La vie industrielle

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Guinée Française
Géopolitique — Economie — Sociologie


Maurice Houis

Ancien Directeur de l’Institut Français d’Afrique Noire (IFAN) en Guinée

La Guinée Française

Editions Maritimes et Coloniales. 1953. 95 p.


La vie industrielle

Le sous-sol.

Les espoirs fondés sur le sous-sol guinéen sont tels qu’un, auteur a pu écrire dans la revue anglaise West African Review d’octobre 1951 que le centre de gravité de l’Afrique occidentale, qui est déjà passé de Saint-Louis à Dakar, descendra dans un proche avenir plus au Sud pour se fixer à Konakry. En effet, grâce à l’aide financière américaine et à l’ingéniosité française, la Guinée est en voie de devenir la plus importante des zones industrielles de l’Afrique Noire par ses ressources minières, au premier chef le fer et la bauxite.

Le fer

La latéritisation de différentes roches a accumulé en surface une grande quantité de minerai de fer, principalement dans la presqu’île du Kaloum (aux détriments d’une péridotite). Une croûte de minerai « dur » épaisse de 2 à 7 m. et affleurant presque à la surface du sol, recouvre une seconde couche de minerai « tendre » qui atteint environ de 8 à 25 m. de profondeur. Ce minerai est un oxyde de fer hydraté contenant peu de phosphore et pas de chaux, mais on y constate la présence de chrome (10 %), de nickel (moins de 0,10 %) et d’alumine (10 %). L’eau, à l’état libre ou combiné, se trouve en quantité assez importante. Les deux couches contiennent chacune 51,5 % de fer environ, sur minerai sec. Les réserves totales sont estimées supérieures à 2 milliards de tonnes, dont 200 millions de minerai d’une qualité commerciale satisfaisante.
Le gisement du Kaloum a été découvert en 1904, au moment de la construction du chemin de fer, mais l’étude géologique n’en a été faite qu’en 1917. Il est actuellement mis en valeur par la Compagnie Minière de Conakry.
Ce gisement s’étend sur 35 km. de longueur et 4 à 6 km. de largeur, atteignant le pied du Kakoulima . La proximité du port de Konakry et la situation de ce gisement à ciel ouvert (175 km2 exploitables) ont engagé le gouvernement à en faciliter la mise en valeur.
Citons aussi le gisement de Yomboiéli, dans le Cercle de Forékaria (canton de Moussaya). Il s’étend sur une dizaine d’hectares et sa prospection initiale date de 1931. Son minerai est plus pur que celui du Kaloum, mais le transport pose des difficultés. La solution la plus rationnelle serait de l’évacuer sur Benti distant de 63 km. Les réserves en sont malheureusement limitées.

La bauxite

Le sol guinéen est riche de roches diverses dont la décomposition latéritique a donné naissance par endroits à la bauxite qui produit l’aluminium. Trois gisements ont été prospectés : aux Iles de Los, près de Boké et à Dabola. Seul, le premier est livré à l’exploitation. Son minerai provient de la décomposition latéritique des syénites néphéléniques qui forment la base même des Iles. Les teneurs en alumine varient sensiblement d’un point à un autre et, dans les endroits les plus hauts, la syénite a généralement subsisté sous la forme originelle, sans aucune altération. Mais l’exploitant doit compter sur deux autres variétés de terrain. Il y a des endroits où la latérite est alumineuse ; en effet la couche de latérite, d’épaisseur variable, s’est formée aux dépens de la syénite qui constitue le soubassement des îles. D’autre part, entre deux niveaux, il existe souvent une couche claire, onctueuse au toucher, dont la composition chimique rappelle celle du kaolin (silicate d’alumine).
La bauxite de la région de Boké provient de schistes datant de l’ère primaire. Ce gisement est situé dans la vallée du Cogon, en amont de Boké, et déborde sur le Cercle de Gaoual et la subdivision de Télimélé ; il est prospecté par la Société Bauxites du Midi qui exploite actuellement celui des lles de Los.
C’est à la Société Péchiney que revient la prospection de celui de Dabola situé sur les flancs de la vallée du Tinkisso où passent la route et le chemin de fer, et où se trouvent sur le plan opposé d’importantes chutes d’eau. Ainsi sont réunies dans une même zone le minerai, les voies de communications et l’énergie.

Le diamant

Il pourrait devenir une richesse importante pour le Territoire. La Société franco-anglaise Soguinex (Société guinéenne de Recherches et d’Exploitations minières) exploite depuis 1935 en Guinée forestière trois mines situées dans les Cercles de Beyla, Kissidougou et Macenta. Le gisement renferme des diamants industriels et des pierres de joaillerie. La production annuelle approche de 100.000 carats. Un second gisement a été récemment découvert par une autre société sur la rivière Diani et est en cours d’équipement.

L’or

Il est la richesse traditionnelle de la Guinée. L’exploitation indigène, rudimentaire, se contente de rechercher l’or alluvionnaire sans attaquer les filons dont il est originaire. Or le vrai problème est de remonter aux filons.
Prolongeant les importants gisements de Gold Coast où l’or se trouve au même étage géologique, le bassin aurifère de Siguiri est bordé par la chaîne du Niandan-Banié (150 km.), divisée en deux tronçons par le Niger. Cette chaîne est prospectée depuis plusieurs années par une mission de géologues du Bureau minier de la France d’Outre-Mer. Les premiers résultats sont encourageants : trois systèmes filoniens ont été découverts.
La main-d’oeuvre des placers indigènes n’est pas seulement fournie localement, mais aussi par des étrangers venant de contrées plus ou moins lointaines (100.000 environ). Leurs droits coutumiers sont reconnus et sauvegardés puisque le régime minier prévoit l’attribution de « réserves » aux autochtones.
La production aurifère, qui s’était stabilisée avant guerre aux environs de 3.000 kg. par an, a beaucoup baissé depuis 1945 ; elle est freinée par l’insuffisance des cours imposés par le Fonds monétaire international. Toutefois la nouvelle réglementation intervenue en octobre 1952 et modifiant les droits et taxes frappant les transactions devrait stimuler la production tout en réduisant le marché parallèle.

Le plan d’équipement industriel.

L’industrie guinéenne porte en elle un avenir prometteur car elle bénéficie de trois atouts essentiels : les ressources minières, l’énergie hydro-électrique et la main-d’oeuvre.
On a créé l’expression de complexe industriel — nouvelle dénomination du combinat industriel pour désigner l’entreprise simultanée de la mise en valeur des ressources minières et hydrauliques de la Guinée.
Le complexe industriel du Kaloum-Konkouré, le plus important de ceux qui sont envisagés actuellement , ne peut être réalisé que progressivement. Tout d’abord mise en exploitation des ressources en fer et en minerai de bauxite et, conjointement, création et équipement de la centrale électrique de Grandes Chutes ainsi qu’aménagement du port de Konakry. Les autres stades font actuellement l’objet d’études très poussées. Le deuxième sera marqué par le passage à l’industrie électro-métallurgique dont les éléments de base existent sur place : il est prévu un triple barrage sur le Konkouré et l’on envisage l’exploitation des gisements de bauxite de Kindia pour le traitement sur place de l’aluminium. Enfin, par la suite, des industries de transformation se grouperont autour des secteurs d’industrie lourde.

Les ressources en fer et en bauxite

Le plan d’équipement est déjà très avancé en ce qui concerne le premier stade. Rappelons que c’est à la Compagnie Minière de Conakry, que revient l’exploitation du minerai de fer de la presqu’île du Kaloum.
Les clients les plus importants dès la mise en exploitation seront la Grande-Bretagne, la Rhénanie (Allemagne) et la Belgique. Les essais ont prouvé en effet qu’on peut employer jusqu’à 37 % du minerai du Kaloum sans inconvénients pour la marche des hauts-fourneaux de ces pays. Le transport du minerai de fer est prévu par camion jusqu’à l’usine de traitement, l’évacuation se faisant par voie ferrée au moyen de wagons spéciaux. On envisage, comme première étape, une extraction annuelle de 1,2 million de tonnes qui, en plein rendement, pourrait atteindre 3 millions. L’exportation du minerai stocké à Konakry est commencée.
La prospection des gisements de bauxite est actuellement poussée sur tout le Territoire et les travaux d’exploitation ont commencé aux îles de Los en juillet 1952. En général, les gisements guinéens sont constitués par des amas de surface, exploitables en carrière. Celui des îles de Los, exploité à ciel ouvert par la Société Bauxites du Midi, touche à la mer, d’où des possibilités d’évacuation exceptionnelles. Pour résoudre le problème des débouchés, cette Société a conclu un accord avec l’« Aluminium Company of Canada Ltd. » , qui lui assure les moyens techniques et financiers nécessaires. D’autre part, l’usine d’enrichissement et de séchage édifiée à Kassa permettra d’améliorer la teneur en alumine (de 2 à 2,5 %,) et surtout de diminuer celle de silice qui conduit à des pertes de métal en cours de préparation. On estime que 300.000 tonnes de bauxite pourront être livrées en 1953, soit la moitié de la production française. Un premier chargement de 10.000 tonnes a été dirigé de Kassa sur le Canada en septembre 1952.

Les ressources hydro-étectriques

Le complexe industriel du Kaloum-Konkouré implique également l’utilisation des sources d’énergie hydro-électrique dont le Fouta-Djalon constitue une vaste réserve. Son relief permet en effet d’établir, dans les parties basses des plateaux, des usines-barrage avec de vastes réservoirs d’accumulation. Le régime hydraulique est toutefois moins favorable qu’en France, car l’évaporation est intense (70 %, contre 50 %) et la répartition des débits très irrégulière.
En comparant les chutes de Kaléta sur le Konkouré et celles de Génissiat sur le Rhône, on constate que leurs bassins versants sont du même ordre de grandeur (respectivement 11.000 km2 et 10.000 km2), mais il passe à Kaléta sensiblement moins d’eau par suite de l’évaporation (9 milliards m3 contre 12 à Génissiat). En outre le débit du Konkouré tombe en saison sèche à moins de 10 m3/seconde alors que celui du Rhône est supérieur toute l’année à 130 m3. Mais le développement minier de la Guinée exige qu’une solution soit apportée à l’utilisation de l’énergie hydro-électrique. Il a donc été prévu en premier lieu l’aménagement de « Grandes-Chutes » sur le Samou (Bassin du Konkouré) qui répondent seulement aux besoins d’exploitation et d’électrification de la presqu’île et de Kindia. Or le but envisagé est de produire une quantité d’énergie suffisante pour permettre le traitement électrochimique et électro-métallurgique du minerai, ce qui demande une quantité de l’ordre du milliard de kw/h. Le problème essentiel est donc de régulariser les débits par l’aménagement de grands réservoirs
Les seules chutes pouvant fournir une puissance permanente de l’ordre de 100.000 kw. (chiffre nécessaire pour l’électrochimie) sont celles de Kiniya, Kaléta et Kora sur le Konkouré et celle de Gaoual sur la Koumba.
Les études hydrologiques et les avant-projets doivent se terminer fin 1953. L’aménagement de « Grandes-Chutes », en cours d’exécution à 110 km. au Nord-Est de Konakry, et les études sur le bassin du Konkouré sont menées par l’Energie Electrique de Guinée et l’Electricité de France.

Les industries annexes

Le complexe du Kaloum-Konkouré attire déjà de nombreuses industries annexes. L’une des plus importantes actuellement est celle des matières plastiques dont une usine vient d’être créée. L’utilisation de cette matière s’accroît de jour en jour et les divers articles fabriqués s’adaptent parfaitement au climat tropical. L’installation d’une telle usine en Guinée répond à des besoins urgents : câbles de fils électriques, tubes Bergman, conduites d’eau, tuyaux souples, tuyaux pour appareils pneumatiques. On vient de découvrir une superpolyamide, dénommée ryslan, extraite de l’huile de ricin et qui a les caractéristiques du nylon. Mais la production du nylon (polyamide) est en rapport direct avec celle, tout de même limitée, du charbon dont il est extrait. Or depuis la découverte du ryslan, la production de matière plastique peut être illimitée. Il suffit de développer la culture du ricin pour obtenir des superpolyamides, ce qui est très possible dans les Cercles de Kankan, Dabola et Kindia. Des accords sont en cours entre les créateurs de l’industrie plastique en Guinée et la Société Organico qui détient le brevet du ryslan.
Il est évident que le complexe du Kaloum-Konkouré doit transformer la Guinée à une échelle inconnue des autres Territoires. On peut dire que son avenir même réside dans cette création. Le plan d’équipement élaboré est d’ailleurs déjà en partie réalisé, du moins en ce qui concerne le premier stade. L’année 1952 a vu le démarrage de l’exploitation minière tandis que les installations de Grandes-Chutes seront terrainées en 1953.
De leur côté, les travaux portuaires sont également très avancés.

Notes
1. Pour plus de détails concernant les problèmes industriels en Guinée, consulter l’ouvrage récent et documenté auquel nous nous sommes d’ailleurs largement référé : L’Avenir de la Guinée Française par le Gouverneur Roland Pré. (Les éditions guinéennes. Konakry, 1951).
2. Le Gouverneur Roland Pré dit que cette région « est une sorte de Katanga guinéen, à peine prospecté. On y rencontre en particulier, en dehors d’amas de fer magnétique considérable, de l’or, du manganèse, du graphite, de la sillimanite, du diamant ». L’Avenir de la Guinée Française, déjà cité.
3. Il est prévu deux autres complexes dont l’un utiliserait les chutes du Bafing et du Niandan pour l’exploitation des bauxites de Dabola, tandis que l’autre aurait pour but la mise en valeur des gisements de bauxite de Boké.
4. La bauxite des îles de Kassa et de Tamara est un trihydrate d’alumine convenant parfaitement aux usines canadiennes.
5. Cf. L’avenir de la Guinée française. Déjà cité.
6. L’ensemble des ressources du Territoire a été évalué de 10 à 12 milliards de kwh.

Nombre de chutes Puissance permanente en kw. Productibilité globale en millions de kwh.
13 10 à 20.000 2.500
10 20 à 40.000 2.500
40 à 60.000 1.000
100.000 4.000

 


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