Cona’cris. La Révolution Orpheline

Cona’cris, La Révolution Orpheline
Film Documentaire de Gilles Nivet

Prix du public 2009 au Festival International du Film d’Histoire de Pessac
53 min. France-Guinée
Co-production: RFO – 10 Francs – Galavidéo. 2008

« Souvenez-vous, en janvier 2007, les syndicats rejoints par la jeunesse de Conakry défiaient le président Lansana Conté aux cris de « Changement !».

Des images amateurs d’une violente répression étaient alors diffusées dans les journaux télévisés. Depuis, plus rien. C’est dire si ce film est opportun. Bourré d’informations, il retrace la crise depuis ses origines historiques jusqu’à ses conséquences actuelles, en passant par son apogée. Il dresse la situation du pays, prend le pouls de la population sur des images soignées où l’imperturbable défilé des trains de bauxite symbolise la richesse qui part vers l’étranger (ou sur les comptes des dirigeants du pays). »
Samuel Gontier – TELERAMA du 26 nov au 4 déc 2008

Si ce film documentaire devait n’avoir qu’un seul but, ce serait de lutter contre l’amnésie collective récurrente dans l’histoire de la République de Guinée. Deux ans après leur sacrifice, les centaines de jeunes victimes de la «révolution de Conakry » sont bien loin des pensées de tous ceux qui leur doivent pourtant leur notoriété, syndicats et Société Civile en tête. Au cours des deux ans de tournage, Gilles Nivet s’est fait l’écho du désespoir de cette jeunesse guinéenne obsédée par le désir d’exil, exprimant sa peur finalement surmontée, sa révolte et sa soif de changement

La Guinée, d’un putsch à l’autre
Prévarication et messianisme

A la demande des Nations unies, une commission d’enquête internationale devrait être créée pour faire la lumière sur les massacres du 28 septembre 2009 à Conakry. Plus de deux cents manifestants avaient alors été tués par l’armée. La Guinée, qui n’a connu que deux présidents en cinquante ans, est dirigée, depuis dix mois, par une junte qui a promis de transmettre le pouvoir aux civils par des élections libres d’ici à la fin 2009. Mais les ambitions de son chef, M. Moussa Dadis Camara, inquiètent la population.

« Nous n’avons pas l’intention de nous éterniser au pouvoir. Nous devons organiser une élection libre et transparente, d’une façon digne qui honore la Guinée, qui honore l’armée guinéenne. » Deux jours après le coup de force du 23 décembre 2008 qui l’a porté au pouvoir à Conakry, le capitaine Moussa Dadis Camara rassure ainsi ses compatriotes et la « communauté internationale ». Dix mois plus tard, les masques tombent. Au stade de Conakry, le 28 septembre 2009, plus de deux cents manifestants pacifiques sont massacrés par les militaires. Le lendemain, le même capitaine Camara, se frayant à coups de Klaxon un chemin au milieu de supporteurs surexcités, hurle à la caméra de TF1, parlant de lui-même à la troisième personne : « C’est le phénoménal patriote Dadis. C’est un mythe. C’est le pouvoir du peuple. Même le capitaine Dadis ne comprend pas ce phénomène. C’est une divinité naturelle ! »

Si le chef de la junte exulte, c’est qu’il savoure le triomphe d’un plan ourdi bien avant la mort de son prédécesseur, le général-président Lansana Conté, le 22 décembre 2008. Ce dernier avait lui-même pris le pouvoir en participant à un coup d’Etat, après le décès du dictateur Ahmed Sékou Touré en 1984. La France, les Etats-Unis et la plupart des pays africains avaient accueilli avec soulagement la disparition du père fondateur de la Guinée aux mains tachées de sang. Bénéficiant de leur bienveillance, absous d’avance malgré son mépris affiché pour les droits de la personne, le général Conté a transformé en un quart de siècle la « perle de l’Afrique » en un lupanar pour multinationales.

Malgré les revenus tirés de ses ressources minières, bauxite notamment, mais aussi or, diamant et fer, la Guinée reste un pays pauvre, classé cent soixante-dixième sur cent quatre-vingt-deux sur l’échelle du développement humain du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Après les espoirs suscités par la mort de Sékou Touré, l’essor économique ne profite qu’à un nombre très limité de secteurs, notamment les enclaves minières. Et à une minorité (…)

Gilles Nivet
Le Monde diplomatique