Race et Racisme. Ethnie et Etat

Race et racisme

Dérivé du concept de race, le mot “racisme” persiste partout au 21e siècle. Aux USA “race” est officiellement employé (recensements démographiques, administration, cartes d’identité, demandes d’emploi, etc.) Et pourtant, cela fait des décennies que le concept même de race a été scientifiquement réfuté. Il a été clairement établi que l’humanité constitue une seule et même espèce génétique et génomique. Au plan biologique elle se compose, non pas de races (noire, blanche, jaune, rouge), mais plutôt de populations, sous-populations, groupes et sous-groupes… Et elle partage plus de 98.8 % de son ADN avec un primate comme le chimpanzé, son plus proche parent dans le règne animal.
En Afrique la colonisation européenne usa — et abusa — du terme race. En réaction, et prenant le contre-pied de l’aliénation  subie à l’école coloniale, la génération anti-colonialiste (1940-1960) fustigea l’idéologie et le discours colonialistes. Mais une fois au pouvoir dans les années dans les années 1960, elle reprit le même langage dans des slogans tels que “A bas régionalisme”, “A bas le racisme !”…

Sékou Touré. Ce qu'il fut. Ce qu'il a fait. Ce qu'il faut défaire Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.
Sékou Touré. Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire. Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.

En réalité, c’est à l’ethnie qu’ils en voulaient, proclamant à tort   malhonnêtement et malicieusement : « Il n’y a plus d’ethnies (soussou, peule, maninka, guerze, toma, kissi, etc.) en Guinée. Il n’y a que des citoyens militants de la révolution. » Là gît le piège de l’Afrique post-coloniale. Un traquenard tissé du malaise, de l’incapacité, et de la malhonnêteté à gérer la diversité ethnique et culturelle des pays. Car les dirigeants et leurs clientèles ont un comportement ambigu, flou, à la tête de l’état. Ils prêchent le contraire de ce qu’ils pensent. Inversement, ils pensent le contraire de ce qu’ils disent. Ils souffrent du dédoublement de personnalité, de schizophrénie socio-politique, un mal psychologique dont Frantz Fanon posa clairement le diagnostic dans les Damnés de la terre dès 1960. Et dont l’actuel président guinéen est un patient avéré. Lui et nombre de ses pairs pratiquent officieusement ce qu’ils dénoncent officiellement, à savoir la concentration et la confiscation du  pouvoir par des individus et des groupes de leur ethnie. Peu importe le manque de compétence !

Ethnie, Etat et “Racisme”

Sékou Touré fit preuve d’ignorance et d’aberration avec son slogan attaquant le “racisme peul”. En effet, son gouvernement fut à dominante ou en absolue majorité maninka, de 1958 à 1984. Aujourd’hui, Alpha Condé, quatrième successeur-imitateur de Sékou, applique à la lettre le modèle inventé par le premier dictateur de la Guinée. Lansana Conté, Mousa Dadis Camara et Sékouba Konaté le précédèrent sur ce chemin tortueux, inique et jonché de cadavres.

Dans La Guinée : Bilan d’une Indépendance (1964)  B. Ameillon évoque le “népotisme”, “diffus” pour “les postes secondaires” et “très strict au niveau des postes de direction”. Il dégage la composition de la couche dirigeante en « classes d’âge, camaraderie d’école, de village, de parti (étant) à l’origine des fortunes politiques. Sur onze ministres que comprenait le premier ministère guinéen :

  • Trois, soit le quart, étaient nés à Faranah, patrie de Sékou Touré (Il s’agissait de Lansana Diané, Ismael et Sékou Touré)
  • Quatre, soit le tiers, étaient passés par l’école normale primaire de William Ponty.
  • Hormis une exception, ils étaient tous nés autour des années 1920 (c’était Abdourahmane Dalen Diallo dit “Vieux Doura”) »

A cela s’ajoute que le gouvernement ne compta aucune femme durant les cinq premières années de la république de Guinée, 1958-1963. Cela n’empêcha pas le régime de discourir à longueur de journées sur sa politique de promotion féminine. Pure démagogie doublée de crime ! Loffo Camara devint, certes, la première femme membre du cabinet le 1er janvier 1963. Mais en toute chose, il faut voir la fin. Et dans le cas de Mme Camara, ce fut tragique puisque Sékou Touré n’hésita pas à la faire fusiller le 25 janvier 1971 à l’aube, en même temps que Habib Tall, Balla Camara, Baba Camara, et des dizaines d’autres victimes, pendues ou passées par les armes à travers le pays ce jour-là. Quelques heures plus tôt, Sékou et les membres du Bureau politique avaient assisté à la pendaison nocturne d’Ousmane Baldet, Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiane Keita au Pont du 8 novembre.

Loffo Camara : victime-martyre de Sékou Touré

Toutes ces tueries avaient pour but, entre autres, d’éliminer des cadres compétents décidés à bâtir le pays. Sékou Touré, lui, avait choisi le népotisme, l’incompétence et le clanisme. De 1971 à sa mort le 26 mars 1984, sa famille et ses alliés avaient complètement accaparé l’Etat.
Aujourd’hui, président Alpha Condé continue aveuglément une telle politique, qui ruina et qui continue d’appauvrir la Guinée.

Un seul gouvernement : la famille
Family Feuds

Ce à quoi feu Bâ Mamadou répondit éloquemment : La Guinée est une République, pas une famille. La formule présentant la Guinée comme une famille est au mieux légère et superficielle. Mais, au pis, on tient ce langage  pour parler, prématurément, de la “réconciliation nationale” sans que le préalable indispensable et la condition sine qua non de la JUSTICE aient été remplis. Dire que la Guinée est une famille implique, délibérément ou pas, l’atténuation voire la négation des violations des droits de l’homme en cours depuis 1958. Cette formule suggère que les Guinéens forment une famille. Dès lors, insinue-t-on, ils doivent se pardonner. Interprétée de la sorte, l’affirmation n’est ni généreuse, ni désintéressée. Au contraire, elle vise, d’une part, à occulter les victimes, et, d’autre part, à innocenter les bourreaux, et à absoudre les perpétrateurs, tous agents de “l’état républicain”. A la longue, la déclaration “La Guinée est une famille” pourrait préparer les esprits  à la passivité face aux crimes passés et présents de l’Etat. Elle deviendrait, ce faisant, un clin d’oeil complice, une approbation tacite de l’impunité en Guinée. Attention, donc ! Si le continent africain peut être réduit à un seul pays, alors la Guinée pourrait être ramenée à une famille !

Le Gouvernement par le complot

La tendance à s’entourer des “siens” s’accentua. Et Sékou Touré plongea dans l’absurde avec son complot contre les Fulbe et avec l’assassinat de Telli Diallo et de ses co-accusés, l’appel du pied cynique à Saifoulaye Diallo.

Discours anti-peuls de Sékou Touré
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Mais le châtiment de l’Histoire, la punition divine et la rétribution par Allah   ne tardèrent pas à le frapper.  En effet, en 1977, quelques mois après la mort atroce de Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté et leurs compagnons au Camp Boiro. Sékou Touré reçut, toutefois, la “compensation” de sa faillite et de sa cruauté la même année. C’était en fin août. Et les femmes, ménagères, marchandes au détail, marchèrent sur la présidence. Elles le désavouèrent ouvertement, publiquement. Et elles lui  crachèrent leur rejet total de sa politique de paupérisation, d’oppression et de répression.…

Ils furent assassinés sous le faux prétexte du “racisme peul”, un poison concocté par les machinations diaboliques et meurtrières du “responsable suprême de la révolution”, et qui continue d’infester la Guinée.

Ethnie et Institutions

Le rapprochement entre l’ethnie et les institutions républicaines. les est difficile à soutenir. Car la première est préhistorique, présente et pérenne, tandis que les autres sont récentes, fictives, embryonnaires, faibles. Et leur destin demeure incertain.
Sur tous les continents et dans presque toutes les sociétés, les traditions culturelles de l’ethnie régissent le cycle de la vie de l’individu: naissance, mariage, mort.
S’appellant “états-nations”, les républiques post-coloniales africaines ont du mal à gérer leur dualité, qui résulte du fait qu’elles sont composées de populations rurales et traditionnelles, d’une part, et qu’elles sont dirigées par des minorités occidentalisées, acculturées et aliénées. Cette réalité indéniable fait de l’état africain une entité stratifiée, où la minorité pense et impose ses diktats à la majorité.
En vain, car comme le rappelle l’adage : « Chassez le naturel, il revient au galop.”.…

Confusion à éviter

Il ne faut donc pas confondre l’ethnie et de l’ethnicité d’une part, et l’ethnocentrisme et l’ethnocratie, d’autre part. Les deux premières réalités doivent être assumées fièrement car elles affirment l’identité des uns et des autres. Elles soulignent la nécessaire et enrichissante diversité de la culture  et de la nature. Quant au second couple, il n’apporte que le sectarisme et la division.
Forme universelle d’organisation sociale, l’ethnie est le socle des sociétés. En tant que telle, elle  résiste au passage du temps et remplit des fonctions évidentes et éminentes. Par exemple, elle assigne les noms et les prénoms (de famille et d’individu), elle fixe le rituel des cérémonies (mariage, baptême, funérailles), etc. Elle repose sur des valeurs positives. Elle  englobe naturellement et gère légitimement la famille, qui est, au-dessous du clan, sa cellule formative, son unité constituante de base. A travers l’histoire, empires, royaumes, république, dictatures (dont celle de Sékou Touré) ont cherché à se substituer ou à briser l’ethnie. En vain. Celle-ci plie parfois, mais elle ne casse jamais !

Consulter ma republication de Outline of Cultural Materials sur SemanticVocabAfrica. Cette vaste classification anthropologique inclut des termes tels que : ethnic stratification, ethnometeorology, ethnophysics, ethnogeography, ethnobotany, ethnozoology, ethnoanatomy, ethnophysiology, ethnopsychology, ethnosociology, ethnocentrism

Réversible, horizontale et verticale, directe et indirecte, une hiérarchie lie l’individu et la famille à la société et à l’état. On peut la schématiser comme suit :

individu famille clan tribu ethnie société état nation

Matérielle et immatérielle, locale et empruntée, indigène et allogène, la culture constitue le dénominateur commun des entités ci-dessus énumérées. Elle oriente et s’enrichit de l’apport de composantes — constantes et variables dans le temps et l’espace — que sont la langue, la santé, l’économie, l’habitat, les technologies de fabrication, la politique, les coutumes, la religion, les arts, etc.

Moralité :  le pays, l’état, la république (démocratique ou non) ne peuvent pas être une famille, en dehors de la figure de style et de la métaphore.

L’étude de la vraie famille (biologique, sociale et culturelle) constitue un vaste domaine de recherches et de connaissances, théoriques et pratiques. Elle porte, entre autres, sur la famille nucléaire et étendue, le système de parenté, la règlementation du sexe (permissions et tabous). Lire G. Murdock , Social Structure, pour une anthropologie culturelle globale, M. Dupire, L’Organisation sociale des Peul, pour une ethnographie appliquée, Y. Wane, Les Toucouleur du Fouta Tooro : Stratification sociale et structure familiale, pour une approche sociologique. Enfin, pour une analyse critique, consulter G. Leclerc. Anthropologie et colonialisme: essai sur l’histoire de l’africanisme.

Quant aux institutions étatiques, elles ont de la peine à exister en Guinée. Car en théorie la Constitution garantit l’égalité et la parité entre les trois branches de l’Etat : législatif, exécutif, judiciaire. Mais en pratique, le législatif et le judiciaire végètent sous le poids étouffant du pouvoir exécutif. Et l’administration — logiquement placée sous l’autorité du chef de l’Etat — se dissout par la déréliction du président de la république et dans la gangrène de la corruption que celui-ci pratique et encourage.

Tierno S. Bah

Conakry. Drôle d’Etats-généraux des droits de l’homme !

Le site Guineelive.com l’avait attaché à un siège éjectable en février dernier. Ils ont été pour les frais. Car le 26 mai dernier, Khalifa Gassama Diaby a été reconduit à son poste de ministre de la citoyenneté et de l’unité nationale. Soit. Il n’est reste pas moins que le département ministériel et son occupant détonnent dans le régime du président Alpha Condé. Car les concepts et la pratique de la citoyenneté et de l’unité nationale sont en piteux état en Guinée. Cela, depuis le complot de Sékou Touré contre les Fulɓe en 1977. Une conspiration que le “responsable suprême” monta pour éliminer Telli Diallo et ses infortunés co-accusés. Le système monstrueux érigé sous la révolution continue de sévir. Ainsi, durant la campagne électorale de 2010, le candidat Alpha Condé promit de reprendre la Guinée au niveau où Sékou Touré l’avait laissée. C’était un signe annonciateur d’années de vaches maigres et de retour aux tragédies. Une fois élu, le slogan fut mis en pratique. Et depuis lors, il colle à la peau du “professeur”. Car si son intention était de saigner le pays et de faire souffrir davantage les populations, alors on peut constater qu’il a tenu parole et réussi dans la destruction du tissu social du pays. A quoi s’agit de grands pas en arrière ! Par exemple, le pont de Linsan — qui marque la frontière traditionnelle  entre le Fuuta-Jalon et la Basse-Guinée— vient de s’effondrer. Pour le moment, la capitale Conakry est coupée du reste de la Guinée. A l’exception des tronçons nord (Dubréka, Boffa, Boké) et sud (Forécariah, Benty)… Dans ce contexte de dérive gouvernementale et d’incurie administrative, que peut-faire faire un ministre chargé des droits de l’homme ?

Le dilemme de Khalifa Gassama

S’il n’a pas les mains liées, Khalifa Gassama fait tout de même face à un grand dilemme. Sa position, entre deux pôles diamétralement opposés, est on ne peut plus inconfortable.
D’une part, en tant que ‘contitutionaliste’, il rêve et parle de faire respecter la Loi fondamentale, qui prescrit les droits inaliénables du citoyens ainsi que les devoirs inhérents à la construction de l’unité nationale. Malheureusement, cette dernière, comme indiqué plus haut, a été fortement —certains disent irrémédiablement — ébranlée et compromise.
D’autre part, on constate que Khalifa Gassama est en porte-à-faux avec son patron, président Alpha Condé. En effet, celui-ci se moque éperdument des questions relatives aux droits de l’homme. Il le confirma publiquement en déclarant qu’il se considérait comme un “chef d’état, et non comme le chef d’une organisation des droits de l’homme.” C’était le 12 août 2011, au siège du National Democratic Institute, à Washington, DC. Les propos du président guinéen surprirent et choquèrent l’auditoire. A tel point qu’une personne du présidium formula de vive voix son espoir que M. Condé se transforme, en tant que chef d’Etat, en ultime chef de défense des droits de l’homme en Guinée. Hélas, un tel souhait est resté pieux. Pire, il a été violé au moins 95 fois, un chiffre qui additionne les interventions brutales des forces de sécurité du régime actuel, qui tirent à balles réelles et tuent des manifestants politiques pacifiques et non-armés.

Lire President Alpha Condé at NDI, Washington DC

Drôle d’Etats-généraux

Appuyé par l’Union Européenne et l’ONG Search for Common Ground, le département de Khalifa Gassama vient de clôturer un “Forum des États généraux des droits de l’homme”. Le nom est grandiose. Mais l’étiquette “Etats-généraux” se justifie-t-elle ? L’organisation d’Etats-généraux est normalement une affaire nationale : dans la préparation, le financement et la participation. En l’occurrence, quelle rôle les préfectures du pays jouèrent-elles dans la réalisation de la rencontre ? …
De quels drôles d’Etats-généraux s’agit-il ici ? Est-que, une fois de plus, la montagne Guinée a accouché d’une souris ? D’après le compte-rendu qu’en fait le site Aminata, après trois jours de délibération, la principale résolution a porté sur la rédaction d’une “future Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
C’est tout !?
Bien sûr, bouche et plume cousues sur la violence courante. Silence sur la terreur passée. Deux endémies imposées par l’Etat de Guinée :  violateur cruel des droits de l’homme. Cela fait 60 ans qu’il commet ce type de crimes. En toute impunité.

Eternelle fuite en avant

L’accent sur une “future lettre” illustre à souhait la tactique de la fuite en avant adoptée depuis 1958 par les autorités de Guinée.
Hier, c’était Conakry, capitale mondiale du livre.
Aujourd’hui, ce sont les “Etats-généraux” sur les droits de l’homme. Qui se tiennent 34 ans après les Etats-généraux de l’Education, organisés en 1984.
Nulle mention du projet de procès — continuellement différé par le gouvernement — des personnes inculpées dans le massacre du 28 septembre 2009.
Mais les faits sont plus éloquents que les mots et les discours. Dans ce sens, les documents du Camp Boiro Memorial contredisent et démentissent  les manoeuvres dilatoires du gouvernement guinéen : prédateur récidiviste et impénitent, fauteur de violations répétées et de crimes cycliques des droits de l’homme.
Peut-il s’ériger justicier de ses actions criminelles ?
Les tragédies qui ont ponctuées le parcours de la Guinée depuis 1958 (voir le film Cona’cris, la révolution orpheline) en disent plus long qu’une éventuelle “Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
Le monde entier sait que l’Etat de Guinée est l’ingénieur et l’incitateur de la violence politique permanente dans le pays.

Tierno S. Bah

Fulɓe: Africa’s Pollinators Under Assault?

Map A. Pular (Pulaar) : western area of the language of the Fulbe.
Map A. Pular (Pulaar) : western area of the language of the Fulbe. (Source : voir Carte B)
Map B. Fulfulde : eastern area of the language of the Fulbe
Map B. Fulfulde : eastern area of the language of the Fulbe. (Source : Marquis Michel de la Vergne de Tressan. Inventaire linguistique de l’Afrique occidentale française et du Togo. Mémoires de l’Institut français d’Afrique noire. N° 30. Dakar, IFAN. 1953, 240 p. cartes)
Fulbe (Fulani) pastoralists and their cattle in Northern Nigeria. They are wearing the traditional conical hat (libitiwal, in Fuuta-Jalon dialect). They are also holding the blessed and sacred herder's stick. The Republic of the Gambia's Tourism and Culture minister, <a href="http://www.webguinee.net/blogguinee/2017/12/les-hubbu-du-fuuta-jalon-lecture-critique/">Hamat Bah</a>, was pictured sporting a similar item in his swearing-in ceremony in 2017. (T.S. Bah)
Fulbe (Fulani) pastoralists and their cattle in Northern Nigeria. They are wearing the traditional conical hat (libitiwal, in Fuuta-Jalon dialect). They are also holding the blessed and sacred herder’s stick. The Republic of the Gambia’s Tourism and Culture minister, Hamat Bah, was pictured sporting a similar item in his swearing-in ceremony in 2017. (T.S. Bah)

Titled “Genocide, hegemony and power in Nigeria” Obadiah Mailafia’s paper is a case study of pseudo-historical rambling and misguided political activism. From the title to the last line it is filled with false assumptions, malicious accusations, and malignant statements. The article illustrates the confusion sowed by “educated” and “elite” individuals and groups among the peoples of the Federal Republic of Nigeria. The propagators of the growing discord are a heteroclite bunch. For instance, they include Nobel literature laureate Wole Soyinka as well as heretofore unknown individuals, such as Mr. Obadiah Mailafia.
I re-post his paper here in the Documents section. The tract is replete with vile insults, ignorant statements, absurd allegations, vitriolic partisanship, fallacious claims and laughable distortions of history. The author refers to the Hausa-Fulani peoples as “a new mongrel race.” How low can someone who considers himself an African be so rude and stoop so low against fellow Nigerians and other Africans? How can hurl on the Web such a derogatory and vulgar term? How can he so gratuitously and readily commit such a despicable and outrageous offense!
In this blog, I denounce, rebut, recuse and refute some of the most egregious passages of Obadiah’s inflammatory article.

Africa’s pollinators

The domestication of the bovine constituted “one of humanity’s first leap forward” (Anselin 1981). It was a watershed achievement that spurred humans’ march into civilization. In parallel with other groups in Asia, America, Africa, ancient Fulɓe partook in such an accomplishment.

See Fulbe and AfricaThe Semantic Web and Africa

In “Cattle Before Crops: The Beginnings of Food Production in Africa,” a remarkable  research paper, Fiona Marshall and Elisabeth Hildebrand argue that, contrary to the other continents, domestication of plants came after that of animals. In other words, pastoralists preceded agriculturalists in “the development of food production” aimed at meeting “the need for scheduled consumption.”
 Thus, while their prehistoric neighbors figured out plant cultivation, ancient Fulbe were a step ahead in taming the wild ancestor of the bovine. In so doing, those pastoralists and agriculturalists forebears  became, metaphorically, the pollinators of Africa. Which, in turn, as we all know, is the cradle of humankind. It is appalling that Mr. Obadiah Mailafia chose to waste his time assaulting one of Africa’s indigenous peoples.

War mongers instead peace makers

Big problems and serious contradictions —legitimate or fabricated — strife and tensions have plagued the Federal Republic of Nigeria since its founding in 1963. And in recent decades its middle section, bad blood has opposed Muslim Fulɓe (Fulani) cattle herders to Christian agriculturalists. Such hostilities are neither new, nor specific to Nigeria. Thus, Ireland is still recovering from a lengthy and bloody civil war between Protestants and Catholics. Likewise, in the tinderbox region of the Balkans, in southern Europe, peace remains fragile as new countries continue to cope with the collapse and splinter of Yougoslavia.

Read (a) The Butcher’s Trail : how the search for Balkan war criminals became the world’s most successful manhunt (b) The Trial of Radovan Karadzic

Back in the Middle Age, France and England fought the Hundred Year’s War. It pitted Catholics against Protestants and, among other atrocities. Joan of Arc life was engulfed by fire at the stake, reducing her body in ashes. In this 21st century the world watches the Rohingya’s plight and flight from persecution by Myanmar’s Buddhist extremists…
Nigeria’s Muslim/Christian divide is deep-seated in history. But they can —should and must — be negotiated amicably and resolved in peace. Unfortunately, instead of seeking positive solutions to the feuds, militants and agitators — like Obadiah Mailafia — who are recklessly bent on fanning the flames of hostility and hatred. Instead of being peace makers, they demonize their neighbors and sound like war mongers. Such a dangerous behavior must be stopped.

Obadiah Mailafia writes:

Gramsci invented the notion of “hegemonia” (hegemony) to explain the structure and anatomy of domination in political society

Error! The editors of Wikipedia would beg to differ with Obadiah Mailafia. They, who pinpoint that Gramsci studied the cultural aspect of hegemonic power, i.e., not hegemony, by and large, but one aspect of its aspects. Other manifestation of supremacy rule include the economy, warfare religions, science…

I find this concept of hegemony so relevant with what is going on in relation to the genocide being perpetrated by the Fulani militias in the Middle Belt of our country today.

Obadiah is entitled to his opinion, but not to the facts. First, he fails to cite any external references or sources. Then, he does not care to provide evidence of ongoing genocide in Nigeria. We know that such tragedy  befell the country during the Biafran War. Then, genocide stroke in Rwanda. But here, my view is nothing demagoguery brings Obadiah to claim that the recurrent attacks and retaliations in Nigeria amount to genocide.

Historians the world over agree that the original home of the Fulani people is Futa Jallon (also known in the French as Fouta Djallon) in the Upper Guinea highlands of the West African Republic of Guinea.

Wrong! Fuuta-Jalon (not Futa Jallon, or Fouta Djallon!) is one of the many regions the Fulɓe call home in 21 Africa countries. But it is certainly not their birthplace. In reality, pushing their cattle herds out of Takrur (southern Mauritania-northern Senegal), they began migrating to the region back in the 12th century C.E.. Takrur existed since the 4th century. Although it has fallen into oblivion, it was a lasting and glorious experiment that forged a new people (the Takruri) out of a melting pot of Soninke, Serer, Wolof, Mande, Fulɓe communities. And, significantly, around the 9th century Takrur became the first sub-Saharan state to adopt Islam as its official religion. However, it conquest by Emperor Sunjata Keita sealed its demised. Fulbe had been leaving the areas for quite some time. But the destruction of Takrur accelerated their exodus. They moved south toward what is today’s Fuuta-Jalon. They also headed east into Maasina, Jelgoogi, Sokoto, Adamawa, etc. In The Fulani Empire of Sokoto, historian H.A.S. Johnston indicates that Fulbe herdsmen begun settling in the Sokoto region as early as the 12th century.

Also known as Fula, Fulbe or Pullo, the Fulani are thought to have emigrated from North Africa and the Middle East in ancient times, settling in the Futa Jallon Mountains and intermarrying with the local population and creating a unique ethnic identity based on cultural and biological miscegenation.

It’s other way around, the indigenous pair (Pullo, singular / Fulɓe, plural) provides the basis for the various names given to the Fulɓe . For instance, they are called Takruri (Moors), Fellasha (Arabs), Peul (Wolof), Fula (Mande), Fulè (Sose, Jalunka) Fulani (Hausa), etc.

The Malian writer and ethnologist Amadou Hampaté Ba famously described Futa Jallon as “the Tibet of West Africa”, on account of its surfeit of Muslim clerics, Sufi mystics, itinerant students and preachers.

Correction: Amadou Hampâté Bâ was no ordinary writer and ethnologist. He was a leader of Pulaaku, the Fulbe way of life. He coined the phrase: “In Africa, when an elder dies, its a library burning down.” Thanks to serendipity, he had received in 1953 an initiation in the sacred rite of Geno and by-gone fulɓe spirituality built around the bovine. In 1961, he teamed with Germaine Dieterlen, a noted ethnologist of religions and the author of Essai sur la religion bambara. The pair co-edited the French version of Kumen, the bible of Fulbe pastoralists. In his review of the book, ethnologist fell in aw with “La poésie saisissante de ce récit [qui] évoque les plus belles pages de la Bible”.
Amadou Hampâté Bâ once declared: “I love Fulfulde, my language. I am proud to be a Pullo poet.” For his tireless advocacy for the continent’s verbal heritage, Ivoirian writer Isaac Biton Coulibaly bestowed upon A. H. Bâ the title of “pope of African oral tradition.” Bâ lived his life as a disciple of Tierno Bokar Salif Taal, a tijaniyya sufi master who taught Islam and tolerance …
Never mind, displaying his bellicose mindset, Obadiah seeks to tarnish “the Tibet of West Africa” homage with the epithet “surfeit.” Again, Gilbert Vieillard must be turning in his grave. For he asserted that Fuuta-Jalon was the Dar-al-Islam (Door of Islam) of western Africa. And in his book The Holy War of Umar Tal: the Western Sudan in the mid-nineteenth century Prof. Robinson concurred in these terms:

« Fuuta-Jalon was much more than an Almamate dominated by a Fulɓe aristocracy. It was a magnet of learning, attracting students from Kankan to the Gambia, and featuring Jakhanke clerics at Tuba as well as Fulɓe teachers. It acted as the nerve centre for trading caravans heading in every direction. The more enterprising commercial lineages, of whatever ethnic origin, established colonies in the Futanke hills and along the principal routes. It served their interests to send their sons to Futanke schools, to support the graduates who came out to teach, and in general to extend the vast pattern of influence that radiated from Fuuta-Jalon. »

Such were, among other things, the facts that prompted A.H. Bâ to label Fuuta-Jalon, a spiritual stronghold akin to Thibet.

The second traditional home of the Fulani is Futa Toro, by the banks of the Senegal River in the current nation of Senegal.

Wrong! Fuuta-Tooro was located in the direct sphere of influence of Takrur. Therefore Fulbe lived there, first, and centuries before the headed down south toward Fuuta-Jalon.

Over the centuries the Fulani converted to Islam and some of them became zealous Muslim clerics and itinerant proselytisers. Through war and conquest they formed several kingdoms, among them Tukolor, Massina, the Caliphate of Usman Dan Fodio and Fombina in the early nineteenth century.

Wrong! In “The Social and Historical Significance of the Peul Hegemonies in the Seventeenth, Eighteenth and Nineteenth centuries,” Marxist historian Jean Suret-Canale join other scholars to point out that the Fulbe clerics became victorious through a combination of preaching the Word and wielding of the Sword. It behooved them to win the mind more than the body of new converts. They largely succeeded in their mission. And in Sokoto, Usman ɓii Fooduyee (Usman dan Fodio, in Hausa), his brother Abdullah, his children Mohammed and Asma’u offer a stellar example of such accomplishments.
Read The Caliph’s Sister: Nana Asma’u 1793-1865: teacher, poet and Islamic leader and One woman’s Jihad : Nana Asma’u, scholar and scribe.

To be continued.

Tierno S. Bah

Déformation délibérée de l’histoire du Fuuta-Jalon

Un de mes correspondants récents a affiché sur Facebook la photo ci-dessous. Avertissement : l’inscription en rouge constitue une déformation visuelle délibérée de l’Histoire du Fuuta-Jalon.

Boubou Penda, en tant que faux Bokar Biro, et sa femme Tulla
Boubou Penda, en tant que faux Bokar Biro, et sa femme Tulla

Cette photo est tirée de webFuuta, mon site web sur le Fuuta-Jalon, qui paraît depuis 1997. Elle est extraite de l’article d’Emily Osborn intitulé “Interpreting Colonial Power in French Guinea. The Boubou Penda-Ernest Noirot Affair of 1905”.Je l’ai scannée, traitée et publiée en ligne en 2014. Voici donc le cliché original, sans la vilaine barre rouge apposée là-dessus.

Boubou Penda et sa femme à Timbo en 1897. Boubou fut l'inteprète d'Ernest Noirot, le premier résident colonial de la France au Fuuta-Jalon. En 1881 il accompagna Dr. Jean Bayon, envoyé par le gouverneur général Faidherbe, pour négocier un traité de protectorat entre Paris et Timbo.
Boubou Penda et sa femme à Timbo en 1897. Boubou fut l’inteprète d’Ernest Noirot, le premier résident colonial de la France au Fuuta-Jalon. En 1881 il accompagna Dr. Jean Bayon, envoyé par le gouverneur général Faidherbe, pour négocier un traité de protectorat entre Paris et Timbo.

Une déformation délibérée

Le texte de l’article d’Emily Osborne est rédigé en anglais. Soit, mais rien n’explique et justifie que l’on falsifie la légende inscrite au bas de la photo. Emily précise que la source de l’image est Notice sur la Guinée française, le livre de Lucien Famechon paru à Paris en 1900. Ma publication prend soin d’identifier clairement Boubou Penda, l’interprète, et sa femme Tulla.

Comment donc un lecteur guinéen, de surcroit, un ressortissant du Fuuta-Jalon, peut-il décider de manipuler la photo en lui collant le nom de l’Almami Bokar Biro. L’abus est inacceptable car c’est un cas flagrant de fraude intellectuelle.

Almami Bokar Biro Barry (1865-1896)
Almami Bubakar Biro Barry (1865-1896), fils d’Almami Umaru, petit-fils d’Almami Abdul-Gadiri, arrière petit-fils d’Almami Ibrahima Sori Mawɗo. Voir le tableau complet des Almami sur webFuuta.

Et il y a ici une profonde et cruelle ironie. Car c’est Boubou Penda et son patron Ernest Noirot qui démolirent le pouvoir traditionnel fuutanien, et éliminèrent graduellement la dynastie des Seediyaae Barry (Alfaya et Soriya) de Timbo, à commencer par l’Almami Bokar Biro, le 14ème et dernier souverain de la Confédération théocratique islamique du Fuuta. L’année précédente, en 1896, Bokar Biro avait été battu à la bataille de Poredaka. Son corps fut décapité. Sa tête fut portée dans une calebasse à Conakry. Par Neene Jaariwu, la mère de l’Almami. Elle parcourut la distance Timbo-Conakry à pied, affirme-t-on, portant la charge macabre d’une partie du corps de son fils vaincu.

Et en 2018 le jeune de Tougué ne trouve rien d’autre que de coller le nom de Bokar Biro sur la photo d’un des vainqueurs et bourreaux de l’Almami. Pourquoi ? C’est absurde.

Pas plus tard qu’hier, je faisais à un autre jeune correspondant sur Facebook la recommendation suivante :

Tes interrogations sont légitimes. Bien que la réponse à certaines d’elles soit peut-être à jamais perdue, d’autres sont, par contre, abordables. Mais c’est par la lecture et la réflexion qu’on peut  rassembler, patiemment, des éléments de réponse.
Les bibliothèques de mon Portail webAfriqa sont à la disposition des personnes de ta génération qui s’interrogent sur l’évolution et le devenir de la Guinée.
La balle est donc dans votre camp : lisez autant que possible, prenez note, réflechissez, écrivez la plume et exprimez-vous à travers des revues et des critiques de livres, d’articles de publications scientifiques et artistiques. Faites-le de façon claire et objective. C’est de cette manière que vous pourrez apporter votre modeste contribution à la réponse aux questions posées. Ne rejettez pas le blâme sur les aînés et les prédecesseurs. En tant que jeunes adultes, vous êtes aussi concernés dans la quête des solutions que vos devanciers.

L’auteur de la falsification ci-dessus a agi dans le sens exactement opposé de mes conseils. Il aurait dû réfléchi avant d’agir. Hélas, il a choisi de propager une fausse information, qui falsifie la réalité historique, et qui sème la confusion.

Il lui appartient aujourd’hui de reconnaitre le tort de son geste délibéré. Et de  présenter des excuses publiques. Il y va du respect dû à la mémoire de l’Almami Bokar Biro, ainsi qu’à l’histoire du Fuuta-Jalon, de la Guinée et de l’Afrique.

Tierno S. Bah