De mémoire d’homme

 

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Quatre ans après l’indépendance


Bernard Charles
Guinée

L’Atlas des Voyages. Editions Rencontre. Lausanne. 1963. 223 p.


De mémoire d’homme

Se rappeler

A quand faut-il faire commencer l’histoire le la Guinée? On ne sait. Si l’on s’en tenait aux frontières actuelles, son acte de naissance porterait deux dates:

  • décembre 1891, décret portant création de la Guinée française avec pour premier gouverneur le Dr. Noël Ballay
  • 1899: délimitation des frontières par rapport aux colonies voisines.

Des traités et conventions signés de 1895 à 1911 par la France avec l’Allemagne, le Portugal, la Grande-Bretagne es le Libéria établissent les limites séparant la Guinée de la Guinée portugaise, de la Sierra Leone et du Libéria. Autant dire que les frontières actuelles sont artificielles, en Guinée comme partout en Afrique, en Afrique plus qu’ailleurs. Elles résultent d’un partage des zones d’influence entre puissances européennes dont les préoccupations n’allaient pas jusqu’à tenir compte des réalités géographiques ou humaines:

  • les Toma et les Guerzé se souvent répartis de part et d’autre de la frontière avec le Libéria
  • même situation pour les Kouranko et les Dialonké avec la Sierra Leone
  • ou les Malinké de la région de Siguiri avec le Mali.

Néanmoins ces frontières arbitraires ne provoqueront pas de problèmes politiques semblables à celui des Ewé dont le territoire fut coupé en deux par les délimitations de la Gold Coast (Ghana) et du Togo. Mais, sur le plan économique, de telles situations expliquent largement la perméabilité des frontières et les difficultés d’interdire la contrebande douanière.
Les racines de l’histoire guinéenne plongent évidemment beaucoup plus avant dans les profondeurs du passé. Des générations de griots, ces bardes de l’Afrique, ont transmis d’âge en âge les hauts faits des ancêtres. Des tariks écrits en arabe racontent l’histoire des grands empires nègres de la boucle du Niger. Sans remonter à la préhistoire, qui a laissé ses traces, plusieurs régions de l’actuelle Guinée ont fait partie des grands royaumes de l’Afrique occidentale. Au IIIe siècle après Jésus-Christ, on trouve un royaume Manding (région du Haut-Sénégal et du Haut-Niger) vassal de l’empire de Ghana. Ce dernier s’étendra de l’Atlantique au Niger et ne se disloquera définitivement qu’au XIe siècle après avoir connu jours de gloire et heures de détresse, Deux siècles plus tard, à partir de Niani pour capitale (Niani n’est plus maintenant qu’un petit village guinéen sur la frontière soudanaise), un immense empire se reconstitue avec Sundiata (1230-1255?). Cet empire du Mali atteindra son apogée au XIVe siècle, de la région nord de la Guinée à Tombouctou, englobant l’actuel Mali. Des pays vassaux gravitaient autour de lui, de l’Océan Atlantique (régions du Sénégal et de la Gambie) à Gao sur le fleuve Niger. Au XVè siècle, le déclin commence, des vassaux s’affranchissent dont un chef du Fouta-Djalon, Koli Tenguéla; les ruines d’une de ses forteresses se voient encore dans les environs de Télimélé

baobab

Mais le XVe siècle est marqué par un fait capital: les explorations des Portugais. L’Afrique est désormais attelée au char européen. Les Portugais baptisent du nom « Guinée » (pays des Noirs) l’ensemble de la côte d’Afrique du fleuve Sénégal au cap des TroisPointes (Ghana). Ce nom désignera en outre le golfe de Dakar à Léopoldville. On en fait parfois aussi dériver le sens d’un mot soussou: guinée = femme. Est-ce pour célébrer le charme et la beauté des femmes de ce groupe ethnique? Non. Un navigateur aurait demandé à une femme en débarquant sur la côte: quel est ce pays? La femme lui aurait répondu qu’elle était une guinée (femme) et qu’il devait s’adresser à un homme. Son interlocuteur en aurait conclu que le mot désignait le pays. Pour d’autres, il faudrait y voir l’altération d’un autre mot soussou djinné (diable). Seule la première acception du mot (Noir) parait plausible.
chasse-mouches Les navigateurs portugais fournirent les premiers renseignements sur les régions côtières de l’actuelle Guinée qu’ils appelèrent

  • « Rivières du Sud »
  • « Pays des rivières » ou encore
  • « Côtes à graines »

Une chronique de 1453 rapporte ainsi les aventures d’un certain Nuno Tristao. Au cours des XVIe et XVIIe siècles, de nombreux Européens abordèrent, trafiquèrent ou s’installèrent de façon plus ou moins durable dans le pays. Aux XVIIIe et XIXe siècles, Anglais, Portugais, Français, rivalisèrent pour la création de comptoirs. Le Rio Pongo deviendra jusqu’en 1880 le centre le plus actif d’un trafic portant sur l’or, le miel, les peaux et surtout les esclaves. Les Français réussiront à supplanter leurs rivaux en une quarantaine d’années. Ils pénètrent dans l’intérieur du pays en partant soit du Sénégal, soit de la côte. Deux expéditions sont restées célèbres:

  • celle de Mollien en 1818, qui descendra jusqu’à Timbo dans le Fouta-Djalon
  • celle de René Caillé en 1827, qui du Rio Nunez remontera par le Fouta-Djalon et Tombouctou jusqu’à Fez et Tanger au Maroc.

Pendant toute cette période des XVIIIe et XIXe siècles, l’histoire du Fouta-Djalon est dominée par les Peulh. Venus du Massina (Soudan) au cours d’une émigration échelonnée sur à peu près un siècle, ils apportent avec eux l’islam. Vers 1725, ils déclenchent, avec Karamoko Alfa, la guerre sainte musulmane pour venir à bout de la résistance des chefs fétichistes. En 1761, Ibrahima Sori (Ibrahima le matinal) succède à Karamoko.
Ses victoires lui valent un très grand renom et il prend le titre prestigieux d’almami, « commandeur des croyants » . Après son règne, de nombreuses rivalités amènent le Conseil des anciens à prendre une décision capitale: le pouvoir et le titre almami changeront tous les deux ans, le titulaire étant choisi tour à tour parmi les descendants de Karamoko Alfa et ceux de Ibrahima Sori. Les rivalités tragiques qui opposeront les Alfaya aux Soriya faciliteront la conquête française dans la deuxième moitié du XIXe siècle.
Deux noms symbolisent pour les Guinéens la résistance à cette conquête:

Né en 1840, Samory s’établit à Sanankoro près de Kérouané d’où il étend son autorité, de 1870 à 1875, sur toute la Haute-Guinée et le sud de l’actuel Mali. Il fixe alors sa capitale à Bissandougou, non loin de la grande ville de Kankan. Il organise le pays et se constitue une forte armée avec ses célèbres sofas. Les colonnes françaises basées au Soudan le refoulent peu à peu. La lutte devient sans merci à partir de 1891. Elle durera sept ans, Samory reculant pas à pas. L’un de ses adversaires, le général Baratier, écrira:

« L’organisation de ses forces en trois groupes de défense du territoire, d’évacuation et de conquête extérieure lui permettra d’accomplir une chose unique dans l’histoire. Pendant sept ans, son peuple changera chaque année de pays, s’enfoncera vers l’est dans des régions nouvelles, mais déjà soumises et organisées, sans laisser au vainqueur un vieillard, ni un grain de mil. »

De la sorte il exercera son autorité

  • sur le nord de la Côte-d’Ivoire
  • sur le sud de la Haute-Volta, jusqu’à Bobo-Dioulasso et
  • sur une partie du Ghana actuel.

Coincé par les colonnes françaises, en butte à l’hostilité des Toma et des Guerzé de la région forestière guinéenne qui lui refuseront le passage, il est finalement capturé dans un village de la Côte-d’Ivoire, à Guélémou, en 1898. Déporté au Gabon, il y meurt deux ans plus tard.
Les peuples de la forêt aux prises avec les Français et Libériens seront les derniers à opposer une forte résistance à la conquête. Les Guerzé en particulier témoignèrent d’un art militaire parfaitement adapté à leurs propres forces et à leur région d’accès difficile. Une expédition militaire d’août 1911 à mars 1912, à la suite de la « révolte Guerzé » , mettra fin définitivement aux opérations militaires.
Dès lors, l’histoire de la Guinée se déroulera semblable à celle des autres colonies groupées dans l’Afrique occidentale française dont elle fait officiellement partie depuis 1904. Comme elles, la Guinée subira les contrecoups de la deuxième guerre mondiale en participant à ce qui sera appelé pudiquement « l’effort de guerre » .
Les grandes dates, après la guerre, sont:

  • Octobre 1946 Vote de la Constitution française qui organise, entre autres dispositions, une Union française. Des député africains seront envoyés au Parlement français. Ils seront trente-huit. Le premier député guinéen sera Yacine Diallo
  • 21 octobre 1946 Création du Rassemblement démocratique africain dont la section guinéenne sera créée en 1947 sous le nom de Parti démocratique de Guinée.
  • 29 août 1947 Création du Grand Conseil d’AOF.
  • 11 octobre 1947 Grève des cheminots africains en AOF.
  • 21 octobre 1947 Publication du Code du travail outre-mer.
  • 30 août 1951 Adoption du Code du travail outre-mer en première lecture par l’Assemblée nationale française.
  • 17 juin 1951 Elections législatives.
  • 3 novembre 1952 Grève générale en AOF contre les lenteurs de l’adoption du Code du travail.
  • 22 novembre 1952 Adoption définitive du Code du travail outre-mer.
  • 2 janvier 1956 Elections législatives. MM. :
    • Sékou Touré
    • Diallo Saïfoulaye
    • Barry Diawadou
      sont élus députés.
  • 20 juin 1956 Adoption de la loi-cadre Defferre créant des conseils de gouvernement dans chaque territoire.
  • Décembre 1956 Congrès du RDA à Bamako (Soudan).
  • 11 janvier 1957 Congrès constitutif du MSA à Conakry.
  • 20 janvier 1957 Conférence syndicale à Cotonou: création de l’UGTAN.
  • 31 mars 1957 Elections législatives territoriales.
  • 1957 Installation du premier Gouvernement guinéen:
    • Président, gouverneur Ramadier
    • Vice-Président: Sékou Touré
  • 27 juillet 1957 Conférence des commandants de cercle à Conakry. Elle sera suivie d’une mesure révolutionnaire: la suppression des chefferies traditionnelles de canton.
  • 26 janvier 1958 IIIè Congrès du PDG.
  • Mai 1958 Troubles politiques à Conakry.
  • Juin 1958 IVe Congrès du PDG.
  • 25 août 1958 Séjour du général de Gaulle à Conakry.
  • 15 septembre 1958 Conférence nationale du PDG Conakry: décision de voter non au référendum.
  • 28 septembre 1958 Référendum sur le projet de Constitution de la Ve République française. La Guinée vote non.
  • 2 octobre 1958 Indépendance de la Guinée, proclamation de la République.
  • 13 décembre 1958 Admission de la Guinée à l’Organisation des Nations Unies

L’indépendance

En juin 1958, un grave problème est posé aux territoires de l’Union française par la préparation d’une nouvelle Constitution. Quelles seraient les relations avec la France? Les projets sont discutés à Paris où le général de Gaulle fait connaître le 6 août les conséquences qu’entraînerait une réponse négative au prochain référendum:
ó Eh bien! ce territoire aura fait sécession il sera dès lors considéré comme étranger et la France saura tirer toutes les conséquences.
Sékou Touré avait déjà indiqué les positions de la Guinée à plusieurs reprises, notamment lors du IVe Congrès du PDG (5-8 juin 1958):
ó Nous ne renonçons pas à notre indépendance.. la France reste la nation avec laquelle nous entendons lier notre destin.
Quatre conditions sont énumérées:

  • reconnaissance de l’autonomie interne
  • constitution d’un exécutif fédéral
  • transformation en Assemblée législative du Grand Conseil de l’AOF
  • création d’une communauté franco-africaine dotée d’un gouvernement et d’un parlement fédéraux.

En juillet, il précise:
« Reconnaissance du droit à l’indépendance, autonomie interne des Etats fédérés, création d’une communauté multinationale. »

Et c’est l’extraordinaire voyage du général de Gaulle entrepris le 20 août à Tananarive, Brazzaville, Abidjan, Conakry, Dakar. La meilleure relation nous en a été laissée par Jean Lacouture dans son livre Cinq Hommes et la France. De Gaulle fait deux pas en avant, les membres de la Communauté seront des Etats (Tananarive); le « droit à l’indépendance » est reconnu (Brazzaville) Sékou Touré, lui, se tient de plus en plus en retrait:
ó Tout incite la Guinée à voter non, laissera-t-il entendre à un journaliste.

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L’accueil de Conakry au général de Gaulle, le 25 août, sera prodigieux et haut en couleur, aux cris sans cesse rythmés: Silly, Silly. Quelques instants plus tard, Sékou Touré prend la parole à l’Assemblée, coupé par des ovations frénétiques:

Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage… Nous ne renoncerons pas, nous ne renoncerons jamais notre droit légitime et naturel à l’indépendance.

Ecoutons Jean Lacouture: « Renversé dans son fauteuil, son étrange visage raviné et dissymétrique couvert d’un voile de lourde lassitude, le général de Gaulle écoutait cette harangue, dont le public faisait un réquisitoire. A tel point que passa inaperçu, parce qu’il était presque incongru de sagesse et d’optimisme dans cette bourrasque, ce passage capital:
ó Notre coeur, notre raison, en plus de nos intérêts les plus évidents, nous font choisir, sans hésitation, l’interdépendance et la liberté dans cette union (avec la France) plutôt que de nous définir sans la France et contre la France.
Le chef du Gouvernement français répondra
Il n’y a pas de raison, et je ne serais pas là si je n’en étais pas convaincu, que la France rougisse en rien de l’oeuvre qu’elle a accomplie ici avec les Africains… Je le dis ici, plus haut encore qu’ailleurs, que l’indépendance est à la disposition de la Guinée; elle peut la prendre en disant non à la proposition qui lui est faite et dans ce cas je garantis que la métropole n’y fera pas obstacle… et si je ne devais pas vous revoir…
« ó Il s’en alla, ajoute Lacouture, de son pas mal assuré de géant fatigué, le regard ailleurs. » Au soir de cette journée historique, il lancera aux ministres français qui l’accompagnaient et au gouverneur:
« ó Eh bien! messieurs, voilà un homme (Sékou Touré) avec lequel nous ne nous entendrons jamais. Allons, la chose est claire: nous partirons le 29 septembre au matin!

Quatre années de malentendus, d’incompréhension, d’amertume, de susceptibilités réciproques résulteront de ce 25 août 1958.
Les jeux seront définitivement faits les 12 et 14 septembre:
ó Nous voterons non à une communauté qui n’est que l’Union française rebaptisée… nous voterons non à l’inégalité, à l’irresponsabilité.
Le scrutin du 28 septembre exprime ce non par 1 136 324 bulletins contre 56 981 oui.
Quatre jours plus tôt, le leader guinéen avait rendu visite au gouverneur pour lui proposer de proclamer dès maintenant le souhait de la Guinée de s’associer à la communauté comme il est prévu dans la Constitution. Aucune réponse ne viendra de Paris, si ce n’est un accusé de réception. A son tour, la France commence à dire non. Des humoristes ont évalué le coût du référendum pour la France: une guinée (par allusion à l’ancienne monnaie anglaise). Certains ajoutèrent que la France avait rendu la monnaie de la pièce. Au lendemain du référendum, le représentant du Gouvernement français prendra acte de l’indépendance et laissera tomber comme un couperet:
ó De ce fait, la Guinée ne peut plus recevoir normalement le concours de l’administration de l’Etat français, ni des crédits d’équipement; de ce fait, les responsabilités assumées par l’Etat français doivent être révisées…
Les conséquences de ce qui est considéré par la France comme une sécession seront plus sévères que ne s’y attendaient les Guinéens et seront formulées de manière très abrupte. Divorce sans pension alimentaire, ira-t-on, ce qui n’ira pas sans un certain nombre de mesquineries (et parfois de sabotages), tel le détournement sur Abidjan d’une cargaison de riz destinée à la Guinée. Il est vrai que le Gouvernement français était poussé à adapter une « politique dure » par plusieurs leaders africains qui, eux, avaient voté oui.

« Si la France, dira Houphouët-Boigny, donnait une préférence à ceux qui ont fait sécession contre ceux qui ont choisi la communauté, alors la sécession guinéenne ferait tâche d’huile. »

La France s’abstiendra lors de l’admission de la Guinée à l’ONU, après avoir refusé de parrainer sa candidature. De même, elle attendra trois mois pour reconnaître la Guinée de jure lors de la signature de protocoles d’accord, le 7 janvier 1959. Aux termes de ces protocoles, il est prévu que le français demeure langue officielle de la Guinée, que la France fournira des enseignants et apportera son assistance technique, la Guinée demeurant dans la zone franc. Des ambassades seront ouvertes à Paris et à Conakry. La France interviendra aussi pour permettre l’importation de riz de Belgique pour la Guinée. Mais la déchirure intervenue entre la Guinée et la France n’en sera pas réparée. Les griefs recommenceront à s’accumuler au bout de quelques mois:

  • inapplication des protocoles de janvier par les Guinéens
  • réception d’armes tchèques à Conakry
  • campagnes radiophoniques violentes contre la Communauté
  • comportement hargneux de certaines catégories de Français
  • problème posé par les créances de la Guinée sur les biens de l’ancienne AOF.

Plusieurs missions françaises se rendront à Conakry en juin et août 1959, puis en 1960, sans résultats. La création de la monnaie guinéenne et la sortie de la zone franc ajouteront encore au contentieux pendant entre les deux pays.

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Les relations de la Guinée avec les pays de l’Est ne faciliteront pas non plus la reprise de rapports normaux, à défaut d’être amicaux. La suspicion et la méfiance réciproques empêchent tout assainissement du climat et ne permettent guère de repartir sur d’autres bases. Le dialogue un instant renoué en 1961 avec la signature d’un accord financier partiel et d’une convention culturelle (conditions d’emploi de professeurs français en Guinée, boursiers guinéens en France), ne sera pas poursuivi. Une nouvelle éclaircie se produit en mars 1962 à la suite du cessez-le-feu intervenu en Algérie. Le Président guinéen annonce qu’à « la faveur du changement radical de la politique française en Algérie » , la Guinée « modifie sa ligne de conduite à l’égard du Gouvernement français » . Une mission de ministres guinéens se tiendra prête à prendre l’avion pour Paris qui manifestera moins de hâte. Des gestes de détente interviennent de part et d’autre comme la libération de certains prisonniers. Et, en fin d’année 1962, des prénégociations se déroulent dans une atmosphère étonnamment cordiale. Elles laissent bien augurer de l’avenir comme en témoigne une récente interview accordée par Sékou Touré à un journal français:

Si le général de Gaulle veut bien rendre visite à la Guinée, j’en serai heureux … Nous n’avons pas dit non à la France ni à de Gaulle. Au contraire nous voulions, sitôt notre indépendance acquise et garantie, signer des accords d’association prévus par la Constitution française. Nous avons toujours souhaité la coopération avec la France. Certainement je préférerais des techniciens français pour nous aider, puisque nous parlons français et que tant de liens nous attachent à la France…

L’heure des retrouvailles a-t-elle sonné

Sur le plan africain, la conjoncture politique paraît d’ailleurs favorable. Depuis les réactions provoquées par l’indépendance guinéenne parmi les leaders africains qui avaient voté oui, la situation a profondément évolué. En 1960, les membres de la Communauté accèdent à leur tour à l’indépendance. Celle-ci ne signifie plus sécession comme en 1958, mais association et coopération. L’écart originel entre l’Union africaine et malgache formée par les nouveaux Etats et le groupe de Casablanca auquel la Guinée adhère s’est considérablement réduit. Une manifestation éclatante en est donnée en octobre 1962. M. Houphouët-Boigny effectue en Guinée une visite officielle triomphale de quinze jours. La réconciliation et l’amitié retrouvée sont solennellement proclamées:

« Un seul pays avec deux capitales » (Houphouët-Boigny).
« Tous les malentendus sont enterrés. » (Sékou Touré).

Sur la voie de l’unité africaine souhaitée par tous, de nouveaux pas plus décisifs encore paraissent possibles.


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