Rose Blanche Achkar, RIP !

Mme Rose Blanche épouse de Marof Achkar n’est plus. J’ai été informé aujourd’hui de son décès, survenu le 17 juillet dernier à Paris.

On s’entretint une fois au téléphone en 2015. Ce fut notre premier et dernier contact. D’abord hésitante, la conversation devint détendue. Elle révéla une personne gentille, sympathique, simple, habitée par la sagesse et l’humilité. Elle avait su surmonté la tragédie que Sékou Touré  infligea à sa famille. Et élevé ses enfants, brutalement transformés en orphelines et orphelins de père.

Ambassadeur Telli Diallo et son conseiller culturel Marof Achkar. Washington, DC. 1960
Ambassadeur Telli Diallo et son conseiller culturel Marof Achkar. Washington, DC. 1960

Couple d’artistes

Rose Blanche et Marof se connurent et se marièrent alors qu’ils étaient membres des Ballets Africains de Fodéba Keita. Lui, en tant qu’artiste, chorégraphe et manager, elle, en tant qu’artiste. Née au Bénin, elle adopta et s’intégra, me dit-elle, à la Guinée, le pays de son mari. Le film Allah Tantou contient des plans d’images de Rose Blanche sur scène.

Marof, Rose et leurs enfants: Le bébé dans les bras de sa mère c'est feu <a href="https://www.campboiro.org/video/Allah-Tantou/index.html">Daivid Achkar</a>, le réalisateur du film Allah Tantou.
Marof, Rose et leurs enfants: Le bébé dans les bras de sa mère c’est feu Daivid Achkar, le réalisateur du film Allah Tantou.
ONU, New York, 1967. Alpha Abdoulaye Portos Diallo, secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, l'ambassadeur Marof Achkar, <a href="https://www.campboiro.org/victimes/bangoura_mohamed_kassory.html">Mohammed Kassory Bangoura</a>, chef de cabinet du ministère des AE.
ONU, New York, 1967. Alpha Abdoulaye Portos Diallo, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, l’ambassadeur Marof Achkar, Mohammed Kassory Bangoura, chef de cabinet du ministère des AE.

Epouse de diplomate et Mère

La brève mais brillante carrière diplomatique de Marof Achkar commença ici, à Washington, DC en 1959, où il fut nommé conseiller culturel de l’ambassadeur Diallo Telli. Celui-ci cumula au début les fonctions d’ambassadeur plénipotentiaire et extraordinaire aux USA et de représentant permanent de la république de Guinée aux Nations-Unies à New York. Marof l’y succéda plus tard et s’imposa rapidement autant par la substance que par le style. Premier président de la commission spéciale de l’ONU sur l’Apartheid, il s’acquitta de ses responsabilités avec compétence et charisme. La presse internationale le surnomma le Clark Gable Africain, en raison d’une ressemblance perçue entre Marof et la vedette du film Autant en emporte le vent. Epouse attachante, hôtesse charmante Rose Blanche fut un pilier du succès de Marof. Elle cultiva la mémoire de son mari après l’assassinat de ce dernier, et l’expulsion (elle et ses enfants) de son pays de mariage et d’adoption en 1971.

New York, 1967. Rose Blanche reçoit en famille la super-vedette <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Marlon_Brando">Marlon Brando</a>, ami de son mari.
New York, 1967. Rose Blanche reçoit en famille la super-vedette Marlon Brando, ami de son mari.

Rest in Peace, Ms. Achkar!

Tierno S. Bah

 

Race et Racisme. Ethnie et Etat

Race et racisme

Dérivé du concept de race, le mot “racisme” persiste partout au 21e siècle. Aux USA “race” est officiellement employé (recensements démographiques, administration, cartes d’identité, demandes d’emploi, etc.) Et pourtant, cela fait des décennies que le concept même de race a été scientifiquement réfuté. Il a été clairement établi que l’humanité constitue une seule et même espèce génétique et génomique. Au plan biologique elle se compose, non pas de races (noire, blanche, jaune, rouge), mais plutôt de populations, sous-populations, groupes et sous-groupes… Et elle partage plus de 98.8 % de son ADN avec un primate comme le chimpanzé, son plus proche parent dans le règne animal.
En Afrique la colonisation européenne usa — et abusa — du terme race. En réaction, et prenant le contre-pied de l’aliénation  subie à l’école coloniale, la génération anti-colonialiste (1940-1960) fustigea l’idéologie et le discours colonialistes. Mais une fois au pouvoir dans les années dans les années 1960, elle reprit le même langage dans des slogans tels que “A bas régionalisme”, “A bas le racisme !”…

Sékou Touré. Ce qu'il fut. Ce qu'il a fait. Ce qu'il faut défaire Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.
Sékou Touré. Ce qu’il fut. Ce qu’il a fait. Ce qu’il faut défaire. Editions Jeune Afrique. Collection Plus. Paris. 1985. 215 p.

En réalité, c’est à l’ethnie qu’ils en voulaient, proclamant à tort   malhonnêtement et malicieusement : « Il n’y a plus d’ethnies (soussou, peule, maninka, guerze, toma, kissi, etc.) en Guinée. Il n’y a que des citoyens militants de la révolution. » Là gît le piège de l’Afrique post-coloniale. Un traquenard tissé du malaise, de l’incapacité, et de la malhonnêteté à gérer la diversité ethnique et culturelle des pays. Car les dirigeants et leurs clientèles ont un comportement ambigu, flou, à la tête de l’état. Ils prêchent le contraire de ce qu’ils pensent. Inversement, ils pensent le contraire de ce qu’ils disent. Ils souffrent du dédoublement de personnalité, de schizophrénie socio-politique, un mal psychologique dont Frantz Fanon posa clairement le diagnostic dans les Damnés de la terre dès 1960. Et dont l’actuel président guinéen est un patient avéré. Lui et nombre de ses pairs pratiquent officieusement ce qu’ils dénoncent officiellement, à savoir la concentration et la confiscation du  pouvoir par des individus et des groupes de leur ethnie. Peu importe le manque de compétence !

Ethnie, Etat et “Racisme”

Sékou Touré fit preuve d’ignorance et d’aberration avec son slogan attaquant le “racisme peul”. En effet, son gouvernement fut à dominante ou en absolue majorité maninka, de 1958 à 1984. Aujourd’hui, Alpha Condé, quatrième successeur-imitateur de Sékou, applique à la lettre le modèle inventé par le premier dictateur de la Guinée. Lansana Conté, Mousa Dadis Camara et Sékouba Konaté le précédèrent sur ce chemin tortueux, inique et jonché de cadavres.

Dans La Guinée : Bilan d’une Indépendance (1964)  B. Ameillon évoque le “népotisme”, “diffus” pour “les postes secondaires” et “très strict au niveau des postes de direction”. Il dégage la composition de la couche dirigeante en « classes d’âge, camaraderie d’école, de village, de parti (étant) à l’origine des fortunes politiques. Sur onze ministres que comprenait le premier ministère guinéen :

  • Trois, soit le quart, étaient nés à Faranah, patrie de Sékou Touré (Il s’agissait de Lansana Diané, Ismael et Sékou Touré)
  • Quatre, soit le tiers, étaient passés par l’école normale primaire de William Ponty.
  • Hormis une exception, ils étaient tous nés autour des années 1920 (c’était Abdourahmane Dalen Diallo dit “Vieux Doura”) »

A cela s’ajoute que le gouvernement ne compta aucune femme durant les cinq premières années de la république de Guinée, 1958-1963. Cela n’empêcha pas le régime de discourir à longueur de journées sur sa politique de promotion féminine. Pure démagogie doublée de crime ! Loffo Camara devint, certes, la première femme membre du cabinet le 1er janvier 1963. Mais en toute chose, il faut voir la fin. Et dans le cas de Mme Camara, ce fut tragique puisque Sékou Touré n’hésita pas à la faire fusiller le 25 janvier 1971 à l’aube, en même temps que Habib Tall, Balla Camara, Baba Camara, et des dizaines d’autres victimes, pendues ou passées par les armes à travers le pays ce jour-là. Quelques heures plus tôt, Sékou et les membres du Bureau politique avaient assisté à la pendaison nocturne d’Ousmane Baldet, Barry III, Moriba Magassouba et Kara Soufiane Keita au Pont du 8 novembre.

Loffo Camara : victime-martyre de Sékou Touré

Toutes ces tueries avaient pour but, entre autres, d’éliminer des cadres compétents décidés à bâtir le pays. Sékou Touré, lui, avait choisi le népotisme, l’incompétence et le clanisme. De 1971 à sa mort le 26 mars 1984, sa famille et ses alliés avaient complètement accaparé l’Etat.
Aujourd’hui, président Alpha Condé continue aveuglément une telle politique, qui ruina et qui continue d’appauvrir la Guinée.

Un seul gouvernement : la famille
Family Feuds

Ce à quoi feu Bâ Mamadou répondit éloquemment : La Guinée est une République, pas une famille. La formule présentant la Guinée comme une famille est au mieux légère et superficielle. Mais, au pis, on tient ce langage  pour parler, prématurément, de la “réconciliation nationale” sans que le préalable indispensable et la condition sine qua non de la JUSTICE aient été remplis. Dire que la Guinée est une famille implique, délibérément ou pas, l’atténuation voire la négation des violations des droits de l’homme en cours depuis 1958. Cette formule suggère que les Guinéens forment une famille. Dès lors, insinue-t-on, ils doivent se pardonner. Interprétée de la sorte, l’affirmation n’est ni généreuse, ni désintéressée. Au contraire, elle vise, d’une part, à occulter les victimes, et, d’autre part, à innocenter les bourreaux, et à absoudre les perpétrateurs, tous agents de “l’état républicain”. A la longue, la déclaration “La Guinée est une famille” pourrait préparer les esprits  à la passivité face aux crimes passés et présents de l’Etat. Elle deviendrait, ce faisant, un clin d’oeil complice, une approbation tacite de l’impunité en Guinée. Attention, donc ! Si le continent africain peut être réduit à un seul pays, alors la Guinée pourrait être ramenée à une famille !

Le Gouvernement par le complot

La tendance à s’entourer des “siens” s’accentua. Et Sékou Touré plongea dans l’absurde avec son complot contre les Fulbe et avec l’assassinat de Telli Diallo et de ses co-accusés, l’appel du pied cynique à Saifoulaye Diallo.

Discours anti-peuls de Sékou Touré
Sékou Touré : Gouvernement par le Complot et le Crime
La sale guerre de Sékou Touré contre les Peuls

Mais le châtiment de l’Histoire, la punition divine et la rétribution par Allah   ne tardèrent pas à le frapper.  En effet, en 1977, quelques mois après la mort atroce de Telli Diallo, Dr. Alpha Oumar Barry, Alioune Dramé, lieutenant Alassane Diallo, capitaine Lamine Kouyaté et leurs compagnons au Camp Boiro. Sékou Touré reçut, toutefois, la “compensation” de sa faillite et de sa cruauté la même année. C’était en fin août. Et les femmes, ménagères, marchandes au détail, marchèrent sur la présidence. Elles le désavouèrent ouvertement, publiquement. Et elles lui  crachèrent leur rejet total de sa politique de paupérisation, d’oppression et de répression.…

Ils furent assassinés sous le faux prétexte du “racisme peul”, un poison concocté par les machinations diaboliques et meurtrières du “responsable suprême de la révolution”, et qui continue d’infester la Guinée.

Ethnie et Institutions

Le rapprochement entre l’ethnie et les institutions républicaines. les est difficile à soutenir. Car la première est préhistorique, présente et pérenne, tandis que les autres sont récentes, fictives, embryonnaires, faibles. Et leur destin demeure incertain.
Sur tous les continents et dans presque toutes les sociétés, les traditions culturelles de l’ethnie régissent le cycle de la vie de l’individu: naissance, mariage, mort.
S’appellant “états-nations”, les républiques post-coloniales africaines ont du mal à gérer leur dualité, qui résulte du fait qu’elles sont composées de populations rurales et traditionnelles, d’une part, et qu’elles sont dirigées par des minorités occidentalisées, acculturées et aliénées. Cette réalité indéniable fait de l’état africain une entité stratifiée, où la minorité pense et impose ses diktats à la majorité.
En vain, car comme le rappelle l’adage : « Chassez le naturel, il revient au galop.”.…

Confusion à éviter

Il ne faut donc pas confondre l’ethnie et de l’ethnicité d’une part, et l’ethnocentrisme et l’ethnocratie, d’autre part. Les deux premières réalités doivent être assumées fièrement car elles affirment l’identité des uns et des autres. Elles soulignent la nécessaire et enrichissante diversité de la culture  et de la nature. Quant au second couple, il n’apporte que le sectarisme et la division.
Forme universelle d’organisation sociale, l’ethnie est le socle des sociétés. En tant que telle, elle  résiste au passage du temps et remplit des fonctions évidentes et éminentes. Par exemple, elle assigne les noms et les prénoms (de famille et d’individu), elle fixe le rituel des cérémonies (mariage, baptême, funérailles), etc. Elle repose sur des valeurs positives. Elle  englobe naturellement et gère légitimement la famille, qui est, au-dessous du clan, sa cellule formative, son unité constituante de base. A travers l’histoire, empires, royaumes, république, dictatures (dont celle de Sékou Touré) ont cherché à se substituer ou à briser l’ethnie. En vain. Celle-ci plie parfois, mais elle ne casse jamais !

Consulter ma republication de Outline of Cultural Materials sur SemanticVocabAfrica. Cette vaste classification anthropologique inclut des termes tels que : ethnic stratification, ethnometeorology, ethnophysics, ethnogeography, ethnobotany, ethnozoology, ethnoanatomy, ethnophysiology, ethnopsychology, ethnosociology, ethnocentrism

Réversible, horizontale et verticale, directe et indirecte, une hiérarchie lie l’individu et la famille à la société et à l’état. On peut la schématiser comme suit :

individu famille clan tribu ethnie société état nation

Matérielle et immatérielle, locale et empruntée, indigène et allogène, la culture constitue le dénominateur commun des entités ci-dessus énumérées. Elle oriente et s’enrichit de l’apport de composantes — constantes et variables dans le temps et l’espace — que sont la langue, la santé, l’économie, l’habitat, les technologies de fabrication, la politique, les coutumes, la religion, les arts, etc.

Moralité :  le pays, l’état, la république (démocratique ou non) ne peuvent pas être une famille, en dehors de la figure de style et de la métaphore.

L’étude de la vraie famille (biologique, sociale et culturelle) constitue un vaste domaine de recherches et de connaissances, théoriques et pratiques. Elle porte, entre autres, sur la famille nucléaire et étendue, le système de parenté, la règlementation du sexe (permissions et tabous). Lire G. Murdock , Social Structure, pour une anthropologie culturelle globale, M. Dupire, L’Organisation sociale des Peul, pour une ethnographie appliquée, Y. Wane, Les Toucouleur du Fouta Tooro : Stratification sociale et structure familiale, pour une approche sociologique. Enfin, pour une analyse critique, consulter G. Leclerc. Anthropologie et colonialisme: essai sur l’histoire de l’africanisme.

Quant aux institutions étatiques, elles ont de la peine à exister en Guinée. Car en théorie la Constitution garantit l’égalité et la parité entre les trois branches de l’Etat : législatif, exécutif, judiciaire. Mais en pratique, le législatif et le judiciaire végètent sous le poids étouffant du pouvoir exécutif. Et l’administration — logiquement placée sous l’autorité du chef de l’Etat — se dissout par la déréliction du président de la république et dans la gangrène de la corruption que celui-ci pratique et encourage.

Tierno S. Bah

Nigeria. Eleveurs contre cultivateurs : la politique du conflit

Mathieu Olivier, Jeune Afrique
Mathieu Olivier, Jeune Afrique

Jeune Afrique publie un commentaire sur le rapport d’International Crisis Group (ICG) sur le conflit meurtrier entre éleveurs et cultivateurs dans la région centrale du Nigeria. Mathieu Olivier signe le billet, de moins de 600 mots. C’est court et insuffisant pour saisir les causes, la dimension et les ramifications de contradictions armées, qui datent du 20è siècle.
Peu importe pour JA et ICG, qui simplement aisément un problème pourtant complexe. En l’occurrence, les deux organisations semblent obsédés par, et agitent le spectre de l’élection présidentielle prévue au Nigeria l’an prochain.

Etant donné leur politique éditoriale et leur palmarès en la matière, cela n’est peut-être surprenant, même pour un magazine sexagénaire et une ONG internationale. Néanmoins, je relève dans le rapport de ICG et dans l’article de JA les déficiences ci-après.

1. Généralisation abusive et hâtive

“Le conflit agro-pastoral, affirme-t-on, menace de « déstabiliser le pays.”

En réalité, il s’agit d’un conflit localisé au centre du pays. Quant au terrorisme pseudo-islamique de Boko Haram, il est situé dans le nord-est du Nigeria. Bien que concernés puisqu’ils appartiennent à la même Fédération, ni le nord (Hausa-Fulani, et autres), ni le sud-ouest (Yoruba et autres), ne sont qu’indirectement touchés par la violence qui secoue les deux régions mentionnées, auxquelles il faut ajouter le sud-est (Igbo et autres).

Localisation du conflit agro-pastoral nigerian
Localisation du conflit agro-pastoral nigérian

2. La loi “anti-grazing” du gouverneur Samuel Ioraer Ortom

JA et ICG ne se donnent pas la peine de s’informer et d’informer sur le gouverneur de l’Etat du Benue, Samuel Ioraer Ortom, ancien chauffeur de camion, self-made man, et promoteur de la loi “anti-grazing”. Cette législation interditla transhumance et le pâturage libre, visant à favoriser l’agriculture et à promouvoir la construction de fermes d’élevage clôturées”. J’ai déjà indiqué mon point de vue sur ce que je considère comme une mesure illégitime voire scélérate. Lire Nigeria. Pastoralists and agriculturalists, Unite!
Il se trouve que Samuel Ortom est lui-même un transhumant doublé d’un nomade politique. Il a changé de parti politique trois fois depuis 2015. Il fut ministre fédéral de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement de l’administration de Goodluck Johnatan, un régime dont la corruption continue de défrayer la chronique. En 2015 Samuel abandonna le People’s Democratic Party (PDP) de l’ancien président nigérian pour se rallier au All Progressives Congress (APC) de Muhammadu Buhari. Et voilà que la semaine dernière il a déserté celui-ci avec une cinquantaine d’autres politiciens en vue de l’élection présidentielle de 2019. Est-il surprenant dès lors qu’une figure aussi instable et volage soit à la base de la loi anti-gazing ? M. Ortom se soucie-t-il des conséquences de ses machinations politiciennes ? J’en doute. Et pourtant, souligne M. Olivier, “depuis son entrée en vigueur au mois de novembre, la mesure est au centre d’un bras de fer entre les autorités et les syndicats d’éleveurs qui continuent de revendiquer une vie nomade et exigent son retrait.”

3. Machinations économiques et politiques avec maquillage ethnique et religieux

3.1 Islamisation : slogan sans fondement

L’article de Mathieu Olivier poursuit : « Le conflit, essentiellement foncier, menace en outre de virer à l’affrontement interreligieux. »
Cette affirmation repose sur une déclaration de « plusieurs évêques des Etats de Benue et de Nassarawa » qui dénoncent un « programme clair d’islamisation de la ceinture centrale nigériane ». « Leur but est de frapper les chrétiens », a même déclaré Matthew Ishaya Audu, évêque du diocèse de Lafia. C’est un faux argument. Et JA aurait dû mener sa propre enquête afin de corroborer ou d’infirmer ces propos. Hélas, Mathieu Olivier se contente de la reprendre à la lettre comme si elle valait son pesant d’or. Ce dont je doute fort.

Les organisations engagées dans la spirale de la violence, de la destruction et de la mort sont les suivantes :

  • MAFO: Movement Against Fulani Occupation
  • Jafuyan : Jonde Jam Fulani Youth Association of Nigeria
  • Macban :  Mi-yetti Allah Cattle Breeders Association of Nigeria
  • Makh : Mi-yetti Allah Kawtal Hoore

3.2 Le faux spectre de l’ethnie Fulbe (Fulani)

Le même évêque accuse : « le gouvernement ne fait rien pour les arrêter, parce que le président Buhari est lui-même membre de la tribu [sic!] peul ». L’ignorance du prélat catholique est alarmante. Car les Fulbe constituent un peuple et une civilisation. En tant que tels,  et, comptant des dizaines de millions d’individus, ils incluent et transcendent la tribu.
Où sont les preuves confirmant cette accusation, qui est une diffamation de caractère du président fédéral du Nigeria ? Comment JA peut-il publier des paroles incendiaries sans offrir aux lecteurs des données et des faits probants ?
La hiérarchie catholique du Nigeria va plus loin que l’évêque Audu puisqu’elle affirme : « Il n’est plus possible de considérer comme une simple coïncidence le fait que les responsables de ces crimes odieux soient de la même religion que ceux qui contrôlent les services de sécurité, président compris. »

On sait que plus le mensonge est gros, plus il a de chances de se propager. Mais la déontologie professionnelle impose à JA de ne publier que des opinions appuyées par des faits vérifiables et des témoignages fiables. Il y va de la crédibilité du magazine.
A noter à ce sujet que JA a pris au moins la précaution de citer l’opinion adverse, celle du président Buhari. Celui-ci rejette les manigances et les actes de violence car, dit-il, ils sont l’oeuvre de ses opposants, déjà en lice pour la prochaine présidentielle.

Cela n’empêche pas Mathieu Olivier d’entonner à la suite de ICG l’insinuation suivante :

« … la gestion de Buhari dans ce conflit a renforcé l’adhésion de la communauté fulani [peul, NDLR] à sa personne. »

Là également, ICG et JA doivent fournir les preuves. S’ils n’en n’ont pas, qu’ils s’abstiennent de divaguer et de jeter de l’huile au feu qui embrase certains états du centre du Nigeria.

4. Prédiction futile et superflue

L’article s’achève sur la prédiction banale, futile et superflue que voici :

« Les positions radicalement opposées sur la présidence de Buhari pourrait nourrir les tensions interpartis, interrégionales et interconfessionnelles lors des élections de 2019 ».

En réalité, la sphère politique est mue par la dynamique des contrastes, divergences, contradictions, oppositions, et antagonismes. Si le conflit entre éleveurs et cultivateurs n’existait pas, d’autres sources de discorde et de division auraient émergé.

En guise de conclusion, le Nigeria est vaste et dispose de suffisamment de terres pour accommoder agriculteurs et pasteurs. Mais l’égoisme et la corruption des “élites”, en général, et celle des politiciens du gabarit du gouverneur, sèment la violence, la destruction et la mort. Et le Nigeria stagne au niveau d’Etat en faillite.

Tierno S. Bah

Conakry. Drôle d’Etats-généraux des droits de l’homme !

Le site Guineelive.com l’avait attaché à un siège éjectable en février dernier. Ils ont été pour les frais. Car le 26 mai dernier, Khalifa Gassama Diaby a été reconduit à son poste de ministre de la citoyenneté et de l’unité nationale. Soit. Il n’est reste pas moins que le département ministériel et son occupant détonnent dans le régime du président Alpha Condé. Car les concepts et la pratique de la citoyenneté et de l’unité nationale sont en piteux état en Guinée. Cela, depuis le complot de Sékou Touré contre les Fulɓe en 1977. Une conspiration que le “responsable suprême” monta pour éliminer Telli Diallo et ses infortunés co-accusés. Le système monstrueux érigé sous la révolution continue de sévir. Ainsi, durant la campagne électorale de 2010, le candidat Alpha Condé promit de reprendre la Guinée au niveau où Sékou Touré l’avait laissée. C’était un signe annonciateur d’années de vaches maigres et de retour aux tragédies. Une fois élu, le slogan fut mis en pratique. Et depuis lors, il colle à la peau du “professeur”. Car si son intention était de saigner le pays et de faire souffrir davantage les populations, alors on peut constater qu’il a tenu parole et réussi dans la destruction du tissu social du pays. A quoi s’agit de grands pas en arrière ! Par exemple, le pont de Linsan — qui marque la frontière traditionnelle  entre le Fuuta-Jalon et la Basse-Guinée— vient de s’effondrer. Pour le moment, la capitale Conakry est coupée du reste de la Guinée. A l’exception des tronçons nord (Dubréka, Boffa, Boké) et sud (Forécariah, Benty)… Dans ce contexte de dérive gouvernementale et d’incurie administrative, que peut-faire faire un ministre chargé des droits de l’homme ?

Le dilemme de Khalifa Gassama

S’il n’a pas les mains liées, Khalifa Gassama fait tout de même face à un grand dilemme. Sa position, entre deux pôles diamétralement opposés, est on ne peut plus inconfortable.
D’une part, en tant que ‘contitutionaliste’, il rêve et parle de faire respecter la Loi fondamentale, qui prescrit les droits inaliénables du citoyens ainsi que les devoirs inhérents à la construction de l’unité nationale. Malheureusement, cette dernière, comme indiqué plus haut, a été fortement —certains disent irrémédiablement — ébranlée et compromise.
D’autre part, on constate que Khalifa Gassama est en porte-à-faux avec son patron, président Alpha Condé. En effet, celui-ci se moque éperdument des questions relatives aux droits de l’homme. Il le confirma publiquement en déclarant qu’il se considérait comme un “chef d’état, et non comme le chef d’une organisation des droits de l’homme.” C’était le 12 août 2011, au siège du National Democratic Institute, à Washington, DC. Les propos du président guinéen surprirent et choquèrent l’auditoire. A tel point qu’une personne du présidium formula de vive voix son espoir que M. Condé se transforme, en tant que chef d’Etat, en ultime chef de défense des droits de l’homme en Guinée. Hélas, un tel souhait est resté pieux. Pire, il a été violé au moins 95 fois, un chiffre qui additionne les interventions brutales des forces de sécurité du régime actuel, qui tirent à balles réelles et tuent des manifestants politiques pacifiques et non-armés.

Lire President Alpha Condé at NDI, Washington DC

Drôle d’Etats-généraux

Appuyé par l’Union Européenne et l’ONG Search for Common Ground, le département de Khalifa Gassama vient de clôturer un “Forum des États généraux des droits de l’homme”. Le nom est grandiose. Mais l’étiquette “Etats-généraux” se justifie-t-elle ? L’organisation d’Etats-généraux est normalement une affaire nationale : dans la préparation, le financement et la participation. En l’occurrence, quelle rôle les préfectures du pays jouèrent-elles dans la réalisation de la rencontre ? …
De quels drôles d’Etats-généraux s’agit-il ici ? Est-que, une fois de plus, la montagne Guinée a accouché d’une souris ? D’après le compte-rendu qu’en fait le site Aminata, après trois jours de délibération, la principale résolution a porté sur la rédaction d’une “future Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
C’est tout !?
Bien sûr, bouche et plume cousues sur la violence courante. Silence sur la terreur passée. Deux endémies imposées par l’Etat de Guinée :  violateur cruel des droits de l’homme. Cela fait 60 ans qu’il commet ce type de crimes. En toute impunité.

Eternelle fuite en avant

L’accent sur une “future lettre” illustre à souhait la tactique de la fuite en avant adoptée depuis 1958 par les autorités de Guinée.
Hier, c’était Conakry, capitale mondiale du livre.
Aujourd’hui, ce sont les “Etats-généraux” sur les droits de l’homme. Qui se tiennent 34 ans après les Etats-généraux de l’Education, organisés en 1984.
Nulle mention du projet de procès — continuellement différé par le gouvernement — des personnes inculpées dans le massacre du 28 septembre 2009.
Mais les faits sont plus éloquents que les mots et les discours. Dans ce sens, les documents du Camp Boiro Memorial contredisent et démentissent  les manoeuvres dilatoires du gouvernement guinéen : prédateur récidiviste et impénitent, fauteur de violations répétées et de crimes cycliques des droits de l’homme.
Peut-il s’ériger justicier de ses actions criminelles ?
Les tragédies qui ont ponctuées le parcours de la Guinée depuis 1958 (voir le film Cona’cris, la révolution orpheline) en disent plus long qu’une éventuelle “Lettre de politique nationale de promotion et de protection des droits de l’homme”.
Le monde entier sait que l’Etat de Guinée est l’ingénieur et l’incitateur de la violence politique permanente dans le pays.

Tierno S. Bah