A l’heure du PDG

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Etat-Pays & Société
Quatre ans après l’indépendance


Bernard Charles
Guinée

L’Atlas des Voyages. Editions Rencontre. Lausanne. 1963. 223 p.


L’Etat de la question

Etre Guinéen

Le pays

Il est relativement peu étendu avec une superficie de 245 857 km , ce qui représente environ 15% de l’ancienne AOF et un peu moins de la moitié de la France. Pour les géographes, il se situe entre 7°10′ et 12° 30′ latitude nord et entre le 8e et le 16e degré de longitude ouest. Pour les dessinateurs, la Guinée a la forme d’un rein, d’un arc de cercle ou d’un fragment de couronne. Elle s’enfonce profondément dans le continent africain en s’insérant entre la Guinée portugaise au nord-ouest, le Sénégal et le Mali au nord et au nord-est, la Côte-d’Ivoire à l’est, le Libéria et la Sierra Leone au sud. A l’ouest, l’Océan Atlantique la borde. Relief et climat se sont associés pour faire l’harmonieuse synthèse de tout l’Ouest africain. Plaines et plateaux, vallées et montagnes, rivières et forêts lui composent une très grande variété de paysages. En circulant dans le pays, on distingue très aisément quatre régions naturelles principales.
La Basse-Guinée. Plaine côtière large de 50 à 90 km, s’étendant en bordure de l’Océan au pied de la falaise du Fouta-Djalon, elle est constituée de terres fréquemment inondées, couvertes de mangrove. D’avion, on aperçoit les multiples estuaires des rivières du Sud aux cours lents et sinueux:

  • Rio Componi
  • Rio Cogon
  • Rio Nunez
  • Rio Kapatchez
  • Rio Pongo
  • Konkouré
  • Mellacoré, etc.

La côte donne ainsi l’impression d’une dentelle au tracé très irrégulier. De nombreuses îles la parsèment. Les plus belles sont celles de Los qui s’offrent les premières à la vue des voyageurs venant par bateau. Elles précèdent la presqu’île du Kaloum qui porte la capitale, Conakry. Les océanographes ont décelé l’existence d’un « courant de Guinée » prolongeant celui des Canaries et d’un contre-courant sud-nord, si bien que les marées, lors des équinoxes, atteignent sur le littoral 4 à 5 m, contre 1 m, ou 1 m, 50 pour la moyenne des marées de la côte occidentale. Une seule saison des pluies, appelée « hivernage » comme partout en Afrique, du mois de mai au mois d’octobre. Durant cette saison, Conakry reçoit, bon an mal an, plus de 4 m d’eau, tandis qu’en saison sèche les 15 cm. d’eau ne suffisent plus aux bananeraies qu’il faut irriguer. Le thermomètre, durant toute l’année, ne parvient pas à descendre au-dessous de 22° ni à monter au-delà de 32°. C’est déprimant, vu l’atmosphère sursaturée d’humidité. Les falaises du Kakoulima stoppent en effet les vents venus de l’Océan et interdisent le passage à l’harmattan, vent desséchant en provenance de l’est et du nord-est.
La Moyenne-Guinée ou Fouta-Djalon. On n’accède par les marches du Fouta en remontant des vallées humides couvertes de cultures. Les hauts plateaux du centre, coupés de vallées encaissées, étendent ensuite leurs formes molles, profondément rabotées par l’érosion, s’étageant entre 500 et 1500 m d’altitude. Le point culminant a nom Tinka. Ensuite, le plateau oriental redescend en pentes douces vers le nord-ouest. Le Fouta a été comparé à un « château d’eau » à cause des nombreux cours d’eau qui y prennent leur source, comme

  • la Gambie
  • la Koumba et ses trois affluents
  • le Niger supérieur et son affluent le Tinkisso
  • le Bafing qui deviendra le fleuve Sénégal après s’être grossi du Bakoy

La Moyenne-Guinée ne connaît, elle aussi, que deux saisons. Celle des pluies (de mai à novembre) est moins importante qu’en région côtière. Aussi le climat y est-il plus sec et donc plus sain malgré les importantes variations diurnes de température. Dalaba est une station climatique renommée. Les richesses touristiques sont de premier ordre: nombreuses cascades et chutes d’eau, etc. Jusqu’à présent le sol du Fouta semblait frappé de malédiction par suite du phénomène de latérisation: une carapace, le « bowal » , se forme; la culture n’y est guère possible, la maigre végétation ne permettant que l’élevage. Mais par ce phénomène de latérisation, de très riches gisements de bauxite se sont constitués. Leur exploitation depuis quelques années donne à la Guinée une vocation minière.

Nyamakala Manding
Nyamakala (Guérisseur)
Mande

Compte tenu des réserves précédentes, la population guinéenne était estimée à

La Haute-Guinée est une vaste plaine latéritique dont de légères ondulations et des pitons de roche rompent la monotonie. Elle forme transition avec la région du Mali toute proche. Le Niger et ses affluents y ont tracé leurs plaines d’inondation bordées de terrasses aménageables en rizières. Le climat se continentalise et la saison des pluies se réduit à trois mois (juillet-septembre). De grands écarts de température sont observés. La forêt ne s’y développe guère; la savane, où se mêlent baobabs et bouquets de raphia est reine sauf le long des fleuves.

La Guinée forestière se présente comme un pays de montagnes inhospitalières et couvertes de forêts. Si l’altitude moyenne est seulement de 500 à 600 m., elle s’élève brusquement avec les massifs du Simandougou-Gbin et du Nimba. Ce dernier avec ses 1763 m. est le point culminant de tout l’Ouest africain. Température uniforme et humidité constante dominent toute l’année, une petite saison sèche intermédiaire tend à s’effacer entre les deux saisons de pluies: il n’y a pratiquement pas de mois sans pluies. Aussi la végétation y est-elle luxuriante et la forêt dense. La culture du café fait la richesse de la région en attendant que l’exploitation des gisements de fer du Nimba soit commencée.

La population

Il est bien difficile de connaître le nombre exact des Guinéens et les statisticiens ne peuvent guère renseigner les autorités du pays, car leur dernier recensement général remonte à 1955. Aussi les chiffres indiqués dans les discours officiels sont-ils variables: ils oscillent entre 3 et 4 millions. Le pourcentage d’approximation cause quelques soucis aux planificateurs chargés d’évaluer les besoins de la population.
Néanmoins, le chiffre le plus proche de la réalité semble être 3 millions, ou plutôt c’est le chiffre qui paraît le moins inexact si l’on tient compte des résultats de l’enquête de 1955, la première à avoir été conduite selon des méthodes scientifiques. Elle donnait en effet un total de 2 570 000 habitants et un taux d’accroissement annuel de 2,2%. Il vaut mieux ne pas s’amuser à établir des comparaisons rigoureuses avec les périodes antérieures, car les recensements administratifs effectués en vue de l’impôt incitaient plutôt les villages perdus en brousse à ne pas déclarer tous leurs ressortissants à l’administrateur. La simple préparation de l’enquête scientifique provoqua une sérieuse révision des anciennes évaluations qui furent majorées brusquement de 10%. Depuis l’indépendance et le rôle d’encadrement joué par le parti politique, la création d’un état civil est poursuivie activement dans chaque région

  • 1 872 000 en 1921
  • 2 124 000 en 1946

La densité serait de 12,2 au kilomètre carré mais la population est très inégalement répartie. Des régions sont quasi désertiques avec moins de 5 habitants au kilomètre carré en Haute-Guinée (régions administratives de Dabola, Dinguiraye, Kouroussa et Faranah). La circonscription de Guékédou, en Guinée forestière, atteint en revanche une densité de 20 à 30. Des données instructives nous sont encore fournies. Les jeunes forment la grosse majorité de la population comme dans tous le pays sous-développés: les moins de 15 ans représentent au minimum 42% de l’ensemble. Mais un nouveau-né sur cinq meurt avant d’atteindre son premier anniversaire (il y a 62 naissances pour 1000 habitants). La première année constitue en effet un cap difficile à franchir. Malgré les progrès sanitaires réalisés, la mortalité générale est de l’ordre de 35 à 40%. Elle diminue rapidement. Néanmoins un enfant de 5 ans ne pouvait guère espérer vivre plus de 36 ans encore. Ce chiffre a sans doute été amélioré depuis 1955, mais on ignore de combien.
Les principaux centres urbains sont:

  • en Basse-Guinée:
    • Conakry (115 000 habitants en 1960, actuellement 130 000)
    • Kindia (30 000 habitants = ordre de grandeur)
    • Fria (la cité de l’alumine)
  • au Fouta-Djalon:
    • Mamou
    • Labé
  • en Haute-Guinée:
    • Kankan (40 000 habitants = ordre de grandeur)
    • Siguiri
  • en Guinée forestière:
    • Kissidougou
    • Macenta
    • Nzérékoré

Tous les habitants de Guinée ont maintenant pris conscience qu’ils faisaient partie d’un même pays: ils sont des Guinéens. Il est utile de savoir cependant que la population compte vingt-quatre groupes ethniques d’importance inégale. Leur répartition géographique est la suivante si l’on ne retient que les principaux groupes:

  • Basse-Guinée:
    • Soussou (250 000)
    • Baga
    • Nalo-Landouman.
  • Fouta-Djalon:
    • Peulh (1 000 000)
    • Dialonké
    • Toucouleur
    • Coniagui
    • Bassari
  • Haute-Guinée:
    • Malinké (500 000)
    • Wassoulonké
  • Guinée forestière
    • Guerzé (150 000)
    • Kissi (165 000)
    • Toma (85 000)
    • Kono
    • Manon

Les chiffres sont très approximatifs et il ne faut pas s’étonner évidemment de trouver des Soussou en Haute-Guinée et les Peulh en Basse-Guinée, etc.

Les langues

Les langues de tous les groupes ethniques sont reconnues comme langues nationales. Les deux langues dominantes sont évidemment le peulh et le mandé (mandé-tan pour les Malinké et mandé-fou pour les Soussou selon une distinction linguistique basée sur l’emploi du vocable tan ou fou pour signifier dix).
La langue officielle est le français.

Les religions

La Constitution proclame que la Guinée est une république laüque afin de respecter les diversités religieuses. On peut distinguer sommairement trois religions.

  • L’animisme, surtout dans la région forestière. C’est la croyance à l’existence et à la puissance des esprits dont le fétiche n’est que la représentation ou la résidence momentanée. La mort provient de ce que la force vitale de l’individu est victime d’une force supérieure. Aussi donne-t-elle lieu à des rites divinatoires pour identifier cette force et lui reprendre le défunt: sacrifices et offrandes faciliteront la vie dans l’au-delà. Sur terre, la vie ne n’est possible que dans la mesure où l’homme atteint une fréquentation toujours plus intime avec le monde spirituel. Tatouages, initiation à la chasse, accès à la vie sexuelle (circoncision ou excision), tous les rites expriment l’idée du passage d’un état antérieur à un nouvel état par la succession mort-renaissance.
  • Islam. Propagé par les Peulh, il est venu se greffer sur le fond animiste. C’est la religion de 60 à 70% de la population (Peulh, Malinké et Soussou). Au XVIIIe siècle, le grand centre religieux était la ville de Touba dans la région de Labé. De nos jours, le « Tidjanisme » , que propagea El Hadj Omar, est devenu l’ordre de tous les Guinéens musulmans.Salam - Priere de fete musulmane
    Salam – Prière à l’occasion d’une fête musulmane
  • Les religions chrétiennes
    Protestantisme et catholicisme commencèrent à s’implanter vraiment en Guinée à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Les chrétiens seraient environ 30 000. La hiérarchie catholique comprend un archevêque africain à Conakry (Mgr Tchidimbo) et deux évêques européens à Kankan et Nzérékoré.
    En plus d’une dizaine de Guinéens, le clergé compte une centaine de missionnaires (Pères blancs et Pères du Saint Esprit). Jusqu’en 1961, l’Eglise avait la responsabilité d’une soixantaine d’écoles privées rassemblant douze mille élèves environ. Toutes les écoles privées ont été nationalisées, ainsi que les écoles coraniques

Le drapeau tricolore et la devise nationale

drapeau

Les couleurs nationales de la Guinée sont: rouge, jaune et vert. Elles sont disposées verticalement en trois bandes d’égale largeur. Ce sont les mêmes que celles du Ghana (disposées, elles, horizontalement). Leur adoption symbolise la « continuité du mouvement d émancipation humaine » .
Dans un discours, Sékou Touré en donne la signification.

  • Le rouge: couleur du sang, symbole de nos martyrs anticolonialistes.
    C’est la sueur qui coule sur le corps d’ébène des paysans, ouvriers et autres travailleurs actifs. C’est la volonté de progrès.
    Aussi recouvre-t-il parfaitement le premier mot de notre devise: Travail
  • Le jaune: couleur de l’or de la Guinée et du soleil d’Afrique. C’est la source d’énergie, de générosité et d’égalité pour tous les hommes qu’il éclaire de la même manière. Aussi se confond-il parfaitement avec le deuxième mot d’ordre de la devise nationale: Justice
  • Le vert: couleur de la végétation africaine.
    85% des habitants sont des paysans vivant dans la campagne toujours couverte d’un manteau vert.
    Le vert symbolise la prospérité qui proviendra sûrement des immenses richesses du sol et du sous-sol ainsi que la vie pénible des masses paysannes de notre pays.
    Aussi confirmera-t-il la signification du troisième mot d’ordre de la devise nationale: Solidarité

L’hymne national ne comporte pas de paroles. Les couplets qui avaient été composés n’ont finalement pas été retenus officiellement. Les compositeurs et poètes guinéens ont donc encore la possibilité de s’immortaliser en les écrivant et en les faisant adapter. Il n’est pas exclu qu’un étranger ne puisse tenter sa chance.
Notes de l

  • Arrangement musical
  • Keita Fodéba et J. Cellier sur l’air d’Alfa Yaya
    • Alfa Yaya
    • Alfa Yaya
    • Alfa Yaya, mansalu bè mansa (Alfa Yaya, roi des rois)
    • Tunya le ka nyaji bo. (La vérité fait sortir les larmes)

Prendre parti

La question pouvait se poser autrefois où plusieurs partis se disputaient les suffrages des Guinéens lors de chaque élection, législative ou municipale. Il y avait ainsi le Bloc africain de Guinée (BAG) et le Mouvement socialiste africain (MSA) qui se regroupèrent au sein du Parti de regroupement africain (PRA). Cela était d’autant plus nécessaire que Silly, l’éléphant — entendez le Parti Démocratique de Guinée (PDG) — prenait toujours plus de force et menaçait de tout écraser sur son passage. Les luttes furent chaudes entre partisans et adversaires. De graves échauffourées se produisirent à diverses reprises, les rivalités ethniques s’ajoutant aux rivalités politiques. Plus rien de tel après le référendum de 1958 qui consacre le triomphe définitif du PDG auquel se rallie peu ou prou la majorité de ses adversaires.
Pourtant la naissance en 1947 du PDG avait été assez laborieuse et sa croissance sera entravée de mille et une manières (radiations, mutations de fonctionnaires, emprisonnements, etc.) par l’Administration française. Aux yeux de celle-ci, le PDG-RDA apparaissait comme un parti communiste, ou au moins crypto-communiste, car sur le plan parlementaire le RDA s’était apparenté à Paris au groupe communiste. Après le virage de 1951 qui voit le désapparentement du RDA, la situation se normalisera lentement. Sans être cordiales, les relations entre l’administration et le PDG se feront moins hostiles. Le Parti s’efforcera d’ailleurs de la noyauter à partir de 1955-1956. Son accession au pouvoir en mars 1957 lui donnera de nouveaux moyens d’action contre les autres partis rivaux.
Ceux-ci disparaîtront dans les mois suivant l’indépendance.
Désormais toute la population est invitée à s’inscrire au PDG, car le Parti ne se veut le représentant ni d’une ethnie, ni d’une classe sociale. Parti de masse, il veut englober toute la population. Dès l’âge de sept ans, on doit y militer et payer, bien sûr, sa cotisation de cent francs; chaque habitant est, en principe, membre d’un comité de quartier ou de village. Le nombre de militants ou des cotisants fait un bond spectaculaire. De 800 000 en 1959, il passe à 1 800 000 en 1962. Un rapport au dernier congrès précise encore que le Parti compte 226 056 dirigeants, hommes, femmes et jeunes aux divers échelons de son organisation. A la base, il y a des comités de quartier et de village, puis des sections au niveau des arrondissements, enfin une fédération au niveau des régions administratives. Au sommet le Bureau politique national (BPN). Parallèlement, des conseils de village et de région sont élus au suffrage universel sur une liste unique établie par les instances u Parti. Il en est de même à l’échelon de la Guinée pour l’Assemblée nationale.
Si le Parti ne peut pas tout faire, il s’occupe de tout et tout repose sur lui. En langage guinéen, cela s’appelle la prééminence du Parti. Les membres du Bureau politique ont toujours préséance sur les autres personnalités. Les ministres, nommés par le chef de l’Etat, responsables devant lui, ne demeurent en fonction qu’à condition de « servir conformément à la ligne du Parti » . Ce sont des militants que le Parti utilise pour gouverner, « exactement comme le sont les députés sur le plan législatif. » La tâche des ministres est clairement fixée: « Appliquer les décisions et les mots d’ordre du Parti » . Toutes les décisions importantes sont prises le Parti, c’est-à-dire par le BPN ou par les conférences et congrès nationaux. Les nominations de fonctionnaires relèvent uniquement de lui, le premier critère du choix est la « fidélité à la ligne politique du Parti » . Toutes les autres qualifications étaient reléguées au second plan. Jusqu’à présent, les techniciens n’avaient guère droit à la parole. Devant les échecs économiques, il semble que leurs avis soient désormais pris davantage en considération. Les grandes décisions économiques comme la création du commerce d’Etat ou les objectifs assignés au plan de développement ont évidemment été débattus au sein des organismes du Parti et approuvés en congrès ou conférence nationale. Les principes de la politique extérieure, aussi bien que l’action diplomatique, relèvent du Parti. Une brochure officielle s’intitule « la politique internationale du Parti démocratique de Guinée » . L’activité scientifique, l’enseignement la justice. les problèmes de la jeunesse sont aussi de la compétence du Parti. Ses responsabilités sont donc écrasantes et jugées comme telles: si l’expérience guinéenne échoue, « l’échec sera exclusivement imputable au PDG » , dira Sékou Touré

Gouverner

La Constitution guinéenne a été promulguée le 12 novembre 1958. Elle comprend 53 articles répartis en 12 titres. La Guinée est une république démocratique, laüque et sociale.
La Constitution, dans son préambule, porte adhésion à la Charte des Nations Unies et à la Déclaration universelle des droits de l’homme. Elle proclame « l’égalité et la solidarité de tous ses nationaux sans distinction de race, de sexe ou de religion » .
Le principe de la République est: gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple
Le président de la République, chef du gouvernement, est élu au suffrage universel. M. Sékou Touré a été élu à l’unanimité le 15 janvier 1961 par

  • 1576 580 voix sur
  • 1 576 747 votants avec
  • 1 586 544 inscrits

Le président est seul responsable des actes du gouvernement devant l’Assemblée nationale élue elle aussi au suffrage universel, direct et secret, selon les règles du scrutin majoritaire à liste nationale unique.
L’un des articles remarquables de la Constitution est l’article 34. Il stipule: « La République peut conclure avec tout Etat africain les accords d’association ou de communauté, comprenant abandon partiel ou total de souveraineté en vue de réaliser l’Unité africaine. »
Le gouvernement est dirigé par M. Sékou Touré, président de la République. Sa composition est la suivante depuis le 2 janvier 1963

  • Ministre d’Etat chargé du contrôle financier et administratif ainsi que de la justice
    • M. Diallo Saïfoulaye
  • Ministres:
    • Affaires étrangères
      • M. L. Lansana Béavogui
    • Défense nationale et Sécurité
    • Développement économique
      • M Ismael Touré
    • Santé et Affaires sociales
      • M Diallo Abdourahmane
    • Finances
      • M. Diakhité Moussa
    • Education et Culture
      • M. Conté Seydou
    • Commerce
      • M. Keita Nfamara
    • Economie rurale
    • Plan
    • Fonction publique et Travail
      • M. Touré Fodé Mamoudou
    • Information, Postes et Télécommunications
    • Transports
      • M. Roger Accar
  • Secrétaires d’Etat:
    • près du ministre d’Etat
    • Habitat
      • M. Cissé Fodé
    • Affaires sociales

En outre , deux personnalités MM. Camara Damantang et Paul Faber, ont été nommées ministres résidents au Mali et au Ghana.

Le « métier de ministre » est-il rentable? Non, si on s’en tient au chiffre de traitement indiqué en 1960: 125 000 francs guinéens. Oui, si l’on se base sur les signes extérieurs de richesse (voitures Mercedes, villas, etc.).
Après avoir lu ce livre, vous seriez inexcusable de ne pas connaitre également la composition du Bureau politique national (BPN). Il comprend 17 membres élus tous les trois ans en congrès. Depuis le 31 décembre 1962 [comme depuis le 17 septembre 1959 ou depuis le 27 janvier 1958, à un nom près), ce sont, classés d’après le nombre des voix obtenues:

  1. M. Sékou Touré
  2. El Hadj Diallo Saïfoulaye
  3. Mme Camara Loffo
  4. Mme Bangoura Mafory
  5. M. Béavogui Louis Lansana
  6. M. Ismael Touré
  7. M. Diakhité Moussa
  8. M. Keita Nfamara
  9. M. Diané Lansana
  10. M. Diallo Abdourahmane
  11. M. Tounkara Jean Faragué
  12. M. Fofana Mamadou
  13. M. Camara Damantang
  14. M. Kaba Mamady
  15. M. Camara Bengaly
  16. M. Léon Maka
  17. M. Camara Daouda

Sauf pour les deux premiers noms, le classement n’était pas le même en 1959. Avec la même réserve, il n’a rien à voir avec l’importance respective de chacun d’eux. Certains font partie du gouvernement ou occupent des postes de responsabilité.
Diallo Saüfoulaye, secrétaire politique du Parti, est président de l’Assemblée nationale et ministre d’Etat.
Kaba Mamady, membre du BPN, préside aux destinées de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG).
Par contre, des membres du gouvernement aussi importants que Keita Fodéba ne font pas partie du BPN. Cependant des ministres, des directeurs de cabinet sans être membres du BPN, peuvent participer régulièrement aux commissions (contrôle politique, organisation du Parti, économie, problèmes sociaux, relations extérieures) du BPN. Depuis 1963, une nouvelle organisation du BPN tend à y resserrer l’autorité entre les nains de quelques-uns qui formeront une sorte de BPN restreint mais permanent, tandis que les commissions ne se réuniraient plus qu’une ou deux fois par mois pour débattre des problèmes de leur ressort.

Administrer

La Guinée est divisée en 29 régions administratives ayant à leur tête, depuis janvier 1963, un « gouverneur » . Chaque région peut être subdivisée en un nombre variable d’arrondissements dirigés par des « commandants » .

Se présenter

Voici les fiches signalétiques officielles de quelques dirigeants guinéens.

  • Ahmed Sékou Touré
    • Né à Faranah en 1922, fils de Aminata Touré et Alfa Touré.
    • Marié avec Mme Andrée Kourouma, à Kankan, le 18 juin 1953.
    • Deux enfants.
    • Fait ses premières études à l’école coranique
    • puis à l’école primaire française: brevet élémentaire.
    • Les poursuit à l’école professionnelle Georges-Poiret.
    • Fait des études secondaires par correspondance.
    • En 1940, il entre comme commis aux écritures à la Compagnie du Niger français.
    • L’année suivante, il se présente au concours des Postes et télécommunications.
    • Reçu, il devient commis des services financiers des PTT.
    • En 1945 il crée le premier syndicat du personnel des PTT, dont il est le secrétaire général.
    • L’année suivante, en octobre 1946, il se rend à Bamako (Soudan, Mali) pour participer, comme membre fondateur, au premier congrès du Rassemblement démocratique africain (RDA).
    • Admis comme comptable des trésoreries du Cadre supérieur, il devient secrétaire du syndicat des employés du Trésor.
    • En 1948 élu secrétaire général de l’Union territoriale de la CGT
    • puis secrétaire général du Comité de coordination des syndicats CGT pour l’AOF et le Togo en 1950.
    • Secrétaire général du Parti démocratique de Guinée (PDG) en 1952. (Il l’est encore ).
    • En 1953, est élu conseiller territorial de Beyla et à ce titre siège à l’Assemblée territoriale.
    • Membre du Comité de coordination du RDA.
    • Maire de Conakry, le 18 novembre 1955.
    • Deux mois plus tard, janvier 1956, il est élu député de Guinée.
      Candidat aux élections de 1951 et de 1954, avait été battu par suite de l’attitude de l’administration).
    • En février 1956, il accède à la présidence de la Confédération générale es travailleurs d’Afrique noire (CGTA).
    • L’année 1957 le voit conseiller territorial de Conakry,
      • grand conseiller de l’AOF,
      • vice-président du RDA
      • vice-président du premier Conseil de gouvernement de la Guinée.
    • Janvier 1959: premier congrès de l’Union générale des travailleurs d’Afrique noire (UGTAN) dont Sékou Touré devient président.
    • En 1961, il est élu premier Président e la République de Guinée.
    • Il reçoit, en avril de la même année, le Prix Lénine de la paix.
      ghana-guinee
  • El Hadj Saüfoulaye Diallo
    • Né en 1923, à Diari près de Labé dans le Fouta-Djalon, Descendant d’une famille noble peule, fils d’un chef de canton.
    • Etudes à l’école Camille-Guy à Conakry
    • puis à l’école William-Ponty (Sénégal).
    • Entré dans l’administration française en 1944,
    • ses activités politiques au sein du Rassemblement démocratique africain, dont il fut l’un des fondateurs en 1946, lui vaudront d’être muté plusieurs fois:
      • séjourne au Niger de 1944 à 1947
      • en Guinée de 1947 à 1949 à Conakry
      • en Haute-Volta de 1949 à 1955
      • puis de nouveau en Guinée, à Mamou, de 1955 à 1956.
    • Aux élections législatives de 1956, il est élu député de la Guinée avec Sékou Touré sur la liste du RDA.
    • En novembre, il devient maire de Mamou à la suite des élections municipales de Mars 1957
    • élections territoriales: Diallo Saüfoulaye est élu et devient président de la première Assemblée guinéenne.
    • Mai 1957: membre du Grand Conseil de l’AOF.
    • Secrétaire politique du PDG, président de l’Assemblée nationale depuis la proclamation de l’indépendance, le 2 octobre 1958,
    • il n’entrera au gouvernement qu’en janvier 1963 comme ministre d’Etat chargé de la justice et du contrôle administratif et financier.
    • Porte le titre de El Hadj comme tous les musulmans ayant effectué le pèlerinage de La Mecque.
  • Ismael Touré
    • Né à Faranah en 1925, demi-frère de Sékou Touré.
    • Etudes d’ingénieur mécanicien-électricien.
    • Ingénieur des services météorologiques.
    • Chef de la station météo de Kankan.
    • En 1956, membre du Conseil municipal de Kankan.
    • Elu conseiller territorial de Faranah.
    • Membre du BPN.
    • Ministre des Travaux publics en 1957.
    • Ministre du Développement économique depuis janvier 1963.
  • Fodéba Keita
    • Né le 19 janvier 1921 à Siguiri.
    • Etudes à l’Ecole normale William-Ponty de Sébikotane (Sénégal).
    • Poursuit des études supérieures à Paris où il obtient un certificat de licence en droit.
    • Instituteur.
    • Directeur de la troupe de ballets africains
    • Keita Fodéba effectue à ce titre des tournées dans une vingtaine de pays étrangers.
    • Homme de lettres, il a publié
      • Poèmes africains
      • Le Théâtre africain
      • Le Maître d’Ecole
      • Les Hommes de la Danse.
    • Ses poèmes anticolonialistes avaient été interdits en AOF-AEF à partir de 1951.
    • Ministre de l’Intérieur en 1957.
    • Ministre de la Défense nationale et de la Sécurité depuis 1960.
  • Louis Lansana Béavogui
    • Né le 28 décembre 1923 à Macenta.
    • Etudes à l’Ecole normale William-Ponty.
    • Ecole africaine de médecine et de pharmacie.
    • Médecin adjoint à Guékédou
    • puis médecin-chef à Kissidougou.
    • Se présente en troisième position sur la liste PDG derrière Sékou Touré et Diallo Saüfoulaye aux élections législatives de janvier 1956.
    • Maire de Kissidougou.
    • Nommé ministre des Affaires économiques et du Plan en mai 1957
    • puis ministre des Affaires étrangères.


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