éradiquée…
En Guinée aussi, à deux reprises, les équipes de MSF ont cru avoir gagné. En juillet dernier, Jérôme Mouton, chef de mission à Conakry envisageait même de fermer les centres de traitement : 26 malades positifs seulement, plus un cas nouveau depuis le 5 juin. Las ! Il a suffi que le 23 juillet deux femmes se rendent à des enterrements, l’une au Liberia, l’autre en Sierra Leone, pour faire flamber à nouveau l’épidémie. Elles sont rentrées à Conakry malades.
A l’hôpital, l’une des deux n’a pas dit d’où elle venait : sept membres de l’hôpital ont été infectés. En quelques jours, de nouvelles chaînes de contamination se sont développées dans toutes les directions – 95 patients en juin, 237 en août, 366 en septembre. Et 600 en octobre.
Au Liberia et en Sierra Leone, c’est encore pire. Aucun de ces pays ne s’en sortira seul.
— C’est une course contre la maladie. Il faut la rattraper, l’encercler et l’étouffer, résume Jérôme Mouton. Où sont les ONG que l’on voit sur toutes les catastrophes ? On manque de bras. Seuls, on n’y arrivera pas. Il faut nous aider. Vite.

Natacha Tatu, envoyée spéciale à Conakry et Guéckédou
L’Obs