Vendredi saint dernier à la Cocoteraie (ndlr: résidence privée du président Conté). Les derniers élus du dernier gouvernement de notre Général bien aimé se sont retrouvés. Du Premier aux derniers. Pour jurer sans parjurer. Cent parjures ? Prestations de serment. Prestation de serpents? Fidélité à la Guinée. Travail dans la transparence, sans tricher, ni voler.
Le cérémonial? Fory Coco sur une estrade, seul, souverain. En contrebas sur des sièges disposés en hémicycle (hein, messieurs les députés!), les ministres. A côté deux, arrêté, le maître des cérémonies. Comme un bouffeur de craie consciencieux, il fait lappel. Par ordre dimportance (la préséance, quoique décroissante, les derniers appelés ne se sentent pas froissés, même moins importants que les premiers, ils sont quand même ministres!). A lappel de son nom, chacun vient. Face au général. La main droite sur un Coran ou sur une Bible, il annonce le texte par lequel il (par) jure. Tout ce topo se termine par un regard pointé sur le général, la main droite levée :
Je le jure dit-il convaincu ( ?).
Dans cet exercice de lecture suivie, la plupart ont eu dix sur dix. Quelques novices intimidés, ont bégayé de trac. Pourtant, chaque ministre avait le texte en main depuis longtemps. Histoire de se préparer, de répéter pour éviter le moindre couac.
Ils ont donc juré, nos ministres. On est plus habitué à voir des juges, des flics ou des délinquants jurer de cette façon-là. Quand ce ne sont pas des militaires.
Pourquoi en est-on arrivé là? Quest ce que léquipe ministérielle a fait (ou na pas fait) qui a tant déçu Fory Coco ? Sera-t-il obligé dorganiser un séminaire de formation pour ses ministres? Parmi ceux qui ont juré ici, combien vont-ils tenir leur engagement? A lair désabusé du Président, jai cru percevoir une certaine amertume. Après quinze ans dexpérience présidentielle, il a pu mesurer combien sont lointaines les limites des bassesses humaines. Et cela rend encore plus profonde sa solitude. La solitude du chef.