Jeanne-Martin Cissé (1926-2017)

Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, circa 1970
Jeanne Martin Cissé et Sékou Touré, vers 1970

Sous la plume de François-Xavier Freland Jeune Afrique reprend la nouvelle de la mort de Jeanne-Martin Cissé (1926-2017). Reflétant diverses sources d’information, l’hebdomadaire évoque, en quelque 532 mots, la vie de cette compagne de Sékou Touré.

  1. On y relève ainsi le tableau du cadre familial au crépuscule de la vie à Conakry. Il n’y est question toutefois que des filles de la disparue, alors qu’au moins trois de ses enfants sont des hommes. L’aîné, Cheick Mohammed ‘Papus’ Camara, est un de mes promotionnaires aux lycées de Conakry et de Labé. Notre dernière rencontre, vite transformée en une longue, amicale et intéressante conversation, remonte à 2003 à Dakar.
  2. Mais l’auteur reste vague sur la naissance, l’éducation et l’adolescence : noms et occupation des parents, un brin de généalogie, postes d’enseignement. Il néglige, par exemple, un détail important, à savoir comment peut-on naître “dans une famille musulmane modeste d’origine Soussou et Malinké” et s’appeler Jeanne-Martin ?
  3. L’article maquille et embellit le passage sur “la célèbre école normale de Rufisque”,  qu’il présente comme étant  un établissement “d’élite féminine qui s’était employée à faire de ces élèves venues de toutes l’Afrique coloniale française de futures enseignantes, attachées à leur africanité.” François-Xavier Freland aurait dû mettre un peu d’eau dans son vin, car dans l’ensemble le palmarès de l’école française n’est pas du tout rose. Surtout sous la Troisième République (1870-1940) qui imposa le déshumanisant Empire colonial et l”abominable régime de l’Indigénat.
  4. François-Xavier glisse le nom de Germaine Le Goff sans préciser qu’il est l’auteur de la biographie intitulée L’Africaine blanche (1891-1986) : Germaine Le Goff, éducatrice mythique.  Il aurait dû apporter la précision, ne serait-ce que pour élargir l’horizon des lecteurs.
  5. Certaines camarades de formation de Jeanne-Martin sont mieux introduites, notamment avec la mention d’Une si longue lettre, l’oeuvre principale de Mariama Bâ.
  6. Le portrait matrimonial de Jeanne-Martin se limite à son  mariage avec Bansoumane Touré. Cette victime du Camp Boiro fut en réalité le second époux de Mme. Jeanne. Sur les circonstances de la disparition de Bansoumane à la Prison de Kindia, lire Kindo Touré “La mort de Ban Ansoumane Touré”.
  7. Dans sa biographie de Sékou Touré André Lewin indique, à juste titre, que le premier mari de Jeanne-Martin s’appelait Camara. Malheureusement, il omet le prénom du défunt, qui mourut victime d’un accident de circulation en 1958. Lire Ahmed Sékou Touré (1922-1984). De Gaulle à Conakry,  25/26 août 1958 (volume 2, chapitre 25)
  8. L’article présente Bansoumane Touré comme “un des fondateurs du Parti Démocrate Guinéen (PDG) animé par Sékou Touré. Très vite, elle (Jeanne-Martin) milite pour l’indépendance et œuvre pour l’émancipation des femmes en Afrique.” L’auteur va vite en besogne et commet ici deux erreurs aussi gratuites que légères :
    (a) Bansoumane ne figure pas parmi les membres fondateurs du PDG-RDA
    (b) Au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les pionniers de l’activité politique visaient d’abord l’autonomie interne. Le régime colonial fit la sourde oreille et traîna la savate jusqu’en 1956, date de promulgation de la loi-cadre Gaston Deferre. Mais c’était trop tard. Le Viet-Minh avait déjà vaincu des milliers de troupes françaises en 1954 à Dien Bien Phu. Cette cinglante défaite militaire ainsi que le déclenchement de la guerre d’Indépendance d’Algérie accélérèrent le cours de l’Histoire. Les protectorats du Maroc et de la Tunisie devinrent des états souverains en 1956. En mai 1958, l’armée imposa le Général Charles de Gaulle au Parlement français. Cherchant à retarder l’implosion du domaine colonial de la France, le vieux guerrier,  intellectuel et homme d’Etat organisa le référendum de 1958 autour d’une nouvelle Constitution. Le projet de loi fondamentale proposait, entre autres, l’abolition de l’instable 4ème république (en place depuis 1946), l’avènement de l’actuelle 5è république,  et l’instauration de la Communauté franco-africaine, en lieu et place de l’Union française, elle-même héritière de l’Empire colonial.
  9. L’auteur effleure ensuite la carrière onusienne de Jeanne-Martin. François-Xavier Freland écrit : “… elle est désignée en 1972 au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient … même présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU, son pays étant alors membre non permanent de ce comité.”
    Lire également “Jeanne-Martin Cissé accepte une invitation de Louis de Guiringaud, ambassadeur de France auprès des Nations Unies”, A. Lewin, volume 6, chapitre 68
    Aucun mot sur Telli Diallo et Marof Achkar, autrement plus efficients et prestigieux que l’ambassadrice Cissé. Silence total aussi sur le sort des proches de Madame Sow Nima Bâ, ancienne détenue du Camp Boiro et dont Sékou Touré décima la famille en faisant assassiner :

Et en condamnant à mort par contumace le frère cadet, Bâ Mamadou.

  1. L’article cite Hadja Nima en ces termes : « Mais la période des purges l’avait rendu triste. » Peu importe que ma belle-soeur ait prononcé des mots. Le fait est qu’ils sont en porte-à-faux avec la réalité post-sékoutouréenne.
  2. Dirigeante ddu Conseil national des Femmes de Guinée, membre du Comité central du Parti démocratique de Guinée, membre du Burean politique national et du Gouvernement, feue Jeanne-Martin fut, de bout en bout,  une collaboratrice fidèle et une porte-parole aussi “impénitente et non-repentante” de la dictature de Sékou Touré que Mme. Andrée Touré.

Pour conclure, je me propose de lire La fille du Milo. Après quoi, je  ferai une suite à cet article.

Tierno S. Bah

Sékou Touré : Mystification et mensonge en dedans…

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
• La légende et la vérité
• La loi-cadre de juin 1956. La Guinée et le référendum de septembre 1958
• Le non de la Guinée en 1958 et le dilemme de Sékou Touré
• Les espérances de l’indépendance de la Guinée et la trahison de Sékou Touré

Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie
Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade, à l’ombre des trusts, dans un pays à la dérive

Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Président Sékou Touré décerne une médaille au Président Houphouët-Boigny. Conakry, 1962
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960
Les Président Sékou Touré et Léopold Senghor à Conakry, 1960

Voici le 8ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Mystification et mensonge en dedans…

« Ce qui nous paraît plus inquiétant pour la Guinée et pour l’Afrique c’est que Sékou Touré, dont l’imagination est fertile, invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut. »
Laurent Dona Fologo, Ministre Ivoirien de l’Information
Fraternité Matin, 29 septembre 1973

  Monsieur le Président, que Sékou Touré gouverne également par le mensonge n’a jamais fait de doute pour personne. Les exemples ne manquent point de l’assurance avec laquelle il a menti au peuple de Guinée. Il n’est que de voir son immense roman feuilleton plein de dollars, de S.S. Nazis, de “Cinquièmes colonistes” et de crimes. Des
hommes à sa dévotion, devenus ses bêtes noires ; il n’est que d’entendre les présentateurs hystériques de sa radio dérouler les bandes magnétiques extorquées à des malheureux pour savoir qu’il s’agit de documents préfabriqués pour les besoins de leurs procès. Ses amis d’hier, parias d’aujourd’hui, il les a tous faits par le mensonge. Il leur fait porter par le mensonge, le lourd fardeau de sa propre faillite.

Tous ces officiers supérieurs, tous ces ministres, tous ces gouverneurs, tous ces cadres inconditionnels de son parti auraient donc été au courant de tous les “complots, y auraient participé’ ; manipulés les uns et les autres par des puissances avec lesquelles il entretient parfois les meilleures relations ; qui le nourrissaient et polissaient son image à l’extérieur. Allons donc ! si tous ces gens étaient au courant de tous ces prétendus complots, c’est tout simplement que lui-même avait pensé, organisé et fait exécuter ces “complots”. S’il est vrai qu’ils ont reçu un seul sou, ce serait celui de la corruption ; l’argent du peuple qu’il a seul dilapidé et qu’il continue de gaspiller pour que ses machinations apparaissent plus vraisemblables. S’ils ne furent que ses complices d’un jour, ils furent ses victimes de toujours car il en avait fait, dès le début, les agents serviles de sa personne.

Cependant, Monsieur le Président, ses mensonges ne passent qu’à travers le rideau de frayeur et de terreur qu’il nous a imposé. Mais ce pouvoir charismatique qu’il veut incarner est maintenant trop ruisselant du sang de nos frères. Il est démasqué par les mensonges mêmes dont il veut en faire le support. Je ne peux résister à l’envie d’en évoquer quelques-uns.

Je laisse de côté les très nombreuses histoires mensongères et grotesques qu’il raconte en de longs discours et dont il a gavé notre peuple pour enraciner l’idée qu’il détient un pouvoir surnaturel et que sa prétendue révolution est l’incarnation de ce pouvoir.

L’Afrique elle-même, trop souvent réceptive à ses thèses a toujours été trompée par la forme qu’à voulu donner aux faits l’imagination diabolique de Sékou Touré. Ainsi a-t-elle souvent choisi de voler au secours de son pouvoir contre nos intérêts, même lorsque son mensonge, répété avec persévérance et entêtement n’apparaissait jamais que comme un mensonge. Ainsi en fut-il de la solidarité qu’il obtient en novembre 1970 et de bien d’autres complots qu’il a montés contre notre peuple.
Mais la technique éprouvée du mensonge et des affirmations gratuites de Sékou Touré, ses mises en scènes théâtrales, son maniement vicieux de l’affabulation, de la dissimulation, de la substitution et de l’amalgame ne trompe plus que ceux qui veulent bien se voiler la face.
Le 26 septembre 1973, les Présidents Félix Houphouët-Boigny et Léopold Sédar Senghor recevaient un télégramme de Sékou Touré dans lequel celui-affirmait une fois de plus avoir constitué un “dossier concernant de nouvelles agressions contre la République de Guinée avec la complicité des colonialismes portugais, français, israélien, de l’Afrique du Sud et de la République Fédérale Allemande, ainsi qu’avec la participation irréfutable des Présidents  Senghor et  Houphouet-Boigny — Stop. Dénonciations Présidents Léopold Sédar Senghor et Félix Houphouët-Boigny absolument fondées. Stop”.

L’accusation était très claire et Sékou Touré avait pris soin d’envoyer pour information le même télégramme aux présidents du Niger, du Togo, du Gabon, du Dahomey [Bénin], de la Haute-Volta, de la Mauritanie et du Mali.

Ainsi fut déclenché un autre épisode des relations dramatiques créées entre notre peuple et ses voisins par Sékou Touré. En fait, tout cela n’était que mensonge.

Pour tout comprendre, vous me permettrez de citer longuement le Ministre de l’Information de la Côte-d’Ivoire le 29 septembre 1973, dans le quotidien  Fraternité-Matin.

« La nouvelle crise de rage de M. Sékou Touré serait provoquée, selon lui, par la préparation d’un autre “complot” visant à renverser son régime et à éliminer sa personne. Ce nouveau “complot” qu’il aurait découvert à la suite de la saisie du procès-verbal d’une fameuse réunion tenue le 12 mai 1973 à Genève par les responsables de l’opposition guinéenne à l’étranger, serait encouragé et financé par les Présidents Senghor (150.000 dollars) et Houphouët-Boigny (80.000 dollars). M. Sékou Touré aurait saisi nos deux Présidents de ce fameux procès-verbal de réunion dont personne n’aura jamais vu ni l’original ni même la photocopie. Et c’est le silence observé par Dakar et Abidjan devant sa démarche qui aurait provoqué sa nouvelle folie dans laquelle il associe Allemands, Portugais, Français, Israéliens et Sud-Africains rassemblés pour le renverser. Avouons que le tyran de Conakry doit être bien fort pour que sa chute mérite un tel déploiement de force !
Quoiqu’il en soit, l’accusation de M. Sékou Touré ne résiste à aucune analyse sérieuse. Ce qui nous paraît plus inquiétant, pour la Guinée et pour l’Afrique, c’est que, ou bien M. Sékou Touré, dont l’imagination est fertile invente et fabrique ce qu’il veut, quand il veut et contre qui il veut ; ou bien, connaissant ses faiblesses, ses informateurs le mènent en bateau, prenant plaisir à assister à ses crises de delirium où le ridicule se mêle à la bassesse la plus crasseuse.
C’est qu’en réalité, les vraies causes de l’affolement de Sékou Touré se trouvent ailleurs. Le potentat de Conakry ne pouvait donc attendre la fin de notre enquête, puisque son calcul était fait, son plan diabolique arrêté, le fameux procès-verbal de la soi-disant réunion de Genève n’étant qu’une pure machination, une création de son imagination criminelle pour semer, une nouvelle fois, la confusion et la discorde dans notre Afrique qui cherche, au contraire, à s’organiser sur des bases solides pour hâter son développement.
Comme on le voit, ces personnes si dispersées, à la date indiquée, ne pouvaient tenir ensemble aucune réunion à Genève. Et c’est à partir du faux document de cette rencontre imaginaire que le dictateur de Conakry a déclenché son opération satanique, rassemblant, dans le même élan de folie furieuse, accusations et calomnies des plus ridicules et des plus inimaginables.
Ainsi que l’ont noté tous les observateurs au “Sommet” d’Alger, il fallait au despote de Conakry, incapable de quitter un seul jour son trône où le tiennent ses crimes et le sang des martyrs guinéens, justifier aux yeux de ses amis “révolutionnaires” et du monde entier, son absence du seul forum international où il aurait pu se fendre le gosier à loisir … Même l’insistance de son ami Castro, dépêché à Conakry, n’y fit rien.… Alors, il fallait des cibles : les honorables présidents du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, qui ont aggravé leur cas en renforçant depuis un an les relations entre Dakar et Abidjan, étaient tout trouvés d’où cette curieuse affaire de nouveau “complot” et de soutien aux Guinéens en exil.
Sékou Touré n’échappera pas au verdict de l’Histoire, ni à celui de Dieu.
Le flot de sang innocent qu’il ne cesse de répandre sur le sol guinéen au nom de je ne sais quelle “révolution” ne cessera de le troubler. Qu’il songe à la fin terrible de Néron ! »

Ces quelques passages sont significatifs. Ils caractérisent Sékou Touré comme en témoigne la mise en scène grotesque qu’il a faite contre vous Monsieur le Président à l’occasion de la publication d’un document sur les camps de concentration guinéens et votre parti qu’il a traité de “Parti de la Souillure Française” et de “Parti de la Pourriture Française”.

Chapitre précédent :   Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

A suivre

Sékou Touré : pseudo-socialisme, faux anti-impérialisme

Président Sékou Touré et le Gouverneur de l'Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)
Président Sékou Touré et le Gouverneur de l’Etat de New York, Nelson Rockefeller, admirent le masque Nimba des Baga de la Basse-Guinée au Musée des Arts primitifs, New York City, octobre 1959 (Source : John H. Morrow. First American Ambassador to Guinea, 1959-1961)

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

Ceci est le 7ème chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. L’auteur y exprime  l’opinion de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, opposées au rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Pseudo-socialisme et anti-impérialisme de façade à l’ombre des Trusts dans un pays à la dérive

« Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.
Sékou Touré, New York, 29 juin 1982

 Est-il besoin, Monsieur le Président, de démasquer une fois encore l’imposture de Sékou Touré, quand il parle de Socialisme ?

Pour beaucoup de dirigeants en Afrique, le socialisme est présenté au moins comme un programme de développement, que ce Socialisme soit doctrinaire, éclectique et basé sur la paysannerie communautaire, réformiste ou militaire. Qu’il exprime le refus du colonialisme, la politisation des masses ou l’intégration nationale.
Tous ces socialismes (il y en a d’autres) s’accommodent mal de la médiocrité et ne fleurissent pas sur la paupérisation qui caractérise le régime guinéen. Ils expriment des exigences morales dont il n’a jamais fait preuve. Le socialisme de Sékou Touré postule la régression générale par la liquidation des cadres ; la promotion de ses nervis ignares dans les différents rouages de l’Etat pour mettre et maintenir le pays à sa botte.

Nous en voyons bien le résultat. Lorsque Sékou Touré exprime ses espérances, ce ne sont que celles des trusts capitalistes qui constituent des Etats dans l’Etat. Car dans sa folie anti-impérialiste, il ne lui est jamais arrivé de toucher le moindre cheveu de ces gens-là.

Nous avons déjà dit et vu qu’il ne découvre à travers la Guinée que des agents des impérialistes français, américains, allemands et même africains ; qu’il a déterré panout des mercenaires, des S.S. Nazis, des individus qui s’accusent tous d’avoir fauté et d’avoir servi “l’impérialisme”. Nous attendons encore qu’il traduise devant le Peuple les agents des grandes compagnies exploitatrices de nos richesses. Nous saurions au moins à quelles conditions et quelles ristournes Sékou Touré empoche.

Car nous n’avons entendu jusqu’à présent que ses agents à lui, ses ministres, ses gouverneurs, ses hauts fonctionnaires, ses chefs militaires, etc. Tous, des hommes qu’il a hissé à la tête de son Parti et de son État. Si donc ils furent agents d’un impérialisme, cet impérialisme ne peut être que le sien. L’autre impérialisme, celui qu’il prétend clouer au piloris avant de l’enterrer, est aujourd’hui son seul recours car ses “complots”, ses procès et ses récriminations n’ont pas empêché un seul minéralier d’emporter son chargement de bauxite de la Guinée vers l’Amérique ou l’Europe.

Les accents guerriers de Sékou Touré constituent paradoxalement la meilleure garantie et la meileure sécurité pour ces capitalistes. Son souci majeur est leur protection car ils sont aujourd’hui, avec l’arbitraire et la terreur, les seuls supports de son régime.

Monsieur le Président,
Vous savez qu’après avoir reçu David Rockfeller à Conakry comme un chef d’État en février 1982, Sékou Touré s’est rendu en personne à un séminaire organisé par ce dernier en juin à New York, à l’intention des investisseurs éventuels en Guinée.

David Rockefeller
David Rockefeller

Après avoir exprimé sa ”profonde gratitude aux honorables représentants des Centres économiques et financiers des Etats-Unis, d’Europe, du Japon et du Canada”, il a défini sa contribution dans la “coopération avantageuse” qu’il a proposée à ses partenaires : “Nos ressources minmales, agricoles et énergétiques, la pleine garantie donnée aux investissements étrangers, la stabilité politique nécessaire au plein succès de tels investissements et les disposittons souples offertes par nos autorités et enftn les grands bénéfices qui peuvent être réalisés dans notre pays.” Il a ensuite affirmé que la “Guinée a, actuellement, la plus grande part des investissements américains par habitant en Afrique à l’exception des pays exportateurs de pétrole” et a conclu par ce cri du coeur :

“Nous avons besoin des investissements occidentaux en général et des Etats-Unis en particulier.”

Peut-on être plus clair ? Est-il besoin d’ajouter quelque chose à cette confession et à cette porte ouverte à l’impérialisme ?

On pourrait croire qu’il ne s’agit là que de l’évolution récente d’un régime contraint au “changement”, d’un régime acculé et qui n’a pas d’autre choix.

Il n’en est rien, Monsieur le Président. Aussi loin que l’on remonte dans le pouvoir de Sékou Touré, on retrouve cette constante : il prêche pour la solution (socialiste) la plus dure tout en se gavant du capitalisme le plus sectaire, le plus pilleur et le moins social.

Ainsi, le 17 juin 1971, pendant que les agents de son impérialisme faisaient la chasse à ceux qu’il voulait éliminer sous le prétexte de servir l’autre impérialisme, voici ce que déclarait son godillot Keita NFamara, ministre et membre de son Bureau Politique National depuis un quart de siècle, à l’ambassadeur “d’un pays ami” :

« Le peuple de Guinie apprécie hautement la compréhension qu’il a toujours trouvée auprès de votre pays et se félicite du concours qu’il lui prête corutammmt. »

L’unique journal du pays, Horoya, qui rapporte la cérémonie, précise que Keita N’Famara a chargé le diplomate d’être “l’interprète des sentiments de reconnaissance de notre part à son peuple et de la volonté du peuple guinénn et de son Gouvernement de préserver et d’accroître les bons rapports entre eux et nous”.

De qui et de quel pays s’agissait-il ? Chacun l’a deviné. Il s’agissait de S.E. Albert W. Sherer Jr., ambassadeur des U.S.A. en Guinée qui venait de signer un accord d’assistance des U.S.A. à la Guinée comprenant :

« L’importation dans notre pays de la farine de blé, du riz, du coton, de l’huile de soja et de l’huile de coton pour une valeur de un milliard cent soixante-six millions de francs guinéens pour l’année 1971. »

Depuis 1971 et bien avant, les rapports du socialisme de Sékou Touré et de l’impérialisme américain ont toujours été de ce genre ; très bons.

Voilà le vrai sens de sa révolution socialiste, quel que soit par ailleurs l’habit que lui fait son verbe acerbe.
Aujourd’hui encore, il vit des cadeaux et des livraisons de produits alimentaires par l’agence américaine “Food for Peace”. Je ne vous imposerai pas de chiffres. Vous les connaissez.
Quelques semaines après cette cérémonie que nous avons rappelée, il arrêtait l’ambassadeur Bangoura Karim, qui avait négocié ce cadeau auprès de “ses amis” américains, sous prétexte qu’il était leur agent et qu’ils lui avaient donné, à lui et à ses acolytes, plus de six millions de dollars pour renverser le régime guinéen. Nous avons déjà dit ce qu’il en était.

Les Etats-Unis et leurs alliés connaissent bien les cris et les récriminations anti-impérialistes de Sékou Touré. Us savent que tout cela ne les concerne pas car ils sont de ceux qui continuent à financer, mieux à alimenter son régime. Ils savent qu’avec lui, leurs intérêts, les intérêts de l’impérialisme, sont en d’excellentes mains, celles de “son socialisme”. Tout au moins jusqu’au moment où ses sévices et ses crimes n’avaient pas encore crevé le mur de silence et d’indifférence des Nations car, pour eux comme pour tous, le vase est plein. S’il se voilent les yeux, c’est pour continuer à exploiter en silence notre minerai et maintenir une présence dont Sékou Touré est le meilleur garant.

Celui-ci l’a montré en novembre 1977 lors du voyage de Robert MacNamara en Guinée. Pendant deux heures trente, il a crié son allégeance au capitalisme international tout en inondant son auditoire de formules confuses sur la dignité. Et en tendant ses deux mains pour recueillir le fruit de sa soumission.

Le socialisme de Sékou Touré n’est qu’un néo-stalinisme qui sert d’écran à la plus grande concentration capitaliste que notre pays ait connue 1. Ce socialisme là ne se préoccupe ni de développer le pays, ni de résoudre aucun des problèmes des populations guinéennnes.

Bien au contraire ; à la dérive depuis un quart de siècle, jamais notre pays n’a été aussi près de la catastrophe. Sékou Touré n’a rien réalisé en vingt-cinq ans de pouvoir qui soit digne des potentialités de notre pays et du dynamisme de notre peuple.

La capitale Conakry est, à l’image du pays, en ruines, sans eau, sans électricité, noyée d’immondices; un tas de vieilles batisses pré-coloniales le long de rues défoncées. Depuis 1958, Sékou Touré n’a construit aucun hôpital, aucun centre administratif, aucune école, aucun établissement, aucun ensemble urbain qui soit digne de nos sacrifices à son pouvoir.

Pire, le legs de la colonialisation est totalement tombé en ruines. Tous les observateurs sont d’accord pour attribuer la responsabilité de l’échec guinéen au seul régime qui a toujours donné la priorité au politique sur l’économique, aux fausses promesses sur les possibilités réelles, au verbiage et aux discours interminables, aux rassemblements exaspérants sur l’effort réel de renouveau, sur le travail productif.

La solution des problèmes les plus élémentaires de la vie quotidienne tourne au cauchemar pour tous les Guinéens. Tous les ans, Sékou Touré prêche l’autosuffisance. Tous les ans, la Guinée importe plus de produits alimentaires que l’année précédente. Chacun sait que les possibilités du sol guinéen sont considérables et à même de combler tout déficit en céréales.
Chacun sait aussi que la Guinée est l’un des rares pays africains dont le réseau hydrogaphique offre de réelles possibilités d’affranchissement de toute dépendance énergétique.

J.-C. Pomonti 2, dans une série récente de deux articles cite une “grande banque étrangère” qui résume ainsi la situation de la Guinée :

« La Guinée reste l’un des pays les plus pauvres d’Afrique. Les productions agricoles n’ont pas toujours retrouvé le niveau de 1958. La collectivisation et le maintien des prix aux producteurs à un faible niveau favorisent la contre-bande. »

De retour de Conakry, un autre journaliste français 3 a écrit à la même époque :

« Le Système d’encadrement et d’organisation de la production, qu’il est convenu d’appeler socialiste, n’a réussi nulle part en Guinée. Dans la brousse, les paysans pratiquent une économie de subsistance et les fermes agropastorales où vont travailler 10.000 étudiants sont un fiasco.
Faute de devises et d’entretien, les usines, rares, manquent de pièces détachées. Quant aux fonctionnaires mal payés qui affichent un zèle de façade en se proclamant “prêts pour la révolution”, la plupart d’entre eux ont perdu l’habitude du travail. »

Monsieur le Président, ce que voient et disent les observateurs est en-dessous de la vérité et de la réalité vécue par les Guinéens. Depuis 1960, l’agriculture, pour ne prendre qu’un exemple, est à l’origine de toutes les réunions et de tous les congrès du Parti-Etat de Guinée. Elle occupe la plus grande place dans tous les plans de développement lancés à la face de notre peuple par le régime de Sékou Touré. Ainsi, le dernier plan en date, le plan quinquénal 1981-1985 adopté en décembre 1980,mprétend consacrer le tiers de son budget au secteur agropastoral, soit 2,120 milliards de francs français sur un total de 6.400 milliards.
Ces chiffres laissent évidemment rêveur.

Mais à Conakry, on sait qu’il ne s’agit que de chiffres et on ne se fait aucune illusion sur les résultats qui ne différeront en rien de ceux des autres plans dans lesquels l’agriculture représentait “la priorité des priorités”.

Concernant l’industrie, en dehors des trusts de la bauxite dont nous avons parlés, il n’existe pratiquement plus rien dans un secteur pour lequel les lignes directrices de la politique de Sékou Touré ont été les suivantes avec une constance désarmante, malgré les échecs répétées des innombrables replâtrages :

  • des promesses et des intentions érigées en programme national
  • la mystique du verbe et du faste aux dépens du travail
  • l’irrationalité dans la conception des unités de production et la précipitation dans leur réalisation
  • la dimension extravagante et publicitaire de nombreuses entreprises
  • l’incapacité d’élaboration de solutions fiables
  • l’évolution dans un ghetto économique et l’inexistence de toute perspective d’exportation.

Monsieur le Président,
Comme le montre bien la citation que nous faisons en tête de ce chapitre, Sékou Touré est parfois le meilleur censeur de ses propres errements et de la société désarticulée qu’il tente d’ériger depuis un quart de siècle dans un siècle dans notre pays.
Cest cela aussi, le facisme. Tout en monopolisant le pouvoir aux mains d’un individu, il s’arroge le droit, sans vergogne et sans honte aucune, de trouver un bouc émissaire aux malheurs du peuple qu’il écrase de son carcan et de son incapacité.

L’histoire récente de notre pays est remplie d’exemples de ministres, de hauts fonctionnaires, de grands cadres techniques et d’officiers supérieurs, adulés la veille et donnés en holocauste à des foules abusées et chauffées à blanc pour cacher la responsabilité du “guide”, sauvegarder son “infaillibilité” et maintenir son charisme ; déshonorés puis immolés à la vindicte, à l’indignation et à la révolte des populations que le dictateur mystifie par des discours haineux et moralisateurs répétés jusqu’à l’extase.

Je ne vous prendrai qu’un exemple parmi beaucoup d’autres mais qui montre comment Sékou Touré, responsable unique de la gestion du pays depuis un quart de siècle trouve périodiquement d’autres coupables à la faillite de cette gestion.

Au terme du plan triennal en 1964, la misère était totale en Guinée, la nourriture introuvable. Le peuple, mobilisé, inventorié, sectorialisé et quadrillé depuis six ans se retrouvait face à une administration déjà déliquescente sinon totalement inexistante, des agents omnipotents du Parti et de l’Etat, qui avaient institutionnalisé le trafic et le népotisme.
Devant la grogne populaire, Sékou Touré désigna d’autres responsables, renforça le secteur étatique au détriment de toute initiative privée et édicta sa fameuse loi-cadre du 8 novembre 1964 qui marque l’une des étapes les plus noires de la descente aux enfers de notre pays. Une loi dont les douze points devaient être “le bréviaire du parfait militant” et avaient pour but de mettre définitivement en selle un régime en péril. Sékou Touré profita du désarroi des populations pour démasquer un ennemi imaginaire : “L’opportunisme, le racisme, l’exploitation et l’oppression deviennent les caractéristiques des rapports entre certains dirigeants indignes et nos masses laborieuses.”
Pour lui, les responsables de la catastrophe nationale étaient “certains éléments féodaux, les réactionnaires non reconvertis à la morale révolutionnaire qui se recrutent parmi les commerçants et les responsables politiques et administratifs… hauts fonctionnaires, directeurs et employés des sociétés et des entreprises d’état, les membres dirigeants des Comités, des sections, des fédérations qui se livraient au trafic”.

L’occasion lui était ainsi donnée de dénoncer un autre complot fabriqué de toutes pièces, d’immoler à ses foules quelques hauts cadres du Parti et de l’Etat et d’arrêter une masse innombrable de pauvres citoyens.

« En se rénovant, dira-t-il, notre Parti entend redevenir le Parti des incorruptibles. »

Dix-sept ans après, en novembre 1981, Sékou Touré est au pouvoir depuis près d’un quart de siècle. Le “Parti des incorruptibles” est devenu Parti-Etat. Sékou Touré est devenu “le stratège suprême”, le “guide”, “l’infaillible soleil de nos destinées”. Il garde une main de fer souillée de sang sur le pays. Il a informé, formé et réformé à loisir. Il a arrêté, torturé et assassiné à souhait. Il emprisonne à volonté, légifère sans partage ; fait et défait les fortunes de chacun et de tous à travers un parti et un Etat tout à sa dévotion.

Il a liquidé, dans le sang et dans les larmes “l’ennemi intérieur”, des hommes fidèles parmi les fidèles. Il contrôle le pays, du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest. L’ennemi extérieur, “l’impérialisme et ses agents”, les “apatrides guinéens et leurs maîtres”, sont cloués au pilori par une propagande haineuse et une diplomatie aussi mesquine qu’incapable.

Pendant quinze ans le responsable suprême a analysé, restructuré, supprimé ou radicalisé comme il le voulait. En un mot, dix-sept ans après l’échec, puis les décisions de 1964, le pays, plus que jamais à la botte du tyran, est encore au bord de l’abîme.
Que dit-il pour expliquer une fois de plus nos malheurs ?  Quelle catégorie désigne-t-il à la vindicte des populations ?
“Des anti-guinéens agissant tant à partir d’un certain pays européen (sous-entendez la France) que certains pays l africains (la Côte-d’Ivoire et le Sénégal).” Il en appelle une fois encore à la lutte pour “la vraie indépendance du peuple guinéen contre le colonialisme et le néocolonialisme” et à “la liquidation systématique des fléaux sociaux que constituent l’alcoolisme, la drogue, la dépravation, la corruption”.

Après un quart de siècle de pouvoir, si Sékou Touré n’a réussi à régler aucun des problèmes guinéens, il a fini, de son propre aveu, par plonger notre pays dans la drogue, la corruption et à faire des Guinéens un peuple de dépravés.

Aux mêmes causes, les mêmes effets. La Guinée, en 1981, dérivait toujours. Après la débacle de notre agriculture, littéralement laissée en jachère, la main-mise sans partage des trusts et des multinationales sur nos ressources minières, la dixième Conférence Economique Nationale venait de décider la mise à mort de l’O.C.O.F.I. (Office de Coordination Financière de l’Industrie), monstre créé tambour battant sur les cendres d’autres monstres bureaucratiques, et qui avait été présenté comme la suprême trouvaille pour sortir le pays du marasme.

L’économie guinéenne a été cotée à 262 dollars par habitant avec un taux d’accroissement négatif à la conférence des Pays les Moins Avancés (PMA) à Paris.

Ramenés au nombre d’habitants et au potentiel de notre pays, ces chiffres plaçaient la Guinée parmi les sept pays les moins développés du monde.

Devant ce gâchis général dans lequel se débattait notre pays, l’indifférence et le discrédit qu’il suscitait partout, son absence de toutes les concertations africaines et internationales, Sékou Touré n’a pas trouvé mieux que de dénoncer “les cadres véreux du Parti-Etat”, sa société de délinquants et la crise de moralité qui sont le fruit exclusif de son régime et de déclencher une nouvelle chasse à l’homme pour mieux se faire plébisciter pour un quatrième septennat, après avoir rempli une fois de plus ses geôles de citoyens innocents.

Monsieur le Président,
Il apparaît tous les jours, depuis toujours que l’anti-impérialisme de Sékou Touré n’est qu’un bluff. Il ne continue à l’évoquer que comme un évangile destiné à maintenir son charisme et une image fanée d’homme de gauche, qu’un fascisme camoufflé sous un pseudo-socialisme, a depuis longtemps estompée puis effacée.

Il est grand temps que l’on se rende compte de ce que Sékou Touré représente.
Il est temps que l’empire de désolation et de misère qu’il couve depuis un quart de siècle soit exorcisé. Il est temps que son pseudo-socialisme fait de haine, de démagogie et d’insolence soit dénoncé comme le cancer qu’il représente désormais au coeur de cette Afrique de l’Ouest qui n’aspire qu’à vivre en paix.

Nous craignons aussi que les générations qui ont grandi entre ses griffes n’aient été définitivement étouffées par sa politique obscurantiste. Nous craignons qu’elles ne sachent plus ce que sont la démocratie, la dignité et la liberté.
Nous craignons que cette jeunesse ne grandisse comme le sous-produit de son régime autarcique, sectaire et totalitaire et n’ignore à jamais les notions élémentaires d’humanisme et d’universalisme, qui caractérisent le vrai socialisme.
Nous craignons que la haine et les oeillères mises à leur éducation ne leur permettent plus l’ouverture aux valeurs réelles de la science et de la technologie.

Nous craignons enfin que Sékou Touré n’atteigne son objectif inavoué de perpétuer la balkanisation linguistique et la perversion des moeurs dans notre pays, et fasse des Guinéens des débiles intellectuels et des irresponsables à la remorque du reste de l’Afrique.

Nous craignons que tout cela n’arrive derrière la fumée d’un socialisme et d’un anti-impérialisme qui ne sont que les masques d’un régime de dictature caractérisée dans un pays ruiné.

Notes
1. Il s’agit en particulier des complexes miniers de la bauxite, dont :

  • la bauxite de Fria, depuis 1957, usine d’Alumine de Kimbo, Compagnie internationale pour la production d’Alumine. Association de f Élat guinéen (49 %)avec un consortium de
    sociétés occidentales Frialco (51%), dont les membres sont ; Noranda Aluminium (Canada), Aluminium Pechiney (France), British Aluminium, Alusuisseet V. Aluminium Werke (R.F.A.)
  • une voie ferrée de 145 km sur Conakry
  • La Compagnie des Bauxites de Guinée (CBG), depuis 1973 associant l’OFAB (Etat guinéen avec 49 %) et le Consortium des sociétés occidentales Halco (51 %) comprenant Alcam (Canada), Alcoa, Martin Marietta (Etats-Unis), PUK (France), V. Aluminium Werke (R.F.A.) et Alumetal (Italie)
  • 138 km de voie ferrée jusqu’à Kamsar
  • 8.000.000 de tonnes de bauxite par an
  • L’Office de Bauxites de Kindia (Débélé) Société de  droit guinéen. En fait financé par l’U.R.S.S. 98 km de voie ferrée jusqu’à Conakry. Commencée en 1974, production de 250.000 tonnes par an de bauxite. 90% de cette production va en U.R.S.S. pour amortir la dette guinéenne envers ce pays.
    2. Jean-Claude Pomonti, “La Guinée assagie” et “Dictateur au nom du peuple”. Le Monde,  7 et 8 juillet 1982.
    3. Yves Béheret, envoyé spécial à Conakry. Le Figaro, 25 juin 1982.

Chapitre précédent :  Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

A suivre

Sékou Touré : Droits violés, démocratie pervertie

Scène de torture au Camp Boiro, années 1970-72. Source: Association AVRE (Aide aux Victimes de la Répression en Exil)
Scène de torture au Camp Boiro, années 1970-72. Source: Association AVRE (Aide aux Victimes de la Répression en Exil)

Du même auteur La FEANF et les grandes heures du mouvement syndical étudiant noir

Sections précédentes dans cette série :
Sékou Touré et son régime
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime

Cette livraison contient le 6e chapitre de Sékou Touré, l’homme et son régime. Lettre ouverte au Président Mitterand. Paris : Editions Berger-Levrault. 1982, 106 pages, par feu Docteur-Professeur Charles Diané. La publication réfletait l’opinion de la communauté guinéenne et d’une partie de l’opinion publique française, opposées au rapprochement franco-guinéen. Lancé par Valéry Giscard d’Estaing, ce processus fut poursuivi par François Mitterand.

Alpha Condé, le candidat du R.P.G. à l’élection présidentielle de 2010 avait proclamé son intention de prendre la Guinée là où Sékou Touré l’avait laissée, c’est-à-dire un pays de jungle qui gémit sous la loi de la force, et qui ignore la force de la loi. Après un  second tour truqué, abitrairement et illégalement différé, il s’est fait  “démocratiquement élire” président. Depuis lors, il a tenu parole. Et le bilan, passé et présent, de sa gouvernance est éloquent. Il se réduit à une tentative délibérée — mais vaine — de replonger le pays dans “la dictature caractérisée” (L.S. Senghor) de Sékou Touré. Qu’on en juge : la violence verbale, physique et létale, l’attaque planifiée par lui-même contre sa résidence en 2011, le déni de justice et le procès téléguidé du Général Nouhou Thiam et de ses co-accusés — sans oublier ceux qui sont morts de torture —, l’autocratie, le culte de la personne, l’obsession minière, la négligence de l’agriculture, de la santé et de l’éducation, le népotisme, la coterie para- ou pseudo-conjugale, la médiocrité, l’incompétence, la mendicité étatisée, la corruption, la criminalité, l’insécurité, les rançonnements routiers, l’impunité, etc.
Plus de cent citoyens ont violemment péri dans des manifestations publiques pacifiques. Banalisés, les attentats et les assassinats sont monnaie courante. En voici une liste partielle :

  1. Aissatou Boiro, Directrice nationale du Trésor, assassinée en novembre 2012 à Conakry
  2. Amadou Oury Diallo, chef du protocole motorisé de l’UFDG, assassiné le 19 septembre 2014 à Conakry
  3. Thierno Aliou Diaouné, ministre dans la Transition de 1010, assassiné en février 2015 à Conakry
  4. Mohamed Ghussein, cadre des finances
  5. Chérif Diallo, journaliste, disparu depuis juillet 2105
  6. Elhadj Mohamed Diallo, journaliste, tué en février 2016

Note. A l’exception de M. Ghussein — dont le père ou l’oncle fut fusillé au Camp Boiro en 1971 — les cinq autres victimes sont Fulɓe-Halpular. Ce n’est pas là un fait du hasard.

En toute impunité ! Face à un système judiciaire inféodé à la volonté cynique du chef de l’Etat. Rédigé en 1982, le titre de ce chapitre va comme un gant, et son contenu s’applique à la lettre, au régime du “Professeur” Condé.
Tierno S. Bah

Dr. Prof. Charles Diané
Dr. Prof. Charles Diané

Constitution de façade, violation des Droits de l’Homme et perversion de la démocratie

« Si on veut avoir une politique efficace, il faut s’en tenir aux droits élémentaires de l’homme :droits de ne pas être assassiné, de ne pas être torturé, de ne pas être soumis à la question, de ne pas disparaître, d’avoir la liberté d’aller et venir…
Pour la Guinée, entre autres, il est certain que la violation permanente des Droits de l’Homme, entrave la reprise des relations. »
Jean-Pierre Cot, Ministre de la Coopération et du Développement. Jeune Afrique, n° 1126 du 4-08-1982.

Vous savez, Monsieur le Président, que depuis le 2 octobre 1958, date d’accession à l’indépendance de notre pays, près de trois millions de Guinéens ont tout abandonné, famille, titres, meubles, immeubles, biens divers et souvenirs pour fuir le camp d’oppression et de tyrannie qu’est devenue la Guinée. Ils ont tout abandonné sauf l’espoir de leur retour sur la terre natale. Car Sékou Touré a fini par transformer le pays en un vaste champ clos pour ses crimes, en un camp de concentration où la plus élémentaire des libertés humaines est abolie et où la violation flagrante de la constitution est quotidienne.

Aisaatou Boiro, directrice nationale du Trésor, assassinée le 9 septembre 2012 à Conakry
Aisaatou Boiro, directrice nationale du Trésor, assassinée le 9 septembre 2012 à Conakry

Le 10 novembre 1958, a été promulguée une constitution qui a été révisée en octobre 1961. Sans être un modèle du genre, elle reconnaissait aux citoyens toutes les libertés fondamentales.
Après son élection pour un quatrième septennat le 9 mai 1982, Sékou Touré a fait adopter une deuxième constitution qui n’est rien d’autre que les statuts du Parti Démocratique de Guinée, parti unique au pouvoir.
Après l’accession de notre pays à l’indépendance, Sékou Touré n’a eu qu’une hâte, anéantir les prérogatives de l’État pour l’abatre au profit d’un Parti tout puissant. Cette tendance au pouvoir absolu remonte aux débuts de son action politique.
En 1957, lorsqu’il n’avait qu’une infime parcelle de son pouvoir d’aujourd’hui, voici ce que lui écrivaient les responsables de la section de Mamou 1 de son parti unique, sous la signature de ses compagnons Pleah Koniba et Sékou Camara, disparu depuis dans sa trappe mortelle :

« L’élément principal de notre victoire (aux élections à l’Assemblée Territoriale) a été et reste notre foi inébranlable. La flamme de cette foi de l’amour du pays doit être maintenue en n’instituant pas une dictature au sommet, par la participation des organismes du parti aux décisions de celui-ci. » 2

La section de Mamou vola en éclats. Ses membres furent menacés et dispersés à travers le pays, après que Sékou Touré les eut remplacés par des hommes à sa botte. Ses amis l’avaient déjà classé comme un “dictateur au sommet”. Cétait mal le connaître que de lui dire certaines vérités malgré ses professions de foi réitérées.

Lire R.W. Johnson. “The Parti Démocratique de Guinée and the Mamou ‘deviation’”
— T.S. Bah

Un autre de ses compagnons fera la triste expérience de “la critique ouverte” plus de dix ans après ; le malheureux Magassouba Moriba, qui sera assassiné honteusement en janvier 1971 .

Tierno Aliou Diaouné, ancien ministre, assassiné le 6 février 2015 à Conakry.
Tierno Aliou Diaouné, ancien ministre, assassiné le 6 février 2015 à Conakry.

Monsieur le Président, je vous ai montré la valeur que Sékou Touré accorde à l’individu dans son système de gouvernement par le complot.

Ce sont ses propres amis américains, qui, révoltés par ses méthodes, ont démystifié son régime devant la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et l’O.N.U. Voici ce que disent en particulier quatre anciens ambassadeurs des U.S.A., en Guinée sur ce régime qu’ils connaissent bien :

« … Parmi les droits de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui ont été et sont encore violés d’une manière abusive en Guinée, et sur lesquels des preuves ont été réunies, nous avons :

  • Le droit à toute personne d’être libre et en sécurité et de ne pas être arrêtée, détenue ou exilée arbitrairement …
  • Le droit d’être considéré comme un être humain devant la loi, droit à un procès juste et public par un tribunal indépendant et impartial, pour déterminer ses droits et ses obligations et toutes accusations criminelles portées contre lui.
  • Le droit, quand il est accusé d’un délit criminel, d’être présumé innocent jusqu’à ce qu’on le prouve coupable selon la loi prescrite dans un procès public pour lequel il a obtenu routes les garanties nécessaires à sa défense.
  • Le droit à un effectif dédommagement des actes visant les droits fondamentaux qui lui ont été accordés par la constitution et par la loi …
  • Le droit de ne pas être soumis à un traitement ou châtiment cruel, inhumain ou dégradant…
  • Le droit de ne pas subir la discrimination raciale et la discrimination fondée sur l’origine nationale…
  • Le droit de protéger sa vie privée, sa famille, son foyer et sa correspondance contre toute ingérence arbitraire et contre toute atteinte à son honneur et à sa réputation…
  • Le droit d’entrer et de sortir du territoire, le droit à jouir de sa nationalité et le droit de ne pas en être privé…
  • Le droit de ne pas être dépossédé de ses biens…
  • La mère et l’enfant ont droit à une assistance et à des soins particuliers…

En conclusion, le tribut de la souffrance humaine dû au meurtre, à la torture, à la famine, au racisme et à la séparation des familles est inestimable, les organes des Nations Unies sur les Droits de l’Homme, sont l’unique recours pour arrêter les crimes perpétrés contre les Guinéens dans les prisons des Camps Boiro, Kindia et autres à travers la Guinée. C’est leur dernier espoir de croire qu’ils n’ont pas été abandonnés par l’humanité et que leur appel à la justice ne sera pas étouffé par la règle de la terreur instaurée par Sékou Touré. »

Lire le Mémorandum des quatre premiers ambassadeurs Américains en Guinée au Secrétaire général de l’ONU.
— T.S. Bah

Chérif Diallo, journaliste-reporter d'Espace TV, porté disparu à Conakry depuis le 23 juillet 2015
Chérif Diallo, journaliste-reporter d’Espace TV, porté disparu à Conakry depuis le 23 juillet 2015

Quand on sait que les auteurs de ce rapport sont des Américains qui ont été au service de Sékou Touré et de leur pays, on comprend le poids de telles accusations. C’était en juin 1977.
En octobre et décembre 1971, puis en janvier 1972, la Commission Internationale de juristes a dénoncé ce qu’elle a appelé en termes très mesurés “l’effondrement de la légalité en Guinée”, à propos de la suppression de la profession d’avocat en Guinée.

A la suite de la condamnation de son régime par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et de la transmission par cette même ligue au Secrétaire Général des Nations Unies, le 8 juin 1977, du dossier des violations flagrantes des Droits de l’Homme et des libertés humaines fondamentales en Guinée, quelles contre-preuves, quelles explications, ou quels démentis Sékou Touré a-t-il apportés jusqu’à ce jour, en dehors des déclarations récriminatoires de ses émissaires, l’insolence et l’hystérie caractérisées de ses propres réactions.

Elhadj Mohamed Diallo, journaliste
Elhadj Mohamed Diallo, journaliste

Des preuves ont été réunies, tant par les Guinéens eux-mêmes que par la Ligue Internationale des Droits de l’Homme et Amnesty International, pour dire quels droits sont violés par Sékou Touré.

Vous le savez bien, Monsieur le Président, puisque c’est au cours de la préparation du Congrès de votre Parti en juin 1977 à Nantes que le dossier des Guinéens sur les violations des Droit de l’Homme dans leur pays vous a été remis.

Craignant la condamnation qui allait s’en suivre par vous et vos amis, Sékou Touré, très opportuniste comme toujours, a déclenché une vaste campagne de mensonges et de calomnies pour proprement noyer le poisson. Cet épisode récent de vos relations que brièvement par ailleurs fini par vous convaincre, si cela était encore nécessaire, du caractère véritable de ce régime.

Sékou Touré vient de faire une fois de plus la preuve de son
indifférence à l’égard de notre peuple et de l’opinion internationale en institutionnalisant son pouvoir personnel dans une constitution nouvelle qui est abusive et scandaleuse.

Si la première constitution de notre pays, malgré la hâte apportée à la faire et les lacunes qu’elle comportait, accordait en principe les libertés civiles, politiques et syndicales ou encore les droits économiques et sociaux aux citoyens, la deuxième constitution entérine et légalise tous les abus du pouvoir personnel. Elle impose le statut du Parti de Sékou comme constitution à notre peuple ; elle officialise l’abrogation de la démocratie et des libertés, étrangle notre peuple dans Je carcan du Parti de Sékou Touré et l’étouffe dans le labyrinthe bureaucratique de son Etat.

Sékou Touré s’est ainsi fabriqué une constitution sur mesure en intégrant définitivement l’Etat guinéen à son Parti privant ainsi le citoyen guinéen de toute initiative. Ce faisant, il a érigé en institution une réalité que l’opinion nationale et internationale ne cesse de dénoncer depuis deux décennies.

C’est dire sa désinvolture devant les critiques et les récriminations contre son régime.

C’est dire aussi le manque de sérieux d’un homme qui n’a jamais respecté ses engagements et qui se ne préoccupe que de la consolidation de son pouvoir personnel, au moment même où tout laissait croire à un assouplissement du régime, et où vos propres efforts tendaient au rétablissement de relations normales entre la France et la Guinée.

Monsieur le Président, notre dénonciation de Sékou Touré sur le plan des droits de l’homme ne peut laisser personne indifférent. Surtout pas l’opinion française, dont le nouveau pouvoir s’est exprimé sans détour par la voix de votre Premier Ministre Pierre Mauroy, le 8 juillet 1981, devant l’Assemblee Nationale :

« Dictatures, oppressions restent la règle dans de vastes contrées du globe. La France ne restera pas sourde aux cris des hommes baillonnés. Elle luttera pour que tombent les chaînes. »

A la veille de votre récent voyage en Afrique, votre Ministre Jean-Pierre Cot a précisé :

« En matière de droit de l’homme, il y a le respect des droits fondamentaux : de vivre, d’aller et de venir, de ne pas être soumis à la torture… Là-dessus nous sommes intransigeant. »

Au mois d’août, il a précisé votre point de vue sur la Guinée dans une interview que je rapporte par ailleurs.

Nous connaissons votre sensibilité, celle de vos amis politiques et celle des Français sur ces droits dont la conquête et la sauvegarde ont fait l’objet des batailles et des plus grands sacrifices des Français, et dont les hauts faits remplissent toutes les pages de l’Histoire de votre pays.

La France du Général de Gaulle a traité la Guinée de Sékou Touré avec hauteur et mépris. Celle de Pompidou a réalisé ce qu’elle représentait comme danger, mais n’a pu agir. La France de Giscard d’Estaing a, par orgueil, remis Sékou Touré en selle contre l’opinion guinéenne. Elle en a été pour ses frais au moment où elle allait commettre la suprême insulte à notre peuple : pavoiser Paris aux couleurs du Dictateur guinéen.

La France socialiste d’aujourd’hui, la vôtre, Monsieur le Président Mitterrand, après tout ce qu’elle a dit qu’elle fera pour que triomphent la liberté, la justice et la démocratie en France et dans le monde ne peut, nous en sommes sûrs, cautionner aujourd’hui ce qu’elle condamnait et abhorrait hier.

Pour cette opinion là et pour l’opinion européenne dont le Parlement “a demandé au gouvernement guinéen de respecter sa promesse de libérer tous les détenus politiques”, des preuves irréfutables de la “violation permanente des droits de l’Homme en Guinée” existent et suffisent à condamner ce régime.

Pour ne prendre que cet exemple, à la France et aux Français, nous avons dit clairement que nos frères, époux de Françaises, avaient été tués par Sékou Touré. On ne nous a pas cru. On a préféré se réfugier derrière les mensonges de Sékou Touré. Il est ainsi apparu en janvier 1982 que Sékou Touré avait menti à Giscard d’Estaing en promettant de les libérer, qu’il a menti à Guy Penne, votre émissaire à Conakry, qu’il a menti aux Français et à la France. Il a surtout montré le peu de cas qu’il faisait de la vie humaine et de la morale qui régissent les rapports entre nations et la vie internationale.

Il vous appartient, Monsieur le Président, de demander des explications sur ces faits et sur tant d’autres. Au nom de tous les principes qui vous sont chers et au nom de notre peuple, nous savons que vous le ferez afin que les nouvelles relations que vous souhaitez avec notre peuple soient établies dans la clarté et en conformité avec toute votre action en faveur de l’Homme, de sa liberté et de la justice. Pour tout cela, nous affirmons que Sékou Touré ne peut être votre partenaire, ni le partenaire loyal de la France.

Quant à la démocratie qui caractériserait le régime guinéen, elle met son chef au-dessus de la mêlée ; le peuple est souverain à travers lui. Il décide pour lui et de lui. Le droit à la parole est devenu le devoir d’applaudir ; car ses succès à lui, il ne les mesure qu’à l’ampleur des applaudissements. Sa perversion a ravalé la démocratie au niveau des marches folkloriques et des innombrables meetings où les gens sont amenés par la force ; et où la claque est orchestrée par les mises en scène de ses interminables discours.

La justice qu’il a instituée au niveau des organismes de son parti n’est elle-même qu’une épouvantable caricature. Il est en effet trop facile de rassembler des individus, d’en faire des juges, de les haranguer, de les menacer et de les amener à s’associer à tous les crimes. Tous ces gens-là ne représentent rien à ses yeux. Il ne s’est encombré ni de formalités, ni de constitution pour arrêter, en juillet 1971 une grande partie de ces députés godillots qu’il fait et défait à loisir après les avoir accusés de tous les maux d’un pays pourtant à sa seule botte.

Monsieur le Président, Sékou Touré a cru consolider son pouvoir pour diriger indéfiniment le peuple de Guinée en anéantissant les élites traditionnelles de notre pays, les dirigeants militaires, religieux, intellectuels, sociaux et économiques.

Il a cru, Monsieur, qu’en employant la force brutale pour faire ployer le peuple et se débarrasser des cadres, il serait plus puissant. Il croit qu’en transformant les statuts de son parti en constitution de l’État, il immortalise son pouvoir. Mais il se trompe.

Prince de la terreur, de la délation et de la violence, il se donne l’impression d’être vénéré, d’être honoré alors qu’il est haï par notre peuple et universellement déconsidéré. Il est sur la voie de garage où l’ont mené ses pratiques inhumaines et sa barbarie à peine camouflée sous le masque ignoble d’un pouvoir totalitaire qu’il ose appeler démocratie ; et ses récriminations perpétuelles contre tous et tout.

Monsieur le Président Mitterrand, d’autres chefs, à travers le monde avaient habillé leur racisme, leur haine et leurs instincts sanguinaires du terme de démocratie et de socialisme national Vous savez ce qu’il en fut et comment ils finirent. Ils furent écrasés par la puissance irrésistible des forces démocratiques du monde entier. Car la soif de liberté et de justice des peuples ne peut être longtemps étouffée.

Le germe raciste et haineux que Sékou Touré a essayé de semer en Guinée ne poussera jamais. L’Afrique et le monde savent désormais ce que cachent ses cris, ses sermons décousus et ses allégeances fallacieuses à une prétendue démocratie.

Ne croyez pas un mot de ce qu’il vous dira. Il essayera de vous tromper vous qui l’avez vu naître à la politique. Il ne peut être votre partenaire, même si les intérêts de quelques Français vous le dictent ! Après avoir détruit notre pays, muselé notre peuple et dénaturé la démocratie à son seul profit, il veut se servir de vous et de la France comme nouveau tremplin à son pouvoir ; au mépris des intérêts de notre peuple et de ceux de la France.

Notes
1. Mamou : ville du centre de la Guinée.
2.  Lettre n° 126, RDA, sous-section Mamou, en date du 2 août 1957.

Chapitre précédent : Sékou Touré : le “complot” et le crime comme moyens de gouvernement

A suivre

The Butcher’s Trail. The Legacy

This is the second excerpt (Chapter 13, “The Legacy”, 27 pages) from Julian Borges’ acclaimed book The Butcher’s Trail : how the search for Balkan war criminals became the world’s most successful manhunt. New York : Other Press, 2016. xxx, 400 pages : illustrations, maps. It follows my own analysis and the author’s  Introduction to his work.
I encourage BlogGuinée’s visitors to purchase and read this work. It is a well-written account of a key episode in the permanent and worldwide struggle against dictatorship, human rights violations, genocide, war crimes and crimes against humanity.
Tierno S. Bah


The butcher's trail : how the search for Balkan war criminals became the world's most successful manhunt

Chapter 13
The Legacy

After these verdicts, it’s very difficult to speak about justice in the region.
—Nataša Kandić, Serbian human rights activist

Julian Borge
Julian Borge

There were 161 names on the list of indicted war crimes suspects drawn up by the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia. Ten died before they ever got to The Hague. Another twenty had their indictments withdrawn. Of the remainder, sixty-five fugitives were tracked down and arrested.
According to the official records, the rest handed themselves in. But the real number taken to the Dutch capital against their will was much higher. Many arrests were dressed up as “voluntary surrenders” so the indictees could salvage some dignity and receive cash benefits offered by their governments for coming out of hiding.
Almost no one would have submitted to justice willingly if the likely alternative had not been apprehension. Without the Balkan manhunt, the cells in Scheveningen prison would still be empty and the Hague Tribunal would have been no more than a hollow gesture in the general direction of international justice.

There were 161 names on the list of indicted war crimes suspects drawn up by the International Criminal Tribunal for the former Yugoslavia. Ten died before they ever got to The Hague. Another twenty had their indictments withdrawn. Of the remainder, sixty-five fugitives were tracked down and arrested.
According to the official records, the rest handed themselves in. But the real number taken to the Dutch capital against their will was much higher. Many arrests were dressed up as “voluntary surrenders” so the indictees could salvage some dignity and receive cash benefits offered by their governments for coming out of hiding.
Almost no one would have submitted to justice willingly if the likely alternative had not been apprehension. Without the Balkan manhunt, the cells in Scheveningen prison would still be empty and the Hague Tribunal would have been no more than a hollow gesture in the general direction of international justice.

The three men most responsible for unleashing carnage on the people of the former Yugoslavia, the three master butchers, Slobodan Milošević, Radovan Karadžić, and Ratko Mladić, were brought one by one to stand before the Hague Tribunal. But the triumvirate was never reunited there. Milošević—Yugoslavia’s kamikaze pilot who brought his country and its people down in flames—ultimately cheated final legal judgment. In March 2006, four years into his turgidly long trial, he died in his cell of a heart attack, well before Karadžić or Mladić were even caught.

The two Bosnian Serb leaders, both indicted for genocide, did meet again in the tribunal’s Courtroom Number One in a moment of farce in January 2014. Like the revival of an old double act after twenty years in the wilderness, the two pensioners dressed in their Sunday best and struggled to recover their swagger. Karadžić had called Mladić to the stand to testify for him, but proceedings had to be suspended because the old general had left his dentures in his cell. Even with his teeth in, he refused to answer the questions put to him, insisting on reading a prepared statement instead.
When the judges refused to admit the seven-page soliloquy as evidence, Mladić snarled at the bench: “Thanks for preventing me from stating what I wanted to say. You have confirmed to me that the Hague Tribunal is not a court of law but a Satanic court.”

At the height of their power, Karadžić and Mladić could never have been described as friends, but they had complemented each other. Mladić had done the dirty, bloody work that was necessary to make Karadžić’s vision of an ethnically pure Serb republic a reality. Karadžić’s bloviation and clunky poetry provided the gossamer veil of romanticism and deniability for Mladić’s slaughter.

In the glare of global scrutiny in the Hague courtroom, the two men found common cause. Karadžić addressed Mladić respectfully as “General, sir,” and on his way out of the court, Mladić could be heard to tell Karadžić, “Thanks a lot, Radovan. I’m sorry these idiots wouldn’t let me speak. They defend NATO bombs.” 1
In the course of their trials, the two men sought to keep alive the cult of exclusive victimhood they had used first to rationalize, then to obscure the mass killings for which they stood accused. Their strategy was to play the martyr and fill the court with noise, in the hope that the tens of thousands killed at their behest were kept silent, without a compelling voice in the courtroom.

The trials have ground on at a glacial pace in the tribunal’s bid to be comprehensive and fair beyond reproach. The lawyers in court, their billing meters ticking, have little interest in stepping up the tempo. The court has made many of them rich. And meanwhile the defendants bide their time inside the walls of the old Dutch prison in The Hague’s beach suburb of Scheveningen, where the Nazis once locked up members of the Dutch resistance. In 2005, a new state-of-the-art facility was built inside the complex to house prisoners from the ICTY and indictees of the International Criminal Court, all of them so far African.
The prison wardens at Scheveningen witness a daily phenomenon that many of citizens of the former Yugoslavia could have predicted. The warlords, militiamen, and ultranationalists from all sides, who were once ready to kill in the name of ethnic distinctions, have found they get along famously when locked up together. They play in mixed football teams, cook each other meals, and even swap clothes. In this Dutch prison, a thousand miles from the Balkans, Tito’s dream of Brotherhood and Unity has achieved a strange afterlife, providing an esprit de corps among war crimes defendants from Yugoslavia’s constituent nations.

Wry post-Yugoslav jokes often imagined a scene in heaven or hell where the three main nationalist leaders—Serbia’s Slobodan Milošević, Croatia’s strongman Franjo Tudjman, and the Bosnian Muslim leader Alija Izetbegović—meet, chat, and spar. In the tastefully designed Dutch purgatory at Scheveningen, only Milošević turned up to act out the joke for real. The other two nationalist presidents died while under investigation by the ICTY: Tudjman for ethnic cleansing in central Bosnia and the killing of Serb civilians in Croatia’s Krajina region, and Izetbegović for importing Arab mujahideen, who fought and allegedly committed war crimes outside the Bosnian army’s chain of command 2.
In the absence of other erstwhile heads of state, Milošević played the role of the boss of bosses, requiring people to address him as Mr. President, remaining largely aloof from the crowd. He never joined in the football games, just the occasional bit of volleyball, in which he participated in the same condescending manner as an elder statesman on the campaign trail.
“He always acted like he was the boss, with his chin held up in the air,” recalled Naser Orić, a Bosnian army officer. “Someone was bringing him in brandy and whisky in milk or juice cartons. He always smelled of alcohol.”3
Orić was tried, and eventually acquitted on appeal, for alleged war crimes committed in raids mounted from the Srebrenica enclave. I met him in February 2014 in the café of a Sarajevo gas station. He came in a black leather bomber jacket, and chewed on a Cuban cigar as he told me about the security precautions he had to take to avoid abduction by Serbian intelligence. He also explained how his earlier career was intertwined with Milošević in a manner that embodied the complexities of Yugoslavia’s collapse.
By a twist of Balkan fate, Orić had once served in Milošević’s security detail. He stood guard in June 1989 when the then Serbian president unleashed the forces of nationalism with his speech marking the six-hundredth anniversary of the Battle of Kosovo. As the young Yugoslav policeman stared out at the crowd he could see bands of Serb Chetniks dressed in the same fur hats and death’s-head badges their forefathers had worn when they slaughtered Bosnian Muslims like him in the Second World War.
Orić grew even more uneasy in the run-up to the war in 1991 when he was ordered to take part in the smuggling of arms from Belgrade to Serb separatists in Croatia.
“We were told that if any civilians saw the guns we had to kill them. Not even a chicken can see the weapons. That was another sign of what was going to happen,” Orić recalled. He fled his police post soon after, moving to Bosnia with warnings of the approaching catastrophe that few of his fellow Bosniaks could bring themselves to believe.
Orić was finally reunited with Milošević in Scheveningen, where he witnessed the last days of the leader who had unchained Yugoslavia’s demons. He believes Milošević’s death was the suicidal act of a lonely and broken man. “Milošević was always longing for his wife, Mira. When she went to Moscow, he starting trying to get sent there for treatment for his heart condition. He was taking blood pressure pills and other pills to counter the effect of the blood pressure pills. When he was refused permission to go to Moscow and see Mira, he just stopped taking his pills.” 4
When Karadžić arrived in Scheveningen in July 2008, he also sought a leadership role in the cell block, albeit in a more garrulous, convivial manner than Milošević, playing the gracious host at visiting times, assiduously remembering the names of fellow inmates’ wives and children.
He continued to pursue his obsession with maps, putting up a large city plan of Sarajevo on the wall of his cell, on which he stuck pins marking alleged locations of Bosnian army positions. His defense was that the Bosnian military was using the city as one huge human shield.
Mladić is on a different floor of the facility and hardly sees Karadžić. By all accounts, he cuts a more reclusive and curmudgeonly figure, spending long spells alone in his cell.
The rest of Schveningen’s Balkan population has sorted itself into groups according to shared interests rather than ethnicity. For a while, a five-a-side football club developed around the more athletic of the professional soldiers, including Orić, as well as the Croatian general Ante Gotovina, the Montenegrin colonel Veselin Šljivančanin, and Ramush Haradinaj, a former prime minister of Kosovo and commander in the Kosovo Liberation Army.
“We mostly played in mixed teams, but on at least one occasion there was a Serbs versus Croats game. Gotovina was marking me, but I have to say, he was very correct,” said Šljivančanin, who was jailed for ten years for his role in the executions of more than 260 Croat prisoners near Vukovar 5.
When he was released in July 2011, Šljivančanin sought out Gotovina to say goodbye and the two officers embraced. The Montenegrin also got on well with Orić.
“He loved sport. He was very proud and very correct. We had no conflict. He just wanted to do sport,” Šljivančanin recalled of Gotovina.
Orić agreed there was a group of inmates who coalesced around a type of military-sporting code. “Gotovina and I always got along, and Šljivančanin and I were on the same team. He played on the right wing. I was on the left wing.”
“All the people there were always very pleasant and they always wanted to help. We looked out for each other. If someone looked from outside at us they would say: These people are friends. Why did they go to war?” said Momčilo Krajišnik 6, Karadžić’s closest associate and one of the architects of Bosnia’s ethnic cleansing. “We had very close relationships. We had friendly relations. Our common problem brought us close together. I had better conversations with some Muslims and Croats than with some Serbs simply because these men were more compatible with me. If you go to trial and you don’t have a suit, someone lends you a suit. If someone makes a nice meal, you wouldn’t say I will give it just to Serbs, you would give it to Croats and Muslims. We all ate together. When we talked we discussed different things, business, sports, and so on. It was civilized.”
The one exception to the prison bonhomie was Vojislav Šešelj, the leader of the Serbian Radical Party, who had recruited the ultra-nationalist paramilitary groups responsible for atrocities in Croatia and Bosnia. He was at least consistent in his snarling irascibility, showing no signs of mellowing once he was in custody. He swore constantly at the guards. He took no part in team sports and refused to be in the gym at the same time as Orić. He tormented Šljivančanin for having once been Tito’s bodyguard, “Tito’s piglet” Šešelj called him.
Orić told the story of a chess match between Šešelj and Mladen “Tuta” Naletilić, a Bosnian Croat crime boss who commanded a “convicts’ battalion” in the war and was sentenced to twenty years in prison for torture and forced labor. Šešelj was perpetually angry anyway, but the white-haired bewhiskered Croat wound him up further.

“Tuta was saying to Šešelj, ‘Your great-grandfather was a Croat, but was caught stealing an egg and was excommunicated.’ Šešelj got furious and ranted at Tuta, but whenever he lost his focus, Tuta would steal one of his pieces,” Orić said.
It could be a scene from any village square in the Balkans. Two aging men squabbling over a chessboard. But Schveningen is a far more comfortable place to grow old than the war-ruined countries they left behind. It is half prison, half spa. It has yoga classes, top-flight medical care, language-study rooms, a library, classes on pottery and painting, musical instruments, personal trainers, public sculpture and murals in the courtyard. There is an extensive cafeteria, but the prisoners are allowed to order in groceries and do their own cooking, using a €15 weekly stipend. Families can spend seven consecutive days per month with the detainee, and even girlfriends are allowed conjugal visits. According to the prison authorities, quite a number of babies have been conceived at Scheveningen 7.
Haradinaj told an acquaintance: “In Pristina, you could stick three stars on this place and charge money.”
“I honestly expected it was going to be like Guantánamo,” Orić said. “But if our children had been looking for a retirement home for us, they couldn’t have done better. No retirement home has such conditions.”
The dissonance is jarring. Punishment for some of the worst crimes humanity has witnessed is being handled by the Dutch penal system, one of the most liberal on the planet. While most of the inmates tend to mellow in such conditions, few have shown genuine remorse.
Krajišnik, who played a pivotal role in organizing the ethnic cleansing of Bosnia from his comfortable perch in Pale, now claims to be a humanist at heart. “I never made distinctions between people on the basis of their ethnicity and religion. I have always believed that God made all men so I hate none,” he said 8.
Krajišnik is now back in Pale after having served two-thirds of his twenty-year sentence, most of it in British jails. He runs various businesses from a suite of offices above a gas station on the road into town from Sarajevo. Pale itself is as picturesque as ever: serene, alpine, small. At the time Karadžić and Mladić strutted through its streets, it was Bosnia’s Berchtesgaden, a tranquil hideaway from which to plan the ethnic purification of nations.
Krajišnik says he found Zen-like equanimity while in prison, but he does not acknowledge having personally committed any wrong over the course of the Bosnian war. All the bad things were done by other people, whom he will not name. “I don’t know what happened during the war. It was clear that it takes just a few of those pathological murderers to set a whole city on fire.” One man in prison, he recalled, would wake up in the middle of the night sweating, convinced he could see the faces of all his victims at the window in the dark. Not Krajišnik. He sleeps peacefully.
It is probably too much to ask of justice that it drives the guilty to remorse. A spartan prison regime of bread and water and bucket toilets probably would not have made any of the perpetrators any sorrier but rather just fed the cult of victimhood that is the lifeblood of the nationalist cause.
Most of the surviving victims and families of the dead are appalled at the cushy conditions at Scheveningen, but the imbalance between the horror visited on them and the redress offered by any system of justice is unbridgeable anyway. For such crimes there will never be any such thing as closure and it was ever thus. In 1946, after the forty-seven minutes it took to sentence the convicts at Nuremberg, the American journalist Martha Gellhorn observed: “Justice seemed very small suddenly. Of course it had to be, for there was no punishment great enough for such guilt.” 9
The same was true more than sixty years later in the Balkans. A better measure of value of the Hague arrests is to contemplate the awfulness of the alternative, if the perpetrators had been left to walk free, an outcome that would have assigned no value at all to the tens of thousands of lives they took away.
The states that emerged from Yugoslavia are finding it hard enough to escape its debris. The task would be immeasurably harder if the demagogues and their regiment of butchers had been left at liberty after the war. This was probably the greatest contribution of the manhunt. It extracted the likes of Milošević, Karadžić, and Mladić from the Balkan arena and in so doing removed a powerful force for conflict and instability.
The assumption of the NATO generals after the Dayton Accords that peace and justice were alternatives, that the arrest of war criminals would bring an instant return to fighting, was proved wrong. What is striking about the post-Dayton period in Bosnia is an almost total absence of reprisals. Given the gory horrors of the conflict in which the killers were often neighbors well known to the victims’ families, that lack of vengeance is an astounding phenomenon. It is explained, at least in part, by the faith Bosnians put in the Hague Tribunal’s capacity to dispense justice.
The fact that the killing came to a halt so abruptly, as if a switch had been flicked, also demonstrates the decisive role of political leadership in creating the conditions for the mass murders of the 1990s. The nationalist leaders who assumed power at the breakup of Yugoslavia were not struggling to contain the murderous impulses of their people. On the contrary, they created circumstances for psychopaths and sadists to kill with impunity.
Once the leadership was removed and that permissive climate came to an end, the blood stopped flowing. So the manhunt for the architects of ethnic cleansing and their transfer to The Hague was not a trigger for renewed conflict. Quite the reverse. It was vital to prevent a return to bloodshed. The lesson taught by the pursuit of the Yugoslav war criminals is that there can be no sustainable peace without some measure of justice.
The effort to deliver justice was sprawling and complex. It brought together prosecutors from across the globe, led in turn by South African, Canadian, Swiss, and Belgian prosecutors. It was spearheaded by a maverick American diplomat, a handful of Polish commandos, Britain’s SAS, and later the special forces of the Netherlands, the United States, Germany, and France. For a few years at least, the manhunt was the top priority of the CIA, MI6, and the DGSE. Finally it was the work of officials, human rights activists, and journalists in the region who defied the omertà and denial enforced by nationalist propaganda.
Only on occasion was this a concerted international effort. For the most part, the manhunt was driven forward fitfully by the domino effect of separate actions. The perseverance of the ICTY prosecutors ultimately bore fruit with the arrival of sympathetic officials like Madeleine Albright, Wesley Clark, Jacques Klein, and Robin Cook. Their decision to enforce the tribunal’s indictments ultimately shamed others into following suit. They created a new norm. Fear of capture by armed commandos provoked voluntary surrenders. Once the cells in Scheveningen were being filled and the ICTY’s credibility was beyond doubt, it became easier for prosecutors to demand that Western aid and European Union membership be made conditional on states handing over the wanted men. That in turn emboldened pro-Western and democratic politicians in Serbia and Croatia to make a stand against the nationalist orthodoxy of denial.
The ultimate success of the Hague manhunt was not the outcome of some grand master plan. Nor were its many failures along the way. The eighteen lost months between the Dayton Accords and the first arrests by the international community were not signs of conspiracy but of timidity. NATO governments and their generals judged the peace in the region to be far more fragile than it was in reality. The people of the former Yugoslavia were weary of war and contemptuous of their leaders’ venality. Once Western policy-makers realized that there would be no backlash, and it was clear there would not be reprisals against their soldiers for carrying out detentions, they poured substantial resources into the hunt.
France was an exception. The French military dragged its feet throughout the process. It was the last of the five powers in Operation Amber Star to carry out arrests and was more of a hindrance than a help in tracking down Karadžić. To some extent, this reticence was a product of bitter experience. More French soldiers had been killed during the Bosnian war than peacekeepers from any other nation. Army commanders were not in a hurry to sacrifice more of their troops for an enterprise they believed would jeopardize the peace. But sentimentality about France’s historical ties with Serbia led some French officers to turn a blind eye to the atrocities committed in Serbia’s name. As to a secret deal with Karadžić, it may not be hard to imagine President Jacques Chirac purring assurances of immunity to the Bosnian Serb leader, particularly at a time French servicemen were being held hostage. But Karadžić never produced documentary proof to back such claims.
Nor is there any concrete evidence for Bosnian Serb claims of similar guarantees from the US diplomat Richard Holbrooke. America’s hesitancy to commit to the manhunt was a consequence of the Pentagon’s risk-averse culture after the Black Hawk Down disaster in Somalia. But that complex was eventually shrugged off. By the end of the Clinton administration, the pursuit of Karadžić in Bosnia represented the biggest mission deployment of US special forces anywhere in the world. Its failure reflected the fact, to be demonstrated later in the hunt for Osama bin Laden, that finding fugitives in their natural habitat is diabolically hard and strength in numbers is not necessarily an advantage to the pursuers. On the contrary, it can make it easier for the quarry to see them coming. That is why the ICTY’s own tracking team, for all its faults, proved a better value on an arrest-per-dollar basis than the far more formidable spy agencies deployed by the Western powers.
By saving the ICTY from oblivion, the manhunt changed legal history. Throughout the twentieth century, idealists had talked about a permanent international court that would hold accountable those responsible for the worst crimes, including political leaders and heads of state. There was a burst of enthusiasm for such a court in the immediate aftermath of the Nuremberg trials, but it subsided as the Cold War set in and such universalist idealism faded.
The end of the Cold War, however, set in motion a new drive to create institutions dispensing international justice. The examples set by the ICTY and its ad hoc African twin, the International Criminal Tribunal for Rwanda, showed such institutions could work and offered at least the hope of deterring future atrocities. The creation of the International Criminal Court (ICC) in 2002, not far from the ICTY’s headquarters in The Hague, marked a historic and significant transfer of legal authority from sovereign states to an international institution. More than 120 states now give the ICC the power to initiate proceedings against high functionaries suspected of serious crimes, including genocide, crimes against humanity, war crimes, and aggression 10.

As was the case with the ICTY at its inception, few initially gave the ICC much chance of survival. It was designed to operate independently of the great powers in the UN Security Council. Its judges and prosecutor are elected on a one state, one vote principle. Without a dominant say, the major powers have distrusted the new court, fearing it might one day turn its attention to them. They have tried to suffocate it in the cradle. Clinton belatedly decided to sign the Rome Statute establishing the ICC on New Year’s Eve 2000, one of the last days of his presidency. His successor, George W. Bush, spent his first months in office seeking to reverse that decision and “unsign” the document. The bare-knuckle, legally dubious methods the United States and its allies employed in their post-9/11 war on terror only deepened the reluctance to risk scrutiny by a foreign court.
The Bush administration could not stop the ICC from coming into being, however. A rush of ten ratifications of the Rome Statute in April 2002 brought it over the threshold of the sixty member states necessary to bring it to life. It was formally born on July 1, 2002. Nations joined up faster than anyone had expected, in part because the court came to be seen as a counterweight to the Bush administration’s unilateralist leanings. Unlike most international institutions, it was the creation of mostly small and midsize nations* rather than the permanent five Security Council members.

n the long term, however, it is hard to run an international institution without Security Council support. The lack of US endorsement, along with India’s and China’s refusal to join, have hobbled the workings of the ICC, which depends on state contributions to function. It does not have an agency like the tracking team that is empowered and willing to carry out international arrests,11 and it can investigate war crimes against the wishes of the government involved only if it is armed with a referral from the UN Security Council. In practice that means that all eight ICC indictments up to 2014 have been against Africans. Washington, Moscow, and the other competing powers have less at stake in Africa, so have less reason to veto investigations. But the focus on African crimes has inevitably drawn accusations of racism and threats of a boycott from the African Union.
In the face of the slaughter in Syria and Iraq, the ICC has been powerless. With a return to sharp-edged great-power rivalry following the post–Cold War lull, there is a real danger of the ICC stalling. To this day, the ICTY is still the high-water mark of international justice for crimes against humanity.
That is not surprising. The conditions that permitted the pursuit and capture of the Hague indictees were unique. The crime scene was in Europe and was patrolled in the immediate postwar period by a substantial NATO force, which eventually agreed to act as the ICTY’s arresting officer. Furthermore, the governments of the region sorely wanted something that Europe had to offer, EU membership, giving Western capitals the sort of leverage that is hard to reproduce elsewhere.
The ICTY’s great achievement, pushing back the culture of impunity for mass atrocities, was born of a particular set of circumstances. Now, in the absence of those circumstances, its legacy is in danger of unraveling.
It was always going to be a fragile legacy, vulnerable to erosion. The justice on offer in The Hague was destined to be incomplete. More than 130,000 people were killed in the course of Yugoslavia’s disintegration, most of them civilian victims of war crimes. Across large swaths of Bosnia and Kosovo, there were atrocities in almost every town. In the face of murder on this scale, the Hague indictment list of 161 suspects was illustrative rather than comprehensive. Originally intended to net the worst offenders and architects of ethnic cleansing, the Hague list ended up a mixed bag, involving plenty of small-fry prison guards and soldiers simply because they were easy to indict when the court was fighting for survival. Even after all the suspects on the list had been rounded up and transferred to The Hague, or otherwise accounted for, it left a lot of killers at large in the Balkans and many atrocities ignored and forgotten by justice.
In Serb eyes, the justice meted out by the Hague Tribunal was partial in more ways than one. Crimes against Serbs, they say, have largely gone unpunished. They point in particular to the killings of hundreds of mostly elderly Serbs in Croatia in the aftermath of Operation Storm in August 1995, and the murder of Serb civilians at the hands of the Kosovo Liberation Army (KLA) guerrillas after the 1999 war. There was outrage over the acquittal of Orić, the Bosniak commander in Srebrenica, and of Haradinaj, the former KLA commander. The latter’s trial was marked by the death and disappearance of several of the witnesses.
The Serbs are right to think that crimes against their countrymen have gone unpunished but incorrect to think they are alone in being so wronged. There are too many graves containing the bones of all ethnicities for international justice to cope with, given finite resources. Such inadequacy does not discriminate against Serbs in favor of Bosniaks, Croats, and Kosovars. It discriminates against victims in favor of perpetrators.
Some of the deficit has been made up by national war crimes courts established in the former Yugoslav states—another legacy of the ICTY. The parallel courts in Serbia, Croatia, and Bosnia have been able to cooperate better than expected and have mounted hundreds of prosecutions. However, they lack political support and have on occasion stumbled spectacularly. In 2013, the court in Sarajevo was forced to release twelve men who had been indicted for war crimes, including six allegedly involved in the Srebrenica massacres, because the European Court of Human Rights in Strasbourg ruled they had been tried under the wrong criminal code 12.

The Serbian Special War Crimes Court in Belgrade, established in 2003, convicted seventy people in its first ten years of existence, but an Amnesty International report in June 2014 found that, largely due to government support that was tepid at best, “the number of completed prosecutions remains low, and the rate at which indictments are brought is too slow.” 13
The record of the Croatian Special War Crimes Chamber is even worse. An Amnesty International report in 2010 found that the system completed on average only eighteen war crimes trials a year, with seven hundred cases awaiting prosecution. Three-quarters of these cases were targeted at ethnic Serbs. War crimes committed by Croats have gone largely unpunished and un-investigated.

The hardest irony to accept for the prosecutors and investigators who led the Hague manhunt has been the ICTY’s own role in undoing their legacy. After all the suspects had been successfully rounded up, the tribunal’s judges reversed a string of convictions of high-ranking defendants on appeal, including the Croatian generals Ante Gotovina and Mladen Markač in November 2012, and then the Serbian chief of staff, General Momčilo Perišić.
Even more controversially, at the end of May 2013, the tribunal acquitted Jovica Stanišić and Franko Simatović, two senior state security officials from the Milošević era who had been instrumental in arming, equipping, and training Serb paramilitary groups responsible for wholesale abuses in Croatia and Bosnia.
The series of acquittals represented a sharp about-face for the tribunal, which had hitherto held senior officers and officials accountable for the mass atrocities committed by their underlings on the grounds that they were involved in a “joint criminal enterprise.” Under the leadership of an American judge, Theodor Meron, an eighty-three-year-old Holocaust survivor and former Israeli diplomat, the new judgments significantly raised the threshold of proof needed to convict political leaders. It was no longer enough to demonstrate that senior officers had control over the units who committed mass murder. The prosecution now had to be able to show evidence of specific orders to carry out particular crimes. So although the court had evidence that Stanišić had made reference to mass killings and had declared “we’ll exterminate them completely,” that seemingly damning remark was judged “to be too vague to be construed as support for the allegation that Stanišić shared the intent to further the alleged common criminal purpose.” 14
The decisions caused a rift at the heart of the tribunal. Michèle Picard, a French judge on the panel that acquitted Stanišić and Simatović, delivered her dissenting verdict, arguing, “If we cannot find that the accused aided and abetted those crimes, I would say we have come to a dark place in international law indeed.” 15
A Danish judge on the tribunal, Frederik Harhoff, went further in his dissent, circulating a letter to fifty-six friends and lawyers suggesting Meron had put pressure on his colleagues to acquit the high-profile defendants. Harhoff also questioned whether the tribunal president was himself under the influence of the US and Israeli governments, concerned that the principle of “joint criminal enterprise” could one day put them in the dock for backing armed groups in places like Lebanon, Syria, Iraq, or Afghanistan. “You would think that the military establishment in leading states (such as USA and Israel) felt that the courts in practice were getting too close to the military commanders’ responsibilities,” Harhoff wrote. “In other words: The court was heading too far in the direction of commanding officers being held responsible for every crime their subordinates committed. Thus their intention to commit crime had to be specifically proven.” 16

Harhoff was subsequently removed from the tribunal’s bench on the grounds the letter reflected bias, and he was criticized for singling out Meron for his US and Israeli identity. But it was hard to escape the conclusion that some of the tribunal’s judges had taken fright at the consequences of its work for all states waging proxy wars through allied militias. They had wanted to bring some justice to the former Yugoslavia, not change the world. Their strongest critics argued that, in acquitting the generals and the spy chiefs, they had done neither.
The acquittals, wrote Eric Gordy, a lecturer in the politics of Southeast Europe at University College London, marked “a sad end to the story of a court that was founded with little hope, encouraged some, then jettisoned it all.” 17
When Meron went to Sarajevo to mark the tribunal’s twentieth anniversary in May 2013, the mothers of the Srebrenica victims turned their backs to him as he began to speak, while other activists walked out holding aloft a banner declaring “RIP Justice.” Nataša Kandić, a veteran human rights activist from Belgrade, said, “The consequences of these rulings are clear. You cannot expect indictments based on command responsibility. After these verdicts, it’s very difficult to speak about justice in the region.” 18
For Hasan Nuhanović, a Srebrenica survivor, the tribunal’s apparent about-face was the last veil to be lifted on an illusion of justice. Nuhanović’s mother, father, and brother were killed by Bosnian Serb forces. His mother’s burned remains were found on a trash dump. The bodies of his father and brother were buried in a mass grave and then dug up with hundreds of others and reburied in a second pit, where they were finally identified.
“We wanted the reconstruction of our homes. Hundreds of villages just disappeared from the map, and we wanted to be somehow compensated, along with getting the arrest of war criminals. We lived an illusion, thinking that if someone lived through something like that, they would be rewarded,” Nuhanović said. “We realize now that package will never be delivered. And what did we get for living through all that? We got the absence of war.” 19
A short-lived Balkan Spring broke out in February 2014, bringing demonstrators onto the streets of Bosnian towns to protest against the country’s economic and political stagnation. It produced a generational divide between the mostly young activists, who wanted more from life, and their parents, who vividly remembered the war and were still grateful they were no longer under fire and their children were no longer being killed.
Even that single irreducible achievement, the absence of war, seems under threat. The youth of different ethnicities mix less now than at any time in the region’s history, and each is taught a different version of history. Reconciliation has never seemed so far off.
The sense of foreboding has grown every time a protagonist in the Yugoslav carnage has been set free. It is not just the ICTY’s acquittals that have fed this dread. Thanks to the liberal sentencing guidelines under which many of the war criminals were jailed, men convicted of dozens or even hundreds of killings are benefiting from early release, having served two-thirds of their sentences. They are returning home, to be welcomed as heroes by their communities.
Krajišnik was greeted in Pale by thousands of people waving flags and placards bearing nationalist slogans. Always under Karadžić’s shadow during the war, he had never previously received such adulation. A former Bosnian Croat separatist leader, Dario Kordić, who had been convicted of orchestrating the massacres of Muslims in central Bosnia, was released in June 2014 after serving two-thirds of his twenty-five-year sentence. He too was met by cheering crowds, flags, and slogans, as well as a Catholic bishop who conducted a thanksgiving mass. Slavo Kukić, a Bosnian Croat university professor who criticized Kordić’s welcome, was beaten up with a baseball bat 20.

The return of the Hague Tribunal’s convicts has been accompanied by a drive to erase memories of the slaughter. After survivors and bereaved families put up a memorial to the mass murder of Muslims in Višegrad, the response of the local Serb authorities was as unsubtle as it was symbolic. They arrived with an angle grinder and removed the word “genocide” from the stone monument. A group of Višegrad widows tried to restore it in lipstick, only for it to be obscured by municipal white paint a few days later 21.
In Višegrad, and at the sites of other mass killings of Bosniaks, Serb nationalists have not only prevented memorials to the victims; they have made a point of erecting monuments to fallen Serb soldiers instead.
“Those who committed the war crimes against us are still winning. They are killing our truth,” said Bakira Hasečić, a Višegrad survivor who was raped multiple times by Serb paramilitaries at her home and in the local police station in 1992. Her sister was raped and killed. Her eighteen-year-old daughter was raped in front of her and had her head smashed by a rifle butt, yet survived.
In western Bosnia, where the most notorious concentration camps were situated, the story is the same. On the grounds of one of these camps, at Trnopolje, where torture and rape were rife and where hundreds of Bosniaks and Croats were killed, a concrete memorial to fallen Serb soldiers has been placed at the entrance and inscribed with an ode to freedom.
Omarska, an iron ore mine that served as a death camp during the war, is now run by a Luxembourg-based multinational steel corporation, ArcelorMittal. The firm says it is perfectly ready to put up a memorial on the site, just as soon as the local authority in Prijedor gives its consent. That is something the town council, run by Serb nationalists, has declined to do.
When he was thirty, Kasim Pervanić spent a few months in Omarska, along with hundreds of other Bosniak men. Every night, the guards would read out a list of names. The men on the list were taken away and never came back. Most were killed in a large shed known as the White House. The guards called Pervanić’s name one night but he hid and the guards left empty-handed. More than twenty years on, he still wakes up sweating at 2:30 a.m., the same time they came for him.
After failing to settle abroad, in the United Kingdom or Holland, Pervanić returned to Kevljani, his village, which is a mile or so from Omarska and the site of a massacre of its Bosniak residents 22 When he got back in 2003, there was nothing left of the settlement. It had been obliterated and its foundations were submerged in tall grass. He spent nine years building a new house, with a traditional square, double-decked roof—a singular act of determination and defiance. He lives alone but the memories come calling every day. The postman was one of the Omarska guards. The man who sells Pervanić metal wire for his construction work was a camp commandant.
He never talks about the past unless they mention it first. Then he cannot help himself. They dwell on the people they saved, not the people that were killed. “So who killed all these people then?” Pervanić asks. “It looks like no one is responsible.
“As time goes by you become numb. You lose your feelings,” he said. “It is nineteen years since the war and fourteen years since I came back here. No Serb has spent the night in a Muslim village, and no Muslim has ever spent the night in a Serb village … If there was a new war, no one would survive. No one would be spared.”
The war criminals are walking free again. Nationalism is on the rise and the memories of the dreadful past are being physically erased. Victims are being made to cower once more. For those who stood by while the crimes were committed and waved their flags on cue, it is more comfortable to imbibe the familiar nationalist bromides, reassuring themselves they were the true victims. The sound of the slogans blocks out the murmurs of the bones buried under their feet.
So after such an extraordinary achievement—the relentless pursuit of the accused until all 161 names on the Hague list had been checked off and the mission completed —what is there left as a legacy?
Some justice was done. A few score of the guilty stood before the dock and were made to listen while the survivors recounted the bare facts. The convicted were deprived of some years of liberty. It is not justice’s fault that this appears so paltry in face of such atrocious crimes. This is all it has to offer. That and a reasonable stab at the truth.
“Without the tribunal there wouldn’t be a database of seven million documents which very clearly gives the history of the conflict, so that no one can deny that crimes have taken place, and that genocide has been committed,” Serge Brammertz, the ICTY’s last chief prosecutor, said 23.
Resurgent nationalists in the states of the former Yugoslavia are covering over the truth of what happened with a thick layer of revisionism and denial, but the meticulous record of the tribunal, with its seven million documents, cannot be buried forever. Nor can the demand for justice for humanity’s worst crimes. The Yugoslav manhunt showed that the judgments of an international court could be enforced. It showed that, given time, resources, and political will, war criminals could ultimately be tracked down and held to account. It set a benchmark against which all future efforts will be judged.

Notes
1.   “Mladić Refuses to Testify for Karadžić at ICTY Trial,” BBC News (January 28, 2014).

2.  According to anonymous sources within the ICTY prosecutors.
3.  Naser Orić, interview with author, February 13, 2014.
4.  A Dutch investigation in April 2006 found Milošević died of natural causes. Although there had been evidence that he had been taking unprescribed, smuggled medicines in the preceding months, there was no evidence of them in his cell when he died.
5. Veselin Šljivančanin, interview with author, October 31, 2013.
6.  Momčilo Krajišnik, interview with author, February 11, 2014.
7.  “Scheveningen—a Far from ‘Normal’ Prison,” Balkan Investigative Reporting Network (November 27, 2013).
8.  Krajišnik, interview with author, February 11, 2014.
9.  James Owen, Nuremberg: Evil on Trial (London: Headline Review, 2006).
10. For an account of the International Criminal Court’s genesis, see David Bosco, Rough Justice: The International Criminal Court in a World of Power Politics (New York: Oxford University Press, 2014).
11. The former US war crimes envoy David Scheffer suggested a legal framework for the ICC’s own tracking team in 2014 (“Proposal for an International Criminal Court Arrest Procedures Protocol,” Northwestern Journal of International Human Rights, Vol.12, Issue 3), but it remains very much a theoretical exercise.
12.  “Euro Court Rules Bosnia War Crimes Sentences Unjust,” Balkan Investigative Reporters Network (July 18, 2013).
13. “Serbia: Ending Impunity for Crimes Under International Law,” Amnesty International (June 2014).
14. ICTY document, trial chamber judgment, “Prosecutor v. Jovica Stanišić and Franko Simatovic,” vol. II (May 30, 2013).
15. Ibid.
16. “ICTY Judge Frederik Harhoff’s Email to 56 Contacts, June 6, 2013,” published online by Danish newspaper BT
17. Eric Gordy, “What Happened to the Hague Tribunal,” New York Times (June 2, 2013).
18. Nataša Kandić, interview with author, October 29, 2013.
19. Hasan Nuhanović, interview with author, February 10, 2014.
20. “Bosnian Professor Beaten for Criticising War Criminal,” Balkan Investigative Reporters Network (June 24, 2014).
21. Julian Borger, “War Is Over—Now Serbs and Bosniaks Fight to Win Control over a Brutal History,” The Guardian (March 23, 2014).
22. Kasim’s younger brother, Kemal, who he helped keep alive in Omarska, has made a film about Kevljani called Pretty Village.
23. Serge Brammertz, interview with author, October 3, 2011.