Rompant le silence qu'il avait observé jusqu'ici au sujet des
affaires qui minent son département, le ministre Facinet Fofana a donné, coup sur coup, deux interviews à la presse privée. Celles-ci éclairent, d'un nouveau jour, les
informations que nous avons de ces tristes, détestables et intolérables
gymnastiques financières. C'est tout au mérite de son Excellence
de s'être prêté à ces dialogues qui devraient être érigés en institution.
Comme il doit le deviner, nous avons lu avec grande attention
ses réponses, pleines d'alan et parfois d'acrinomie, où la volonté
de convaincre sourd à chaque bout de phrase. Alors, qu'il nous
permette donc de relever certains points et passages pour les
enrichir à la lumière des information en notre possession.
Nous commencerons par le compte off-shore qui nous amènera à
aborder les relations Etat de Guinée-Compagnie des Bauxites de
Guinée (Cbg). L'Agence Nationale d'Aménagement des Infrastructures
Minières (Anaim) est née en 1994 des cendres de l'Ofab (Office
d'Aménagement de Boké). Créé sous la première république, bien
avant la Cbg, l'Ofab était chargé de l'aménagement des infrastructures
de la future Cbg.
Les installations (Port, Cité, Hôpital et Chemin de Fer), dans
lesquelles évoluent présentement la Cbg, ont coûté 355 millions de dollars américains, obtenus par la Guinée sous forme de prêts
de la Banque Mondiale, avec la garantie financière de Halco, sa
partenaire dans Cbg.
Ce prêt a été entièrement épongé en octobre 1992, faisant ainsi
de la Guinée l'unique propriétaire de toutes les installations.
C'est le lieu de rendre hommage à tous ceux qui ont permis le
respect scrupuleux de nos engagements.
Avant de revenir à l'Anaim, il est nécessaire d'éclairer la religion
de nos lecteurs sur la réalité des comptes. Il existe bel et bien
un Compte Off-Shore. Il est bel et bien domicilié à San Francisco.
Il est chargé de gérer les soldes des démeurrages et des surestaries enregistrés par les différents bateaux au port de Kamsar.
Lorsqu'un bateau accoste au port de Kamsar et qu'il et chargé avec célérité c'est à dire rapidité, l'armateur
accorde un bonus au port et lui paie une indemnité. C'est ce que l'on désigne sous le vocable de démeurrage.
Par contre, lorsqu'un bateau enregistre du retard dans le chargement,
l'armateur inflige un malus au port et le frappe d'une pénalité. C'est ce malus, cette pénalité que l'on désigne sous le substantif surestaries.
En fin d'année, le compte Off-Shore fait le bilan des démeurrages
et des surestaries. Si le bilan est positif pour le port, Cbg
utilise cette somme pour l'entretien des quais et le dragage des
eaux portuaires de Kamsar.
Ce compte n'est pas important. Il est dérisoire même. Mais il
existe tout de même.
Il existe aussi un autre compte, domicilié à la Bank Of America, de Pittsburg. Il enregistre les loyers que Cbg paie à l'Etat, au travers de
l'Anaim, pour l'utilisation des infrastructures appartenant à
l'Etat. Les loyers annuels s'élèvent à quinze (15) millions de dollars américains. Puisque cet argent revient
à l'Etat guinéen, ce compte aurait dû être ouvert à Conakry et
l'argent versé au trésor. Pourquoi n'avoir pas agi ainsi ?
A quoi devrait réellement servir cet argent ? A l'aménagement
de nouvelles infrastructures minières.
Depuis cinq ans (1994-1999), aucun aménagement n'a été opéré.
Dans ces conditions, il serait intéressant de révéler au peuple
le montant des avoirs dans le compte afin que l'Etat puisse l'utiliser,
ne serait-ce que pour franchir ce fichu gap de onze (11) millions de dollars américains, qu'il tente vainement de
réunir depuis bientôt neuf mois et qui conditionne la poursuite
du programme du FAS-R. Le Ministre peut-il confirmer si des marchés de gré à gré ont
été accordés à des bureaux d'études pour une valeur de 3 à 4 millions de dollars américains ? Est-ce vrai que ces marchés sont payés
selon un code que seul lui-même détient. Est-il vrai que les études
commandées, tel le chemin de fer, le transguinéen, le barrage
de Souapiti-Kaleta, existaient déjà et qu'il s'agissait tout juste
de les réactualiser ? N'est ce pas l'une des raisons du blocage
actuel et total de la Société des bauxites de Tougué (Sbdt) ?
Or, selon le code des activités guinéennes, aucun marché ne peut
être conclu de gré à gré au-delà d'une valeur de 50 millions de FG. Au-dessus, il faut lancer obligatoirement un appel d'offres.
Monsieur le Ministre est-il au courant de ces dispositions légales ? Pourquoi les
avoir alors omises ? Un audit est nécessaire pour que tout le
monde soit édifié. Et comme M. Le ministre en a le goût, qu'il nous fasse donc le plaisir de faire celui-là
et d'en publier les résultats. Au plus tôt.
Revenons à l'Anaim. M. Facinet Fofana estime que grâce à son excellente gestion du département des
mines, il peut se prévaloir d'être bien introduit dans le cercle
fermé des investisseurs miniers. Cela est si juste qu'aujourd'hui
toutes les sociétés minières sont à l'agonie.
C'est pourquoi la Société des bauxites de Kindia (Sbk) doit trois (3) milliards de FG à la Société Générale de Banques d Guinée (Sgbg) présentement
n'est-ce pas ? N'a-t-on pas découvert récemment un trou de trois (3) milliards au niveau de la Cbg ? N'est-ce pas que le dossier est en instruction au tribunal de Mafanco ? Son Excellence se prévaut d'idées novatrices. Soit ! Mais est-il exact que les
revenus miniers ait régressé de 190 millions de dollars/an à moins de 90 millions ?
Monsieur le Ministre soutient avoir commandité l'audit. Ne serait-ce pas plutôt une
décision du Conseil d'administration après qu'il ait exprimé son
étonnement devant les distorsions dans les données comptables
de Friguia, lors de sa réunion de Bruxelles ?
J.B. Kourouma