Jeanne-Martin Cissé (1926-2017)

Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, circa 1970
Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, vers 1970

Sous la plume de François-Xavier Freland Jeune Afrique reprend la nouvelle de la mort de Jeanne-Martin Cissé (1926-2017). Reflétant diverses sources d’information, l’hebdomadaire évoque, en quelque 532 mots, la vie de cette compagne de Sékou Touré.

  1. On y relève ainsi le tableau du cadre familial au crépuscule de la vie à Conakry. Il n’y est question toutefois que des filles de la disparue, alors qu’au moins trois de ses enfants sont des hommes. L’aîné, Cheick Mohammed ‘Papus’ Camara, est un de mes promotionnaires aux lycées de Conakry et de Labé. Notre dernière rencontre, vite transformée en une longue, amicale et intéressante conversation, remonte à 2003 à Dakar.
  2. Mais l’auteur reste vague sur la naissance, l’éducation et l’adolescence : noms et occupation des parents, un brin de généalogie, postes d’enseignement. Il néglige, par exemple, un détail important, à savoir comment peut-on naître “dans une famille musulmane modeste d’origine Soussou et Malinké” et s’appeler Jeanne-Martin ?
  3. L’article maquille et embellit le passage sur “la célèbre école normale de Rufisque”,  qu’il présente comme étant  un établissement “d’élite féminine qui s’était employée à faire de ces élèves venues de toutes l’Afrique coloniale française de futures enseignantes, attachées à leur africanité.” François-Xavier Freland aurait dû mettre un peu d’eau dans son vin, car dans l’ensemble le palmarès de l’école française n’est pas du tout rose. Surtout sous la Troisième République (1870-1940) qui imposa le déshumanisant Empire colonial et l”abominable régime de l’Indigénat.
  4. François-Xavier glisse le nom de Germaine Le Goff sans préciser qu’il est l’auteur de la biographie intitulée L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mythique.  Il aurait dû apporter la précision, ne serait-ce que pour élargir l’horizon des lecteurs.
  5. Certaines camarades de formation de Jeanne-Martin sont mieux introduites, notamment avec la mention d’Une si longue lettre, l’oeuvre principale de Mariama Bâ.
  6. Le portrait matrimonial de Jeanne-Martin se limite à son  mariage avec Bansoumane Touré. Cette victime du Camp Boiro fut en réalité le second époux de Mme. Jeanne. Sur les circonstances de la disparition de Bansoumane à la Prison de Kindia, lire Kindo Touré “La mort de Ban Ansoumane Touré”.
  7. Dans sa biographie de Sékou Touré André Lewin indique, à juste titre, que le premier mari de Jeanne-Martin s’appelait Camara. Malheureusement, il omet le prénom du défunt, qui mourut victime d’un accident de circulation en 1958. Lire Ahmed Sékou Touré (1922-1984). De Gaulle à Conakry,  25/26 août 1958 (volume 2, chapitre 25)
  8. L’article présente Bansoumane Touré comme “un des fondateurs du Parti Démocrate Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Très vite, elle (Jeanne-Martin) milite pour l’indépendance et œuvre pour l’émancipation des femmes en Afrique.” L’auteur va vite en besogne et commet ici deux erreurs aussi gratuites que légères :
    (a) Bansoumane ne figure pas parmi les membres fondateurs du PDG-RDA
    (b) Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les pionniers de l’activité politique visaient d’abord l’autonomie interne. Le régime colonial fit la sourde oreille et traîna la savate jusqu’en 1956, date de promulgation de la loi-cadre Gaston Deferre. Mais c’était trop tard. Le Viet-Minh avait déjà vaincu des milliers de troupes françaises en 1954 à Dien Bien Phu. Cette cinglante défaite militaire ainsi que le déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie accélérèrent le cours de l’Histoire. Les protectorats du Maroc et de la Tunisie devinrent des états souverains en 1956. En mai 1958, l’armée imposa le Général Charles de Gaulle au Parlement français. Cherchant à retarder l’implosion du domaine colonial de la France, le vieux guerrier,  intellectuel et homme d’Etat organisa le référendum de 1958 autour d’une nouvelle Constitution. Le projet de loi fondamentale proposait, entre autres, l’abolition de l’instable 4ème république (en place depuis 1946), l’avènement de l’actuelle 5è république,  et l’instauration de la Communauté franco-africaine, en lieu et place de l’Union française, elle-même héritière de l’Empire colonial.
  9. L’auteur effleure ensuite la carrière onusienne de Jeanne-Martin. François-Xavier Freland écrit : “… elle est désignée en 1972 au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient … même présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU, son pays étant alors membre non permanent de ce comité.”
    Lire également “Jeanne-Martin Cissé accepte une invitation de Louis de Guiringaud, ambassadeur de France auprès des Nations Unies”, A. Lewin, volume 6, chapitre 68
    Aucun mot sur Telli Diallo et Marof Achkar, autrement plus efficients et prestigieux que l’ambassadrice Cissé. Silence total aussi sur le sort des proches de Madame Sow Nima Bâ, ancienne détenue du Camp Boiro et dont Sékou Touré décima la famille en faisant assassiner :

Et en condamnant à mort par contumace le frère cadet, Bâ Mamadou.

  1. L’article cite Hadja Nima en ces termes : « Mais la période des purges l’avait rendu triste. » Peu importe que ma belle-soeur ait prononcé des mots. Le fait est qu’ils sont en porte-à-faux avec la réalité post-sékoutouréenne.
  2. Dirigeante ddu Conseil national des Femmes de Guinée, membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée, membre du Burean politique national et du Gouvernement, feue Jeanne-Martin fut, de bout en bout,  une collaboratrice fidèle et une porte-parole aussi “impénitente et non-repentante” de la dictature de Sékou Touré que Mme. Andrée Touré.

Pour conclure, je me propose de lire La fille du Milo. Après quoi, je  ferai une suite à cet article.

Tierno S. Bah

Sékou Touré : Mystification et mensonge en dedans…

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
• La légende et la vérité
• La loi-cadre de juin 1956. La Guinée et le référendum de septembre 1958
• Le non de la Guinée en 1958 et le dilemme de Sékou Touré
• Les espérances de l’indépendance de la Guinée et la trahison de Sékou Touré

Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie
Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade, à l’ombre des trusts, dans un pays à la dérive

Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960

Voici le 8ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Mystification et mensonge en dedans…

« Ce qui nous paraît plus inquiétant pour la Guinée et pour l’Afrique c’est que Sékou Touré, dont l’imagination est fertile, invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut. »
Laurent Dona Fologo, Ministre Ivoirien de l’Information
Fraternité Matin, 29 septembre 1973

  Monsieur le Président, que Sékou Touré gouverne également par le mensonge n’a jamais fait de doute pour personne. Les exemples ne manquent point de l’assurance avec laquelle il a menti au peuple de Guinée. Il n’est que de voir son immense roman feuilleton plein de dollars, de S.S. Nazis, de “Cinquièmes colonistes” et de crimes. Des
hommes à sa dévotion, devenus ses bêtes noires ; il n’est que d’entendre les présentateurs hystériques de sa radio dérouler les bandes magnétiques extorquées à des malheureux pour savoir qu’il s’agit de documents préfabriqués pour les besoins de leurs procès. Ses amis d’hier, parias d’aujourd’hui, il les a tous faits par le mensonge. Il leur fait porter par le mensonge, le lourd fardeau de sa propre faillite.

Tous ces officiers supérieurs, tous ces ministres, tous ces gouverneurs, tous ces cadres inconditionnels de son parti auraient donc été au courant de tous les “complots, y auraient participé’ ; manipulés les uns et les autres par des puissances avec lesquelles il entretient parfois les meilleures relations ; qui le nourrissaient et polissaient son image à l’extérieur. Allons donc ! si tous ces gens étaient au courant de tous ces prétendus complots, c’est tout simplement que lui-même avait pensé, organisé et fait exécuter ces “complots”. S’il est vrai qu’ils ont reçu un seul sou, ce serait celui de la corruption ; l’argent du peuple qu’il a seul dilapidé et qu’il continue de gaspiller pour que ses machinations apparaissent plus vraisemblables. S’ils ne furent que ses complices d’un jour, ils furent ses victimes de toujours car il en avait fait, dès le début, les agents serviles de sa personne.

Cependant, Monsieur le Président, ses mensonges ne passent qu’à travers le rideau de frayeur et de terreur qu’il nous a imposé. Mais ce pouvoir charismatique qu’il veut incarner est maintenant trop ruisselant du sang de nos frères. Il est démasqué par les mensonges mêmes dont il veut en faire le support. Je ne peux résister à l’envie d’en évoquer quelques-uns.

Je laisse de côté les très nombreuses histoires mensongères et grotesques qu’il raconte en de longs discours et dont il a gavé notre peuple pour enraciner l’idée qu’il détient un pouvoir surnaturel et que sa prétendue révolution est l’incarnation de ce pouvoir.

L’Afrique elle-même, trop souvent réceptive à ses thèses a toujours été trompée par la forme qu’à voulu donner aux faits l’imagination diabolique de Sékou Touré. Ainsi a-t-elle souvent choisi de voler au secours de son pouvoir contre nos intérêts, même lorsque son mensonge, répété avec persévérance et entêtement n’apparaissait jamais que comme un mensonge. Ainsi en fut-il de la solidarité qu’il obtient en novembre 1970 et de bien d’autres complots qu’il a montés contre notre peuple.
Mais la technique éprouvée du mensonge et des affirmations gratuites de Sékou Touré, ses mises en scènes théâtrales, son maniement vicieux de l’affabulation, de la dissimulation, de la substitution et de l’amalgame ne trompe plus que ceux qui veulent bien se voiler la face.
Le 26 septembre 1973, les Présidents Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor recevaient un télégramme de Sékou Touré dans lequel celui-affirmait une fois de plus avoir constitué un “dossier concernant de nouvelles agressions contre la République de Guinée avec la complicité des colonialismes portugais, français, israélien, de l’Afrique du Sud et de la République Fédérale Allemande, ainsi qu’avec la participation irréfutable des Présidents  Senghor et  Houphouet-Boigny — Stop. Dénonciations Présidents Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny absolument fondées. Stop”.

L’accusation était très claire et Sékou Touré avait pris soin d’envoyer pour information le même télégramme aux présidents du Niger, du Togo, du Gabon, du Dahomey [Bénin], de la Haute-Volta, de la Mauritanie et du Mali.

Ainsi fut déclenché un autre épisode des relations dramatiques créées entre notre peuple et ses voisins par Sékou Touré. En fait, tout cela n’était que mensonge.

Pour tout comprendre, vous me permettrez de citer longuement le Ministre de l’Information de la Côte-d’Ivoire le 29 septembre 1973, dans le quotidien  Fraternité-Matin.

« La nouvelle crise de rage de M. Sékou Touré serait provoquée, selon lui, par la préparation d’un autre “complot” visant à renverser son régime et à éliminer sa personne. Ce nouveau “complot” qu’il aurait découvert à la suite de la saisie du procès-verbal d’une fameuse réunion tenue le 12 mai 1973 à Genève par les responsables de l’opposition guinéenne à l’étranger, serait encouragé et financé par les Présidents Senghor (150.000 dollars) et Houphouët-Boigny (80.000 dollars). M. Sékou Touré aurait saisi nos deux Présidents de ce fameux procès-verbal de réunion dont personne n’aura jamais vu ni l’original ni même la photocopie. Et c’est le silence observé par Dakar et Abidjan devant sa démarche qui aurait provoqué sa nouvelle folie dans laquelle il associe Allemands, Portugais, Français, Israéliens et Sud-Africains rassemblés pour le renverser. Avouons que le tyran de Conakry doit être bien fort pour que sa chute mérite un tel déploiement de force !
Quoiqu’il en soit, l’accusation de M. Sékou Touré ne résiste à aucune analyse sérieuse. Ce qui nous paraît plus inquiétant, pour la Guinée et pour l’Afrique, c’est que, ou bien M. Sékou Touré, dont l’imagination est fertile invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut ; ou bien, connaissant ses faiblesses, ses informateurs le mènent en bateau, prenant plaisir à assister à ses crises de delirium où le ridicule se mêle à la bassesse la plus crasseuse.
C’est qu’en réalité, les vraies causes de l’affolement de Sékou Touré se trouvent ailleurs. Le potentat de Conakry ne pouvait donc attendre la fin de notre enquête, puisque son calcul était fait, son plan diabolique arrêté, le fameux procès-verbal de la soi-disant réunion de Genève n’étant qu’une pure machination, une création de son imagination criminelle pour semer, une nouvelle fois, la confusion et la discorde dans notre Afrique qui cherche, au contraire, à s’organiser sur des bases solides pour hâter son développement.
Comme on le voit, ces personnes si dispersées, à la date indiquée, ne pouvaient tenir ensemble aucune réunion à Genève. Et c’est à partir du faux document de cette rencontre imaginaire que le dictateur de Conakry a déclenché son opération satanique, rassemblant, dans le même élan de folie furieuse, accusations et calomnies des plus ridicules et des plus inimaginables.
Ainsi que l’ont noté tous les observateurs au “Sommet” d’Alger, il fallait au despote de Conakry, incapable de quitter un seul jour son trône où le tiennent ses crimes et le sang des martyrs guinéens, justifier aux yeux de ses amis “révolutionnaires” et du monde entier, son absence du seul forum international où il aurait pu se fendre le gosier à loisir … Même l’insistance de son ami Castro, dépêché à Conakry, n’y fit rien.… Alors, il fallait des cibles : les honorables présidents du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui ont aggravé leur cas en renforçant depuis un an les relations entre Dakar et Abidjan, étaient tout trouvés d’où cette curieuse affaire de nouveau “complot” et de soutien aux Guinéens en exil.
Sékou Touré n’échappera pas au verdict de l’Histoire, ni à celui de Dieu.
Le flot de sang innocent qu’il ne cesse de répandre sur le sol guinéen au nom de je ne sais quelle “révolution” ne cessera de le troubler. Qu’il songe à la fin terrible de Néron ! »

Ces quelques passages sont significatifs. Ils caractérisent Sékou Touré comme en témoigne la mise en scène grotesque qu’il a faite contre vous Monsieur le Président à l’occasion de la publication d’un document sur les camps de concentration guinéens et votre parti qu’il a traité de “Parti de la Souillure Française” et de “Parti de la Pourriture Française”.

Chapitre précédent :   Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

A suivre

Sékou Touré : pseudo-socialisme, faux anti-impérialisme

Président Sékou Touré et le Gouverneur de l'Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)
Président Sékou Touré et le Gouverneur de l’Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

Ceci est le 7ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. L’auteur y exprime  l’opinion de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, opposées au rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

« Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.
Sékou Touré, New York, 29 juin 1982

 Est-il besoin, Monsieur le Président, de démasquer une fois encore l’imposture de Sékou Touré, quand il parle de Socialisme ?

Pour beaucoup de dirigeants en Afrique, le socialisme est présenté au moins comme un programme de développement, que ce Socialisme soit doctrinaire, éclectique et basé sur la paysannerie communautaire, réformiste ou militaire. Qu’il exprime le refus du colonialisme, la politisation des masses ou l’intégration nationale.
Tous ces socialismes (il y en a d’autres) s’accommodent mal de la médiocrité et ne fleurissent pas sur la paupérisation qui caractérise le régime guinéen. Ils expriment des exigences morales dont il n’a jamais fait preuve. Le socialisme de Sékou Touré postule la régression générale par la liquidation des cadres ; la promotion de ses nervis ignares dans les différents rouages de l’Etat pour mettre et maintenir le pays à sa botte.

Nous en voyons bien le résultat. Lorsque Sékou Touré exprime ses espérances, ce ne sont que celles des trusts capitalistes qui constituent des Etats dans l’Etat. Car dans sa folie anti-impérialiste, il ne lui est jamais arrivé de toucher le moindre cheveu de ces gens-là.

Nous avons déjà dit et vu qu’il ne découvre à travers la Guinée que des agents des impérialistes français, américains, allemands et même africains ; qu’il a déterré panout des mercenaires, des S.S. Nazis, des individus qui s’accusent tous d’avoir fauté et d’avoir servi “l’impérialisme”. Nous attendons encore qu’il traduise devant le Peuple les agents des grandes compagnies exploitatrices de nos richesses. Nous saurions au moins à quelles conditions et quelles ristournes Sékou Touré empoche.

Car nous n’avons entendu jusqu’à présent que ses agents à lui, ses ministres, ses gouverneurs, ses hauts fonctionnaires, ses chefs militaires, etc. Tous, des hommes qu’il a hissé à la tête de son Parti et de son État. Si donc ils furent agents d’un impérialisme, cet impérialisme ne peut être que le sien. L’autre impérialisme, celui qu’il prétend clouer au piloris avant de l’enterrer, est aujourd’hui son seul recours car ses “complots”, ses procès et ses récriminations n’ont pas empêché un seul minéralier d’emporter son chargement de bauxite de la Guinée vers l’Amérique ou l’Europe.

Les accents guerriers de Sékou Touré constituent paradoxalement la meilleure garantie et la meileure sécurité pour ces capitalistes. Son souci majeur est leur protection car ils sont aujourd’hui, avec l’arbitraire et la terreur, les seuls supports de son régime.

Monsieur le Président,
Vous savez qu’après avoir reçu David Rockfeller à Conakry comme un chef d’État en février 1982, Sékou Touré s’est rendu en personne à un séminaire organisé par ce dernier en juin à New York, à l’intention des investisseurs éventuels en Guinée.

David Rockefeller
David Rockefeller

Après avoir exprimé sa ”profonde gratitude aux honorables représentants des Centres économiques et financiers des Etats-Unis, d’Europe, du Japon et du Canada”, il a défini sa contribution dans la “coopération avantageuse” qu’il a proposée à ses partenaires : “Nos ressources minmales, agricoles et énergétiques, la pleine garantie donnée aux investissements étrangers, la stabilité politique nécessaire au plein succès de tels investissements et les disposittons souples offertes par nos autorités et enftn les grands bénéfices qui peuvent être réalisés dans notre pays.” Il a ensuite affirmé que la “Guinée a, actuellement, la plus grande part des investissements américains par habitant en Afrique à l’exception des pays exportateurs de pétrole” et a conclu par ce cri du coeur :

“Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.”

Peut-on être plus clair ? Est-il besoin d’ajouter quelque chose à cette confession et à cette porte ouverte à l’impérialisme ?

On pourrait croire qu’il ne s’agit là que de l’évolution récente d’un régime contraint au “changement”, d’un régime acculé et qui n’a pas d’autre choix.

Il n’en est rien, Monsieur le Président. Aussi loin que l’on remonte dans le pouvoir de Sékou Touré, on retrouve cette constante : il prêche pour la solution (socialiste) la plus dure tout en se gavant du capitalisme le plus sectaire, le plus pilleur et le moins social.

Ainsi, le 17 juin 1971, pendant que les agents de son impérialisme faisaient la chasse à ceux qu’il voulait éliminer sous le prétexte de servir l’autre impérialisme, voici ce que déclarait son godillot Keita NFamara, ministre et membre de son Bureau Politique National depuis un quart de siècle, à l’ambassadeur “d’un pays ami” :

« Le peuple de Guinie apprécie hautement la compréhension qu’il a toujours trouvée auprès de votre pays et se félicite du concours qu’il lui prête corutammmt. »

L’unique journal du pays, Horoya, qui rapporte la cérémonie, précise que Keita N’Famara a chargé le diplomate d’être “l’interprète des sentiments de reconnaissance de notre part à son peuple et de la volonté du peuple guinénn et de son Gouvernement de préserver et d’accroître les bons rapports entre eux et nous”.

De qui et de quel pays s’agissait-il ? Chacun l’a deviné. Il s’agissait de S.E. Albert W. Sherer Jr., ambassadeur des U.S.A. en Guinée qui venait de signer un accord d’assistance des U.S.A. à la Guinée comprenant :

« L’importation dans notre pays de la farine de blé, du riz, du coton, de l’huile de soja et de l’huile de coton pour une valeur de un milliard cent soixante-six millions de francs guinéens pour l’année 1971. »

Depuis 1971 et bien avant, les rapports du socialisme de Sékou Touré et de l’impérialisme américain ont toujours été de ce genre ; très bons.

Voilà le vrai sens de sa révolution socialiste, quel que soit par ailleurs l’habit que lui fait son verbe acerbe.
Aujourd’hui encore, il vit des cadeaux et des livraisons de produits alimentaires par l’agence américaine “Food for Peace”. Je ne vous imposerai pas de chiffres. Vous les connaissez.
Quelques semaines après cette cérémonie que nous avons rappelée, il arrêtait l’ambassadeur Bangoura Karim, qui avait négocié ce cadeau auprès de “ses amis” américains, sous prétexte qu’il était leur agent et qu’ils lui avaient donné, à lui et à ses acolytes, plus de six millions de dollars pour renverser le régime guinéen. Nous avons déjà dit ce qu’il en était.

Les Etats-Unis et leurs alliés connaissent bien les cris et les récriminations anti-impérialistes de Sékou Touré. Us savent que tout cela ne les concerne pas car ils sont de ceux qui continuent à financer, mieux à alimenter son régime. Ils savent qu’avec lui, leurs intérêts, les intérêts de l’impérialisme, sont en d’excellentes mains, celles de “son socialisme”. Tout au moins jusqu’au moment où ses sévices et ses crimes n’avaient pas encore crevé le mur de silence et d’indifférence des Nations car, pour eux comme pour tous, le vase est plein. S’il se voilent les yeux, c’est pour continuer à exploiter en silence notre minerai et maintenir une présence dont Sékou Touré est le meilleur garant.

Celui-ci l’a montré en novembre 1977 lors du voyage de Robert MacNamara en Guinée. Pendant deux heures trente, il a crié son allégeance au capitalisme international tout en inondant son auditoire de formules confuses sur la dignité. Et en tendant ses deux mains pour recueillir le fruit de sa soumission.

Le socialisme de Sékou Touré n’est qu’un néo-stalinisme qui sert d’écran à la plus grande concentration capitaliste que notre pays ait connue 1. Ce socialisme là ne se préoccupe ni de développer le pays, ni de résoudre aucun des problèmes des populations guinéennnes.

Bien au contraire ; à la dérive depuis un quart de siècle, jamais notre pays n’a été aussi près de la catastrophe. Sékou Touré n’a rien réalisé en vingt-cinq ans de pouvoir qui soit digne des potentialités de notre pays et du dynamisme de notre peuple.

La capitale Conakry est, à l’image du pays, en ruines, sans eau, sans électricité, noyée d’immondices; un tas de vieilles batisses pré-coloniales le long de rues défoncées. Depuis 1958, Sékou Touré n’a construit aucun hôpital, aucun centre administratif, aucune école, aucun établissement, aucun ensemble urbain qui soit digne de nos sacrifices à son pouvoir.

Pire, le legs de la colonialisation est totalement tombé en ruines. Tous les observateurs sont d’accord pour attribuer la responsabilité de l’échec guinéen au seul régime qui a toujours donné la priorité au politique sur l’économique, aux fausses promesses sur les possibilités réelles, au verbiage et aux discours interminables, aux rassemblements exaspérants sur l’effort réel de renouveau, sur le travail productif.

La solution des problèmes les plus élémentaires de la vie quotidienne tourne au cauchemar pour tous les Guinéens. Tous les ans, Sékou Touré prêche l’autosuffisance. Tous les ans, la Guinée importe plus de produits alimentaires que l’année précédente. Chacun sait que les possibilités du sol guinéen sont considérables et à même de combler tout déficit en céréales.
Chacun sait aussi que la Guinée est l’un des rares pays africains dont le réseau hydrogaphique offre de réelles possibilités d’affranchissement de toute dépendance énergétique.

J.-C. Pomonti 2, dans une série récente de deux articles cite une “grande banque étrangère” qui résume ainsi la situation de la Guinée :

« La Guinée reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Les productions agricoles n’ont pas toujours retrouvé le niveau de 1958. La collectivisation et le maintien des prix aux producteurs à un faible niveau favorisent la contre-bande. »

De retour de Conakry, un autre journaliste français 3 a écrit à la même époque :

« Le Système d’encadrement et d’organisation de la production, qu’il est convenu d’appeler socialiste, n’a réussi nulle part en Guinée. Dans la brousse, les paysans pratiquent une économie de subsistance et les fermes agropastorales où vont travailler 10.000 étudiants sont un fiasco.
Faute de devises et d’entretien, les usines, rares, manquent de pièces détachées. Quant aux fonctionnaires mal payés qui affichent un zèle de façade en se proclamant “prêts pour la révolution”, la plupart d’entre eux ont perdu l’habitude du travail. »

Monsieur le Président, ce que voient et disent les observateurs est en-dessous de la vérité et de la réalité vécue par les Guinéens. Depuis 1960, l’agriculture, pour ne prendre qu’un exemple, est à l’origine de toutes les réunions et de tous les congrès du Parti-Etat de Guinée. Elle occupe la plus grande place dans tous les plans de développement lancés à la face de notre peuple par le régime de Sékou Touré. Ainsi, le dernier plan en date, le plan quinquénal 1981-1985 adopté en décembre 1980,mprétend consacrer le tiers de son budget au secteur agropastoral, soit 2,120 milliards de francs français sur un total de 6.400 milliards.
Ces chiffres laissent évidemment rêveur.

Mais à Conakry, on sait qu’il ne s’agit que de chiffres et on ne se fait aucune illusion sur les résultats qui ne différeront en rien de ceux des autres plans dans lesquels l’agriculture représentait “la priorité des priorités”.

Concernant l’industrie, en dehors des trusts de la bauxite dont nous avons parlés, il n’existe pratiquement plus rien dans un secteur pour lequel les lignes directrices de la politique de Sékou Touré ont été les suivantes avec une constance désarmante, malgré les échecs répétées des innombrables replâtrages :

  • des promesses et des intentions érigées en programme national
  • la mystique du verbe et du faste aux dépens du travail
  • l’irrationalité dans la conception des unités de production et la précipitation dans leur réalisation
  • la dimension extravagante et publicitaire de nombreuses entreprises
  • l’incapacité d’élaboration de solutions fiables
  • l’évolution dans un ghetto économique et l’inexistence de toute perspective d’exportation.

Monsieur le Président,
Comme le montre bien la citation que nous faisons en tête de ce chapitre, Sékou Touré est parfois le meilleur censeur de ses propres errements et de la société désarticulée qu’il tente d’ériger depuis un quart de siècle dans un siècle dans notre pays.
Cest cela aussi, le facisme. Tout en monopolisant le pouvoir aux mains d’un individu, il s’arroge le droit, sans vergogne et sans honte aucune, de trouver un bouc émissaire aux malheurs du peuple qu’il écrase de son carcan et de son incapacité.

L’histoire récente de notre pays est remplie d’exemples de ministres, de hauts fonctionnaires, de grands cadres techniques et d’officiers supérieurs, adulés la veille et donnés en holocauste à des foules abusées et chauffées à blanc pour cacher la responsabilité du “guide”, sauvegarder son “infaillibilité” et maintenir son charisme ; déshonorés puis immolés à la vindicte, à l’indignation et à la révolte des populations que le dictateur mystifie par des discours haineux et moralisateurs répétés jusqu’à l’extase.

Je ne vous prendrai qu’un exemple parmi beaucoup d’autres mais qui montre comment Sékou Touré, responsable unique de la gestion du pays depuis un quart de siècle trouve périodiquement d’autres coupables à la faillite de cette gestion.

Au terme du plan triennal en 1964, la misère était totale en Guinée, la nourriture introuvable. Le peuple, mobilisé, inventorié, sectorialisé et quadrillé depuis six ans se retrouvait face à une administration déjà déliquescente sinon totalement inexistante, des agents omnipotents du Parti et de l’Etat, qui avaient institutionnalisé le trafic et le népotisme.
Devant la grogne populaire, Sékou Touré désigna d’autres responsables, renforça le secteur étatique au détriment de toute initiative privée et édicta sa fameuse loi-cadre du 8 novembre 1964 qui marque l’une des étapes les plus noires de la descente aux enfers de notre pays. Une loi dont les douze points devaient être “le bréviaire du parfait militant” et avaient pour but de mettre définitivement en selle un régime en péril. Sékou Touré profita du désarroi des populations pour démasquer un ennemi imaginaire : “L’opportunisme, le racisme, l’exploitation et l’oppression deviennent les caractéristiques des rapports entre certains dirigeants indignes et nos masses laborieuses.”
Pour lui, les responsables de la catastrophe nationale étaient “certains éléments féodaux, les réactionnaires non reconvertis à la morale révolutionnaire qui se recrutent parmi les commerçants et les responsables politiques et administratifs… hauts fonctionnaires, directeurs et employés des sociétés et des entreprises d’état, les membres dirigeants des Comités, des sections, des fédérations qui se livraient au trafic”.

L’occasion lui était ainsi donnée de dénoncer un autre complot fabriqué de toutes pièces, d’immoler à ses foules quelques hauts cadres du Parti et de l’Etat et d’arrêter une masse innombrable de pauvres citoyens.

« En se rénovant, dira-t-il, notre Parti entend redevenir le Parti des incorruptibles. »

Dix-sept ans après, en novembre 1981, Sékou Touré est au pouvoir depuis près d’un quart de siècle. Le “Parti des incorruptibles” est devenu Parti-Etat. Sékou Touré est devenu “le stratège suprême”, le “guide”, “l’infaillible soleil de nos destinées”. Il garde une main de fer souillée de sang sur le pays. Il a informé, formé et réformé à loisir. Il a arrêté, torturé et assassiné à souhait. Il emprisonne à volonté, légifère sans partage ; fait et défait les fortunes de chacun et de tous à travers un parti et un Etat tout à sa dévotion.

Il a liquidé, dans le sang et dans les larmes “l’ennemi intérieur”, des hommes fidèles parmi les fidèles. Il contrôle le pays, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. L’ennemi extérieur, “l’impérialisme et ses agents”, les “apatrides guinéens et leurs maîtres”, sont cloués au pilori par une propagande haineuse et une diplomatie aussi mesquine qu’incapable.

Pendant quinze ans le responsable suprême a analysé, restructuré, supprimé ou radicalisé comme il le voulait. En un mot, dix-sept ans après l’échec, puis les décisions de 1964, le pays, plus que jamais à la botte du tyran, est encore au bord de l’abîme.
Que dit-il pour expliquer une fois de plus nos malheurs ?  Quelle catégorie désigne-t-il à la vindicte des populations ?
“Des anti-guinéens agissant tant à partir d’un certain pays européen (sous-entendez la France) que certains pays l africains (la Côte-d’Ivoire et le Sénégal).” Il en appelle une fois encore à la lutte pour “la vraie indépendance du peuple guinéen contre le colonialisme et le néocolonialisme” et à “la liquidation systématique des fléaux sociaux que constituent l’alcoolisme, la drogue, la dépravation, la corruption”.

Après un quart de siècle de pouvoir, si Sékou Touré n’a réussi à régler aucun des problèmes guinéens, il a fini, de son propre aveu, par plonger notre pays dans la drogue, la corruption et à faire des Guinéens un peuple de dépravés.

Aux mêmes causes, les mêmes effets. La Guinée, en 1981, dérivait toujours. Après la débacle de notre agriculture, littéralement laissée en jachère, la main-mise sans partage des trusts et des multinationales sur nos ressources minières, la dixième Conférence Economique Nationale venait de décider la mise à mort de l’O.C.O.F.I. (Office de Coordination Financière de l’Industrie), monstre créé tambour battant sur les cendres d’autres monstres bureaucratiques, et qui avait été présenté comme la suprême trouvaille pour sortir le pays du marasme.

L’économie guinéenne a été cotée à 262 dollars par habitant avec un taux d’accroissement négatif à la conférence des Pays les Moins Avancés (PMA) à Paris.

Ramenés au nombre d’habitants et au potentiel de notre pays, ces chiffres plaçaient la Guinée parmi les sept pays les moins développés du monde.

Devant ce gâchis général dans lequel se débattait notre pays, l’indifférence et le discrédit qu’il suscitait partout, son absence de toutes les concertations africaines et internationales, Sékou Touré n’a pas trouvé mieux que de dénoncer “les cadres véreux du Parti-Etat”, sa société de délinquants et la crise de moralité qui sont le fruit exclusif de son régime et de déclencher une nouvelle chasse à l’homme pour mieux se faire plébisciter pour un quatrième septennat, après avoir rempli une fois de plus ses geôles de citoyens innocents.

Monsieur le Président,
Il apparaît tous les jours, depuis toujours que l’anti-impérialisme de Sékou Touré n’est qu’un bluff. Il ne continue à l’évoquer que comme un évangile destiné à maintenir son charisme et une image fanée d’homme de gauche, qu’un fascisme camoufflé sous un pseudo-socialisme, a depuis longtemps estompée puis effacée.

Il est grand temps que l’on se rende compte de ce que Sékou Touré représente.
Il est temps que l’empire de désolation et de misère qu’il couve depuis un quart de siècle soit exorcisé. Il est temps que son pseudo-socialisme fait de haine, de démagogie et d’insolence soit dénoncé comme le cancer qu’il représente désormais au coeur de cette Afrique de l’Ouest qui n’aspire qu’à vivre en paix.

Nous craignons aussi que les générations qui ont grandi entre ses griffes n’aient été définitivement étouffées par sa politique obscurantiste. Nous craignons qu’elles ne sachent plus ce que sont la démocratie, la dignité et la liberté.
Nous craignons que cette jeunesse ne grandisse comme le sous-produit de son régime autarcique, sectaire et totalitaire et n’ignore à jamais les notions élémentaires d’humanisme et d’universalisme, qui caractérisent le vrai socialisme.
Nous craignons que la haine et les oeillères mises à leur éducation ne leur permettent plus l’ouverture aux valeurs réelles de la science et de la technologie.

Nous craignons enfin que Sékou Touré n’atteigne son objectif inavoué de perpétuer la balkanisation linguistique et la perversion des moeurs dans notre pays, et fasse des Guinéens des débiles intellectuels et des irresponsables à la remorque du reste de l’Afrique.

Nous craignons que tout cela n’arrive derrière la fumée d’un socialisme et d’un anti-impérialisme qui ne sont que les masques d’un régime de dictature caractérisée dans un pays ruiné.

Notes
1. Il s’agit en particulier des complexes miniers de la bauxite, dont :

  • la bauxite de Fria, depuis 1957, usine d’Alumine de Kimbo, Compagnie internationale pour la production d’Alumine. Association de f Élat guinéen (49 %)avec un consortium de
    sociétés occidentales Frialco (51%), dont les membres sont ; Noranda Aluminium (Canada), Aluminium Pechiney (France), British Aluminium, Alusuisseet V. Aluminium Werke (R.F.A.)
  • une voie ferrée de 145 km sur Conakry
  • La Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), depuis 1973 associant l’OFAB (Etat guinéen avec 49 %) et le Consortium des sociétés occidentales Halco (51 %) comprenant Alcam (Canada), Alcoa, Martin Marietta (Etats-Unis), PUK (France), V. Aluminium Werke (R.F.A.) et Alumetal (Italie)
  • 138 km de voie ferrée jusqu’à Kamsar
  • 8.000.000 de tonnes de bauxite par an
  • L’Office de Bauxites de Kindia (Débélé) Société de  droit guinéen. En fait financé par l’U.R.S.S. 98 km de voie ferrée jusqu’à Conakry. Commencée en 1974, production de 250.000 tonnes par an de bauxite. 90% de cette production va en U.R.S.S. pour amortir la dette guinéenne envers ce pays.
    2. Jean-Claude Pomonti, “La Guinée assagie” et “Dictateur au nom du peuple”. Le Monde,  7 et 8 juillet 1982.
    3. Yves Béheret, envoyé spécial à Conakry. Le Figaro, 25 juin 1982.

Chapitre précédent :  Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

A suivre

Sékou Touré : Droits violés, démocratie pervertie

Scène de torture au Camp Boiro, années 1970-72. Source: Association AVRE (Aide aux Victimes de la Répression en Exil)
Scène de torture au Camp Boiro, années 1970-72. Source: Association AVRE (Aide aux Victimes de la Répression en Exil)

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime

Cette livraison contient le 6e chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. La publication réfletait l’opinion de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, opposées au rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.

Alpha Condé, le candidat du R.P.G. à l’élection présidentielle de 2010 avait proclamé son intention de prendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée, c’est-à-dire un pays de jungle qui gémit sous la loi de la force, et qui ignore la force de la loi. Après un  second tour truqué, abitrairement et illégalement différé, il s’est fait  “démocratiquement élire” président. Depuis lors, il a tenu parole. Et le bilan, passé et présent, de sa gouvernance est éloquent. Il se réduit à une tentative délibérée — mais vaine — de replonger le pays dans “la dictature caractérisée” (L.S. Senghor) de Sékou Touré. Qu’on en juge : la violence verbale, physique et létale, l’attaque planifiée par lui-même contre sa résidence en 2011, le déni de justice et le procès téléguidé du Général Nouhou Thiam et de ses co-accusés — sans oublier ceux qui sont morts de torture —, l’autocratie, le culte de la personne, l’obsession minière, la négligence de l’agriculture, de la santé et de l’éducation, le népotisme, la coterie para- ou pseudo-conjugale, la médiocrité, l’incompétence, la mendicité étatisée, la corruption, la criminalité, l’insécurité, les rançonnements routiers, l’impunité, etc.
Plus de cent citoyens ont violemment péri dans des manifestations publiques pacifiques. Banalisés, les attentats et les assassinats sont monnaie courante. En voici une liste partielle :

  1. Aissatou Boiro, Directrice nationale du Trésor, assassinée en novembre 2012 à Conakry
  2. Amadou Oury Diallo, chef du protocole motorisé de l’UFDG, assassiné le 19 septembre 2014 à Conakry
  3. Thierno Aliou Diaouné, ministre dans la Transition de 1010, assassiné en février 2015 à Conakry
  4. Mohamed Ghussein, cadre des finances
  5. Chérif Diallo, journaliste, disparu depuis juillet 2105
  6. Elhadj Mohamed Diallo, journaliste, tué en février 2016

Note. A l’exception de M. Ghussein — dont le père ou l’oncle fut fusillé au Camp Boiro en 1971 — les cinq autres victimes sont Fulɓe-Halpular. Ce n’est pas là un fait du hasard.

En toute impunité ! Face à un système judiciaire inféodé à la volonté cynique du chef de l’Etat. Rédigé en 1982, le titre de ce chapitre va comme un gant, et son contenu s’applique à la lettre, au régime du “Professeur” Condé.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

« Si on veut avoir une politique efficace, il faut s’en tenir aux droits élémentaires de l’homme :droits de ne pas être assassiné, de ne pas être torturé, de ne pas être soumis à la question, de ne pas disparaître, d’avoir la liberté d’aller et venir…
Pour la Guinée, entre autres, il est certain que la violation permanente des Droits de l’Homme, entrave la reprise des relations. »
Jean-Pierre Cot, Ministre de la Coopération et du Développement. Jeune Afrique, n° 1126 du 4-08-1982.

Vous savez, Monsieur le Président, que depuis le 2 octobre 1958, date d’accession à l’indépendance de notre pays, près de trois millions de Guinéens ont tout abandonné, famille, titres, meubles, immeubles, biens divers et souvenirs pour fuir le camp d’oppression et de tyrannie qu’est devenue la Guinée. Ils ont tout abandonné sauf l’espoir de leur retour sur la terre natale. Car Sékou Touré a fini par transformer le pays en un vaste champ clos pour ses crimes, en un camp de concentration où la plus élémentaire des libertés humaines est abolie et où la violation flagrante de la constitution est quotidienne.

Aisaatou Boiro, directrice nationale du Trésor, assassinée le 9 septembre 2012 à Conakry
Aisaatou Boiro, directrice nationale du Trésor, assassinée le 9 septembre 2012 à Conakry

Le 10 novembre 1958, a été promulguée une constitution qui a été révisée en octobre 1961. Sans être un modèle du genre, elle reconnaissait aux citoyens toutes les libertés fondamentales.
Après son élection pour un quatrième septennat le 9 mai 1982, Sékou Touré a fait adopter une deuxième constitution qui n’est rien d’autre que les statuts du Parti Démocratique de Guinée, parti unique au pouvoir.
Après l’accession de notre pays à l’indépendance, Sékou Touré n’a eu qu’une hâte, anéantir les prérogatives de l’État pour l’abatre au profit d’un Parti tout puissant. Cette tendance au pouvoir absolu remonte aux débuts de son action politique.
En 1957, lorsqu’il n’avait qu’une infime parcelle de son pouvoir d’aujourd’hui, voici ce que lui écrivaient les responsables de la section de Mamou 1 de son parti unique, sous la signature de ses compagnons Pleah Koniba et Sékou Camara, disparu depuis dans sa trappe mortelle :

« L’élément principal de notre victoire (aux élections à l’Assemblée Territoriale) a été et reste notre foi inébranlable. La flamme de cette foi de l’amour du pays doit être maintenue en n’instituant pas une dictature au sommet, par la participation des organismes du parti aux décisions de celui-ci. » 2

La section de Mamou vola en éclats. Ses membres furent menacés et dispersés à travers le pays, après que Sékou Touré les eut remplacés par des hommes à sa botte. Ses amis l’avaient déjà classé comme un “dictateur au sommet”. Cétait mal le connaître que de lui dire certaines vérités malgré ses professions de foi réitérées.

Lire R.W. Johnson. “The Parti Démocratique de Guinée and the Mamou ‘deviation’”
— T.S. Bah

Un autre de ses compagnons fera la triste expérience de “la critique ouverte” plus de dix ans après ; le malheureux Magassouba Moriba, qui sera assassiné honteusement en janvier 1971 .

Tierno Aliou Diaouné, ancien ministre, assassiné le 6 février 2015 à Conakry.
Tierno Aliou Diaouné, ancien ministre, assassiné le 6 février 2015 à Conakry.

Monsieur le Président, je vous ai montré la valeur que Sékou Touré accorde à l’individu dans son système de gouvernement par le complot.

Ce sont ses propres amis américains, qui, révoltés par ses méthodes, ont démystifié son régime devant la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et l’O.N.U. Voici ce que disent en particulier quatre anciens ambassadeurs des U.S.A., en Guinée sur ce régime qu’ils connaissent bien :

« … Parmi les droits de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui ont été et sont encore violés d’une manière abusive en Guinée, et sur lesquels des preuves ont été réunies, nous avons :

  • Le droit à toute personne d’être libre et en sécurité et de ne pas être arrêtée, détenue ou exilée arbitrairement …
  • Le droit d’être considéré comme un être humain devant la loi, droit à un procès juste et public par un tribunal indépendant et impartial, pour déterminer ses droits et ses obligations et toutes accusations criminelles portées contre lui.
  • Le droit, quand il est accusé d’un délit criminel, d’être présumé innocent jusqu’à ce qu’on le prouve coupable selon la loi prescrite dans un procès public pour lequel il a obtenu routes les garanties nécessaires à sa défense.
  • Le droit à un effectif dédommagement des actes visant les droits fondamentaux qui lui ont été accordés par la constitution et par la loi …
  • Le droit de ne pas être soumis à un traitement ou châtiment cruel, inhumain ou dégradant…
  • Le droit de ne pas subir la discrimination raciale et la discrimination fondée sur l’origine nationale…
  • Le droit de protéger sa vie privée, sa famille, son foyer et sa correspondance contre toute ingérence arbitraire et contre toute atteinte à son honneur et à sa réputation…
  • Le droit d’entrer et de sortir du territoire, le droit à jouir de sa nationalité et le droit de ne pas en être privé…
  • Le droit de ne pas être dépossédé de ses biens…
  • La mère et l’enfant ont droit à une assistance et à des soins particuliers…

En conclusion, le tribut de la souffrance humaine dû au meurtre, à la torture, à la famine, au racisme et à la séparation des familles est inestimable, les organes des Nations Unies sur les Droits de l’Homme, sont l’unique recours pour arrêter les crimes perpétrés contre les Guinéens dans les prisons des Camps Boiro, Kindia et autres à travers la Guinée. C’est leur dernier espoir de croire qu’ils n’ont pas été abandonnés par l’humanité et que leur appel à la justice ne sera pas étouffé par la règle de la terreur instaurée par Sékou Touré. »

Lire le Mémorandum des quatre premiers ambassadeurs Américains en Guinée au Secrétaire général de l’ONU.
— T.S. Bah

Chérif Diallo, journaliste-reporter d'Espace TV, porté disparu à Conakry depuis le 23 juillet 2015
Chérif Diallo, journaliste-reporter d’Espace TV, porté disparu à Conakry depuis le 23 juillet 2015

Quand on sait que les auteurs de ce rapport sont des Américains qui ont été au service de Sékou Touré et de leur pays, on comprend le poids de telles accusations. C’était en juin 1977.
En octobre et décembre 1971, puis en janvier 1972, la Commission Internationale de juristes a dénoncé ce qu’elle a appelé en termes très mesurés “l’effondrement de la légalité en Guinée”, à propos de la suppression de la profession d’avocat en Guinée.

A la suite de la condamnation de son régime par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et de la transmission par cette même ligue au Secrétaire Général des Nations Unies, le 8 juin 1977, du dossier des violations flagrantes des Droits de l’Homme et des libertés humaines fondamentales en Guinée, quelles contre-preuves, quelles explications, ou quels démentis Sékou Touré a-t-il apportés jusqu’à ce jour, en dehors des déclarations récriminatoires de ses émissaires, l’insolence et l’hystérie caractérisées de ses propres réactions.

Elhadj Mohamed Diallo, journaliste
Elhadj Mohamed Diallo, journaliste

Des preuves ont été réunies, tant par les Guinéens eux-mêmes que par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et Amnesty International, pour dire quels droits sont violés par Sékou Touré.

Vous le savez bien, Monsieur le Président, puisque c’est au cours de la préparation du Congrès de votre Parti en juin 1977 à Nantes que le dossier des Guinéens sur les violations des Droit de l’Homme dans leur pays vous a été remis.

Craignant la condamnation qui allait s’en suivre par vous et vos amis, Sékou Touré, très opportuniste comme toujours, a déclenché une vaste campagne de mensonges et de calomnies pour proprement noyer le poisson. Cet épisode récent de vos relations que brièvement par ailleurs fini par vous convaincre, si cela était encore nécessaire, du caractère véritable de ce régime.

Sékou Touré vient de faire une fois de plus la preuve de son
indifférence à l’égard de notre peuple et de l’opinion internationale en institutionnalisant son pouvoir personnel dans une constitution nouvelle qui est abusive et scandaleuse.

Si la première constitution de notre pays, malgré la hâte apportée à la faire et les lacunes qu’elle comportait, accordait en principe les libertés civiles, politiques et syndicales ou encore les droits économiques et sociaux aux citoyens, la deuxième constitution entérine et légalise tous les abus du pouvoir personnel. Elle impose le statut du Parti de Sékou comme constitution à notre peuple ; elle officialise l’abrogation de la démocratie et des libertés, étrangle notre peuple dans Je carcan du Parti de Sékou Touré et l’étouffe dans le labyrinthe bureaucratique de son Etat.

Sékou Touré s’est ainsi fabriqué une constitution sur mesure en intégrant définitivement l’Etat guinéen à son Parti privant ainsi le citoyen guinéen de toute initiative. Ce faisant, il a érigé en institution une réalité que l’opinion nationale et internationale ne cesse de dénoncer depuis deux décennies.

C’est dire sa désinvolture devant les critiques et les récriminations contre son régime.

C’est dire aussi le manque de sérieux d’un homme qui n’a jamais respecté ses engagements et qui se ne préoccupe que de la consolidation de son pouvoir personnel, au moment même où tout laissait croire à un assouplissement du régime, et où vos propres efforts tendaient au rétablissement de relations normales entre la France et la Guinée.

Monsieur le Président, notre dénonciation de Sékou Touré sur le plan des droits de l’homme ne peut laisser personne indifférent. Surtout pas l’opinion française, dont le nouveau pouvoir s’est exprimé sans détour par la voix de votre Premier Ministre Pierre Mauroy, le 8 juillet 1981, devant l’Assemblee Nationale :

« Dictatures, oppressions restent la règle dans de vastes contrées du globe. La France ne restera pas sourde aux cris des hommes baillonnés. Elle luttera pour que tombent les chaînes. »

A la veille de votre récent voyage en Afrique, votre Ministre Jean-Pierre Cot a précisé :

« En matière de droit de l’homme, il y a le respect des droits fondamentaux : de vivre, d’aller et de venir, de ne pas être soumis à la torture… Là-dessus nous sommes intransigeant. »

Au mois d’août, il a précisé votre point de vue sur la Guinée dans une interview que je rapporte par ailleurs.

Nous connaissons votre sensibilité, celle de vos amis politiques et celle des Français sur ces droits dont la conquête et la sauvegarde ont fait l’objet des batailles et des plus grands sacrifices des Français, et dont les hauts faits remplissent toutes les pages de l’Histoire de votre pays.

La France du Général de Gaulle a traité la Guinée de Sékou Touré avec hauteur et mépris. Celle de Pompidou a réalisé ce qu’elle représentait comme danger, mais n’a pu agir. La France de Giscard d’Estaing a, par orgueil, remis Sékou Touré en selle contre l’opinion guinéenne. Elle en a été pour ses frais au moment où elle allait commettre la suprême insulte à notre peuple : pavoiser Paris aux couleurs du Dictateur guinéen.

La France socialiste d’aujourd’hui, la vôtre, Monsieur le Président Mitterrand, après tout ce qu’elle a dit qu’elle fera pour que triomphent la liberté, la justice et la démocratie en France et dans le monde ne peut, nous en sommes sûrs, cautionner aujourd’hui ce qu’elle condamnait et abhorrait hier.

Pour cette opinion là et pour l’opinion européenne dont le Parlement “a demandé au gouvernement guinéen de respecter sa promesse de libérer tous les détenus politiques”, des preuves irréfutables de la “violation permanente des droits de l’Homme en Guinée” existent et suffisent à condamner ce régime.

Pour ne prendre que cet exemple, à la France et aux Français, nous avons dit clairement que nos frères, époux de Françaises, avaient été tués par Sékou Touré. On ne nous a pas cru. On a préféré se réfugier derrière les mensonges de Sékou Touré. Il est ainsi apparu en janvier 1982 que Sékou Touré avait menti à Giscard d’Estaing en promettant de les libérer, qu’il a menti à Guy Penne, votre émissaire à Conakry, qu’il a menti aux Français et à la France. Il a surtout montré le peu de cas qu’il faisait de la vie humaine et de la morale qui régissent les rapports entre nations et la vie internationale.

Il vous appartient, Monsieur le Président, de demander des explications sur ces faits et sur tant d’autres. Au nom de tous les principes qui vous sont chers et au nom de notre peuple, nous savons que vous le ferez afin que les nouvelles relations que vous souhaitez avec notre peuple soient établies dans la clarté et en conformité avec toute votre action en faveur de l’Homme, de sa liberté et de la justice. Pour tout cela, nous affirmons que Sékou Touré ne peut être votre partenaire, ni le partenaire loyal de la France.

Quant à la démocratie qui caractériserait le régime guinéen, elle met son chef au-dessus de la mêlée ; le peuple est souverain à travers lui. Il décide pour lui et de lui. Le droit à la parole est devenu le devoir d’applaudir ; car ses succès à lui, il ne les mesure qu’à l’ampleur des applaudissements. Sa perversion a ravalé la démocratie au niveau des marches folkloriques et des innombrables meetings où les gens sont amenés par la force ; et où la claque est orchestrée par les mises en scène de ses interminables discours.

La justice qu’il a instituée au niveau des organismes de son parti n’est elle-même qu’une épouvantable caricature. Il est en effet trop facile de rassembler des individus, d’en faire des juges, de les haranguer, de les menacer et de les amener à s’associer à tous les crimes. Tous ces gens-là ne représentent rien à ses yeux. Il ne s’est encombré ni de formalités, ni de constitution pour arrêter, en juillet 1971 une grande partie de ces députés godillots qu’il fait et défait à loisir après les avoir accusés de tous les maux d’un pays pourtant à sa seule botte.

Monsieur le Président, Sékou Touré a cru consolider son pouvoir pour diriger indéfiniment le peuple de Guinée en anéantissant les élites traditionnelles de notre pays, les dirigeants militaires, religieux, intellectuels, sociaux et économiques.

Il a cru, Monsieur, qu’en employant la force brutale pour faire ployer le peuple et se débarrasser des cadres, il serait plus puissant. Il croit qu’en transformant les statuts de son parti en constitution de l’État, il immortalise son pouvoir. Mais il se trompe.

Prince de la terreur, de la délation et de la violence, il se donne l’impression d’être vénéré, d’être honoré alors qu’il est haï par notre peuple et universellement déconsidéré. Il est sur la voie de garage où l’ont mené ses pratiques inhumaines et sa barbarie à peine camouflée sous le masque ignoble d’un pouvoir totalitaire qu’il ose appeler démocratie ; et ses récriminations perpétuelles contre tous et tout.

Monsieur le Président Mitterrand, d’autres chefs, à travers le monde avaient habillé leur racisme, leur haine et leurs instincts sanguinaires du terme de démocratie et de socialisme national Vous savez ce qu’il en fut et comment ils finirent. Ils furent écrasés par la puissance irrésistible des forces démocratiques du monde entier. Car la soif de liberté et de justice des peuples ne peut être longtemps étouffée.

Le germe raciste et haineux que Sékou Touré a essayé de semer en Guinée ne poussera jamais. L’Afrique et le monde savent désormais ce que cachent ses cris, ses sermons décousus et ses allégeances fallacieuses à une prétendue démocratie.

Ne croyez pas un mot de ce qu’il vous dira. Il essayera de vous tromper vous qui l’avez vu naître à la politique. Il ne peut être votre partenaire, même si les intérêts de quelques Français vous le dictent ! Après avoir détruit notre pays, muselé notre peuple et dénaturé la démocratie à son seul profit, il veut se servir de vous et de la France comme nouveau tremplin à son pouvoir ; au mépris des intérêts de notre peuple et de ceux de la France.

Notes
1. Mamou : ville du centre de la Guinée.
2.  Lettre n° 126, RDA, sous-section Mamou, en date du 2 août 1957.

Chapitre précédent : Sékou Touré : le “complot” et le crime comme moyens de gouvernement

A suivre

The Butcher’s Trail. When Justice Wins!

I reprint here the Introduction (21 pages) and, next, Chapter 13 (“The Legacy”, 29 pages) of Julian Borges’ book entitled The Butcher’s Trail : how the search for Balkan war criminals became the world’s most successful manhunt. New York : Other Press, 2016. xxx, 400 pages : illustrations, maps.
That said, I encourage BlogGuinée’s visitors to get and read this work. It is a well-written account of a key episode in the permanent and worldwide struggle against dictatorship, human rights violations, genocide, war crimes and crimes against humanity. Readers beware! This book is neither casual nor trivial. It stands out asrather substantial and substantive. And it reads as a well-researched, organized and written contribution. It is, in sum, the fruitful labor of an inquisitive mind and an investigative journalist who (a) has great mastery of his native tongue, and (b) built up a detailed knowledge of his topic. Julian Borge’s admirable talent serves here a noble cause: the defense of truth through the quest for justice.
The author of The Butcher’s Trail remains focused and stays on topic. True, he makes cursory connections to related facts and events. However, he sticks to the former Yugoslavia, from 1995 to today. I thus selected the above mentioned section because they include references to Africa. These are just tidbits. However, the entries convey potent and relevant connotations; one points to Nelson Mandela, the other to the International Criminal Court.

Nelson Mandela
Contrary to Robert Mugabe, —his junior comrade— the late Madiba decided to leave active politics after just one term as the first elected president of post-Apartheid South Africa. Yet, in retirement he cast a shining light on his beloved country, his continent and on the entire planet. He still does so posthumously. For death has not dimmed his star. To the contrary, his name is enshrined in the pantheon of the greatest men and women in History. And his symbol as patriot and statesman lives on.

The ICC
Julian Borger joins the battle by shedding light on the history of this institution. He writes: “Slobodan Milošević, the Yugoslav president who became the first head of state to stand before an international tribunal for crimes perpetrated in a time of war.
This sentence debunks the claim that Western powers single out African dictators for investigation, indictment, prosecution and trial. It shatters the myth that the ICC targets only African presidents, or that the international community is engaged in a political and judicial witch hunt against African politicians. So, they seek to elude scrutiny and evade justice by plotting an Africa withdrawal from the ICC. In vain!

Read Rev. Desmond Tutu’s In Africa, Seeking a License to Kill.

The fact is that autocrats, presidents-for-life, tyrants, warlords, and potentates have plagued the continent since the independence series of the 1960s. The list of countries and culprits is tedious:  Rwanda (Juvénal Habiyarimana), Zaire/RDC (Mobutu), Kenya (Uhuru Kenyatta), Uganda (Idi Amin), Zimbabwe (Robert Mugabe), Somalia (Syad Bare), Sudan (Omar al-Bashir), Egypt (Hosni Mubarak), Tunisia (Zine El Abidine Ben Ali), Libya (Muammar Gaddafi), Algeria (Bouteflika), Mali (Moussa Konaté), Burkina Faso (Blaise Compaoré), Chad (Hissène Habré), Togo (Gnassingbé Eyadema), Ethiopia (Mengistu Haile Mariam), Eritrea (Isaias Afwerki), Gabon (Omar Bongo), Nigeria (Sani Abacha), Denis Sassou-Nguesso (Congo), CAR (Bokassa), Cameroon (Paul Biya), Equatorial Guinea (Teodoro Obiang Nguema Mbasogo), Liberia (Charles Taylor), Sierra Leone (Fode Sankon and the RUF), Gambia (Yahya Jammeh),  Côte d’Ivoire (Laurent Gbagbo), etc.

In Guinea, since 1958, the country’s five presidents (Sékou Touré, Lansana Conté, Moussa Dadis Camara, Sékouba Konaté, Alpha Condé) sadly belong all in the same category of ruthless predators.

Reconciliation: a code word for impunity
Guinea’s current president, Alpha Condé, wants to sweep under the carpet the September 28, 2009 massacre of hundreds of civilians, followed by mass rapes. He refuses to let the judicial branch handle the trial of  the members of the military junta headed by former Captain Moussa Dadis Camara. Holding up the investigation, he plan to delay the court as long as he is president. To cover up his maneuvers he has propped up a puppet and sycophantic national commission of truth and reconciliation. Such extra-judicial efforts are cynical, misguided, wrong, vicious, and malevolent. They disregard totally the grievances and calls for justice by plaintiffs collectives that group survivors and family members of Guinea’s death camps and killing fields: Camp Boiro, Camp Keme Bourema, Mont Kakoulima, Mont Gangan, etc. M. Condé’s reconciliation slogan is simply a code word for impunity.
But The Butcher’s Trail tells us that the commitment for justice is tireless and  permanent. It must go on everywhere, in Guinea and elsewhere around the globe.
Note. I have embedded the audio file of Julian Borger’s interview by Scott Simon on National National Public Radio (Washington, DC), Weekend Edition, dated Saturday March 26, 2016. The conversation focuses on the trial of Bosnian war criminal Radovan Karodzic which ended that week in The Hague. The transcript is appended to the mp3 document.
Tierno S. Bah


The butcher's trail : how the search for Balkan war criminals became the world's most successful manhunt

Introduction

« The gripping, untold story of The International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia and how the perpetrators of Balkan war crimes were captured by the most successful manhunt in history. Written with a thrilling narrative pull, The Butcher’s Trail chronicles the pursuit and capture of the Balkan war criminals indicted by the International Criminal Tribunal in The Hague. Borger recounts how Radovan Karadžić and Ratko Mladić—both now on trial in The Hague—were finally tracked down, and describes the intrigue behind the arrest of Slobodan Milošević, the Yugoslav president who became the first head of state to stand before an international tribunal for crimes perpetrated in a time of war. Based on interviews with former special forces soldiers, intelligence officials, and investigators from a dozen countries–most speaking about their involvement for the first time–this book reconstructs a fourteen-year manhunt carried out almost entirely in secret. Indicting the worst war criminals that Europe had known since the Nazi era, the ICTY ultimately accounted for all 161 suspects on its wanted list, a feat never before achieved in political and military history. »

The Echo of Nuremberg

“The Security Council thought we would never become operational. We had no budget. We had nothing. Zero.”
—Antonio Cassese, first president of the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia

Julian Borge
Julian Borge

The trail came to a halt in a forest clearing. A man emerged from the trees at the agreed time, but the friend he had come to meet was nowhere to be seen. The man waited, feeling increasingly out of place. It was a burning hot day in late July, and he was flabby and pale from years spent in colder climes.
He regretted having come home, but he had no real choice. By the summer of 2011, the man had spent seven years as a fugitive, most recently in Russia, and was out of money. The only people on earth prepared to help him were here, in Serbia, where he could surely still count on a handful of true believers from the old days of national struggle. But where were they now?
As the appointed hour came and went, the only sounds in the forest were birdsong and the wind in the leaves. But the man was not alone. All along the path as it wound through the trees, he had been watched intently. As he emerged into the clearing, the illusion of solitude lasted just a few more moments before exploding with shouts and a blur of movement. In an instant, there were men all around him in white T-shirts and black knitted masks, pointing guns, gripping him by the wrists and shoulders.
One of the men, a police officer, began a recitation: “Goran Hadžić, we are arresting you …”
It was a name that had scarcely been heard for years. Even its owner had stopped using it, in favor of a string of aliases. But two decades earlier, Goran Hadžić had been a name to reckon with in this corner of the Balkans. He had been a president, albeit of a trumped-up little statelet with jagged edges—a bite taken out of one reborn country, Croatia, to be chewed and swallowed by another, Serbia, its covetous neighbor.
When the exhausted federal experiment that was Yugoslavia collapsed, its constituent republics were left to fight over its corpse. Serbia was the biggest and most predatory, spurred on by the most ruthless leader. Slobodan Milošević truly was a man for all seasons—a Socialist turned banker turned nationalist despot and unflinching war criminal. His preference was for a Serb-dominated Yugoslavia, but if he could not have that, he would carve out a Greater Serbia at the expense of his neighbors.
Hadžić was Milošević’s puppet, but the sort of puppet that belongs in a horror film, a bloodied ventriloquist’s dummy. He helped preside over the first large-scale slaughter of innocent civilians in Europe since the Nazi era. From August to November 1991, the early days of Yugoslavia’s dismemberment, the baroque Croatian town of Vukovar, which had sat comfortably by the Danube for centuries, was razed to the ground by Serb artillery.
Once the town had fallen, some three hundred Croat men and teenage boys, many of them wounded, were taken from a hospital to a nearby farm where they were beaten and tortured by Serb soldiers and paramilitary volunteers serving with the Yugoslav army. They were driven away at night in trucks, ten to twenty at a time, taken to a wooded ravine, and executed. Only a handful escaped. In all, 263 men and boys were killed, the youngest aged sixteen. There was also one woman among the victims. Their bodies were dumped in a mass grave and covered by a bulldozer.

In Western capitals, it seemed beyond comprehension that wholesale slaughter was being committed once more in the heart of Europe. In the early nineties, it was a continent preoccupied with harmonizing food safety standards and the many other intricate chores of building a closer union. The dark past, two generations earlier, was buried under layer upon layer of democracy, diplomacy, and bureaucracy, or so it seemed from Brussels. The return of mass murder was deeply shocking. An entire town was pulverized, and its surviving Croats and minorities driven out with the goal of creating a swath of territory that would be home only to Serbs.
The process was called “ethnic cleansing,” a turn of phrase beyond George Orwell’s darkest satire. Like all the most effective propaganda, it worked by inversion. It took an act that was inherently dirty and gore-spattered and made it sound like a salutary rite of purification. It was a “cleansing” that left a permanent stain on everyone and everything it touched.
The “purified” mini-state was named the Republic of Serbian Krajina (Republika Srpska Krajina, or RSK), and Hadžić became its despot. He was thirty-three years old, a former warehouseman for an agro-industrial company in Vukovar who had been a leading light in the local League of Communists in his youth. He was picked for the role of the RSK’s warlord because he had made the same ideological swerve to nationalism as Milošević. He had plenty of ambition and no evident scruples. He was perfect.

Twenty years on, Hadžić was isolated and abandoned. His realm, the RSK, had been swept away, and Milošević had been dead for more than five years. In an effort to help him make ends meet, one of Hadžić’s childhood friends tried to sell a plundered artwork, but the intended favor only helped corner him. It was a painting attributed to the Italian artist Amedeo Modigliani, taken as booty during the Croatian war. The art market was awash with such looted treasure, real and fake, but it was also thick with informers and spies. The French external intelligence service, the General Directorate for External Security (Direction Générale de la Sécurité Extérieure, or DGSE), had a particularly strong presence. One of its officers was even given a special award for extended service undercover in the Balkan art world 1. The French alerted Serbian intelligence, who monitored Hadžić’s friend and set a trap. In the wooded hills of Fruška Gora National Park near the Serbian-Croatian border, he was cornered and captured like the last grizzled specimen of a once ferocious breed.

The masked policemen turned him toward a camera to capture the moment. Surprise had given way to realization and resentment on Hadžić’s hangdog face. By now he was fifty-two years old. The warrior’s beard was gone, leaving a graying mustache and sagging jowls. The only familiar features left from his glory days were the angry eyes and the sneer, which once looked at home with his camouflage fatigues but now jarred with the baby-blue T-shirt he had chosen for his meeting.

The pathetic scene at the end of the forest trail marked the culmination of a long and extraordinary history. Hadžić was the last fugitive to be caught in a fifteen-year manhunt, involving the pursuit, arrest, or surrender of all those indicted for war crimes, crimes against humanity, and genocide by a special court created by the United Nations in The Hague, the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia (ICTY).

The ICTY, or the Hague Tribunal as it came to be popularly known, was established in 1993 as an experiment in international justice. It was the first time in the history of conflict that a truly global court had been created to pursue war criminals. It embodied the conviction that a universal sense of humanity could and should be upheld in the face of mass atrocities, transcending national jurisdiction.

The dramatic landmark trials at The Hague have been the subject of several books and countless articles. But those trials would never have taken place if the defendants had not been tracked down, arrested, and brought to court. That pursuit itself was a historic achievement. It took a very long time, but by 2011 all 161 people on the ICTY list of indictees faced justice one way or another. Former prison camp guards and ex-presidents all stood before the same tribunal. More than half the suspects were tracked down and captured. Others gave themselves up rather than lie awake every night wondering whether masked, armed men were about to storm into their bedroom. Two committed suicide. Others decided they would rather die in a blaze of gunfire and explosives than be taken alive. Two of them got their wish.

The individuals and agencies who pursued the suspects were many and various, but most did their work in the shadows, their successes never acknowledged. This account is based on interviews with more than two hundred of these people—former soldiers, intelligence officials, investigators, data analysts, diplomats, and officials from a dozen nations who were directly involved in the manhunt, most of them speaking about their actions for the first time. A majority agreed to talk only on the promise of anonymity, as the arrest operations are still classified in their home countries. Part of the narrative is also based on a trove of previously secret British government documents, declassified by the Foreign and Commonwealth Office in response to a request under the Freedom of Information Act.

Special forces from six countries took part in the hunt, the biggest special operations deployment anywhere in the world before 9/11. Polish commandos made history by becoming the first soldiers to carry out an arrest on behalf of the tribunal—to the surprise of many, including their own government. Britain’s Special Air Service (SAS), who carried out NATO’s first manhunting missions in Bosnia, brought techniques learned in Northern Ireland. The participation of a newly formed German special forces unit in an arrest operation, at the cost of some serious injuries, marked the first time that country’s soldiers had gone into action since 1945. And the skills acquired in the Balkan manhunt by America’s elite soldiers in Delta Force and SEAL Team Six would soon be applied to the looming war on terror and to another manhunt—for Osama bin Laden and al-Qaida’s leaders.

An alphabet soup of Western spy agencies, including the CIA, NSA, Britain’s MI6 and GCHQ (Government Communications Headquarters), and France’s DGSE, conducted a parallel manhunt in the shadows with varying degrees of success. Despite the millions spent, none proved as effective as a small, secretive tracking unit inside the Hague Tribunal, which hugely enhanced the clout of the once-derided court.

From time to time, this multinational array of soldiers, spies, and sleuths acted in concert, following a trail that led from the Balkans west to the Canary Islands and Buenos Aires, and east as far as St. Petersburg and the Black Sea resort of Sochi. Just as often, they tripped over one another in their pursuit of conflicting national and institutional interests. That helps explain why the manhunt took so long 2. The story of the manhunt’s success contains within it many stories of failure. To survivors and families of victims waiting for justice, it did not feel like a triumph at the time. It is only now, when it is all over, that it stands out. There has been nothing quite like it in history.

The ICTY did not just complete its mission, rare enough for a UN operation and all the more striking in view of the patchy and ambivalent support it received from the major powers. The relentless pursuit of the indictees also made legal history. It led to the arrest and trial of Milošević, the first sitting head of state ever to be charged with war crimes by an international court. At the time of writing, the two men who presided over the worst of the atrocities in Bosnia—Radovan Karadžić, the Bosnian Serbs’ political leader, and his military commander, Ratko Mladić—are on trial for genocide, war crimes, and crimes against humanity. The trail of blood was followed, not just to the immediate perpetrators of the mass atrocities but all the way to the orchestrators, the master butchers themselves.

Along the way, the ICTY defined mass rape for the first time as a crime against humanity in international law, as a result of atrocities committed by Bosnian Serb forces in the town of Foča. It was a legal breakthrough that would have meant little without the actions of German and French special forces, who tracked down the rapists and brought them to The Hague.

Before the ICTY’s creation, there was no institutional framework for judging war crimes and crimes against humanity. There was an attempt to put Napoleon Bonaparte’s commanders on trial for treason in 1815, but the effort collapsed. More than a century later, the British government sought to prosecute Kaiser Wilhelm for war crimes but failed to persuade Holland, where the Kaiser had taken refuge, to hand him over 3.

After the Second World War, the question loomed once more of what to do with leaders, officials, and soldiers responsible for mass atrocities, and it was by no means inevitable they would be put on trial. Winston Churchill, Joseph Stalin, and Franklin Delano Roosevelt initially approved a plan for summary executions of top Nazis, lest their survival help rally their followers 4. The trials in the ruined city of Nuremberg were something of a lastminute decision.

Meanwhile, in Tokyo a parallel tribunal was established for Japanese war crimes suspects, but Emperor Hirohito and members of the imperial family were exempted. Neither Tokyo nor Nuremberg succeeded in drawing a line in human history, despite the hopeful mantra of “never again.” More than forty-five years later, mass murder returned to the modern, industrialized world.

Genocide and other mass atrocities challenge our idea of what it is to be human. The acts perpetrated against innocent victims are so grotesque and disturbing, we recoil from their contemplation. We prefer them to be either far away or long ago. When Yugoslavia began to fall apart, the rest of Europe started to distance itself, like neighbors of a dying household. Shutting their doors, they convinced themselves that if they looked the other way, they would never catch the disease. Western politicians diagnosed “ancient ethnic hatreds” let loose by the fall of Communism as the cause of the bloodshed 5. It was one of a litany of excuses for not getting involved, but it explained nothing.

The history of the ethnic communities that made up Yugoslavia had indeed been marked by sporadic bouts of violence but those eruptions had been interspersed by long periods of peaceful coexistence. The same could be said of most regions in Europe’s diverse and turbulent continent.
Yugoslavia marched into hell because its leaders took it there. When Communist dogma lost its already tenuous hold on people’s minds with the fall of the Iron Curtain, the more ideologically flexible and unscrupulous of the fading Communist elite, led by Milošević, switched to nationalism. The leaders packaged it as a new emotional certainty in the face of the chaos and fear left by the collapse of the old order. The challenges of converting a totalitarian state into a democracy, or turning a command economy into a free market, were waved away with colorful flags, hazy nostalgia, and folk music. Political power at the breakup of Yugoslavia depended on the ability to weave myths, wield arms, and manipulate reality.

No one was better at this than Milošević, but he was not alone. His Croatian counterpart was another rebranded Communist, the former Partisan officer turned nationalist Franjo Tudjman. In Bosnia and Herzegovina (a), Alija Izetbegović, a paler and frailer version of the national strongman, unfurled his party’s green flag and offered his people a sense of Muslim identity. It was a defensive nationalism, however. Bosnia’s Muslims generally did not nurse irredentist ambitions, but they were afraid that the revival of backward-looking nationalism among their neighbors would once more mark them as prey. Izetbegović was playing a dangerous game, waving a green banner with little to defend it.

His neighbors Milošević and Tudjman did not make the same mistake. As Yugoslavia collapsed, they armed their foot soldiers. Milošević had access to a near-bottomless arsenal thanks to Serb domination of the Yugoslav National Army (Jugoslavenska Narodna Armija, or JNA), once one of the largest militaries in Europe. The Croats took a smaller share of the JNA arms stockpile and as war approached they smuggled in weaponry to narrow the gap.

Milošević and Tudjman drew up maps expressing their dreams for a Greater Serbia and a Greater Croatia, aspirations that left little if any room for Bosnia. Neither of these despots regarded the Muslims—known as Bosniaks (b)—as a distinct ethnic group, viewing them respectively as renegade Serbs or Croats who had converted to Islam.

The new nationalist maps were clear and simple, filled with solid blocks of color. The reality of Yugoslavia on the other hand was uncommonly messy. It was pockmarked and spattered by more than a thousand years of human interaction, mingling Croats and Serbs with Illyrians, Romans, Goths, Asiatic Huns, Iranian Alans, and Avars.
The mix was stirred repeatedly by outside powers and rival empires—Roman, Frankish, Byzantine, Habsburg, and Ottoman—who scattered its constituent parts, occasionally adding new ingredients. Religion and ethnicity were intertwined throughout, creating both harmony and discord. The people of the western Balkans largely converted to Catholicism under the sway of the Franks and Habsburgs. Those in the east followed the Orthodox Christianity of Byzantium. Caught in between, many of the mountain people of central Bosnia converted to Islam after the Ottomans arrived from the east in the fifteenth century.

Mixing, migration, and intermarriage intensified during the two incarnations of Yugoslavia, as a monarchy in between the interwar period and as a Socialist federal republic after the Second World War. The mingling was made all the easier by the fact that the three biggest communities—Serbs, Croats, and Bosnian Muslims—shared a common language (c).

The result was a complicated country that looked nothing like the simple ethnic maps being circulated in the death throes of Yugoslavia. Making allowances for ethnic nuance would have robbed the nationalist message of its simplicity and power. Rather than change their maps, the nationalist leaders sought to force change on the flesh and blood of the region, creating ethnically pure territories, by terror when necessary. Whether they were nationalists or not, one community after another was confronted by the brutal violence unleashed by a deceptively simple question: Why should I be a minority in your country, when you could be a minority in mine? 6

Yugoslavia unraveled in a succession of increasingly ferocious wars. The first in Slovenia was little more than a prelude. After ten days of skirmishes with Slovene separatists in the early summer of 1991, the JNA withdrew. There were hardly any Serbs in the renegade republic, and Milošević let it go. He was conserving his strength for the next battle.

Croatia, which had a sizable Serb population (d), had declared independence on the same day as Slovenia. Milošević and Tudjman may have seen eye to eye on the division of Bosnia but they had very different maps of Croatia. Milošević wanted the Serb-inhabited area, the Krajina, for a Greater Serbia, while Tudjman’s map of Croatia was all one color. His independence constitution downgraded the new nation’s Serbs, about one in nine of the population, from a constituent people to one of many minorities. His rhetoric played into Milošević’s hands. Belgrade television had been stoking local Serb fears with reminders of what happened the last time Croatia had been officially independent. It had been a Nazi puppet state, run by the fascist Ustasha movement that committed genocide against Jews, Serbs, and Roma in Croatia and Bosnia. Memories of the death camps may have faded in Western Europe, but they were kept fresh in the Balkans by the propaganda of resurgent nationalism.

As soon as he was confident he had secured the Serb enclaves in Croatia, Milošević turned his attention to Bosnia. The techniques were the same. Proxies were armed, under the direction of Karadžić, a psychiatrist and poet from Sarajevo. In Bosnia, regular Yugoslav units simply swapped insignia and declared themselves to be the Bosnian Serb army, commanded by Mladić, a veteran JNA officer.

With Milošević’s support, Karadžić and Mladić would go on to oversee the ethnic cleansing of Serb territory, the siege of Sarajevo, and ultimately the massacre of Srebrenica. The embryonic Muslim-led army organized by Izetbegović was no match for Serb forces, and in 1993 it was forced to fight on two fronts when the Bosnian Croats, egged on by Tudjman, turned on their Bosniak neighbors.
An estimated twenty thousand people died in the Croatian war. About a hundred thousand were killed in Bosnia. The much higher death toll in Bosnia reflects its greater ethnic diversity—more territory to be cleansed—and the relative defenselessness of the Bosniak population. More than 80 percent of the civilians killed were Bosniak 7. Overall across the region, two civilians were killed for every three soldiers who died in battle. The whole conflict was characterized by random brutality. Psychopaths were made masters of the life and death of their former neighbors. Their barbarity was invariably sanctified by the nationalist leaders as self-defense against an enemy depicted in grotesque terms, as either Nazi Ustasha, wild-eyed Islamic fundamentalists, or Serb Chetnik  marauders (e).

The genocide of the Nazi era had set a precedent for mass killing that was never erased, only half buried under Tito’s slogan “Brotherhood and Unity.” Half a century later, the ghosts of Yugoslavia’s past arose and nationalism once more cut like a hacksaw through the human bonds that had held diverse communities together, unleashing murder. In the name of the nation, everything would be allowed.

The Serbs were by no means alone in committing mass atrocities. Croatia was also responsible for the ethnic cleansing of Serbs from its territory, as well as Muslims from the parts of Bosnia that Croatian nationalists coveted. The Muslim-led Bosnian army carried out serious crimes, running a small but appalling prison camp just southwest of Sarajevo, for example. The Kosovo Liberation Army carried out brutal reprisals against Serb civilians. Members of all these groups were brought before the ICTY for judgment. But Serbs were responsible for most of the mass atrocities and accordingly Serb names made up the majority of The Hague’s wanted list.

Faced with such an enormous moral challenge at a time of volcanic upheaval across the whole of Europe, Western leaders dithered. Neither they nor their armies were equipped doctrinally or intellectually to halt the Balkan atrocities in 1992. A newly united Europe failed its first great test. Its troops had rehearsed fighting as junior members of an alliance against a massed Warsaw Pact offensive on the German plains. They had not been trained to parachute into an ethnic conflict.

Meanwhile, the American military was still recovering from the trauma of Vietnam. Colin Powell, who was the chairman of the Joint Chiefs of Staff when Yugoslavia collapsed, had gone to fight in Indochina as a young officer and then spent much of his military career trying to ensure his country did not repeat the mistake. His eponymous doctrine stipulated that the United States should only go to war if it could deploy overwhelming force for clearly defined national interests with broad public support. Bosnia ticked between one and zero of those boxes.

On the campaign trail in 1992, Bill Clinton had promised to use American military might to stop the mass killing in Bosnia 8, but once he was in office that promise was quickly forgotten. The young president, who had avoided serving in Vietnam, did not have the confidence to take on the military.

Unwilling to intervene to stop the slaughter, the UN Security Council took two initiatives to try to mitigate it. It sent in peacekeepers to safeguard deliveries of humanitarian aid, and it established the ICTY to prosecute war crimes in the hope of deterring further atrocities.
Blue-helmeted UN troops were sent into the thick of the war, but they arrived shackled with restrictive rules of engagement that allowed them to open fire only to defend themselves, not to protect the civilian victims falling like mown grass around them. By escorting aid convoys, the UN Protection Force (UNPROFOR) could stop Bosnians from starving, but not from being shot or blown apart. They became passive witnesses to genocide. At times their compliance with Serb intimidation went to the very edges of complicity.

So when the UN Security Council gathered in February 1993 to vote the Hague Tribunal into life,a the global powers already owed a huge debt to the victims of Yugoslavia, and the rhetoric of the occasion made weighty promises of what the new court would achieve.
“There is an echo in this Chamber today,” declared Madeleine Albright, the American envoy to the UN and a former refugee from genocide herself. “The Nuremberg Principles have been reaffirmed … this will be no victors’ tribunal. The only victor that will prevail in this endeavor is the truth.”9

In reality, the court came into being as an exercise in penance and distraction, the unstable product of high ideals and low politics. For the world powers at the UN Security Council it was a gesture toward justice in lieu of military intervention. The mass atrocities would not be prevented, but they would be judged after the victims were dead. This is how the ICTY was born: as a substitute. It represented the promise of justice tomorrow in place of salvation today for the people of Yugoslavia.
Most of the nations who brought this new judicial creature into being had no expectation that it would ever function properly. It was initially so short of money it could not afford to lease a court building, and it took eighteen months to find a chief prosecutor. No one of the right caliber wanted to do the job. The judges found themselves presiding over an empty theater of justice, without prosecutors or anyone to prosecute. Antonio Cassese, an Italian professor of international law appointed as the tribunal’s first president, complained: “The Security Council thought we would never become operational. We had no budget. We had nothing. Zero.”10
Cassese’s judges were paid on an ad hoc basis. The UN granted them just enough money for a handful of computers and two weeks’ rent on a suite of offices in The Hague’s Peace Palace. Looking for more space, Cassese heard that the insurance company Aegon was only using part of its faded Art Deco building on Churchillplein. He decided to rent it, but squeezing money out of the UN was so hard that the tribunal was unable to put down a deposit on a long-term lease before the summer of 1994. Prosecutors and investigators shared a cafeteria with Aegon’s actuaries and account managers, which meant they could never discuss cases at lunch, for security reasons. And they only had enough room for a single court, a converted conference room. But what good was a court anyway, without defendants?
Just at the point when the judges were considering mutiny or resignation, Nelson Mandela kept the tribunal alive by helping to persuade Richard Goldstone, a South African lawyer and veteran anti-apartheid campaigner, to take the chief prosecutor’s job in July 1994 11. In the eighteen months it had taken to find someone suitable, thousands of people had died in Bosnia and Herzegovina. And the tribunal was still far from functional. There was no one willing to carry out arrests. Goldstone’s staff scrambled to piece together a string of indictments wherever there was evidence to do so, but the overwhelming majority of the seventy-four indictments issued in the Goldstone era concerned small fry—camp guards who had tortured their former neighbors and who could be readily identified by survivors. The urgency to demonstrate the tribunal was operational left no time to build more sophisticated cases against the master butchers.
The court’s first defendant was a perfect example of this “low-hanging fruit” syndrome. Duško Tadić had been a particularly sadistic guard at two notorious Bosnian Serb prison camps, Omarska and Keraterm. He fled to Germany after the war but was spotted in a benefits office in Munich by camp survivors, who called the local police. In November 1994, Tadić arrived in The Hague to become the world’s first war crimes defendant for two generations. Yet for all the tribunal’s attempts to play up the echoes of Nuremberg, it was clear this brutal turnkey was no Hermann Göring or Joseph Goebbels. Most of the other names on Goldstone’s indictment list were similarly inconsequential. Their pictures were printed on posters distributed among UNPROFOR battalions, who tacked them up on their barracks notice boards and ignored them.
The international community was finally shocked out of its indecision and half measures by the worst single massacre of the Bosnian war, the murder of more than eight thousand men and boys by Serb forces after the fall of the Muslim enclave at Srebrenica in July 1995. A handful survived the mass executions, acting dead and climbing out of mass graves over the bodies of their friends and relatives. It was impossible for the world to ignore their testimony, but the most chilling account of all was to come from one of the killers.
Dražen Erdemović was a Bosnian Croat locksmith married to a Serb. In a country that was falling apart, with its people forced to choose sides according to ethnicity, Erdemović belonged nowhere. At different points in the swirling conflict he had served in the Croat, Bosnian, and Serb armies, trying to survive in noncombat jobs. But in July 1995, when he was twenty-three, he was dragooned into a Serb execution squad at Srebrenica, where he witnessed things he would never be able to forget. The awful scenes were lodged deep in his brain.
Eight months later, Erdemović started looking for someone to confess to. He called the US embassy in Belgrade but was turned away, so he went to the press 12. The police, who tapped journalists’ phones as a matter of course, picked him up but it was too late. His story was all over the world, and the Milošević regime had little choice but to hand him over to The Hague 13.
Erdemović became the first person since Nuremberg to be sentenced by an international tribunal for crimes against humanity. But he will be remembered mostly for the excruciating testimony he gave on the events of July 16, 1995, when 1,200 men and boys were killed at a single site.
They would bring out groups of ten people out of the bus and, of course, they were looking into the ground. Their heads were bent downwards and their hands were tied and they were blindfolded … They took them to the meadow. So we started shooting at those people. I do not know exactly. To be honest,… I simply felt sick 14.
NATO intervention and a Croatian ground offensive forced a peace treaty, signed in November 1995 by Milošević, Tudjman, and Izetbegović at an air force base in Dayton, Ohio. But Milošević was not quite done with war. In a brutish epilogue to his decade of misrule, he sent troops into Kosovo in 1998 to crush a fledgling insurgency by the province’s Albanians. Like his earlier adventures, it left a mountain of corpses—more than ten thousand dead—and backfired totally. NATO intervened again in March 1999 with a bombing campaign that forced Milošević to withdraw his troops three months later. Kosovo declared independence in 2008.
Once more, Western intervention only came after the dead were already in their graves 15. Justice arrived even later. The Dayton Accords did indeed stop the killing in Bosnia, but the divisions created by ethnic cleansing were frozen in place. The persistent influence of Karadžić, Mladić, and Milošević meanwhile threatened to render Dayton meaningless and make the Hague Tribunal a colossal farce.
Yet by 2011, the ICTY manhunters had crossed off all the names on their indicted list. As this book goes to press, the last trials are under way. Karadžić and Mladić are in the dock facing the very people they tried to obliterate. Witness testimony is streamed live online. Millions of documents have been analyzed and saved. Transcripts are posted online. The buried crimes of the past are dug up and laid in the open for all those who can bring themselves to look.
It was a more substantial endeavor than the hunt for Nazis after World War II. The US-led investigators at Nuremberg had the advantage that most of their suspects had already been captured or had surrendered. The prosecutors mostly chose defendants according to the prisoners of war they already had in their cells, rather than according to the scale of their crimes. Only one prominent Nazi was tried in absentia because he could not be found—Hitler’s private secretary, Martin Bormann, whose remains were identified in 1998 16. The real precursor to the ICTY manhunt was the US Department of Justice’s Office of Special Investigations, established in 1979. Over the next quarter century, OSI “Nazi hunters” tracked down and prosecuted more than a hundred war criminals who had tried to hide in the United States 17.
Whereas the Nuremberg and Tokyo tribunals never escaped the taint of “victors’ justice,” the ICTY represented the first genuine attempt at an international reckoning for war crimes on all sides in a conflict. The judges and prosecutors were drawn from around the world, and the defendants came from four fledgling nations—Serbia, Croatia, Bosnia, and Kosovo.18 The effort to bring them to justice was long, uneven, and mired with mistakes, but it ultimately emerged as the most successful manhunt in history and an extraordinary testament to the tenacity of a remarkably small group of people. This book tells their story.

Slobodan Milošević
Slobodan Milošević

Franjo Trudman
Franjo Trudman

Radovan Karadžić
Radovan Karadžić

Ratko Mladić
Ratko Mladić

Notes
a. This is the full name of the Socialist Republic and then the independent nation, which will mostly be referred to simply as Bosnia for the rest of the book, for the sake of brevity.
b. Bosnian Muslims formally adopted the term “Bosniaks” to describe themselves in 1993.
c. Known in Yugoslav days as Serbo-Croat, it now known as Bosnian-Croatian-Serbian (BCS). Apart from a handful of differences in vocabulary, the only major distinction is that the Serbs use the Cyrillic alphabet.
d. About 11 percent of Croatia identified as Serb.
e. Chetniks were Serb bands who harried the Turks during the Ottoman era and during the Second World War were revived as a royalist resistance movement that fought first against then for the Nazi-backed regimes in Zagreb and Belgrade.

1. Former DGSE agent Pierre Martinet said that one of his colleagues earned an award for undercover service in the Balkan art world. The possession of high-quality art in the hands of thugs like Hadžić and his circle is not as far-fetched as it might appear on the surface. Art theft was a lucrative sideline of ethnic cleansing. A senior Serbian official told me that in some cases, when looted artifacts fell into the hands of Yugoslav intelligence officials who realized what they were worth, they set out to track down the owners, not to return their property but to kill them, eliminating a potential obstacle to selling the work on the global art market. See Pierre Martinet, DGSE Service action: Un Agent sort de l’ombre (Paris: Editions Privé, 2005).
2. It was literally a manhunt. There was just one woman on the list of indictees, Biljana Plavšić, and she turned herself in.
3. For a comprehensive history of the long quest for international justice, see Gary Jonathan Bass, Stay the Hand of Vengeance: The Politics of War Crimes Tribunals (Princeton, NJ: Princeton University Press, 2000).
4. Ibid., 12.
5. Britain’s prime minister at the time, John Major, bizarrely blamed the Bosnian war on “the collapse of the Soviet Union and of the discipline that that exerted over the ancient hatreds in the old Yugoslavia.” As Noel Malcolm pointed out in his book Bosnia: A Short History (London: Macmillan, 1994): “The ‘discipline’ exerted by the Soviet Union on Yugoslavia came to an abrupt and well-publicized end in 1948, when Stalin expelled Tito from the Soviet-run Cominform organization.”
6. A question attributed to Kiro Gligorov, Macedonia’s first president after independence.
7. The figures given in this paragraph are according to Mirsad Tokaca, The Bosnian Book of the Dead (Sarajevo: Research and Documentation Centre and Humanitarian Law Center of Serbia, 2013).
8. David Rieff, Slaughterhouse: Bosnia and the Failure of the West (New York: Simon & Schuster, 1995), 27.
9. Julia Preston, “UN Security Council establishes Yugoslav War Crimes Tribunal,” Washington Post (February 23, 1993).
10. Bass, Stay the Hand of Vengeance, 215.
11. Ibid., 220.
12. Louise Branson, “Serbian Killer Turned Away by US Embassy,” The Sunday Times (March 17, 1996).
13. In return for his testimony Erdemović wanted to move his family to the West and be given immunity from prosecution. The tribunal was unwilling to guarantee the latter. On March 2, 1996, perhaps in the hope of forcing events, he and another soldier arranged to meet a correspondent for the French newspaper Le Figaro. They sat down to talk in a small country hotel near the Hungarian border. Erdemović was just twenty-five with a face still pockmarked by acne. He had been drafted into the black-uniformed Tenth Sabotage Detachment, which performed some of the gory labor in executing the eight thousand Muslim men and boys captured at Srebrenica. The Serbian security services stopped the journalist at the airport and confiscated the tapes of her interview with Erdemović. He was arrested half an hour later but prosecutors intervened quickly to ensure he was given up to the Hague Tribunal. Erdemović was flown to The Hague but was not granted immunity.
14. Ultimately, the judges reduced his sentence to five years because they accepted his argument that he had taken part in the executions on threat of death. His commander told him, “If you do not wish to do it, stand in the line with the rest of them and give others your rifle so that they can shoot you.” ICTY transcript, Erdemović trial, November 19, 1996.
15. On July 15, 2014, a civil court in The Hague held the Netherlands accountable for the deaths of the men and boys the Dutch UN battalion handed over to the Bosnian Serbs at Srebrenica. “Dutch State Liable for 300 Srebrenica Massacre Deaths,” Associated Press (July 16, 2014).
16. Skeptics still doubt the official story that Bormann committed suicide after a failed attempt to flee Berlin in 1945. The Nazi hunter Simon Wiesenthal always believed that Bormann and his entourage managed to escape to South America.
17. A 2008 internal Department of Justice history of the OSI, “Striving for Accountability in the Aftermath of the Holocaust,” was obtained by the National Security Archive at George Washington University.
18. The ICTY also looked into possible violations by NATO in its 1999 bombing campaign against Serbia, which was aimed at forcing Belgrade to withdraw its troops from Kosovo, but prosecutors decided there was insufficient evidence that civilian casualties were intentional.

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