Proclamée le 2
octobre 1958, la république de Guinée vécut, de
1959 à 1962, sous le signe du bicéphalisme avec le duo Sékou
Touré — il n'avait pas encore ajouter Ahmed à son
nom —et Saifoulaye Diallo.
Le premier était président de la république, le second,
président de l'Assemblée nationale. Tous deux avaient nommés
et non pas —encore— élus. Sékou se fera élire en 1961. Il maintint Saifoulaye
dans une situation précaire, —parce que non-sanctionnée par les urnes,
jusqu'au bout. Il décida de retirer à Saifoulaye la direction
du parlement.
Entretemps,
Saifoulaye cumulait la présidence de l'Assemblée
avec la fonction de secrétaire politique du PDG. A ce double titre il
exerçait
un contrepoids au chef de l'exécutif. Et la
presse officielle parlait des deux
présidents.
En réalité,
cet arrangement faussait les structures républicaines du nouvel
Etat dans la mesure où il éliminait — de jure et de
facto — le
pouvoir judiciaire comme troisième pilier et branche égale
de l'Etat. Mais le duo symbolisa temporairement la cohésion et l'unité nationales.
Toutefois le feu couvait sous les cendres. Et l'humour
populaire n'était pas dupe des visées ethnocratiques
du jeune régime, qui trahira ses engagements et décevra les
espoirs placés en lui.
Le brillant sourire des deux leaders cachait plutôt mal le pourrissement
iexorable du climat socio-économique et politique.
Deux faux
complots furent
annoncés successivement.
Ces deux répressions injustifiées présagèrent le Camp Boiro et le terrorisme d'Etat de Sékou Touré (1959-1984), que Lansana Conté perpétue aujourd'hui.
Le dualisme prit fin le 1er janvier 1963. Sékou Touré limogea Saifoulaye Diallo de la présidence de l'Assemblée. Il le nomma ministre d'Etat chargé des Finances. Le secrétariat politique du PDG fut supprimé. Il réduisit ainsi son égal et alter ego d'hier en subordonné, qu'il plaça sous haute et directe surveillance. Cet évènement marqua un tournant décisif dans l'émergence du pouvoir personnel de Sékou Touréet de la dictature du PDG. Il mit fin à la sourde rivalité entre les deux hommes. Il marqua aussi la revanche de Sékou Touré après sa défaite cinglante au séminaire tenu à Foulaya (Kindia), en décembre 1962.
En effet Foulaya porta Saifoulaye au faîte de sa puissance. Les délégués du séminaire s'opposèrent ouvertement au cumul par Sékou Touré des fonctions de président de la république et de secrétaire général du PDG. Bangali Camara, Louis-Jean Faraguet, Emile Condé, etc. étaient les chefs de file de cette tendance légèrement majoritaire. Ils proposèrent la séparation des pouvoirs et l'élection du secrétaire politique, Saifoulaye Diallo, au poste de secrétaire général.
Sans le désistement inexplicable de ce dernier en faveur de son compagnon, Sékou Touré aurait perdu la direction du parti, gardant la seule fonction de chef de l'Etat.
Les plus ardents promoteurs de l'équilibre des pouvoirs périront au Camp Boiro. Seul Jean Faraguet survivra à deux périodes d'emprisonnement. Bangali Camara, Emile Condé, et tant d'autres dirigeants seront assassinés entre 1965 et 1972.
Tierno S. Bah
Fondateur. Directeur de publication, webGuinée©



Damantang Camara, Saifoulaye Diallo, Sékou Touré.
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