Pas de Réconciliation sans Justice 2017 !

De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.
De gauche à droite, Moussa Dadis Camara, Papa Koly Kourouma à Ouagadougou, octobre 2017.

L’auteur de l’article « Ouagadougou : Papa Koly Kourouma chez Dadis Camara » affirme que “que les deux hommes étaient très proches”. Malheureusement il ne fournit aucune explication ou donnée à l’appui de ce “rappel”.
Cet entrefilet est typique du site Africaguinée, et de la presse électronique guinéenne, en général. On se contente de présenter le fait quotidien brut, détaché de ses antécédents chronologiques, historiques et/ou logiques.

Amnésie sélective, déni de justice et impunité

Au plan de la déontologie journalistique, il est à la fois condamnable et impardonnable de parler de Moussa Dadis Camara et d’omettre toute mention du massacre du 28 septembre 2009 au stade sportif de Conakry. C’est une manière de banaliser l’assassinat politique endémique en Guinée de 1954 (mort subite et suspecte de Yacine Diallo, premier député de la Guinée française) à nos jours (morts de manifestant civils sous les balles de policiers à Boké et à Conakry le mois dernier). C’est également une démonstration d’amnésie sélective, un déni de justice et la  perpétuation de l’impunité pour les crimes des officiels et agents de l’Etat guinéen, perpétrés sans relâche depuis 1958.

Si Ahmed Tounkara s’était donné la peine de fouiller il aurait enrichi son billet par des détails sur la gouvernance de Moussa Dadis Camara et de son Conseil national pour la démocratie et le développement (Cndd).
Il aurait aussi relevé la composition du gouvernement de Dadis au sein duquel les postes stratégiques revenaient en priorité aux fonctionnaires de l’ethnie guerzé (Kpèllè). A l’exception du ministère des Mines et de la Géologie, où Mahmoud Thiam trôna en corrupteur corrompu, et qui purge depuis août dernier une peine de 7 ans dans une prison fédérale américaine pour corruption et blanchiment d’argent.

Je me souviens d’un incident public entre janvier et février 2009 entre Dadis et Papa Koly Kourouma, qui sont liés par une parenté avunculaire, c’est-à-dire de neveu à oncle.
De retour d’une mission à Nzérékoré, Papa Koly voulut résumer sa mission en langue nationale kpèlèwö. Dadis le rabroua net et lui ordonna de s’exprimer en français. C’était un réflexe démagogique et un patriotisme de façade. Car son régime prit graduellement une complexion ethnocentrique. Et il finit par sombrer dans le crime de sang, de guerre, et contre l’humanité avec le massacre de centaines de manifestants pacifiques et le viol de dizaines de femmes et de jeunes filles, commis par la soldatesque menée par lieutenant Toumba Diakité et par des hordes de miliciens forestiers drogués.

Réconciliation avant la justice : la charrue devant les boeufs

Quant à Papa Koly Kourouma, il a récemment exprimé son regret d’avoir appuyé la candidature d’Alpha Condé en 2010 et en 2015. Trop tard ! « La mort et le remords se taillent le chemin à reculons. » (Nimse e mayde ko ɓaawo waɗirta ɗatal) enseigne Tierno Muhammadu Samba Mombeya dans son Filon du Bonheur Eternel (Oogirde Malal, composé vers 1830). Le manque de clairvoyance et la pauvreté de jugement nullifient le “repentir” tardif de M. Kourouma. Pire, ses déclarations politiciennes ne ressusciteront pas les quelques 90 personnes tuées sous la présidence d’Alpha Condé, son ex-allié politique.

Pour s’excuser réellement et faire honnête amende honorable, cependant, il devrait rebaptiser son parti. Au lieu de Générations pour la RÉCONCILIATION, l’Union et la Prospérité, il devrait l’appeler Générations pour la JUSTICE, l’Union et la Prospérité !
Ce serait un bon début sur la route de la sincérité et de la solidarité !

PAS de Réconciliation, d’Union et de Prospérité SANS JUSTICE !

Tierno S. Bah

Thiam. Invocation imméritée du Camp Boiro

Honorable Denise L. Cote, United States District Court for the Southern District of New York.
Honorable Denise L. Cote, United States District Court for the Southern District of New York.

Reconnu coupable de blanchiment d’argent et de corruption en mai dernier par le jury, Mahmoud Thiam, ancien ministre des mines et de la géologie de Guinée, a été condamné, le 25 août 2017, à sept ans de prison ferme à New York, par l’Honorable Denise Cote, Juge fédérale pour le Southern District de New York. Avant la proclamation de la sentence, l’avocat de Mahmoud Thiam a cherché à adoucir la frappe du glaive de la Justice contre son client. Dans un plaidoyer désespéré, il a fait ainsi une invocation indirecte, implicite, inappropriée, illégitime et imméritée du Camp Boiro. Je traduis et commente ici certains passages de la dépêche de l’Associated Press, qui a été largement reprise par les journaux et les sites web.

  1. D’entrée de jeu la juge Denise Cote déclare que le citoyen américain, Mahmoud Thiam, a trahi la République de Guinée en acceptant des pots-de-vin d’un montant 8.5 million dollars US. Il s’agit d’un constat matériel et d’une opinion irréfutable. A n’importe quel niveau de la hiérarchie administrative et gouvernementale, le fonctionnaire et le ministre sont censés servir les populations, et non pas s’en servir. Ils en sont les serviteurs et non pas les maîtres. En compromettant —peut-être irrémédiablement — le potentiel humain, social, culturel et économique (rural et industriel) de la Guinée, les régimes successifs du pays ont créé le cadre toxique dont Mahmoud Thiam est devenu un symbole mondial.
  2. La juge continue : Mahmoud Thiam arriva à Conakry en 2009 pour “aider” la Guinée “et non pas pour la dépouiller.” “Il vit la corruption tout autour de lui. Il décida finalement d’y succumber.”
    La juge prête ici des intentions généreuses et un motif louable à Mahmoud Thiam. Mais la réalité est différente. Car ce n’est pas à son arrivée que M. Thiam se rendit compte de la vénalité rampante en Guinée. Il connaissait les réalités du pays. Et il devait bien au courant de l’effondrement de la moralité publique dans son pays natal et du manque de confiance des dirigeants par les populations. Le fossé se creuse depuis le début des années 1960. En 2009, l’écart était devenu béant et visible de tous, à domicile comme à l’étranger.

Lire (a) Guinea: Estrangement Between the Leaders and the People
(b) Parti Démocratique de Guinée: Reform and Repression  (c) The Decline of the Guinean Revolution. The Erosion of Public Morality

  1. Lansana Conté meurt le 22 décembre 2008.Quelques heures plus tard, son remplaçant choisi et préparé, un certain capitaine Moussa Dadis Camara, chef du service carburant des Forces armées, s’empare du pouvoir. Il s’y installe, appuyé par le Conseil national pour la démocratie et le développement. Pressenti pour le poste de Premier ministre, Komara Kabinet invite Mahmoud Thiam à participer à son gouvernement. Consentant, il négocie son départ de UBS et part dare-dare pour Conaky. Son plan — et peut-être l’offre — est arrêté : obtenir un poste lucratif, offrant plein d’occasions pour des tractations plus ou moins légitimes, des commissions rondelettes, ainsi que des pourboires juteux.

    Mahmoud donne à Global Mining Observer en 2014 une version arrondie et édulcorée des circonstances de sa nomination gouvernementale. Il y expose aussi une conception superficielle, naïve, démagogique et prédatrice du développement, qui serait induit et impulsé par l’industrie extractive. Les préalables culturels lui échappent, bien sûr. Et, paradoxalement, les critères d’ordre financier ne font même pas l’objet d’une esquisse d’explicitation…

    Le 14 janvier 2009, il entre au gouvernement dirigé par Komara Kabinet, où il occupe le poste de ministre des Mines et de l’Energie, sous la présidence du petit capitaine.
    Le 3 décembre 2009, Dadis et Toumba Diakité ont une altercation orageuse au sujet du massacre de centaines de manifestants pacifiques le 28 septembre précédent au stade sportif de Conakry. La dispute vire au drame et des coups de feu sont échangés. Dadis reste sur le carreau, grièvement blessé; Touba, lui, s’enfuit et se réfugie hors de Guinée.
    En janvier 2010 un régime de Transition est créé à la place du CNDD. Il a pour mission d’organiser l’élection présidentielle avant la fin de l’année.  Général Sékouba Konaté le dirige. (A noter que cet officier est interdit de séjour aux USA depuis 2016 pour flagrant délit de trafic de devises). Et Jean-Marie Doré remplace Komara Kabinet à la Primature.
    Le 15 février 2010 Mahmoud Thiam conserve son portefeuille, désormais appelé Mines et la Géologie, moins l’Energie donc.
    Le 4 janvier 2011 Mahmoud Thiam est débarqué du gouvernement par Alpha Condé, le nouveau président “élu”. Peu après M. Thiam quittait la Guinée pour retourner dans sa patrie d’adoption, les USA. Pour son malheur, il avait déjà enfreint la loi anti-corruption étrangère connue sous le nom de Foreign Corrupt Practice Act. Dès lors, patient et méticuleux, le FBI l’attendait de pied ferme. Ainsi, dans son interview avec Global Mining Observer, Mahmoud avoue se sentir sous surveillance policière depuis 2004.

  2. “… une terre où la force de la loi n’existe pas.” Lapidaire et exacte, la formule précédente par Juge Cote dépeint bien la Guinée. Elle s’applique à ce pays, hier comme aujourd’hui, depuis 1959. Et tant que la situation durera, il ne faudrait pas s’attendre à la réalisation de gros investissements : Konkouré, Simandou, chemin de fer trans-guinéen, nouveaux ports et aéroports, universités dignes de ce nom, etc.
  3. Mahmoud Thiam “ne montra pas de remords pour sa culpabilité” affirmée par le jury. “J’ai même perçu quelqu’un qui croit exercer un droit”… de profiter des recettes de la corruption, ajoute la juge.
    Cet état d’esprit est un cancer qui s’est presque généralisé dans la fonction publique guinéenne. Lorsqu’un fonctionnaire est nommé à un poste “lucratif”, on lui dit : “C’est ta chance, saisis-la.” “Si tu n’en profites pas pour détourner le bien public à tes fins personnelles, alors tu es maudit ! »
  4. Le code pénal fédéral américain recommande 12 ans ou plus pour le genre de crime dont Mahmoud Thiam a été reconnu coupable. En imposant une peine de 7 ans, la juge a tenu compte d’un argument de l’avocat défenseur Aaron Goldsmith. Pour attirer la compassion et la grâce des jurés et de la juge, celui-ci a invoqué “la torture et le meurtre” du prisonnier politique que fut le père de Mahmoud Thiam. Zélé, l’avocat parla du “violent régime communiste à la tête de la Guinée en 1971”.
    La dictature de Sékou Touré fut d’une violence inouïe, certes. Mais le tyran n’était pas d’obédience communiste. Il était sékoutouréiste ! C’est-à-dire pire que le communisme.
  5. A s’en tenir au communiqué de l’agence de presse, l’avocat n’a pas fourni au tribunal les circonstances de la disparition de M. Thiam père. Les indications suivantes suffisent pour combler la lacune.
    De qui parle-t-on ? Il s’agit ici de Baba Hady Thiam, licencié en droit et directeur de la Banque guinéenne du Commerce Extérieur (BGCE). Intègre et rompu dans la gestion, l’inspection et l’audit bancaires, il faisait partie de l’élite de ce secteur dans les années 1960. Par malheur, le chef de l’Etat guinéen ne connaissait en matière de finance et de banque que les manigances et les magouilles. Entre la probité des professionnels et la fourberie du politicien, la collision et le choc devinrent inévitables. Le groupe de Baba Hady Thiam n’était pas dupe. Au contraire, il mesurait l’ampleur des dégâts causés par la gabegie de Sékou Touré. Se sachant démasqué, et pour éteindre la contradiction à son avantage, le président prit les devants de façon draconienne et tragique. Il accusa, sans la moindre preuve, ses cadres de banque de complicité avec le commando militaire guinéo-portugais qui attaqua Conakry le 22 novembre 1970. Ils furent arrêtés sans mandat, jugés en leur absence, et fusillés ou pendus par des pelotons d’exécution qui incluaient capitaine Diarra Traoré et lieutenant Lansana Conté. Outre Baba Hady Thiam, les victimes de la purge du secteur de la banque incluaient :

    • Ousmane Baldé, Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiana Keita, pendus publiquement  le 25 janvier 1971.
    • Théodore Soumah
    • Félix Matos Gnan
      Ces pères de famille expièrent pour un crime qu’ils n’avaient pas commis. Ils ne laissèrent pas de fortune à leur famille, mais ils lèguent à la postérité une vie exemplaire et, en l’occurrence, un casier judiciaire vierge.

En plongeant délibérément dans les réseaux de corruption qui minent la Guinée, Mahmoud Thiam a pris le chemin opposé des idéaux, de la droiture et de la rectitude, incarnés par Baba Hady Thiam et sa génération.

Lire Jeunes et patriotes, rêves et carrières brisés

Tierno S. Bah

Breaking Down Democracy

Download (PDF, 2.67MB)

Arch Puddington
Breaking Down Democracy:
The Strategies, Goals, and Methods of Modern Authoritarians
Freedom House, Democracy Studies. June 2017

Contents

Executive Summary
Introduction: Modern Authoritarians: Origins, Anatomy, Outlook
Chapter 1. Validating Autocracy through the Ballot
Chapter 2. Propaganda at Home and Abroad
Chapter 3. The Enemy Within: Civil Society at Bay
Chapter 4. The Ministry of Truth in Peace and War
Chapter 5. The Rise of ‘Illiberal Democracy’
Chapter 6. Flacks and Friends
Chapter 7. Bullying the Neighbors: Frozen Conflicts, the Near Abroad, and Other Innovations
Chapter 8. Back to the Future
Conclusion: Authoritarianism Comes Calling

Executive Summary

The 21st century has been marked by a resurgence of authoritarian rule that has proved resilient despite economic fragility and occasional popular resistance. Modern authoritarianism has succeeded, where previous totalitarian systems failed, due to refined and nuanced strategies of repression, the exploitation of open societies, and the spread of illiberal policies in democratic countries themselves. The leaders of today’s authoritarian systems devote fulltime attention to the challenge of crippling the opposition without annihilating it, and flouting the rule of law while maintaining a plausible veneer of order, legitimacy, and prosperity.

Central to the modern authoritarian strategy is the capture of institutions that undergird political pluralism. The goal is to dominate not only the executive and legislative branches, but also the media, the judiciary, civil society, the commanding heights of the economy, and the security forces. With these institutions under the effective if not absolute control of an incumbent leader, changes in government through fair and honest elections become all but impossible. Unlike Soviet-style communism, modern authoritarianism is not animated by an overarching ideology or the messianic notion of an ideal future society. Nor do today’s autocrats seek totalitarian control over people’s everyday lives, movements, or thoughts. The media are more diverse and entertaining under modern authoritarianism, civil society can enjoy an independent existence (as long as it does not pursue political change), citizens can travel around the country or abroad with only occasional interference, and private enterprise can flourish (albeit with rampant corruption and cronyism).

This study explains how modern authoritarianism defends and propagates itself, as regimes from different regions and with diverse socioeconomic foundations copy and borrow techniques of political control. Among its major findings:

  • Russia, under President Vladimir Putin, has played an outsized role in the development of modern authoritarian systems. This is particularly true in the areas of media control, propaganda, the smothering of civil society, and the weakening of political pluralism. Russia has also moved aggressively against neighboring states where democratic institutions have emerged or where democratic movements have succeeded in ousting corrupt authoritarian leaders.
  • The rewriting of history for political purposes is common among modern authoritarians. Again, Russia has taken the lead, with the state’s assertion of authority over history textbooks and the process, encouraged by Putin, of reassessing the historical role of Joseph Stalin.
  • The hiring of political consultants and lobbyists from democratic countries to represent the interests of autocracies is a growing phenomenon. China is clearly in the vanguard, with multiple representatives working for the state and for large economic entities closely tied to the state. But there are also K Street representatives for Russia, Kazakhstan, Azerbaijan, Turkey, Ethiopia, and practically all of the authoritarian states in the Middle East.
  • The toxic combination of unfair elections and crude majoritarianism is spreading from modern authoritarian regimes to illiberal leaders in what are still partly democratic countries. Increasingly, populist politicians—once in office—claim the right to suppress the media, civil society, and other democratic institutions by citing support from a majority of voters. The resulting changes make it more difficult for the opposition to compete in future elections and can pave the way for a new authoritarian regime.
  • An expanding cadre of politicians in democracies are eager to emulate or cooperate with authoritarian rulers. European parties of the nationalistic right and anticapitalist left have expressed admiration for Putin and aligned their policy goals with his. Others have praised illiberal governments in countries like Hungary for their rejection of international democratic standards in favor of perceived national interests. Even when there is no direct collaboration, such behavior benefits authoritarian powers by breaking down the unity and solidarity of the democratic world.
  • There has been a rise in authoritarian internationalism. Authoritarian powers form loose but effective alliances to block criticism at the United Nations and regional organizations like the Organization for Security and Co-operation in Europe and the Organization of American States, and to defend embattled allies like Syria’s Bashar al-Assad. There is also growing replication of what might be called authoritarian best practices, vividly on display in the new Chinese law on nongovernmental organizations (NGOs) and efforts by Russia and others to learn from China’s experience in internet censorship.
  • Modern authoritarians are working to revalidate the concept of the leader-for-life. One of the seeming gains of the postcommunist era was the understanding that some form of term limits should be imposed to prevent incumbents from consolidating power into a dictatorship. In recent years, however, a number of countries have adjusted their constitutions to ease, eliminate, or circumvent executive term limits. The result has been a resurgence of potential leaders-forlife from Latin America to Eurasia.
  • While more subtle and calibrated methods of repression are the defining feature of modern authoritarianism, the past few years have featured a reemergence of older tactics that undermine the illusions of pluralism and openness as well as integration with the global economy. Thus Moscow has pursued its military intervention in Ukraine despite economic sanctions and overseen the assassination of opposition figures; Beijing has revived the practice of coerced public “confessions” and escalated its surveillance of the Tibetan and Uighur minorities to totalitarian levels; and Azerbaijan has made the Aliyev family’s monopoly on political power painfully obvious with the appointment of the president’s wife as “first vice president.”
  • Modern authoritarian systems are employing these blunter methods in a context of increased economic fragility. Venezuela is already in the process of political and economic disintegration. Other states that rely on energy exports have also experienced setbacks due to low oil and gas prices, and China faces rising debt and slower growth after years of misallocated investment and other structural problems. But these regimes also face less international pressure to observe democratic norms, raising their chances of either surviving the current crises or—if they break down—giving way to something even worse.

In subsequent sections, this report will examine the methods employed by authoritarian powers to neutralize precisely those institutions that were thought to be the most potent weapons against a revitalized authoritarianism. The success of the Russian and Chinese regimes in bringing to heel and even harnessing the forces produced by globalization—digital media, civil society, free markets—may be their most impressive and troubling achievement.

Modern authoritarianism is particularly insidious in its exploitation of open societies. Russia and China have both taken advantage of democracies’ commitment to freedom of expression and delivered infusions of propaganda and disinformation. Moscow has effectively prevented foreign broadcasting stations from reaching Russian audiences even as it steadily expands the reach of its own mouthpieces, the television channel RT and the news service Sputnik. China blocks the websites of mainstream foreign media while encouraging its corporations to purchase influence in popular culture abroad through control of Hollywood studios. Similar combinations of obstruction at home and interference abroad can be seen in sectors including civil society, academia, and party politics.

The report draws on examples from a broad group of authoritarian states and illiberal democracies, but the focus remains on the two leading authoritarian powers, China and Russia. Much of the report, in fact, deals with Russia, since that country, more than any other, has incubated and refined the ideas and institutions at the foundation of 21st-century authoritarianism.

Finally, a basic assumption behind the report is that modern authoritarianism will be a lasting feature of geopolitics. Since 2012, both Vladimir Putin and Xi Jinping have doubled down on existing efforts to stamp out internal dissent, and both have grown more aggressive on the world stage. All despotic regimes have inherent weaknesses that leave them vulnerable to sudden shocks and individually prone to collapse. However, the past quarter-century has shown that dictatorship in general will not disappear on its own. Authoritarian systems will seek not just to survive, but to weaken and defeat democracy around the world.

Le “vide guinéen” selon Houphouët-Boigny

Félix Houphouët-Boigny, descendant de chefs animistes Akouè par sa mère, Kimou N’Dri, en costume traditionnel. Selon IvoireInfos N’Doli Houphouët, le père de Félix, était “officiellement originaire de la tribu N’Zipri de Didiévi”. Il mourut peu de temps après la naissance d'Augustin, le frère benjamin de Félix. Repoussant la question de ses racines paternelles, Félix Houphouët-Boigny aurait interrogé : “Que voulez-vous donc savoir de l’étranger ?”, en allusion à la rumeur selon laquelle le père d'Houphouët était un certain Cissé, musulman soudanais. Il faut compléter la classification tribale fournie par IvoireInfos en précisant qu'en tant que Baoulé, Houphouët-Boigny appartenait à l'aire culturelle Twi et à la grappe ethnique Akan. A ce titre, il était apparenté à Kwame Nkrumah, également Akan, mais de l'ethnie Fanti. Les Akan incluent, entre autres, les Anyi, les Ashanti, les Guang, etc.
Félix Houphouët-Boigny (1905-1993), descendant de chefs animistes Akouè par sa mère, Kimou N’Dri, en costume traditionnel. Selon IvoireInfos N’Doli Houphouët, le père de Félix, était “officiellement originaire de la tribu N’Zipri de Didiévi”. Il mourut peu de temps après la naissance d’Augustin, le frère benjamin de Félix. Repoussant la question de ses racines paternelles, Félix Houphouët-Boigny aurait interrogé : “Que voulez-vous donc savoir de l’étranger ?”, en allusion à la rumeur selon laquelle le père d’Houphouët était un certain Cissé, musulman soudanais. Il faut compléter la classification tribale fournie par IvoireInfos en précisant qu’en tant que Baoulé, Houphouët-Boigny appartenait à l’aire culturelle Twi, à la grappe ethnique Akan et à la sous-famille linguistique Kwa. A ce titre, il était apparenté à Kwame Nkrumah, également Akan, mais de l’ethnie Fanti. Les Akan incluent, entre autres, les Anyi, les Ashanti, les Guang, etc. — T.S. Bah

Je continue ici mon analyse du livret Contribution du Président Houphouët-Boigny à la vérité historique sur le RDA. A la page 80 l’auteur insiste sur ce qu’il appelle “le vide guinéen”.
Ainsi dans trois paragraphes consécutifs on lit :

 « Et il y eut un vide qu’heureusement ont ensuite comblé deux braves parmi les plus braves militants du RDA : Madeira Kéita au Mali, et Ray Autra en Guinée. »
« Comment combler le vide guinéen ? »
« Mais ce grand pays restait vide. »

Il s’agit là d’une exaggération et d’une contre-vérités Ce néant n’existe que dans l’imagination de Félix Houphouët-Boigny. Il traduit aussi le paternalisme, le narcissisme et la mégalomanie du premier président ivoirien. Au lieu de contribuer à la vérité historique, Houphouët-Boigny la déforme. Au lieu de peindre le passé, il cherche à l’effacee. La notion d’un “vide guinéen” est absurde. Je me situe aux antipodes de ces propos politiciens et je tente de les réfuter en quatre points :

  1. Guinée : vivier politique et ruche parlementaire
  2. Le duo parrain de Sékou Touré : Cornut-Gentille et Houphouët-Boigny
  3. Le leadership d’Houphouët-Boigny
  4. Le legs d’Houphouët-Boigny

Les sources écrites contradictoires de l’allégation de Houphouët-Boigny sont nombreuses. Elles démentissent sa tentative de réécriture de l’Histoire. Pour éviter la dispersion, je m’appuie (a) sur le chapitre “Trade Unionists and Chiefs in Guinea” du livre Political parties in French-speaking West Africa publié en 1964 par Ruth Satcher Morgenthau, (b) la biographie de Sékou Touré par André Lewin. Paru dans la cinquième année  de l’“indépendance”, l’ouvrage de Morgenthau fournit des détails précieux sur l’environnement politique de la Guinée coloniale. Le livre accuse toutefois des lacunes concernant rôle du personnel colonial métropolitain en Guinée française: gouverneur, commandants de cercle, fonctionnaires territoriaux, secteur privé, etc. Les volumes d’André Lewin permettent de corriger les omission de Morgenthau.

Félix Houphouët-Boigny, ministre de la brève IVè République française (1946-1948), avec chapeau haut-de-forme et redingote queue-de-pie. Paris, 1956. L'image typique de l'Africain assimilé, ou Peau noire, masque blanc, selon le diagnostic de Dr. <a href="http://webafriqa.net/library/fanon/index.html">Frantz Fanon</a>, psychiatre.
Félix Houphouët-Boigny, ministre de la brève IVè République française (1946-1948), avec chapeau haut-de-forme et redingote queue-de-pie. Paris, 1956. L’image typique de l’Africain assimilé, ou “Peau noire, masque blanc”, selon le diagnostic de Dr. Frantz Fanon, psychiatre, également l’auteur des “Damnés de la terre”. — T.S. Bah

La constante  de la paire Houphouët-Boigny/Sékou Touré est celle du maître et de l’apprenti. Cela explique la “faiblesse” d’Houphouët-Boigny envers Sékou Touré. L’Ivoirien regardait le Guinéen à travers le prisme du protecteur et du protégé.

N’en déplaise toutefois à Houphouët-Boigny, la Guinée ne fut jamais un vide. Au contraire,  au début de la politique partisane, la petite élite francophone et les autorités coloniales en firent un vivier politique et une ruche parlementaire. A Conakry et à l’intérieur, on s’adaptait rapidement au climat créé par la Constitution de 1946 autorisant les “indigènes” à créér des formations politiques plus ou moins indépendantes de celles de la Métropole.

Paris 1957. De gauche à droite, les ministres Félix Houphouët-Boigny et Gaston Deferre. Le second rédigea le projet de la Loi-cadre de 1956. Après sa promulguation elle fut aussi appelée Loi Deferre. La législationi accorda l'autonomie aux territoires d'Afrique Occidentale Française (AOF) et d'Afrique Equatoriale Française (AEF). Son application en 1957 se traduisit par la montée du Rassemblement démocratique africain (RDA) au pouvoir en Côte d'Ivoire (Houphouët), en Guinée (Sékou Touré), au Soudan, actuel Mali (Modibo Keita), etc.
Paris 1957. De gauche à droite, les ministres Félix Houphouët-Boigny et Gaston Deferre. Le second rédigea le projet de la Loi-cadre de 1956, alias Loi Deferre. La législationi accorda l’autonomie aux territoires d’Afrique Occidentale Française (AOF) et d’Afrique Equatoriale Française (AEF). Son application en 1957 se traduisit par la montée du Rassemblement démocratique africain (RDA) au pouvoir en Côte d’Ivoire (Houphouët), en Guinée (Sékou Touré), au Soudan, actuel Mali (Modibo Keita), etc. — T.S. Bah

Un vivier politique et une ruche parlementaire

Vivier politique (1946-1953)

Au lendemain de la Deuxième guerre mondiale (1939-1945) l’activité “parlementaire” en Afrique française s’opérait à travers le double collège. Le premier Collège concernait les citoyens:  Français et Noirs assimilés. Le deuxième Collège représentait les non-citoyens: les Africains. En 1945 en Guinée le premier Collège comptait 1.944 inscrits, tandis que le deuxième collège regroupait 16.233 votants. De la sorte,   la France accordait la citoyenneté aux étrangers venus de l’Hexagone. Mais elle niait ce  droit aux Africains dans la terre de leurs ancêtres !
Le double Collège dura de 1945 à 1946. Maurice Chevance et Jean-Baptiste Ferracci y siégèrent successivement. Yacine Diallo occupa le deuxième collègue. Le Collège unique remplaça le double collège en 1946. A partir de cette date, les députés de la Guinée à l’Assemblée nationale française furent, successivement et dans l’ordre suivant, Yacine Diallo, Mamba Sano, Albert Liurette, Diawadou Barry, Sékou Touré et Saifoulaye Diallo.

Sidiki Kobélé Keita fournit les listes des candidatures pour le Collège unique à l’élection législative du 10 Novembre 1946.

  • Union Socialiste et Progressiste de Guinée
    • Yacine Diallo
    • Fodé Mamoudou Touré
  • Parti Socialiste de Guinée
  • Union Démocratique Africaine
    • Lamine Kaba
    • Amara Sissoko
  • Rassemblement de Gauche Guinéen
    • Fara Millimono
    • Ousmane Bakèlè Sankhon

L’amnésie collective guinéenne consiste, entre autres, dans le fait que la plupart des pionniers sus-nommés sont tombés dans l’oubli.
On note par ailleurs que le nom de Sékou Touré ne figure sur la liste d’aucun des partis en lice ci-dessus. Il est vrai qu’André Lewin dit vaguement que “les amis de Sékou songent même à le présenter, pour le deuxième collège” en 1945. Si cela était vrai, on se demande alors pourquoi M. Sékou Touré ne fut pas candidat en 1946. En l’occurrence les données reprises par Kobélé prévalent sur les spécculations de Lewin. Et somme, pour l’ambitieux et impatient Sékou Touré, il fallut attendre 1953 — soit 7 ans — pour sa première victoire comme conseiller de Beyla, et 1956 — soit dix ans — pour son premier mandat de député pour le Palais Bourbon à Paris.

Houphouët-Boigny affirme:

Au départ, un de mes anciens collègues de promotion à l’Ecole Normale d’Instituteurs de Gorée, Mamba Sano, nous avait représentés…

Précision :  fils de Kissidougou, instituteur du cadre commun supérieur de l’AOF, directeur d’école — comme son collègue Yacine Diallo — dès 1931, orateur hors-pair, Mamba Sano fut un membre-pionnier du Parti Progressiste Africain de Guinée. Il fut également membre de l’Union Forestière, conseiller général de Beyla, et député socialiste français de 1946 à 1952.
De juillet 1947 à novembre 1948, Mamba Sano fit partie de la direction du PDG, la section naissante du RDA en Guinée. En sa qualité de directeur politique, il supervisa la parution du premier numéro de Phare de Guinée, le bi-hebdomadaire du nouveau parti.
En 1951, Mamba Sano battit Sékou Touré à plate-couture à Beyla. Et le jeune Sékou fut mal avisé d’y défier son aîné. Il prit sa revanche en août 1953, en l’emportant face à trois adversaires, dont Mamba Sano. Bernard Cornut-Gentaille, gouverneur-général de l’Afrique Occidentale Française et Félix Houphouët-Boigny, président du PDCI-RDA, battirent campagne à Beyla pour Sékou Touré.

La chapitre 6 du livre de Morgenthau sur la Guinée comporte 35 sous-chapitres. Le nom de Sékou Touré n’y apparait qu’au 6è sous-chapitre. Les précédents sous-chapitres traitent seulement des  devanciers du futur dictateur guinéen.
Par malheur, devenu président de la république à partir de 1958, Sékou Touré décida de “se venger.” Il accorda la vie sauve à certains de ses anciens adversaires. Mais ce fut au prix de leur effacement absolu de la vie publique. Ils devinrent ainsi jusqu’à leur mort des fantômes de leur vibrant passé actif. Il s’agit notamment de Mamba Sano et de Framoi Bérété. Quant aux autres —et c’est la majorité — ils furent moins chanceux. Inventant des complots cycliques Sekou Touré condamna certains à de lourdes peines de prison (Koumandian Keita). Poussant la cruauté au plus bas, il fit fusiller ou pendre — summum d’ignominie — les autres. La liste est longue. Mais, aveuglé par la haine, le tyran mit dans le même sac ses compagnons et protecteurs d’hier, d’une part, et ses opposants et rivaux de jadis. On y retrouve Yacine Diallo (empoisonné par Sékou Touré et Mme. Mafory Bangoura en 1954, selon la rumeur), Bangaly Camara, Diawadou Barry, Ibrahima Barry III, Alpha Amadou Diallo, Karim Bangoura, Moriba Magassouba, Tibou Tounkara, Moricandian Savané, Mamadi Sagno, Kassory Bangoura, Fodéba Keita, Jean-Paul Alata, etc., etc. Visiter le Memorial du Camp Boiro !

Malgré cette évolution tragique, on comprend que l’activité politique et le militantisme n’attendirent pas la montée du PDG-RDA et de Sékou Touré pour prendre de l’essor en Guinée française. Il n’y eut donc pas de “vide guinéen” durant la période 1946-1953 évoquée par Houphouët-Boigny. C’est la décapitation de l’élite —suivie par le dépeuplement consécutif à l’émigration massive vers les pays voisins — qui vidèrent le pays.

Ruche parlementaire (1953-1958)

La Guinée connut douze ans de pluralisme politique, de 1946 à 1958. A partir de 1958 elle tomba sous la coupe totale du PDG et devint victime de l’intolérance criminelle de Sékou Touré. Il fallut attendre 1991 pour que le pays renoue avec le multipartisme. Cela, en dépit de l’opposition du Général Lansana Conté, le soldat et successeur de Sékou Touré, et tombeur du PDG.
La Guinée française fut une ruche parlementaire bourdonnante, où politiciens Blancs et Noirs collaboraient et se confrontaient selon les intérêts et les idéologies. Ils élaboraient, soumettaient, débattaient et votaient le budget et les projets de lois. Comme tout autre pays démocratique.
Le Conseil consultatif (1946-1956) ouvrit la marche. L’Assemblée territoriale (1956-1958) lui succéda.
Selon Lewin, Colonel Eric Allégret fut le premier président du Conseil consultatif, à partir de 1947. C’était un colonel de la Résistance, un officier des Forces Françaises Libres qui combattirent l’occupation nazie. Par dessus tout, il figurait, note André Lewin, comme un “important planteur de bananes.” Il dirigeait parallèlement “la Coopérative bananière de Guinée (COBAG) et la Fédération bananière et fruitière de la Guinée Française.

Eric était un frère des célèbres cinéastes Marc Allégret et  Yves Allegret.  Le second épousa la grande Simone Signoret. Le premier vécut et travailla avec André Gide, l’auteur de Voyage au Congo. Wikipedia souligne qu’il “découvrit” ou lança de nombreuses vedettes : Fernandel, Raimu, Jean-Louis Barrault, Joséphine Baker, Michèle Morgan, Louis Jourdan, Danièle Delorme, Gérard Philipe, Daniel Gélin, Brigitte Bardot, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Johnny Hallyday. Et Lewin note qu’Eric connaissait bien le général de Gaulle, car il possédait une propriété nommee La Sapinière, proche de La Boisserie à Colombey-les-Deux-Églises.”Eric créa à Conakry une association pour le soutien de l’action du général de Gaulle

A partir de 1950, Jacques Foccart fit trois déplacements en Guinée. Son contact avec Sékou Touré remonte à cette période. Il prépara ainsi  la première visite du Général de Gaulle à  Conakry, le 9 mars 1953.

Framoi Bérété remplaça Allégret au perchoir en 1954. Le Conseil consultatif s’était érigé en Assemblée Territoriale.

Et à partir de 1956, Saifoulaye Diallo prit les rênes du parlement. L’Assemblée territoriale se mua en Assemblée nationale après la proclamation de la république en 1958. Saifoulaye cumula sa fonction législative avec celle de secrétaire politique du PDG jusqu’en 1963.

Partisan du principe stalinien du “centralisme démocratique” et de la suprématie du parti sur l’état — et de plein accord avec Sékou Touré — Saifoulaye transforma l’Assemblée nationale en une chambre à écho des décisions du Bureau politique national du PDG. En conséquence, les débats animés et contradictoires des premiers députés dans l’hémicycle stoppèrent. L’uniformité idéologique et l’unanimité —forcée— de pensée s’enracinèrent. Au nom de la “pseudo-révolution” du Parti-état nivelleur par le bas.

Depuis son arrivée controversée au pouvoir, Alpha Condé imite cette caporalisation anti-démocratique du parlement. En collusion avec le président du Législatif, M. Kory Kondiano, qui fut mon collègue à l’Institut Polytechnique G.A. Nasser dans les années 1980.

Amadou Hampaté-Bâ (2e à gauche), Elhadj Seydou Nourou Tall, khalife tijaniyya, Félix Houphouet-Boigny et d'autres dignitaires sénégalais. Dakar, circa 1954. On remarque les médailles décorant l'apparat de quelques uns. Toujours à l'honneur aujourd'hui, ces insignes de la Métropole coloniale furent royalement rejettés par Cheikh Hamallah durant son fameux bras de fer avec Pierre Boisson, représentant du régime fantoche de Vichy durant la Deuxième guerre mondiale (1939-1945).
Amadou Hampaté-Bâ (2e à gauche), Elhadj Seydou Nourou Tall, khalife tijaniyya, Félix Houphouet-Boigny et d’autres dignitaires sénégalais. Dakar, circa 1954. On remarque les médailles décorant l’apparat de quelques uns. Toujours à l’honneur aujourd’hui, ces insignes de la Métropole coloniale furent royalement rejettés par Cheikh Hamallah durant son fameux échange avec Pierre Boisson, représentant du régime fantoche de Vichy durant la Deuxième guerre mondiale (1939-1945). — T.S. Bah

Le duo parrain de Sékou Touré : Cornut-Gentille et Houphouët-Boigny

Paraphrasant et inversant le dicton selon lequel l’Egype est un don du Nil, on peut dire que Sékou Touré est un cadeau empoisonné  de Bernard Cornut-Gentille et Félix Houphouët-Boigny à la Guinée. Ici  Houphouët-Boigny voudrait maquiller et cacher cet acte. Mais il s’y prend mal. De surcroît, il est mal servi par l’éditeur du discours présidentiel avec la confusion ridicule au sujet de la rue Oudinot. Houphouët déclare faussement :

« Lorsque, à la suite d’une vacance dans la région de Beyla, nous avons décidé d’y présenter Sékou Touré, je m’y suis rendu en compagnie du Gouverneur-Général Cornut-Gentille.
Je ne demandais pas l’appui du gouvernement, des pouvoirs locaux, mais simplement la neutralité. Elle m’avait été promise; je me suis rendu dans la nuit, avec le Gouvemeur-Général, dans les campements administratifs du Mont Nimba. Mais nous n’avons pas été logés sous le même toit. Tout semblait arrangé. Comut-Gentille avait convoqué les administrateurs et donné des instructions pour que la neutralité soit absolument respetée. Le lendemain, à Man, j’apprenais le contraire, Je suis retoumé pour lui demander ce qui s’était passé dans la nuit ? Il m’a dit:
— J’ai donné des instructions, mais ils ne m’ont pas obéi. Ils n’obéissent qu’à Roudino
La fraude a donc fait que nous n’avions toujours personne en Guinée. Il nous a fallu attendre jusqu’à 1956 pour obtenir, sur l’ensemble du territoire africain français, la neutralité de l’administration. Et le résultat ne s’est pas fait attendre: nous avons enlevé deux sièges en Guinée, deux au Mali, deux au Niger. Entre-temps, la Haute-Volta avait été reconstituée, et ses élus sont devenus RDA.».

Une correction s’impose ici. Il n’y pas de Roudino dans l’histoire coloniale de la France. Par contre il existe la Rue Oudinot, siège parisien du ministère des Colonies.

L’étude et l’analyse des relations de ce trio sont importantes pour comprendre l’histoire politique de la Guinée durant la décennie 1950. Il s’agit notamment de jetter la lumière sur la montée en flèche de Sékou Touré entre 1954 et 1956. Ainsi,  par exemple, Lewin révèle les liens sentimentaux et/ou physiques entre Cornut-Gentille et le jeune Sékou Touré. Par erreur, insistance et redondance, Lewin publie reprend textuellement la même information dans deux chapitres consécutifs (chapitre 15 et chapitre 16) dans sa série biographique. Cela dit, le titre officiel du dirigeant français était alors Haut-commissaire et non pas Gouverneur-général de l’AOF.

Houphouët ne pouvait pas deviner qu’un ancien ambassadeur français en Guinée, le contredirait un quart-de-siècle plus tard, avec noms et faits à l’appui. En effet, au chapitre 16, volume 1, de sa biographie de Sékou Touré André Lewin donne les précisions suivantes :

« La tentative suivante, lors d’une élection partielle tenue le 2 août 1953 à Beyla à la suite du décès survenu le 11 mai 1953 du conseiller territorial Paul Tétau 357, sera la bonne. Située à la limite de la Guinée forestière et donc éloignée des bases traditionnelles du Parti, la circonscription de Beyla est un test : Sékou y remporte sa première élection. Il s’en faut de peu cependant, car il obtient 729 voix contre 703 et 198 respectivement à ses adversaires, l’infirmier Camara Dougoutigui, soutenu par l’administration et les chefs de canton, et le député Mamba Sano 358. C’est dans la petite localité de Foumbadougou qu’il recueille le plus de voix, ce qui fait pencher la balance en sa faveur à la dernière minute.
Certains prétendront que le nouveau conseiller territorial (ou conseiller général comme on le dit de plus en plus) doit l’idée et le siège à son nouvel ami, Bernard Cornut-Gentille, dit “BCG”, haut-commissaire à Dakar depuisquelques mois.
De son côté, depuis la Côte-d’Ivoire proche de la Guinée forestière, Houphouët-Boigny a envoyé pour aider à la campagne de Sékou un véhicule et quatre militants chevronnés. Les marges des résultats sont si étroites qu’il faudra plusieurs mois avant que l’élection soit validée. Mais dès le soir du scrutin, l’enthousiasme des partisans de Sékou déferle sur toute la Guinée, et comme le notent certains observateurs, “après Beyla, le PDG prend d’assaut le pays”.
Les militants en liesse amènent Sékou près d’une grosse pierre fichée dans la terre en pleine bourgade, et lui font jurer solennellement qu’il respectera sa promesse de toujours s’occuper du sort du peuple guinéen ; sinon, selon les traditions locales, il n’arrivera jamais à rien dans sa vie. »

Félix Houphouet-Boigny et et sa première épouse, Khadija Racine Sow (1913-2006). Mariés en 1930 à Abengourou, ils divorcèrent en 1956. Surnomée Kady, Mme Houphouët-Boigny était la fille d'Ali Racine Sow, commerçant musulman sénégalais, et d'une mère Baoulé d'origine princière.
Félix Houphouet-Boigny et et sa première épouse, Khadija Racine Sow (1913-2006). Mariés en 1930 à Abengourou, ils divorcèrent en 1956. Surnomée Kady, Mme Houphouët-Boigny était la fille d’Ali Racine Sow, commerçant Pullo musulman du Sénégal, et d’une mère Baoulé d’origine princière.

A partir de 1953 donc, les autorités territoriales et fédérales épaulent le PDG et le laissent faire. Ainsi commence une campagne de terreur, d’humiliations, de coups et blessures et de mort, qui, en rétrospective, annonçait le futur Camp Boiro.

Lire l’enquête et l’analyse de Bernard Charles, professeur à l’Université de Montréal, intitulée Le rôle de la violence dans la mise en place des pouvoirs en Guinée (1954-58)

Lewin écrit :  “Des heurts violents ont lieu à Conakry et dans diverses villes de l’intérieur le 29 septembre 1955, puis les 2 et 3 octobre (sept morts, dont six Peuls et un Soussou, tous membres du BAG 408).”
Membre — avec Diawadou Barry et Koumandian Keita — du trio dirigeant du Bloc Africain de Guinée (BAG), Karim Bangoura envoie, le 5 octobre 1955, le télégramme suivant au haut-commissaire Cornut-Gentille :

“Gravité des incidents de Coyah marque faillite politique de complaisance avec le RDA que vous avez instaurée. Le chauffeur de mon père tué, la maison de mon oncle saccagée et ses filles violées, soulignent étendue de vos responsabilités.
Ma douleur immense m’encourage à vous dénoncer auprès des hautes autorités de la Métropole comme soutien officiel et déclaré des extrémistes africains fauteurs de troubles.
Les agissements du PDG-RDA restent votre oeuvre. La carence de l’autorité locale en découle.
La mise à feu et à sang de ce pays jadis paisible continuera à peser sur votre conscience, car vos rapports officiels n’ont pas traduit la vérité sur le caractère du RDA.
Je reste fidèle à la France et à la Guinée, et vous pouvez compter sur ma détermination farouche contre votre politique néfaste pour la présence française.”

Seize ans plus tard, en 1971, Sékou Touré fit payer à Karim Bangoura le prix de leur rivalité d’antan, en le faisant mourir, soit par la diète noire au Camp Boiro (version de l’ambassadeur William Attwood), soit par noyade après avoir été ligoté et largué du bord d’un hélicoptère dans le fleuve Fatala, ou Rio Pongo, à Boffa (version d’Alsény René Gomez).

A suivre.

Tierno S. Bah

Sékou et Foccart : explications et promenade

De gauche à droite: Saifoulaye Diallo (président de l'Assemblée nationale, secrétaire politique du PDG), F. Houphouët-Boigny (président de Côte d'Ivoire et du PDCI-RDA), Sékou Touré (président de la Guinée, secrétaire général du PDG). Conakry, 1962
De gauche à droite: Saifoulaye Diallo (président de l’Assemblée nationale, secrétaire politique du PDG), F. Houphouët-Boigny (président de Côte d’Ivoire et du PDCI-RDA), Sékou Touré (président de la Guinée, secrétaire général du PDG). Conakry, 1962

L’échafaudage révolutionnaire de Sékou Touré s’effondra du vivant de son monteur. A deux ou trois ans de sa mort, le Responsable suprême de la Révolution avait effectué un virage de 180 degrés et s’était ravalé à son niveau de départ : celui d’un petit-bourgeois africain versatile, imitateur, et destructeur.
Le constat de la débâcle guinéenne fut dressé, entre autres, par l’intellectuel Sud-Africain Phineas Malinga. Son article “Ahmed Sékou Touré: An African Tragedy” traite du revirement politique de Sékou Touré. Paru en 1985, le papier dénonce la nature tribale du régime guinéen, l’ambivalence idéologique (marxiste et islamique), les assassinats politiques au Camp Boiro — dont celui de Telli Diallo, la mendicité financière et l’allégeance aux pétrodollars orientaux. Malinga conclut que durant la dernière année de sa vie Sékou Touré était devenu complètement emmailloté dans le filet du néo-colonialisme (“completely enmeshed in the net of neocolonialism.”) Deux faits étayent son argumentation : (a) la dette extérieure écrasante auprès des monopoles occidentaux et des banques arabes, (b) l’abandon du slogan “Prêt pour la révolution” pour l’incantation “Prêt pour la production”. Et, en l’occurrence, ironise Malinga, la production allait être désormais au service de l’investisseur étranger, et non au bénéfice des populations.
Au paragraphe suivant Malinga dresse un réquisitoire convaincant contre Sékou Touré. Il écrit (je traduis) :

«  Un autre évènement de 1983 fut moins important mais profondément symbolique. Un certain Jacques Foccart était dans l’entourage de de Gaulle durant la fameuse rencontre de Conakry le 25 août 1958, lorsque Sékou Touré se détourna de la France. Le même Foccart fut, dans les années 1960  le secrétaire d’Etat chargé des affaires africaines à Paris. Il fut le cerveau d’une politique implacable de revanche poursuivie par le gouvernement français durant cette période. En 1965, Sékou Touré le denonça à un meeting populaire à Conakry comme le comploteur caché dont la main était derrière chaque tentative de déstabilisation de la Guinée. En 1983, Foccart revint à Conakry, en tant qu’invité du Président. La rencontre fut présentée comme une “ reconciliation ”. Et elle le fut, mais au profit de Foccart.
Il est facile de concevoir la satisfaction que le bureaucrate Français a dû ressentir au constat d’un quart de siècle d’action de sa part. Il est douloureux de s’imaginer les sentiments éprouvés par Sékou Touré. »

En 2010, soit vingt-cinq ans après Phineas Malinga, André Lewin publie une biographie de Sékou Touré en huit volumes. Il consacre le chapitre 88 du volume 7 aux “Surprenantes retrouvailles de Jacques Foccart et de Sékou Touré”.

Datant de 1997, l’interview de J. Foccart par F. Gaillard se situe, à peu près, à mi-chemin des deux publications sus-nommées. Tout en confirmant l’analyse et le jugement de Malinga, l’entretien révèle deux causes fondamentales de l’échec guinéen. Ce sont : la mégalomanie et le sadisme de Sékou Touré.

Mégalomanie

Philippe Gaillard demande à Jacques Foccart : “Sur l’avenir, qu’avait-il à vous dire ?” Réponse :

“Il y est venu à la fin de la journée, sous une forme pour le moins inattendue. Vous savez, m’a-t-il dit, que je vais sans doute devenir président de l’OUA. J’ai besoin d’un conseiller qui connaisse bien les hommes et les choses de notre continent. Personne ne répond autant que vous à ce profil. Vous êtes disponible maintenant. Accepteriez-vous, je ne dis pas de vous installer à Conakry, mais de venir me voir périodiquement pour m’aider ?”

Sans minimiser les supplications de Sékou Touré appelant Foccart à l’aide, je retiens surtout la phrase “… je vais devenir président de l’OUA.” Cette déclaration emphatique procède de la mégalomanie maladive de Sékou Touré. Car il déforme le titre officiel “président en exercice”. Il le raccourcit  en président — tout court — de l’Organisation de l’Unité Africaine. Je doute qu’il s’agisse là d’un glissement de mot ou d’une erreur de langage (lapsus lingae). J’y lis plutôt un propos choisi doublé d’une visée néfaste. Car la présidence de l’OUA —tout comme celle de l’actuelle Union Africaine — est une fonction annuelle rotative, une charge temporaire alternante. Symbolique et protocolaire, elle n’est absolument pas fixe, permanente, pérenne. Mais en 1983 Sékou Touré et son entourage rêvaient tout haut. Selon eux, le chef de l’Etat guinéen devrait, à la fin du sommet de Conakry en 1984, occuper définitivement le fauteuil de la présidence de l’OUA ! Les implications de tant de spéculations et de naiveté sont évidentes : après avoir trahi et détruit la Guinée, Sékou Touré nourissait le désir de dominer toute l’Afrique !
Il ne saurait y avoir de preuve plus matérielle de mégalomanie, de déviation mentale et de folie du pouvoir.

Sadisme

Foccart témoigne :

« Sékou a pris le volant de sa voiture et nous a fait faire le tour de Conakry. Tout d’un coup, il s’est arrêté. Nous étions devant l’entrée du Camp Boiro.
— Voici cette fameuse prison, m’a-t-il dit. Si vous le souhaitez, je vais vous la faire visiter.
J’ai décliné l’invitation, non sans lui faire observer que, s’il me faisait cette proposition, c’était qu’il n’y avait plus rien à voir. »

L’épithète “fameuse” désigne normalement une qualité morale, intellectuelle, physique, esthétique. Elle dénote un trait positif chez une personne ou dans une oeuvre d’art, une invention scientifique, une réalisation technique, etc. Elle connote l’admiration, l’excellence, le mérite, la valeur, la brillance, la finesse, etc.

Le Camp Boiro ne remplit aucun des critère ci-dessus. Il ne mérite donc pas qu’on l’appelle FAMEUX. Surtout de la part de son inventeur. Il est plutôt INFAME. En l’occurrence, mû par le sadisme, Sékou Touré avait effacé de sa mémoire le souvenir des tortures et de la mort qu’il ordonna dans cette prison. Victimes et/ou martyrs, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants (Guinéens, Africains, Européens et Orientaux) succombèrent à son génie du mal et de la méchanceté. Le président guinéen  connaissait si bien les coins et les recoins du Camp Boiro qu’il aurait servi de guide expert à Foccart. En paradant son hôte devant la vieille caserne de la Garde républicaine, il piétinait la mémoire des vies détruites et des carrières brisées. Il crachait allégrément ainsi sur le sort des familles ruinées, des communautés désolées et d’un pays bouleversé.
Il lui était impossible de montrer à Foccart une université fonctionnelle, un hôpital moderne, une usine performante, une vaste plantation, une plaine agricole étendue, une riche ferme, un centre artisanal florissant. Il n’y en avait pas ! Le dictateur n’avait pour “réalisation” à exhiber — sans honte, ni remord — que son camp de larmes et de sang, de la désolation et de la mort. Ayant opté pour le reniement de soi, il était en bonne compagnie avec un maître de la sale guerre,   un ancien officier commando de choc, le stratège de la France-Afrique.

Huit mois plus tard, inopinée, la mort mit fin aux plans sinistres et au rêve présidentiel pan-africain de Sékou Touré.

Tierno S. Bah